Partagez | 
 

 Mère de sûreté [Évent | Solo]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Calvin
avatar
♦ Messages ♦ : 519
♦ Inscrit le ♦ : 03/03/2016




Message(#) Sujet: Mère de sûreté [Évent | Solo] Dim 4 Juin - 22:49


Inventaire
:
 

Rien n'était étonnant, tout était inévitable. La plèbe s'animait sous le regard médusé des prisonniers dans leur chambre, les regards et les palabres allaient et venaient entre les individus conditionnés pour répondre efficacement aux situations critiques. L'ironie était à son comble : on pouvait soumettre les personnes aux codes, mais on ne pouvait contenir leur passion. En outre, lorsque le divin dicte de porter les armes pour éradiquer ce que ce démiurge de métal qualifie d'impie, les fervents suivent. L'utopie de Tadryon était remise en cause, et à juste titre : on ne pouvait fonder à la fois une ville et une armée, on ne pouvait demander aux survivants d'être à la fois des personnes et des soldats. Ce que ces murs renfermaient était une masse hétéroclite d'Hommes, il n'y a pas de rangées finement tracées entre ceux plongés dans le déni du changement, et ceux enragés à l'idée que leur monde s'écroulait sous leurs yeux. Quant aux autres, ils étaient les véritables porte-étendards d'une humanité saine et élitiste.

" Tu sais très bien que je ne peux rien te promettre, Calvin. Les cendres du poison s'écrasèrent sur le réceptacle, tel les perles acides sur le bouclier céleste de l'humanité. Le dénommé inhala à nouveau sur son instrument mortel, les yeux rivés sur le brouillon extérieur. Aurais-tu oublié ton serment ? Ton statut de conscrit n'est pas une échappatoire. La figure maternelle avait raison, il était impossible de fuir les responsabilités indéfiniment ; le sort les rattrapait à une vitesse remarquable.
- Je sais. L'aveu fut accompagné d'une fumée compacte que le système de ventilation de charger de filtrer au dehors. Mais ton rôle est de dompter la beauté florale, pas l'annihiler au profit d'une domination mondiale.
- Ce n'est pas que contre des plantes carnivores que se battent nos camarades.
La mère appuya davantage sa tête sur sa propre main, l'air las. Les citoyens comme moi ne sont que de la chair à canon, utilisable comme support pour quelques plans militaires farfelues. Toi au moins, on peut te laisser derrière les lignes pour éponger les blessures. "

A quelques mètres du bâtiment, un Tadryen commença à rassembler la populace autour de lui, à coup de discours violents et de déclarations véhémentes. Il ne fallut que quelques secondes aux passants pour que leur attention soit détournée par les habits écarlates du fidèle. La conscription allait bon train du côté du Solstice et le gouvernement ne semblait pas vouloir refréner ce recrutement en masse. Seulement un appel au calme fut lancé sur les écrans. Ainsi, seuls les crieurs particulièrement déments étaient appréhendés pour être isolé au Sanctuaire. Comme le cas du fameux braillard d'en bas. Sa réserve terminée, Calvin cessa sa fumette et alla s’asseoir en face de Martha Lovelace, l'unique famille qui ne l'avait pas abandonné.

" Où est Père ? La question revenait à la charge chacune de leurs entrevues privées ; mais cette fois, le jeune homme ne lui laissa pas le temps de répondre. Tu devrais te lier à un autre homme. Aristackh Lovelace était quelque part à Varosha, voire au-delà. Pour sûr, son statut de citoyen de Tadryon avait été jeté aux oubliettes, ils ne s'étaient pas gêné pour leur annoncer la "terrible" nouvelle ; pour ce que cela valait, le père sera seulement plus absent que prévu, ou pire.
- Tu me conseilles cela à l'aube de notre première guerre ? Se moqua-t-elle avec le sourire. Martha n'a jamais été marqué par son manque de présence, c'était peut-être son côté distant qui l'avait attirée.
- Nous sommes en guerre depuis des décennies. Les survivants n'avaient vécu que le conflit, la paix était une notion qu'on aimait embellir dans les archives fantaisistes. Un soupir harassé fila entre les lèvres de la dame, bien que celles-ci ne rompirent aucunement ce qu'appréciait son fils chez elle : son affable sourire.
- Trouves-moi une belle-fille au lieu de tenir la chandelle de tes ascendants.
- Je m'y attellerai.
Il fixa sa gaieté grandissante. Je ne parle pas de la chandelle. A ce propos, je vais boire un coup. Affirma-t-il en se levant, pour aller chercher son manteau.
- C'est qu'il ne perd pas de temps, c'est notre fils tout craché.
- Qui sait ? C'est peut-être mon dernier verre.
La porte se referma sur cette plaisanterie morbide, les mots d'un jeune homme qu'on allait bientôt jeter en pâture aux monstres de son enfance.
- Là aussi, c'est ton fils tout craché. "


743 mots


: ☤ :
 
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t70-calvin-lovelace
Calvin
avatar
♦ Messages ♦ : 519
♦ Inscrit le ♦ : 03/03/2016




Message(#) Sujet: Re: Mère de sûreté [Évent | Solo] Dim 25 Juin - 19:18

" Et là je lui ai dit : "c'est à moi de réparer vos insanités" ! La demoiselle pouffa de rire, mais Calvin avait écouté ce fameux type de rire plusieurs fois : c'était celui d'une hilarité renfermée, le genre qui maintient la barrière mais cède quelques éclats par pure politesse. Non, cette jeune femme ne céderait pas pour lui, mais continuerait de tendre l'oreille pour ses histoires enivrantes.
- Alors tu es parti chasser ces Varazas après que ton ami ait été blessé ?! Le Tadryen porta le verre à ses lèvres.
- Plus ou moins, j'ai soigné du mieux que je pouvais la plaie de mon collègue. Il entrouvrit ses lippes pour la liqueur qu'il termina d'un coup sec. Après nous sommes enfin tombés sur la bête qu'ils traquaient. Les prunelles de sa compagne, en ce début de soirée, s'illuminèrent à l'instar du regard d'un enfant qu'on comblait avec des promesses à venir.
- Raconte ! " Enjoignit-elle, point encore rassasiée des palabres sur le monde extérieur.

Le propriétaire de ce bar avait rabattu l'ambiance de ce soir sur des notes apaisantes, une amertume de nostalgie résonnait dans le timbre de la chanteuse, actuellement sur scène avec son groupe. On n'écoutait que peu les lignes de son discours caché sous les vers poétiques, seul le pouvoir de la musique avait le don de maintenir les clients en place ; alors qu'à quelques pas de l'établissement, il pouvait bien y avoir des citoyens mécontents qui se laissent aller à leur pulsion de survie. Et qu'au-delà des murs, les cornes de bataille avaient déjà sonné. Tout entre ces murs transpiraient l'intimité, la désillusion totale, un rêve dont on ne souhaitait pas se réveiller. Pas tout de suite.

Outre le faux couple en herbe que formait Calvin avec l'inconnue au comptoir, le reste de la peuplade s'était dispersé aux quatre coins de la pièce. Entre ceux sirotant quelques cocktails, ceux plongés dans leur jeu, et les autres qui étaient scotchés aux informations de l'écran. Mais ce qui était le plus remarquable, c'était la disposition des tables, comme si un périmètre de sécurité fut tracé entre chaque "clan". Comme si les regards nonchalants étaient en réalité des signes de méfiance. Cet état d'esprit était similaire à l'époque où on soupçonnait à tout bout de champ ses voisins d'être des Évolués, à dose davantage distillée. Les groupes ne se mélangeaient guère, seuls les solitaires osaient franchir le pas. Comme Calvin avec cette fille, comme ce citoyen sortit de nulle part qui s'assied à ses côtés, un simili de sourire sur le visage.


" Tu as eu le courage de t'aventurer jusqu'à la forêt ? Le jeune Lovelace ignorait s'il était surtout déconcerté par l'initiative du camarade ou si ce dernier aimait simplement répéter les dires.
- Je suis allé dans la forêt, oui.
- Quelle modestie, tu as le droit d'en être fier, tu sais.
Il commanda une spécialité de la maison tandis que la demoiselle aux côtés de Calvin sentit l'attention lui être dérobée ; ce que Calvin lui-même ressentit également. Je ne suis allé qu'une fois au No Man's Land, j'ai eu de la chance d'en ressortir vivant. Mais dans le même temps, j'ai perdu mon pari pour savoir à quoi ressemble une Fille d'Ohibaan.
- Tss, les hommes.
Le conscrit aurait pu être d'accord avec sa camarade de beuverie s'il ne s'était pas lui-même frotté à ces fameuses filles de la Nature.
- Cette fois… Il prit son verre fraîchement servi. Nous allons tous aller là-bas. Le Solstice nous a tracé le chemin, c'est à notre tour de l'emprunter. Exactement comme l'avait fait Logan Soness à l'époque. Si c'est la volonté de Tadryon, j'irai sans hésiter. Il continuait de regarder le duo, arrachant à force d'insister le regard de Calvin. Ce discoureur avait les pupilles si vides qu'il était fort aisé pour lui de soutenir le contact visuel. Nous irons, ensemble. Nous irons voir les Filles d'Ohibaan. Nous irons voir ses Fils. Et nous bâtirons un nouvel hameau pour notre peuple. "

L'allocution était sans doute embellie par les quelques millilitres d'alcool qui circulait dans son sang, pourtant le conscrit y entrevoyait un message sous-jacent qui n'était sans doute pas volontaire. L'extérieur changeait indéniablement les Hommes, leur perception du monde et de leur avenir. Au bout du compte, la réponse de Calvin était un simple "Oui". Un "Oui" qui fut étouffé par le tir laser en pleine tête.


738 mots


: ☤ :
 
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t70-calvin-lovelace
Calvin
avatar
♦ Messages ♦ : 519
♦ Inscrit le ♦ : 03/03/2016




Message(#) Sujet: Re: Mère de sûreté [Évent | Solo] Mer 28 Juin - 22:49

" Plus personne ne bouge ! "

La déformation de l'humain formait le baptême du feu des hommes tel que lui, des clés de voute qui font coexister le bien-être et le chaos ambiant. Ce n'était point la première fois que Calvin observait, de ses propres yeux, le cadavre en charpie d'un pauvre hère supposément innocent. Guère besoin de tergiverser en suppositions, l'égide qu'il était censé incarner avait échoué dans sa mission : protéger coûte que coûte. La vigilance lui faisait défaut suite à la dose trop excessive d'alcool et de toxine dans ses veines, le choc l'avait failli basculer en arrière sur son tabouret, mais c'était sans compter l'asthénie de son corps qui maintenait son stoïcisme apparent. Autour de lui, les cris et les pleurs se multipliaient, avant de retomber en des sanglots silencieux, saupoudrés par les hurlements d'un déviant.

" Je n'irais pas. Vous m'entendez ? Si je dois mourir, ce sera ici ! "

L'assassin pointait son arme de poing à tour de rôle sur les groupements épars de la salle. La détonation avait dû alerter l'extérieur, mais il était en position de force, juste sur le pas de la porte pour empêcher quiconque d'entrer et quiconque de sortir. De là, il avait une vue impayable sur l'ensemble de la pièce, la portée de son flingue était suffisamment élevée pour atteindre le moindre client retranché à l'autre bout. Derrière lui, on frappait déjà à la porte pour essayer d'entrer, d'entrevoir ce qu'il était en train de se produire comme insanités ; mais l'insistance de la plèbe extérieure finit par s'estomper suite aux tentatives en vain. L'espace de quelques minutes, peut-être même de plusieurs heures si tout partirait à vau-l'eau, les soiffards étaient entre les mains d'un Tadryen dans le déni.

Grâce à la persuasion du canon, le dégénéré put ordonner à ses otages de se compacter le plus possible dans un coin. Un par un, ils obéirent sous le joug de l'arme, les mains en l'air. Il n'y avait aucun véritable combattant ici, seulement des citoyens qui souhaitaient profiter de leur temps libre pour s'évader de cette cage. Durant tout ce temps, les pupilles azurées de Calvin étaient rivées sur le corps avachi sur le comptoir, décapité en grande partie par la simple puissance de feu. Le sang dégoulinait de l'œuvre macabre, et sur le visage du médic. Il entendait le monde se bousculer autour de lui mais ses muscles lui faisaient avaler à grande bouchées son nouvel échec. Encore combien de macchabées devaient-ils se coltiner avant de retrouver la paix, aussi fallacieuse soit elle ?


" Pas toi. " Ordonna le meurtrier au sauveur de vie, dont le tour était normalement venu suite au passage de sa compagne en proie à la terreur.

L'adrénaline montante lui permit d'enfin reprendre librement les commandes de sa carcasse, son premier réflexe étant de pivoter la tête en direction du gars, les bras toujours tendus à moitié en l'air. Le regard de Calvin était à la fois empli de crainte et de colère, une colère si profondément ancrée que sa crainte était beaucoup plus palpable pour le criminel ; de ce fait, ce dernier le pensait malléable. Un simple échange visuel permit au conscrit de confirmer que ce troublé-là était parfaitement conscient de ce qu'il faisait, il avait emprunté le point de non-retour sans regret.

" Toi. Répéta-t-il, plus fort. Tu es différent, si tant est que tes racontars soient avérés. Calvin demeura fixe, un seul faux pas ne ferait qu'empirer la situation ; autant pour lui que les otages qui, eux, étaient toujours maintenus en joue.
- En partie. Comme tout le monde, suggérait-il silencieusement. Je connais ce regard. Initia-t-il, dans le but d'aider le tueur, avant qu'il n'ait quoi que ce soit à redire. Moi aussi, je souhaitais la sécurité avant tout, je ne voulais pas continuer de vivre avec le risque qu'un cataclysme s'abatte sur moi, autour de moi. Mais le risque, il existait bien avant notre ère. Les Hommes de l'Ancien Temps étaient déjà confrontés à leur propre monde. Un léger froncement de sourcil souligna son discours. Seulement, il y a ceux qui se battent loyalement, et ceux qui méritent d'être démembré par les Fils d'Ohibaan. "

Il regretta aussitôt ce débordement, bien avant que le ravisseur se rapproche pour plaquer l'embout de son pistolet sur le crâne. Avec la proximité, les yeux de Calvin purent percevoir quasiment tout le profil psychologique du gaillard, sa simple posture et son expression actuelle trahissaient les moindres lignes sous-jacentes de son dossier. Ce décryptage, il l'avait tant exercé par le passé, à force d'étudier la vie et la mort, l'humain et le monstre qui s'y cache. Et ce fut à cet instant qu'il fut rassuré d'apprendre qu'il était tiré d'affaire : le décisionnaire de sa vie était enragé mais son esprit était trop embrouillé par les invectives de son adversaire. Un moment d'hésitation, ce fut tout ce dont Calvin put profiter pour déclencher le déclic de sécurité de son revolver. La pression sur la gâchette fit partir le laser dans la rotule ; l'équilibre lancinant conjugué à la douleur fit aussitôt perdre à la victime son avantage. Le jeune Tadryen se leva de son siège et ne cessa de pointer son arme sur le troublé à terre, gémissant. Au même moment, enfin, les forces de l'Ordre pénétrèrent sur cette scène typique de Tadryon. J'aurais essayé de te sauver.


901 mots


: ☤ :
 
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t70-calvin-lovelace
Contenu sponsorisé




Message(#) Sujet: Re: Mère de sûreté [Évent | Solo]

Revenir en haut Aller en bas
 
Mère de sûreté [Évent | Solo]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Dysnomie :: La Ville Azurée :: Varosha :: Tadryon-
Sauter vers: