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 [Sigfrëli] Incontrôlable

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Doyle Lunar
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Message(#) Sujet: [Sigfrëli] Incontrôlable Jeu 25 Mai - 1:59

Spoiler:
 

« Je pense que nous devrions passer par ici ». Lucie décrivait de l'index le lacet d'une gorge austère, cent mètres en contrebas. La morne grisaille des pierres nues se perdait dans l'ombre d'un creuset profond dont on ne distinguait guère l'issue, mais d'où d'imposante levée de pierres, plus loin, transparaissait au travers du plateau. « Ici, puis là. En dépassant ces arêtes, on devrait atteindre ces pics aigus là-bas. Et je te parie mon exo-armure qu'on y trouvera tous les cristaux du monde, plutôt que de tourner en rond un jour encore. »

Un regard fort appuyé vînt appuyer la pique, qui n'était destinée à nul autre que Doyle. Dédaignant à peine hausser des sourcils désinvoltes à la remarque, ce dernier jugeait avec sévérité le paysage blessé qui s'étendait sous le promontoire sur lesquels ils s'étaient hissés à la force de leurs batteries, et de leurs muscles. « Eh bien quoi, trop impressionné pour répliquer, Doyle ?, le tança t-elle encore.
— Drôlement impressionné, oui. Perdre ton joujou personnel si vite après avoir tant trépigné pour l'avoir. Sidérant ». Il pointa son propre doigt à coté du sien, leurs petits bouts maigres dépassant à travers ses vieilles mitaines de cuir. « Là, tu vois, princesse, ce que tu viens de remarquer, n'importe quel récolteur un peu malin l'aura vu depuis au moins cinquante ans. Si tu te rappelles de ce que nous a dit le vieil homme de l'autre jour, il faut suivre la mousse pour trouver les cristaux. Et je suis désolé de te l'annoncer princesse, mais ceux-là en semblent aussi dénudés que tu le seras bientôt de l'exo' si tu le mets en jeu à tout va. »

L'insolent sourire forcé que reçu l'afro' l'informa que la partie n'était pas encore gagnée. Certes, Lucie et lui avaient de bons yeux, et tout deux pouvaient très nettement voir que la végétation ne foisonnait pas dans les environs, et moins encore sur les pics lointains qui étaient l'objet de leur discussion. Mais Doyle savait que la jeune femme n'était pas du genre à lâcher prise aussi facilement, et la riposte ne tarda effectivement pas à tomber, cinglante : « Oh, parce que tu es botaniste maintenant ? Écoute, si je devais écouter tous les vieux miséreux qui croisent notre route, ça fait longtemps que je me serais lancée dans la mystérieuse chasse au trésor du Brigand au Cristal Magique qui Brille. Tu fais ton malin, mais on a crapahuté jusqu'ici pour trouver un point d'intérêt, et moi tout ce que je vois à des kilomètres à la ronde, c'est des cailloux plus grands que les autres. Alors on va par là.
— Non, on continue notre route comme prévu. On trouvera quelque chose de plus intéressant si on persévère à l'Est.
— Mais on est déjà à deux jours de marche à l'Est de Tadryon !,
s'exclama t-elle avec dépit. Trois jours de marche l'aller, ça fait...
... trois jours de marche pour rentrer, je sais. Parce qu'en plus d'être botaniste, je sais compter, miss.
— Mais allons voir d'abord les pics ! Tu dis qu'il n'y a rien, eh bien soit, allons le vérifier, ce n'est pas comme si c'était à un jour de marche, tu vois, le genre d'idée saugrenue que les ermites ont, parce que ce sont des ermites, tu vois, pas des gens normaux ; des gens qui comptent leurs rations et leur eau, leurs batteries, leurs muni-... »


Le flot de mauvaise volonté de Lucie venait de s'interrompre sur un signal entrant réceptionné par leurs IAs respectives. Faisant silence, les deux Tadryens activèrent micro et hauts parleurs en tentant de capter la fréquence. La conscrite, plus à l'aise avec son bardas électronique, fut la première à déployer le signal :
« ... toute unité secteur B3. Demande d'intervention immédiate sur personnel disparu, enlevé ou en fuite. Ingénieur militaro-industriel Tenness Ooto, taille moyenne, cheveux châtains, porteur d'exo armure. Dernier signalement par les Récupérateurs, trajectoire Est-Nord-Est. »

Lucie et Doyle échangèrent un regard circonspect, tandis que le message se répétait sans mentionner les raisons de l'avis de recherche. Les informations étaient maigres, trop maigres pour leur permettre d'apprécier sereinement la situation. Grattant pensivement sa joue, l'homme prit le premier la parole dans le micro pour confirmer formellement qu'ils se mettaient en route, mais restaient en attente de consignes ultérieures. La transmission faite, il se tourna vers sa comparse : « Ce sera donc l'Est. Dommage, non ?
— Dommage... M'ouais, ça va, inutile de contenir ta joie. On reprend la route, et te voilà soudainement le plus heureux des hommes. »

La réplique lui arracha un sourire, qui vînt confirmer l'hypothèse. L'enthousiasme s'évanouit toutefois aussitôt lorsque la solennité coutumière du vadrouilleur reprit le dessus : « Ce n'est pas vraiment le bon endroit pour pister efficacement, mais on a un avantage : les exo-armures laissent des traces évidentes. Le couloir qui mène à l'Est est très clair également. Mais il va falloir être prudent, ce type n'est peut-être pas tout seul, et nous ne sommes que deux. Tu as ton Lamia ?
— Tu parles que j'ai mon Lamia,
répondit-elle en posant sa main sur son ceinturon. Contente-toi de tenter de m'impressionner en remettant tes lunettes pour jouer les loubards en traque, et laisse moi m'occuper de la sécurité, d'accord ? »

Elle n'avait pas terminé sa phrase que l'homme s'était exécuté, dans un geste coutumier. Le sentier vers l'Est était difficile à rater, et les rapprochait dangereusement des vallées plus végétales bien en delà du territoire de Tadryon. Une journée de marche forcée était à prévoir, et les choses auraient pu être plus simples si les exo-armures ne leur donnaient parfois pas plus de fil à retordre que de la promise assistance à laquelle elles étaient dédiées. Il ne fallut toutefois que quelques heures pour trouver les premières traces d'un exo-squelette, entre les plateaux de granit des environs. Le piste, très distinctement, s'enfonçait plein Est, mais le plus surprenant était bien de constater l'absence de tout indice sur d'éventuels ravisseurs. Aucune marque de pas ne le laissait supposer, hormis la rumeur ici et là d'un sillon... Une charrette, peut-être ?

Où se rendait donc l'ingénieur Ooto, et accepterait-il de les suivre sans accroches jusqu'à Tadryon ? Doyle remuait ces questions dans sa tête tout en avisant le paysage, notant machinalement dans un coin de son esprit les endroits les plus sûrs où s'abriter. Si en ces terres, le cauchemar du vagabond était les pluies acides, ces dernières pouvaient très bien mettre un terme à leur petite piste sans crier gare ; et les nuages qui s'amoncelaient à l'horizon n'étaient pas pour rassurer la paranoïa du voyageur.

[1147 mots]



Doyle Lunar & Lucie Stew
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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: [Sigfrëli] Incontrôlable Dim 28 Mai - 17:38

Inventaire Sigfrëli:
 
« Siggy, viens par-là. » La voix habituellement forte du père s’était mu en un chuchotement, on devinait la vigilance dans sa gestuelle et dans son ton. Sigfrëli, suivie de sa cadette, s’approcha pour observer ce que les doigts du paternel indiquaient. Une petite plante à l’apparence fragile et isolée émettait une faible lueur alors que la main épaisse de Mäggrit survolait la pulpe de ses lianes. « C’est une Dianthis, une jeune plante. Nous allons l’empoter : Orani, si tu pouvais sortir la casserole et le tissu de Garges, je t’en serai gré. » La cadette s’activa alors que l’aînée dessinait dans un cahier écorné les tiges de la plante, en notant sur les bords de brèves annotations, qu’elle étudierait plus en détail plus tard. « Nous connaissons à peine toutes les propriétés de la flore et seule, la Nature, se tient bien de nous les divulguer. » - « Ce pourquoi l’étude est importante. » - « Exact, ta sœur et toi devrez être vigilantes. Nous ne réparons pas seulement des corps, nous nous devons d’améliorer la situation de notre peuple. Tel est notre devoir, mes filles. » Il manipula doucement la plante qui s’enroulait autour de son avant-bras. Fascinée par la vivacité inhabituelle des lianes, Sigfrëli arrêta un moment de noter et leva son crayon  pour caresser de la mine le corps vif de la dianthis. Une des lianes se détacha lentement de l’avant-bras du père, pour rencontrer l’objet qui l’arguait. La pulpe alla jusqu’au gant de la Fille d’Ohibaan, qui s’enleva lorsqu’il fallut le mettre en pot. La lumière que la plante émettait était toujours active, ce pourquoi une peau de garges la recouvrit. Enfin, le tout termina dans une sacoche du père et le petit groupe décida de continuer sa route sur l’un des pans de la vallée.

« Utilise ta lance, lorsque tu avances, Siggy. Cela t’évitera bien des ennuis ; le sol n’est pas toujours stable dans les Vestiges. » La femme plaça le bâton en face d’elle, faisant circuler le bout rond et inoffensif en avant. La lame à double tranchant était tout de même éloignée de sa tête ; la lance était travaillée pour un grand gabarit tel que la Fille d’Ohibaan. Elle utilisait plus l’objet en appui qu’en tant qu’arme. « Ce n’est pas la première fois que je viens, nous y sommes allés pour… pour retrouver des traces d’Omin, mais c’est si différent père. » - « Les pluies travaillent le paysage Sig. » - « Et le métal des vestiges est d’année en année rongé. Regarde, là-bas. » Le regard olive de la femme scruta l’endroit qu’il indiquait alors qu’ils marchaient toujours à tâtons. Le cadavre d’un monument de l’Ancien Temps trônait en déséquilibre. « Un jour, le bâtiment s’affaissera ; ce pourquoi ce lieu est instable. Nous devons être prudents. »

La vallée se transformait en plaine, empêchant le petit groupe de voir au loin. « Nous allons nous arrêter là, voici notre périmètre jusqu’à la forêt d’Hanaamu. Nous restons encore deux heures – Mäggrit indiqua une ombre épaisse – lorsqu’elle aura atteint la première viticella du mur là-bas, nous nous en irons. Venez, mes filles, nous avons encore des choses à voir. » Le terrain était large et de la mousse l’en recouvrait à quelques endroits. Sigfrëli prit la direction des champignons durs qui recouvraient la paroi et décida d’entreprendre une montée. Elle laissa son arme au pied du mur et  resserra les gants qu’elle portait aux mains. « Je vais voir ce qu’il y a en haut. » - « Tiens, prends une sacoche. Fais attention à toi ma fille. » - « Je veux y aller aussi. » - « Orani... » - « Papa ! » Il posa une main sur la chevelure rousse et raide de sa cadette. « Non. Tant que tu n’auras pas passé l’envol, tu resteras à mes côtés. Il n’y a pas de mais. Siggy, vas-y. » L’enfant de quinze ans acquiesça sans faire d’histoire et observa, envieuse, l’aînée qui grimpait le lichen épais. Sigfrëli ne fit pas la moitié qu’elle s’arrêta sur un plateau rose, se retournant pour voir de loin le paysage. On devinait le sillon d’un ancien lit de rivière, abordé par des végétaux et des vestiges. Les yeux de la fille d’Ohibaan rencontrèrent les nuages habituels des pluies acides, leur corps gazeux frôlait la terre, laissant derrière eux des montées de poussières dans l’atmosphère. Rien d’alertant, pensa Sigfrëli, qui entreprit de continuer sa montée à bout de bras. La sacoche qui se baladait sur son fessier l’empêchait de temps en temps d’effectuer un mouvement ample ; quand soudain le bruit d’une détonation l’obligea à s’agripper à la mousse de la paroi contre laquelle elle était appuyée. « SIGGY ? » cria son père. L’écho atteignit l’aînée qui se pencha sur le bord. Il lui indiqua une direction : celle de la forêt d’Hanaamu. A quatre pattes sur la plateforme, la grimpeuse dévoila son pouce, en guise d’approbation. 
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