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 Après la pluie, les railleries (avec Rekza)

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Schaad DebuMerah
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Message(#) Sujet: Après la pluie, les railleries (avec Rekza) Mar 4 Avr - 16:28



Plus que quelques jours et je serai enfin sur la dernière piste qui me rendra mon entière liberté ...L'Envol signera mon accession à l'âge adulte et me permettra de pouvoir aller et venir sans qu'on me demande des comptes à chaque arbre ...

Je descendais maintenant de l'arbre-maison après avoir fait mes corvées du jour, nettoyer les déjections des Varazas des branches hautes et des toits. Il ne me restait donc plus qu'à aider ceux qui étaient en bas à charger dans les charrettes à bras et à aller les mettre en tas aux abords des lieux de plantations car c'était un très bon engrais naturel.

Quand j'arrive en bas, couvert d'éclaboussures nauséabondes de la tête aux pieds, je pousse un soupir de soulagement en voyant qu'ici, les "jeunes" n'avaient pas chômé. Pratiquement tout ce que j'avais fait tomber était ramassé et n'attendait plus que nos bras pour être convoyés.

Une petite rouquine, les cheveux protégés par une bande de tissus, m'appela et me grimaça un sourire plein de joie. C'est ma cousine, enfin une de mes cousines car mes oncles et tantes, trois et deux, avaient bien des enfants et formaient une grande famille dont plus du quart possédaient une chevelure de feu comme la mienne allant du bronze cuivré à l'orange en passant par le rouge de sang comme moi.

J'avais refusé de vivre avec eux malgré les insistances des parents de ma mère, mon père n'avait plus de famille ici, ils étaient tous du Hameau, enfin le peu qui restaient après la dernière attaque de l'ennemi. Mais mon manque de familiarité pour ces parents n'avait jamais émoussé l'intérêt que me portait cette petite cousine, Nanahuta, qui depuis qu'elle pouvait marcher seule s'arrangeait pour me coller aux basques dès qu'elle le pouvait et tant qu'elle me les tenait, à jacasser de tout et de rien.

Son appel fit se relever une autre tête, plus âgée celle là aussi parsemée de tâches de rousseurs, perchée en haut d'un corps élancé où la féminité avait quitté l'enfance depuis un moment et où la femme nouvelle laissait entrevoir ses rondeurs et ses promesses. J'eu encore droit à un sourire puis à des joues empourprées, auxquels je répondais d'un signe de tête tout en m'essuyant le front d'un revers de manche, ce qui étala un peu plus la couche squameuse mêlée de sueur qui couvrait mon front.

La place fut nette en un temps record, nous voulions tous faire autre chose que ramasser la merde et surtout nous en débarrasser la peau et les vêtements. Les tombereaux sont poussés et tirés à grand renforts de soupirs et d'ahanements, de rires aussi pour certains quand une bouse venait à tomber sur l'un de ceux qui s'échinaient à les faire avancer.

Et bien sur, Nanahuta avançait en bordure de chemin en nous encourageant comme tous les moins forts ou les "réservistes" et de l'autre côté, immanquablement il y avait l'autre, toujours à me jeter un coup d'oeil alors qu'enfin nous arrivions à la fin de la première butte où la seconde équipe prendrait le relais alors que nous la suivrions jusqu'aux lisiers.

Nana vint immédiatement me prendre la main, peu lui importait qu'elle soit pleine de boue et de défécations, et la fille, elle se nomme Khéna je crois, vient se placer de l'autre côté pour m'emboîter le pas.

Je ne suis pas bavard, Nana parle pour deux et bien plus si on compte bien. Je n'ai qu'à lui grogner une approbation ou terminer sa phrase d'un mot pour être tranquille, le reste elle s'en charge. Nous sommes presque au tiers du trajet quand elle change de côté et me prend l'autre main tout en attrapant celle de ma voisine au drôle de sourire, et les voilà à deviser entre elles, Nana parlant pour moi et de moi sans retenue et répondant aux questions à peine voilées de cette fille bien trop curieuse à mon goût.

Autours des chariots, les conversations allaient bon train, et une nuée de filles suivaient le troisième chariot où s'escrimait le plus fort de ma génération, mon pire ennemi, celui qui me taquinait tant qu'il pouvait depuis mon arrivée ici, Öcto. Nous en étions venus aux mains une fois, à cause de Nana encore, parce qu'il avait été un peu brutal avec elle en la repoussant.

C'était il y a un bon moment déjà, mais la sanction dont il avait écopé nourrissait une rancoeur farouche envers moi qui avait subi la même chose par équité soit disant. Nous ne nous aimons pas et nous nous le rendons bien depuis lors ...
C'est la dernière butte qui me permet de m'arracher aux griffes de ce petit moulin à paroles afin d'aider le premier chariot à franchir le pas et à le déverser.

Je participe à la seconde opération avant de manquer d'être enseveli par le troisième chargement, celui de mon ennemi intime qui l'a basculé sans crier gare comme il est de rigueur. Heureusement, les cris de Nana m'ont avertis à temps et j'ai bondi par pur réflexe de côté, échappant à ce sort sous les quolibets de ce pourceau ...

L'affaire est ensuite vite menée, les chariots prennent avec nous la route des berges de la rivière et nous les nettoyons avant d'y passer à notre tour. Encore une fois, je suis sa cible privilégiée, car il sait que je n'aime pas l'eau et que je ne m'aventurerais jamais au-delà du genoux dans un quelconque liquide. Je n'y peux rien, autant m'enfoncer dans le sable totalement m'est indifférent, ce qui m'a sauvé la vie bien des fois étant enfant, autant me plonger dans cette masse sans consistance et vivante abritant tant de choses inconnues me terrifie.

Les bennes brossées et mises à sécher sur les berges, c'est à nous d'y passer, et je m'isole loin d'eux et de leur jeux futiles, de leur regards, de leurs rires moqueurs. Je n'aime pas qu'on me voit et les regarder, même par hasard, me met mal à l'aise depuis toujours, enfin depuis que je suis avec eux.

Je ne m'arrête enfin que quand je n'entends d'eux qu'une rumeur et je quitte mes vêtements, ne gardant rien sur moi, m'installe sur une racine plongeant dans l'eau où même assis, ma tête surnagerait sans peine, et je commence à frotter mes braies et ma veste énergiquement avec le pain de savon et la brosse et avec mes poings. La crasse s'en échappe et colore un peu l'eau courante avant de se diluer, puis, c'est à moi que je m'inflige ce traitement de la tête aux pieds pour ôter cette odeur âcre du corps et des narines.

Autours de moi, la vie poursuit sa danse et je tends l'oreille à ses chansons comme me l'avait appris ma mère. Sur ma droite, entre les arbres, j'entrevois l'aire aux Shemtris, là où reposent ceux qui sont partis, et cela me fait penser à mes propres parents, me laissant quelques instants le geste en suspend. De mon père, je n'en sais que ce que m'en a appris ma mère et ce qu'en ont vomis ceux de sa famille. Je ne sais donc où pouvoir me recueillir pour prier pour lui. Mais pour ma mère, je sais où sont ses os, préservés du désert et des pluies, des prédateurs et du temps. Je compte bien aller chercher ses restes pour la ramener ici et qu'elle repose avec les siens, même si ils sont la cause de sa pauvre vie ... Elle plus qu'aucun a le droit à ce repos éternel ...

Je reprends mon brossage, rendant à ma peau cette couleur blême qu'elle a prise loin des dunes pourpres de mon enfance pensant et repensant à ce que dois faire avant, pendant et après mon épreuve, récapitulant les cartes dans ma tête pendant que mes vêtements sèchent sur une branche basse juste au-dessus de ma tête alors que je suis allongé dans l'eau. Ce n'est qu'après un long moment que je me rends compte que je n'entends plus les cris et les exclamations des autres et que le pépiement des oiseaux a changé annonçant une pluie imminente.

A la hâte, je sors de l'eau et me rhabille tant bien que mal en me battant silencieusement avec ces habits encore humides qui ne veulent glisser sur ma peau dégoulinante. Je commence à revenir vers la route quand j'entends les premières gouttes frapper les frondaisons.
Il est trop tard pour me mettre à l'abris, j'en suis quitte pour être brûlé et raillé à moins de trouver un abris ou une des peaux disséminées un peu partout pour les voyageurs malchanceux.

Je traverse la rivière en quelques bonds et je me dirige vers le lieu le plus logique pour moi, vers les arbres roses que je vois à moins de cent ou cent cinquante pas.
Mais quand je parviens à l'orée des bois, c'est un rideau serré qui m'attend. Impossible de traverser l'esplanade et de me réfugier sous un tertre vert où je serrais au sec ...

Je lève les yeux vers le haut et je reçois une goutte directement dans l'oeil, ce qui me fait pousser un grognement de rage et de douleur en frottant le liquide acide avec ma manche heureusement humide ...
Mais j'ai eu le temps d'entrevoir une branche supportant un "chet" muni d'un toit. Je monte aussi vite que je peux en me serrant au mieux contre le tronc et en quelques acrobaties, j'arrive enfin sur le bord de la plateforme pour constater qu'elle est déjà occupée ...

Je m'y hisse et me pelotonne dans un coin en grommelant un salut  peu amical du fait de me retrouver face à un témoin de ma mésaventure, quelqu'un que j'avais déjà rencontré bien des fois dans le village mais à qui je n'avais jamais parlé :
Salut ... Surpris par la pluie ... trop tard pour revenir au village ...

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Rekza Ioshae
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Message(#) Sujet: Re: Après la pluie, les railleries (avec Rekza) Mer 5 Avr - 0:36



La nuit avait été courte, Ohibaan avait fait réunir les habitants à ses côtés sur la place du Pendillier. Si il avait parut extrêmement calme, le peuple de la forêt avait été secoué par cette réunion. Les discussions avaient durée tard dans la nuit mais je n’y avais pas pris part. Je m’étais écarté pour laisser la parole aux anciens. Même si je n’avais pas sut quoi dire sur le moment et qu’en penser, le sujet était complexe. Il remettait en cause l’harmonie du clan, et nos croyances en l’Equilibre. En ce qui me concernait, elle m’avait prouvé sa valeur et j’avais fini par lui vouer une confiance aveugle. D’autres se cherchaient encore et n’avaient pas eut la chance de trouver réponses à leurs questions comme c’était mon cas.

La nature m’avait indiqué ma voie, le chemin à suivre pour faire partie du peuple des arbres et prendre part à sa réussite. L’aube venait tout juste de se lever et j’entendais pourtant déjà des jeunes fils et filles d’Ohibaan jouer plus bas dehors. C’était pour eux que je devais devenir un guerrier, non pas pour mener la guerre bien que j’y serais inévitablement amené, mais pour défendre les miens. Depuis maintenant deux ans j’avais décidé de rejoindre la garnison et de devenir un Sina sur la voie du Värsha. Mon maître m’attendait pour l'entraînement et je me dépêchais d’avaler quelques baies avant de m’y rendre

Yaëvinn m’avait prévenu, l'entraînement du jour serait intense. Je ne m’attendais pourtant pas à cela. Nous en étions tout juste à la moitié du cours et j’étais déjà trempé de sueur et tremblant de fatigue. Lui, tenait facilement le rythme, il avait beau être bien plus petit que moi, il paraissait pourtant beaucoup plus solide. J’étais fier qu’il m’ait choisit comme élève, il était un puissant et fier Värsha, même si ses méthodes d'entraînement avaient tendance à me ridiculiser face aux autres guerriers de la garnison. Je faisais parti des rares Verarshär à avoir choisi de commencer l'entraînement de manière quotidienne et intense ce qui faisait de moi un des guerriers les moins expérimentés du clan. Je faisais donc de mon mieux pour pallier à ce manque de technique et de savoir par ma hargne et mon énergie.
En vain: Yaëvinn venait encore de me projeter au sol avec une aisance déconcertante.

-Si je peux m’occuper de toi aussi facilement, que comptes-tu faire face à une bête sauvage ou à un homme de métal ? Tu as peut-être eut de la chance une fois, mais tu es loin d’être le guerrier que tu voudrais devenir. Debout et en garde !

Ses mots étaient durs mais justes, je me relevais et m'apprêtais à recevoir un nouvel assaut de mon maître. Je tremblais d’avantage, la journée venait tout juste de commencer et pourtant j’étais épuisé. Il approchait par le flanc gauche, je prenais appuis sur ma jambe droite et m'apprêtais à l’intercepter mais il était bien trop rapide. Avant même d’avoir pu contracter mes muscles je recevais sa paume dans l’abdomen et d’un saut agile, il m'éjectait encore une fois de sa jambe droite sous les acclamations des autres guerriers. Marasa venait de les rejoindre, et je venais encore une fois de me ridiculiser devant la responsable de la sécurité.
-Bon, ça suffira pour aujourd’hui Rekza. Tu progresses, mais tu dois mieux te concentrer et bouger plus vite. Tu es forts, mais tu ne peux pas compter là dessus pour gagner un combat. Me dit Yaëvinn en me tendant la main pour me relever. Quand à vous, vous n’avez pas autre chose à faire que d’observer ce jeune Sina en baver ? Au travail ! Ajouta-t-il en direction des autres guerriers.
J’attrapai sa main et me redressais tout en le remerciant. L’entendre me dire que je m'améliorais était un réel bonheur.
-Demain nous travaillerons ton agilité, en attendant je te conseil d’aller aiguiser ta concentration. La rivière me semble être le lieu idéal. Dit-il en rejoignant Marasa qui semblait l’attendre.

Je pris un moment avant de me rendre à la rivière, pour me reposer à l’ombre du feuillage du grand arbre en observant les Rärsha s'entraîner. Leurs mouvements étaient vifs et précis, tout l’opposé des miens. Plus loin, plusieurs groupes s’étaient formés et chacun semblait entretenir une discussion sérieuse. Je reconnaissais plusieurs personnes présentes hier soir durant le discours d’Ohibaan qui devait être un sujet de conversation omniprésent aujourd’hui. Il faut dire qu’au sein de la garnison le sujet était particulièrement épineux. Beaucoup de combattant l’avaient rejoint uniquement dans l’objectif de réduire Tadryon en cendre. Quand à moi je me questionnais encore. Si ma rage envers les Tadryen existait bel et bien, je n’avais pas vraiment connu leur joug et il était plus facile pour moi d’envisager le contrôle tel que le sage nous l’avait conseillé.

Les guerriers venaient de finir l’entrainement et le temps avait filé. Je devais me rendre à la rivière dès maintenant si je voulais me ressourcer tout en gardant le temps de réaliser mes tâches de la journée. Je descendais donc la longue échelle qui menait aux racines du grand arbres à grande vitesse et sautais les derniers barreaux. La rivière n’était pas très loin mais je me mis tout de même à courir, excité d’aller y passer du temps. J’aimais ce lieu paisible, il était un des rares endroits où l’eau était une douce caresse et non pas brûlure et démangeaisons. J’appréciais aussi tout particulièrement l’ambiance lumineuse qui régnait là-bas grâce à la luisance étincelante des pierres bleus. Malgré le temps incalculable que j’avais déjà passé à m’y baigner, c’était toujours une immense joie de m’y rendre.

A mi parcours, je compris que la pluie allait bientôt reprendre. C’était la troisième fois de la semaine, et la deuxième alors que j’étais trop loin du village pour m’y abriter. Évidemment, dans ma hâte habituelle j’avais encore oublié d’emporter de quoi me couvrir pour me protéger et n’avait pas prit la peine de porter sur moi autre chose qu’un pantalon. Fort heureusement, j'apercevais mon salut à quelques centaines de mètres plus loin dans la forêt. Un abri en peau de Garges était visible entre les troncs. J’accélérais donc ma course, en espérant l’atteindre avant le début des eaux. Alors que je fendais les feuillages, la fatigue de l'entraînement me reprit et je commençais à ressentir une douleur dans le mollet droit, de plus en plus grinçante. Je m'approchais rapidement de mon but, j’allais l’atteindre sous peu, quand je commençais à entendre les premières gouttes heurter les feuilles à la cime des arbres. J’avais encore quelques secondes avant d’atteindre l’échelle de l’estimé refuge sans quoi je devrais subir la pluie à même ma peau, une douleur tolérable mais plus que désagréable. Le moment ou la pluie m’atteindrait et celui où j’aurais rejoint l’abri se rapprochaient tout deux mais le quel surviendrait le premier ?

Enfin ! Je venais d’atteindre l’échelle. J’avais réussi à devancer la pluie de justesse. Je me laissais brutalement tomber dans le fond de l’abri, exténué par ma course, et pour couronner le tout, la courbature dans mon mollet venait de se transformer en crampe. Je poussais un râle entre le grognement et les halètements rapides. Après quelques instant, les battements de mon cœur ralentissaient, ma respiration reprenait et j’entendais quelqu’un approcher. Je me redressais pour m’asseoir difficilement contre le mur quand j'aperçus une tignasse rousse dans l’encart de la porte, puis je reconnu le jeune homme arrivé il y avait de cela quelques années au village. Je ne savais pas grand chose de lui si ce n’était que son père avait sombré dans la folie des bêtes et qu’il avait perdu sa mère avant d’être recueilli.


Le garçon avait été piégé par la pluie tout comme moi. Il semblait gêné de ma présence et se dirigea instinctivement vers l’angle de la pièce.

-J’ai été surpris moi aussi… Il y avait longtemps que je n’avais pas eut à courir si vite. lui dis-je en souriant pour détendre un peu l’atmosphère.

Je vit rapidement qu’il était totalement trempé et qu’il arborait une rougeur sur son visage au niveau de son œil et comprit qu’il n’avait pas put échapper aux gouttes acides.

-Wow tu as prit l’eau de plein fouet on dirait ! Tout va bien ? Dis-je tout en cherchant du regard un potentiel vêtement ou un linge abandonné qui pourrait aider à le sécher au moins partiellement.

J’en profitais donc pour observer l’abri, il était fait d’une structure en bois portant les peaux qui nous protégeaient, le sol était lui aussi de bois. Seule une table était présente près de la fenêtre, sur laquelle reposait une pierre bleu. La pierre illuminait faiblement la pièce dont la luminosité avait très rapidement chuté avec l’arrivée soudaine de la pluie, renforçant l’ambiance froide que je m'efforçais de réchauffer.
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Schaad DebuMerah
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Message(#) Sujet: Re: Après la pluie, les railleries (avec Rekza) Mer 5 Avr - 14:01



Le gars était du genre musclé et entraîné, un combattant que j'avais déjà vu plusieurs fois à l'exercice tout en faisant mes corvées quotidiennes. Un presque Sïna donc, pas un adolescent n'ayant pas encore déployé les ailes ni choisi sa voie. Pourtant, lui aussi était réfugié ici et sa tenue légère était peu en accord avec ce qu'il était sensé représenter pour nous, un exemple à suivre en matière de survie.

Je me voyais déjà sous les quolibets de mes aînés et de ceux de ma génération, mais rien que le fait qu'il soit là lui aussi et en pire situation semble-t-il, me fit un peu chaud au coeur ...
Quoique, ce gars-là n'était pas la crème des crèmes non plus si je me souvenais bien des reproches de son maître entendus ce matin même alors que nous commencions notre tournée et les rires  de ses camarades qui avaient éclatés en écho.

Cela m'assombrit encore un peu plus d'un coup ... Être comparé à lui plus tard pouvait ne pas être forcément un encouragement ... Pourtant je trouvais qu'il se débrouillait bien, enfin d'après moi et pour le peu que j'en avais vu ...
En tous cas, il n'avait pas raté la rougeur ni le gonflement de mon oeil que l'eau de pluie acide irritait encore.
ça va ... Pas grave ... La cruche n'est pas là ... pas de chance …

Effectivement, cette fameuse réserve d’eau autant à boire que pour atténuer l’effet urticant des pluies brillait par son absence. Pendant que nous faisions le tour des zones de repos des Varazas et des toitures en contrebas, d’autres faisaient la tournée des abris aménagés un peu partout en prévision de quelques surpris par les éléments loin de chez eux, exactement comme moi et ce gars, remplaçant les denrées périssables par des fraîches, renouvelant l’eau dans les cruches et vérifiant si les toits n’avaient pas soufferts des intempéries ou qu’un occupant indésirable n’ai pas pris ses quartiers dedans.

L’averse avait sans doute surpris ceux là aussi et ils avaient oublié ou tout simplement pas pris le temps de replacer une cruche pleine alors qu’il avaient récupéré l’ancienne. « Merci la chance » , pensais je alors que je regardais en contrebas par la fenêtre.

J’ai vu pire, je vais pas en mourir… Que voulez vous que je dise de plus. Me lamenter sur mon sort n’était pas dans ma nature, des bobos et des plaies, j’en avais eu plus que ma part pendant tout ce temps depuis ma naissance. J’avais jamais vu ça, c’est spectaculaire !

Là, en bas, toutes les fleurs se refermaient doucement pour éviter que la pluie n’entre plus dans leur corolle et cela changeait du tout au tout la couleur des lieux. J’en avais entendu parler, bien sûr, mais le voir, assister à un phénomène sois même était bien plus instructif et marquant.

Au loin, le ciel s’éclaircissait annonçant déjà la fin du train de nuages et le retour à la vie « normale », dans moins d’un quart d’heure, je pourrai aller me plonger la tête dans l’eau de la rivière avant de me soigner avec les moyens du bord. Hors de question d’aller voir quelqu’un pour si peu, je préfère me couper un doigt plutôt !

En attendant, je me devais d’être tant soit peu sociable avec mon colocataire sur les bras et divers endroits de la peau duquel apparaissaient des zones rouges tournant au violet parfois. Des coups sans doute dus aux séances qui était obligé de suivre pour apprendre à se défendre.
Cela a l’air plutôt dur vos leçons. Je ne sais pas si je pourrais moi…

J’étais convaincu du contraire. Ma constitution bien plus faible que la plupart des jeunes gens de mon âge n’était pas à mon avantage, je pensais même que bien des filles pourraient me battre à plates coutures sans problème en combat singulier … Dans le milieu hostile par contre, là j’avais toutes mes chances, et dans le désert, n’en parlons même pas. Mais ici, la force était la loi, pas l’astuce, et donc je n’étais qu’une proie facile pour tous ceux qui comme mon tortionnaire attitré aimaient titiller des plus faibles qu’eux.
Au fait, moi c'est Schaad.

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Message(#) Sujet: Re: Après la pluie, les railleries (avec Rekza) Mer 5 Avr - 15:49



D'un ton glaçant il me rappelait qu'il avait vu pire. En effet, du peu que j’en savais il avait passé la majeure partie de sa vie hors du village. Et si vivre au sein des Fils d’Ohibaan était parfois difficile, la vie à l'extérieure devait l’être encore davantage. Heureusement il semblait s’être adapté rapidement au rythme de vie de la communauté, il m’arrivait de le voir régulièrement entouré d’autres enfants. Malgré tout j’étais intrigué par la distance qu’il semblait vouloir laisser entre lui et moi. Étonnamment, il paraissait lui aussi curieux de la nature et subjugué par sa beauté.

-Oui, très spéctaculaire. J’adore voir à quel point la Mère Fondatrice est changeante. Ses caprices dans leur dangerosité sont toujours splendides.

Ce spectacle, je l’avais déjà vu un grand nombre de fois et j’étais curieux de savoir comment il avait pu y échapper jusqu’alors. Mais plutôt que de le déranger, je préférais le laisser contempler la danse poétique de la nature dans sa quête de sécurité. Je me contentais donc d’un sourire en me laissant aller moi aussi à la contemplation et un moment de calme s’installa.

Seul le bruit des gouttes d’eau et des feuillages se faisaient entendre, accompagnés de l’odeur caractéristique de la pluie acide. On pouvait voir émaner du sol de fins nuages. Les sages racontaient que c’était la pluie qui brûlait les plantes, mais je préférais croire en la croyance populaire qui disait que la pluie attirait les shetras des végétaux hors de leur enveloppe pour un instant. L'énergie rejoignait ensuite son corps une fois les dernières gouttes tombées. Le garçon vint me sortir de mes pensées en me parlant de l'entrainement.

Il avait le regard porté sur des hématomes qui apparaissent là ou Yaevinn m’avait frappé, me rappelant la raison de ma présence ici et la douleur que j’avais fini par ignorer.

-Je pense que tout le monde en est capable, chaque guerrier sait se démarquer par ses aptitudes personnelles. Le plus important je crois que c’est la détermination et de te faire confiance.

Je n’inventais rien, cette phrase mon maître me l’avait répété sans cesse depuis maintenant deux ans. Il voulait me dire par la que je pourrais facilement être vaincu par quelqu’un de plus faible physiquement mais bien plus déterminé. Et il me l’avait d’ailleurs souvent prouvé. Quoiqu’il en soit, je ne pensais pas que ce garçon avait l’envie de devenir un guerrier. J’étais d’ailleurs assez curieux de la voie qu’il choisirait, ce qui me rappelait qu’il n’avait pas encore effectué son envol à ma connaissance.Finalement le garçon se présenta.

-Rekza, content de te rencontrer, dis-je en lui adressant un sourire amical.

Finalement Schaad me semblait bien moins distant et froid qu'à première vue. Il paraissait juste un peu perdu et songeur. Sa condition particulière au sein du village provoquait sûrement chez lui cette attitude méfiante.

La cadence de la pluie commençait à ralentir et l’air devenait de moins en moins lourd, nous pourrions bientôt sortir de l’abri. Je profitais du peu de temps de proximité qu’il me restait avec le jeune homme pour en savoir un peu plus sur lui. Son attitude lui donnait un air sensible qui changeait beaucoup de ceux que je côtoyais au sein de la garnison.

-C’est la première fois que tu te retrouve piégé par la pluie ? Je veux dire… Depuis que tu es ici dans la forêt.

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Schaad DebuMerah
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Message(#) Sujet: Re: Après la pluie, les railleries (avec Rekza) Jeu 6 Avr - 11:20



La densité de l'averse commençant à baisser, je voyais un peu plus loin que le champ de fleurs fermées et que les arbres à esprits. Assez loin sur la gauche, il y avait l'immense corolle d'une orani et sous sa protection des silhouettes humaines. Si je l'avais vu en débouchant sur la clairière, c'est là que je me serais rendu plutôt que de grimper à cet arbre. Au moins, je n'aurais pas ce problème d'oeil et de démangeaisons sur mes mains.

Je sentis mon sourcil se lever alors que je le dévisageais un instant. Il se nommait donc Rekza, mais pourquoi souriait il comme ça ? A cause de mon oeil larmoyant ou de ma crinière rouge ? Ou parce qu'il venait de s'apercevoir de l'iniquité de la Mère Nature à mon propos et que ce qu'il venait de dire en parlant des guerriers ne pouvait en toute conscience s'appliquer à ma personne.

Pareil ... Je réponds simplement à sa présentation en inclinant brièvement la tête. Dans le ton on pouvait percevoir le reste non prononcé qui indiquait que j'étais virtuellement content d'être là avec lui, même si cela ne changeait rien pour moi. J'avais passé des années seul et livré à moi même, alors peu m'importait, je prenais la vie comme elle venait.

Si il n'y avait eu ces Relves et ce détour de trois jours dans une parcelle de sable et de rocailles que je ne connaissais pas, jamais je n'aurais tenté de sucer le jus de ces baies d'Assimusa pour étancher ma soif.  
C'est la deuxième fois ... Ils ne m'ont pas rendu ma peau de Gorge ou elle est restée là où ils m'ont cap ... Récupéré ... Je l'avais toujours avec moi avant.Je ne le regardais plus, les yeux plongés dans le rideau de pluie qui s'étiolait d'instants en instants.

Lorsque je m'étais réveillé ici au village et dès que mes jambes avaient pu me porter, j'avais tenté de filer, mais ils m'avaient rattrapé et surveillé étroitement pendant longtemps ensuite.
Ce jour là, je n'avais pas eu la chance avec moi ni la connaissance des lieux. La pluie m'avait surpris quelques minutes après être passé dehors et en grimpant, j'étais tombé nez à nez avec le Varaza dominant qui ne me connaissait pas et qui ne sentait aucune odeur commune au Village sur moi.

Je lui échappais de justesse mais tombais sur le sol détrempé, sans presque rien sur le corps.
Ils n'eurent aucun mal à me reprendre ensuite, j'avais la peau en feu, le dos meurtri et la tête qui tournait, sans compter la patte d'un de leurs gardiens qui me compressait la poitrine tout en les appelant.

Je me tournais vers lui et d'un coup de menton, désignais son front :
Comment ça se passe pour l'Envol ? On peut choisir où on veut aller ou ils imposent un endroit ? Comment ça s'est passé pour toi qui est d'ici ?
D'un mouvement presque automatique, je m'assurais que mes cheveux couvraient mon propre tatouage réalisé par ma mère il y a bien des années et sans aucune valeur ici ... Pourtant ...

Au loin, la cime des arbres était agitée par de courtes rafales de vent qui débarrassaient les feuilles de l'eau accumulée, replongeant quelques instants les sous bois sous un flot corrosif.

Dans le désert, les pluies n'étaient pas rares non plus, mais le sable rouge avait rapidement absorbé la majeure partie de l'humidité et le soleil transformait en  quelques minutes ce qui n'était pas assez profondément enfoncé en brume douce et agréable. Ma mère m'avait appris à en récupérer l'eau dans des nasses en vessie de Garge, ce qui nous fournissait des réserves vitales pendant nos déplacements dans les dunes.

Ma mère ... J'avais un espoir secret d'aller jusque là bas lors de cette occasion, quitte à semer mon chaperon. Retourner dans cette grotte pour lui rendre hommage comme autrefois ... Sa présence me manquait, même si elle n'était plus qu'os et haillons, même si son Shetra avait quitté son corps, j'avais besoin d'aller me recueillir près d'elle au moins un fois par lune.

Ma paupière avait tellement gonflé que j’y voyais presque plus de l’œil atteint et je faisais des efforts pour ne pas succomber à l’envie de le frotter de ma manche. Vivement la fin de cette pluie !
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Rekza Ioshae
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Message(#) Sujet: Re: Après la pluie, les railleries (avec Rekza) Sam 15 Avr - 17:12


Schaad me semblait réveur. Il était perdu dans ses pensée, le regard porté vers l'extérieur ou le brouhaha de l’eau qui tombait de nouveau retentissait. Il était comme ça depuis quelques minutes, depuis que je lui ai parlé de son arrivée. J’avais la sensation d’avoir évoqué un sujet compliqué pour lui et je commençais à m’en vouloir. Je le laissait se remémorer son passé tragique, un peu honteux de la bourde que je venais de faire sans vraiment savoir comment me rattraper. Mais contre toute attente son esprit était, semblait-il, préoccupé par l’avenir puisqu’il se mit à me parler de l’envol. J’étais assez rassuré de ne pas l’avoir heurté autant que je le pensais.

-Si j’étais toi, je ne m’inquièterais pas de l’envol. Prends le comme une occasion de te rencontrer toi même, de te découvrir. En ce qui me concerne j’ai été libre d’aller où bon me semblait. Les proches de l’enfant peuvent aussi lui donner un objectif à accomplir, une sorte de défi personnalisé visant à le forger davantage. Dans ton cas c’est assez particulier mais je pense que tu seras assez libre. L’enjeu étant encore une fois de se retrouver face à face avec soi même.

Je me souvenais de mon propre envol. Le jour ou j’ai renoué ma confiance en la nature. Le jour ou j’ai décidé de suivre la voie du guerrier, celui où je me suis rencontré moi-même. Je ne m’attendais pas à ce que j’ai vécu dans la forêt durant cette initiation. Je pensais que le véritable défi serait la survie, et il s’est avéré que l’aspect psychologique était finalement bien plus formateur. Plus que la survie, il y a eut la rage, la haine, la vengeance et surtout la mort. Il y a eut la honte, le doute, la réflexion, puis l’acceptation. L’envol était bien plus qu’une simple épreuve.

-Tu as une idée particulière de ce que tu veux faire ? Avec le temps que tu as passé seul le fait d’être livré à toi-même doit peu t’inquiéter. Essaye de te fixer un objectif, prendre une réelle décision, te conforter dans tes idées ou les basculer complètement. Tu vas devenir un adulte il faut que tout cela ait un sens.

Le bruit de l’eau s’était de nouveau calmé en même temps que le vent. Au loin on pouvait apercevoir des rayons de soleil commencer à percer l’épais manteau de feuille de la forêt. Même si le plus gros de la pluie était passé, les gouttes allaient continuer à glisser des arbres pendants plusieurs heures et il allait bien falloir que je sorte à un moment donné de cet abri. J’avais vraiment été sot de ne pas me vêtir plus que ça. Mon regard était porté sur le garçon dont la boursouflure commençait à déformer légèrement son visage.

Nous faisions tous deux peine à voir, piégé dans cet abri par la Nature que l’on estimait tant. Tous deux marqué physiquement par notre manque d’expérience, et pourtant c’était sur nous que reposait l’avenir. La jeunesse des Fils d’Ohibaan, aujourd’hui fragile mais plus tard qui sait ou nous pourrions nous retrouver. Cette pensée m’inspirait de bonnes chose, j’étais sûr que nous serions tous les deux de fiers représentants de notre peuple.

Je savais pertinemment que mon partenaire de mésaventure n’était pas l’habitant le plus épanouie du village. Il regrettait surement sa présence au sein de notre peuple et pourtant, de le voir émerveillé tout comme moi par la beauté de la nature me rassurait sur ses intentions. J’étais persuadé qu’au fond il partageait les mêmes idéaux que nous tous et qu’il finirait par apprécier sa présence parmis nous et j'espérais que l’Envol serait pour lui l’occasion de comprendre qu’il était l’un des notre.

-Finalement, je me dis que dans ton cas l’Envol ne devrait pas être de passer quelques jours à survivre seul dans la forêt. Mais qu’au contraire tu devrais être contraint de passer du temps en plein coeur de la société.
Dis-je sur le ton de la plaisanterie, cherchant une nouvelle fois à créer une atmosphère amicale.

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Schaad DebuMerah
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Message(#) Sujet: Re: Après la pluie, les railleries (avec Rekza) Mer 19 Avr - 15:17


Un objectif... J'en ai un ... Murmurais je en pensant tout haut sans me préoccuper de mon voisin tant j'étais obnubilé par le désir de retourner dans le désert, un obsession qui ne m'avait pas quitté depuis mon arrivée ici et qui revenait me hanter à chaque fois que la Lune était grosse.

C'est donc si simple en fait d'après ce que tu en dis … Me conforter dans mes idées … Elles ont été balayées depuis un moment déjà, mon monde, mon environnement a été bouleversé plusieurs fois depuis quelques années … Et je ne me souviens même plus avoir été vraiment un enfant comme tu l'entends.

Mon enfance, passée dans le plus terrible et le plus merveilleux des mondes, isolé avec ma mère comme seul modèle dont les valeurs, les craintes et les espoirs n'avaient aucun sens commun ici. Elles les haïssaient pour ce qu'ils avaient fait à mon père, mais les aimait toujours malgré tout. Jamais elle ne m'avait monté contre eux, juste avait elle montré de la défiance envers ce système qui les liaient et qui avait écarté mes parents de leur communauté. J'avais grandi à la dure, sans eux, avec ses enseignements et les rares visites de celui qui l'avait amenée à s'isoler, et j'avais survécu après sa mort en les suivant.

Je ne pus m'empêcher de le dévisager quand il parla de l'antithèse de cet Envol pour mon cas et j'éclatais finalement de rire quelques secondes en comprenant le fond de sa pensée.
Alors cela fait des années que je suis adulte à l'extérieur et depuis un moment ici, à l'intérieur ! Arrivais je à dire le plus sérieusement du monde après quelques hoquets. Ma mère a donc été bien avisée de me graver ce tatouage quand j'ai eu dix années passées et aujourd'hui je devrais en avoir quelques autres, bien plus que la plupart de mes aînés ...

La pluie venait de cesser aussi brusquement qu'elle s'était abattue. Rekza avait été suffisamment clair sur sa propre vision de ce test de passage, moi qui pensait qu'il y avait une sorte de tabou qui demandait à ceux qui l'avaient effectué de se taire ou une sorte de pudeur, de honte peut être, face à cette épreuve personnelle et si importante dans la vie d'un Fils d'Ohibaan.

De toute façon, comme il semblait l'avoir compris, vivre dehors et seul pour moi n'était pas si terrible que ça, même si cela commençait à faire un bon bout de temps que je ne l'avais vécu. Peu de ceux d'ici pouvaient se vanter d'avoir marché dans la forêt et dans le désert seul, pour moi, cela avait été mon quotidien, ma vie d'avant, celle à laquelle j'aspirais, enfin le pensais je … Mais devant la proximité du moment, le doute commençait à m'étreindre.

Bien sur il y avait Nana, et quelques autres que mes deux mains suffisaient à compter. Les rencontrer et vivre parmi eux avait été une expérience intéressante, enrichissante. Mais leurs Shetras ne suffisaient pas à remplir cette coupe vide qui me tenait lieu de coeur. Il est vain de vouloir mettre un quelconque liquide dans une jarre brisée, c'est peine perdue et stérile.

Et j'étais plus vide et stérile que le Désert Pourpre, enfin d'après leur dires, là où ils avaient envoyé mon père, où ma mère avait pleuré des soirées et des nuits entières au point de tarir ses yeux, où les miens s'étaient desséchés en une seule nuit prostré près de sa dépouille ... Où j'avais juré de les venger, de faire payer à leurs bourreaux … Un serment qui me semblait vain aujourd'hui.

Même cela avait péri au fil du temps, surtout passé ici à les regarder vivre, à marcher au milieu d'eux, à les côtoyer.

Bien sur leurs lois étaient dures et expéditives, une fleur cueillie vous mettait au ban de leur société, alors que dire d'un meurtre comme celui qui avait justifié l'éloignement de mon père !? Et ma mère qui l'a suivi de son plein gré, par amour ?

Aujourd'hui je ne savais plus quoi penser, quoi faire ... J'étais aussi vide que la coque d'un fruit qui a laissé échapper ses graines, inutile, sans avenir …
Encore une fois je m'étais enfermé dans le mutisme de mes pensées, et je me retournais finalement vers Rekza un sourire d'excuses sur les lèvres.
Désolé, il m'arrive parfois de m'enfoncer profondément dans mes pensées … La pluie a cessé, je dois soigner mon oeil avant de rentrer ... Je lance à mon compagnon de refuge avec désinvolture avant de passer l'entrée de l'abri et de me laisser glisser en bas de l'arbre.

Ceux qui étaient sous l'Orani sont sortis et ont déjà pris la direction du Village, disparaissant derrière les premiers troncs d'arbres, mais lorsque j'avance vers leur refuge, je les découvre en même temps qu'eux m'aperçoivent et ils s'arrêtent. J'entends des rires étouffés émaner de leur groupe avant de reconnaître celui qui semble en être le meneur, mon tortionnaire attitré … Öcto qui s'avance d'un pas vers moi avec cette attitude de défis et d'agressivité qui ne laisse rien présager de bon pour ma propre personne.

Alors fils de proscrit, tu as été surpris pas la pluie !? Vu ta tête, tu as attendu dessous trop longtemps ? Ta mère s'est faite engrosser par une Garge pour que tu sois si bête !

Ni les rires gras, ni ses propos orduriers ne m'atteignaient, rires qui se tarissent immédiatement alors qu'ils regardent derrière moi quelque chose, ou plutôt quelqu'un ...
Venez les gars, rentrons ... Le vent apporte une odeur de fiente ici ...

Et ils décampent rapidement mais dignement, riant toujours et se retournant parfois pour nous observer ...

Il y eut un petit courant d'air, cela arrivait souvent après une pluie et à plusieurs reprises même, sans doute le déplacement d'air provoqué par le rideau de gouttes en tombant.
Quelque chose vola et vint se cogner contre mon pied. Je baissais les yeux puis m'accroupissais pour ramasser cette fleur sans doute arrachée par l'ondée ou le vent et balayée jusqu'à moi. Je la regardais comme si elle étais une preuve du destin, une réponse à mes questions, je savais dès lors que l'endroit où l'Envol devait me mener était bien celui qu'il fallait rejoindre.

Je secouais doucement la fragile chose bleue pour en ôter toute trace d'eau puis la glissais sous ma veste pour l'abriter. En relevant les yeux je rencontrais ceux de l'autre là-bas qui s'en allait et je vis un sourire mauvais se dessiner sur ses lèvres avant qu'il ne se retourne définitivement.
Qu'y avait-il donc qui le réjouisse ainsi ? Mais je n'en avais cure à cet instant, mon oeil était ma préoccupation immédiate et urgente.

Laissons les rires, j'ai l'habitude. Ce sont des idiots et des brutes. L'urgence est dans les soins. dis je à mon compagnon d'une pluie en lui touchant le bras pour l'inviter à me suivre.

Je ne leur accordais donc pas plus d'attention que s'ils avaient été un pet lâché par un ancien et me dirigeais finalement vers la fleur du couvert de laquelle ils venaient de sortir.

J'étais assez grand pour toucher ses pétales en tendant le bras au-dessus de ma tête et de la pulpe des doigts, je suivais dans la pénombre le tracé des nervures en direction la périphérie. Elles contenaient les sucs vitaux de la fleur et je ne voulais pas tailler dedans avec le petit racloir rond fait d'os aiguisée sortit de sous mes vêtements.

Sous la peau caoutchouteuse et cireuse de la fleur, je sentais la sève couler dans ce qui était pour elle ses veines.
Des plus grosses, je suivais une ramification puis une autre plus petite, jusqu'à arriver enfin sur une zone où presque aucune vascularisation n'existait. Ma mère m'avait montré cela bien des fois et je reproduisais ses gestes fidèlement ainsi que les paroles que je lui murmurais ...
Mère Nature, ce n'est pas contre toi que j'agis ainsi, c'est de ta sagesse et de tes bienfaits dont j'ai besoin. Cette entaille ne sera bientôt plus rien et soulagera le mal qui me brûle ... Pardonne moi ...

Et d'un coup assuré, je fis une incision en forme de "U", puis décollais un peu la languette obtenue, grattais une once de pulpe du pétale puis remettais tout en place, compressant quelques secondes la plaie qui resta soudée par l'action du suintement du peu de sève écoulé.

Avec ce que j'avais recueilli sur mes doigts, je badigeonnais mon oeil largement et toute la zone meurtrie qui commença aussitôt à désenfler alors que la douleur reculais ... Mon oeil commençait déjà à se rouvrir ...

La première fois que j'ai eu besoin de ce genre de traitement, j'avais six années et j'étais tombé dans une flaque juste après une grosse pluie … Tiens, si tu as des zones qui sont brûlées, applique ceci dessus, ça te soulagera et fera disparaître les enflures ... Précisais je en souriant à mon aîné tout en lui tendant ma main encore barbouillée d'une couche de pulpe.

Nous pouvons retourner au Village maintenant, mais pas trop vite si c'est possible, je ne veux pas risquer de rattraper les autres en chemin ...

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Après la pluie, les railleries (avec Rekza)
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