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 Incontrôlable [ft. Adam] ♫

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Phèdre
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Message(#) Sujet: Incontrôlable [ft. Adam] ♫ Dim 28 Mai - 23:48

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Ayant passé la matinée à vaquer à ses occupations habituelles, la jeune femme s’en allait prendre un repas bien mérité lorsque son instructrice l’avait rappelée. Lui intimant de porter un message à l’un de ses collègues dont le nom avait suffi à faire tressaillir son élève, Kéziah arborait cet air légèrement soucieux qui dissuadait toute protestation mieux que la plus effrayante menace. Un sourire sur les lèvres, Phèdre l’avait quittée, tenant le précieux sésame au creux des doigts. Il lui fallait se rendre au Hall des Artisans sans tarder. L’indicible murmure de la curiosité se penchait à son oreille, et si la probabilité que quelqu’un la remarque était faible, son regard intrigué dérivait sur le papier à intervalles réguliers. À travers les ruelles, elle se laissait bercer par le rythme lent de son pas qui voguait sur les pavés à la recherche d’un chemin. L’esprit emporté au loin par une brume imaginaire, elle se plaisait à dessiner les contours du visage de l’homme qu’elle s’apprêtait à rencontrer et à inventer la souplesse de ses lèvres pour en deviner les mots. Cela lui procurait un étrange frisson, d’impatience et d’appréhension mêlées. Au sein de l’Alcôve, peu de médecins jouissaient d’une réputation semblable à celle du destinataire, et toute apprentie qu’elle était, la brune éprouvait envers lui cet élan du coeur qui fascine et redoute, et que l’on ressent seulement à l’approche de véritables maîtres. Sinueuse, elle se coulait entre ses congénères, ne sachant s’il fallait se réjouir ou s’inquiéter de sa mission.

Les premières clameurs du Hall fracassaient les murs. Un torrent de préoccupations se déversait derrière les prunelles égarées de la jeune femme qui ne prêtait pas la moindre attention aux autres. Pour revenir à temps auprès de Kéziah, il lui faudrait sans doute retarder sa visite à l’une des vieilles amies de sa mère ou ignorer la faim dont les pulsations ne tarderaient pas à s’éveiller. En pleine réflexion sur un programme qu’elle ne parvenait pas à établir et distraite par les bruits alentour, elle ne remarqua pas l’individu qui lui faisait signe. Quelques instants plus tard, une main puissante se posa sur son épaule, dérobant à la sienne le parchemin qui s’écrasa contre la pierre. « Phèdre, tu tombes à merveille. » Réprimant un soupir, elle se baissa pour récupérer ce qui ne lui appartenait pas. « Cyrus, toujours là où on ne t’attend pas. » Haussant les épaules avec indifférence, il ne s’encombra pas des politesses usuelles, visiblement pressé. « Une de mes connaissances a manifestement décidé de nous fausser compagnie pour découvrir le monde d’un peu trop près. J’irais bien le chercher moi-même, mais j’ai des obligations. » Ce furent cette fois les sourcils de son interlocutrice qui se hissèrent anormalement. « Et à quoi occupes-tu tes heures, en dehors des bavardages ? » Sitôt que ses pas la menaient au Hall des Artisans, elle le trouvait en pleine conversation avec un parfait inconnu. Jamais sa langue de beau parleur n’arrêtait de gesticuler, et elle se demandait parfois s’il était capable de silence.

Néanmoins, Phèdre ne pouvait accepter sa requête. Les demandes de son instructrice passaient avant tout le reste, et son ami ne paraissait pas démesurément occupé. Un signe négatif de la tête plus tard, elle prit la parole d’une voix ferme. De telles rencontres avaient rarement lieu. « Je dois porter cette lettre à Barak Esthev. Ordre de Kéziah. » « Je peux m’en charger. Transporter de la paperasse n’a rien d’amusant, et puis, à force de tourner en rond ici, tu vas finir par ne plus tourner du tout. » La jeune femme n’ignorait rien des plaisirs auxquels se livraient Kéziah et Cyrus sitôt qu’elle avait le dos tourné. Feindre l’ignorance l’amusait, et elle n’aurait pas hésité à décliner sa proposition si la vie d’un de leurs semblables n’avait pas été en jeu. « Très bien. Où faut-il aller ? » L’autre baissa la voix, comme si le simple nom en évoquait toute la terreur. « No Man’s Land. » La gorge de Phèdre se serra. L’exubérance de son camarade ne masquait pas les dangers du monde. Une peur ancestrale tapissait le fond de son coeur, et, semblable à une bête effrayée, elle passait le plus clair de son temps lovée au terrier. Après une description sommaire de l’individu qu’elle devait ramener à la cité, où elle eut par ailleurs le bonheur d’apprendre qu’un congénère l’attendait à l’entrée de la Place Forte pour se lancer sur les traces du disparu, Phèdre prit congé de Cyrus sous une pluie de recommandations. Oubliant la promesse d’un repas, elle se dirigea vers le lieu du rendez-vous en toute hâte, sachant qu'arriver en retard donnait toujours une impression déplorable. Les joues légèrement rosies par la course, elle atterrit aux côtés d’une silhouette et passa une main dans ses cheveux d’un air gêné, souriante. « Bonjour ! Excuse-moi pour le retard, on vient juste de me prévenir et... » Son visage se ferma brutalement, attiré par quelque chose qui ne lui plaisait pas le moins du monde. Comment avait-elle pu ne pas le remarquer avant ? « Enfin, il ne servirait à rien de perdre davantage de temps. Mettons-nous en route avant que ce cher disparu ne fasse une mauvaise rencontre. » Cyrus l’avait envoyée en mission avec un homme qu’elle ne connaissait pas. À son retour, il s’en mordrait les doigts.
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Adam
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Message(#) Sujet: Re: Incontrôlable [ft. Adam] ♫ Lun 26 Juin - 0:30

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La muse était apparue comme un songe, sa tresse défiant la gravité sous sa démarche féline. De ses prunelles ineffables, elle croisa le regard de son némésis et, d’un éclat brutal, elle chassa l’esquisse de son sourire. Après quelques notes à la tessiture enjouée, sa stance mourut avant de s’achever. Son faciès passant de l’ataraxie à la stupeur, en un souffle, avant qu’elle ne reprenne sa tirade d’un ton plus voilé. Elle semblait sortir de l’adolescence, avec ses courbes menues et ses lèvres pleines, ses traits encore purs aux lignes ciselées et la lueur inénarrable de ses parmes prunelles. Le noble haussa une arcade, sceptique, en jaugeant cette indicible réaction. « Ma présence te déplait tant que ça ? » Il n’avait pas pour habitude de susciter l’aigreur, chez les hères qui façonnaient ses rencontres, et un déluge de questions brûlait ses lippes charnues. « Je suis Adam. Bonjour. Mademoiselle est-elle donc si pressée ? » Son timbre avait perdu toute chaleur, tandis qu’il désignait le long couloir qui les mènerait au dehors. Malgré son apparence délicate, la muse s’annonçait aussi farouche et indomptable qu’une bête sauvage.


Il arpentait les rues du Hall des Artisans, l’esprit encore embrumé par la soirée de la veille et de sa fortuite rencontre. La clameur de cette plèbe éparse l’écœurait et sa hâte de retrouver sa mansarde se faisait de plus en plus grande. Ses phalanges serraient encore le vélin de la missive que l’on venait de lui apporter. Une calligraphie primaire aux lettres erratiques, qu’il peinait à appréhender, s’étendait sur le parchemin. Une sordide histoire de disparition, de la nécessité de retrouver un quidam égaré, dont le contenu ne l’avait nullement passionné. Loin d’être apprêté, le simulacre poussa le battant de son alcôve, savourant son exutoire et le retour à la sérénité d’un mutisme salvateur. Une ombre commença à se mouvoir dans un coin de la pièce, une silhouette qui se dessinait dans les ténèbres, avant l’apparition du félidé. Le pelage immaculé et les iris azurés, la créature avança jusqu’à son maître, en grognant sporadiquement. Venant quérir les doigts du noble, le theluji leo émit un ronronnement bruyant lorsqu’il sentit les mains de son possesseur parcourir son échine. « Je vais devoir t’abandonner Amellal. Visiblement, les traîne-misère requièrent mon attention. » Abandonnant l’affection de son obligé, Adam se débarrassa de ses atours usés par la nuit, pour laver son corps des frasques de l’aube, avant de revêtir des apparats pour ses pérégrinations à venir.

Le poids de sa lame, contre son épaule, le rassurait. Le message précisé qu’il serait accompagné d’un autre hère de l’alcôve, mais ne mentionnait ni son sexe, ni ses compétences. A défaut de se reposer sur les hypothétiques qualités de ce futur comparse, le proscrit miserait sur ses propres talents. Les allées de l’alcôve étaient bien moins fréquentées lorsque l’on s’éloignait de l’agitation des commerces. Sans encombre, Adam rejoignit la Place Forte et prit place sur un promontoire, où il patienta jusqu’à l’arrivée de l’impolie créature.


Il avait cessé de parler, tandis qu’ils passaient la grande porte gardée. Le froid mordit sa peau dans une sensation vivifiante. Derrière-lui, le noble entendait les pas de la muse dans la neige épaisse. Le manteau blanc du mont ralentirait leur progression, mais les terres de la Ville Azurée n’étaient pas si éloignées. Adam resserra le tissu qu’il avait placé contre ses lippes et lorgna l’anonyme avec un soupçon de mépris. Entre deux mistrals, il lâcha quelques palabres acerbes. « Et quel est votre nom, charmante demoiselle ? » Sans réellement attendre de réponse, il poursuivit sa descente avec une aisance presque nonchalante. Depuis quelques mois, il avait pris l’habitude de se rendre au dehors, pour parcourir le monde et se frotter à l’hostilité de cet univers décharné. « Je n’ai eu que l’information concernant notre objectif, mais aucune description physique de l’individu. J’espère que tu en sais plus que moi. » Il avait tenté d’instiller quelques accents débonnaires dans sa locution, peinant à masquer son antipathie à l’égard de la jeune femme. Malgré tout, il se voyait contraint de cheminer en sa compagnie. Le noble était de ces êtres rancuniers et peu affables, de ces vexés de la première heure qui exécraient faire le moindre effort pour apaiser les tensions. Un élitiste à la fierté inaltérable, que des années de caprices et d’opulence avaient façonné.

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Phèdre
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Message(#) Sujet: Re: Incontrôlable [ft. Adam] ♫ Mar 4 Juil - 3:18

Méfie-toi de ceux dont la présence accable ton coeur d’un sursaut.

Phèdre retenait son souffle, savourant l’instant béni où le silence s’accrochait à l’air pour souligner l’absurdité de sa déplorable attitude. La crispation qui immobilisait les traits de son visage s’effaça aux premières remarques de son congénère, surprise par une indifférence manifeste à laquelle elle ne s’attendait pas. Le ton de la journée semblait donné d’avance. Au moins n’aurait-il pas envie de la connaître. Le soulagement dénoua la tension de ses épaules. Bien sûr, cela n’enlevait rien à la méfiance qu’elle vouait immanquablement aux hommes de sa faction. Une dérangeante impression de stupidité offrit à ses pommettes la teinte charnelle du sang. Sa fierté lui interdisait néanmoins la moindre excuse. « Disons que j’avais d’autres projets en tête, à commencer par un repas. Je remplace une personne sensiblement plus agréable, mais on ne m’a pas laissé le choix. » Fallait-il réellement s’encombrer de politesse en de pareilles circonstances ? La jeune femme ne demandait qu’à retrouver le fugitif et à rentrer passer un savon à celui qui s’était moqué d’elle en parfaite connaissance de cause. Le dénommé Adam ne paraissait pas non plus éprouver l’envie de s’éterniser à ses côtés. Ne sachant ce qu’elle pouvait dire d’autre, elle s’engagea vers la sortie de l’Alcôve sans se préoccuper outre mesure des états d’âme de son compagnon de voyage.

Malheureusement, la tranquillité accordée ne dura pas. Sitôt la grande porte franchie, la fraîcheur du monde extérieur balaya ses dernières espérances. Il fallait se rendre à l’évidence ; Cyrus ne viendrait pas prendre sa place, et s’il avait sans doute porté la lettre depuis longtemps, elle ne doutait pas une seconde du lit dans lequel il se réchauffait à présent. Une telle perspective lui arracha une moue de désapprobation. Muette, elle se concentrait sur l’étendue immaculée qui dévoilait sa pureté à leurs regards. Peu rassurée à l’idée de s’aventurer en terres méconnues, elle se réfugia dans des pensées réconfortantes et manqua ne pas entendre les paroles de l’autre. « Phèdre. » Manifestement, il faisait des efforts pour égayer la situation, ce dont elle n’était pas certaine de vouloir. Qu’il l’ignore lui convenait parfaitement. Du moins fallait-il s’en convaincre. « Par chance, l’imbécile qui m’a envoyé a pensé à me donner quelques informations. Nous devons retrouver une femme blonde d’une trentaine d’années. Visiblement, elle porte un tatouage blanc autour de l’oeil droit. En revanche, je n’ai pas eu l’honneur du prénom. Mais à supposer que nous la retrouvions, elle devrait être reconnaissable. » Même si ses excursions en dehors de leur chère cité se faisaient rares, sa mémoire n’avait pas gardé le souvenir d’une seule personne arborant un pareil dessin. Mieux valait espérer pour eux qu’elle ne se trompe pas.

Mal à l’aise en compagnie de cet individu dont elle ne savait que penser _ et auquel, en vérité, elle ne voulait pas penser plus que nécessaire _, la jeune femme ne tenta pas d’engager la conversation. Au-delà de la contrariété que cette mission provoquait en elle, et de la faim qui ne tarderait pas à se faire sentir au creux de ses entrailles, elle se conformait aux préceptes de Béryl avec la ferveur d’une fillette apeurée. Les paroles de sa mère résonnaient entre ses tempes comme un refrain salvateur. Se détourner de ce chemin lui avait trop coûté, par le passé. Sa mâchoire se contracta doucement. Contrariée, elle ne prêtait plus la moindre attention à son environnement. Ce fut une offense que la montagne ne lui pardonna pas. Sans s’en rendre compte, elle posa le pied sur une plaque de glace. Lorsqu’elle voulut avancer, son corps bascula vers l’avant, occasionnant un cri de surprise. Décontenancée, elle tenta de se rattraper à ce qui lui passait sous la main. En l’occurrence, ses doigts s’accrochèrent à la veste de son congénère. En attente d’une chute qui ne viendrait pas, elle ferma les yeux et s’agrippa de toutes ses forces au tissu. Lorsqu’elle revint à elle, elle leva la tête et rencontra le regard de l’autre. « Je… Désolée, pour ça. Je n’ai pas trop l’habitude de sortir dans les parages. Je l’avais autrefois, mais je n’étais pas seule, et il faut dire que... » Sa phrase mourut en un soupir lassé. Ressasser les réminiscences de ce qui n’existait plus ne lui assurerait jamais la survie. Une lueur de tristesse trembla sur ses prunelles, chassée par une réalité inattendue. Ses phalanges libérèrent l’inconnu. Elle s’éloigna brusquement, tourmentée par une flamme invisible, et s’efforça de reprendre la marche. « Tu as l’air de connaître les environs mieux que moi. Est-ce que tu sors souvent ? Je ne sais pas si l'extérieur m'effraie ou me plaît. » Hésitante comme une fillette, Phèdre décida d’amorcer un semblant de conversation. Ce n’était qu’une mission, après tout. Leur réussite lui assurerait de ne jamais revoir ce visage qu’elle se haïssait de trouver charmant. Cela ne signifiait rien. Un sourire espiègle aux lèvres, elle se tourna vers lui. « Que connais-tu du monde, Adam ? »



Thème de Phèdre.
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Adam
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Message(#) Sujet: Re: Incontrôlable [ft. Adam] ♫ Lun 10 Juil - 2:59


« Phèdre… » Ses lippes dessinèrent les lettres de ce simple nom, le plongeant dans une involontaire introspection, de laquelle il s’échappa aussitôt. « C’est un joli nom. » Malgré son hostilité, il se savait bien obligé de converser avec son éphémère compagne, à défaut, le voyage se révèlerait bien austère. Elle sembla pourtant enfin s’ouvrir, détaillant les maigres informations qu’elle possédait, d’infimes renseignements qui demeureraient leurs seules indications. « Etrange, je n’ai pas souvenir de quelqu’un lui ressemblant. Je sais que nous sommes nombreux, mais… » Sa stance mourut lorsque les phalanges de la muse agrippèrent ses atours. Par réflexe, il l’avait saisie par la taille, l’empêchant de choir au sol et de se blesser inutilement. « Ni l’habitude de sortir, ni l’agilité pour rester sur tes jambes, de toute évidence. » Un frêle sourire agita ses lèvres. Le contact entre leurs deux corps se rompit, lorsque les doigts de la Spectre se détachèrent de son haut, puis il se remit en marche.

Ce théâtre opalescent était divin, une ode immaculée à la beauté, que ces milliers de cristaux éclatants sublimaient d’une lueur azurée. Ils traversèrent le plateau sans encombre, Adam ouvrant la voie, paré à agripper sa lame au moindre danger. Un mutisme pesant s’était instauré des minutes durant, lorsqu’enfin la simulacre le brisa. Les prunelles céruléennes du noble voguèrent sur la flore aux vives nuances, passant sur l’échine d’une bête innocente qui s’abreuvait paisiblement. « Je ne sortais pas avant. C’est assez récent à vrai dire. Maintenant, je suis rodé… Mais je peux t’assurer que l’extérieur vaut la peine d’être exploré. » Un nouveau sourire s’esquissa sur ses lippes à la seconde demande de la muse et il interrompit sa marche, afin qu’ils cheminent ensemble, côte à côte. « Je ne connais pratiquement rien. Mais ce que j’en ai vu m’a conquis. L’océan déchaîné, la forêt luxuriante et sa faune indicible, l’entrée d’un désert plus brûlant que le soleil… Le monde a beau s’être fissuré, il n’en demeure pas moins vaste et infini. » Si le noble était par nature un être immonde aux abjectes appétences, il conservait une fébrile fibre d’esthète transi par la splendeur d’un paysage ou d’une courbe étoilée. « Tu as tort de rester enfermée dans l’alcôve. » Ses palabres se voulaient presque diatribe, tant le ton employé s’était révélé ferme. Sans ajouter un mot, Adam reprit son rythme habituel et prit la tête du duo disparate.

« Ton estomac va bientôt pouvoir se sustenter. D’ici une heure, nous devrions arriver au village. Ils commencent à avoir l’habitude de voir les nôtres débarquer chez eux. » L’astre solaire déclinait faiblement, tandis que les cumulus côtoyaient l’éther en masquant peu à peu les rayons du soleil, obombrant sporadiquement le mont. « Si tu n’es jamais vraiment sortie, tu n’as sans doute pas eu l’occasion de côtoyer les hères d’en bas. Ils nous prennent pour des mercenaires. Nous n’avons jamais démenti cette version. Nous chassons les éventuels individus hostiles et, en échange, ils nous offrent le logis et le couvert pour une nuit. » Tous les simulacres n’étaient pas au fait de cet arrangement et l’information pourrait se révéler, ultérieurement, utile à la muse. « Ce soir, tu n’auras sûrement pas à supporter ma présence, comment tu disais tout à l’heure ?  Sensiblement moins agréable ? J’espère que la nouvelle te ravie. » Cette étape serait leur unique instant de solitude avant leur long périple. Un moment volé que le noble avait bien l’intention de savourer.

Le crépuscule avait dérobé sa place au jour, lorsque les deux hères achevèrent leur descente. Adam ressentait les stigmates de la fatigue, tout en savourant le changement d’oxygène d’une longue et profonde inspiration. La vie dans le village semblait s’éteindre. Seul un homme au faciès parcheminé scrutait l’horizon, ses mains serrant un arc de fortune. « Bonsoir. » Le quidam le salua d’un faible hochement de tête, avant de retourner à sa silencieuse contemplation. « Je n’ai qu’un seul pavillon pour vous. D’autres sont venus, éreintés. Mais je demanderai à ce qu’on vous apporte de quoi manger. » L’aîné pointa une habitation, d’un index tremblant, et se désintéressa d’eux. Le simulacre prit le chemin de la mansarde, haussant les épaules en faisant le deuil de sa quiétude nocturne qui se voyait subtiliser.

L’alcôve était exigüe, dotée simplement d’un lit double, d’un bureau grossièrement taillé et de trois épais coussins rembourrés qui faisaient offices de sièges. Un éclat vacillant éclairait l’étroite pièce, en jetant des ombres déformées sur les pans de murs défraichis. Adam ôta ses armes et ses atours devenus superflus et se laissa tomber sur l’un des simulacres de divan, en exhalant un soupir de contentement. Une femme leur apporta de quoi se sustenter et repartit dans la nuit, sans un bruit. Le noble releva les manches de sa chemise en coton ébène, dévoilant les encrages de ses bras, et plongea ses mires bleutées dans celles de son infortunée compagne. « Alors, quelle est ton histoire Phèdre ? » Pour apprivoiser un être, il fallait le connaître. Plus que tout, l’éphèbe était un dominant, une espèce rare désirant tout contrôler. Si on lui servait cette douce créature fragile et inexpérimentée, il ne pouvait que se délecter et se laisser tenter.

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Phèdre
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Message(#) Sujet: Re: Incontrôlable [ft. Adam] ♫ Jeu 13 Juil - 2:07

Emportée par la splendeur de la Montagne à laquelle se mêlait la valse fragile des souvenirs, l’attention de la jeune femme se dispersait aux quatre vents. Il suffisait que son regard croise l’une des flèches de lumière qui fusait vers la neige pour en souligner la pureté pour qu’elle s’attarde sur ce qui n’existait déjà plus. Tout ce qui lui arrivait avait toujours semblé n’être qu’un mirage, et sans la voix d’Adam, l’illusion aurait dévoré la réalité sitôt la Porte franchie. Phèdre se coula à ses côtés, ayant à peine remarqué que son papillonnage les ralentissait. « Je crois que je préfère explorer mes rêves. La courbure d’une pierre, quelques mots volés à l’un de nos semblables ou le parfum d’une plante peuvent m’occuper toute une journée. » Et tôt ou tard, cela finirait par lui jouer des tours. La distraction n’était permise qu’aux naïfs, et si les sursauts de l’enfance arrondissaient encore ses joues, elle en avait oublié depuis longtemps la douceur. « La nature est belle parce qu’elle nous domine, rien de plus. » L’incertitude face à sa propre puissance, l’instant sacré où tout se suspend comme si le temps lui-même reprenait son souffle en attente du verdict, voilà ce qui faisait véritablement trembler les coeurs. « Ne prends pas ce ton réprobateur. Si je suis là avec toi, c’est que je me suis déjà décidée. » L’autorité ne faisait jamais bon ménage avec la brune, quand bien même elle se révélait bienveillante. Contrariée, elle garda le silence pour la suite du voyage et se laissa guider par son congénère.

Si l’existence de la bourgade n’avait jamais été un secret pour elle, la jeune femme apprécia néanmoins qu’il lui fasse part de l’accord. Les efforts manifestes de son malencontreux camarade écartaient le voile de rancœur farouche qu’elle conservait à l’égard des hommes. Leur arrivée au village passa inaperçue. À cette heure, les habitants prenaient sans doute leur repas, à l’abri du monde et de ses sombres exigences. L’échange avec le veilleur fut d’une platitude empreinte de crainte qu’elle ne comprit pas vraiment. Partager une chambre avec le quasi inconnu ne l’enchantait pas, mais elle ne songea pas une seconde à se plaindre. Disposer d’un endroit où dormir relevait déjà d’une grande chance, et la perspective d’un repas faisait taire toute protestation. En chemin, elle ne put s’empêcher d’orner ses lèvres d’une courbe moqueuse. « Je suppose que je survivrai à quelques heures de plus en ta compagnie. » L’inquiétude revint se lover au creux de son estomac sitôt qu’ils furent entrés dans la pièce. D’emblée, elle sut que la nuit serait longue. Faisant fi de la fatigue qui pesait sur ses muscles et qui sembla plus lourde à la vue des coussins, elle resta quelques instants à l’écart. Au bord de ses lèvres s’accrochaient des préceptes silencieux que, comme chaque soir, elle laissait remonter des recoins de sa mémoire. Délestée de ses possessions, elle se décida à prendre place aux côtés de l’adonis.

Phèdre détourna le regard, elle qui savait combien les yeux d’une femme étaient faibles face au regard d’un homme qui en connaissait les lueurs opalines. Un léger sourire passa sur son visage. Les siens portaient le sceau de la duperie en cadeau de naissance, et personne ne se dérobait longtemps aux délices secrets du mensonge. « A-t-on seulement droit à son histoire, lorsque l’on n’est pas censé exister ? » L’honnêteté surgissait néanmoins, malgré elle, dernière trace d’une naïveté perdue qu’elle maudissait de survivre encore. Ses épaules se haussèrent alors que la faim s’éveillait à la vue des douceurs apportées plus tôt. « Il n’y a pas grand-chose à dire. Je suis née dans l’Alcôve et j’espère ne pas y mourir. Je sortais souvent, autrefois. Séphora m’emmenait partout avec elle, et si je n’aimais pas jouer les exploratrices, je pense qu’elle l’a suffisamment fait pour nous deux. Je ne compte plus le nombre de fois où ma mère a dû soigner nos blessures. Je me souviens encore de… Enfin, peu importe. » La ronde des souvenirs ne cesserait jamais de la tourmenter. Un instant, ses prunelles éteintes suivirent le trajet de ses doigts qui s’emparaient d’une pâte étonnamment sombre. Qu’aurait-elle fait, à sa place, en ce lieu et à cette heure ? Un soupir lassé siffla entre ses lèvres. « Les femmes de ma famille ne survivent jamais longtemps, de toute manière. » Les imprudentes, tout du moins. Une précision que le jeune homme n’avait nul besoin de connaître ; elle en avait déjà trop dit.

La brune se pencha vers l’une des bougies qui, déposée sur le sol comme une offrande à la terre, attendait que quelqu’un vienne s’y intéresser. Ses phalanges hésitantes suivirent les ondulations capricieuses de la flamme. « Quant à l’individu qui m’a envoyée te rejoindre... Il préfère visiblement passer du bon temps avec mon instructrice que de venir en aide à l’un de ses amis suffisamment égaré pour prendre la fuite. » Une attitude que la jeune femme réprouvait sans l’ombre d’un doute, et que l’agacement qui s’enroulait autour de sa voix laissait présager. Perdue dans la contemplation de la lumière rougeoyante qui embrasait le mur de ses ombres, elle manqua se brûler. Le sommeil ne paraissait pas d’humeur à vouloir lui rendre visite. En revanche, une étincelle de curiosité piquetait la tranquillité de son regard, et l’envie de s’amuser effaçait toute réminiscence de prudence. « J’imagine que ce joli minois n’est pas non plus sorti du vide ? » À mesure que la question prenait forme, elle se redressa doucement, son attention happée par la gourmandise qu’elle sépara en deux morceaux. L’un d’entre eux trouva refuge sur le plateau. Autoritaire, elle se tourna vers son compagnon de voyage. « Ouvre la bouche. C’est bien meilleur, ainsi. » Le corps suspendu vers Adam, elle lui tendit la friandise, en équilibre au bord du coussin, prenant garde cette fois à ne pas tomber entre ses bras.



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Adam
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Message(#) Sujet: Re: Incontrôlable [ft. Adam] ♫ Ven 14 Juil - 3:24


Ces crocs s’emparèrent du met avec une moue tout aussi provocante que l’instigatrice du geste. La gourmandise sublima son palais en une myriade de sensations diffuses. Le comportement de la muse avait changé, transcendé par l’intimité des lieux et son estomac enfin apaisé. Le récit fragmenté de son existence laissait une empreinte mélancolique dans sa voix, que le simulacre ne releva pas. Il s’était contenté d’écouter, patient. « Tu en parles au passé, de Séphora. Comme un souvenir lointain, intangible, bien qu’inaltérable. J’en déduis qu’elle est retournée à la Nature ? » Ses phalanges se refermèrent sur un hanap, qu’il porta à ses lippes, étanchant la soif qui brûlait sa gorge. Volontairement, il ne regardait pas Phèdre, faisant mine de s’affairer à emplir son assiette. « Tu survivras à tout ça. » Ses prunelles trouvèrent finalement le parme de celles de la muse, avec une indicible intensité. « Si tu restes près de moi. » Son timbre laconique claqua comme un fouet, malgré la douceur de son phrasé et la tessiture suave de sa voix. Cette créature ingénue était encore frêle et inexpérimentée, l’idée même de lui servir de tuteur dans son apprentissage du monde extérieur, lui tirait un frémissement extatique. « Je pense que l’individu qui t’a envoyée me rejoindre, a eu bien raison de profiter de la chaleur d’une couche, plutôt que de descendre dans la froideur de la montagne. » L’éphèbe happa du bout des doigts la moitié esseulée de la friandise, s’approchant de Phèdre avec douceur. « Quant à moi… » Ses phalanges se refermèrent avec douceur sur le menton de la muse, ouvrant d’un pouce délicat, ses lèvres carmines pour y glisser le fragment oublié. Une esquisse désireuse se peignit sur le faciès du noble, qui reprit sa place après une éphémère hésitation. « Je suis un Andrivon. Je suis né dans l’opulence, le prestige et la noblesse. Avec un père aussi aimant qu’un prédateur affamé. J’ai l’honneur d’être le fils unique de cette chère lignée, ce qu’il a l’agréable plaisir de me rappeler régulièrement. » Une expression irascible traversa le visage d’Adam, tandis que ses iris s’égaraient sur la flamme dansante de la bougie. Ses traits s’adoucirent et sa voix devint un murmure dans l’air immobile de la mansarde. « Je n’ai pas de rêve, autre que de le voir mort. Mais m’ériger en parricide ne m’octroierait qu’un statut de parjure. Ce n’est pas ma volonté. » Ses yeux se détachèrent de la lueur, le ramenant à la réalité.

« Attention, cependant, si tu commences à complimenter mon joli minois, je vais croire que ma présence ne te dérange pas tant que ça. » Déposant son verre sur la table, l’éphèbe s’étira lentement. Le caractère de Phèdre était insondable. Auparavant agressive et dérangée par leur duo improvisé, elle se laissait apprivoiser, usant même d’une pointe de séduction qui ne lui déplaisait pas. Bien au contraire. Avide d’entrer dans ce jeu si distrayant, le noble se leva et prit place aux côtés de Phèdre, repoussant une mèche dissidente qui s’érigeait en rempart de son cou gracile. « Pourquoi avoir décidé de repartir à l’extérieur, si tu te déplaisais pas en exploratrice ? » Il porta un nouveau met aux lèvres de l’ingénue, reprenant la parole, avant qu’elle ne se l’approprie. « Tu es un mystère Phèdre, aussi beau, qu’incompréhensible. » Le simulacre approcha, laissant ses phalanges s’égarer sur la manche de la muse. « Tu es faite de dissonances. » Ses doigts remontèrent jusqu’à son épaule. « De contradictions. » Sa paume épousa sa nuque, l’obligeant à plonger ses prunelles dans les siennes. « Et ce tout a quelque chose de particulièrement attirant. » Il avait empoigné son menton, l’attirant doucement à lui. « Je suis diablement curieux d’en savoir plus. » Ses lippes s’avancèrent lentement, mais ne trouvèrent jamais celles de Phèdre. A la place, elles se tordirent en un sourire sardonique, tandis qu’il sentait le souffle de l’ingénue parcourir sa peau. « Va dormir. On se lève tôt demain. » Ce jeu lui plaisait, sans doute bien plus qu’à elle. Le noble se complaisait dans la séduction, en cette barrière ineffable qui délimitait la tentation des vilénies d’un simple joueur. Si elle s’était sentie lésée, il n’en serait que plus satisfait. « Puisqu’il n’y a qu’un seul lit et que ma galanterie m’interdit de te le dérober, je dormirais par terre. Va et ôte-moi du confort d’un matelas. » L’éphèbe se délesta de son haut, dévoilant son torse et les arabesques des encrages qui ornaient sa peau. « Sauf si tu désires la partager avec moi, auquel cas, j’ignore si je serai en mesure de résister à pareil rapprochement. » Rien n’est plus insurmontable que le désir. Qu’une envie fugace et retors bouillonnant au creux du ventre. Une appétence carnassière qui s’empare des synapses d’un individu pour le façonner à sa volonté. Le désir est un amant versatile, dont le plus émérite des esthètes fixait actuellement une muse indicible de ses prunelles céruléennes.

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Phèdre
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Message(#) Sujet: Re: Incontrôlable [ft. Adam] ♫ Lun 17 Juil - 7:46

Parfois, il suffisait d’une poussière échappée à l’emprise des vents pour qu’une toute autre facette du monde se dévoile en une vision mêlée d’incertitude et de mysticisme. En l’occurrence, la tournure des événements semblait irréelle, comme arrachée à un songe audacieux. Phèdre ne comprenait pas la proximité soudaine qui jetait sa chère prudence à la porte. Privée de toute parole, sa conscience se taisait face à ce nouveau jeu, et la douleur diffuse d’un instinct qu’elle croyait trépassé prenait forme sous les frissons de sa peau. Que pouvait-elle dire, elle que son corps trahissait déjà ? Toute réaction lui était impossible, et, telle une poupée ballottée par les flots, elle ne savait s’il fallait maudire la rivière ou s’y offrir. Les doux mots de l’ensorceleur ondoyaient autour d’elle en une mélodie sensuelle. La jeune femme, captive d’un désir qui n’était pas encore le sien, n’esquissait pas l’ombre d’un geste, craintive de chasser le charme qui effleurait sa chair et mordait son coeur. La violence d’une palpitation à demie ressentie agita son corps affaibli par le voyage. Oui, il était d’une beauté sans égale. En lui, elle retrouvait la splendeur indolente des statues dont la seule imperfection était une défunte paralysie. La lueur évanescente du feu venait mourir en un frémissement sur la courbure de ses lèvres incurvées par une impertinence victorieuse. Hors du temps, loin du monde, en cette chambre délabrée qui n’existait que pour eux, elle voulait devenir sienne.

Soudain, l’apparition se déroba à l’étreinte qu’elle aurait aimé lui accorder pour se débarrasser d’un vêtement qui paraissait sans doute bien superflu. Un sursaut de pudeur farouche lui fit détourner le regard une seconde. Ce fut suffisant pour que le charme s’estompe, écarté par un semblant de raison. Le sang colorait ses pommettes d’une teinte inhabituelle. Il ne fallait pas. Tout ceci n’était qu’une tromperie de plus ; la confiance ne s’offrait pas aux siens. Son congénère appartenait à l’espèce sordide de son père. Un instant, cette pensée la figea, et pourtant, cela ne faisait aucun doute. Ses sensations apaisées par le désastre d’un souvenir, la jeune femme haussa un sourcil. Le ton de sa voix était dépourvu des accents chauds qui emplissaient celle du brun. « Tu as dû en fréquenter, des mystères, pour savoir les reconnaître au premier coup d’oeil. » Ce n’était pas un reproche. À dire vrai, cela ne lui faisait rien. Seulement, sa crédulité s’arrêtait au vraisemblable, et cette conclusion hâtive ne devait rien à la stupidité. La jeune femme s’empara d’une coupe dans l’espoir de dissoudre la flamme qui vacillait en elle. « Un noble, donc. Ce n’est pas étonnant ; il y a des idiots partout. » Un léger sourire au coin des lèvres, son attention revient une fois encore à ce curieux personnage. Quelle volonté indomptable s’abritait derrière ces iris tourmentés, et que voulait-il qu'elle découvre ?

Lui laisser le temps de reprendre la situation en main ne s’envisageait pas. Phèdre connaissait les faiblesses désolantes de son être, et sa résistance abattue lui semblait un indice évident des élucubrations ravageuses de son compagnon de voyage. Le piège ne se refermerait pas sur elle. Pas aujourd’hui. Son regard dériva. Les pigments représentaient une distraction appropriée. Il fallait reconnaître la qualité de l’ouvrage. L’un de ses index suivit doucement le tracé d’une arabesque frappée sur la peau de l’intriguant. D’un geste imprévu, elle s’accapara la main de l’adonis et l’entraîna vers le matelas dont il semblait si pressé de faire la connaissance. D’humeur insouciante, Phèdre se pencha au-dessus de lui. Leurs visages s’approchèrent d’une manière fort dangereuse. « Malheureusement, il va me falloir quitter les lieux quelques instants, sans quoi un regrettable incident risquerait d’avoir lieu. Je suis maladroite ; je serais triste de t’abîmer. » Une moue contrariée venait accentuer le jeu de son attitude malicieuse. Sans attendre de protestation, elle s’éloigna de lui et récupéra ce qui lui serait utile. Avant d’ouvrir la porte, elle se retourna, armée de son seul manteau et d’une innocence qu’elle avait toujours su feindre. « Tu ne voudrais pas que tout soit gâché avant d’avoir commencé, n’est-ce pas, joli coeur ? » Refusant d’entendre la réponse, elle s’engagea à l’air libre. La fraîcheur obscure qui pesait sur le village lui coupa le souffle. Mélancolique, elle s’adossa au mur de l’habitation. Une impression nauséeuse se lova au fond de sa gorge. N’avait-elle pas appris la leçon ?



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