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 Dissensions ♦ Intrigue Interne

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Adam
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Message(#) Sujet: Dissensions ♦ Intrigue Interne Lun 15 Mai - 0:16




Dissensions


Elle avait l’âme lourde, le cœur exsangue, lorsqu’elle contemplait de ses mires les branches décharnées du sépulcral bouleau. Ses phalanges meurtries d’avoir trop frappé ce bois creux, les prunelles embuées par l’intarissable flux de ses émotions. Elle portait le nom du pêché, les initiales de la trahison. Son genou posé sur la stèle de la Place Forte, elle finit par se relever, chassant d’un revers de manche les perles qui maculaient ses joues adolescentes. Derrière elle, une cohorte de quidams l’observait, stoïque, chacun agrippant une lame entre ses doigts. Une clameur naissait dans l’ombre, une révolution.

Depuis l’aube du Spectre, les félons se voyaient condamner pour leurs méfaits, déshonorant leurs lignées qui se voyaient traitées en parias de la société. Une vingtaine de descendants subsistait, ruminant leur haine viscérale à l’égard des hautes sphères qui avaient maudit leurs existences. Esseulés, les enfants des Iscariotes s’unirent dans les ténèbres, jurant de ne plus goûter à la solitude de leurs mornes vies. Leur farouche volonté tournée vers une ambition commune, le groupuscule avait planifié ses funestes exactions pour abolir la monarchie exercée par le Phantasme. Eux, les réprouvés de l’alcôve, revêtiraient le sordide masque du leader implacable, pour assouvir leur véhémente vengeance. Héritiers d’anciens grands noms aujourd’hui désavoués, enfants de conjurés bafoués pour leurs crimes et descendants d’hommes et de femmes démystifiés, les fils et filles d’Iscariotes sonnaient enfin le glas de leur revanche sur leurs vies insoutenables.

« L’heure est venue. » La tessiture cristalline de la frêle créature avait brisé le mutisme religieux qui s’était instauré. « La fin des dogmes d’une civilisation vieillissante. Rendons à nos pères leurs lettres de noblesse. Retrouvons les droits que ces hommes nous ont ôtés. » Elle dressa sa longue lame au-dessus d’elle, son visage camouflé par un voile de soie noire, ne laissant apparente que sa courte chevelure flavescente. Elle n’avait pour nom qu’une idée, un songe du passé, elle incarnait le dessein d’une révolution future, l’appétence d’un juste retour des choses. Ses frères levèrent à leur tour leurs armes, s’enhardissant de ses palabres incisifs. « Mettons un point final aux despotes qui ont jugé nos familles et banni nos paires. Il est temps de prendre la justice qu’ils nous ont arrachés, sous le fallacieux prétexte de la trahison ! Partir ne signifie pas trahir ! A eux de subir les crépitements de trente pièces sur la corde qui ceint leurs cous ! A eux de ressentir l’humiliation, l’ignorance et la peur ! » Peu à peu, elle montait. La folle course des octaves que les diatribes de la muse instauraient au gré de ses accusations. Le timbre grave et lourd, les mugissements des hommes prêts à se battre. L’heure était venue. La cible était désignée. Le Phantasme tomberait.

Le spectre des parias orna les murs, longeant le carcan de l’alcôve pour rejoindre le lieu du sombre désir qui les animait. D’un geste, la jeune créature leur fit signe. Et le silence se fit. Les ombres s’étaient évaporées, ne dévoilant aucune trace du passage des revanchistes. Dans la nuit ils étaient rois, dans les ténèbres ils faisaient loi.


Déroulement


Bienvenue à tous les Spectres ♪ Voici votre toute première intrigue, qui se déroulera au moins sur deux parties. Vous serez confrontés à des descendants de traîtres qui furent bannis ou exécutés et qui désirent ardemment se venger. Une petite précision cependant, le coup d'état n'aura pas lieu dans cette partie de l'intrigue ! Il s'agit justement pour vous d'en savoir un peu plus. Votre personnage aura différentes possibilités pour découvrir les motivations de ces Spectres dissidents. Qu'il s'agisse d'infiltrer leurs rangs, en se faisant passer pour un enfant d'Iscariote, ou d'agir de façon plus directe, en soutirant les réponses à l'un des revanchistes. Votre but sera donc de rapporter ce que vous aurez appris à la Voix, une fois que vous aurez récolté les informations.

Pour le pourquoi du comment votre avatar se retrouve impliqué, je vous laisse un peu le choix également. Soit il se trouvait au mauvais endroit et a découvert que quelque chose se tramait, soit il a reçu une missive secrète de la Voix, qui a confié la tâche à des personnes encore inconnues pour n'éveiller aucun soupçon.

En précision, vous apprendrez, selon votre méthode, que ces individus comptent agir d'ici trois mois en prenant pour cible le Centre de Commandement, afin d'assassiner le Phantasme et de mettre quelqu'un à sa place pour réhabiliter le nom de leurs géniteurs bafoués. Je ne vous mets pas de contrainte concernant les méthodes ! Séduction, passage à tabac, coucherie, fausse amitié, légère torture...etc. N'oubliez pas de placer une balise si votre écrit possède un caractère sexuel ou trop violent. Ne vous attaquez pas à plusieurs personnes et évitez de tuer quelqu'un. Usez de stratagèmes plus subtiles ! Je vous fais confiance pour m'éblouir de vos talents d'écrivains et de stratèges.

Vous ne pouvez pas jouer / utiliser la 'meneuse' présumée du groupe. Je dis ça dans un souci de cohérence, au cas où vous seriez plusieurs à l'utiliser et que cela crée des conflits dans vos écrits. Il est possible également que cette suite d'intrigues mène à des quêtes personnalisées pour ceux qui la suivront assidûment ! Bon courage à vous ♪


Gains et Nombre de Mots

Vous obtenez 1 point d'attribut où vous le souhaitez et, selon le nombre de mots, un gain du catalogue - ICI . Ainsi, si vous faites 1 500 mots, vous pourrez obtenir un gain supplémentaire.

Vous ne devez poster qu'une fois. Vous ne pouvez donc pas interagir avec une joueur tiers. Vous faites, ici, évoluer votre faction dans un écrit personnel, qui vous fera gagner plus de points qu'une mission ordinaire.

Vous devez poster à la suite de ce message.

Dead Line: 15/07/2017.
Pour toute difficultés, n'hésitez pas à exposer vos questions dans ce sujet: ICI ou à me contacter par mp.



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Waverly
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Message(#) Sujet: Re: Dissensions ♦ Intrigue Interne Sam 1 Juil - 1:47

Spoiler:
 


Assise à même le sol près du feu de la forge,  Waverly lisait pour la énième fois une lettre aux mots trop noirs, tenue de ses doigts figés ; comme si les bouger plus que de dû risquait d'en faire évaporer les lettres aux formes bien bouclées, lourdes de sens. Depuis combien de temps déjà ne s'était-elle pas sentie directement concernée par les préoccupations de sa fratrie ? Elle se souvenait encore de la dispute qui avait éclaté à l'entrée de chez elle, lorsque son frère l'avait intimé de se reprendre.
—Nous devons tous faire des efforts pour rester fidèles à notre cause.
Elle ne l'avait guère revu depuis un temps trop long pour être compté, mais cela importait peu...il n'était qu'un frère comme tous ceux de Spectre, un passant qu'elle connaissait à peine. Certes, ils avaient grandi un temps ensemble, mais ils n'en partageaient que peu de choses. Malgré cela, il s’évertuait à lui rappeler leurs impératifs dès que l'occasion s'y présentait. Selon lui, Waverly ne s'impliquait pas suffisamment dans la lutte qui ébranlait leur monde.—En quoi ça te concerne ? —Je suis concerné par chaque frère et soeur de Spectre" —Oh vraiment ?" Elle se souvient s'être avancée vers lui, le poussant en arrière sans ménagement—Eh bien alors, va t'enquérir des autres frères et soeurs, ceux qui cultivent ton estime entre les draps! Je n'ai pas besoin de ta morale !" Elle y était allée trop fort, elle l'avait compris dès le moment où il l'avait regardée d'un air décrépi. Malgré sa façade coutumière d'arrogance, il avait ôté son masque pour n'y garder qu'une expression tracassée, sincère. —Tu n'es pas faite pour rester dans l'alcôve à créer des armes, je le sais Waverly, et toi aussi. Et avant même qu'elle n'ait pu ajouter quoi que ce soit, il s'était retourné, la laissant seule et profondément touchée.

Des bruits de pas arrachèrent Waverly à son état. D'un geste fébrile elle rangea la lettre dans la poche intérieure de sa veste et se releva trop vite. Morton venait d'arriver, son éternelle clope au bec. Il la regarda d'un air surpris.

"Qui a-t-il ?"

"Rien." répondit-elle tout de go. Il la sonda encore quelques minutes, les sourcils froncés. Finalement ses pas le menèrent à côté de l'insolite cheminée en pierre où il déposa la grosse besace qu'il portait sur son dos.

"Pas de fonte aujourd'hui. On a des armes à émousser."

Waverly acquesica en silence. Elle s'approcha de lui tout en secouant ses bras pour s'extraire de cette sensation d'engourdissement. L'image de la lettre continuait de tarauder son esprit au moment où elle attrapa le pommeau d'une épée dépassant du sac. Mais la main de Morton retint son poignet pour la stopper dans son action.

"Waverly, qu'as-tu donc ?" La cendre de sa cigarette oubliée aux coins des lèvres tomba au sol. Ses yeux de rapace essayaient de lire en elle. Bon sang...comment faisait-il pour la connaître aussi bien ? Etait-elle donc si prévisible ? Si facile à déchiffrer ?!

"—Je vais bien, Morton, tout va bien." s’évertua-t-elle à assurer. Aux pris d'efforts monstres, elle ébaucha une mine parfaitement détendue, mais cela ne prit pas avec lui. Il connaissait certaines ficelles de la comédie et se débrouillait bien mieux qu'elle dans ce domaine.

— Tu veux en parler ?

—Non! Je...écoute, c'est mon frère, d'accord ? Il s'agit de mon frère. mentit-elle à moitié. Il la fixait sans comprendre, ne la lâchant pas pour autant.

— Quel frère ? Nous sommes tous frères ici.

—Je sais! Je...Morton, laisse tomber veux-tu ?

Elle sentit une pointe de colère dans sa voix, ce qui lui fit comprendre à quel point elle était énervée : énervée contre elle-même. Elle aurait dû être ravie de cette missive lui offrant l'opportunité de faire ses preuves et montrer à quel point, malgré ce qui se disait, son implication envers Spectre était sincère. Mais en réalité, tout ce qui lui venait en tête était : pourquoi moi ? Et c'était un constat assez terrible pour qu'elle ait l'impression d'insulter l'essence même de son être. L'alcôve était toute sa vie, et la fierté due à sa fratrie était immense, véritable. Mais elle craignait de ne pas être assez insensible pour obéir tête baissée, malgré sa dévotion, malgré l'amour qu'elle portait pour Spectre. Voilà pourquoi elle préférait épauler ses prochains en excellant dans l'art de créer des moyens d'attaque et de défense. Tout cela lui allait très bien! Peu importait que son échine la picotait agréablement chaque fois qu'elle saisissait des armes, s'imaginant se faufiler dans la nuit pour devenir celle qu'on ne soupçonne pas. Elle avait appris à distinguer les rêves de la réalité. Elle n'était pas sûre de pouvoir suivre des ordres sans se poser des questions, ni de le vouloir

Seulement voilà, cette lettre lui posait l'ultimatum qu'elle redoutait tant.

Elle sentit Morton desserrer sa prise. Il lui désigna la sortie.

—Prends ta journée, tu ne me seras bonne à rien dans ton état.

Waverly cligna bêtement des yeux. Elle ne savait même pas quoi répondre à cela. Mais Morton ne s’intéressait déjà plus à elle -ou du moins faisait-il semblant-, cherchant entre les multiples armes pour en ressortir une qu'il jugeait convenable. Soufflée par son manque flagrant de délicatesse, elle quitta la forge en ayant le sentiment que sa tête allait exploser. A mesure qu'elle passait devant les étables du marché, elle s'imaginait y envoyer des coups de pied et renverser les objets au sol. Au moins le paysage correspondrait à son humeur chaotique! En un sens, voilà pourquoi elle ne pouvait prétendre à devenir autre chose que forgeron. Mais ils ne comprenaient pas, personne ne la comprenait ! Qu'adviendrait-il si elle recevait l'ordre du piller une zone habitée par des pauvres gens, ou si elle était prise de doutes sur le bien-fondé à manipuler un inconnu ?! Elle ne pouvait pas se permettre de douter lors de missions! Et pourtant pourtant...

Elle s'arrêta un instant devant la taverne qui lui faisait face. A croire que Morton l'influençait et que, dorénavant, elle avait besoin, elle aussi, d'oublier ses tracas dans un lieu qui n'apportait pas que du réconfort. Elle fouilla machinalement dans sa poche et fit rouler son butin sous ses doigts... Depuis combien de temps ne s'était-elle plus rendue à la taverne ? Trois ans, pour sûr... Elle ne prendrait que deux, trois verres, assez pour ne pas devenir pathétique. Peut être qu'ainsi elle pourrait remettre de l'ordre dans sa tête...rien qu'une petite demi-heure, rien que cela. Pestant contre sa faiblesse, elle s'y engouffra. Les tables étaient pour la plupart vides, il était trop tôt pour que les gens s'y posent et discutent. Cela lui convenait.

A peine s'était-elle assis au fond de la taverne qu'une jeune fille à la mine joviale sautilla près d'elle, se penchant un peu au moment de parler. La serveuse, Sarah..si ses souvenirs étaient exacts.

—Bonjour! Qu'est-ce que je peux faire pour toi?

—J'ai besoin d'un truc fort..."

La serveuse la dévisagea, un peu surprise, mais ravala vite son étonnement en raccrochant un sourire radieux.

—Très bien!

Waverly la suivit du regard, perdue dans ses pensées. S'assurant qu'il n'y avait personne autour d'elle, elle prit le risque de sortir la lettre pour la lire à nouveau ; juste pour être certaine que son imagination ne lui jouait pas des tours, bien que cela faisait déjà une vingtaine de fois qu'elle avait vérifié le contenu de la missive! Fronçant le nez et secouant son poignet pour arranger son bracelet d'argent, ses yeux s'arrêtèrent, de temps à autre, sur des termes percutants.

"en concordance avec votre caste, ainsi que vos déplacements limités, nous avons jugé votre couverture suffisante pour ne pas éveiller les soupçons"

"ayant eu vents de quelques soulèvements"

"Iscariote"


Ce dernier mot, surtout, lui retournait le coeur. Elle se rappelait la vision d'une femme hurlant, une corde autour du cou...de ses propres cauchemars où le visage de la victime s'était matérialisé pour devenir le sien.

Elle sursauta lorsque la jeune fille, sans doute à peu près du même âge qu'elle, posa le breuvage sur la table. Elle abaissa instinctivement la lettre.

—Ca sera tout ?

— Oui, merci... lâcha-t-elle d'une voix qui sonnait affreusement rauque à ses oreilles. La boisson lui envoyait des clins d'oeil de son contenu doré, tandis que Sarah s'éclipsait déjà, véritable feu-follet. Elle replaça la missive dans sa veste et dessina des ronds sur les bords du verre, un malaise inextricablement accroché au fond de son estomac. Le bruit d'une porte qui s'ouvre lui fit lever les yeux. Waverly restait un instant pantoise devant la vision du jeune homme qui venait d'entrer. Etait-ce ce qu'on appelait la loi des séries ? Comme lorsque vous sortiez, priant pour ne pas croiser une personne en particulier, et que cette dernière -bien que cela faisait des mois que vous ne l'aviez pas vu- se retrouvait, par le plus heureux des hasards, face à vous ? Alors qu'elle s'était souvenue de cette femme, morte durant le supplice des 30 deniers, voilà que son fils foulait le sol de la taverne. Grands, les cheveux bruns et les traits avenants, il avait bien grandi depuis la dernière fois où elle l'avait vu, prostré devant le corps inerte de sa mère que l'on emmenait déjà hors de l'alcôve. Elle se rappelait, aussi, des quelques mines sévères et ravies face au sort du cadavre. Les traîtres n'avaient pas même le droit à de la pitié.

Il balaya l'endroit de son regard métallique et croisa alors celui de Waverly. Cette dernière s'arracha à ce contact comme s'il l'avait brûlé. C'était trop de coïncidences en un coup, elle n'était pas sûre de le digérer. Un brin perdue, elle attrapa le verre en désespoir de cause et l'avala d'une traite...trop vite. Le feu lui monta à la gorge. Waverly toussa bruyamment, une main devant sa bouche alors que des larmes lui montaient aux yeux. Oh bon sang! Quelle idée d'avoir demandé la mixture la plus forte de la taverne! Avec l'impression de cracher ses poumons, elle quitta maladroitement sa chaise  et alla s'appuyer contre le bar où Isaac la mirait avec un amusement non dissimulé.

—Que se passe-t-il jeune fille...breuvage trop corsé ?

—Puis-je...De l'eau.."

Il gloussa, un torchon à la main, dodelinant de la tête en essuyant ses verres.

—L'eau ne fera qu'empirer les choses. Tu vas devoir attendre que ça passe.

Elle déposa sa tête sur le côté et resta là, sa tempe et sa joue contre le bois frais du comptoir, insensible à son comportement sans doute excessif. Au moment de rouvrir ses yeux rougies, elle remarqua que le jeune homme s'était assis au bar et s'amusait de son attitude. Il l'apostropha même de son verre. Super... Elle se redressa. Le coup de fouet dû à l'alcool la poussa à devenir téméraire. Elle quitta sa place pour mieux s'approcher du jeune homme, bondissant sur le tabouret telle un Theluji leo. Ses prunelles miel plongèrent cette fois sans honte dans celles du jeune homme. Quel âge avait-il ? Vint-deux, vingt-quatre ? Elle dessina un sourire sincère, quoique légèrement éhonté.

—Ce n'est pas bien de se moquer des filles.

Il examina un instant son long collier d'un argent presque blanc, dont la chaîne admirable tombait jusqu'au bas de sa poitrine, habillant agréablement son buste. Waverly avait toujours été douée pour choisir les bijoux qui lui allaient le mieux.

—Et ce n'est pas bien pour une fille de boire seule.

Elle ria, ses yeux en amande pétillants.

— Vraiment? Et qui a dit ça ?

Il avala une gorgée de sa boisson.

— Je crois bien que c'est moi.

Waverly arrangea innocemment ses cheveux, étirant ses lèvres rougies par la chaleur de son cul sec précédent.

"Il va donc falloir y remédier.." Et elle appela Isaac d'un geste délicat, avant de désigner la boisson du jeune homme au tavernier.

"La même chose. Pour nous deux." Il opina sans se répartir de son air amusé.

— Tu es bien téméraire pour quelqu'un de ton âge.

Elle s’intéressera un moment au mur sombre de la taverne, l'esprit léger.

— Tout dépend de l'âge que tu me donnes.

— Je... Il tiqua, plutôt désarçonné. Waverly comprit qu'il n'avait pas souhaité paraître insultant, aussi elle le rassura en s’esclaffant. Son rire tinta comme un grelot. Malgré lui, il en revint à elle, la dévisageant comme s'il essayait de comprendre ce qui pouvait, chez elle, piquer autant sa curiosité. Isaac vint leur déposer les deux verres dans un clin d'oeil complice.

— Je t'ai déjà vu auparavant...mais je ne me souviens pas où. Lâcha-t-il à contrecoeur, manifestement incapable de ne pas le lui avouer.

— Je travaille à la forge.

Elle se garda bien de lui expliquer, tout au moins, que leur première rencontre avait des relents plus funestes. Il était hors de question que ses efforts soient compromis avec l'arrivée d'un souvenir trop douloureux pour le jeune homme. Mettant de côté son sentiment de culpabilité, sa missive toujours rangée dans la poche intérieure de la veste, elle attrapa sa boisson.

— Tu n'es donc pas...je veux dire, c'est intéressant.

Elle ne releva pas sa phrase, trempant ses lèvres dans le verre en feignant de boire. Elle se demandait comment elle allait s'y prendre pour gagner la confiance du jeune homme. Il semblait trop méfiant, même si assez préoccupé pour se ramollir. Existait-il un rapport entre son état et cette prétendue missive? Cella-la même qui poussait Waverly à minauder et faire semblant de flirter?  Elle craignait cependant que boire trop n'ait raison de son caractère...disons, bondissant. Il ne manquait plus qu'elle lui avoue la vérité sur ce qui l'avait emmenée à engager la discussion, vraiment, avec Waverly, tout était bon à prendre, y compris les scénarios les plus catastrophiques! Mais le jeune homme lui facilita un peu la tâche en finissant son autre verre d'une traite. Elle ne put s'empêcher de l'observer avec des yeux ronds.

— Des années de pratique   railla-t-il à son encontre. Il jeta un bref coup d'oeil en arrière, vers la sortie. Aussitôt Waverly fit semblant de retenir quelque chose contre son dos, détachant de ses doigts habiles le fermoir de son collier.

— Excuse-moi, je...mon collier, c'est idiot, il était mal fermé je crois.. Tu pourrais m'aider à... Sans attendre, il ébaucha une moue taquine et lui fit signe de se retourner.

— Merci.

— Ce n'est rien.

Il souleva les mèches de ses cheveux avec délicatesse, frôlant les doigts de Waverly pour retenir la chaîne. Il prit suffisamment son temps pour lui offrir une caresse du plat de son pouce, ce qui la fit frissonner, malgré elle.

— Très jolie...

Après ce léger sous entendu, il fit retomber son bras et Waverly se replaça convenablement. Elle ne souriait plus maintenant, mais l'expression de son visage n'en était pas moins d'une douceur agréable. Il la regardait différemment aussi. D'autres clients étaient rentrés, mais il ne paraissait pas s'en soucier. Il commanda juste à Isaac une autre tournée...encore une ! Alors même qu'elle n'était pas en mesure de terminer son verre! S'encourageant mentalement, elle but l'affreuse mixture qui glissa dans son gosier comme une lente coulée de lave. Elle tenta d'ignorer la brève nausée imposée à son corps.

— Alors, comme ça, tu es forgeronne ?

— C'est exact.

Elle se demanda bien ce que Morton aurait pensé de tout cela. S'il aurait accepté cette missive, si tant est qu'il en eût le choix...Oh et puis, mince, il n'aurait rien à y redire! N'était-il pas le premier à chercher de la compagnie une fois dépassé son quota usuel de boisson? Elle était assez grande pour se débrouiller seule et puis le monde n'était pas tendre. Non, le monde n'était pas tendre et, maintenant, elle devait se décider à faire preuve de maturité, plus que jamais. La Voix lui avait personnellement adressé ces mots...si ce n'était pas un signe flagrant.

Elle prit les devants et entreprit d'entamer le verre suivant. Sa tête commençant sérieusement à tourner.

— J'y travaille depuis le décès de mon géniteur, mais ce n'est pas un détail important... évinça-t-elle vers la fin, assez mal habile dans son explication pour que son malaise soit lié à un triste passé , plutôt qu'à une faiblesse pour raconter des mensonges. Son épaule toucha celle du jeune lorsqu'elle leva son verre.

— Il est bon de se détendre de temps en temps..

— Ou d'oublier le mal pour un instant.

Elle but en acquiesçant pour signifier qu'elle partageait son ressenti -par Qilin, c'était infect! Que mettaient-ils donc dans ces boissons?!. Lorsqu'il eut terminé son verre, encore une fois trop vite, elle sentit plus que jamais ses yeux se poser sur elle.

— Tu es...atypique

— Vraiment ?

Il posa alors discrètement sa main sur la cuisse de Waverly.

— Vraiment. Tu es naturelle. Trop pour paraître sincère...

Cette phrase fut pareille à un uppercut. Waverly se figea, malgré elle. Ses compères apprenaient l'art de duper leurs voisins, au moins une fois dans leur vie. Peut être que l'homme à ses côtés était plus doué en la matière. Elle ne devait pas se trahir, il fallait qu'elle ressaisisse ! Mais elle n'était pas aussi bonne actrice.  Le seul moyen qu'elle trouva pour se reprendre fut de concéder à sa remarque, à la manière d'un voleur pris la main dans le sac.

— Effectivement. On possède tous nos secrets.

Elle attacha néanmoins son regard au sien, sans détour. Elle devait au moins lui reconnaître une chose : il était beau. Elle n'osait imaginer le nombre de conquêtes qu'il avait pu amasser. Elle sentit la main de l'homme voguer dans le creux de sa cuisse, et se retint de ciller.

— Sais-tu dans quoi tu te lances, en flirtant avec moi ?

Waverly joua la surprise.

— Alors comme ça, on est en train de flirter?

— Oh je t'en prie s’égosilla-t-il, se détachant enfin d'elle pour remplir encore son verre.

Le coeur de Waverly battait à tout rompre. Elle en vint à se demander s'il ne valait pas mieux qu'elle s'en aille. Ce type ne jouait pas dans la même cour. Elle ne savait pas comment l'exprimer, mais...il était dangereux. Il paraissait affaibli car tourmenté, mais cela lui valait aussi d'être suspicieux pour un rien. Si jamais il se doutait, s'il comprenait ses réelles intentions... Elle attrapa de quoi payer pour les boissons et, sans un mot, se leva. Mais le jeune homme lui tint le bras, ce qui eut pour effet de faire tourner quelques têtes, dont celle d'Isaac qui ne donnait plus l'air de s'amuser, cette fois.

— Ca va aller, Isaac. le rassura Waverly.

— Je crois que tu as trop bu, jeune homme. aboya Isaac, d'une voix assez menaçante. L'interpellé envoya son plus ravageur sourire à Waverly.

— Alors comme ça, tu en as déjà assez de jouer ? Je savais bien que tu étais trop jeune. susurra-t-il.

Et sur ses mots il la relâcha enfin, toutes dents dévoilées dans une grimace goguenarde. D'une démarche mal assurée elle s'efforça de sortir de la taverne le plus dignement possible, les entrailles nouées. Waverly bong sang...qu'est-ce que tu as fait ? Elle aurait du deviner que ce n'était pas une bonne idée. Elle se dirigea à vive allure en direction de la forge, l'esprit totalement embrumé par l'alcool et une panique étrange. Morton n'était pas là. Elle se débarrassa hâtivement de sa veste et récupéra la lettre qu'elle jeta dans le feu encore allumé de l'antre. Un peu fiévreuse, elle se laissa tomber sur une des chaises de la pièce, passant une main sur son front sur lequel quelques mèches s'étaient collées.

— Alors comme ça, tu ne m'avais pas menti ? Tu travailles bien ici ?

Elle sursauta. L'homme s'était accoudé devant l'entrée et la toisait. Elle se redressa rapidement dans l'intention de quitter la forge, mais il lui bloqua la sortie.

— Tu m'as suivi ?! Pourquoi ? Ma parole tu es complètement ivre.

Il haussa des épaules et avança dans sa direction. Waverly recula instinctivement. Elle vit une des épées posée à quelques mètres de là, mais, au moment même où elle se précipita pour la saisir, il se jeta sur elle et l'écrasa de tout son poids contre le mur d'en face.

— N'y pense même pas.

— Lâche-moi ! se défendit-elle. Elle avait beau être assez agile, il était plus fort et il l'avait attrapée, malgré son état d'ébriété, il avait réussi à la coincer.

— Qui es-tu ?" gronda-t-il. Toute trace d'amabilité avait disparu de son visage.

— Waverly Lutvana

— Est-ce vrai ?

— Puisque je te le dis !

— Ne me mens pas!

— Je ne te mens pas!

Bref silence. Il entreprit de la fouiller d'une main tandis que l'autre retenait encore ses poignets au-dessus de sa tête. Waverly fixa le plafond, la gorge nouée.

— Je n'ai rien sur moi.

Elle remercia mentalement cette présence d'esprit pour avoir détruit la lettre plus tôt.

— Tu m'as menti.

— Quoi ?!

— Tu m'as MENTI! Je me rappelle, je sais où je t'ai vu! Lorsqu'ils ont tué ma mère. Tu étais là, tu l'as regardée mourir!

Waverly resta bouche bée. Elle se força à mettre son cerveau en branle. Si Morton rentrait et qu'il tombait face à cette scène...non, elle ne voulait pas l'impliquer, pas qu'il sache. Elle devait réfléchir.

— C'est...c'est vrai, pardonne-moi..

Il attrapa le visage de Waverly par le menton, pour la forcer à le voir. Une odeur tenace d'alcool vrilla ses narines

— Pourquoi ?

— J'avais peur, peur de t'avouer la vérité. Mon père..il a subi le même sort et je..

— Tu me mens encore!

Mais elle pouvait sentir de l’hésitation dans ton de sa phrase.

— Quel intérêt aurais-je à te mentir !

Il recula en la relâchant, bizarrement essoufflé. Ses traits trahissaient une certaine incompréhension.

— On ne parle pas de ces choses là! Mais je savais que ta mère, et mon père...je savais que tu étais comme moi, que tu comprendrais!

Elle se massait les poignets pour espérer calmer la douleur lancinante dans son coeur. Elle détestait avoir à mentir de la sorte, à profiter de la faiblesse de cet homme. Mais que pouvait-elle faire d'autre ?!

Ce fut au tour de l'homme de reculer. Les sourcils froncés, il hocha la tête, pâle et indécis.

—Je dois y aller.

Sans se donner le temps de réfléchir elle le devança et se colla face à lui, posant timidement ses doigts sur le visage de l'homme, caressant son cou, sa gorge...pour le forcer à abdiquer. Ce dernier échappa alors un soupir rauque et l'embrassa. Il passa une main dans les cheveux de Waverly et elle se laissa faire, l'incitant à baisser sa garde, à la croire ; malgré le fait qu'elle jouait honteusement avec lui, au risque de l'envoyer à la potence.
Etait-ce pour cela qu'il ne lui avouait pas son identité ? Ou bien, plutôt, pour ça qu'elle n'avait pas osé la lui demander? Parce qu'elle avait trop peur d'être responsable de sa mort ? Quel sens donner à tout ça?

Il l'entraîna chez lui, sans qu'elle ne se rappelle des détails, de la marche. Elle se doutait que la plupart des espions bernaient les gens de façon effrontée et sans vergogne; alors pourquoi elle se sentait si...sale ? Pourquoi elle n'avait jamais réussi à ignorer sa conscience? Après être passé à l'acte, il lui avait parlé ; tout en caressant son dos comme s'il s'agissait d'une zone sacrée et merveilleuse. Son regard avait suivi ses gestes, taquins, à mesure qu'il lui racontait leur projet, leur envie de se venger, la période où ils espéraient frapper.

_ Je parlerai en ton nom, si jamais..si tu souhaites rejoindre nos rangs.  Tu devras juste leur donner ton identité, qu'ils sachent qu'ils vérifient...Mais tout se passera bien.

Waverly n'avait pas répondu, elle en avait été incapable. Dès qu'il s'était endormi, elle avait quitté la pièce en silence pour se rendre chez elle ; le rythme de son pouls cognant à ses oreilles si fort qu'elle crut être devenue sourde . Ce qu'elle s'apprêtait à faire...elle n'avait pas d'autre choix, pourtant..

Une fois entrée , elle s'était assise devant sa vétuste table. Le carillon de sa chambre chantait un peu tandis qu'elle écrivait sa lettre adressée à la Voix. Elle y nota tout. Tout ce qu'elle avait enregistré, n'omettant aucun détail, avec le sentiment absurde qu'elle expiait ainsi ses fautes à mesure qu'elle retranscrivait   sa trahison sur le papier. Juste le nom de l'homme, inconnu ; et elle se doutait de l'impact à taire l'identité de l'homme . Elle ne savait pas pourquoi elle lui avait avoué son nom, d'ailleurs, c'eut été absurde...car il viendrait à elle à nouveau et, à ce moment là, les choses seraient différentes.
Mais elle se refusait à y penser. Elle referma l'enveloppe et fit couler une tache de cire dessus, pour la sceller.

4385 mots

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Message(#) Sujet: Re: Dissensions ♦ Intrigue Interne Sam 1 Juil - 18:15

Salomé
Inventaire
Armes ♦ Cimeterre ♦ Couteau à cran

Des frissons parcouraient tout mon corps à mesure qu'il traversait de ses doigts tout mon flanc. Lorsqu'il atteint enfin mes épaules, je ne réussissais plus à retenir mes respirations profondes et saccadées. D'un battement de cils je lui donnais raison, elle obtiendrait de moi un baiser qui en entraînerait d'autres. Si nous avions trouvé un endroit calme pour passer la nuit ensemble c'est parce que mes parents avaient des occupations nocturnes. Eux aussi avaient certainement besoin d'intimité, mais ma filiation à ces derniers avait totalement disparu de mon esprit. Je prenais enfin un moment à moi, un moment de quiétude qui me faisait sortir de la morne vie routinière.

Mes doigts s'autorisaient également à parcourir ses formes. Elle était généreuse, douce, belle. Elle n'était pas aussi athlétique que moi, ce qui ne gâchait rien, bien au contraire. Ses quelques rondeurs ajoutait à notre proximité une chaleur que je n'avais pas ressenti depuis des années. J'étais à mille lieux de la bestialité de certains rapports, au beau milieu de l'Alcôve, j'étais enfin dans un havre de paix. Ses lèvres déposaient sur ma peau un doux nectar qui, au passage des courants d'air fins, faisaient trembler tous mes membres. J'étais à elle pour la nuit, je m'ouvrais totalement à elle.

Une fois emmitouflée dans le drap froissé, mon épaule contre la sienne, regardant le plafond, nos mots paroles se faisaient moins rares, nos mots plus déliés, nos phrases plus vraies. Je recouvrais ma poitrine, me reposant vers elle, regardant ses lèvres et ses yeux, fixés vers le néant plus haut. Elle semblait presque s'être amourachée de moi. Si je me savais bon parti, j'étais flattée de la voir s'empourprer au moindre de mes gestes. Elle n'osait pas me regarder, ne soutenait que peu mon regard, mais quelque chose de plus se révélait au fil de la discussion.

Mes cheveux caressaient à nouveau sa poitrine asymétrique, je passais mes mains dans son dos pour y trouver des aspérités dues à des aiguilles plantées trop profondément. J'en avais envie, envie d'elle, mais une partie de moi faisait cela pour délier encore plus sa langue. Avec succès j'obtenais de nouvelles informations. Son cœur battant au creux de mes baisers, ses veines se dilatant au passage de mes phalanges, ses pupilles dilatées à la venue de mon souffle contre son cou nu.

Si je connaissais son nom, j'ignorais celui de ses géniteurs. Elle m'avait semblé être seule, recueillie par notre fraternité. Mais la vérité était tout autre. Ses parents étaient bel et bien originaires des confins des galeries rocheuses, mais n'étaient plus des nôtres.

Judith, éprouvait une certaine rétention quant aux mots qu'elle utilisait. Elle les maquillait derrière de belles formules et à nouveau, dans l'intimité de la nuit, elle se laissait échapper quelques informations. Je la voulais bavarde et elle le devenait de plus en plus. Je la voulais moins évasive et elle se livrait enfin à me révéler un peu plus du sombre dessein qui se tramait dans nos murs. Elle me demandait beaucoup de choses. Elle posait des questions bien trop précises. « Non je ne fréquente pas le centre de commandement, comment pourrais-je alors que je ne joue qu'à la marchande toute la journée ? »

Elle mordait ses lèvres de soulagement, sourit enfin à nouveau, se retourna vers moi dès lors que je déclamais enfin ces quelques mots. Quand je lui demandais une explication à sa demande quelque peu étrange, elle ne me répondit pas. Je fronçais les sourcils, quémandant une nouvelle fois, expliquant que j'avais compris que quelque chose arriverait par la suite.

Si ses mots furent peu convaincants de prime abord, c'est parce qu'elle changeait ses yeux de direction trop souvent pour être honnête. Sans avoir une grande connaissance sociologique ou même psychologique, il ne me demandait pas des connaissances de devin pour comprendre qu'elle mentait à nouveau. Je fis mine de partager des sentiments plus que charnels envers elle, posant ma joue sur son torse, sentant à nouveau ses palpitations cardiaques irrégulières. « Tu peux tout me dire tu sais, je suis là pour toi. »

Judith resta silencieuse, le battement de son organe principal sauta un temps, avant de reprendre, apaisé presque, et son souffle se mit à suivre le mouvement. Elle déclama enfin une vérité, cachée derrière un mur de non-dits. « Comment ça, pas sûr ? Tout le monde là bas est trop entraîné pour que la sécurité fasse défaut. »

Un coup d'état politique, c'est le seul argument qui venait en tête de ma compagne de couche. Bien que je savais déceler son mensonge, je ne m'y attardais pas, sachant pertinemment que je n'obtiendrais rien de plus de sa part. Il me fallait tout de même conclure cette soirée avec une note positive. Je lui parlais à nouveau d'elle, lui demandant une signification à son dos, rempli de marques désirées. Elle expliqua que le placement était dû à quelque chose auquel elle ne pouvait échapper. Les formes décrivaient pour elle, ce qui semblait être un cocon familial.

« Tes parents ont étés tués pendant les conflits ? » Si ma voix était douce et calme, la sienne se fit hésitante. Elle m'expliqua enfin la traîtrise de ses géniteurs, tous deux dans le coup. Il ne me fallut pas longtemps avant de mettre en relation cela avec la discussion précédente. Dans l'ombre, quelque chose se préparait. Les enfants d'Iscariotes étaient revanchards après tout, qui ne l'aurait pas été à leur place. Leur honneur sali, bafoué à cause parfois de parents indignes.

Si le temps de fonte des trente pièces ne suffisait pas à venir à bout de la vie d'un malfrat, rien n'achevait véritablement leur rancœur à l'encontre de l'humiliation subie. Je prétextais un besoin naturel pour me relever et m'habiller. M'isolant dans la pièce non loin de là, je passais mes mains sur mon visage, comme pour me laver de mon acte.

Je me sentais si mal d'avoir offert mon corps contre des informations, bien que je n'avais rien contre le fait de jouer de mes atouts, cette fois-ci c'était bien différent. Dans un second temps je me sentais mal d'avoir partagé un moment privilégié avec une félonne dans son genre. Il me fallait en parler aux influents à ceux qui sauraient quoi faire de ces bribes de mystères. Il me fallait également la faire partir de chez moi, je me sentais de plus en plus sale, le dégoût m'accaparait, moi et toutes mes pensées étaient dirigées vers cette nausée grandissante qui me ferma le visage. Il me fallait penser à quelque chose.

Elle s'habillait lorsque je passais à nouveau le seuil de la pièce où j'avais commis l'irréparable. Elle me sourit, je ne lui fit pas ce plaisir. J'essayais toujours de trouver un moyen de regagner ma liberté et ma forteresse de solitude pour méditer à tout ce qui advenait de moi, de nous. Par chance elle devait se rendre tôt quelque part le lendemain, certainement en compagnie d'autres fomenteurs, scélérats de la pire espèce. Je stoppais mes pensées de haine et de rage pour lui dire adieu. Je posais ma bouche sur son front, elle faisait une tête de moins que moi une fois debout. Ce signe de domination me fit venir le cœur au bord des lèvres.

Une fois libérée de mon bourreau que j'avais délibérément choisit je me mis sous l'eau. Essayant de m'expier de mes vices, essayant de laver mon corps, à jamais sali par une vile femme à l'honneur inexistant. Une fois séchées, les yeux encore rougis par mes quelques larmes chaudes, je me mis en quête de quoi écrire. S'il était véritablement quelqu'un de confiance en nos rangs, c'était lui.

Vous me permettrez de garder un certain anonymat, vous concevrez aisément que je ne suis pas du genre à vouloir épandre mon nom auprès de ceux que je vais révéler. Une certaine Judith, une fille d'Iscariote, fomente, certainement avec ses pairs, quelque chose. Sans entrer dans les détails je n'ai pas réussi à obtenir de nombreuses informations. J'imagine que le tout se déroulera au centre de commandement, l'attentat ciblera certainement l'un des nôtres si ce n'est l'endroit tout entier. Cette femme mérite d'être entendue, jugée et mise à jour pour que chacun se rappelle que nous sommes une famille. S'ils se permettent de mordre la main qui les nourrit aujourd'hui, alors de quoi seront-ils capables demain ? Je m'en remets à vous pour faire le nécessaire, en espérant m'être rendue utile aux yeux de tous.

Si je gardais mon nom secret, c'est que tout le monde ici se connaissait plus ou moins, s'il s'avérait que le centre de commandement était assailli par les enfants des parias, alors je serais connue comme le loup blanc pour avoir partagé mes nuits avec ces gens. Les allées étaient calmes, je déambulais presque seule, croisant à l'occasion un sourire et une salutation que je rechignais à rendre. Je me faisais discrète, n'ayant pas accès au dit centre, il me fallait ruser. Je déposais alors, au Cercle de Pierres, mon message, plié en trois dans la hauteur, avec apposé en sa page de garde son destinataire. J'espérais en secret que La Voix me lise, qu'il se montre vigilant, qu'un instructeur, avant ses classes tombe sur mon frêle morceau de papier, qu'il fasse parvenir à nos supérieurs cette missive lancée alors, comme une bouteille à la mer. Sur le chemin du retour, mon sang se faisait poison tellement ma hantise de ne pas avoir fait assez me rongeait.

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Message(#) Sujet: Re: Dissensions ♦ Intrigue Interne Sam 1 Juil - 21:22

Il fait froid. C'est la première fois que France voit tomber la neige. Enfin, la première fois qu'elle sent tomber la neige. Les pétales blancs sont aussi chauds que leur morsure est douce. Et par -5 degrés centigrades, c'est presque un exploit. La peau pâle de la rouquine s'évertue à copier la teinte de sa chevelure. Elle tremble, de façon incontrôlable. Par la cape de Calrisom, mais ça brûle! Notre exilée ne vit pas un super moment. Maigrement protégée par la cape faite des bâches qui lui ont jadis servi de toit dans les ruines de Varosha, Fran a vite compris l'utilité du dôme, et accessoirement pourquoi les Tadryens détestent autant la nature.
On jurerait que la poudreuse tente de l'emmener dans les entrailles de la Terre à chaque fois que la rouquine lèves le pied. Parmi le maelström d'étincelles blanches qui danse devant ses prunelles, elle distingue la forme encapuchonnée du Spectre -ce nom n'a jamais été si bien choisi qu'en ce moment- qui l'emmène vers la liberté. Vers la fierté. Vers sa famille. Vers sa vie. Vers l'alcôve. Bientôt, ils arrivent à une caverne creusée par les éléments dans les flancs montagneux. Les deux femmes s'y abritent, avant que la neige ne commence à leur ronger la chair. Une question, depuis plusieurs jours déjà, brûlait les lèvres de l'adolescente. Pourquoi envoyer quelqu'un chercher sa mère, si c'est pour l'égorger sans autre forme de cérémonie? Pourquoi Cassandra ne s'est-elle même pas fendu d'un «pitié» lorsqu'elle a croisé le regard de son bourreau? Et surtout, avait-elle vraiment trahi Spectre?
«-Ma mère m'a dit qu'elle vous attendait... Vous deviez la ramener à l'alcôve?» Un sourire triste se dessine brusquement, comme si ses lèvres avaient sursauté, sur le visage de la Spectre.«Elle ne t'a pas dit ce qu'on fait aux traîtres? Ce qu'il advient des iscariotes?»


France regarde le corps sans vie d'un frère être emporté. C'est encore pire que ce qu'elle avait imaginé. Le regard désespéré, fou, inhumain, du condamné. Ses hoquets douloureux, stigmates d'un effort futile pour arracher un peu d'air, une bouffée de vie, à la morsure implacable de la corde. Le gargouillis confus, interrompu de tentatives misérables de tousser, lorsque le corps du futur défunt panique à son tour, et se débat contre la corde, contre le métal fondu qui lui met la chair à nu. Contre les regards, froids et distants, joyeux et amusés, choqués mais fascinés d'une assemblée qui ne sait toujours pas pourquoi elle ne peut passer son chemin devant la mise à mort publique et cruelle d'un de leurs «frères»...«Woah, quelle dévotion... On regarde même l'exécution du petit dernier en famille! Maintenant, France sait pourquoi sa mère avait presque l'air heureuse de se faire dessiner un sourire sur la trachée plutôt que de revenir à l'alcôve. Et, par toutes les calamités du No Man's Land, elle la comprend! Dire que jusqu'à ce jour, Frannie avait toujours comparé la fin de mater Superbia à un pétard mouillé. «Bon, si je trahis le Spectre, je m'égorge avant qu'ils ne me retrouvent. Ou je les écrase, au choix.»
Le son de la chope que l'on pose sur la table la sort de sa rêverie. Elle est venue à la taverne pour un rendez-vous, et ferait bien de ne pas l'oublier.  Enfin, un rendez-vous, c'est vite dit! France sort de la poche de son pantalon une lettre. Le papier est vieux, terni, rêche. Les lettres sont irrégulières, comme écrites d'une main tremblante. La jeune femme a eu du mal à la lire, même à la lueur d'une bougie. Cependant, un seul mot aurait suffit à piquer son attention.

«A la taverne, dans trois jours. Rappelons-nous des peines de Cassandra.»

Cassandra... Pourquoi quelqu'un voudrait-il lui parler de sa défunte mère? Elle est morte en iscariote, au pied du mur de la ville azurée, il y a plus de cinq ans. Personne ne considère les iscariotes. Même les Andrivons et leur élitisme pédant -qui doit les approcher doucement mais sûrement d'une consanguinité débilitante, soit dit en passant- ont des égards pour la plèbe à côté de l'ignorance et le déshonneur dans lesquels ont laisse sombrer le souvenir des traîtres... De fait, France est plus là par curiosité que pour joyeusement ressasser le passé. Elle n'en a ni l'intention, ni l'intérêt, de toutes faç-
«-Bonjour. Vous m'offrez un verre?» Son regard calme et perdu se fixe instantanément sur son interlocuteur, qui vient de s'asseoir en interrompant -quel manque de correction!- le flux torrentiel de ses pensées. Sa bouche se mue en un sourire léger, qui cache tout autant de pensées qu'il en révèle. Elles croise sa jambe droite par-dessus sa jumelle et remet une mèche rebelle en place. Lui, regarde débilement, tour à tour, la future despote ultime de la planète -ce sont ses dires, pas les miens- et la chope remplie d'un liquide ambré et iridescent.
«-Votre verre est pl- La rouquine lève le coude, et la phrase du badaud est désormais hors de propos. Il se tourne vers la serveuse
-Deux verres de ce qu'elle vient de prendre, s'il-vous-plaît!»

Quelle conne! Sa gorge est en feu, elle a les larmes aux yeux, et son visage est désormais plus rouge que sa chevelure! La jeune femme tousse. Jusqu'au retour de la serveuse, à peu près. Elle reprend tant bien que mal sa prestance, sous l’œil amusé de son... Ami? Galant? Qu'est-ce qu'il voulait, lui, au juste?
«-Ahem. Soyons un peu sérieux. Pourquoi m'avoir laissé cette lettre? Certes, ça manque de subtilité, mais au vu de la lettre, son interlocuteur -ou la personne qui l'a missionné- en sait long sur France. Elle n'a pas le temps de niaiser, comme on dit.
-J'ai croisé le regard d'une rousse enivrante, au teint de perle, en marchant dans le Hall des Artisans. Je me suis dit qu'on pourrait faire connaissance.»
Ah, un comique. Génial. Au moins, France sait maintenant qu'elle a été appelée pour un sujet sensible. Ou alors le type a inventé la technique de drague du «viens on parle de tes parents morts dans leur déjections avant de faire des bébés». Ce qui, en soi, est presque un exploit. Bon. Autant s'amuser, alors. Le type n'est pas trop laid, et elle va peut-être même se faire payer de l'alcool pour la nuit, qui sait? Pas que ça lui coûte très cher, la rousse ne survivra sûrement pas à deux autres verre de ce vitriol qui leur sert de bibine.

France, son intérêt piqué, l'alcool la rendant espiègle, joue le jeu. Elle redresse son buste, avance légèrement les lèvres, et arque un sourcil charmeur.
«-La flatterie ne vous mènera nulle part, jeune homme! Pourrais-je au moins avoir le nom de mon admirateur?
-Abel, très chère France! Mais appelez-moi Abe. A notre rencontre!» et Abe lève son verre. France l'imite, les chopes s'entrechoquent. Un détail la chiffonne... Elle ne lui a pas donné son nom! Et Abel ne l'a pas demandé. Fran retient un sourire carnassier, le masquant sous un léger rire. Cet homme ne joue pas. Il a déjà toutes les informations qu'il veut sur France. Et il le lui fait comprendre. Cette conversation chaleureuse, presque amicale, entre deux personnes sirotant un verre du meilleur fioul à tracteur du coin, est en fait une démonstration de force qui glace le sang de la jeune femme. Elle doit se ressaisir. Lui, sait à qui il a affaire et ce qu'il attend de cette entrevue. La rouquine doit encore lui tirer les vers du nez pour savoir comment appréhender les événements.
«-D'accord, ce sera Abe, mais dans ce cas, appelle-moi Fran! Je me demandais, tu connaissais Cassandra?»
Une lueur traversa le regard du jeune homme. C'est cool, au moins il écoute ce que Frannie peut lui raconter. Elle décide de l'observer attentivement, de retenir chaque information qui peut s'avérer pertinente. France se met à jouer du bout de son doigt au creux de la paume d'Abel. Il a des ampoules, ses mains sont rugueuses. Soit il passe sa journée à brandir une arme, soit il travaille de ses mains. Et il travaille dur. Un forgeron? Non, il n'a pas la face noircie de ceux qui vivent en face de l'âtre...
«-Cassie? Et comment que je la connaissais! On a fait plusieurs missions ensemble avant sa...défection. Une jeune femme pleine d'énergie! Et un sourire...
-Dis-donc, c'est pas plutôt de Cassandra que tu voudrais faire connaissance?!
-Excuse mon emportement! J'ai été très proches avec elle, il y a quelques années.» Un mensonge éhonté. Cassandra n'est plus allée dans l'alcôve depuis que Fran avait quoi, sept ans? En tous cas, elle ne faisait plus de «missions prolongées». Et c'est peu probable que Cassandra Superbia, infiltrée dans l'armée bleue qui finit par trahir le Spectre, se soit amusée avec un type qui devait avoir quoi... Douze ans, tout au plus, la dernière fois qu'elle est allée dans le repaire du Phantasme. Ou alors la mère de France nourrissait un amour pour les enfants à peine pubères des plus inquiétants. «Au moins, il ne sait pas tout. Reste à savoir ce qu'il me veut...»
La soirée continua, et après quelques verres, Abe invita France à passer la nuit chez lui. Bien évidemment, elle accepta. Déjà parce que dans son état, Fran aurait passé la nuit chez n'importe qui qui ne ressemble pas à des latrines après une épidémie de choléra, ensuite parce qu'elle devinait qu'Abel n'avait pas -juste- envie de lui fouiller l'Alcôve. Au bout de quelques temps à marcher, France se collant au jeune homme, laissant sa main traîner à la base de ses cheveux blonds, ils entrèrent dans un abri où trois personnes discutaient. Il y avait un tas d'armes en piteux état au milieu, et quelques outils. Pierres à aiguiser, ciseau à bois, cordages... «Ils veulent restaurer ces armes... Cachés?» Et Abel qui sort son grand jeu.

«-C'est l'occasion, France!elle tiqua, mais ne l'interrompit pas.-Tu vas pouvoir venger ta mère, laver l'affront que lui a fait le Spectre! Voler aux nobles et au Phantasme le repos éternel qu'ils n'accordèrent pas à ta mère!»
Le cerveau de la rouquine accéléra tout d'un coup. C'était une rébellion, non, une révolution, qu'ils préparaient là. Combien étaient-ils, quel serait leur mode d'opération, et quand? De toutes façons, si elle refuse ouvertement l'offre, elle est morte. Un sourire carnassier se dessine sur le visage de Fran, ses canines pointues se découvrant au coin des lèvres de la belle. Voilà la bête qui se réveille, on dirait. Elle jouera double jeu. Elle leur offre ses services pour maintenir leurs armes en bon état, et elle relaie toutes les infos qu'elle peut obtenir à la Voix. Et quand le conflit éclate, elle prend soin de laisser tout ce beau monde se massacrer, puis elle s'aligne avec les vainqueurs.
«-Qu'est-ce que vous attendez de moi? France bombe le torse, regarde Abel, les yeux remplis d'une lueur mesquine. Le pauvre a réveillé la fourberie et l'orgueil de la rousse, qui, très franchement, dormaient très bien jusqu'à maintenant.

Elle ne rentre chez elles que le lendemain matin. Toute la nuit, elle a aiguisé, redressé, poli, graissé, équilibré des armes. Ses mains sont en feu, son corps est brisé. Son cœur commence tout juste à ralentir la cadence, certain qu'aucun effort supplémentaire ne lui sera demandé. Il se trompait. Car pendant que le fusain gratte le vieux parchemin que France adresse à la Voix, elle est limite nervous breakdown. C'est un jeu dangereux qu'elle joue. La belle propose ses services à la Voix, en tant qu'agent double chez les rebelles. Elle n'a pas encore la date de l'attaque, mais sait déjà qu'elle n'est pas pour demain. L'état de leurs armes, leur nombre -ce qu'en savait Abel, en tout cas, tout y passe. France plie le parchemin, fait couler la cire jaunâtre de sa bougie sur l'endroit où se rejoignent les deux parties du papier plié. En guise de sceau, elle appose le pommeau de sa dague.
Sa gorge est sèche, ses yeux embrumés, et maintenant, elle a les doigts encore plus noirs qu'en rentrant chez elle. Mais son devoir est fait. Son histoire commence maintenant. France se surprend, en s'étalant sur la paillasse qui lui sert de lit, à espérer. La belle espère, espère que la Voix prendra son offre au sérieux, espère y gagner en grade, espère même un anneau des braves. C'est la tête pleine d'espoirs que France s'endort, du sommeil lourd, sans rêves, d'un travailleur éreinté.

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Message(#) Sujet: Re: Dissensions ♦ Intrigue Interne Lun 3 Juil - 18:31


Mes yeux étaient encore mi-clos, il semblait faire nuit. Toutes les lumières de l’Alcôve étaient éteintes, les carreaux de la fenêtre ne laissaient que passer l’obscurité de la place. Je me passai les mains sur les yeux et bâillai. Je n’avais pas du tout envie de répondre à l’appel des coups qui venaient de faire vibrer le bois de la porte. Pierre aussi les avait entendus, mais il ne bougea pas. Cette chambre était la mienne, tout ce qui y entrait pouvait potentiellement n’être lu que par moi et comme un Frère il respectait ce secret-là. Avant de me lever, je ne pensai qu’il avait si bien fait que de ne pas s’occuper de cette histoire.

Encore légèrement courbatu par mon entraînement de la veille, je me levai d’une démarche peu sure, contrôlai d’un geste discret de doigts que mon couteau était toujours à portée de main cinglé à ma cuisse et me dirigeai vers la porte. A peine mon pied eût touché le sol que j’entendis des pas feutrés s’éloigner rapidement du couloir de la Chambre des Plaisirs dans laquelle je vivais quasi définitivement. La majeure partie de mes possessions étaient là, et presque plus rien ne me retenait d’abandonner la chambre qui m’avait vue grandir, sauf pe
ut-être un dernier relan de sentimentalisme mal placé que j’aurai à cœur d’effacer au plus vite.

Un bruit singulier attira mon attention au sol au moment où la personne qui m’avait tiré d’un rêve flou disparaissait dans la nuit. A mes pieds gisait un papier très fin qui, même plié plusieurs fois, restait extrêmement délicat à manipuler. Je le pris du bout de mes longs doigts et dépliai ce qui semblait être un message.

Il n’y eut qu’une seconde, peut-être moins, entre le moment où je me saisis du briquet de Pierre pour mettre le feu du message et le moment où la porte se refermait délicatement derrière moi, habillé complètement de noir, un morceau de tissu de la même teinte dans la main droite et équipé de mes deux armes.

Une fois sorti de la Chambre, je rasai les murs et me dirigeai vers la Place Forte. Je ne rasai pas les murs parce que je ne voulais pas être reconnu, je rasai les murs parce que je ne voulais pas que Gabriel soit découvert. Gabriel, dix-neuf ans, père de Matthieu, caste des médecins, soumis au supplice des trente deniers après avoir refusé avec véhémence et publiquement de soigner un prisonnier de guerre qu’il croyait coupable de trahison alors que l’ordre venait directement du Phantasme par l’intermédiaire de la voix, aime les femmes et particulièrement le contour de leurs lèvres, aimerait s’unir une fois dans sa vie, ne peut pas supporter l’excès d’ostentation, a toujours été rongé par la mort de son père qui a eu raison de refuser cet ordre.

A peine venais-je de finir une seconde fois cette litanie dans ma tête que j’arrivai aux abords de la Place Forte. Ma démarche était devenue plus légère et plus soumise. Mes épaules étaient un peu plus voûtées, ma nuque constamment baissée, le regard était plus fuyant et mes cheveux tombaient parfois devant mes yeux comme pour me cacher du regard des gens. Je les entendais déjà murmurer dans un coin de la Place. L’Alcôve était déserte et l’obscurité couvait les prémisses de l’implosion. Je me rapprochai pour mieux entendre ce qu’ils disaient et me mis à la frontière de la lumière qu’offrait le porche d’une maison afin de saisir le plus de choses.

- …arfait. Quelqu’un a quelque chose à dire ?
- …
- Alors rendez-vous ici, dans trois jours, même heure. Prenez des itinéraires différents. Elle sera là pour les détails la prochaine fois.

Tapi dans l’angle d’une ruelle qui débouchait sur la place, je voyais ce que je voulais observer. Celle qui semblait avoir expliqué quelque chose était masquée comme moi, avec un drap noir sur le visage et comme tous les gens présents. Tous étaient habillés de noir et ne laissaient apparaître que leurs cheveux. Ils étaient six en plus de celle qui leur avait donné rendez-vous la prochaine fois. Elle avait les cheveux relativement longs et tout aussi noirs que le voile qui protégeait ses yeux. J’enregistrai chaque détail afin de pouvoir les identifier plus tard si besoin et me baissai encore tout en me rapprochant.

Au moment où ils commencèrent à se disperser, une des têtes masquées par un voile se tourna vers moi d’un coup sec et pointa du doigt dans ma direction. Je regardai furtivement autour de moi, j’étais le seul présent ici, s’ils avaient remarqué quelque chose c’était moi.


- Choppez l’espion qui est là-bas.
Avait dit d’un ton sec celle qui semblait diriger la réunion.

Ma mission commençait maintenant. Je jetai quelque coups d’oeils alors qu’ils s’approchaient de moi et cherchait à m’enfuir, mais la venelle dans laquelle je me trouvais était une impasse, le bâtiment était fermé et face à moi, il y avait ce voile noir qui me fondait dessus. Je courrai dans sa direction dans un élan désespéré et j’atterris précisément où je voulais, soit sur la personne.  

Deux des membres qui partaient de la réunion fondirent sur moi et ne trouvèrent aucune résistance. Ils m’amenèrent brutalement vers celle qui semblait les diriger et me mirent à genoux devant elle.


- Peut-être seras-tu le premier ?

- Non madame, je ne voulais pas vous offenser, je…je…je suis venu pour vous rejoindre.


Ma voix semblait trembloter sous la peur, ce qui était à moitié vrai. C’était la première fois que j’effectuais une mission d’infiltration à l’intérieur même de Spectre et c’était dangereux. Je ne reconnaissais pas les gens qui m’avaient attrapés. Ils ne restaient plus qu’eux trois et moi à genoux devant leur cheffe. L’un d’eux était plus petit que moi, il semblait jeune, trop jeune, j’éliminai immédiatement cette cible de mon esprit et la classait dans le rang des obstacles à mon second objectif. La personne qui avait été la plus violente ou du moins la plus sèche faisait presque ma taille. Avec ses habits je n’arrivais pas à distinguer le genre qu’elle souhaitait qu’on lui attribue. Je me concentrai sur ses manies physiques pendant que celle qui me toisait me disait des choses que je n’écoutais plus. Assez sure d’elle, regards de côté, sûrement à cause du stress, fait constamment se toucher les extrémités de ses deux pouces, c’était ça. Voilà l’habitude par lequel cette personne sortait son stress et ce qui pourrait me permettre de mieux la comprendre. Ou peut-être le jouait-elle. Trop de questions. Pas le moment.

- Vous ne voulez vraiment pas me répondre ?

- Je rêvais madame, je ne vous écoutais pas. Je rêvais de révolution. Quelqu’un dont je n’ai pas le droit de citer le nom m’a demandé de vous rejoindre, il m’a dit de vous raconter mon histoire et de vous annoncer qu’un apôtre de plus nous mènerait peut-être vers le treizième tant attendu.
- Raccompagnez-le, vous savez où.

Apparemment, ça avait marché. Cette phrase griffonée sur le papier que j’avais brûlé il y a à peine quelques minutes m’identifiait comme l’un des leurs. Gagné. Leur dirigeante partit et les deux m’emmenèrent dans les rues de l’Alcôve jusqu’à un petit bâtiment qui semblait servir d’entrepôt dans un endroit assez reculé. Devant, le plus jeune rentra sur un signe de tête de l’autre qui me fit entrer à l’intérieur. Ses épaules se baissèrent, elle se détendit.

- Passe moi tes armes.

Je sortis toutes mes armes, même ma lame cachée contre ma cuisse. Il me fallait sa confiance et surtout, c’était une autre arme qui entrait en jeu maintenant.


- Je dois rester là toute la nuit ?
- Non, je devais juste t’emmener là un moment, pour l’instant je peux pas te dire pourquoi.


Aucun intérêt.

- On doit donc attendre tous les deux ici comme deux c*ns ?

- Exact.

J’avais ce qu’il me fallait. Elle n’avait pas envie d’attendre.


- On a le droit de se démasquer entre nous ?

- On nous a rien dit là-dessus, mais pour ça il faudrait que je te fasse confiance. Je sais qu’on a pas le droit quand on est avec la vraie boss, celle qui commande celle que t’as vu.


J’enlevai mon voile et souris naïvement, je m’étais maquillé afin de faire ressortir mes pommettes et me rajeunir légèrement. Mes cheveux tombaient en partie devant mes yeux.


- Je te fais confiance, parce que tu te bats pour venger mon père. Même indirectement.

Créer l’intérêt.


- Venger ton père ?

- Il a refusé de soigner un Tadryen prisonnier qui avait trahi malgré les ordres. Il a voulu sauver Spectre, mais il s’est fait juger comme Iscariote par ces tyrans… Dis-je avec une voix tremblotante.

Attendrir.


- Oh…je suis désolée, on a tous eu des histoires compliquées je crois. C’est pour ça qu’ils méritent ce qu’on va leur faire.

- Oui ils le méritent, merci de faire ça en tous cas, c’est un honneur d’y participer.

Gagner la confiance.


- On est tous pareils tu sais.


Elle enleva son masque. Le plus dur était fait. Il ne restait plus qu’à s’amuser. Mise en application de mes cours dans le salon de la Chambre.

C’était une personne relativement androgyne, mais en prenant le temps de la regarder de plus près, sa poitrine formait une douce colline sur ses vêtements. Elle avait les cheveux blonds presque roux, un peu secs et des yeux trop grands pour son visage qui était relativement serré sur lui-même. Je m’assis contre un mur dans un coin, celui qui me semblait le plus accueillant et le plus sombre et lui souris.


- Tu es là-dedans depuis combien de temps ?

- Quelques mois maintenant.

Un silence s’installa. Je cherchai son regard, l’invitai à s’asseoir près de moi, elle s’assit en face et nous ne nous quittâmes plus du regard. Il n’y avait aucun bruit alentour, pas un bruit de pas, d’animaux, un dysfonctionnement d’une machine qui la faisait grincer, juste nous deux, les yeux dans les yeux. Son œil gauche avait une petite tâche de vert sur le marron de son iris. Je le lui dis. Elle sourit. Le silence se réinstalla et je me rapprochai.

- J’aime pas attendre sans rien faire.

- Clairement, moi non plus.

Ce fût elle la première qui m’embrassa avec passion. C’était le baiser de quelqu’un qui avait envie de sexe et pas de tendresse, je n’avais aucun problème avec ça. Je la déshabillai d’un coup et montai sur elle.

Ça ne dura que quelques minutes, mais elles furent suffisantes. Alors qu’on se rhabillait, elle avait baissé sa vigilance, c’était ma seule occasion ce soir et la prochaine serait peut-être dans longtemps. Echiquier oratoire.


- Ils vont comprendre leur douleur, ou plutôt notre douleur hein ?


Faire celui qui sait.


- Oh oui ! Ils vont voir ce que ça fait d’avoir un Phantasme qui est contre eux.

- Tellement, bientôt, ce sera nous qui règneront.

Faire monter la colère. Elle ne se rendait plus compte que je venais d’arriver. Elle pensait que j’avais les mêmes informations qu’elle, elle devait continuer à le croire. J’avais de la chance, j’étais tombé sur une imbécile.


- Trois mois, Gabriel, trois mois et ton père sera vengé.

Echec et mat.

Je souris. Gabriel souriait parce qu’il avait passé une bonne soirée, je souriais parce que j’allais peut-être réussir à faire pendre sept Iscariotes d’un coup.


- On se revoit la semaine prochaine, même lieu, même heure. Je peux te laisser partir maintenant. C’était juste pous pas que tu suives la cheffe.


Elle sourit et partit en me mordant le cou rapidement. J’attendis quelques minutes. Je retrouvai Pierre tout chaud dans le lit en train d’enlacer un oreiller. Je souris à cette vision, écrivis mon rapport et me rendormis.

Spectre entend tout.

Spoiler:
 


Merci Adam pour le kit !
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Adam
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Message(#) Sujet: Re: Dissensions ♦ Intrigue Interne Mar 11 Juil - 2:10

Cannelle

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Inventaire
Arme ↂ Stylet de Manche

Mes lippes agrippèrent les siennes avec fougue, tandis que mes phalanges parcouraient ses courbes généreuses avec une ardeur renouvelée. Je la plaquais dans les draps immaculés, crochetant ses poignets de mes mains hésitantes. J’attaquais son cou de mille baisers brûlants, sublimais sa mâchoire d’une douce morsure, pour venir quérir ses lèvres entre mes crocs avides. Elle était à moi, pour une nuit. La belle n’avait su dire non à mon appel, d’abord timide et sensible, la muse s’était révélée farouche et volubile. Le satin de sa peau m’appartenait, autant que sa poitrine révélée, je lorgnais cette créature désirable, que mes mensonges éhontés avaient conduite jusque dans ma couche. Elle retint un cri sous l’avilissement que je la contraignais à subir et je relâchais ma torride étreinte, pour me laisser choir à ses côtés. Elle chassa une mèche dissidente de ma chevelure carmine, alors que mes doigts s’empressaient de saisir les siens. « J’ignore ton nom. » La passion avait flétri ma curiosité, chassant la simple courtoisie d’en savoir plus sur ma voluptueuse amante. Ses lippes frémirent, en traçant un espiègle sourire sur son faciès angélique. Elle ne me tenait pas rigueur de ce manque de tact. Une preuve de plus qu’elle m’appartenait. « Deliah. » Sa tessiture était aussi radieuse que l’éclat de ses lèvres et j’égarais mes phalanges sur son séant, caressant délicieusement sa peau de mes ongles vernis. « Et que faites-vous dans l’alcôve chère Deliah ? » Elle s’empara de mes lippes et me chevaucha en exposant son corps dénudé à la faveur de la flamme vacillante de la pièce. « Je ne suis rien. Hormis la serveuse d’une petite taverne pittoresque. Juste la fille que l’on oublie aisément, mais ça je le dois à mon nom. » ; « Ton nom ? » Un désespoir mélancolique percé au travers de sa voix tremblante, je tenais là mon exutoire. Les réponses que je souhaitais si ardemment. « Je suis fille d’Iscariote, il y a mieux pour s’élever chez nous. Mais arrêtons de parler de ça. Montre-moi s’il te reste un soupçon d’endurance. » Notre échange s’arrêta là et je l’attirais contre moi. Prête à assouvir le moindre de ses plus sombres fantasmes.


Mes prunelles s’ouvrirent sur le monde et je sentais près de moi, le corps ardent de mon amante, dont les bras m’enserraient délicatement. Je n’avais pas obtenu l’objet de mes appétences, mais je sentais se briser la carapace de la volonté de ma muse endormie. « Tu sais… J’en suis une aussi. » Les paupières de la voluptueuse se descellèrent et elle m’observa longuement. « De quoi parles-tu ? » ; « Des Iscariotes, Deliah. Ma mère a trahi son serment d’union avec un autre. Lorsque mon père l’a appris… » Je feignais le trop plein d’émotions, étouffant un râle déchirant en détournant mon visage de son champ de vision. Modulant mon timbre pour qu’il revête la tessiture chevrotante d’une petite fille esseulée. « Elle n’a pas survécu à son jugement, mon nom est couvert de cette honte inaltérable, mais à la différence de toi, je n’ai pas eu la chance d’être aussi acceptée par ma caste. » La muse se releva, capturant ma taille et déposant son menton sur ma clavicule. « Je l’ignorais, tu as les traits d’une sœur accomplie, voire d’une noble. Mais je ne vois pas ton masque, c’est sans doute bon signe. » Mes muscles s’étaient raidis imperceptiblement à l’évocation de cette élite à laquelle j’appartenais. Je me savais douée en duperie et personne ne pouvait être au fait de ma noble lignée. Mon faciès bascula sur le côté et nos fronts se lièrent. « Je ne suis qu’une fille parmi tant d’autres. Une fille qui a eu l’insigne honneur de conquérir l’une des plus belles roses de l’alcôve. » Quelques notes cristallines exhalèrent de ses lippes et elle m’attira contre le matelas. Ses phalanges caressèrent mon unique encrage, qui traçait élégamment les courbes d’une fleur épanouie. « Tu es la première que je rencontre. La première à être comme moi, une fille de parjure. » L'enfant du pêché déposa un chaste baiser dans ma nuque. « Nous sommes les reflets d’une existence insipide, ne voudrais-tu pas que tout cela change ? Que nos semblables réclament le droit d’être comme tous les autres membres de l’alcôve ? » Ses palabres devinrent un murmure intimiste, qu’elle chantonna lentement au creux de mon oreille. « Ne voudrais-tu pas réhabiliter le nom de ta défunte mère ? » Je me retournais doucement, arquant un sourcil de curiosité, tandis que je flattais à nouveau sa carnation de la paume de ma main. « Comment ? C’est impossible. » Mon ton ingénu était savamment maîtrisé, elle ne remarquerait pas la lueur de convoitise que ses stances avaient allumée en moi. « Tu dois rencontrer quelqu’un. Ce soir, je te montrerais, tu verras à quel point tu n’es pas seule, Cannelle. » Mes commissures tressaillirent en un simulacre d’expression d’allégresse et je m’emparais des lèvres de mon amante. Nous avions toute la journée pour nous ressasser nos souvenirs brumeux de la veille.


Toute cette mascarade avait débuté si simplement. Un parchemin glissé sous un pan de porte, mes doigts caressant la calligraphie si élégante de la Voix, une myriade de questions silencieuses et une mission plus vitale que ma respiration. J’imaginais mille et uns scenarii dans mon esprit, cherchant des idées fantasques, des solutions pour parvenir à mon but. Je n’étais ni une combattante, ni une tortionnaire, mes talents se révélaient dans la séduction et le parler. J’avais hérité des doux traits de mes aînés, une spécificité qui servirait mes appétences futures. J’errais dans ma mansarde, prenant finalement le temps de me vêtir, de manière ni trop élégante, ni trop négligée. Je ne pouvais me permettre d’être découverte, pour une simple volonté de porter des atours plus distingués. Un portrait m’était offert dans la lettre cachetée, le faciès avenant et ciselé d’une muse à approcher. Ma proie était toute désignée. Sans un regard sur ma vie d’élite, j’abandonnais le masque de mon anonymat, pour me fondre dans la plèbe grouillante de l’alcôve.


Ses phalanges s’étaient imprimées sur ma peau, alors qu’elle les glissait au creux de ma main. La vie tumultueuse du hall s’était figée, tandis que le soir arrivait. Quelques hères conversaient encore dans des lieux étroits, propices aux échanges. Je suivais ma muse indicible, observant la gravité reprendre ses droits, lorsque ses longs filins flavescents sautillaient sur ses épaules. « Nous sommes bientôt arrivés, j’espère que nous ne sommes pas trop en retard. » Je lui offrais alors un sourire espiègle, en me laissant embraser par les réminiscences de notre luxurieuse journée. « Si c’est le cas, ça aura valu le coup. » Elle me rendit mon esquisse, au moment où nous arrivâmes au cercle de pierres. Un homme se tenait assis, aiguisant lentement une lame d’un morne et terne mouvement. « Tu en as mis du temps. » ; « Nous étions… Occupées. » Le quidam ricana, avant d’interrompre son rituel et de se lever pour faire face à ses impromptues visiteuses. Ses traits étaient marqués par les vicissitudes de la vie, des rides soucieuses barraient son front, lui donnant un air plus vieux que de raison. Sa chevelure de jais se mêlait à sa barbe sauvage, qui mangeait une grande partie de son faciès. Deux billes cobalt trouvèrent mes prunelles et je me figeais. « Tu es l’une des nôtres, toi aussi ? Qui aurait pu penser que tant de traîtres avaient sévi sous l’égide de Spectre. » La nouvelle sembla le ravir et lorsqu’il rompit le contact de nos mires, je soupirais de contentement. Cet hère était doté d’une aura plus charismatique que la plupart des autres habitants de l’alcôve. Malgré son apparence singulière, j’étais intimidée par sa prestance, tant, que j’observais le sol sans oser relever mon regard. « Je suis Caleb, enchanté fillette. Je suis le binôme de Deliah, pour le grand bouleversement qui se prépare. » ; « Le binôme ? » Les mots avaient filé malgré moi, mon admiration ayant laissé place à mon indiscrétion. Caleb me releva le menton de deux doigts, me contraignant à plonger dans son regard abyssal. « Je te fais peur ? » Je secouais négativement la tête et il relâcha son étreinte. « Nous agirons par deux pour faire basculer le règne dictatorial de ce Phantasme devenu roi. Je suis fils d’Iscariote. Au prétexte que mon géniteur a préféré l’amour à son devoir, on l’a pendu. Malgré sa survie, il n’a pas supporté l’isolement, ni la honte. » Le charismatique individu eut une expression lasse, ses commissures se dressant en un sourire désabusé. « Il a mis fin à ses jours quelques mois après sa ‘trahison’. Depuis, je suis vu comme un pestiféré pour les erreurs d’un père aimant. Douce ironie, n’est-ce pas ? » Ses paroles étaient touchantes et l’émotion vibrait au travers de sa voix caverneuse. Je me serai presque maudite pour ce que j’étais entrain de fomenter. Eux qui souhaitaient laver leur honneur pour une trahison n’étant pas de leur fait, j’allais les poignarder dans le dos de mon propre parjure. Sans un remord.

« Aurai-je mon propre binôme, si je me joins à votre rébellion ? » Deliah et Caleb échangèrent un regard, avant qu’il ne me réponde d’une voix à la tessiture caressante. « Quel est ton nom ? » La question me désarçonna et je songeais rapidement à une échappatoire, tandis qu’il plissait les yeux avec suspicion. « Huriel. Cannelle Huriel. C’est un interrogatoire ? Tu comptes vérifier si ma mère a bien été pendue sur place publique ? » ; « Ne me blâmes pas pour ça. Nous sommes une minorité, Cannelle Huriel. On ne peut pas prendre le risque que tu rencontres les autres, que tu intègres tout ça, sans être sûrs que tu n’es pas juste à la pêche aux informations. » Avec dédain, je tournais la tête, mimant avec authenticité le fait d’être vexée par ses propos. « Va vérifier. Ma mère répondait au nom de Léa Huriel. Je t’attends. C’était il y a cinq ans, sans compter les mois. Tu souhaites d’autres détails peut être ? La fragrance de la corder qui brûle ? L’arôme écœurant de la chair calcinée, lorsque le métal s’égarait sur sa peau ? Ses cris étouffés quand ses forces l’ont abandonnée ? J’ai une foule de détails à t’énoncer, mais aucun que je ne souhaite ressasser. Dois-je continuer ? » Une main se leva, pour me faire taire et Caleb me sourit de nouveau, visiblement surpris par ma verve nouvelle. « Du calme. Difficile d’inventer tout cela aussi rapidement, en effet. Soit, je daigne t’accorder la confiance que tu sembles mériter. Nous reparlerons de ton binôme demain dans ce cas. Inutile d’éveiller des soupçons en restant ici plus longtemps. » Il nous salua et je l’observais partir, éprise du sentiment d’une appétence inassouvie. J’agrippais les phalanges de Deliah, mes prunelles emplies d’un désir furibond. « Il faut qu’on rentre. Maintenant. » Un carillon vibrait en moi, désireux de voir Caleb se joindre à notre duo éphémère, de sentir ses mains puissantes sur mon corps frêle et sauvage. Ma muse sembla entrevoir mon fébrile désir et héla le sculptural fils du pêché. Ce soir là, nous fûmes trois à succomber à nos carnassiers fantasmes. J’aurai pu dévorer Caleb, tant ma fascination à son égard paraissait s’accroître.


J’avais parcouru l’alcôve à la recherche de cette ineffable créature, cherchant sa chevelure dorée de mes mires inquisitrices. Le monde était affairé, échangeant, parlant, riant, troquant objets ou poignées de mains. Je n’étais guère habituée à ce tumulte, moi qui demeurais dans le confort opulent de ma condition. Il m’avait fallu plusieurs heures pour trouver la source de ma convoitise, servant un hanap débordant à un hère singulier au faciès buriné par le soleil. J’avais attendu, assise dans sa taverne, l’observant de loin en détaillant chacun de ses gestes. Du port altier de sa tête, à sa taille marquée, en passant par ses joues creusées par son labeur, elle était divinement belle, malgré l’expression lassée que renvoyait son faciès juvénile. Lorsque sa tournée s’acheva, elle me remarqua et, d’un signe de main, je l’enjoignis de me rejoindre. « Bonsoir. » Avait-elle susurré doucement. Nos palabres s’entremêlèrent, nos doigts se trouvèrent, à mesure que nous conversions. D’un simple baisé échangé, j’avais investi son lit, murmurant les psaumes de ses désirs interdits. Une nuit d’ivresse, une nuit de liesse. D’amants transis, nous plongions dans l’ataraxie.


Ma passion était dévorante. Trop peut être. J’étais sur lui, m’abandonnant à ses mains expertes, ployant sous la morsure de ses phalanges sur ma peau. Mon corps était aussi ardent que mon désir et je sentais ma muse à mes côtés, arpentant mon épaule de multiples baisers. Mon cœur s’emballait sous les assauts répétés de mes tortionnaires et j’enfonçais mes ongles dans la chair de Caleb, le laissant me posséder et disposer de moi comme il le souhaitait. J’étais transcendée par sa présence, par son inénarrable charisme qui m’avait conquise si aisément. Deliah aurait pu être absente, que je n’aurais pas constaté de différence. J’étais cette chose délicieuse qu’un être sublimé, ce cri lancinant qui exhalait des pulsations de mon âme, le lien entre nos deux corps enchevêtrés. Comme un ivrogne suppliant pour sa dose journalière, je me cramponnais au buste de mon éphèbe, œuvrant à son plaisir, tout autant qu’au mien. Il s’avoua vaincu plus rapidement que moi, me laissant un goût amère d’insatisfaction, tandis que je me rêvais au paroxysme du contentement. Les hommes avaient l’art de décevoir mes appétences. Affamée, je m’emparais de la muse laissée sur le côté, achevant ce que Caleb avait entamé. Je suis cette chose insatiable, que la folie des hommes ne sait contenter. Ce bout d’être humain, à peine plus grand qu’un enfant, qui se révèle des plus indolents.


Nous n’avions échangé aucun mot sur notre nuit mouvementée, pas le moindre commentaire, ni même l’ébauche d’une caresse. Nous étions revenus au cercle de pierres, attendant l’arrivée d’un quelconque hère de leur connaissance. Caleb avait repris avec entrain, l’entretien de sa lame, tandis que Deliah fixait un point indécelable au loin. Après plusieurs minutes d’une patience aux allures de carcan invisible, une muse fit son apparition, enveloppée dans une robe marine qui flattait ses genoux laiteux. Sa chevelure ébène était courte, dépassant à peine l’arête de sa mâchoire et lui offrait le reflet d’une beauté froide et insondable. « Voici mon futur duo, je présume ? » Mon amant oublié hocha la tête, puis la glaciale créature se dérida, m’offrant un sourire rassurant. « Dans trois mois, tout cela prendra forme. Nous ferons enfin tomber les têtes couronnées. » Un simulacre d’esquisse peignit mon visage, pour donner le change. « L’attente risque d’être longue. » J’avais lâché ma stance pour attiser leurs esprits et conforter ma position au sein du groupe, innocemment. « Il nous tarde tous d’y être Cannelle. » Nous poursuivîmes ainsi notre échange, planifiant toutes sortes de façons de conquérir le centre de commandement, échangeant nos points de vue sur telle ou telle manière d’aborder notre révolution. Je plaçais quelques commentaires, œuvrant à retenir le plus d’informations possible. Mémorisant leurs plans les plus fantasques. Quand la lueur de l’alcôve vint à faiblir, notre groupe se sépara. Deliah ne tenta pas de me retenir pour poursuivre nos luxurieuses pérégrinations. Elle s’était contentée d’embrasser ma joue, avant de partir. Je m’improvisai ombre, pour rentrer au palais familial et, sans encombre, je rejoignis le cocon de ma chambrée, fermant la porte avec quiétude lorsqu’enfin je pouvais soupirer. Ces quelques jours m’avaient exténuée, le poids des mensonges s’emparant de moi.

Je pris place à mon bureau, goûtant le contact duveteux de mon confort retrouvé. Sous l’élan de mon retour, je saisissais une plume et commençais à écrire à l’intention de mon commanditaire.

Vous m’avez demandé bien des choses, mais jamais d’aussi éprouvantes. Il m’aura fallu plusieurs jours pour resserrer mon étau et mettre à jour la rébellion des fils d’Iscariote qui se profile. Bien que minoritaires, ils paraissent nombreux et organisés. J’ai pu rencontrer trois d’entre eux. J’ignore leurs noms exacts, juste les prénoms de deux de ces individus. Ainsi, si vous avez vent d’une Deliah ou d’un Caleb, descendants de parjures notables, sachez qu’ils représentent une menace certaine. Selon mes sources, ils agiront d’ici trois mois pour s’en prendre au centre de commandement et renverser notre éminent Phantasme. Je n’ai pas plus de précisions pour la date exacte, mais je poursuivrai mes rapprochements pour soutirer plus d’informations à ces personnes. En attendant une rencontre plus formelle, je vous souhaite mes sincères salutations.

J’achevais mon écrit d’un point épais, puis déposais ma plume dans l'encrier. Mes phalanges refermèrent le vélin, le cachetant à l’aide d’un peu de cire. J’aurai tout le loisir de porter mon message le lendemain, pour l’heure un repos bien mérité me tendait les bras et je n’aurai su m’y refuser. J’ôtais alors mes apparats du bas-peuple, m’offrant nue aux draps soyeux de ma digne lignée, soupirant d’extase pour la première fois depuis deux longues journées. Enfin délivrée de cette pesante mission, je pouvais retourner à mon quotidien, loin de la plèbe et du jeu malsain que j’avais pratiqué. Une part de moi se languissait de revêtir de nouveau le masque d’une identité factice. Cette part qui avait savouré chaque instant de mon escapade, de ce moment volé à ma noble existence. Je me tournais sur le dos, lorgnant la voûte qui creusait le plafond, cartographiant dans l’obscurité la moindre trace sur les murs. Peut être n’étais-je pas faîte pour n’être qu’une simple héritière de la famille Lussy. Allais-je marcher dans les traces de Jézabel et me laisser happer par l’attrait de Spectre, par son noble jeu et sa dangerosité ? Mille pensées assiégeaient les méandres de mon esprit, torturant mes rêves de futur. J’étais cette petite chose indécise, éprise de l’imprévu et désireuse de ressentir à nouveau le frisson de l’aventure. Une petite chose qui en voulait plus. Bien plus.

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Cordelia
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Message(#) Sujet: Re: Dissensions ♦ Intrigue Interne Jeu 13 Juil - 20:44

- Elrik -


Equipement:
 

Tadryon, bar d'Elrik Stefensen

Tranquille journée dans un lieu qui l'est d'ordinaire moins. A peine une dizaine de clients depuis l'ouverture, il y a plusieurs heures. Mais je ne m'ennuie jamais, un seul individu peut suffire à occuper ma curiosité. Actuellement, alors que la nuit est tombée depuis un moment, ils sont encore sept. Un pauvre hère au visage sombre qui enchaîne les verres sans mot dire, assis au comptoir. Un couple d'amis à peine plus joyeux qui discutent à voix basse d'un air grave, installés au fond de la salle. Un groupe de trois jeunes gens qui débattent sans vigueur de la difficulté de leurs missions. Et une vieille dame, silencieuse, occupée à bidouiller un petit appareil électronique en buvant de temps à autre une gorgée de sa pinte. De tous, c'est sans conteste elle la plus intéressante. Je commence à la connaître depuis le temps qu'elle vient ici. Une fille de Spectre, ou vu son âge, une mère. Ancienne ingénieure tadryenne, qui a pendant de nombreuses années espionné les industries de la ville azur. Aujourd'hui oubliée, sous-estimée, elle consomme avec un calme plaisir son anonymat. Aucun des autres clients ne lui a accordé plus que l'ombre d'un regard, et pourtant, elle, elle les a vu, observé, elle les connaît et sait déjà beaucoup d'eux. Car son banal regard et son demi-sourire affable savent et enregistrent, patients et méticuleux. Et parfois sa bouche s'étire un peu plus lorsqu'elle a compris un détail croustillant. Une reine parmi les hommes. Et moi je l'observe, avec douceur et discrétion, en essuyant le même verre depuis bientôt une demi-heure. Elle sait que je la regarde, que je la connais, et je sais qu'elle me regarde et me connaît aussi. Et pourtant, à peine avons-nous dû échanger une centaine de mots depuis les longues années qu'elle vient ici. Oui, décidément, je l'aime bien cette vieille ombre.

Il court. Il entend le bruit de la course de ses poursuivants derrière lui, alors il accélère. L'information doit parvenir à l'Alcôve, il ne peut en être autrement. Il bifurque soudainement, espérant perdre ses limiers dans le dédale des ruelles, mais il ne peut guère compter là-dessus. Ils sont bien trop déterminés. La surprise lui permet néanmoins de reprendre une petite distance d'avance, ce qui lui permet de réfléchir. Il essaie de penser à un itinéraire afin d'arriver à un endroit sûr. Il y a bien quelques abris, mais ils sont loin. Ou alors le bar. Non, à cette heure-ci il y aura encore du monde et il ne veut vraiment pas être vu. Tant pis, il lui faudra courir encore plus. Il entend soudain un coup de feu derrière lui. Presque instantanément, une douleur atroce lui transperce le bas du dos. Il manque de tomber en avant. Quelques secondes suffisent à ce qu'il se sache condamné. Le liquide chaud coule abondamment. Tant pis, ce sera le bar. De toute façon, il ne peut échouer.

Les clients sont presque tous partis. Ne reste plus que ma vieille dame qui commence à piquer du nez sur son appareil. Je regarde ma caisse d'un œil rapide. Ce n'est pas particulièrement une bonne soirée, mais bon, je me dis que ce sera mieux demain. Je ne me suis pas ennuyé et mes clients sont repartis visiblement satisfait. De toute façon, Spectre ne semble pas avoir prévu de me laisser tomber très bientôt, donc je ne me fais pas trop de souci. Un bruit sourd vient de l'extérieur et mon regard se lève vers l'entrée de mon établissement. Je vois que la dame a fait de même. L'instant d'après, un homme entre et je le reconnais comme un frère de Spectre. Il est blessé et fonce directement vers le bar, sur lequel il s'écroule ; deux verres posés près de lui tombent à terre. Il me tend un petit appareil, un enregistreur audio. Je le prends sans vraiment réfléchir.

« Donne-le à la voix. Les traîtres Iscariotes... Une cargaison d'armes... Voler... Ils veulent... »

Ses yeux se révulsèrent et il tomba à terre, mort. Sans attendre, je me retourne et j'ouvre un compartiment caché dans le mur de mon bar, caché derrière un miroir. J'y pose l'enregistreur et je le ferme immédiatement. Il n'a jamais été là. A peine ai-je reposé les yeux sur le cadavre que quatre individus en exosquelette, armes au poing, déboulent dans mon établissement. La vieille dame se met alors à gémir, en se tenant la tête entre les mains. Une expression de surprise et d'incompréhension est déjà peinte sur mon visage. Un des hommes, un grand gaillard brun, m'interpelle brusquement :

« Toi, le barman ! Il a dit quoi ? Tu le connais ? »

Son ton est menaçant et je réagis comme si j'étais apeuré et hésitant.

« Non, non... je ne l'ai jamais vu. Il n'a rien dit... Enfin il a crié mais je n'ai pas vraiment compris ce qu'il disait. »

« Il disait quoi ? Parle ! »

Je sursaute devant son cri comme un barman tadryen l'aurait fait.

« Je ne sais pas ! Je ne sais pas vraiment... Je crois qu'il voulait que je l'aide à se cacher mais je n'ai pas vraiment compris pourquoi... »

La vieille continue de se lamenter, comme en état de choc et je vois que ses plaintes irritent les individus, ce qui m'arrange grandement. En colère, il sera plus facile de leur mentir.

« Mais je ne l'ai jamais vu, oh ça non ! Pourtant je me souviens de tous mes clients, mais lui, jamais. »

La seule femme du groupe souffle et se tourne vers la vieille.

« Oh la ferme, toi ! »

Ma cliente sursaute et se recroqueville sur elle-même.

« Est-ce qu'il t'a dit ou donné quoique ce soit ? Est-ce qu'il a fait un geste particulier ? »

« Non, non ! Il a foncé vers le comptoir, il a renversé des verres en marmonnant et il est tombé. Vous êtes entrés l'instant d'après. »

« Et ton système de surveillance ?! »

« Je n'en ai pas. Je n'en ai jamais eu besoin... »

Je me tords les doigts, le regard inquiet. Ils ont l'air de me croire car les questions s'arrêtent. Ils se consultent du regard avant de se faire un signe de tête. La femme va vers ma vieille cliente et un autre des hommes contourne le comptoir et m'attrape le bras. L'homme brun reprend :

« Je vais devoir vous demander de sortir, nous allons nous occuper du corps. »

« Mais bien sûr, je comprends... Quand pourrai-je revenir ? »

« On te le dira. »

L'homme me tire vers la sortie et je manque de tomber. Il remarque alors ma claudication et fait preuve d'un peu plus de douceur. J'ai souvent remarqué combien les gens étaient plus enclins à ignorer un infirme, à mon grand avantage. La vieille et moi sommes menés à la porte après que le brun a pris mon adresse et mon nom. Nous nous retrouverons tous deux dans la rue. La vieille tremble encore.

« Permettez-moi de vous raccompagner. »

Elle ne dit rien mais acquiesce. Nous nous comprenons. Quelques rues plus loin, elle se redresse. Toute trace de peur feinte et de faiblesse a disparu de son regard et de son expression. Un masque de concentration recouvre son visage. Elle me chuchote :

« Peuvent-ils trouver l'enregistreur ? »

« Non. J'ai fait tester mon coffre par certains de nos frères voleurs et ils m'ont assuré de sa sécurité. »

« Bien. »

Le silence s'installe et je vois dans son regard qu'elle réfléchit intensément. Nous reprenons doucement notre marche, afin de ne pas éveiller les soupçons des rares mais tardifs passants. Je finis pas lui demander :

« Vous avez une idée de ce dont il parlait ? »

« Une idée, non. Mais une intuition, oui. Il vous a demandé de faire parvenir l'appareil à la Voix et je pense que vous devez le faire au plus vite. Je peux vous y aider, j'ai mes petits oiseaux. »

« Très bien. D'ailleurs, je me nomme Elrik. »

« Alma. Nous nous verrons très vite. Bonne soirée. »

Et elle bifurque après m'avoir offert un signe de tête. Je rentre donc chez moi en attendant des nouvelles des quatre individus.

*****

J'ouvre la porte de mon bar. Cela fait deux jours que je n'ai pu y aller, mais j'ai reçu une heure plus tard un message m'expliquant que je pouvais à nouveau revenir dans mon établissement et que l'enquête était terminée. J'ignore ce qu'ils ont pu trouver concernant la mort de mon frère Spectre ; je sais néanmoins qu'ils n'ont pas trouvé quoique ce soit m'incriminant, sinon je n'aurais pas pu y retourner librement. Je regagne donc mon comptoir et je me mets à mes ouvrages, je dois rouvrir pour la soirée. Évidemment, je ne me précipite pas sur mon coffre caché, je dois d'abord m'assurer qu'aucun appareil enregistreur n'ait été laissé par les tadryens. Alors je prends mon temps, comme un innocent le ferait. Les clients viennent, la soirée file, les heures passent. En milieu de soirée, Alma entre dans le bar et je la salue d'un signe de tête comme je le fais toujours. Je lui sers son verre habituel, comme si de rien n'était. Elle travaille encore sur un petit appareil. Je l'observe du coin de l’œil, tout en m'occupant de mes autres clients. Vers la fin de soirée, Alma semble satisfaite et elle active son engin. Elle est la seule à rester dans le bar. Elle se lève alors et viens vers moi.

« J'ai brouillé les mouchards qu'ils ont laissés pour quelques minutes. »

Toujours compétente, cette vieille ingénieure.

« Merci. »

Je me tourne vers mon coffre et je sors l'enregistreur. Je le tends à Alma qui le fait disparaître dans son manteau.

« Il sera transmis à la Voix aussi rapidement que possible. »

Je lui fais un signe de tête. J'espère que ce qui se prépare pourra être éviter. Mais Spectre est puissant et j'ai foi en lui. Alors je reprends mon chiffon et je me mets à nettoyer mon comptoir, alors qu'Alma quitte le bar.
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Adam
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Message(#) Sujet: Re: Dissensions ♦ Intrigue Interne Jeu 13 Juil - 21:16

+

« C’est efficace, vous en êtes sûr ? » Le vieux médecin émit un rire guttural, avant de rétorquer vivement de sa voix caverneuse. « La personne qui prendra ça, n’aura plus aucun souvenir de sa dernière heure, tu peux me croire. » Une esquisse sardonique étira les lippes charnues du noble, qui referma ses phalanges sur le précieux flacon, remerciant le praticien d’un signe de tête. Son sésame au creux de la main, Adam pouvait à présent œuvrer avec toutes les bassesses dont il avait le secret. Les instructions étaient claires, sa cible toute désignée. Rien ne pouvait plus le stimuler qu’un jeu dans lequel il était maître. Pendant une heure, la clepsydre du temps lui accorderait le privilège inénarrable de s’adonner à toutes ses plus sombres et insatiables folies. Cette appétence transcendait son sadisme, jusque dans ses tréfonds. Il mourrait d’impatience, de son envie de violence.


Elle était belle, loin des standards habituels, mais d’une beauté farouche qu’il appréciait tout particulièrement. Avec ses boucles folles et vénitiennes, son menton avancé et ses prunelles topaze, elle dégageait une aura sauvage et indomptable. La muse fut simple à convaincre, aisée à séduire, ce n’était qu’un jeu pour le noble. Un jeu pour lequel il possédait un statut de virtuose. Le torse dénudé, il avait donné le change pendant plusieurs minutes, avant de céder à son caprice et de l’attacher à une chaise, encore engoncée dans ses sous-vêtements. Entre ses doigts habiles, il jouait avec un couteau, qu’il pointa sur la chair offerte de sa proie, parcourant sa peau d’arabesques délicates. « J’ai eu vent d’un projet. Du tien et de celui de tes semblables. » ; « De… » Le simulacre plaqua la lame de la dague sur les lippes carmines de la téméraire, lui intimant de se taire. « Tu ne parleras que lorsque je te le permettrais. J’évoque ton hypothétique rébellion, si j’en crois ce que les murmures portent à mon attention. La tienne et celle de tes amis, fils d’Iscariote. » Adam se délecta de l’expression de stupeur qui traversa le faciès de sa victime, échouant à retenir un sourire de triomphe. « Les traitres sont pires que des rats d’autrefois. On avait beau les éliminer pour endiguer les épidémies, ils se reproduisaient plus vite que nos poisons. » L’éphèbe relâcha son emprise sur la créature et fit quelques pas dans la mansarde. « Nous avons éradiqué vos parjures de géniteurs, nous les avons pendus pour l’exemple, mais il semble que la graine est vigoureuse. A croire que la trahison et l’irrespect sont des imperfections génétiques, contre lesquelles nous ne pouvons lutter. » Le Spectre plaça une autre chaise devant sa captive, y prenant place en s’accoudant sur son dossier. De la pointe de son poignard, il désigna les courbes de la muse, les traçant dans les méandres de l’air. « La question étant… Quand et comment allez-vous agir ? » Adam lui accorda un signe de tête, l’autorisant à parler. « Je ne vois pas de quoi tu parles, je ne fomente aucune révolution, je suis juste une fille, rien de… » ; « De ça j’en suis sûr. Tu n’es qu’une fille. Je ne crains pas tes représailles, je te vois mal guerroyer, tu serais la première à tomber. Ma question est simple. Quand et comment ? Epargne-moi le discours larmoyant où tu me jures que tu n’es pas liée à toute cette mascarade. Tu mettrais ma patience à l’épreuve. Hélas, j’en manque cruellement. » La proscrite se figea, plongeant ses mires apeurées dans la pâleur de celles du noble. « Je ne suis pas impliquée… » Sa tessiture s’était modulée en un simulacre de murmure, traversée par l’émotion et la crainte. La créature était terrorisée, frôlée par l’aura meurtrière de son bourreau. L’esthète de la souffrance se leva en exhalant un long soupir las, approchant de la sauvage demoiselle. Du bout des doigts, il caressa sa joue, un sourire énigmatique ornant ses lippes affables. « Mauvaise réponse. »


Elle gisait sur son trône, le souffle erratique, le front nageant dans sa sudation. Son corps marqué par les lubies malsaines de son geôlier, son regard perdu sur les ombres dansantes des murs, la muse semblait brisée, ne retenant plus les perles salées de son abdication. Elle murmurait des psaumes indicibles, suppliant pour que son calvaire cesse, tandis que l’exécuteur de ses maux se délectait de chacun de ses glapissements. De longues estafilades nervuraient sa peau diaphane, suintant un sang cinabre et ruisselant. Les stigmates n’étaient pas assez profonds pour provoquer la mort précoce de la douce ingénue, mais suffisamment pour étreindre son esprit dans un carcan de douleur. L’éphèbe lavait lentement ses mains écarlates sous un filet d’eau, observant son œuvre avec bienveillance. S’emparant d’un linge propre, il ôta tout résidu d’eau de ses phalanges, avant d’approcher de son martyr, une grimace extatique sur les lippes. « Tu dois être consciente, désormais, que c’est idiot de me mentir. » En proie à sa tourmente, elle hocha faiblement la tête, offrant sa rémission à son bourreau exalté. « Bien. Reprenons, dans ce cas. Tu es bien une fille de parjure ? » De nouveau, elle lui offrit un signe positif du menton. « Passons donc au plus intéressant. Quand et comment ? » La muse inerte s’anima enfin, tournant ses prunelles lasses vers l’exécuteur de sa sentence. « Dans trois mois… Nous attaquerons le centre de commandement, tous ensembles. S’il te plait. Assez… » Ses stances se ponctuaient d’une chute d’octaves, la conscience de sa proie flétrissait, épuisée par les supplices qu’il lui avait infligée. Ne masquant pas son ataraxie, le noble parcourut la peau blafarde de la belle captive, s’attardant sur les contours de ses plaies qui se refermaient déjà. « Ça aurait été bien plus simple que tu parles dès le début, mais si peu amusant. » Ses phalanges cherchèrent dans l’une de ses poches, exhumant le flacon offert par le médecin quelques temps plus tôt. Ôtant le liège qui en couvrait l’ouverture, il vida son contenu entre les lèvres entrouvertes de la sauvage apprivoisée, falsifiant les souvenirs de sa captivité.


Deux perles topaze s’ouvrirent sur le monde, parcourant les arcs voûtés du plafond, dessinant cette chambre qu’elles ne connaissaient pas. Ses mains parcoururent son corps, traçant les lignes irrégulières de ses balafres cicatrisées, constatant sa parfaite nudité au sein d’une couche qu’elle ne connaissait pas. Pivotant, elle tomba sur le bel endormi. Les paupières scellées, la respiration régulière, il reposait sur le dos, exposant son torse à la vue de l’amnésique. De vagues réminiscences de leur rencontre revinrent à elle, sous forme de fragments incomplets. Elle se souvenait de leur rencontre, d’un baiser échangé, de ses mains arrachant sa chemise, puis… Le néant. Une gueule faite de ténèbres qui avait aspiré le moindre reliquat de sa mémoire. « Qui es-tu ? » Sa voix n’était qu’un murmure intangible, un souffle hésitant, troublé par l’appréhension de ce qu’elle pourrait découvrir. Les mires céruléennes de l’éphèbe s’ouvrirent, défiant celles de l’irritante créature qui le réveillait. « C’est important ? » Ses lèvres s’entrouvrirent, puis se refermèrent. Ses pensées se bousculaient en fracas incohérents. La muse était perdue dans un océan d’incertitudes. « Pourquoi j’ai des coupures partout ? Tu m’as fait ça ? Je… » ; « Tu me l’as demandé. Je ne voulais pas, mais tu as insisté. Je t’avais pourtant dit de freiner sur l’alcool. Je n’ai fait que répondre à ton fantasme, rien de plus. » La belle se laissa choir dans les draps, désarçonnée par le fil de sa soirée, qu’elle ne parvenait à remonter. « Je ne me souviens de rien… » Le noble l’attira, l’obligeant à le chevaucher, ses mains crochetant ses cuisses avec autorité. « Tu souhaites que je te rafraîchisse la mémoire ? » ; « Je… » Brusquement, leurs corps se lièrent et la muse déposa les armes, s’abandonnant à la morsure brûlante de cet être qui se fondait en elle. Les crocs du fallacieux se nichèrent sur sa peau, ravivant les meurtrissures de sa nuit de torture. Comme on embrasse le pêché, on corrompt les traîtres et d’un baiser on les condamne. Plus exaltant que le plaisir charnel, la manipulation le faisait frémir. Adam était doué pour parvenir à ses fins. Doué pour plier les gens à sa volonté. Agrippant la chevelure de la farouche créature, il la contraignit à lui obéir. Ses fantasmes devinrent les siens, pour une minute, une heure, une nuit. L’éphèbe usa de la tourmentée jusqu’à la lassitude, repoussant par la suite ses vaines tentatives de le faire rester auprès d’elle. Il n’avait aucune considération pour les parjures, pas la moindre once d’empathie. Comme un objet que l’on jette, il la laissa là, nue au milieu des draps froissés par leurs ébats. Le corps sculpté de cicatrices encore flamboyantes et l’âme déchirée par l’oubli et l’abandon. L’instrument de sa mission ne lui servirait plus. Exalté d’avoir étanché toutes ses lubies dissolues, le noble quitta sa victime sans un remord. Ne lui laissant qu’un souvenir à demi-mort.

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Läl
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Message(#) Sujet: Re: Dissensions ♦ Intrigue Interne Sam 15 Juil - 21:50

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Il y a des jours, comme ça, où on se dit qu’on aurait mieux fait de rester coucher. Ou alors qu’on a bien fait de se lever pour rien. Tout dépend de l’humeur. Je n’arrive pas à me décider, pour ma part. La faute à mon attitude mitigée, sans doute. Contente de partir en mission à l’extérieur, mais il faut dire que cueillir des herbes n’est pas non plus très exceptionnel. Au moins, je rends service, et ce simple fait pourrait me donner le sourire. Mais quelque chose me tracasse, je ne saurais pas dire quoi. J’ai comme une boule d’angoisse qui s’est installée dans le creux de ma poitrine, sans aucune raison apparente. Et je déteste ça. Je n’ai pourtant pas de quoi m’inquiéter. Un mauvais pressentiment ? Qu’est-ce qu’il pourrait bien m’arriver en pleine montagne avec comme seule compagnie, des plantes ? Rien. Mon angoisse est complètement ridicule.

La cueillette est rapide, je me permets de flâner un peu. J’enveloppe les fleurs dans un tissus que je dépose à un endroit précis et je m’enfonce parmi les rochers abrupts. Un peu d’exercice physique me fera le plus grand bien. J’escalade la paroi, avec un profond sentiment de satisfaction. La force physique que je n’ai pas est compensée par la souplesse à laquelle mon corps est habituée. J’ai besoin de me dépenser. Je profite de la hauteur pour respirer un peu d’air frais, un peu essoufflée et toujours agrippée à la roche. Je ne sais pas vraiment où je vais mais qu’importe. Je connais le chemin du retour. Du moment que je rentre avant la nuit tombée, tout ira bien. Je ne compte pas non plus m’éterniser dans le coin. Qui sait ce qui pouvait bien rôder ici, durant la nuit ? Je n’ai pas spécialement envie de le savoir. Mais tout va bien, le jour est encore bien présent, je n’ai rien à craindre… Pas vrai ?  

J’atteins rapidement une corniche, sur laquelle je peux me déplacer, sans pour autant avoir une grande latitude de mouvements. Ce n’est qu’en avançant que j’entends des voix. J’arrive à me glisser sur un chemin légèrement plus large, en essayant de rester discrète. Ce n’est pas mon fort, malheureusement, même si on m’a appris à l’être un minimum. J’essaie de repérer un point où je peux fuir, au cas où je fasse une mauvaise rencontre… Mais il n’y a pas grand-chose dans les environs. Je déglutis. J’hésite à y aller, je ne suis pas très téméraire quand je ne suis pas préparée. Je fronce les sourcils et hoche la tête. Autant ne pas prendre de risque, surtout que je n’ai rien sur moi pour me défendre. Je m’apprête à rebrousser chemin quand les voix me parviennent plus clairement.

- … Spectres… Le plan… Vengés…  

Les Spectres ? Ils parlent bien de notre faction ? Ma curiosité est piquée. Je sens que je dois aller voir ce qu’il se trame là-bas. Mais je ne sais pas sur qui je vais tomber, et à moins de trouver une idée lumineuse pour m’intégrer à eux, je ne serai pas prête à utiliser mon Mirage. Je ne pourrais compter que sur mon baratin, et encore, ce n’est pas sûr qu’il fonctionne. Des pas se rapprochent. Je serre les dents et recule… Encore un peu. S’ils viennent par ici, ils vont forcément me voir, même si j’essaie de me cacher. Heureusement, ils ne dépassent pas le gros rocher sur ma gauche, qui me dissimule à leur vue. Ce sont de voix masculines, graves et particulièrement excitées qui s’élèvent, à une dizaine de mètres à peine de moi. Et par chance, ils parlent fort.

- Ce sera bientôt fini ! Nous allons annihiler tous ceux qui ont humilié nos pères et retrouver les droits que nous avons perdus après leurs exécutions.

Les Fils d’Iscariote ! C’est bien ma veine ! Pourquoi eux ? Et que font-ils ici ?... Non, ce ne sont pas eux. La plupart d’entre eux ont été exécutés, me semble-t-il, mais je peux toujours me tromper. Ce sont leurs enfants… J’ai froncé les sourcils. En quoi la trahison de leurs pères les concerne ? La trahison est punie, tout le monde le sait, il n’y a pas à contester… Mais apparemment, ces deux-là le font, et ce ne sont certainement pas les seuls, à mon avis. Quelque chose se passe, ou va se passer. J’ai besoin de savoir quoi. Mais, de toute évidence, ils se saluent. Ils vont se séparer. Je me relève et m’éloigne, en cherchant une corniche où me cacher, ce qui me prends quelques secondes à peine. Parfait. Et un homme, d’une trentaine d’années, mignon, à l’air benêt, passe juste en dessous de moi, alors que j’entends l’autre s’éloigner en sifflant. Inconscients ! Mais au final, la situation me convient parfaitement. Il me faut des informations, et vite. Il faut que j’improvise quelque chose.

Je remonte la corniche aussi rapidement que possible, en restant discrète, pour qu’il ne me voit pas. Mais c’est moi qui le perds de vue l’espace de quelques instants. Par chance, je viens de parcourir l’endroit et je sais comment il est fait. J’ai un petit plan en tête, et j’espère de tout mon cœur qu’il fonctionnera. Ça passe ou ça casse comme on dit. Mais je n’ai pas d’autres choix si je veux savoir ce qu’il se passe derrière notre dos. Et il faut que je sache.

Après avoir pris une légère avance grâce à un raccourci via les parois rocheuses, je me laisse glisser jusqu’au chemin. Mes égratignures peuvent passer pour une preuve de chute, mais elles ne sont pas assez profondes. J’attrape une petite pierre pointue et m’écorche les deux genoux. Mes mains sont déjà meurtries par l’escalade, ça devrait suffire. J’entends ses pas. Je balance la pierre de l’autre côté et me laisse tomber à terre. Les larmes… Voilà la première arme que je vais utiliser contre lui. Elles coulent sur ma joue, ruisselantes. Apprendre à les maîtriser a fait partie de mon éducation. Pour manipuler, je dois savoir jouer la comédie à la perfection. C’est la première règle que l’homme qui m’a élevée ma apprise. Tenir son pied, pleurer, jouer la douleur et la peur… Parfait.

Il passe le virage non loin de moi. Je sursaute en le voyant arriver, toujours en pleurs. Tenir le rôle absolument. Il tire sa dague en me voyant, plus surpris qu’autre chose. Je me replie sur moi-même.

- Je vous en prie, ne me tuez pas !

Je l’ai supplié, bien entendue. Allons bon, je suis tout à fait inoffensive, du moins de son point de vue. Je peux lire la méfiance dans son regard, bien sûr. Mais il ne la gardera pas longtemps, selon moi. Il range son couteau cranté et s’approche, doucement, vaguement menaçant. Je lève les mains, essaie de me lever, fais semblant de trébucher. Je gémis de douleur en me tenant de nouveau la cheville. Il s’arrête, à quelques mètres de moi.

- Qui es-tu ?... Une espionne ? Une traitresse ?!

Il crie presque. Il pourrait me faire peur, le bougre ! Mais non, seul mon personnage très impressionnable et très naïf est effrayé. Je déglutis et e le regarde, de toute sa hauteur. Moi assise, il ressemble à un géant des montagnes dont certains contes pour enfants sont peuplés. J’essaie de m’éloigner, mais ma soi-disant blessure m’empêche de trop bouger. Il me fixe, il attend une réponse.

- Je ne suis qu’une cueilleuse de fleurs. Je m’appelle Katia… Je vous en prie, ne me faites pas de mal.

Il semble se radoucir. Il s’approche, regarde un peu ma cheville. Mais il n’a pas l’air de s’y connaître, et tant mieux. Il replace une mèche derrière mon oreille, avec un sourire. Je pourrais vomir… Apparemment, il me trouve à son goût. Moi pas… Et j’aimerais ne pas avoir à le faire passer entre mes cuisses, si possible. En mission, encore, mais un traître ?... Non ! Certainement pas ! Ne pas s’emballer ! Il faut que je tienne.

- Désolé de t’avoir effrayée, petite marchande de fleurs… Mais qu’est-ce qu’une jolie rose vient faire par ici ? Et d’où viens-tu ?

Je lève mes grands yeux vers lui, feignant une innocence presqu’enfantine.

- J’habite dans une maison, près d’un lac, pas loin, j’ai dû m’exiler, je…

Il fronce les sourcils, intrigué. J’ai ferré mon poisson, il est à ma merci, maintenant. Il se penche vers moi.

- Tu es une ancienne Spectre, c’est ça ?


J’ai secoué la tête de manière affirmative. Il me croit ! Moi qui me trouve ridicule, lui à l’air de me croire. J’ai presque envie d’exploser de rire ! Est-il stupide ou suis-je excellente, je n’en sais rien, mais ça marche, et je ne vais pas m’en plaindre. Ses yeux brillent. Parfait, confie-moi tout tes secrets à présent. Il a un sourire qui se veut persuasif et conspirateur. Je n’aime pas ça du tout, mais que puis-je faire sinon lui soutirer tout ce qu’il sait. Il se rapproche de moi, je peux sentir son haleine, un mélange de miel et de menthe assez écœurant.

- Que t’est-il arrivé ?

Je savais qu’il me poserait cette question. Je le savais. J’ai secoué la tête, comme pour évacuer un mauvais souvenir. Puis, les larmes ont redoublé d’intensité.

- Ils ont tué mon père ! Soi-disant pour trahison ! Mais je n’en crois pas un mot ! Il les dérangeait, voilà tout !  J’en suis sûre ! Je ne pouvais pas rester là-bas ! Pas avec les personnes qui l’ont tué sans raison ! Alors je suis partie…

Il m’a prise dans ses bras. Ce n’est qu’un semblant de réconfort, je sens qu’il a une toute autre idée derrière la tête. Et c’est le genre qui ne va pas me plaire, je le sens bien. Il me regarde à nouveau.

- Moi aussi, ma mère a été exécutée par ces… immondices. Rejoins-nous ! Dans trois mois, nous allons infiltrer leur Centre de Commandement, tuer leur chef et mettre à leur tête l‘un des nôtres… Nous allons retrouver la dignité qui nous revient ! Viens avec nous… Et tu auras aussi bien plus que cela.

Il dépose ses lèvres dans mon cou. Ce type me dégoûte. Pour peu qu’une femme se présente devant lui, il remue de la queue de façon presque vulgaire… Et littéralement. Je la sens contre ma cuisse. Je suis écœurée. Mais je joue la fille emballée par sa proposition.

- Je dois aller chercher mes affaires, alors ! Où puis-je venir ? Quand ?

Il réfléchit quelques instants avant de me sourire.

- Je dois m’en aller pendant deux jours, j’ai une mission à accomplir. Mais rejoins-moi ici, dans trois jours et je te présenterai à notre chef.

Quel crétin ! Il est tellement obnubilé par l’idée de me prendre qu’il ne s’aperçoit même pas de mon dégoût. Il m’aide tout de même à me lever et me tiens tout contre lui. Son excitation est manifeste. Il m’embrasse avec une fougue que je ne partage pas. Il me donne envie de vomir. Par chance, je n’ai rien mangé depuis hier soir, sinon ça aurait sans doute déjà été le cas. Je lui souris, malgré l’envie que j’ai de lui cacher au visage, et passe une main sur sa joue.

- Ce serait parfait…


Il ne me lâche pas. Il fronce les sourcils.

- As-tu besoin que je te raccompagne ? Ton pied…

Je pose un doigt sur sa bouche et mon sourire s’élargit.

- Ce n’est rien, juste une torsion, je n’ai presque plus mal. J’ai hâte de te revoir dans trois jours, hâte aussi de pouvoir venger mon père, enfin !

Il a un petit rire et m’embrasse à nouveau… S’il pouvait arrêter ça ! Il me lâche enfin et me fait un clin d’œil… Répugnant.

- Alors à dans trois jours. Attends-moi ici, au zénith. Je viendrais te chercher.

Dernier clin d’œil avant qu’il ne se retourne et parte enfin. Une chance que je sois tomber sur un idiot de première ! Je l'ai échappée belle ! Je soupire, quand je le sais assez loin pour ne pas m’entendre. Il faut que je prévienne la Voix. Il faut que je prévienne ma faction. Les Iscariotes vont agir et nous ne pouvons pas les laisser faire. Jamais ! Je récupère mes plantes, aussi vite que possible, prenant garde à ne croiser personne, et surtout pas lui. Et je me hâte. Ils doivent savoir. Nous devons répliquer. Tous !
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Phèdre
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Message(#) Sujet: Re: Dissensions ♦ Intrigue Interne Sam 15 Juil - 22:50

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« Es-tu certaine qu’il y ait assez de lumière ? » Inconsciente de tout ce qui se passait autour d’elle, la jeune femme n’offrit aucune réponse à son interlocuteur. Cela faisait plusieurs heures que ses doigts s’éprenaient des courbes gracieuses que le pinceau faisait naître. D’une sombre caresse sur la toile, ce qui n’existait pas encore venait au monde, et si la beauté ne s’y attardait pas toujours, la trace, charmeuse et incertaine, demeurait. Dévouée toute entière aux sensations maudites qui étrennaient son corps, elle se sentait le coeur léger, et d’un trait brutal, elle amenait à la vie ce que seule la naïveté de ses iris dissimulait, à l’ombre d’une frange de cils protectrice. L’éphémère modèle se figeait sous son regard, et de ses frêles phalanges, elle bénissait son caprice d’une promesse d’éternité. « Phèdre ? » Les prunelles exaspérées de la demoiselle délaissèrent à contrecoeur le précieux papier qui vacillait sous l’offensive des pigments. Il avait raison. L’obscurité ne tarderait pas à étendre son emprise sépulcrale sur l’atelier. Une considération à ses yeux dénuée de la moindre importance. Rien n’aurait dû la détourner de son ouvrage, et personne ne pouvait s’arroger le droit de l’arracher à la magie inconnue du dessin. D’un sourcil haussé par le mépris, elle toisa l’homme qui se prélassait en toute quiétude sur un divan et qui manifestait une franche indifférence à ce qu’il ne comprenait pas. « Ne suis-je pas celle qui commande ? » La jeune femme reposa ses affaires avant de s’approcher de l’effronté.

Il s’agissait d’une connaissance de Cyrus à l’histoire tourmentée, qui, sans être d’une laideur désagréable, possédait une apparence des plus banales et se morfondait de ne savoir faire éclore le charme nécessaire à sa survie. Si la jeune femme avait tout d’abord éprouvé un élan de compassion à son égard _ peut-être parce qu’elle-même connaissait la honte inavouable du péché d’un père _, leur rencontre avait rapidement mis un terme à cette sympathie prématurée. Arrivée face à lui, une certaine satisfaction effaça la colère de son visage. D’humeur taquine, elle grimpa sur ses genoux. Ses doigts s’accrochèrent à la chemise qui, ouverte depuis bien trop longtemps, dévoilait un torse qui ne lui déplaisait pas plus qu’elle n’en appréciait la vue. « Toutes mes excuses. Je n’aime pas qu’on m’interrompe en plein travail. » L’autre laissa son regard dériver vers ce qui ne lui appartiendrait jamais, guidé par une étincelle d’envie qui n’avait rien d’innocent. « J’avais cru comprendre. Parfois, j’ai l’impression que tu viens à l’atelier depuis toujours. Ta progression est fulgurante. » La maladresse de ces mots plaqua un sourire aux lèvres de la brune. D’une certaine manière, il ne se trompait pas. Seulement, leur fréquentation remontait à quelques jours tout au plus, et si elle préférait de loin le silence à sa compagnie, ses maigres possessions en revanche étaient à son goût. La récente blessure de Daniel lui interdisait de manier le moindre crayon, et de ses toiles, il ne participait aujourd’hui plus qu’à la signature.

La brune n’eut pas à attendre longtemps avant que le désir de son hôte ne se manifeste. Elle ne parlait pas. Elle ne le regardait pas. Et pourtant, elle prévoyait l’instant exact où sa volonté s’effondrerait. De leur premier rendez-vous, il avait gardé le meilleur des souvenirs, tandis qu’elle était repartie, sans un baiser, les bras chargés d’un matériel qui dépassait toutes ses espérances. Jamais elle ne se donnerait à lui. Toute cette histoire n’était qu’un jeu, et sans les étranges rumeurs qu’il laissait parfois tomber dans des moments d’inattention, elle y aurait mis un terme sans hésiter. Malgré l’apathie flagrante qui occupait ses journées, une graine dangereuse avait germé sous son crâne, et son manque manifeste de discernement ne manquait pas de nourrir cette mauvaise herbe. Tout du moins était-ce la sensation qui s’emparait d’elle à mesure qu’elle restait à ses côtés, et les précautions employées par Cyrus à l’encontre du prétendu artiste ne faisaient que confirmer cette impression diffuse. Toute à ses pensées, la jeune femme sursauta. Daniel venait d’enfouir sa tête au creux de son cou, refermant ses bras puissants sur le centre de son dos, comme il l’aurait fait pour empêcher un oiseau de s’envoler. « Reste ce soir, je t’en prie. Je ne veux plus être seul. » Le parfum âcre du vin flotta jusqu’à la demoiselle. Cet homme ne servait plus à rien, sinon à cueillir les jouvencelles admiratives de son travail. C’était pathétique. Sans une once de pitié, elle se dégagea de son étreinte. « Je te rends service ; je ne suis pas à toi. » Il lui avait suffi de quelques secondes pour claquer la porte.

Et puis, les ténèbres avaient pris possession de l’Alcôve, et elle avait changé d’avis. À travers les rues désertes qui ne se paraient que des ombres des amants qui s’attardaient à l’air libre, la jeune femme avait rejoint à pas de loups le domaine du peintre. Stupéfait et visiblement peu enclin à trouver les bras du sommeil, il lui avait ouvert et était resté planté devant la porte, sans rien dire. Phèdre baissa la tête, un sourire malicieux au coin des lèvres. « J’aurais aimé dormir, mais je ne pouvais pas. J’ai eu une idée. Folle, idiote, impossible à révéler. Mais je ne peux pas me taire plus longtemps. » Sans prendre le temps de lui expliquer, elle entra dans l’atelier. Toute politesse aurait été futile. Vêtue d’une tenue plus légère qu’à l’accoutumée, elle n’attendit pas qu’il vienne vers elle et se servit un verre sans prêter attention au breuvage qui s’apprêtait à rejoindre le fond de son gosier. « J’ai besoin de courage. » Daniel ne comprenait pas. La fatigue plongeait ses méninges dans une brume de conscience. S’était-il perdu au royaume des rêves ? La jeune femme passa soudain ses bras autour de la nuque du malheureux. Que faisait-elle là, après l’avoir rejeté aussi brutalement ? Le visage de la belle s’élevait vers le sien, dévasté par une inquiétude teintée d’effroi. « La peur m’accable. Ce n’est pas la peinture qui me pousse à ta porte. J’ai la sensation de perdre la tête quand je suis avec toi. Est-ce que… Tu peux comprendre ça ? » L’homme voulut ouvrir la bouche et ne trouva rien à dire. Il ne voulait plus la voir ainsi. Sa détresse le faisait souffrir, lui aussi. Il fallait qu’elle cesse.

Daniel ne pouvait supporter ce regard empli de larmes où aurait dû éclater la lueur du Soleil. Le contrôle qui, jusque-là, lui interdisait de s’approcher de ses semblables, vola en éclats. Elle lui plaisait ; elle lui avait toujours plu. D’un geste qui se voulait tendre, ses mains enserrèrent sa taille, et, soulagée de la savoir enfin à lui, il déposa sa bouche sur la sienne. Le frisson qu’il sentit traverser le corps de la belle lui tordit l’estomac. Et pourtant, une fois l’étincelle évanouie, il la sentit froide entre ses bras. « Qu’est-ce qui ne va pas ? » La jeune femme secoua la tête, essuyant une larme vagabonde du revers de la main. La voix brisée par l’émotion, elle lui répondit entre deux sanglots. « C’est ridicule. Tu ne vois en moi qu’une poupée de plus, un nouveau trophée que tu t’empresses d’ajouter à ta collection et sur lequel tu ne baisseras plus jamais les yeux. » Que pouvait-il dire pour consoler cette douce créature en souffrance sans lui faire l’offense d’un mensonge, ou tout du moins, de l’incertitude ? Bouleversé, il la serra longuement contre lui et la porta jusqu’au divan où, seul, il s’ennuyait matin et soir. Que pouvait-il promettre à cet ange tombé du ciel qui succombait à un homme en vérité bien malhonnête ? Jamais il ne pourrait entraîner là où lui-même avait creusé sa tombe. Quelque chose de douloureux se forma au creux de sa gorge. Où était l’issue de ce cauchemar, et pourquoi avait-il fallu qu’elle apparaisse ?

Leurs corps à demi entremêlés, Phèdre leva ses yeux meurtris par l’espérance vers lui. Un voile d’imaginaire en soulignait la teinte délavée, comme si elle était déjà perdue, loin de lui. C’était douloureux. « Je rêverais de me réveiller un matin et de coucher en lignes éparses toutes ces visions que je n’ai pas encore eu le privilège de contempler. Peut-être pourrions-nous prendre le peu que nous possédons et oublier tout ce que nous connaissons pour partir à la rencontre du monde. » À ces mots, le coeur de Daniel rata un battement. Que pouvait-il refuser à cette femme qui liait leurs phalanges avec toute la fièvre d’un premier amour ? « Ensemble. » L’homme se releva, rongé par une culpabilité qui ne s’apaiserait pas. « Je ne peux pas. Pas maintenant. Les miens ont besoin de moi. » Devant son air interrogateur, sa volonté manqua faillir. Il fallait qu’il la rejette. « Tu sais la trahison de mon père, et celles des parents de mes semblables. Il est temps que cela s’arrête, et je ne peux te mêler à ces horreurs. Dans trois mois, le Phantasme succombera aux lames des fils de ceux auxquels il a apposé le sceau maudit des Iscariotes. Ce sera une nouvelle ère. La fin de la misère imposée à nos familles. Nous n’aurons plus à subir le fardeau de nos origines. » En une seconde, l’expression éplorée de son visage se métamorphosa pour former un masque indéchiffrable. Sa voix s’éleva, gorgée de mépris et _ il voulait y croire _ d’une pointe de déception. « Je ne veux rien entendre de plus. Tu n’es qu’un imbécile, Daniel. » Elle l’avait toujours su. Sans un regard pour lui, sans une pause pour écouter ses supplications, elle tourna les talons. Une fois à l’extérieur, un large sourire fleurit sur ses lèvres. Il suffisait d'informer les bonnes personnes de ce charmant aveu, et bientôt, il perdrait bien plus que ce coeur qu'il offrait à la première venue. En cette nuit riche de découvertes et d'étoiles parsemées sur le linceul nocturne, Phèdre prenait sa première revanche sur les hommes.

1 638 mots:
 



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Gamaliel Sodélé
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Message(#) Sujet: Re: Dissensions ♦ Intrigue Interne Sam 15 Juil - 23:59

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- GAMALIEL ! GA-MA-LIEL SO-DE-LE

Des coups martelaient la porte du petit studio du pré-nommé Gamaliel, des coups entremêlaient d'intonations fortes et familières aux oreilles du propriétaire des lieux. Gamaliel ouvrit avec difficulté les yeux et fit face au plafond de sa chambre. Sa couverture en laine noire remonté jusqu'au dos lui tenait chaud et l'oreiller sur lequel était sa tête était si confortable qu'il était très tenté de refermer ses globes oculaires. Les coups recommencèrent avec forces et la voix se fit plus puissantes encore. Gamaliel se leva avec une lenteur extrême égale aux plus vieilles personnes âgées de l'Alcôve et ouvrit les volets qui donnaient sur la ruelle, heureusement que la luminosité n'était pas forte, sinon ses yeux auraient quelque peu souffert. En bas, à sa porte d'entrée, il vit une personne, en fronçant les sourcils, il s'aperçut qu'il s'agissait de sa mère.

- Maman ? Mais pourquoi tu cris comme ça ? Ça ne devrait pas être légal ce genre de choses …

- Descend donc ouvrir à ta vieille mère au lieu de pleurer et je te signale qu'il est dix heures du matin !

- C'est bon j'arrive, le temps de me mettre un truc décent et je suis là.

Gamaliel retourna dans sa chambre et fouilla parmi ses affaires éparpillées sur le sol, s'il avait un pantalon et une chemise ou un tee-shirt. Finalement, il ouvrit à sa mère, vêtu d'un vieux survêtement et d'un tee-shirt sale. Bizarrement sa mère ne fit pas attention à sa tenue et rentra comme un ouragan dans la maison tout en fermant elle-même la porte.

- Maman ? Tu peux me …

- Tient.

Sa mère lui tendit un objet rectangulaire. Après une seconde analyse plus pertinente, il s'agissait d'une lettre.

- C'est quoi ?

- Ben lis … à voix basse, on ne sait jamais.

Gamaliel leva les yeux en l'air mais exécuta l'ordre, néanmoins il fut surpris par le destinataire de la lettre : La Voix. La Voix en personne avait …

- Mais pourquoi tu me donnes cette lettre ? Je ne pense pas qu'elle me soit adressée. Non ?

- Rhooo, je veux bien que tu ne sois pas réveillé, mais fait un effort. Tourne la.

Chose que fit Gamaliel et ce dernier vit que l'objet lui était destiné. Ouvrant la lettre, il lut dans sa tête ce qui y été écrit :

Gamaliel Sodélé.

Votre aide est nécessaire et obligatoire pour participer à une opération secrete au sein de nos propres rangs. De notre Alcôve. Un groupe d'extrémistes, composé de fils et filles d'Iscariote, se regroupe souvent entre eux depuis deux semaines et ils lèvent de plus en plus de membres. Vous devez découvrir leurs plans. Plusieurs personnes ont étaient mobilisés, mais pour éviter les fuites. Je ne vous transmets aucun noms. Évitait que cette lettre soit lue par une autre personne que vous et détruisez-là tout de suite après lecture. Si vous découvrez quoi que soit. Venez au Centre de Commandement. Un garde avec une lance vous prendra les informations pour me les transmettre.


Gamaliel se réveilla soudainement, c'était comme si cette lettre l'avait réveillé avec le même effet que le plus puissant des réveils. Sa mère le dévorait des yeux, mais la bienséance lui avait obligé à ne pas lire la lettre pendant que son fils le faisait. Gamaliel déchira en plusieurs morceaux la lettre sous le regard de consternation difficilement dissimulé de sa mère et partit dans la cuisine, suivit de près par sa mère. Le fourneau avait en son sein encore quelques légères braises rougeoyantes et Gamaliel y jeta les bouts de papiers.

- Je ne peux pas dire ce qui y été écrit, désolé. Je peux seulement te dire que c'est important. Très important.

- Je sais ... je sais mon fils. C'est juste que … Ton père et moi voulions savoir dans quoi tu t'embarques. Ce genre de missive n'est pas anodine. Je me rappelle en avoir reçu, du temps quand j'étais dans les forces d'intervention avec ton père. Ça remonte à si loin maintenant.

Gamaliel s'approcha de sa mère et l'a pris par les épaules.

- Ne t'en fais pas maman. Par contre, j'ai une question : Comment tu as eu cette lettre ?

Sa mère pris un air légèrement coupable. Le même air que prennent les enfants quand ils se font gronder par leurs parents. Le même air que Gamaliel avait arboré un bon nombre de fois étant jeune.

- Eh bien … Disons que j'ai gardé quelques aptitudes … du temps ou j'étais dans les rangs et que …

- Maman ?

- Bon d'accord. Le messager était nouveau et ne savait pas où tu habitais, quand il est venu à la boutique pour nous demander où tu étais, je lui ai dit au départ qu'il pouvait me la remettre pour que je te la donne, mais en bon serviteur de la Voix, il n'a pas démentis. Donc oui j'ai quelque peu fait parler l'expérience.

Gamaliel soupira. Il ne connaissait rien de la vie de sa mère, ou même de son père, sauf qu'ils étaient d'anciennes Essences. Le simulacre demanda à sa mère de partir. Cette dernière comprenant qu'elle n'aurait pas le choix, accéda à la demande de son fils. Le jeune repartit dans sa chambre et s'affala sur son lit, mais pas pour y dormir, pour y réfléchir. Les enfants d'Iscariote. Les fils et filles des traites à la faction sous la montagne. Gamaliel les avaient toujours considérés comme des personnes à la fois chanceuses et malchanceuses. Comme étant chanceuses, car Spectre les autorisés à rester au sein de l'Alcôve, seulement, ils vivaient avec le regard des autres. La fraternité à beau être un concept très important pour la faction cachée, tu ne peux pas empêcher ton voisin de te juger sur ton père ou ta mère ayant subi le Supplice des Trente Deniers. Le simulacre avait déjà assisté deux fois à cet événement. La première fois qu'il avait été présent face à cette procession, il était assez jeune et il en était ressortit assez traumatisé de cette expérience, ces parents avaient sous-estimés sa faculté de compréhension. Pourquoi tout ce cirque seulement pour tuer une personne ? Pour un supplice aussi ignoble ? Et devant autant de monde ?. Il lui fallut plusieurs années pour comprendre que c'était pour marquer les esprits et réduire les risques de nouvelles trahisons. Cependant, Gamaliel trouvait le système légèrement obsolète. Certes on pouvait passer une année, voir deux sans déloyauté, mais l'Alcôve avait eu en son sein, une quarantaine d'Iscariote, voir un peu plus. Mais en n'y regardant de plus près, sur une quarantaine traîtres, supposons qu'un sur deux Iscariote avait au moins un enfant, cela fait vingt fils et filles ayant assisté à la scène de la mort d'un de leur parent, vingt enfants ne pouvant pas apporter une sépulture décente à leur parent. Il n'était pas étonnant que des idées de justice naissent au sien de ces mêmes enfants et puis ces derniers peuvent très bien ramener des gens à leur cause. Et si on prend en compte le fait que chaque Spectre sait à peu près se battre, un coup d'état bien fomenté est bien envisageable.

Gamaliel dut s'endormir, car il se réveilla dans l'après-midi, la même lettre dans la même main, cependant un changement était apparu. La faim. Son ventre lui rappela sa condition d'être humain, or il n'avait pas fait le ravitaillement depuis un moment et l'état de sa cuisine le faisait déprimer. Il décida donc de rejoindre ses parents, pour voir s'il n'avait pas quelques choses à grignoter. Sur le chemin, un souvenir lui vint en tête, dans le passé, il avait fait la connaissance d'un fils dont la mère avait fait l'objet d'une exécution publique, c'est plus tard qu'il avait compris la réelle signification du terme exécution publique. Jacob était son prénom, le nom de famille, il ne l'avait jamais retenu, surement par rapport au fait que personne ne peut clamer haut et fort “ je suis le fils d'un traître. Tu veux devenir mon ami ? “. S'il devait commencer quelque part. Autant que ça soit par là. Mais où était-il maintenant ? Cela il ne le savait pas. Il frappa à la porte de ses parents et il fût accueilli par son père.

- Tient ? Comment ça va Gama ?

- Ma foi bien et toi ?

- Ça va, ta mère est passée chez toi ce matin. Elle est à la boutique, mais rentre.

La maison était presque conforme à la sienne. Ces parents étaient gens qui ne vivaient pas dans l'opulence, ni dans la démesure. La cuisine était bien rangée, à l'exception d'un reste de repas sur la table. Son père suivi son regard et soupira un laconique :

- Sers-toi l'affamé.

Alors qu'il se mit à table, il engagea la conversation sur le sujet qui l'intéressé

- Dis-moi papa, tu te souviens de Jacob ? C'était un gars avec qui je traînais, il y a de cela plusieurs années. Petit, avec des cheveux blonds. Je me rappelle plus de son nom de famille ...

- Jacob … Jacob … Petit et blond … Oui je m'en rappelle, je connaissais sa mère avant qu'elle … Enfin, avant qu'elle ne tente de vendre l'entrée de l'Alcôve à ceux de l'extérieur. Sale affaire. Pourquoi cette question ?

.- Oh comme ça, avec des amis nous nous rappelions des souvenirs du bon vieux de temps et je souhaitais savoir ce qu'il était devenu.

Le père de Gamaliel se gratta le menton et fronça les sourcils

- Hum laisse-moi réfléchir … Je n'ai pas vraiment suivi le parcours du petit, mais il me semble que c'est son oncle qui l'a récupéré.

- Et son père ?

- Il est mort alors qu'il était mission d'espionnage chez les Fils. Il est mort empoisonné par une plante de la forêt. Les secours de l'Ohibaan avaient mis trop de temps pour le soigner. Devenu orphelin, Issachar Esdras son oncle, qui est un homme humble le prit sous sa protection. Tu le trouveras peut-être là-bas si tu tiens vraiment à le rechercher.

Gamaliel releva la tête, la bouche pleine de sauce.

- Hein ? Tu disais ?

Le père Sodélé poussa un soupire proche de l'exaspération et répéta tout ce qu'il avait dit plus tôt. Gamaliel sortit le ventre plein et avec des renseignements. Il partit dans la direction indiquée par son père. Après plusieurs bifurcations et s'être perdu une ou deux fois, il se retrouva devant la porte de la maison de son oncle. Frappant trois sur la porte, il recula d'un pas. La porte s'ouvrit et il fut accueilli par un colosse d'au moins deux mètres de haut avec des épaules carrées et une tignasse blonde sur la tête

- Bonjour. Si c'est pour voir Issachar Esdras, sachez qu'il n'est pas présent. Revenez dans quelques heures et peut-être qui sera présent.

La voix était digne d'un automate. Morne et sans émotion. Comme s'il récitait un texte appris par coeur. Un texte qui semblait avoir répété et répété à un bon nombre de personnes avant lui.

- Oh tu dois être Jacod ! C'est moi Gamaliel ! Gamaliel Sodélé ! On se voyait de temps à autre quand on était adolescent. Tu te souviens de moi ?

Il tendit sa main et après un bref instant ou le simulacre se sentit gêné et pensait qu'il n'aurait jamais de réponse positive, Jacob eut un petit sourire et serra la main de Gamaliel.

- Oui je m'en rappelle maintenant.

- Tu vis avec ton oncle ?

- Ouais je ne me sens pas trop … enfin c'est compliqué, mais dis moi : tu veux voir mon oncle toi aussi ? En ce moment beaucoup de monde veulent le voir et il passe beaucoup de temps en dehors de la maison.

- Tu ne reçois pas beaucoup de visites ?

- Il y a deux semaines ça n'arrêtait pas mais … Enfin maintenant c'est pour lui que les gens viennent.

- Deux semaines dis-tu …

Deux semaines, cela disait quelque chose à Gamaliel. Deux semaines … Allez abrutit réfléchit … ah mais oui ! Dans la missive il  était écrit que cela faisait deux semaines que les rassemblements des enfants des traîtres avaient commencé … Oh et puis mince. Autant tenter le tout pour le tout.

- Ah toi aussi ils sont venus te voir ?

Gamaliel croisa les doigts de pieds et espérait que cela passe.

- C'est bizarre qu'ils viennent te voir. Tu n'as perdu pas aucun de tes parents que je sache ?

Et mince.

- Mais ton oncle aussi je crois ?

- Mouais. Sinon tu n'as pas répondu: tu veux voir mon oncle c'est ça ? Tu veux aller à la réunion ?

- C'est cela, tu ne viens pas ?

- Je ne suis pas intéressé. Ma mère a trahi Spectre et à faillit précipiter sa chute. Si elle avait commis une faute mineure, j'aurai trouvé le supplice des Trentes Deniers injuste. Mais donner la position de l'entrée de l'Alcôve ? Ça aurait pu causer la fin de Spectre.

- Et jamais t'es allés aux réunions ?

- Non, je ne sais même pas où elles se font, le nom de la place forte revient souvent, mais je ne voudrais pas donner de fausses indications.

Gamaliel se gratta le menton d'un air faussement innocent.

- Et personne ne t'as mis dans la confidence ?

- Bien sûr que non. Mon oncle persiste à me dire que je devrais. Pour lui sa soeur, enfin ma mère, aurait voulu que je rejoigne les autres. Sinon que racontes-tu depuis le temps ?

Et Gamaliel continua la suite de la conversation sur un ton plus joyeux. Enfin quelque chose sur lequel il pouvait se laisser aller. Au bout d'une heure, il était revenu chez lui et réfléchissait à la suite des événements. Il pensait au début aller voir les autorités et leur dire à propos de la réunion, mais après plusieurs réflexions il revint sur sa décision. Il avait besoin de plus d'informations et puis la réunion n'était pas sûre. Il se préparait donc à aller à la réunion, prit des vêtements sombres et son stylet de manche … juste au cas ou. Il choisit de s'y rendre à minuit. Gamaliel pensait que c'était une bonne heure pour une réunion entre membres d'un groupuscule. Il était vingt-trois heures quand on tambourina à sa porte. Surprit, Gamaliel descendit ouvrir et ne vit personne dans la ruelle. Pas un bruit. Rien. En baissant la tête, il vit un bout de papier et il était presque sûr qu'il n'y était pas quand il était arrivé. La personne qui avait toqué devrait celle qui avait déposé le papier et Gamaliel le comprit très bien, ça devait avoir un rapport avec les fils et filles d'Iscariotes. Jacob avait dû parler à quelqu'un. Á son oncle peut-être ? Et si Jacob lui avait menti ? Qu'il faisait partit du mouvement ? Le simulacre ferma la porte et lut ce qui lui était destiné.

Va chez les Issachar à minuit. On te fera rentrer.

Esdras Issachar

Intéressant.

Une occasion comme celle-là ne se présentait pas deux fois. Gamaliel prit ses affaires et son stylet de manche. Toujours ce fameux “ au cas ou “. Il partit de chez lui à minuit moins dix pour être à l'avance. Il arriva devant la porte de l'oncle et du neveu Issachar, étrangement, la porte était ouverte et des voix se faisait entendre au loin dans la maison. Gamaliel toqua à la porte. Aucune réponses lui vint et les voix continuèrent. Le jeune homme avança doucement, le bras gauche légèrement en retrait pour frapper avec son stylet en cas d'attaque. La maison de Esdras avait l'air au premier abord comme la sienne, mais le couloir principal était plus long et s'enfonçait dans la roche de la montagne. Les voix s'étaient faites de plus en plus violentes. Du moins, en se rapprochant, ce n'était pas des voix mais une voix qui se faisait plus forte et Gamaliel discerna que la personne à qui appartenait la voix forte devait être certainement alcoolisée. Il arriva à une porte fermé et il entendit une autre voix plus faible. D'autres sons se fit entendre. Comme des coups de poings.

- A … Arrête. Je t’en pris …

Jacob ! La voix faible était celle de Jacob. Mais à qui appartenait la deuxième ? Gamaliel eut une idée. Il chercha dans la maison un tissu ou un vêtement pour se couvrir le visage et ne laissait apparaître que ses yeux. S'il devait intervenir, il ne devait pas être reconnu. Il revint devant la porte et s'apprêtait à entrer, mais le tortionnaire de Jacob lâchât des paroles intéressantes.

- Espèce de pauvre fou ! Ta mère était pour moi ! Je l'ai protégé et je l'ai élevé quand nos parents n'étaient pas là. C'est moi qui t'es récupérées alors que ton idiot père était en vadrouille et s'amuser dehors ! Jamais il n'a montré la moindre trace tristesse. Et toi … qui refuse de participer à la chute du Phantasme … Notre plan est parfait … Dans trois mois les choses changeront ! Spectre n'appartiendra plus à des fous, mais au vrai fils et filles de Spectre ! Une autre personne le remplacera dans l'ombre !

Un silence fit place .. suivit par un bruit de bouteille qui se faisait ramasser au sol et d'une personne en buvant le contenu.

- Et dire que tu as failli nous griller avec l'autre … Lui donner le lieu de rendez-vous.

- Mais il avait l'air d'en savoir beaucoup et de faire partie du mouvement …

- Pauvre idiot ! Une gifle se fit entendre. Ses parents étaient de grands noms du corps d’intervention. Tu peux pas faire plus patriotiques qu’eux ! Alors tu penses vraiment que leur rejeton aurait des idéaux contraires aux leurs ! Mais tout vas bien se passer maintenant, lui et toi ne seraient plus une gêne …

- Non mon oncle ! Je …

C’est à ce moment la que Gamaliel profita pour foncer sur la porte et l’ouvrir avec une charge de l’épaule. La scène fût enfin disponible pour le simulacre. Jacob était par terre et les éraflures, ainsi que les nombreux hématomes sur son corps suffisait à Gamaliel pour savoir ce qui s’était passé. Après son départ dans l’après-midi, Esdras avait dû revenir et Jacob lui avait raconté la visite de Gamaliel. L’oncle s’était énervé contre son neveu et s’était mis à frapper son neveu. Puis il était allé jusqu'à chez Gamaliel pour y déposer le papier du rendez-vous pour le piéger. Il fut couper dans sa réflection par Esdras qui se rua sur lui avec un poignard. Gamaliel voulu esquiver mais se prit les pieds dans des objets et tomba par terre. son épaule droite se fit transpercer par objet et le simulacre lâcha un grognement mal dissimulé. Son agresseur se retourna et tenta de le planter. Gamaliel réussit à parer le coup avec son stylet, encore heureux que l’oncle de Jacob avait but, sinon il aurait eu du mal. Et encore heureux qu’il était gaucher, car avec la blessure à son épaule droite, il n’aurait pas eu la force nécessaire. Que son adversaire soit alcoolisé ou non. Le jeune homme arriva à arracher le poignard mais sur l'effort exercé sur son stylet était trop forte et se derniers se brisa. Les deux combattants se mirent debout et en vinrent à un style de combat que Gamaliel préféré : Le combat à mains nus. Prenant appuie sur son pied gauche, il bondit en avance pour un coup de poing dont l’objectif était les côtes de Esdras. Ce dernier réussit et profita du faite que Gamaliel se soit jeté en avant et laisse une ouverture pour lui donner un coup de genoux dans le ventre. Il eut le souffle coupé et tomba à genoux. Fort heureusement, il le retrouva bien vite. Et effectua un coup de pied circulaire à ras le sol pour déstabiliser Esdras. Étant une homme plutôt grand, la chute était brutal et le fait qu’il est de l'alcool dans le sang, ne lui permit pas de se rattraper. Il tomba la tête la première et se releva tant bien que mal avec le nez ensanglanté et son poignard qu’il récupéra au sol. Gamaliel prit la chose la plus proche de lui et le frappa au visage. L’arme de Gamaliel était la bouteille que buvait tantôt Esdras. La bouteille se brisa et l’oncle de Jacob tomba par terre sur le coup.

Un silence lourd fit place. Jacob qui avait assisté à la scène, n’avait pas put intervenir. Et Gamaliel encore debout, avec le reste de la bouteille dans la main. Il tata son visage pour s’assurer si le tissu qu’il s’était servit pour cacher son visage était encore en place et ce fût le cas. Jacob tenta bien que mal de se lever et Gamaliel l’aida en le soutenant.

- Qui … Qui es-tu ?

Tout en exagérant sa voix, il répondit

- Personne. Je vais te donner des ordres précis. Ecoute bien : Ton oncle n’est pas mort, mais avec un peu de chance, entre l'alcool et le coup à la tête, il ne se souviendra de rien. Soigne toi et soigne-le. Il faut qu’il se doute de rien. Mais le ensuite dans son lit et s’il te pos la question, dis lui qu’il était bourré, ce qui n’est pas forcément faux et dis lui qu’il s’est cogné la tête sur le sol, ce qui n’est pas forcément faux non plus.

Un silence se fit

- Et si je peux te donner un conseil : Déménage.

- D’accord. Je pense que tu as raison.

Gamaliel sortit de la maison et rentra vite chez lui. En arrivant à son domicile. Il se mit un bandage, la fatigue ne lui permit pas de faire bien le soin, mais après plusieurs essaie. Il réussit à se soigner. Puis il partit dans sa chambre et tomba d’épuisement sur son lit. Le sommeil vint rapidement. Le réveil fût difficilement mais Gamaliel arriva à sortir de son lit. Il se dirigea vers bureau et rédigea une lettre.

Mon seigneur La Voix.

J’ai réussi la mission que vous m’aviez donné. Les enfants des traites compte attaquer dans trois mois le Phantasme, au centre de commandement. Ils comptent aussi mettre une personne de leur camp à la tête de Spectre. Je n’ai pas put voir le chef, ni même savoir son nom, prénom.
Gamaliel Sodélé.


Gamaliel s’habilla avec des vêtements propres et sortit de chez lui. Il se dirigea vers le Centre de commandement et donna la lettre au garde à la lance. Sur le chemin du retours. Il vit Jacob et son oncle dans le Hall des Artisans. Esdras semblait perdu et étourdit. Sur le coup, Gamaliel crut ressentir une douleur à son épaule. Comme si sa blessure s’était réveillé. Le simulacre espérait très vivement que Spectre allait réagir rapidement aux sujets des Iscariotes.



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J'ai eu 11.2 à mon bac héhé.
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