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 Dysharmonie [Intrigue Interne]

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Nasträlya
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Message(#) Sujet: Dysharmonie [Intrigue Interne] Dim 2 Avr - 19:57




Dysharmonie


Parmi les grandes sociétés qui se voudraient en paix avec tout un chacun, il existe toujours des failles qui, tôt ou tard, se montrent aux yeux du monde. Chaque citoyen l’aborde de manière totalement différente ou se coordonne avec les majoritaires, mais certain penseront que le seul moyen d’être en paix est de détruire ceux qui la mettent en péril. « Nous ne pouvons laisser faire ces extrémistes ! » La maisonnette d’Ohibaan était emplie de silence, dorénavant brisé par Linäy, responsable des Cilämurans. « Ils propagent leur haine à travers tout le village, vous décrédibilisant, et vous restez assis à ne rien faire ! » « Les interdire de s’exprimer va à l’encontre de toutes nos règles. Ce serait tout autant décrédibilisant, ce serait de la tyrannie. » Ohibaan était assis à terre, récoltant les fleurs qu’il avait fait pousser dans sa hutte. Linäy s’agenouilla près de lui, croisant ses doigts sur ses genoux. « Si vous ne faites rien, nous aurons droit à une seconde Insurrection et nous ne sommes pas certains de pouvoir gagner celle-ci. » Elle se releva. « Depuis que nous avons montré notre présence, certains brûlent d’impatience à l’idée de partir en guerre. Ils n’ont pas peur de mourir, ils se pensent protéger par la Nature même, alors que nous ne l’avons que compris et que nous arrivons à nous en prémunir par stratégie. »  Rilver était adossé au mur, les bras croisés. « Seulement vingt ans se sont écoulés. Vingt années où nous avons souffert en construisant ce hameau avec un semblant de paix. Les plus anciens sont encore emplis de haine, ceux qui arrivent de Tadryon également. Elle ne tarira qu’avec le temps. » « Nous ne devons pas oublier Rilver, nous devons simplement y penser en y discernant les mécanismes d’une civilisation biaisée et celle que nous tentons d’édifier. La population ne fait que réagir face à Tadryon. Elle oublie ce que nous essayons de bâtir, parce qu’elle ne raisonne pas encore. » « Alors, raisonnez-les ! »  S’insurgea Linäy. Ohibaan souffla en se relevant, le regard perdu vers le plafond. « Réunissez-les ce soir sur la place du Pendiller. »

La nuit vint à tomber sur les grandes étendues d’arbres s’entremêlant l’un l’autre. Les feux bleus dansaient sur leur support, éclairant les visages de ceux étant venus écouter Ohibaan leur parler. Il sortit donc de sa hutte, s’arrêtant sur la terrasse en bois afin de surplomber son peuple. « Mes enfants. » Commença-t-il d’une voix grave. « Il y a de cela vingt ans, nous avons bâti ce village de nos propres mains, dans le sang et la sueur. Nous l’avons fait grandir, nous avons édifié notre peuple au même rang que ces impurs, mais avec un but tout autre. La préservation d’un Équilibre auquel nous croyons tous. » Il s’arrêta un bref instant. « Nous nous sommes battues afin de comprendre les énergies qui nous habitaient et celles qui composaient notre monde. Nous avons décidé de ne faire qu’un avec elles en nous battant contre celles qui risquaient de les détruire : la haine, la colère, l’égoïsme… nous partageons tous et même ce qui va au-delà du matériel. Nous ne pouvons, aujourd’hui, avec tout ce que nous avons traversé, nous laisser guider par ces émotions destructrices. Parce qu’aujourd’hui, le Néant nous guette tous !  Nous avons accepté de nous battre, mais pas entre nous, pas pour nourrir la destruction de notre planète, car Tadryon le fait très bien toute seule. » Il laissa un nouveau silence, posant le regard sur certains d’entre eux. « Je vois dans certain regard la haine, une demande irrépressible de combattre ceux qui nous ont fait du tort et je vous comprends ! » Il posa ses mains sur la balustrade. « Mais la force ne réside pas dans les armes ou dans le courage de se donner à la guerre. » Il posa son poing sur sa poitrine. « Elle réside dans la capacité à se contrôler, à savoir quand frapper, où et comment ! » Il ressaisit la balustrade, plus violemment cette fois « Si nous décidons, par colère, de nous battre dès demain, nous serons totalement dispersés et nous ne gagnerons jamais cette guerre qui est actuellement à notre porte ! » Il desserra ses phalanges du bois. « J’en appelle au calme et à la raison. Nous devons être prêts avant de décider où aura lieu notre ultime bataille et comment elle se finira. Que l’Équilibre nous guide tous. » Le peuple applaudit leur chef, mais Ohibaan savait. Il savait que quels que soient ses mots, une bataille avait déjà commencé au sein même de son peuple. S’il était parfaitement prêt, si celui-ci avait déjà choisi son successeur, il croisa le regard de Valvosa qui lui fit comprendre que ce qu’ils préparaient était loin d’une simple bataille pour le pouvoir.  C’était une guerre de pensée, de croyance, dont la victoire ne dépendait que de ses enfants.



Déroulement

Bienvenue à tout les Fils.Filles d'Ohibaan  

Voici la première Intrigue Interne du peuple et vous devez vous demandez ce que vous allez y faire   En fait, c'est simple ! Vous pouvez avoir participer à cette prise de parole d'Ohibaan ou non, avoir entendu parler de cette prise de parole par d'autre et vous pouvez également ne pas savoir de quoi il en retourne ou être parfaitement au courant ! Le but de cette intrigue est de mettre en place la trahison qui viendra au fil des Intrigues à venir, la voir s'installer doucement et commencer à envisager son camps =) Vous pouvez découvrir n'importe quoi: tentative d'assassinat, tentative de discréditer l'Ohibaan actuel ou encore simple conversation contre l'Ohibaan. Vous pourrez décider de dénoncer des agissements à Rilver [gardez en tête que si vous jouez un PNJ important, il faut bien jouer son caractère. Sachez donc qu'il en prendra note, mais qu'il n'en fera rien sur l'instant.], tout ce que vous découvrirez, tout ce que vous ferez et direz auront des conséquences si elles sont découvertes ou si vous ne les cachez pas [je parle surtout de ceux qui déciderons de se dresser contre l'Ohibaan actuel.] Vous devez donc, dans votre post, être confronter à une situation contre l'Ohibaan et constater qu'une seconde Insurrection est en place.

Quelques détails: la différence entre l'Ohibaan et ceux qui veulent qu'il tombe réside dans la haine. Les Traîtres veulent une guerre frontal, ils sont emplie de haine et aveuglés par la colère, tandis qu'Ohibaan voudrait que le peuple soit près avant de partir dans une véritable guerre. Ils pensent que la Nature les protèges, que c'est leur devoir d'éradiquer Tadryon, ils ont donc une compréhension très extrême de leur propre religion. Ils pensent également que Ohibaan est trop vieux et qu'il est également trop faible pour les mener à la guerre. Vous ne savez pas qui est à la tête de cette Insurrection, mais beaucoup savent que Releth soutient cette rébellion.

Les PNJ importants: ils se trouvent Ici    

A partir de maintenant, vous pourrez parler de ces conspirations dans vos prochains RP    



Gains et Nombre de Mots

Vous obtenez 1 point d'attribut où vous le souhaitez et, selon le nombre de mots, un gain du catalogue ( ICI ). Ainsi, si vous faites 1 500 mots, vous choisirez un gains pour 1 500 mots etc.

Vous ne devez poster qu'une fois [donc 1500 mots ou plus,mais en un post] Vous ne devez donc pas interagir entre deux PJ [les rp multijoueurs le permettant, viendront plus tard], vous faites ici évoluer votre faction dans un rp solo qui vous fera gagner plus de point qu'une mission en solitaire. Vous devez également poster sous ce post ci! ^^

Il se peut qu'il y ait des gains spéciaux pour certaines Intrigues où, en plus du point de spécialité, vous aurez à choisir entre un gain du catalogue OU le gain spécial. Cependant, dans celle-ci il y n'y en a pas =)

Dead Line: 02/06/2017
Pour toute difficultés, n'hésitez pas à posez des questions dans ce sujet: ICI ou à me contacter par mp.





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Schaad DebuMerah
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Message(#) Sujet: Re: Dysharmonie [Intrigue Interne] Jeu 13 Avr - 9:01

Intrigue Dysharmonie : des conspirateurs dans la nuit [SOLO Schaad]


L'Envol était proche et d'après ce que j'en avais réussi à savoir, je devais être conduit hors du village par des gens de ma famille. Mais je n'en connaissais aucun d'assez près pour lui demander cela et je doutais qu'ils ne s'obligent à faire cette excursion pour moi. Quant à Wendya, celle chez qui j’avais trouvé le gîte et le couvert à défaut d’être hébergé par un membre de ma propre famille, elle était trop vieille pour pouvoir envisager une telle expédition en dehors des limites du Village.

Qu'importe, je m'y rendrais seul et cela me convenait puisque je préférais que personne ne sache où j'escomptais me rendre. Restait le problème épineux de celui qui serait en charge de me surveiller, celui-là, il me faudrait le semer rapidement, sinon, tant pis pour lui, le Désert Pourpre le repoussera inévitablement à moins qu'il n'y soit préparé, ce dont je doutais fort.

Pour l'heure, j'étais installé dans les plus hautes branches de l'arbre, allongé sur une de celles qui étaient assez grosse pour supporter mon poids, mes jambes entourant le tronc et croisées de l'autre côté pour prévenir toute chute.

Tout autour de moi dans la pénombre, j'entendais la respiration lente d'une multitude de poitrails, quelques éructations et des grattements de griffes contre une peau dure.

Tout autre que moi se serait alarmé et n'aurait pu fermer l'oeil. Moi, j'en gouttais la quiétude et la paisible assurance que quoiqu'il arrive, les Varazas qui dormaient autours de moi me réveilleraient bien assez tôt en cas de danger.

Sur ma branche perché, le nez vers le ciel et les mains derrière la tête en guise de coussin, j’entrevoyais parfois les étoiles briller au firmament quand un souffle agitait les frondaisons encore denses sur ces dix mètres qui me séparaient du ciel libre.

Leurs éclats purs et cristallins mettaient fugacement des perles lumineuses dans les yeux du mâle de la troupe qui ne dormirait pas cette nuit et monterait la garde pour le bien de tous ceux qui vivaient dans cet arbre ou même de ceux qui le jouxtaient immédiatement. Il était veilleur de nuit avec quelques autres répartis en périphérie du troupeau.

Ainsi était la garde de nuit, une bonne moitié des mâles veillaient alors que le troupeau dormait. Ils donneraient l'alarme si quelque étrange fait ou créature ne venait à entrer dans son champ de surveillance, préviendrait si la pluie risquait de venir à tomber, voire la neige ...

En dessous de moi, bien en dessous, il y avait la toile d’araignée des passerelles qui reliaient entre elles les plateformes et les habitations dont je ne pouvais percevoir que la sombre aire des toitures. Ceux qui y résidaient dormaient pour la plupart et lorsqu’un rai de lumière passait tremblotant au travers des volets, j’imaginais que ceux qui étaient encore debout lisaient sans doute à la lueur d'une chandelle ou d'une lampe à huile.

Tout était calme, j'avais peine à m'endormir et somnolais en repassant dans mon esprit le chemin qui devait me mener jusqu'à la première couronne puis au-delà, sur les étendues de sable écarlate. Ma main se porta sur mon coeur où un léger renflement trahissait le trésor que j'y emporterai, cette petite fleur bleue qui se flétrissait déjà, enveloppée dans une peau pour la préserver un peu pendant le voyage.

Le gros mâle remua et fixa quelque chose en bas, puis se remit en place en grommelant un peu. Quelque chose l’avait alerté, mais il était rassuré maintenant. Par curiosité, je me penchais un peu et cherchais à découvrir ce que cela avait pu être.

De prime abord, je ne distinguais rien, juste les toits, les plateformes, les branches et le feuillage, et tout en bas, les énormes racines qui couraient noires jusque sous terre dans toutes les directions, telles une seconde ramure n’ayant réussi à prendre son élan vers les cieux.

Mes yeux, habitués à l’obscurité qui avait recouvert de sa chape tout le pays perçurent un mouvement, puis d’autres. Plusieurs ombres passaient sur les passerelles reliant les arbres entre eux, des formes noires arrivant de tous les côtés et en rejoignant une autre qui les attendaient à l’embranchement de ces routes sylvestres aériennes, juste sous moi, quelques dizaines de mètres plus bas.

Doucement, sans faire de bruit, enfin en faisant moins que l’animal qui venait de se retourner juste à mes côtés, je me mettais à califourchon sur la branche où j’étais installé et observais la scène silencieusement, écoutant de toutes mes oreilles.

Ainsi installé, je pus mieux voir ce qui se passait en bas. Les humains qui se regroupaient étaient vêtus de leurs capes de pluie, leurs capuches recouvrant leurs têtes. Certaines formes étaient plus petites et plus fines que les autres, il y avait donc des adultes et des adolescents parmi eux, et vu la démarche et les manières, des femmes aussi.

Le bruissement des feuillages couvrit leurs murmures et je n’en entendis que des bribes, on demandait un mot de passe à chacun et lorsque l’interrogé se rapprochait au plus près pour répondre, celui qui demandait le sésame indiquait une échelle qui descendait vers le réseau inférieur où d’autres formes dirigeaient ceux qui les rejoignaient vers un passage en direction d’un autre arbre.

Ma curiosité était à son comble quand un de ceux que j’avais identifié comme étant un plus jeune à peine plus large et grand que moi s’avança en compagnie d’une plus grande silhouette et au lieu de murmurer le mot de passe, le dit à voix haute, ce qui lui valut une claque sur le derrière de la tête et une réprimande de son aîné.

Cette voix, je ne la connaissais que trop bien pour en avoir été la cible quotidiennement depuis mon arrivée dans le Village. Il avait dit « Sivilouar », mot inconnu qui voulait sans doute dire quelque chose pour eux, et son accent, ce ton, cette suffisance perpétuelle ne laissaient aucun doute, c’était Öcto, huitième enfant de Freygar Narnuksen …

Que pouvaient-ils bien maquiller avec tous ceux là au milieu de la nuit ? Ma curiosité était attisée au plus haut point, mais je ne pouvais bouger pour les suivre sans alerter les sentinelles qu’ils avaient disposées aux quatre coins. Il me fallait attendre encore … Tout en essayant de deviner leur destination en les suivant des yeux aussi loin qu’il m’était possible de le faire.

Ce n’est pas sans une certaine impatience que je voyais les files diminuer et sans une certaine exultation que je bougeais enfin dès que le dernier emprunta l’échelle. Je récupérais ma propre cape en peau de Garge râpée que j’avais coincé contre le tronc dans la fourche d’une branche et je l’endossais avant de me laisser glisser jusqu’au pont de corde qui surplombait les passerelles et reliait lui directement la cime des arbres entre elles.

Cette pèlerine, récupérée en troisième main sur une pile de vêtements de protection à la réforme, était rapiécée en bien des endroits et une bien piètre remplaçante de la tenue que j’avais lorsque j’étais libre. Mais je faisais contre mauvaise fortune, bon cœur, je ne pouvais faire le difficile dans ma position de pupille du Village …

Les passerelles les plus hautes étaient constituées de trois filins, un où on posait les pieds et à hauteur de taille d’un homme adulte, deux autres de chaque côté sur lesquels on prenait assurance avec les mains.

Les plus aguerris ne se tenaient que d’une seule main sur une des cordes et marchaient normalement, ou courraient parfois, les pieds juste assez en travers pour avoir une bonne assise. Les moins surs d’eux passaient en crabe ce qui les mettait en position inconfortable immanquablement en plein milieu lorsque le tout prenait invariablement un mouvement de balancier de plus en plus important.

Je traversais donc l’espace entre les arbres rapidement puis glissais presque le long du tronc après avoir rassuré le Varaza de garde qui m’avait vu venir et poussa son « Groumf » étonné habituel, prenais pied sur la passerelle que venaient d’abandonner la petite troupe le temps de me pencher et de les chercher dans le noir.

Ils étaient là, se dirigeant vers le nord, maintenant une petite trentaine de formes sombres et silencieuses dont deux restaient en arrière et surveillaient leurs talons. Impossible de les suivre directement donc, il me fallait passer au large sinon dès que je mettrais le pied sur les planches derrière eux, ils percevraient sans aucun doute ma présence …

J’optais donc pour la voie de traverse, utilisant encore une fois les passages de corde qui faisaient eux aussi un réseau complet jusque loin dans la forêt, ce qui faisait ressembler le Village sylvestre à une toile géante.

J’arrivais à les dépasser ainsi, même si eux marchaient normalement par les voies communes et je me mettais en embuscade, guettant leur passage et leurs changements de direction. Je me collais contre un tronc et les laissais passer au-dessus de ma tête, les entendant pour la première fois murmurer entre eux.

Il faut dire que nous étions maintenant dans une partie que je connaissais fort mal, bien en périphérie de la zone principale d’habitations et à l’opposé de la demeure d’Ohibaan. C’était un coin dangereux, enfin moins sur que là d’où nous venions, et des armes étaient apparues dans les mains des plus grands et des plus forts tandis que je devinais à la crispation des autres qui avaient la main prête à sortir les leurs.

Moi, je n’avais rien, juste un petit couteau qui me servait à manger ou à couper de petites branches. Je décidais donc de me rapprocher un peu tout en surveillant ceux que je pistais et la forêt autour de moi …

Heureusement, après plus d’une demi-heure de progression pénible autant pour eux que pour moi, nous étions enfin tout proche de notre destination et je n’eus plus qu’à les contourner discrètement pour me placer à un endroit d’où je pouvais tout voir et entendre ce qui se dirait.

C’était une petite clairière avec en son centre un gros roc bouffé par l’acide des pluies comme on pouvait en trouver partout. Ma mère m’avait dit un jour que c’était les restes du monde d’avant, les dernière traces des maisons de l’époque qui montaient jusqu’au ciel, bien plus haut que le plus haut des arbres, et constituaient la forêt de pierre où ils vivaient. Je pensais qu’elle me racontait des histoires jusqu’au jour où j’ai su lire et où elle me démontra qu’elle disait la vérité.

Un homme était juché sur ce rocher, dominant les autres, et au signe qu’il fit, tous se turent immédiatement. On n’entendait plus que le murmure d’un ruisseau et les bruits de la forêt attentive elle aussi. Ma respiration me parut aussi bruyante qu’une forge et je devais réprimer les battements de mon cœur car je venais de reconnaître celui qui faisait maintenant un tour complet sur lui-même tout en prenant la parole … *

C’était un homme mûr qu’on m’avait un jour désigné comme étant Angriff Diem, un homme important, et il commença immédiatement à parler fort, rappelant qui ils étaient tous et ce qu’ils voulaient tous … Destituer Ohibaan et marcher ensuite sur Tadryon pour la réduire en cendre avec l’aide des troupeaux et de leurs connaissances naturelles.

Comme les autres, je l’écoutais, trouvant moi-même un fond de vérité dans ses dires, une raison justifiant ces actes totalement en désaccord avec les préceptes inculqués dans le Village et chez tous les Fils. Mais dans tout cela, quelque chose sonnait faux, quelque chose me dérangeait, et cela fut encore plus réel dans mon esprit quand il en arriva à réclamer la tête d’Ohibaan sous les ovations de ses associés conspirateurs.

Je voyais la haine qui les habitait, je l’entendais s’écouler quand ils conspuaient les actuels dirigeants ou acclamaient celui qui projetait de les remplacer et de les envoyer à la mort.

Intérieurement, je priais pour que leurs cris et leurs clameurs puissent s’entendre et que les fidèles viennent les attraper et les emprisonner, mais le monde étouffait toute cette agitation si efficacement que moi-même qui n’était pas pourtant très éloigné, je devais tendre l’oreille parfois pour comprendre ses paroles car dans mon dos, les chasseurs de la nuit beuglaient leurs hallalis au loin.

Il y eut une pose pendant laquelle il semblait se repaître de leur communion infernale puis il reprit :

Certains sont venus avec leur fils et leurs filles assez âgés maintenant pour participer à l’Envol. Ceux là ont gagné le droit de découvrir leurs alliés et quand tous auront sur le front la preuve de leur mandat, nous passerons enfin à l’action, nous ferons découvrir aux autres l’étendue de notre force ! Ici, cette nuit, nous ne sommes qu’une poignée, mais un peu partout tout autour du Village, depuis plusieurs jours, nos groupes se sont réunis et se réuniront pour préparer notre prise de pouvoir et prouver notre puissance ! Découvrez vous maintenant afin que le jour venu, vous puissiez reconnaître vos frères et sœurs d’armes ! Ôtez vos capuchons et présentez à la lumière des torches vos visages !


Je tendis le cou pour mieux voir alors qu’ils s’exécutaient et découvrit avec horreur que je côtoyais la majeure partie de ceux qui étaient là pendant la journée même si je ne connaissais pas leurs noms …

Dans les jeunes, par contre, j’identifiais immédiatement la petite bande d’Öcto, ils étaient tous là, disséminés parmi les adultes, aux côtés d’un parent si ce n’est d’un père ou d’une mère, parfois les deux.

J’étais glacé jusqu’aux os de les voir ainsi ligués contre le Père des Fils de la même manière qu’ils l’étaient contre moi … Il fallait que je prévienne quelqu’un, qu’ils soient au courant, qu’ils se préparent ou qu’ils les arrêtent avant qu’il ne soit trop tard …

Nos armes sont prêtes dans les caches dont vos chefs de sections connaissent l’endroit, poursuivit il en désignant Freygar et en le saluant d’un mouvement imperceptible de la tête, Le signal vous sera donné par eux et ce moment approche à grand pas … Couvrez vous maintenant, et écoutez mes paroles …

Je n’entendis pas la suite, perdue dans la confusion de la forêt profonde alors que je filais sans bruit et rebroussais chemin vers le Village tout en observant une prudence renforcée par la crainte.

Mon cœur fut un instant soulagé quand enfin je pus grimper dans un arbre ami et qu’empruntant les ponts de cordes, je revenais à mon point de départ. Mais cette légèreté passagère me quitta dès que je fus à nouveau au milieu du troupeau, près du grand mâle qui m’accueillit avec bienveillance et m’observa pendant que je me réinstallais sur ma branche, toujours vêtu de ma cape, la tête enfoncée sous la capuche.

Peut être ressentait-il mon trouble, mon angoisse. Qui prévenir ? A qui faire confiance ?

Je ne savais comment faire, n’osais aller voir directement l’Ohibaan, cela ne se faisait peut être pas …

A qui dire ?! A qui confier !? J’en devenais fou et mes entrailles se nouaient à y penser sans cesse …

La nuit avança sur le chemin des heures matinales et j’observais une heure après mon retour des ombres qui retournaient chez elles venant de différentes directions. Sans doutes mes conspirateurs et d’autres qui s’étaient réunis cette nuit pour être harangués. Je les regardais passer sous moi ou les devinais au loin, imité dans cette observation par mon voisin qui reposait à nouveau la tête posée sur sa propre branche dès qu’il avait identifié que ce n’était pas un danger.

Lui ne pouvait comprendre ou savoir distinguer une nuisance telle que celle là, sinon il aurait réveillé tout le quartier jusqu’aux ruisseaux et alerté ses congénères par delà.

Quand l’aube vint, fragile encore, et elle me vit déjà traînant du côté de la demeure d’Ohibaan, hors de vue des factionnaires humains, cherchant le courage et le moyen de dire ce que j’avais appris.

Écrire ? Je n’étais pas vraiment doué pour cela. Et comment dire en peu de mots ce que j’avais vu et entendu ? Impossible … pourtant, c’était la seule chose que je puisse tenter …

Mais sur quoi écrire ? Avec quoi ? Quels mots choisir ? Je passais l’heure qui suivit à élaborer un moyen et à trouver les mots pour le faire …

Un petit tour dans la maison où étaient déposés les choses dont on n’avait plus besoin et où après un tri, chacun pouvait puiser matière à combler un besoin m’y fit trouver une vieille chemise déchirée et tâchée dans laquelle je découpais un carré de la largeur d’une main.

Ensuite, je réussissais à emprunter un fusain dans la maison des livres puis à m’isoler pour écrire mon message sur le tissu.

Spoiler:
 

J'avais passé et repassé les phrases dans ma tête plusieurs fois, corrigeant mes termes, allégeant mes phrases autant pour être clair que pour m’éviter un trop pénible travail, et à force de tirage de langue, j’arrivais enfin à les inscrire sur cette surface rebelle qui se plissait régulièrement sous mes traits.

Je me faufilais ensuite dans les arbres, évitant les rares lèves tôt déjà en plein travail ou simplement s’étirant aux premières lueurs du soleil, et arrivait enfin sur la plateforme où s’érigeait la demeure de celui en qui je devais remettre toute ma confiance et tout l’espoir d’atteindre et d’alerter ceux qui étaient en danger.

La chance était de mon côté, une fenêtre était ouverte, et je m’y faufilais après m’être assuré qu’il n’y avait âme qui vive dans la pièce.

Il y avait là une table et sur elle un déjeuner prêt à être consommé, preuve que le maître des lieux était déjà réveillé depuis un moment. De la pièce d’à côté venaient des bruits d’eaux, il se lavait, encore une chance pour moi qui m’étais transformé en cambrioleur afin de déposer mon message là où seul le destinataire pourrait le trouver, juste à côté du bol fumant. Pas de questions, pas de justification, l’incognito complet et un je d’enfant qui me rassura alors que je franchissais l’ouverture dans l’autre sens. Rilver trouverait mon message, mais ne saurait pas qui était le messager.

Je filais vite ensuite, évitant de justesse quelques préposés à la corvée d’eau et je rejoignais mes propres pénates pour essayer d’y trouver quelque chose à me mettre sous la dent. Vu l’heure, ceux qui partageaient avec moi la Maison Commune devaient en être au petit déjeuner …

J’espérais qu’il découvre mon mot et en fasse parvenir le message à tous ceux qui pouvaient être concernés, et surtout que personne ne m’ait vu faire cette petite opération. J'étais bon à me poser des questions toute la journée et à redouter de rencontrer Öcto ou son père ou qui que ce soit que j'avais pu voir là-bas.


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Message(#) Sujet: Re: Dysharmonie [Intrigue Interne] Mar 18 Avr - 14:06





-Rekza ! Reveilles-toi ou tu vas encore arriver en retard. Tu sais que Yaevinn déteste ça.
La mère de Rekza savait utiliser ce ton à la fois doux et ferme. La journée était déjà bien avancée et le jeune homme était étendu sur le bord de son lit, son bras gauche pendant dans le vide. Il ronflait bruyamment et un filet de bave coulait sur la main sur laquelle était appuyée sa tête. Il était couvert de bleus, comme toujours. On reconnaissait bien là les apprentis Värshas. Il avait passé la soirée à répéter ses mouvements, il voulait prouver à son maître qu’il était aussi capable d’être rapide et qu’il n’était pas un “lourdaud bon à rien si ce n’est encaisser”.
-REKZA !
Cette fois-ci sa mère hurlait et l’avait réveillé en sursaut, le jeune homme tomba de son lit, surprit, dans un gémissement pitoyable. Il se releva douloureusement et essuya la salive sur sa main d’un geste écœuré. Lorsqu’il se rendit compte de l’heure qu’il était, il se mit à paniquer, il attrapa quelques baies de Hotïn que sa mère avait fait cuire pour le petit déjeuner comme à son habitude, enfila un vêtement dans la hâte, embrassa sa mère sur la joue et fila en direction de la garnison.
En arrivant à la garnison, le jeune guerrier s’étonnait de voir le lieu étrangement silencieux et vide. Pas la moindre présence humaine ou matérielle, le lieu était désert comme si la journée avait été banalisée pour une quelconque raison. Seul Yaevinn l’attendait, la mine sévère. Il avait les bras croisés et ce regard noir qui inquiétait tant Rekza. Le maître savait très bien gérer cette balance subtil entre la protection de son élève et la terreur qu’il lui inspirait.
-Encore en retard. J’imagine que cette fois-ci tu as une véritable explication ?
Le jeune homme esquissa une grimace entre le sourire gêné et l’expression d’excuse. Cette grimace était accompagnée par la marque des draps encore récente ainsi que celle de sa main sur laquelle il avait dormit. Aussi ses long cheveux habituellement plus ou moins ordonnés arboraient plutôt ici une coiffure chaotique. Avant qu’il ne puisse ouvrir la bouche son maître fut contraint de l'interrompre.
-Bien, suis moi, une réunion va avoir lieu. Il y avait quelque chose d’inhabituellement grave dans sa voix.
Alors que les deux hommes marchaient en direction de la grande salle de la garnison, Rekza comprit de quoi il était question. La dernière fois qu’il avait vu son maître prendre cet air sévère était à la suite du discours d’Ohibaan il y avait déjà une semaine. Il avait totalement évité le sujet avec son apprenti comme si ces choses là le dépassaient et qu’il était incapable de raisonner. La réunion à laquelle ils allaient assister devrait surement aborder ce thème.
Dès lors que les deux hommes pénétrèrent dans la salle, le brouhaha qui y résonnait vint briser le silence. Les guerriers tous réunis s’exclamaient dans un mélange de cris inaudible. Un débat violent avait lieu et Rekza pouvait reconnaître des mots comme “Tadryon” “Vieux sage” ou “guerre” qui confirmaient son hypothèse. Cependant le débat en cours ressemblait plus à une dispute qu'à une réunion.
-Bien nous allons pouvoir commencer. La voix de Marasa résonnait dans la pièce et couvrait toutes les autres si bien que tout le monde se taisait petit à petit.
Si je vous ai réuni ici aujourd’hui c’est dans un but communautaire et non pas personnel comme certains voudraient le faire croire. Vous en avez peut-être conscience, mais notre peuple s’avance lentement vers un conflit que nous ne pourrons résoudre que dans la discussion, ou dans le sang. Le spectacle auquel je viens d’être confrontée m’a conforté dans l’idée que vos opinions sont toutes différentes, mais quelles que soit le chemin que vous allez suivre, je vous demande à vous, guerriers, de ne pas vous laisser aller à la violence. Nous pouvons avancer dans le calme et l’intelligence, plus que quiconque vous devez savoir faire preuve de paix.
Elle marqua une légère pause, les femmes et les hommes présents dans la pièce respectèrent le silence pesant qui s’était installé. Certains hochaient la tête en signe d’accord avec la fille du chef, d’autre semblaient au contraire moqueurs. Rekza profita de ce léger temps pour s'apercevoir que son maître n’était plus à ses côté mais avait rejoint les autre Värshas au côtés de Rilver qui observaient tous Marasa avec intérêt sans laisser transparaître la moindre prise de position.
-Comme l’a dit mon père, la force réside dans la capacité à se contrôler, à savoir frapper où et comment. Nous marcherons sur Tadryon mes frères, je vous le promet. Mais d’ici là, sachez vous contenir, utilisez vos compétences pour vous protéger les uns et les autres. Notre peuple avance ensemble ou n’avance pas, si vous voulez combattre ces chiens, il n’est pas l’heure à se diviser !
Alors que la fille du chef continuait son discours, le jeune homme ne put s’empêcher d’entendre les deux hommes devant lui parler discrètement.
-Tu parles, c’est maintenant qu’il faut frapper, tant que la haine est encore fraîche, c’est là qu’est notre force !
-De toute façon le vieux ne vas pas tarder à y passer, on va pas laisser un soit disant sage sénile nous empêcher de nous venger. Si on l’écoute, on sera mort bien avant de voir Tadryon brûler.
Petit à petit, les discussions intimes se multiplièrent dans la salle jusqu’à instaurer un bruit de fond pénible qui fit réagir le chef Rilver.
-ASSEZ ! Si quelqu’un à quelque chose à dire qu’il le dise maintenant.
-Tadryon nous a abandonné puis chassé, et maintenant nous allons mourir sous leurs feux si nous attendons trop longtemps. VENGEANCE ! VENGEANCE MES FRÈRES ! Cria un homme dans l’assemblée, ses mots résonnaient dans la pièce comme un cri de guerre provenant d’une armée entière.
La foule s’agita brusquement, comme lorsque le jeune guerrier était entré dans la pièce. Les hommes criaient, se bousculaient, si bien que les Värshas durent intervenir et commencèrent à dissiper le groupe et à faire sortir tout le monde.
Le calme revenait progressivement, Rekza entrevit Marasa prendre son visage entre ses mains, dépitée. Les fils d’Ohibaan semblaient décidément se fendre en deux opinions bien distinctes. Le jeune homme ne savait toujours pas quoi penser de tout cela. Tout ce qu’il savait c’était qu’il voulait protéger les siens mais si cela devrait passer par la défaite de Tadryon, il était prêt à le faire. Mais il était convaincu qu’Ohibaan savait ce qu’il faisait et qu’il avait sûrement raison de vouloir attendre. Après un moment, Rekza fut finalement rejoint par Yaevinn.
-Qu’est-ce que tu en as pensé ?
Pour la première fois le maître se soucier de l'avis de son élève sur la question alors que celui-ci était plus perplexe que jamais.
-J’ai entendu des hommes dire qu’ils voulaient tuer Ohibaan pour rendre leur vengeance possible. 
-Oui, on a été averti de cette possibilité. Malheureusement, je pense qu’une simple discussion paisible entre les deux opinions ne soit pas envisageable. Il va certainement falloir défendre nos convictions.
-Je vais suivre le guide. Depuis que je suis né il n’a jamais porté préjudice au peuple. Je pense qu’il est droit et juste.
Dire ces mots à son maître officialisaient pour le jeune homme sa prise de position. Même si cela impliquait de devoir combattre les siens, il allait défendre la société contre l'insurrection qui se préparait.
-Vous êtes les vrais traîtres finalement. Il va tous nous condamner et vous continuer de lui manger dans la main, Ohibaan tombera et ensuite ce sera au tour de Tadryon !
La voix qui venait de derrière les deux hommes était celle de Sarvhan, l’homme qui avait crié vengeance quelques minutes plus tôt et qui avait semé le chaos dans la réunion. Le sang de Rekza ne fit qu’un tour, sa rage se mit à bouillir et alors que l’insurgé se mit à rire face au jeune homme, celui-ci écrasa son poing directement sur son visage moqueur avant même que Yaevinn ne puisse réagir. Sarvhan fut projeté au sol, du sang chaud coulait de ses narine et son expression agacée laissait présager une contre attaque. Il se leva avec agilité et se lança rapidement face au jeune combattant qui rapidement, lui aplatit une nouvelle fois son poing en plein visage. Yaevinn lui même était étonné de l’efficacité de la technique de son jeune guerrier et observa avec intérêt la scène. Rekza profitant de la cécité de son adversaire chargea dans sa direction, épaule la première, afin de la faire une nouvelle fois basculer, mais Sarvhan était rapide et parvint à éviter l’attaque de justesse avant d’envoyer un coup de pied au niveau des côtes du jeune Ioshae. Rekza bloqua l’attaque avec son bras droit et attrapa la jambe avec le gauche réussissant à faire tomber son opposant. Avant qu’il puisse lui asséner un coup puissant, Yaevinn coupa court au combat et s’interposa faisant signe à l’homme à terre de déguerpir.
-On en restera pas là sale traître. siffla Sarvhan avant de cracher par terre et de s’éloigner.
-On verra ça, rajouta Rekza, essoufflé, sous le regard passif de son instructeur.
-Ca suffit, je vois que tu es échauffé, on va donc pouvoir commencer l'entraînement. On dirait bien que tes réflexes s’améliorent, c’est bien, mais tu peux faire mieux. Quand à ton attitude... Disons que je suis d'accord avec toi pour cette fois.


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Message(#) Sujet: Re: Dysharmonie [Intrigue Interne] Lun 24 Avr - 12:17


Demetria posa sa main sur sa tête lourde. La fatigue qu'elle avait accumulé ces derniers jours lui donnait mal au crâne, comme à chaque fois qu'elle n'était pas raisonnable et qu'elle se surmenait trop. Le manque de sommeil l'affectait tout particulièrement, bien plus que les autres membres de sa tribu, et elle se retrouvait donc souvent à supporter des migraines sans pouvoir rien faire d'autre qu'attendre que cela ne passe, ou faire une petite sieste. Mais cette fois-ci, son manque de sommeil n'était nullement du à un surmenage et essayer de dormir ne lui serait pas d'une grande aide. Elle n'avait pas essayé de veiller trop tard plusieurs soir de suite ni quoi que ce soit d'autre qu'elle aurait habituellement fait et qui aurait débouché sur ces symptômes. Non, en réalité, elle avait tout fait pour essayer de dormir, pour fermer les yeux et faire de beaux rêves. Mais depuis plusieurs nuits, ce n'étaient pas des rêves qui venaient bercer ses sommeils. Il s'agissait au contraire de cauchemars qui la réveillaient en sursaut en plein milieu de la nuit, haletante et trempée de sueur, et qui la tenaient éveillé jusqu'au petit matin, sans qu'elle n'ait pu refermer l’œil de la nuit.

Ces nuits agitées avaient commencé depuis le discours d'Ohibaan, qu'il avait tenu trois jours plus tôt devant une assemblée de villageois. Demetria avait fait partie de cette assemblée, et elle avait écouté silencieusement ce que le vieux sage avait à dire. Les propos qu'il avait tenu lui avaient semblé étranges et l'avaient travaillé jusqu'à ce jour, sans qu'elle ne retrouve la paix. Elle qui avait fait tant d'efforts pour calmer ses démons, pour retrouver une harmonie avec la nature, voilà que tout recommençait, mais pour des raisons tout à fait différentes. Cette fois, il n'était plus question de Nashar... Ou tout du moins, plus directement. Car tout ce qui concernait Tadryon la ramenait inévitablement vers son amour passé. Elle était mitigée quand au discours de leur chef. Une partie d'elle approuvait la prudence qu'il incitait. Se lancer tête baissée dans une guerre sans se préparer convenablement et stratégiquement, surtout contre un ennemi aussi redoutable que l'étaient les Destructeurs de monde, revenait à se suicider. Bien que la Mère du Tout les ait recueilli, accepterait-elle encore de protéger des enfants qui avaient, une fois de plus, semer la mort et la désolation en se battant contre leurs propres semblables ? Car livrer bataille contre les Impurs de cette manière signifiait sacrifier des frères et des sœurs. Bien évidement, même en se préparant, il y aurait forcément de lourdes pertes, mais elles seraient réduites si l'on élaborait une stratégie logique... La poupée avait conscience de tout cela, et elle admirait Ohibaan pour la maîtrise de lui-même qu'il montrait, et qu'elle aimerait elle-même avoir. Mais voilà, une autre partie d'elle même réclamait vengeance. C'était un besoin viscéral, violent, qui réclamait son dû immédiatement, qui n'en pouvait plus d'attendre. Qui criait sa haine et sa rage, son besoin de se déchaîner, de voir ces immondes êtres tomber. Et ce besoin là était bien plus virulent et incontrôlable que la raison que Demetria voulait s'imposer à elle même. Pourtant, elle bouillait intérieurement. A chaque fois qu'elle y pensait, le visage de cet Impur qui avait détruit sa vie, assassiné de sang froid son compagnon lui revenait en mémoire, et dans ces moments là, elle aurait été capable du pire. Elle aurait été capable de tuer.

Une guerre. Voilà ce qui les attendait. Cela voulait dire des combats, des vies précieuses perdues. La mort ne lui faisait plus peur, depuis qu'elle avait réussi à retrouver une paix intérieur, mais elle ne voulait pas risquer de ressentir ce vide en elle, de devoir essuyer de nouvelles pertes douloureuses. Pas encore... C'était trop tôt. Et pourtant, attendre ne signifiait-il pas entacher encore un peu plus la mémoire perdue de Nashar ? N'était-ce pas un affront à son souvenir ? Et pourquoi attendre si longtemps ? Pourquoi avoir redonné des signes de vie, avoir fait savoir au peuple ennemi leur survie, alors que rester caché dans la forêt avait représenté un avantage jusqu'à présent ? Ces froussards, qui ne comprenaient rien à la Nature, étaient bien trop effrayés pour oser s'y aventurer, laissant le peuple des Sylves tranquille et sauf... Se préparer en silence, et attaquer par surprise, sans que personne ne s'y attende... N'aurait-ce pas été une meilleure stratégie ? Un atout stratégique ? Maintenant qu'ils savaient, ils avaient le temps de se préparer. Leur vigilance avait sans doute augmenté. Ils étaient sans doute sur leur garde. Passer à l'attaque ne serait plus aussi simple désormais...

Ohibaan avait sans doute pris tout cela en compte. Il savait sans doute des choses qui échappaient à la jeune fille, des choses qu'elle ne pouvait comprendre... Elle en avait parfaitement conscience. Mais elle ne parvenait tout de même pas à comprendre ses agissements. Elle était déboussoler. Que devait-elle faire ? Elle n'avait jamais pensé à trahir son chef. Ohibaan était un homme bon, un leader respectable, et elle ne souhaitait pas voir son propre clan s’entre déchirer et s'affaiblir encore un peu davantage juste aux portes d'une guerre. Mais... Le discours qu'il avait tenu lui avait mis la puce à l'oreille... Il avait essayé de dissuadé les membres de la tribu de se rebeller, de devenir déraisonnable. Elle avait été plus attentive, plus observatrice. Et elle avait compris que, dans l'ombre, une résistance naissait. Des gens prêts à renverser leur chef, prêt à passer à l'action. Des gens qui, comme elle, réclamaient vengeance. Elle avait entendu des gens parler. Faire des commentaires anodins, qui ne l'auraient pas inquiété avant, mais qui, avec ses propres soupçons, signifiant bien plus que ce qu'ils laissaient paraître.

Perdue. La petite fleur était désorientée, ne sachant comment agir. Elle si confiante et sûre d'elle d'habitude... Voilà qu'elle hésitait. Trahir Ohibaan, si c'était dans l'intérêt du peuple... Pourrait-elle se le pardonner ? Et sa famille, l'accepteraient-ils encore si c'était le cas ? Elle savait que son père respectait le chef actuel, et qu'il lui vouait une loyauté sans faille. Il en allait de même avec sa mère, son frère et sa sœur. Chaque membre de cette famille semblait avoir foi en l'Ohibaan actuel. Alors pourquoi Demetria doutait-elle autant ? Elle se sentait mal, comme une traître, de souhaiter qu'il soit renversé. Que dirait sa famille s'ils découvraient qu'elle avait fait partie du complot qui avait tenté de renverser cet homme qu'ils adulaient tant ? Les perdrait-elle également ?

Demetria laissa un soupir lui échapper tandis qu'elle mettait dans un sac les affaires que son père lui avait demandé pour se préparer à voyager. Karlsh remarqua ce signe de lassitude et s'approcha de sa fille, posant une main sur l'épaule de son enfant. "Tu te sens bien ?" Demetria, la gorge nouée, se contenta de hôcher la tête et de continuer à préparer les provisions. Cela ne sembla pas satisfaire son tuteur qui la fit pivoter face à lui et pausa son autre main sur l'autre épaule de la brune. Ses yeux, à la fois chauds et sévères, se fixèrent à ceux de son enfant. "Tu sais... Il y a toujours des moments, dans notre vie, où nous devons faire des choix importants. Il faut réfléchir avec calme, parvenir à raisonner en faisant abstraction de ses passions, de ses pulsions. Ne pas se laisser aveugler ou manipuler. Car si l'on prend les mauvais choix, on le regrettera. Pour longtemps." Demetria, les yeux écarquillés par la surprise, ne pipa mot. Elle se contenta de baisser les yeux, ne pouvant soutenir le regard de son sauveur. Savait-il qu'elle envisageait secrètement de rejoindre la résistance ? Avait-il compris qu'elle comptait peut être tous les trahir ? Mais comment pouvait-il savoir ? Elle même était trop perdue pour avoir pris une réelle décision. "Je... Je ne vois pas pourquoi tu me dis ça tout à coup... C'est étrange..." Elle poussa un petit rire, qui n'avait rien de naturel, et essaya de regarder à nouveau Karlsh. Son regard lui dit qu'il savait parfaitement qu'elle avait compris. La honte lui chauffa les joues, lui retourna l'estomac. Avec un sourire attendrit, il enlaça sa fille tendrement. "Je suis certain qu'au moment venu, tu prendras la bonne décision." Puis sans rien dire, il la lâcha et repartit préparer son périple.

Cette nuit la non plus, Demetria ne pu trouver le sommeil, encore plus troublée que d'habitude. Elle ne savait que choisir. Mais elle savait que les bonnes décisions étaient souvent les plus difficiles à prendre. Que la facilité ne signifiait jamais justice. Céder à la violence et à la colère, à l'impatience, c'était quelque chose de simple, bien que douloureux. Elle soupira longuement. Au bout de nombreuses heures, elle trouva enfin le sommeil. Elle avait finalement décidé. Comme l'avait dit père, elle prendrait la bonne décision.


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Nasträlya
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Message(#) Sujet: Re: Dysharmonie [Intrigue Interne] Lun 8 Mai - 14:00


Si la lumière disparaissait à jamais de nos vies, il n’y aurait plus de fleurs, plus de rires, plus d’étoile ni de lune. Si la noirceur envahissait à jamais nos contrées, elle ferait mourir la terre, les plantes, rendraient aveugle la faune et les Hommes, la lumière nous deviendrait insupportable et douloureuse. La haine faisait partie intégrante de notre peuple, elle nous avait élevé, nous avait donné la force d’avancer… mais aujourd’hui, elle faisait de l’ombre à tout ce que nous avions fait de bien. Nous avions repoussé nos limites, réussis à dompter un monde que nous craignons et certains brûlaient d’impatience de tout voir brûler. Il était vrai qu’Ohibaan était la voie la plus raisonnable, mais les insurgés étaient la voie du changement. Il fallait simplement calmer cette haine, l’apprivoiser pour en faire une force de combat. Une force pour le changement. Nous n’étions pas obligés d’écraser ceux que nous considérions comme des ennemis, nous n’étions pas forcés de le faire… mais on nous forçait tellement la main qu’il était quasiment impossible de l’ignorer. Nous ramassions nos morts, nous les enterrions près de la Mère Fondatrice, au creux de ses bras. Même si nous ne considérions pas la mort comme une fin, nous ne pouvons voir pleuvoir les cadavres de notre peuple et rester indifférents. Tué par nos propres frères, par des hommes et des femmes qui nous ressemblent.

La forêt était silencieuse. Sombre et humide, personne ne mettrait le pied dehors à cette heure si sans avoir une bonne raison. Les prédateurs passaient sous mes pieds, pourchassant les proies apeurées. Assise sur une branche, j’entendis Lyny se poser près de moi. Elle resta un instant silencieuse, puis posa entre nous un petit sac en peau, grouillant d'insecte au poison agressif. « Il doit forcément mourir ? » Je saisis le paquet et le mis dans ma besace. « Non. La Nature choisira et nous nous plierons à sa volonté.» « Tu as été choisi pour le faire si nécessaire ? Je veux dire, mettre les insectes quelques parts où notre Mère à tous le testera ? » « Je me suis portée volontaire pour les libérer. » Le bruit du vent fit danser les feuillages alentour. « Ohibaan a toujours été là pour nous, il nous a protégés d’eux. » Elle regarda face à elle. « Comme un père, il nous a appris à vivre comme nous le faisons, à nous entre aider, nous… » « Je sais Lyny » la coupait-je. « Alors pourquoi faisons-nous ça ? Tu as toujours été contre cette guerre… nous l’avons toujours été. » « Je ne pense pas qu’il faille obligatoirement entrer en guerre, mais en restant à ne rien faire, nous nous écrasons sans en avoir le choix. Nous pourrions répliquer, leur faire savoir que se sont nos terres et que nous sommes comme eux : dangereux et menaçant. » Elle sourit. « Tu parles comme ces Zoologistes, mais je te l’accorde : ne rien faire n’arrangera en rien notre situation. Un jour ils nous trouveront et nous massacreront sans sourciller. Si Ohibaan ne se contente que d’encaisser les chocs, notre civilisation court à sa perte. » « Nous devons nous soulever, non pas pour un Ohibaan mais par conviction. Nous devons réagir, nous défendre de ces envahisseurs, de ces destructeurs. Nous devons leur faire peur, leur montrer que nous ne sommes pas que des rescapés. » « Nous sommes comme eux. » Finit-elle. « Nous sommes semblables et différents. » Rectifiais-je. « Notre terre est morte par des hommes comme eux… tu as vu les images de ces villes immenses, détruites, tu as vu ce que la faim et le manque de vivres peuvent faire à tout un monde. Nous avons tous et nous continuons à nous battre…je comprends parfaitement le point de vue de notre Ohibaan… mais le monde ne fonctionne pas ainsi, les gens ne sont pas raisonnables et parfois, il faut stopper une guerre par une guerre plus violente encore. » « Les Tadryens ont peur de ce qu’ils voient… ce qui les rend violents. » « Alors, montrons leur bien pire, qu’ils en restent pétrifier. » Je me levais, suivi de Lyny. « Il arrivera un jour où nous n’aurons plus peur de perdre nos frères et sœurs. Ils seront emportés par la Nature et non plus par le libre arbitre d’un Homme. » La maison semblait vide lorsque je rentrai, tout le monde savait que l’Insurrection était proche, mais personne ne savait réellement quoi faire pour l’en empêcher.

Nous étions de ceux qui voulaient le changement. Même si certains criaient à la guerre, je savais qu’il était possible de simplement adresser un message aux hommes de métal. Il fallait effrayer, tout comme la Nature les terrorise, afin qu’ils craignent assez leur vie pour ne plus s’aventurer en terre inconnue. Trouver un moyen de les dissuader de venir ici et trouver une supercherie pour  faire sortir les nôtres de Tadryen. « Nana » la petite voix de  Mihanä résonna dans la chambre, tandis que la porte grinçait. Elle s’avança sur la pointe des pieds et se hissa sous la couverture. « Quoi ? » marmonnais-je tandis qu’elle glissait sa tête sous mon menton. « Dehors, les gens disent qu’une Insurrection est sur le point d’éclater. » Je la serrai dans mes bras. « Tu n’es pas concerné par ce que disent les plus grands Mihanä, pas encore. » Elle resta un court instant silencieux. « Nana ? » « Dors. » « C’est quoi une Insurrection ? Ça sert à quoi ? »  Je soufflais en passant ma main dans ses cheveux roux. « Tu te poses trop de questions pour ton âge… » « Rübina dit qu’elle causera des morts… que notre peuple est trop divisé sur ce sujet… c’est quoi le sujet, au fait ? » Je restais silencieuse. Elle m’agrippa en se relevant vers mon visage. « Pourquoi on se ferait la guerre ? »  Je soupirai une énième fois. « Parce que certains ne sont pas satisfaits des décisions d’Ohibaan. » « Pourquoi ? » « Parce qu’il attend inlassablement, parce qu’il nous cache plus qu’il nous apprend à nous battre et riposter. À force de nous fondre dans le décor, nous finirons par disparaître. » « Mais nous ne devons pas tuer les autres… c’est ce que l’on nous enseigne… » « On nous apprend à ne pas prendre des vies, mais nous pouvons toujours les mettre à l’épreuve, les présenter à notre Mère Fondatrice, qu’elle choisisse le chemin à prendre. » « Je comprends ! » J’ouvris enfin les yeux, les posant sur elle. « Si la Nature choisit de l’épargner, alors toutes ses paroles deviendront légitimes ! Choisi par la Nature, il s’élève plus haut encore ! » Je caressais sa joue. « C’est juste. Les Insurgés souhaitent présenter sa vie à la Nature. Cette épreuve passée, ils se plieront au choix du Tout. » Elle plissa le nez. « Non… Rübina dit que le pire en l’Homme c’est le fait qu’il soit irraisonnable. Certains voudront tuer… » « Alors ils seront punis… leur propre vie sera envoyée vers la Nature, au Désert Pourpre, où leur sang se mélangeront aux Bannis. » Elle resta silencieuse, plongeant son regard noisette dans le mien. « C’est ça les problèmes de grandes personnes ? » Je souris. « Même si nous choisissons, dans certaines circonstances, de suivre le chemin que nous montre la Nature, nous sommes parfois contraints de faire des choix. C’est le quotidien de l’après Envol. » « Qu’as-tu fait comme choix ? » Je souris. « Je décide de ne pas choisir Mihanä, je présenterai Ohibaan à la Nature et elle choisira pour moi. » Elle colla son front à mon cou. « Des fois, j’ai l’impression que notre civilisation est lâche. » « Préférerais-tu que toutes décisions reviennent aux Hommes ? Regarde Tadryon, ils ont choisi… décidant de nous bannir comme des parias et pourtant, la Nature nous a épargnés. » « Pourquoi ils ont fait ça ? » « Par crainte. Grâce à notre Foi, Mihanä, nous ne redoutons rien… et si un jour nous doutons, nous nous mettons à l’épreuve ou nous mettons les autres à l’épreuve. Frôler la mort est un rappel et nous devons nous battre pour que la Nature nous permette de grands desseins en son nom. » « Nous nous battons pour nous et pour Elle ? » « Nous ou Elle, c’est exactement la même chose. » « Je comprends. » Lança-t-elle dans un bâillement. « Dors, tu as encore le temps pour ne rien penser, pour ne pas entendre l’Insurrection arrivée. Joue encore un peu avant de te confronter à la réalité. » Je la serrai dans mes bras, attendant qu’elle s’endorme. Le vent s’immiscerait dans les fissures du bois, emplissant la pièce d’une brise glaciale. Demain, dans quelques jours, dans quelques trentaines de lunes, personne ne savait quand Ohibaan serait mis à l’épreuve ou encore si quelqu’un allait décider de bafouer toutes nos règles et d’attenter à sa vie.

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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: Dysharmonie [Intrigue Interne] Ven 2 Juin - 0:10

« La forêt protège nos flans, tant que nous respecterons l’accord tacite que nous avons établi ; notre communauté L’aide à prospérer, tandis qu’Elle ronge les Hommes de métal et nous les tient à distance. Il y a un Equilibre, qui nous a fait vivre pendant près de vingt ans hors des murs de Tadryon. Si nous brisons le lien qui nous unit à Elle en prenant en chasse les Egarés, quelque chose de néfaste s’abattra sur nous. C’est dans notre devoir de Protecteurs de soigner le cœur fragile des Hardis et d’empêcher que notre communauté subisse une fois de plus un sort qui nous détruirait. Si les tadryens ne nous atteignent jamais, l’Insoumise nous engloutira pour l’avoir bafouée. Cette guerre, notre peuple ne la mérite pas. »

Mäggrit Granpa est un homme âgé, qui a vécu plus d’une vie en-dehors du Hameau. Il regardait ses enfants, tous assis en tailleur dans la pièce commune. Ils revenaient à l’instant de la réunion de la place du Pendillier et tenait absolument à partager son avis à ceux dont le sort l’inquiétait le plus. Son regard s’attarda sur Junior, l’une des cadettes, dont la mine fermée ne présageait rien de sage. Les yeux du médecin, cachés dans l’ombre de ses arcades, finirent leur tour pour se poser sur sa femme de toujours. Bapti se tenait, autant silencieuse que ses enfants, près de lui. Il soupira.

« Je ne prendrais pas part au conflit. Je ne suivrais pas les Insurgés dans leur aliénation et refuserai de lever l’arme si l’Ohibaan me le demandait. Mes mains n’ont pas été conçues pour combattre l’égo des Hommes, mais pour les soigner. Et c’est en tant que médecin que j’agirai. Je ne suis pas seulement votre père et vous n’êtes pas seulement des enfants. Je vous demanderai d’y réfléchir à deux fois car si votre cœur entend raison, vous verrez que je n’ai pas tort. Restez voyants dans un monde d’aveugles. »

Les enfants de Mäggrit étaient gênés, certains avaient une mine interdite. Même Sigfrëli ne trouvait pas les mots. C’est dans un geste officiel que le vieux barbu décida de mettre un terme à leur réunion familiale et chacun à leur tour, ils se levèrent et quittèrent la pièce dans l’espoir de trouver le sommeil défendu.


—————◇◆—————

« C’est de la folie, Junior ! » - « Baisse d’un ton, Belegn. » Sigfrëli, qui avait tout entendu, se dressa dans l’encadrement de l’arche de leur chambre commune, faisant face à son frère et à sa sœur. L’un l’accueillit l’air étonné tandis que l’autre, visiblement aussi surprise que son frère aîné, devint de suite muette. Junior qui s’entraînait durement à masquer ses émotions sous une couche d’orgueil se trahit en offrant à la sœur aînée une expression faciale digne d’un Hanaamu en détresse, les babines retroussées. Il ne fallut pas moins de deux grands pas pour que les deux sœurs se retrouvent visage contre visage, l’air mauvais. « Tu n’entraîneras pas notre famille dans ton choix insensé, Junior. N’as-tu pas entendu papa ? Es-tu sourde ? » - « Dégage. » - « Non. » Belegn les écarta toutes deux, sans attendre que l’une ait refaite le nez de l’autre. « Elle a le droit de s’exprimer, Siggy. » - « Je l’interdis de nous mettre en péril ! » Un petit cri ponctua la phrase de l’apprentie médecin. Le poing tendu de Junior était retenu par Belegn, qui s’efforçait de calmer les deux têtes de galyrs. « Tu n’as pas le droit ! Je te l’interdis, tu comprends ça ?! » La vision rougie par l’émotion abreuva les idées obscures de Sigfrëli, dont le cœur emballé s’affolait. « Ils ont tué Omin, ils ont tué Kars, Victoria, Basil, Ghun… Je refuse par-dessus tout qu’ils vous tuent, vous aussi ! C’est interdit ! Si la mort, tu l’apprécies tant que ça, va, va à la rencontre de l’Hanaamu, offre-toi à lui, on gardera un bon souvenir de toi et de ta hardiesse mais, moi, je les ai vu, ces hommes de fer, ce n’est pas une Junior conquérante qu’on retrouvera, mais une trouée ! » La voix criarde et tremblante de Sigfrëli tira de sa torpeur la Fille d’Ohibaan qui se tenait en face d’elle. Un premier coup, puis un second à la tempe, abasourdirent l’aînée qui s’affala au sol comme une poupée de chiffon. Un rideau sombre voila les yeux d’émeraude. Derrière le barrage, elle entendit des pas, des voix et des cris qui s’éloignèrent si tôt qu’elle fut inconsciente.

—————◇◆—————

A son réveil, Mäggrit observait sa fille. A sa mine déconfite, Sigfrëli comprenait que quelque chose s’était passé. Elle se redressa péniblement, calmée, avec un mal de crâne affreux. En tâtant son visage, une bosse couvrait son front en lui donnant l’impression de posséder une corne en plein centre. Sa tête tournait encore ; quand Mäggrit porta à ses lèvres une boisson chaude qu’elle devina être de l’orani, l’apprentie le refusa. Il n’insista pas et déposa la tasse au sol, se relevant. Sigfrëli eut à peine le temps d’attraper la main de son père, une main d’un homme qui a travaillé durement toute sa vie, épaisse et cornée, avec des doigts de fée. « Elle est partie. » Le monde flou dans lequel elle était plongée malgré elle sembla tourner d’autant plus, affligeant à la fille d’Ohibaan un mal indéfinissable ; l’impression d’avoir perdu un membre de son corps, une partie du cœur peut-être. Ses yeux, boursoufflés par le coup reçu, rougirent. Dans le fond sonore, la plainte d’une mère apeurée se faisait entendre : elle se sentit profondément seule dans cette grande pièce soudainement étroite.

—————◇◆—————

« Ils l’ont peut-être vus, quelqu’un l’a forcément vue. Elle n’est pas une créature nocturne, voyons. » Ils étaient quatre ; Sigfrëli, Belegn, Carlis et Melae, à chercher dans tout le hameau la sœur envolée une nuit plus tôt. « Là où Père a raison : nous sommes trop peu pour nous scinder, dans l’unité on obtient la force. » - « Ouvrez grand les oreilles, nous allons nous séparer. » - « Nous séparer, es-tu fou ? » - « Nous aurons plus de chance d’entendre Junior, avec un peu de chance, peut-être qu’elle sera de retour à la maison en ayant pris le temps de réfléchir. » Les trois autres observèrent Belegn, dont l’optimisme se transposait en vain sur la réalité. « On espère. » Carlis partit avec Sigfrëli, Melae suivit Belegn. Le premier groupe se retrouva sur la place du Pendillier, le second à la garnison. L’apprentie dévisageait les appartements de l’Ohibaan. « Elle ne doit pas être à l’intérieur, Siggy. » - « Je sais, je me demande juste si l’arbre tiendra encore longtemps. » Et elle le souhaitait.

—————◇◆—————

« Nous ne l’avons pas trouvée. Elle est peut-être à l’extérieur, dans la forêt… » - « Il faut y aller ! » - « Non. » Tous restèrent cois quand ils entendirent le père qui se fouillait sa barbe. « Non ? » - « Elle a choisi. » - « Mäggrit. » Pour la première fois, ils entendirent la voix de leur mère. Habituellement agréable, on devinait le ton cinglant. « Ma fille reviendra ici, chez nous. Pieds et poings liés, s’il le faut. » - « Elle creuse le sillon d’une rivière encore jeune, elle a déjà passé l’envol, elle est grande et responsable de ses actes. » - « Pour un homme qui a vécu par-delà les contrées, je suis déçue que tu ne cherches pas à restaurer notre Equilibre. L’Equilibre qui unie notre famille. » - « Nous ne pouvons pas lutter contre sa volonté. » - « Mais nous pouvons la raisonner, n’est-ce pas ? Essayer, du moins. » - « Et cela te coûterait une deuxième corne. » Belegn reçut un coup à l’épaule, mais son sourire était un réparateur de maux et drôlement bienfaisant. Bapti, leur mère, sortit de l’une de ses poches un pendentif. « Elle l’a oubliée, j’aimerai que vous lui donniez quand vous la retrouverez. Cela pourra l’aider à réfléchir. Il est plus facile d’influencer un cœur que de raisonner l’esprit. » L’apprentie tendit ses mains pour accueillir le bijou qu’elle attacha par la suite autour du cou. « Nous irons ensemble et nous la retrouverons coûte que coûte, il le faut. » Les deux plus jeunes sœurs les regardaient, attentives, jusqu’à ce qu’Orani la juvénile demande « Qu’est-ce que tout cela veut dire, papa, maman ? » Mäggrit alla pour se masser la tempe, Bapti se raidit. Sigfrëli et Belegn se retournèrent. Au centre de l’attention, Orani ne sut plus où se placer. « Tu n’étais pas plus haute que trois choüms quand l’Insurrection éclata. J’espérais que notre peuple comprenne à quel point nous devons rester souder, comme les doigts de la main, mais des graines malsaines sont restées et ont germé depuis. On entend des échos et le cas de Junior ne fait que confirmer ce que je pense depuis longtemps. » Une larme salée glissa sur la joue du père. « Nous ne méritons pas ça… » répéta-t-il.
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Dysharmonie [Intrigue Interne]
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