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 Le Masque de la Noblesse ♦ ft. Eden

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Adam
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Message(#) Sujet: Le Masque de la Noblesse ♦ ft. Eden Mer 24 Mai - 1:46

« Tu devrais venir. » Elle s’était exprimée avec légèreté, lorgnant son cadet de ses mires smaragdines, en repoussant d’une phalange quelques uns de ses filins mordorés. Elle le tenait depuis plusieurs minutes déjà, ressassant mille et unes raisons qui le pousseraient à céder à ses injonctions. Coupable de ne plus supporter ses suppliques, le noble désavoué exhala un long soupir avant d’acquiescer fébrilement au caprice de son aînée. Depuis le point final de sa vie d’élite, il n’avait pas retrouvé l’ambiance guindée et hors du monde de la noblesse. Un pincement au cœur vint agiter sa lente réflexion, lorsqu’Esther s’empara de son bras en y pressant ses fines mains. « Soigne ta tenue dans ce cas. Toutes les familles seront présentes. Je ne t’oblige même pas à porter de masque. » Une esquisse, éphémère, de sourire se traça à la commissure de ses lippes, avant que sa tessiture grave ne se répercute dans la mansarde. « Heureusement. » Puis elle disparue en fermant la porte derrière elle. Adam s’affala sur les draps de son lit, contemplant la courbe irrégulière du plafond, avant de rassembler l’entièreté de sa volonté, pour se préparer aux festivités.


Une douce litanie s’élevait dans les airs, tandis qu’il approchait de la réception. Une clameur familière, aux accents lyriques, qui venait caresser sa nostalgie d’un passé déchu. Pour la première fois de son existence, il baignait dans une irritante incertitude, partagé entre son appétence de retrouver un monde qu’il choyait et sa crainte de découvrir le faciès de son irascible géniteur. Finalement, après une lente inspiration, il tourna la poignée de son purgatoire et s’y engouffra. S’il n’avait pas revêtu l’atour favori de la noblesse, nombreux étaient ses semblables à avoir dérogé à la règle, en s’affichant visage découvert. Son regard virevolta sur les convives, cherchant la figure du patriarche, sans jamais la trouver. Il ne semblait pas à la fête. Un frisson parcourut son échine. Un soulagement. Libéré du poids de son appréhension, Adam salua quelques connaissances, avant de s’emparer d’un hanap bien mérité. D’un trait, il vida le verre de son spiritueux, goûtant sa morsure brûlante au sein de sa gorge et la douce chaleur de son enivrement. Quelques hères frivoles s’adonnèrent à une danse suave, se collant les uns aux autres, en suivant les langoureuses notes que la virtuose, assise au coin de la pièce, développait sous ses habiles phalanges. Invité à se joindre à cet attroupement sulfureux, l’éphèbe se laissa porter par la muse qui l’attirait à elle, ses traits dissimulés par un loup stylisé, qui ne dévoilait que ses lèvres pulpeuses et ses prunelles opalescentes. Ainsi s’écoulèrent les secondes et les minutes, au rythme d’un entrelacs d’altos et de pianos. Puis, avec douceur, la sérénade se modifia en une musique plus légère, plus prompte à l’ambiance et aux échanges, qu’aux danses endiablées. Quittant sa partenaire, Adam s’empara d’un second récipient, garnissant son alcoolémie en devenir.

De telles réceptions avaient toujours leur face cachée. Si les nobles jouaient le jeu du paraître devant leurs semblables, ils vénéraient la duperie et les discours fallacieux, pour mettre en exergue leurs talents d’orateurs. De longues années durant, Adam s’était prêté à ce divertissement, aux échanges verbeux et grandiloquents, aux joutes et aux mensonges éhontés pour faire frémir ses opposants. De douces réminiscences qui, aujourd’hui, l’ennuyaient. Bien loin de ce climat où la fourberie partage le lit de la tromperie, ses quelques excursions dans le vrai monde l’avaient dégoûté de celui qui fut sien. Esther n’était pas apparue devant lui depuis son arrivée, aussi se retira-t-il quelques minutes en fuyant la plèbe aux flamboyants apparats, pour rejoindre le calme de l’alcôve. Quelques rares hères erraient au dehors, respirant ou inspirant de grandes bouffées de tabac, avant retourner à la soirée. Certains réfractèrent avaient finalement ôté leurs masques, abandonnant leur seconde peau ou leur seule lueur de charisme, selon les quidams. L’adonis prit place sur un banc, tenant entre ses phalanges son verre, qu’il faisait tourner en observant son contenu. Il abhorrait cette foule, ces dignitaires insolents, cette cocasse mascarade, tout autant qu’il l’adulait. Ce paradoxe le caractérisait étrangement bien. Car oui, malgré toute son amertume à l’égard de ce monde dont il était l’exilé, il le chérissait avec une ferveur fanatique. Abaissant les barrières de sa retenue, il vida l’alcool de son contenant. Qu’importe le chemin et les vicissitudes de l’existence, la nature possède ses droits, que les changements ne savent gommer.

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