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 [SOLO ENVOL Schaad DebuMerah] Le moineau déplie ses ailes (en 8 Actes)

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Schaad DebuMerah
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Message(#) Sujet: [SOLO ENVOL Schaad DebuMerah] Le moineau déplie ses ailes (en 8 Actes) Lun 24 Avr - 16:18



Le jour d’avant …

Heureusement que j’avais regardé par la fenêtre avant d’entrer chez Wendya, ma grand-mère d’adoption

Je découvrais alors mon visage qui se reflétait sur la vitre et les traces de fusain qui le barbouillaient généreusement, le coin de la bouche en particulier quand j’avais mâchouillé la branche avec laquelle j’avais réalisé mon message au petit matin (si vous voulez savoir tout allez lire là !).

Petit coup d’œil à mes mains au passage, c’était pas mieux, j’avais besoin d’un bon rafraichissement et surtout de faire disparaître ces preuves accablantes qui me désigneraient en cas d’investigation postérieures.

Par chance Wendya me tournait le dos, occupée à surveiller le petit feu qui nous servait de chauffage autant que de cuisinière, et tout en lui lançant un Bonjour ! Je me débarbouille et je suis là ! Je filais donc rapidement vers la pièce des commodités.

Je dus m’y reprendre à trois fois, pour enfin faire disparaître toute trace de charbon de bois, crachant allègrement alors que je me lavais la bouche et frottais ma langue noire. Finalement, le reflet renvoyé par la glace me convenant, je revins vers la pièce de vie où je me confectionnais un solide petit déjeuner avec ce que proposait le garde-manger pour ensuite m’attabler et dévorer comme un ogre. Wendya ne posa pas de question, depuis le temps, elle avait l’habitude de mes sorties nocturnes et de mes absences plus ou moins longues et elle savait que me « cuisiner » dès mon retour ne m’engagerait pas plus rapidement à lui raconter mes expéditions. Tranquillement, elle vaquait à ses occupations, préparant les miennes par la même occasion car je me chargeais de tout ce que son grand âge et ses membres amoindris par les ans lui interdisaient de faire maintenant.

J’avais presque fini quand Nana, diminutif de Nanahuta, fit irruption par la porte pleine de sa joie de vivre et de son énergie habituelle. Ma petite rouquine de cousine me vouait un attachement particulièrement envahissant depuis le moment où elle avait su que nous avions des liens de parenté. Avant cela, elle me suivait discrètement, n’osant déranger l’ours mal léché que j’étais mais se rapprochant de jour en jour comme elle l’aurait fait un Garge rétif.

Et cela avait marché, non seulement sa présence et sa volubilité ne me dérangeaient plus, mais de plus, je me surprenais quelques fois à la chercher quand elle n’était pas dans les environs immédiats. Allez comprendre !?!
Nana, qui avait déjà déjeuné chez elle, se servit un jus de fruit pressé du matin après avoir salué et étreint ma grand-mère comme si cela avait été la sienne. Ces deux là s’aimaient bien et chacune profitait des expériences et des histoires de l’autre, Nana faisant pour elle le récapitulatif des potins d’aujourd’hui alors que Wendya lui contait les souvenirs d’hier et d’avant hier. La petite fille, qui ne tarderait pas à devenir une jeune fille vu les deux bosses qui commençaient à se former au niveau de son buste, vint s’asseoir face à moi avec un air boudeur sur le visage, quelque chose la chagrinait et j’eu le malheur de lui demander ce que c’était …

Je t’ai cherché toute la soirée hier pour aller écouter les histoires du soir, mais comme je ne t’ai pas trouvé, j’ai été obligé de rentrer plus tôt avec les bébés !… Où tu étais ?


J’ai été consulter les cartes pour être sur de bien les avoir en tête … J’avais besoin de silence et de solitude … je grognais, ce qui était la vérité puisque l’Envol approchant, je voulais être prêt et mémoriser mon trajet et cette partie du pays jusqu’au Désert Pourpre afin de m’y retrouver au cas où je me perdrais …

Les cartes n’étaient pas détaillées, juste ce qu’il fallait pour qu’on s’y retrouve, mais pas assez pour que si elles tombaient entre les mains d’un étranger, il ne puisse y trouver des informations qui nous mettraient en danger. En fait, l’astuce, c’était la superposition et les leçons qu’on nous inculquait oralement et ces plans, mais ceci est une autre histoire placée sous le sceau du secret.

Mon explication sembla lui convenir et elle se dérida d’un coup puis commença son papotage en me racontant en détail cette soirée que j’avais manqué et dont elle avait passé une partie avec Khéna, une fille de mon âge ou presque qui me tournait autour depuis un petit moment comme un Relve choisissant sa proie dans le troupeau avant de se jeter dessus.

Mais celle là, je ne l’aurais sur le dos qu’à partir du milieu de la matinée quand le groupe de jeunes auquel j’appartenais irait vaquer aux travaux d’intérêt communautaire qu’elle avait intégré il y a peu.
Je finissais d’un trait mon bol de lait tiède tout en écoutant Nana donc, quand il y eut du remue-ménage dehors et des pas lourds et décidés dont le bruit sur la passerelle se rapprochait rapidement.

Un Varsäl apparut sur le seuil, à peine plus âgé que moi de quelques années mais ayant déjà plusieurs tatouages supplémentaires sur le corps. Sans doute était-il près de choisir sa voie et vue sa carrure, il serait sans doute Varshä comme Rekza que j’avais rencontré quelques jours auparavant.
Le gars me fixa immédiatement et vint droit à moi sans hésitation :
Suis-moi, Rilver veut te voir …

/Gloups !/

Vous ne m’avez sans doute jamais vu pâlir, c’était la bonne occasion. Heureusement que j’avais terminé ma boisson car sinon, je me serais étouffé avec … Par contre, Nana elle avait un sourire qui lui fendait presque le bas de la figure en deux … Elle savait quelque chose ?

Moi, j’étais en train de me liquéfier sur pieds et je réprimais les tremblements de mes mains en les serrant sur mon bol pas encore posé sur la table. Je me levais pourtant, mes jambes me semblant aussi flageolantes que si les étaient démunies d’os et je faisais mine d’aller déposer mon bol dans la bassine à vaisselle, mais Nana me prit de vitesse :

Va-s’y !je m’en occupe ! Qu’elle me lance et je m’exécute comme un automate, embrayant le pas de l’autre comme un condamné à l’exil.
Wendya avait sur le visage un sourire entendu mais dans les yeux une lueur étrange faite de fierté autant que de tristesse. J’aurais donné une main pour savoir ce qu’elle pensait alors …

Dehors, ils sont deux à m’attendre qui viennent fermer la marche derrière moi dont la tête est soumise à une tornade de suppositions qui me donnent l’envie de sauter en bas et de me sauver aussi vite et aussi loin que je peux …
Mais pas le temps de réfléchir, le gars devant file comme si une averse menaçait et les deux derrière me pressent d’accélérer … Hey ! je suis pas pressé moi ! Surtout qu’il y a des risques que ça soit ma petite visite du matin et mon message qui me valent d’être amené à Rilver encadré par ceux là !

Mes craintes se confirment quand nous prenons la direction de l’arbre d’Ohibaan sans changement de cap de dernière minute, enfilant les passerelles et les échelles comme si  nous avions une horde de Mälana  aux fesses, ils m’amènent à celui à qui j’ai délivré mon avertissement légitime ou à une assemblée des plus hauts responsables de la communauté peut être ?

Le sentiment que je vais subir le même sort que mon père autrefois se fait de plus en plus insistant dans mon esprit.

Au dernier moment, arrivés sur les dernières plateformes entourant l’arbre géant qui abritait le cœur de la communauté, plutôt que de nous rendre à la Place du Pendiller et de la traverser pour monter ensuite vers la demeure d’Ohibaan, ils bifurquent directement à la garnison. Nous croisons quelques personnes, hommes et femmes, qui en reviennent, discutant parfois des missions qui leurs ont été confiées ou tout simplement du temps qu’il fait, et déjà les recrues s’entraînent sur le parvis, ahanant furieusement sous l’effort ou poussant des cris de guerre …

J’ai la bouche sèche, et le sang me manque aux extrémités et je suis dans un état second certain que je vais passer un mauvais moment prochainement…
Mes gardes du corps nous font faire le tour de l’esplanade et me laissent soudain aux soins d’un autre, bien plus vieux, avant de disparaître en rigolant et en se jetant des défis de rapidité à qui arriverait au champ d’entrainement le premier.
Je suis là, à l’entrée d’une salle commune, quelque peu déconcerté alors que le vétéran m’intime d’attendre du geste en passant la tête pour m’annoncer. Il ne se passe qu’une fraction de seconde avant de m’inviter simplement à entrer se plaçant ensuite après mon passage dans l’encadrement pour en surveiller l’extérieur me rendant impossible maintenant toute fuite par là.

Quand j’entrais, je ne découvrais que quelques personnes occupées à des tâches totalement communes si ce n’est Rilver en personne penché sur des documents et des cartes avec Tunila debout près de lui qui lisait elle-même dans un livre relié de cuir de Garge tanné, l’air soucieuse.

Sur un coin, sous une pile de feuilles, je voyais dépasser un bout de tissus que je reconnaissais immédiatement, le message que j’avais écrit le matin même. Sans que j’y puisse rien, je sentis mon visage s’empourprer, trahissant mon désarroi.
Rilver leva les yeux vers moi et me sourit, ce qui fit disparaître des rides soucieuses et en apparaître d’autres, éclairant son visage comme le soleil fait fuir la noirceur d’une nuit de tempête. Tunila recula d’un pas mais continua à lire son bouquin, un stylet en guise de guide avec lequel elle traçait parfois un signe ou écrivait quelques mots en marge.

Salut, Schaad  DebuMerah, je suis heureux de te voir … Je n’ai pas beaucoup de temps à te consacrer alors j’irais droit au but, tu sais pourquoi tu es devant moi au moins ?

Je n’avais jamais senti ma glotte monter et descendre le long de ma gorge autant qu’à ce moment là …
Heu … Oui … Non … Je ne sais pas …  Du moins je faisais mine de ne pas savoir sans le quitter des yeux, m’attendant à ce qu’il fasse un signe pour qu’on se saisisse de moi, que la garde qui assurait sa sécurité ne sorte de quelque cachette ou de la pièce d’à côté et ne m’entoure. Mais rien de tel ne se passait, aucun autre guerrier que le vétéran qui m’avait fait entrer n’était en vue...

Je connaissais Rilver de réputation, mais vu l’affaire qui se trouvait entre nous, je savais aussi qu’il pouvait cacher son jeu et mettre en confiance quelqu’un avant de lui extirper des aveux. Sa main droite se posa sur la pile de documents en dessous de laquelle se trouvait la raison de mon inquiétude alors qu’il dardait son regard sur moi, toujours ce sourire énigmatique aux lèvres qui me semblait étrangement dangereux.

Je baissais les yeux finalement, autant pour cacher mon émoi que pour balayer la salle en catimini. Les autres personnes présentes vaquaient à leurs occupations, le vieux guerrier à la porte parlait à quelqu’un qui attendait dehors sur un ton sévère. Rilver trifouilla un peu ses papiers éparpillés alors que Tunila levait une seconde les yeux de sa lecture puis s’y replongeait, imperturbable. La fenêtre était grande ouverte et j’envisageais de m’y précipiter pour m’enfuir, même si cela impliquait sans doute une chute de plusieurs dizaines de mètres et risquait de m’être fatal.

Je t’ai convoqué pour une affaire cruciale dont tu es le principal élément …  Il se mit à fouiller dans la pile, retournant quelques feuillets tout en rapprochant du fameux message que j’avais déposé chez lui tantôt, mais enfin, bien avant d’y arriver, il trouva ce qu’il recherchait : Ah voici …

C’était une simple feuille sur laquelle étaient inscrites quelques lignes d’une écriture grossière puis d’autres provenant d’autres mains plus habiles. Un autre document rejoignit le premier qu’il étala devant lui et consulta quelques instants. Je n’arrivais pas à lire à l’envers ce qui y était noté.

Tu n’es pas parmi nous depuis aussi longtemps que d’autres et tu t’es bien adapté à notre mode de vie depuis, beaucoup parlent de toi en des termes élogieux … Cependant … Il se mit à tapoter de l’index le second document qu’il avait sorti de la pile, assez ancien vu la couleur de la feuille.

D’après ce rapport, tu t’es battu avec Öcto Narnuksen la deuxième année …

Sa façon de me fixer de son regard quasi métallique et le visage fermé me fit fondre littéralement intérieurement et mes jambes me semblaient flageoler en dehors de tout contrôle.

Mais ceci a été réglé en son temps, par contre … Sais tu ce que c’est ? C’est une dénonciation qui t’accuse d’avoir cueilli une Bleutées  … Son sourire avait disparu comme le sang avait quitté mon visage.

Un mouvement inconscient me faisait porter la main à la hauteur de mon cœur où était glissée sous ma tunique la précieuse fleur, bien enveloppée dans un écrin de feuille pour la préserver. Ce geste ne lui échappa pas et je sentis son regard perçant se fixer sur moi. Son sourcil se leva mais tout à coup un éclair rieur éclaira l’œil en dessous.

Ne t’inquiètes pas, d’autres personnes ont assisté à cela et t’ont disculpé de cette prétendue faute … Je ne te demanderais pas pourquoi tu l’as gardée … De toute façon, c’est tout autre chose qui m’a fait t’appeler ce matin.

Il reposa le document sur une autre pile, le tapotant comme satisfait de cette conclusion, puis, contre toute attente, il fit le tour de la table qui lui servait de bureau pour venir se planter devant moi et poser ses immenses mains sur mes épaules, pesant un peu sur le geste pour sans doute voir si je tenais bien fermement sur mes quilles.

Être aussi proche de lui était encore plus impressionnant. Il avait un air très sérieux, presque solennel.

Ton tour est arrivé, Fils d’Ohibaan, Demain sera ton jour d’Envol mon garçon … Qui sera une formalité peut être vu ce qu’on m’a rapporté de toi et de ta vie d’avant. Son regard glissa un instant vers mon front et le tatouage qu’y s’y trouvait, Les patrouilles ont de bons yeux tu sais, depuis bien des années déjà … Demain, c’est un adolescent qui va partir, et quand tu reviendras, ce sera un homme que nous accueillerons, je l’espère …

Il enleva ses mains et se replaça derrière la table, tirant une feuille d’une autre pile en haut de laquelle était inscrite mon nom. Une liste semblait-il avec quelques recommandations d’usage.

Tiens, tu te présenteras en milieu d’après-midi au magasin de fourniture où Freygar vérifiera ton paquetage et te donnera ce qu’il te manquerait. Tu as des questions ?

J’avais fait un pas en avant pour prendre la feuille qu’il me tendait et en entendant ce nom, mes doigts se crispèrent sur le document involontairement alors que lui-même ne le lâchait pas. Freygar Narnuksen, le père d’Öcto, celui là même que j’avais dénoncé … J’arrivais avec un effort monstrueux à me détendre et à lui sourire.

Non,.., Si ! Je peux aller où je veux ? Il n’y a pas de limites d’endroits interdits ?

Son éclat de rire brisa la glace qui m’emprisonnait le cœur alors qu’il laissait la feuille venir à moi. Tunila avait fermé son livre et souriait elle aussi tout en fronçant les sourcils, intriguée :

Tu peux aller où tu veux, sans aucun doute, aussi loin que pourront te conduire et te ramener tes jambes en sept jours et sept nuits, mais j’éviterai quelques secteurs dangereux si j’étais toi. Demande à ceux qui connaissent le région de t’indiquer lesquels, être trop téméraire n’amène rien de bon pour la santé, Schaad, nous voulons voir revenir des adultes, pas partir des futurs cadavres … Allez vas, tu n’auras pas de trop de cette journée pour te préparer …

Il me signifiait ainsi mon congé et je les saluais respectueusement d’un mouvement de tête à chacun avant de gagner l’extérieur et de tomber face à face avec … Öcto ! Suivi de trois de ses sbires qui étaient d’âge avec nous …

Alors le Proscrit ! Prêt à te faire dévorer ?! J’ai failli attendre alors que tu pleurnichais sur l’épaule de Rilver !

J’allais lui répondre vertement sous les rires gras de ses comparses, mais le vétéran le tira sans ménagement et le fit entrer à son tour, coupant court d’un regard glacé l’hilarité des autres devant lesquels je passais sans autre anicroches pour trouver derrière quelqu’un d’autre que je connaissais, Khéna, attendant aussi son tour …

Toi aussi ? Demandais-je un peu gauche en m’arrêtant, tenant la feuille entre nous …

Oui, je suis en âge comme toi, nous reviendrons adultes le même jour … Elle avait rougi et battu des paupières avec dans les yeux cette lueur qui ne me disait rien qui vaille et passa sa langue sur ses lèvres alors que je sentais émaner d’elle une drôle de sensation à la fois chaude et attirante.

Mais l’un des trois précédant candidats l’avait entendue et lança haut et fort :
S’il revient un jour, la forêt va le bouffer tout cru ! Tu as choisi le mauvais gars Khéna !

Mais un raclement de gorge et un regard fulgurant fit taire l’importun ainsi que les deux autres qui se gaussaient déjà de sa boutade.
Je lui posais la main sur l’avant-bras et lui murmurais tout bas quelques mots pour la rassurer avant de quasiment m’enfuir des lieux tout en parcourant les lignes du document.

C’était une liste de matériel de base, succincte, dont on me fournirait ce que je ne pouvais posséder et quelques recommandations d’usage, consulter les cartes par exemple … Il y avait aussi des interdictions bien sûr, comme de me réfugier chez un habitant en attendant que ça se passe sachant qu’un adulte confirmé serait à mes trousses et validerait mon périple tout en se tenant prêt à intervenir en cas de danger majeur ou de tricherie possible …

Pour moi, ce dernier aspect était plus qu’embêtant même si j’en étais averti depuis longtemps. J’allais devoir le semer rapidement pour réaliser mon petit voyage et je ne voulais pas le mettre en danger en le conduisant malgré moi là où je devais aller …

J’avais anticipé cette occasion depuis un bon moment déjà, à vrai dire, c’était initialement pour fuir le Village que j’avais préparé mon matériel, mais vu les restrictions imposées par le protocole, je filais jusqu’à ma cache et en sortais mes affaires pour les trier.

Au final, mis à part ma cape habituelle à défaut de celle que m’avait confectionné ma mère et qui avait disparu le jour où ils m’avaient trouvé sans savoir s’ils l’avaient laissé sur place ou tout simplement recyclée, une gourde pouvant contenir assez d’eau pour étancher ma soif plusieurs jours en me restreignant, un harpon sommaire constitué d’un manche en bois terminé par un os pointu consciencieusement poli et aiguisé, une longue corde terminée par trois cordons plus fins accrochés à des pierres percées en leur milieu et un sac contenant quelques fioles de premier secours, je n’avais pas grand-chose.

Quand je me présentais devant le père d’Öcto, il ne trouva à redire que sur ma gourde qu’il me confisqua car pour lui elle avait une contenance trop importante. Il m’en confia une autre plus petite qui ne pouvait me fournir de quoi me désaltérer qu’une journée tout au plus et était percée, mais cela, je ne le découvrais que trop tard le lendemain alors que j’avais déjà été livré à moi-même.

Il me donna aussi un petit paquet enveloppé dans des feuilles fraîches, l’équivalent d’une ration journalière de patrouilleur, après, il faudra que je trouve de quoi me nourrir sur place.

Je dormais peu cette nuit là, m’étant isolé la journée après un bref passage chez Wendya pour la mettre au courant et écouter quelques recommandations de dernière minute. Je n’aimais pas cela, comme si elle me disait « adieux » et que nous ne nous reverrions plus jamais, c’est pour cela que j’abrégeais ce moment difficile et me rendait tout en haut des arbres pour ne pas avoir à rencontrer qui que ce soit et surtout pas Nana ou Khéna ni encore moins Öcto et ses compères. J’aurais préféré me confronter à Hanaamu plutôt qu’eux tous pour différentes raisons aussi diamétralement opposées que mes sentiments envers eux.

PREMIER JOUR

Au matin, je me mis en marche dès l’aube, passant par le contrôle obligé pour vérifier si je n’emportais bien que ce que j’avais droit. Ma sacoche battant sur le côté et ma corde enroulée sur mon épaule, les pierres battant mon dos à chaque pas, j’allais bon train pour mettre le maximum d’espace entre moi et la civilisation dès le début.

Immédiatement après être arrivé à la limite des dernières passerelles, plutôt que de descendre et de marcher sur la terre ferme, je montais au plus haut possible, jusqu’à la limite des branches pouvant supporter mon poids.

J’enlevais alors ma corde de mon épaule, la déroulais entièrement après avoir lié le bout à mon poignet et faisais tournoyer les pierres au-dessus de ma tête en visant une grosse branche dans l’arbre d’en face, comme je savais si bien le faire par le passé.

La triplette s’envola, et rata sa cible alors que je poussais un juron de déception. J’avais perdu la main et je remerciais la Mère de ne pas être en danger mortel …
Je ramenais à moi la corde et recommençais l’opération. Il me fallut quatre tentatives pour qu’enfin j’arrive à entourer la branche. Après m’être assuré que la prise était sure, je m’élançais, décrivant un grand arc de cercle suspendu à mon cordage qui m’amena directement contre le tronc où je me cognais durement. Jamais cela n’aurait été possible avant !

L’épaule endolorie, je remontais le long du filin à la force du poignet, ce qui me fit prendre conscience que j’avais perdu de la force ou au mieux, pris du poids, handicap qui serait vite supprimé d’ici quelques jours sans nourriture à volonté …

Je dénouais mon grappin et filais de l’autre côté, non sans avoir jeté un coup d’œil derrière moi pour voir si on me suivait. Je ne découvrais âme qui vive, mais cela ne voulait rien dire …

Toute la matinée fut ponctuée par des lancés, plus ou moins précis et fructueux, des balancements et des remontées, quelques pauses méritées et des changements infimes de direction pour pointer au mieux vers le Nord-Ouest, vers le lieu où on m’avait trouvé il y a quelques années.

Vers la fin de la matinée, j’arrivais enfin à la limite de la Couronne des Bleutées et de la Couronne Insecta et m’octroyais un repos plus long …
(3755 mots)
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