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 Le sale boulot [Mission - Évent 2017] | Solo

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Crescend Crimson
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Message(#) Sujet: Le sale boulot [Mission - Évent 2017] | Solo Jeu 1 Juin - 19:55




Le sale boulot



Inventaire de Novella
| Armes: P-2 Nixe | P-7 Helhest


« Novella! »

Le cri était puissant, vindicatif et l’hostilité du timbre ne signifiait qu’une chose : Maximilian se trouvait dans une colère noire.

« NOVELLA! »

L’impatience s’additionnait à la furie de son humeur et lorsqu’il était dans cet état, mieux valait ne pas le faire attendre plus que nécessaire. C’est pourquoi, d’une foulée rapide, je me précipitais jusqu’à la cuisine, où je vis mes parents attablés, leur visage penché au-dessus d’une lettre dépliée. Aussitôt, je remarquais l’expression grave de leur faciès et l’inquiétude, mêlée à une nervosité qui se fit tout de suite lancinante, me retourna l’estomac.

« P-Pourquoi toute cette agita–

- Tu as été convoquée! Prépare-toi sur-le-champ!

- C-Convoquée? Pour quelle raison? » M’alarmais-je en portant mon regard vers ma mère qui exhala un soupir.

Des deux parents, elle était la plus calme et posée, mais restait néanmoins aussi stricte et sèche que mon paternel ici présent.

« C’est à propos des Mutants et de leurs récentes… menaces.

- Je… Je vois… »

Ce qui expliquait la fureur qui s’était peint sur les traits de mon père. La mâchoire serrée, les yeux plissés, il ressemblait à une bête sauvage prête à lancer son offensive. Quotidiennement, il n’avait pas une humeur des plus sympathiques et agréables, mais lorsqu’il était question des Évolués et de leur foutue Nature, comme il disait, il n’y avait plus rien pour l’arrêter : il se montrait irascible, exécrable et d’une humeur aussi noire et tempêteuse que les nuits d’orage, son regard devenant alors aussi brûlant que les pluies acides qui n’avaient de cesse de nous tomber sur la tête. Quand il était dans cet état, je n’osais pas lui parler, de peur de le déranger ou de l’irriter plus encore, et c’est pourquoi, en m’approchant de ma mère, que je demandais à cette dernière les raisons de mon appel.

« Est-ce… vraiment sage de m’amener sur le front? Soulevais-je d’une voix basse, désireuse de lire les quelques lignes qui m’étaient adressées mais que le père conservait fermement dans la poigne de ses mains comme pour en garder l’exclusivité.

- Ma chérie, ne sois pas si dure envers toi-même. Tu as toutes les capacités requises pour intervenir sur le terrain… » Minauda ma mère en caressant vaguement ma joue du bout de ses phalanges.

Elle marqua une pause, une très longue pause durant laquelle je la dévisageais, nerveuse. Pour apaiser mon trouble, provoqué par l’aigreur de mes géniteurs, je me détendais en faisant craquer mes poignets. Qu’est-ce qui leur arrivait? J’avais bien conscience que la tension était à son comble, surtout depuis que les Mutants avaient commencé leur sanglant massacre à la lisière de nos frontières, mais de là à arborer une telle fureur, une telle animosité; de quoi la lettre faisait mention au juste?

« J’ai toutes les capacités requises, mais…?

- Mais, tu n’es pas appelé pour aller combattre, même s’il est clair que tu devras prendre les armes au vue de la situation actuelle… Finit par lâcher ma mère en croisant les bras sur sa poitrine.

- Alors? Que suis-je censée faire exactement? »

Les prunelles noisette d’Eugénie se tournèrent vers mon père, qui pestait dans sa barbe avant de jeter la lettre dans ma direction. Malhabile, je jonglais quelques secondes avec le papier qui planait dans l’air avant de l’agripper entre mes doigts.

« Eugénie, elle a été appelé pour ramasser leurs têtes, bon sang! Ma fille mérite mieux que ça! Elle devrait se trouver avec les équipes d’intervention, en train de chasser ces maudits Mutants de nos terres! Au lieu de ça, elle se retrouve à jouer les croque-morts!

- Max…

- Papa… Ça va. Je ne suis encore qu’une Conscrite en apprentissage. Les évaluations, les entraînements et les simulations à l’Académie sont une chose : la guerre en est une autre…

- Je le sais très bien! Et je sais tout autant que tu es prête à affronter la guerre, plus que qui conque! S’énerva Maximilian en se levant brutalement de sa chaise, quittant la pièce de son pas lourd et furieux.

- P-Papa…! »

Mais il était déjà loin, enfermé entre les quatre murs de sa chambre et de celle d’Eugénie, après avoir violemment claqué le battant de la porte derrière lui. Lentement, je baissais les yeux sur la missive que j’avais encore en main, lisant et relisant ce court paragraphe qui m’était adressé et qui me demandait d’aller aider à la récupération des cadavres mutilés de nos soldats. Devant moi, ma mère se leva également et me dépassa, sa démarche d’Infiltrateur, feutrée et fluide, soulevant dans l’air de simples et faibles craquements de parquet.

« Je vais les aider. Même si cela ne vous enchante pas. Ils ont besoin de personnes pour les assister.

- Bien. Ne commets aucun faux-pas : même si tu ne fais que le ménage, les officiers t’observeront et t’évalueront.

- J-Je comprends… »

Sur ces mots, Eugénie s’éclipsa elle aussi, me laissant seule avec ma lettre et ma frustration. En tant que parents, ne pouvaient-ils pas seulement m’encourager et me souhaiter bonne chance?! … Calme-toi, Novella. Tu connais ces deux excentriques mieux que personne… Bref, je dois me préparer : l’heure du rassemblement est pour bientôt.


Post I [866 mots]



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Crescend Crimson
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Message(#) Sujet: Re: Le sale boulot [Mission - Évent 2017] | Solo Mar 6 Juin - 4:26




Le sale boulot




Tout n’était que mutisme et silence au cœur de notre groupe. Qu’il s’agisse de notre officier supérieur ou des autres conscrits qui avaient accepté les termes de la mission, personne n’avait la force et/ou la volonté de démarrer une conversation : nous ne faisions qu’avancer entre les monticules de pierres, traînant la carcasse de nos Exosquelettes dans ce territoire de sable et de poussière. Dans mon casque ne résonnait que l’écho de ma propre respiration, que je percevais au travers les grésillements de mon système audio, qui me connectait au reste de mes partenaires. Par ailleurs, la visière de celui-ci m’exposait les tristes contours et silhouettes d’un autre village du Passé, mes yeux ne pouvant se détacher de cette nouvelle image déplorable et misérable dont ils n’étaient que les observateurs désenchantés. C’était le deuxième village de cette sorte que nous traversions ainsi, armes à la main, silencieux comme des tombes, tandis que nos regards ne cessaient de parler à travers nos visières, sans que nos lèvres, quant à elles, n’aient été fendues par des mots. Passé la protection en verre, il était possible de lire dans l’iris de nos prunelles un étrange chagrin inexpliqué, y percevoir une curiosité mélancolique, mais de tous les sentiments qui pouvaient m’habiter, c’était un regret nostalgique qui secouait ma pensée. Et dire qu’il y a de cela des décennies et des décennies, ce village devait prospérer, vivre en harmonie avec la Nature… Cette même Nature qui l’a finalement détruit, annihilé, pour ne lui laisser que des ruines sans couleur et sans vie… Les rares fois où il m’avait été permis de poser le pied sur ces terres désolées, mes réflexions me soufflaient toujours la même idée, accompagnant cette dernière de réminiscences empruntées du décor et des vestiges du Passé. Je m’imaginais, posée à l’endroit exact que je foulais de mon pied, une chaumière s’élever. À l’intérieur, un enfant courait pour échapper au bain en riant au nez de sa mère ou se jetait à la porte qui le menait vers l’extérieur pour rejoindre ses camarades qui l’attendaient. Je m’imaginais, substituant à la désolation actuelle de ce lieu aux apparences de désert, la joie et la fraîcheur d’un grand plateau d’herbes hautes et vertes où poussait fruits et légumes d’un jardin en plein air. Je sais, j’ai l’imagination un peu folle, voire frivole selon les dires de mon paternel… Cela dit, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’à une époque fort, fort lointaine de celle-ci, nos vies auraient pu ressembler à celle que j’esquissais dans mon esprit. Mais… rien de tout cela n’existait à présent. Est-ce qu’il reste en ce monde un unique fragment de cette beauté d’antan? Me demandais-je tristement en réalisant moi-même que la réponse à ma question se trouvait juste devant mes yeux. En fait, je l’explorais, la côtoyais à chaque instant de ma vie, sans vraiment y penser, parce que cette vérité faisait partie intégrante de mon quotidien et de ma réalité : Tadryon, Varosha, les tombeaux des Échos, qu’il s’agisse d’ici ou d’ailleurs, tous ces territoires qui étaient nôtres ou pas n’étaient que des reliquats délabrés d’un autrefois qui, j’en étais persuadée, devait être magnifique dans ses apparats du Passé. Parce qu’aujourd’hui, il ne restait plus que la guerre et des morceaux éparpillés d’une époque que tout le monde avait fini par oublier…

« (shhhh!) J’ai un visuel des épieux… » S’exclama soudainement, à l’intérieur de nos casques, notre supérieur de son inflexion grave, ce qui me tira, brusquement, hors de mon imaginaire.

Et, comme un seul homme, nos enjambées se firent moins larges, plus lentes au fur et à mesure que nous nous approchions des têtes mutilées, tandis que, filtrant à travers le système audio de notre casque, les conseils et les consignes de notre supérieur nous étaient transmis. J’essayais de faire attention à ses propos, mais la vision de toutes ces têtes décapitées, posées là, ensanglantées et défigurées par la terreur de leur dernier instant, à la pointe d’épieux rouge sang, retournaient mon estomac. Plusieurs, autour de moi, notamment les quelques conscrits de ma génération, eurent la même réaction : nous nous recroquevillâmes de peur et de colère face à la sauvagerie que renvoyait une telle scène macabre. L’officier en avait conscience, mais poursuivait ses instructions.

« Nous ne sommes pas ici pour envenimer la situation ni pour nous jeter dans la bataille qui fait rage, précisa-t-il en accentuant ses paroles d’un regard que nous pouvions sentir même à travers la visière de son casque. Les Mutants ont commis une grave erreur. Ils nous ont provoqué et ont réduit au silence nombreux de nos camarades en les exposant comme de vulgaires trophées de chasse : ils seront vengés, croyez-moi; la colère qui vibre dans mon corps est semblable à la vôtre. Cependant, pour l’instant, nous devons les ramener à Tadryon. Chez eux, là où ils devraient reposer en paix. »

Il marqua une pause, laissant ces dernières paroles flotter dans l’air alors que nous nous arrêtâmes devant les lances, les têtes, les regards vides de nos concitoyens… Derrière moi, j’entendis un hoquet. Naturellement, nous fûmes deux ou trois personnes à nous retourner pour jeter une œillade par-dessus notre épaule et nous constatâmes que l’un de nos partenaires se retenait, de toutes ses forces, de pleurer ou d’échapper un cri de fureur. Aussitôt, je me détournais, me pinçant les lèvres de frustration. Venait-il d’apercevoir le visage d’un ami? D’un mentor? Peut-être était-ce sa femme aussi… Nous… Nous sommes si impuissants… Compris-je enfin en posant mon regard dans les dizaines de paires d’yeux translucides qui nous dévisageaient sans nous voir malgré la lueur du jour qui glissait sur le métal de nos Exosquelettes, renvoyant des reflets rouges, bleus, verts… qu’ils n’étaient même plus en mesure d’observer.

« Des questions? » Conclue l’officier.

Une main, d’abord hésitante, se dressa finalement au-dessus de nos têtes.

« Et si nous rencontrons les Mutants? »

Il eut un nouveau silence, plus lourd et agité que tous les précédents. Et c’est alors que notre supérieur se tourna entièrement vers nous. D’un geste, il plaqua le canon de son arme sur son épaule avant de déclarer d’une voix forte et vibrante d’haine et de mépris :

« Soyez sans pitié et tuez-les. Pour le bien de l'humanité. D'autres questions? »

Il n’y avait pas place à l’équivocité.

« Maintenant, allons les décrocher de là. »

Ils méritent mieux que ça… Pensais-je avant de joindre mes pas à mes partenaires, entendant non loin de mon oreille les sanglots d’un tiers brisé par la haine et la colère.


Post II [1 090 mots]



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Crescend Crimson
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Message(#) Sujet: Re: Le sale boulot [Mission - Évent 2017] | Solo Mer 7 Juin - 19:30




Le sale boulot




L’oppression du silence, l’angoissante nervosité et l’assujettissement de notre corps et de notre esprit à la domination de la peur n’étaient pas suffisants pour décrire fidèlement l’émotion qui nous habitait à cet instant. Vous ne pouvez pas vous imaginer l’affolement qui nous avait soudainement animé lorsque nous dûmes déloger de son socle la première tête, lorsque nous la vîmes tourner sur le pic de l’épieu. Peut-être l’officier, peut-être cet homme qui paraissait plus vieux que la moyenne de notre groupe – je ne saurais le dire exactement –  avaient été les seuls à ne pas avoir réagi aussi excessivement que le reste de la cohorte, mais comme une machine qui n’avait plus d’Azuris pour fonctionner, nous, les plus jeunes, nous nous étions complètement figés, tétanisés par le regard que nous adressait le défunt depuis l’au-delà qui se reflétait dans ses yeux ternes et vitreux. L’immonde grimace qu’il nous offrait aurait certainement pu s’adoucir à la suite de son dernier soupir… C’est ce que je m’étais imaginé, n’ayant jamais aperçu la rigidité cadavérique d’un mort sur une face auparavant; l’expression était monstrueuse, affreuse, pire que toutes les visions que j’aurais pu m’imaginer, le sang qui coulait de ses lèvres, de l’orbite de ses yeux et qui peignait son visage accentuait l’atrocité de l’image. On dirait qu’il souffre… Avais-je remarqué, la peur au ventre, la prise que j’exerçais sur mon arme s’étant subitement ramolli. On aurait dit que même la mort n’était pas parvenue à lui retirer tous les maux de son vivant, la douleur de ces derniers instants ne s’étant pas effacée de son faciès, comme pour nous dire, nous faire comprendre, que même au-delà de ce que nous croyions être la fin, la souffrance ne pouvait nous échapper.

« Reprenez-vous! S’était écrié une voix dans les communications. Rester là ne les aideront pas! »

Je ne savais pas vraiment qui s'était adressé à nous, mais elle n’avait pas le même tact et la même sensibilité que notre supérieur. Cependant, ses paroles eurent tout autant d’effet. C’est de cette façon que nous pûmes bouger à nouveau, les chaînes que la peur avait glissé autour de nos chevilles et de nos poignets s’étant finalement déliées. Puis, après avoir pris une dernière inspiration, nous nous étions mis au travail, nous séparant la tâche : quatre d’entre nous avaient choisis d’enlever les têtes qui se trouvaient proche de la frontière entre Varosha et le No Man’s Land, non loin de notre position actuelle,  tandis que les quatre autres, dont je faisais partie, s’occupaient des têtes qui se situaient à proximité, non loin d’un vieux boisé aux arbres rabougris et aux feuilles fanées.

Pendant cette interminable heure, je n’avais pas l’impression d'avoir été la propriétaire de ce corps, comme si chacun des gestes que je modelais dans l’air étaient effectués par quelqu’un d’autre. Je m’approchais d’une tête, je la fixais plus qu’il n’en était réellement nécessaire, gravant son visage dans ma mémoire, avant de me pencher vers le pic pour l’extraire du sol dans lequel il avait été planté par ces sauvages aliénés. Par la suite, je fixais le trou béant qui en résultait, cherchant à comprendre les motivations d’un tel acte barbare. Cependant, étrangement, mes pensées se perdaient dans le creux de ma tête, emportées dans une sorte de tempête de colère. Je n’avais jamais ressenti une colère pareille, aussi froide et tranchante. Elle ne ressemblait en rien à la rage qui m’envahissait lorsque mes parents me décevaient, lorsque mes parents m’exaspéraient; elle ne ressemblait pas à la frustration qui m’habitait quand je songeais à l’oppression qu’exerçait ces grands Murs et ces lourdes Portes sur ma conscience. Cette fois-ci, ce n’était pas une colère comme les autres. Elle était violente, orageuse, et j’avais l’impression de la sentir s’insinuer dans l’ensemble du circuit veineux et artériel de mon corps. À chaque fois que je retirais de ce plateau maudit la tête d’un pair, le fil acéré de cette colère ne faisait que s’enfoncer plus encore dans mon être, au point où j’en venais à serrer les dents, contracter la mâchoire, serrer les poings… En quoi tout ceci est nécessaire? Me demandais-je, prise par une furieuse irritation. Pourquoi toute cette… haine?

« Conscrite Björn! »

Lentement, je redressais la tête, me tournant dans la direction de mon interlocuteur, sans piper mot : c’était le second groupe qui revenait, transportant leur… cargaison.

« Nous avons terminé de notre côté. Qu’en est-il de vous?

- L’officier Dun– »

BANG! BANG!

Je me tus instantanément, l’étonnement de sept paires d’yeux pivotant à l’endroit où il venait d’y avoir les coups de feu. Notre supérieur n’eut même pas le temps de crier ses consignes que nous nous positionnâmes presque automatiquement, le canon de nos Armes Laser convergeant dans une seule et même direction.

« Quelle est la raison de tout ce raffut, soldat Meekins! » Vociféra l’officier lorsqu’il prit conscience du point où se rejoignait notre œil de visée.

Sous le nom de Meekins, je reconnu le soldat éploré de tout à l’heure. Son arme était levée, tournée vers le boisé qui juxtaposait le plateau sur lequel nous nous trouvions.

« Soldat Meekins! Réitéra notre supérieur en se rapprochant de notre confrère. Baissez votre arme!

- Pour quelle espèce de raison? Nous perçûmes dans le creux de nos casques, la voix de l’homme n’étant qu’un chuchotement sombre et vacillant. Ne devions-nous pas les tuer sans pitié s’ils avaient le culot de nous remontrer leur sale face? »

Nous comprîmes aussitôt de quoi il était question, la bouche de nos Armes Laser se tournant, cette fois-ci, en direction du bois. Là-bas, pourtant, tout nous semblait silencieux, immobile, à l’exception des branches et des feuilles qui craquaient sous les coups du vent.

« Soldat Piers, avec moi », ordonna finalement l’officier en avançant jusqu’à l’orée du bois, un Exosquelette vert foncé le suivant au pas.

Derrière eux, le reste de la cohorte suivait également, arme au poing, prêt à leur porter assistance si quelque chose bondissait hors de ce boisé. Je restais derrière, à la hauteur du soldat Meekins, qui venait finalement de baisser son arme.

« Ce Mutant… mérite ce qu’il a subi… Pour Cassie… » L’entendis-je murmurer, mais je n’osais pas parler, mon regard rivé sur la marche de mes partenaires.

Ils restèrent plusieurs minutes à l’orée du bois, peut-être à la recherche d’un cadavre, peut-être à la recherche de sang, mais qu’il s’agisse d’un cas ou bien de l’autre, ils revinrent vers nous deux, graves et silencieux.

« Il est bel et bien mort… Déclara l’officier, ce qui causa l’apparition d’un sourire sur les lèvres du soldat Meekins, sous son casque. Ne traînons pas ici plus longtemps. D’autres Mutants pourraient se ramener. »

Nous acquiesçâmes tous d’un hochement de la tête, ramassant les pics et les têtes. Notre retour à Tadryon fut tout aussi silencieux que notre départ. Dans notre sillage, nous pouvions entendre Meekins jubiler de plaisir d’avoir arraché la vie à l’un de ces Évolués alors que ses yeux étaient plongés dans le regard sans vie d’une jeune femme que notre supérieur transportait, sûrement cette Cassie… Je comprenais sa tristesse et son désespoir, mais restais complètement pantoise et atterrée devant une telle réaction de sa part.

« Il souffre beaucoup… »

Je me retournais, remarquant un Exosquelette que je commençais à bien connaître.

« C’est naturel… Répondis-je en tournant mon regard en direction du soldat éploré.

- Entre vous et moi, conscrite Björn… »

Le casque de mon compagnon se pencha jusqu’à ma hauteur, et il leva sa main comme pour me confier un secret.

« Toute cette histoire l’a brisé…

- Il souffre, comme vous venez de le mentionner.

- … Oui, mais il n’y avait rien. »

Mes sourcils se froncèrent; mon silence voulait tout dire. Rien?

« Il n’y avait rien, répéta-t-il. Pas de cadavre, pas de sang, pas même de traces d’une quelconque présence. Il a tiré dans le vide, comme s’il s’était imaginé… »

La suite de sa phrase mourut dans sa gorge et je n’ajoutais rien de plus pour briser le silence. D’un même mouvement, nos regards se portèrent naturellement vers le soldat Meekins qui continuait de blatérer dans son casque des palabres inaudibles.

« Bientôt, nous serons aux Portes de Tadryon. Une équipe de la Compagnie sera présente pour les récupérer, déclara, un peu plus tard, notre officier en faisant un vague signe de la tête en direction des têtes que nous transportions. Restons le plus discrets possible… »

Il émit une pause et reprit presque aussitôt, abandonnant momentanément son titre d’officier pour n’être que le citoyen Duncan.

« Meekins… Sache que nous sommes tous sincèrement navrés… »

Personne ne mérite de ressentir une telle peine… M’affligeais-je en voyant le soldat Meekins se recroqueviller, petit à petit, sur lui-même, serrant dans son poing l’Arme Laser qui lui avait permis de cracher une partie des ressentiments qui croissaient en lui. Mais la haine, elle, ne s’en était pas allée et peut-être ne disparaîtra-t-elle jamais…


Post III [1 489 mots]



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