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 Rééducation d'un enfant perdu [Solo]

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Johar
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Message(#) Sujet: Rééducation d'un enfant perdu [Solo] Mar 14 Mar - 1:46

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« Johar ! Il y a quelqu’un pour toi. Johar ! »

Tu laisses tomber ta BD avec un soupir : pour une fois que tu as une après-midi de libre, qui pouvait bien vouloir te voir ? D’un coup de pied, tu envoies valdinguer ta couverture et te passes une main dans les cheveux. Il ne devait pas s’agir de Donovan, ton père le connaît il t’aurait dit que c’était ton meilleur ami devant la porte, mais alors qui ? Tu n’avais pas d’autres amis que lui, quelques connaissances tout au plus, mais personne capable de venir toquer directement à ta porte, ni même d’être susceptible de savoir où tu habitais. C’était bizarre, en descendant les escaliers tu te demandes s’il ne s’agit pas de l’un de tes instructeurs, mais tu vois mal ce qu’un enseignant Tadryen pouvait venir faire ici : tu n’avais rien fait qui justifierait un tel comportement, du moins c’était ce qu’il te semblait. Les sourcils froncés et habillé d’un vieux short et tee-shirt, tu arrives devant la porte. Tu es obligé de baisser ton regard sombre, pour reconnaître… Achar ? Tu affiches ta surprise en découvrant le gamin à ta porte : il est essoufflé, son pantalon est tâché et troué au niveau des genoux et son tee-shirt est trop grand pour lui.

« Achar? Qu’est- ce que tu fais ici ? »

Le garçon peine à reprendre son souffle et a l’air inquiet, il tente de parler en s’appuyant à la porte mais il bégaie. Tu sens le regard de ton père derrière et pousse l’enfant dehors : sortant avec lui, tu refermes la porte et t’agenouilles pour intercepter le regard du jeune orphelin :

« Achar, calme-toi s’il-te-plait, dis-moi c’qui t’arrive ? Respire, tu m’inquiètes là. »

Tu fronces les sourcils tandis que des scénarios tous plus catastrophiques les uns que les autres traversent ton esprit. Tu as du mal à imaginer ce qui a pu mettre le petit Tadryen dans cet état. Tu finis cependant par saisir quelques bribes d’une suite de mots qui n’a que peu de sens :

« C’est Taylor ! L’est parti, à cause de moi, on le cherche, Tadryon n’aime plus, les parents ont prévenu et je sais pas, j’ai peur qu’il fasse une connerie, il m’avait dit qu’il voulait partir, je comprends pas, je… »

Ok, tu commences petit à petit à comprendre la situation et prend l’élève par les épaules :

« D’accord, ok, regarde-moi Achar, calme-toi. Tu vas rester ici pour te calmer et essayer de réfléchir à l’endroit dans lequel Taylor a pu sa cacher. Je vais chercher mon arme et m’habiller rapidement, j’arrive, pigé ? »

Tu attends qu’il acquiesce d’un signe de tête avant de rentrer chez toi et de monter les escaliers quatre à quatre. La voix de ton géniteur résonne au rez-de-chaussée :

« Alors, rien de grave ? Il lui arrive quoi à ce gosse ? »

Tu essaies de dédramatiser la situation : tu ne veux pas que ton père s’en mêle.

« Oh rien, il cherche un de ses amis et veut que je l’aide heu… pour ses entrainements en sport tu sais. »

Tu enfiles un pantalon de travail, serres ton ceinturon et vérifies que ton flingue soit chargé : inutile de prendre ton fusil à pompe, tu ne vas pas non plus chasser ce pauvre mioche. Tu ranges ton E-7 Oni dans son étui dans ton dos et redescends rapidement les escaliers. Tu ralentis en passant devant ton père afin de ne pas affoler ses sens de vétéran. Mais il te regarde d’un air suspicieux, hésitant certainement entre craindre pour la vie sociale de son fils de vingt ans qui traine avec des gosses de douze, ou entre avoir l’impression que ce dit fils lui cache quelque chose et le prend pour un imbécile. Tu préfères encore la première possibilité, mais ne souhaite pas t’interroger plus en avant à ce propos, Achar t’attend.

« A tout à l’heure du coup, je… je s’rai pas long ! »

Tu esquives ses yeux si perçants qui décèlent n’importe lequel de tes mensonges et claque la porte derrière toi. Achar est un peu plus loin en train de jouer nerveusement avec une balle rebondissante qui s’illumine d’un bleu électrique dès qu’elle touche le sol. Il te voit et son regard s’affole de nouveau, comme s’il s’était mis sur pause durant quelques instants et qu’il venait de reprendre conscience de la gravité de la situation. Tu t’approches de lui en essayant d’être calme mais tu es certainement aussi nerveux :

« Bon, essaie de reprendre maintenant que tu as pu remettre des idées au clair. »

Il prend une grande inspiration et te regarde droit dans les yeux sans pour autant cesser de faire rebondir la balle bleuâtre :

« Je me suis disputé avec Taylor à propos des Exosquelettes, c’était un truc stupide, mais il soutenait que n’importe qui pouvait en porter une et moi j’lui ai dit qu’il fallait s’en montrer digne et être un vrai Tadryen, et il m’a dit qu’il trouvait ça stupide d’être obligé d’avoir des armes et un Exo et que lui rien ne l’intéressait dans ce qu’on fait à l’Académie. Tu dois trouver ça bête, dis comme ça c’est pas inquiétant ou quoi, m’ai j’te jure, c’te discussion lui t’nait à cœur. »

En effet jusque là tu trouves ça plutôt stupide, dans le sens où il s’agit d’histoires de gamin Tadryens natifs dont l’un défend les principes de la ville et l’autre s’interroge. Selon toi c’est plutôt rare que des enfants autant conditionnés trouvent quoi que ce soit à redire au système de la Cité Azurée mais ce n’est pas impossible, tu as déjà croisé quelques-uns de ces drôles d’énergumènes même si tu penches vraiment plus du côté d’Achar dans cette discussion. Tu le pousses néanmoins à poursuivre :

« Ouai, bon continue, il s’est passé quoi ? »

La balle commence à t’agacer à passer du sol à la main du gamin de douze ans mais tu prends sur toi pour écouter la suite :

« Ben il est parti et il était silencieux, c’était bizarre, j’te promets, il dit toujours quelque chose, là c’était vraiment pas normal. Fin, bon, il est parti quoi et moi je m’apprêtais à retourner au Solstice mais j’me suis dit qu’il fallait qu’on reparle de ça, c’était bête de s’faire la tête pour ça et puis il avait l’air vraiment mal, il parle de tout ça depuis un p’tit moment déjà. Alors, je suis allé chez lui. »

Tes yeux noirs suivent incessamment le cheminement de cette maudite balle qui accapare ton attention et tu fais un nouvel effort pour te reconcentrer sur Achar :

« Et quand j’ai sonné à la porte, sa mère m’a ouvert et m’a demandé pourquoi j’étais pas avec Taylor : en fait il avait rassemblé des affaires dans un gros sac et avait dit à ses parents qu’on partait « à l’aventure » dans la section Est de la ville, et qu’il serait de retour dans une heure. Au départ ils ont refusé mais il est passé par la fenêtre ; alors ils ont cru qu’il m’avait rejoint quand même sans leur autorisation et comptait le punir sévèrement à son retour le soir. Sauf que moi je sais qu’il est pas parti jouer ou quoi, mais qu’il va essayer de quitter la ville, il en a déjà parlé ! Et… »

Tu as tout écouté, mais tu n’en peux plus de cette satanée balle : tu l’interceptes à mi-chemin entre la main d’Achar et le sol et la balance de toutes tes forces à l’autre bout du quartier où elle heurte le mur d’une maison avant de se loger dans une grille au sol. Quand tu regardes à nouveau l’orphelin, celui-ci te fixe avec de grands yeux, ses mains figés dans les gestes qu’il faisait pour accompagner son récit. Tu te racles la gorge et lui ébouriffe les cheveux :

« X’cuse moi Achar je… j’sais pas ce qui m’a pris, ça m’tapait sur le système. Hum, vas-y continue, tu penses qu’il a quitté la ville et ? »

Le petit blond cligne plusieurs fois des yeux comme pour se remémorer la situation et reprend bien vite son air inquiet :

« Oui ! Et il faut qu’on le retrouve avant ses parents où les soldats qui ont été appelés, sinon il va se faire tuer, ses parents vont l’empêcher de ressortir de chez lui et il va être tout le temps puni ! Et puis faut surtout qu’on le retrouve avant qu’il arrive à s’tirer, il en est vraiment capable, j’te jure ! »

Tu hoches la tête d’un air entendu et prend à ton tour une inspiration : tu n’as pas le cœur à refuser ça à Achar aujourd’hui, il a l’air véritablement inquiet, et puis, si tu retrouves un gamin disparu, ça te sera toujours bénéfique auprès de ton père.

« Ok, t’as une idée de l’endroit où il a pu aller ? »

Il se frotta la tête durant quelques instants puis soupira :

« Il a dit qu’il partait à l’Est de la ville, à coup sûr il est allé dans la partie Ouest, on y traîne souvent, il connait bien. »

Tu as un sourire entendu : toi aussi tu connais bien cette partie :

« Il n’est pas le seul ! Allez, on y va ! »

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Johar
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Message(#) Sujet: Re: Rééducation d'un enfant perdu [Solo] Sam 10 Juin - 6:11


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Tu prends une inspiration et t'élances: les quartiers de l'Est sont à l'autre bout de la ville et vous allez devoir prendre un Transitaire. L'idée ne te réjouit pas vraiment, tu n'aimes pas te retrouver à rien faire dans une telle situation d'urgence, à attendre que l'espèce de train te dépose, mais tu n'as pas vraiment le choix: à pieds vous en auriez pour le double, voir le triple et ce n'est vraiment pas un risque à prendre. En petites foulées et Achar sur tes pas, tu guides l'enfant jusqu'à l'arrêt qui vous rapprochera le plus du Centre de la Cité. Tu en as profité pour récupérer la satanée balle bleue du gamin et la lui lance avec un petit sourire:

"Fous-la dans ta poche ou quoi mais par pitié arrête de jouer avec, ça me stresse!"

Le jeune natif hoche la tête, rattrape son jouet au vol et le fourre dans une des poches de son vieux pantalon usé. Plein de bonne volonté, il tente de suivre ton allure mais tu sens qu'il est épuisé. Par chance, l'arrêt n'est plus très loin et vous pouvez reprendre votre souffle pendant que le Transitaire arrive. Une fois dedans, tu observes ce petit frère maltraité par la vie: depuis la dernière fois que tu l'as vu, il a grandi, c'est d'ailleurs fou qu'à cet âge la croissance soit aussi rapide et visible. Il s'est encore un peu musclé, mais ce qui t'inquiètes ce sont les bleus et les marques qu'il porte un peu partout. Achar a le don pour se fourrer dans les pires situations, beaucoup plus que toi d'ailleurs, ce qui t'as toujours étonné, étant un maître en la matière... assis en face de toi et le regard perdu par delà la vitre de protection du transport, tu vois à sa mâchoire contracté qu'il est inquiet et quoi de plus normal: pour un petit gars comme lui qui n'a plus de parents, les amis font office de famille. Le Solstice s'occupe de lui comme il peut, mais il est certain qu'ils ne remplaceront jamais ceux qu'il a perdus. Tu lâches un petit soupir en étirant tes muscles, te préparant à la course prochaine qui s'annonce. C'est lorsque le Transitaire commence à freiner et que Achar bascule en avant que tu aperçois un détail. La manche de son tee-shirt a découvert une partie de son épaule et malgré la rapidité de l'enfant pour remettre le tissus en place, tu as pu distinguer des motifs qui ne mentent pas: ceux d'un tatouage. D'abord étonné puis en colère devant la bêtise du gamin -et du tatoueur qui a osé le prendre comme client- tu t'écries:

"Achar!"

Mais l'orphelin a fait le rapprochement entre la manche et ton regard et saute hors du train au moment exact où les portes s'ouvrent, criant d'un air implorant:

"Johar on a pas l'temps, s'teuplait!"

Et c'est qu'il court vite ce minot. Il n'hésite surtout pas à bousculer les citoyens qui lui barrent la route, ce que tu ne peux pas te permettre de faire et qui te fais donc perdre du temps. Levant les yeux au ciel tu réussis néanmoins à le garder en vue pour rejoindre un autre arrêt de l'autre côté du centre de la Cité, arrêt qui pourra vous permettre de prendre un autre Transitaire pour vous rendre à l'Est de la ville. Balançant un chapelet de jurons, tu te demandes comment ce bonhomme a réussi à amasser assez d'argent pour un tatouage et comme il a réussi à convaincre quelqu'un de marquer sa peau enfantine à vie. Pour toi, c'était incompréhensible. Tout en te faisant ces réflexions, tu atteins, à bout de souffle, l'arrêt derrière lequel se cache Achar.

"Ach... Achar, viens ici!"

Tu reprends ton souffle difficilement mais tu as au moins la satisfaction de voir le garnement dans un état pire que le tien: ventilant comme un animal à l'agonie, le dit Achar avait plaqué sur son visage d'ange un sourire mesquin qui ne le quittait que rarement, le genre de sourire insupportable et bouffi d'insolence que tu offrais souvent à ton propre père. Cette inversion des rôles était particulièrement désagréable et l'arrivée du Transitaire coupa court à la conversation muette qui avait lieu entre vous deux. C'est étrange comme tu pouvais autant l'adorer que le détester ce gosse... Tu t'affales sur un des sièges, en face de ton protégé en calmant les battements de ton coeur. Ses yeux mordants te mettent au défi d'agir mais tu ne te sens pas de taille à lutter maintenant. Prenant un grand bol d'air, tu lances en essayant de prendre le même ton que celui de ton géniteur:

"On règlera ça plus tard. On se reconcentre sur Taylor. Est-ce que tu sais vers où il va peut être?"

Ta petite mise en garde fit son effet car tu es sûr de l'avoir vu pâlir malgré son sourire de façade. Il se racle la gorge, reprenant lui aussi sa respiration avant d'enchaîner:

"Je pense que oui... on traînait souvent sur les plateformes supérieures, tout en haut des immeubles résidentiels. En fait, maintenant que j'y pense, il adorait aller là-bas parce qu'on voyait presque au-dessus des remparts. L'horizon est beaucoup plus vaste et ça le faisait rêver... si j'avais su qu'il était sérieux quand il parlait de rejoindre Varosha..."

La culpabilité se peigna sur le visage du blondinet et il se mordit la lèvre avec regret avant de tourner vers toi un regard plein d'interrogations:

"Comment peut-on avoir envie de quitter Tadryon et de vivre comme les réfugiés amassés autour des remparts? Qui peut avoir envie d'une telle vie?"

Il ne comprenait pas, et toi-même tu avais du mal, même si une pensée te vint. *Certainement quelqu'un qui a peur du combat et qui aspire à la liberté plutôt qu'à la sécurité.* Mais c'était parfaitement incompréhensible pour toi aussi, sacrifier sa sécurité au nom d'une pseudo liberté anarchique pour abolir des lois qui maintenaient l'ordre, la protection, en quelques mots la vie même de Tadryon, ça t'étais complètement étranger. Aussi préféras-tu ne rien répondre et te contenter de hausser les épaules et de reprendre d'un air confiant:

"C'est passager Achar, c'est une action stupide et irréfléchie qui peut avoir beaucoup de conséquences, une réaction de gamin en fait. A votre âge vous faites beaucoup de choses comme ça, sans réfléchir, sans penser au fait que ça marquera ta vie à tout jamais, tu vois ce que je veux dire?"

Tu jetas un regard inquisiteur à l'épaule désormais bien couverte du gamin qui soutint cependant l'affront à l'aide de ses grands yeux noisette. Il leva innocemment son nez en l'air et répliqua:

"Je ne vois absolument pas de quoi tu parles..."

Tu bondis en avant alors que le Transitaire se stoppait mais Achar fut plus rapide que toi, avec l'agilité propre aux gamins qui passent leurs journées à arpenter les rues, il s'élança et commença l'ascension d'un haut bâtiment. Tu lui laissas un peu d'avance, l'observant mélanger magistralement course et escalade entre les passerelles d'acier, les escaliers de bétons ou les échelles rehaussées de néons bleu électrique. Passant une main distraite dans tes cheveux, tu te lanças à sa poursuite après quelques secondes d'attente. Achar était déjà au sommet quand tu te hissas sur l'ultime passerelle en haut de l'édifice... pour tomber nez à nez avec non pas un, mais deux gamins. Taylor était un garçon brun chétif avec de petits yeux verts perçants. Il repéra immédiatement Johar et le pointa du doigt:

"T'as ram'né la milice, espèce de traître! Je savais qu'il fallait que je parte le plus vite possible, laisse-moi Achar, lâche-moi je te dis!"

Avec l'énergie du désespoir et malgré ses bras maigrelets, le dénommé Taylor envoya son poing dans la figure de son compagnon. Achar avait le nez qui saignait, mais ni lui ni toi prêtèrent attention: Taylor venait de bondir comme une araignée et passait déjà sur un autre bâtiment. C'était un véritable parcours du combattant, les câbles, les escaliers, les cages métalliques ainsi que tout ce qui composaient les hauteurs de Tadryon devenaient des éléments pour que le gamin puisse s'appuyer, se projeter en avant, escalader. Il filait rapidement, sautant par dessus le vide sans aucune crainte, Achar le suivait de près, mais tu avais du mal à suivre la cadence: tu ne connaissais pas aussi bien qu'eux les hauteurs extrêmes des quartiers Est et ta grande taille ne te permettait pas de te faufiler par tous les passages qu'ils empruntaient. Tu regrettais même de ne pas avoir pris ton Exosquelette, mais il était trop tard pour se morfondre, si tu n'étais même pas capable de rattraper un gamin récalcitrant, que pourrais-tu faire pour ta cité? Tu voulais être comme ton père, un protecteur, or quitter la cité alors qu'on était même pas âgé d'une douzaine d'année, c'était de l'ordre du suicide, tu ne laisserais pas ce Taylor s'enfuir. Vint alors l'endroit parfait pour reprendre l'avantage: une grande et longue passerelle qui traversait une grande allée quelques centaines de mètres plus bas. Tu gonflas tes muscles et pris suffisamment de vitesse pour n'être plus qu'à un cheveu du gamin: sans ménagement, tu plaquas ta cible sur la grille qui servait de sol à la dite passerelle. Achar était derrière, plié en deux par cet effort incommensurable. Tu saisis Taylor par le col en te relevant doucement et le força à avancer avec toi pour rejoindre l'un des derniers édifices avant les remparts.

"Tu veux partir hein? Vas-y regarde, regarde ce que sera ta vie une fois que tu auras quitté nos murs!"

Après tout ce qu'il t'avais fait faire, tu sentais la colère bouillonner en toi. Il ne s'agissait que d'un gamin pourtant, tu le savais bien, mais tu étais persuadé qu'il avait besoin d'un petit choc traumatique pour lui remettre les idées en place:

"Regarde tous ces hommes, toutes ces familles qui rampent aux pieds des remparts de Tadryon, priant, mendiant pour avoir une place dans notre cité, pour être protégé en tout temps et en tout lieu, avoir de quoi manger, avoir de quoi vivre! De quoi as-tu à te plaindre? Du fait de porter une arme? De te battre? Tu n'y seras plus obligé une fois l'Académie finie, tu pourras choisir un métier qui ne t'obligeras pas à côtoyer la violence tous les jours. Mais tu auras une vie, une vraie, en sécurité, avec tes parents. Est-ce que tu t'imagines ce qu'ils ressentiraient si tu partais comme ça du jour au lendemain?"

Plus tu avançais dans ton discours, plus tu sentais que tu te mettais à crier et que tu plaquais l'enfant contre la barrière de sécurité, dos au vide. Il s'était mis à sangloter, essayant vainement de repousser ta poigne solide sans y parvenir:

"Mes parents ne sont jamais chez moi, ils ne pensent qu'à combattre..."

C'en fut trop pour toi...


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Message(#) Sujet: Re: Rééducation d'un enfant perdu [Solo] Sam 10 Juin - 6:11


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"Ils le font pour toi, pour nous, pour Tadryon! Ils rentrent tard pour que tu puisses aller à l'Académie, manger à ta faim, avoir une vie sereine! Ils le font pour te protéger espèce d'imbécile! Tu as encore tes deux parents et tu oses te plaindre de leur absence? Tu veux qu'Achar et moi on te parle d'une absence définitive? Tu veux savoir ce que ça fait du ne plus jamais voir ta mère? Tu veux qu'Achar te dise ce que ça fait de ne plus avoir de parents du tout?"

Tu étais allé trop loin et tu t'en rendis compte en voyant les larmes couler sur le visage de celui que tu considérais comme ton petit frère et qui se tenait derrière toi. Tu n'aurais jamais dû parler de lui, mais te dire qu'un môme pouvait se plaindre de ce que ses deux parents travaillaient trop alors même qu'il était ami avec un orphelin te laissait ébahi, c'était un summum d'égoïsme que tu ne pouvais pas supporter. A ta grande surprise cependant, Achar s'avança et renchérit:

"Je donnerai tout pour avoir de nouveau mes parents et pourtant ils étaient aussi peu présents que les tiens, peut-être même moins... on ne se rend compte de l'importance de ce qu'on a que quand on l'a perdu Taylor, crois-moi."

Ces paroles te semblaient si empreintes de sagesse pour sortir de la bouche d'un enfant de douze ans, que tu desserras ta poigne et laissas retomber le petit Tadryen par terre. Tu t'obligeas à cligner plusieurs fois des yeux pour reprendre conscience de ce qui venait de se passer mais tu compris avec un seul regard que la leçon était entendue pour Taylor et qu'il n'avait plus du tout envie de quitter la Cité désormais. Tu avais l'impression de sortir d'un rêve: tout s'était passé tellement vite que tu te demandais presque comment tu avais bien pu arriver au sommet de cette bâtisse, à l'extrême opposée de ta résidence. Tu lâchas un énième soupir et te frotta la tête d'un air songeur. Tu n'y étais pas allée de main morte, mais ça semblait avoir porté ses fruits, à moins que ce ne soit les sages paroles d'Achar qui aient achevé de convaincre le gamin... Quoiqu'il en soit, il se tenait désormais assis sur le sol, la tête baissée mais suffisamment relevée pour que l'on puisse voir son menton trempé de larmes. Après de longues secondes durant lesquelles personne n'osa rien dire ni même bouger, tu t'agenouillas devant Taylor. D'un geste doux, tu pressas ton doigt sous son menton pour l'obliger à relever la tête. Un sourire compatissant s'installa sur ton visage et tu l'aidas à se hisser sur ses jambes. Tu avais la drôle d'impression d'avoir tenu le rôle du père alors qu'hier encore, c'était toi le gamin.

"Ok, bon ça va aller, je veux que t'envoie un message à tes parents pour leur dire que t'es désolé, que t'as fait le mur avec Achar mais que tu vas rentrer parce que tu as appris qu'ils s'inquiétaient d'accord? Commence à avancer, on t'rejoint!"

L'enfant hocha la tête, essuya ses larmes d'un revers de manche et commença à pianoter sur un clavier holographique bleu rattaché à sa montre i-tech, le tout en avançant le long de la passerelle. Quand il fut à quelques dizaines de mètres, tu te tournas vers Achar: il avait les sourcils froncés, visiblement contrarié mais les larmes qui baignaient son visage contrastaient avec cette émotion.

"Achar... je suis..."

Il ne te laissa pas finir cependant, et se jeta dans tes bras en pleurant, laissant libre court à une tristesse trop souvent refoulée que tu ne pouvais que comprendre. La mort de ses parents ne remontaient qu'à quelques mois auparavant, tu avais été idiot d'en parler. Alors que tu te maudissais intérieurement tout en serrant contre ta poitrine le gamin, ce dernier se détacha de votre étreinte pour se planter devant toi, la mine résolue. Il retira son tee-shirt à manches longues dans un geste théâtral qui aurait pu être comique si son visage ne trahissait pas une telle souffrance: tu étouffas un hoquet de surprise en découvrant le tatouage qu'il s'était fait. Ayant aperçu un simple détail sur l'épaule, tu avais cru à une petite pièce, mais tu avais devant toi deux longs dragons noirs qui occupaient tout le côté gauche de l'enfant, sa poitrine, son épaule mais aussi et surtout la totalité de son bras jusqu'au poignet. Tu n'eus cependant rien le temps de dire: de son doigt, l'enfant suivi le tracé du premier dragon avec sérieux:

"Là, c'est maman..."

Il passa ensuite à l'autre dessin symbolique et poursuivit:

"Et là, c'est papa."

Il planta ensuite fermement ses pupilles marrons dans tes yeux.

"Comme ça, ils sont toujours avec moi."

Tu ne pouvais plus rien dire. Tu aurais certainement dû, mais ça avait beaucoup trop d'importance pour lui pour que tu oses lui reprocher quoi que ce soit. De plus, tu te sentais encore coupable de l'avoir cité en exemple devant son ami pour te permettre de dire quelque chose. Un nouveau soupir s'échappa de ta bouche et tu hochas simplement la tête.

"Remets ton haut tu vas attraper froid."

Combo: c'était définitif, tu avais l'impression d'être un papa poule. Tu lâchas un sourire à l'intention d'Achar avant d'enchaîner:

"Allez, avant que ton Taylor fasse une nouvelle bêtise!"

Il s'élança avec toi sur les pas du fameux Taylor et juste avant d'entamer la longue descente par les escaliers cette fois-ci, tu lui mis une petite tape sur la tête:

"Le prochain tatouage par contre, je te tue!"

Vos rires légers se mêlèrent dans le vent frais des hauteurs de Tadryon: toute cette histoire se terminait plutôt bien finalement... Tu donnerais tout pour voir la tête du tuteur du Solstice le jour où il découvrira le tatouage sur le bras d'Achar...


~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

"C'est moi, j'suis rentré."

L'esprit un peu moins torturé après avoir remis Taylor à ses parents et Achar au Solstice, tu rentres enfin chez toi. Ton père quant à lui est sur le départ: ce n'est pas nouveau, il passe souvent ses nuits au travail et tu sais que ses responsabilités le retiennent. Sa réponse cependant stoppe net ton avancée vers ta chambre:

"C'est bon, le jeune Taylor Arlahn est entre les mains de ses parents?"

Tu fronces les sourcils et te retourne vivement vers ton géniteur:

"Comment tu..."

"Peu importe, te coupe-t-il, tu es satisfait, fier de toi?"

Un peu dérouté par le fait d'être espionné par ton père, tu sautes sur l'occasion pour prouver que tu es son digne fils:

"Oui, j'ai réussi à le récupérer, à le convaincre de rentrer et tout le reste. Mais ça n'a pas vraiment été compliqué tu sais, je..."

Andugal Dasterion s'approcha un peu plus et plongea son regard dur dans les pupilles bleues de son fils:

"Tu n'as pas à être fier et à te vanter de ce que tu as fait. C'était ton devoir et la seule chose que tu peux avoir, c'est la satisfaction du travail bien fait. Les grands hommes ne se perdent pas en fanfaronnades et en vantardise Johar."

Tu ne t'attendais pas du tout à ça. Pour une fois tu pensais qu'il allait un peu te féliciter, reconnaître que tu t'étais bien débrouillé, mais non, c'étaient encore trop pour lui. L'amertume t'asséchais la bouche:

"Je ne me suis pas vanté! Je ne voulais même pas t'en parler, c'est toi qui a lancé le sujet!"

La Cape Ecarlate eut un sourire ironique:

"Parce que tu es rentré à la maison comme un coq bouffi de fierté, ce n'est pas comme ça que ça marche, tu le comprendras bien assez vite je l'espère."

C'en était trop pour toi, avec toutes les émotions de l'après-midi, tu exploses:

"Arrête de me traiter comme si j'étais encore un gamin, je suis un homme, un adulte!"

Le regard inquisiteur d'Andugal te détailla de la tête aux pieds:

"Il n'y a bien que les gamins avec lesquels tu traînes pour y croire."

C'était dément, tu avais l'impression qu'il faisait ça uniquement pour t'enrager, pour te pousser à commettre l'irréparable et tu tombas évidemment dans le panneau: tu bondis sur lui dans le vain espoir ne serait-ce que de caresser sa cape rouge mais il se retourna violemment et frappa de son poing solide ton visage, enchaîna avec un coup de pied en plein dans le ventre et finis par saisir tes cheveux courts pour prononcer à ton oreille, d'une voix étrangement calme:

"Ne pense même plus à lever la main sur moi si tu n'es même pas capable de m'effleurer."

Il relâcha sa douloureuse étreinte, remis correctement son uniforme et sans un regard pour toi, il sortit de la maison en claquant la porte. Dans un élan douloureux de haine et de honte, tu prias pour que la mort l'emporte.

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