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 Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella)

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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Sam 10 Juin - 8:01

S’aérer l’esprit faisait du bien et Zacharias appréciait énormément profiter du beau temps pour s’entraîner aux arts martiaux. C’était un moment privilégier par l’ancien réfugié pour se recentrer sur lui-même et pour se ressourcer. Bien qu’il prenait de plus en plus de démarche pour s’intégrer à la société de Tadryon, il se sentait encore comme un sauvage parmi les rois régulièrement. C’était difficile pour lui de gérer tout cela par moment et il s’ennuyait de Varosha, ainsi que de sa famille, lors de ce genre de moment. Les arts martiaux lui permettaient de faire le vide dans son esprit et de mettre tout cela de côté quand sa nostalgie devenait trop envahissante. Aujourd'hui, la seule chose qui lui faisait un pincement au cœur, c’était de ne pas avoir accès au lieu qu’il utilisait habituellement pour se pratiquer. Cet endroit était à la fois magnifique et dépourvu de curieux, ce qui était un gros atout pour éviter d’être dérangé pendant son entraînement. Il avait donc dû se rabattre sur un lieu secondaire pour mener à bien son entraînement, un petit espace dans la cour de l’Académie qui répondait bien à la nécessité de calme et de solitude, avec de l’herbe pour le confort au sol.

Ainsi, une fois sur les lieux, Zacharias déposa son sac au sol et prit quelques secondes pour visualiser la suite des choses. Quand ce fut fait, il fit sa routine d’échauffement pour remettre ses muscles et son organisme en action et limité le risque de blessures. Il n’aimait pas se pratiquer seul, mais Vallarin ne voulait rien savoir des arts martiaux malgré l’insistance de son ami. Zacharias avait beau débattre sur le fait que se reposer uniquement sur les armes laser était dangereux, Vallarin trouvait que les voies archaïques de l’ancien monde ne valaient pas la technologie. Il agaçait parfois Zacharias en appelant ses arts martiaux de la danse, mais il choisissait son moment pour le faire, histoire de ne pas piquer son ami quand il était déjà de mauvaise humeur. Cela faisait qu’il se pratiquait seul en ce moment. En même temps, c’était possible de le faire, alors il pouvait bien pardonner à son ami de ne pas vouloir se joindre à lui. Une fois son échauffement terminé, il reprit le contrôle de sa respiration et essuya la mince couche de sueur qui avait pris naissance sur son front grâce à sa serviette dans son sac. Ensuite, il prit place dans l’espace dégagé pour entamer son entraînement.


« Tu cherches à partir un club de danse? »

Zacharias termina son mouvement et se redressa face à son interlocuteur. Il se doutait qu’il s’agissait d’un autre académicien, mais il percevait le ton hautain et baveux. Silencieusement, il resta face au groupe qui approchait avec leur sourire narquois. Ce genre d’abruti ne valait même pas la peine de perdre de la salive et Zacharias resta complètement neutre en soutenant le regard de celui qui avait parlé. L’ancien réfugié n’était déjà pas très bavard à la base, mais son manque de volonté à l’égard des relations avec les autres ne lui avait pas valu beaucoup d’amis non plus. Il passait souvent pour un marginal en cours en fait et il sortait souvent de la masse dans ses approches et ses perceptions, ce qui lui avait même valu à l’occasion des frictions avec des professeurs. Cela lui valait encore plus de difficulté à aborder les gens qui considéraient ses méthodes peu conventionnelles comme trop étranges.

« C’est obligatoire d’être muet pour faire ta danse? »

Zacharias continua de regarder l’interlocuteur silencieusement de son regard neutre, comme déconnecté de la réalité. Il était loin d’être impressionné par ce genre de personne ou par le groupe d’intimidateur qu’ils formaient.

« Tu es simple d’esprit en plus? J’ai du mal à croire que des cabrioles de danseuses puissent servir au combat. »

L’interlocuteur qui avait continué à avancer avec provocation tenta de se montrer brave pour faire rire ses amis et poussa Zacharias à l’épaule. L’homme qui avait été jusque-là calme et silencieux, complètement inerte face à la menace, réagit instantanément à l’agression. Dans un mouvement court, sec et rapide, il agrippa le bras qui le poussait au poignet et le tourna pour mettre la paume vers le ciel. Tout en tournant sur lui-même pour suivre la poussée et le déplacement de force de son agresseur, il passa son bras libre sous le coude de l’agresseur. Puis, d’un mouvement simultané, il poussa le coude vers le haut et le poignet vers le bas pour créer de la douleur chez l’individu. Ce dernier poussa un cri et proféra une foule d’insultes. Complètement insensible aux insultes de son agresseur, Zacharias tourna sur lui-même dans le sens inverse à celui en cours et passa sous le bras de l’opposant. Cela mit fin à la course de son adversaire dont le bras et l’épaule se tordirent violemment, à la limite de se déboiter, et obligea l’homme maîtrisé à s’écraser lourdement au sol sur le dos.

« Qu’est-ce que tu fou espèce de taré », cria un des hommes du groupe de provocateur.

Zacharias leva des yeux de prédateurs sur celui qui venait de parler et qui avançait pour prêter main-forte à son ami en douleur au sol. Replaçant ses mains par des mouvements courts et précis, quasiment immobile vue de l’extérieur, il installa une douloureuse clé articulaire qui arracha une plainte et des pleurs au supplicié au sol.

« Recule. »

L’ami qui approchait ne ralentit pas le pas. Zacharias envoya un coup de poing droit au visage de l’homme au sol.

- Recule.
- Qu’est-ce que tu fou espèce de dégénérer! Il plaisantait!
- Recule.
- Relâche-le!
- Recule
, avisa de nouveau Zacharias en levant de nouveau le poing.
- Je recule, merde! Calme-toi!


Son regard prédateur fixait intensément son interlocuteur qui recula jusqu’à ce qu’il soit à une distance raisonnable. Avec technique et prudence, Zacharias relâcha son emprise et son contrôle articulaire sur l’homme au sol. D’un bond rapide, il se releva et s’éloigna de l’homme au sol pour s’assurer d’être hors de portée de toutes représailles. L’homme au sol continuait de geindre en se tortillant sur lui-même. Visiblement, il n’allait pas quitter de lui-même. « Récupérer-le et quittez les lieux. » Après quelques secondes, le groupe s’activa pour venir récupérer leur blessé. Après l’avoir remis sur ses pieds et en le soutenant pour marcher lentement, le groupe quitta les lieux. Avec certitude, l’ancien réfugié venait de se faire de nouveaux ennemis. Il les regarda disparaître sans broncher et lorsqu’ils furent hors de vue, il se plaça en position de recueillement pour fermer les yeux et inspirer de manière rythmée. Tendant l’oreille au cas où, il continua de se recueillir avec lui-même sur les derniers événements, reprenant le contrôle de son organisme et son esprit en chassant les perturbations générées par cet affrontement imprévu.

(1 135 mots)
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Crescend Crimson
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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Sam 10 Juin - 22:55

Novella Björn




Un sensei, une élève, des arts martiaux



Inventaire de Novella
Aucun.


C’était un combat plutôt… expéditif, me dis-je en suivant des yeux la démarche chancelante du provocateur qui, malgré le soutien de ses compagnons, gémissait de douleur à chaque mouvement qu’il exécutait. Dans un mélange de souffrance et de colère, il tentait d’endiguer le mal qui s’infiltrait dans l’ensemble de son corps soit en serrant les dents, soit en contractant le poing, mais il n’y avait qu’à voir l’état de son bras et de sa face pour comprendre qu’il souffrirait le martyr jusqu’à être pris en charge par l’infirmerie de l’Académie. J’étais perplexe et à la fois profondément choquée. Je m’imaginais bien assister à une telle scène lorsque j’avais entendu les premiers bruits de branle-bas non loin du chemin que j’avais emprunté pour me rendre aux vestiaires de l’établissement, mais je n’aurais jamais pensé qu’elle irait jusqu’à une telle violence en vérité, l’indifférence du combattant solitaire m’ayant sidérée. Il était fort, sans aucun doute, en plus de maîtriser des techniques pour le moins… incitatives, mais, dans ses yeux, je n’avais vu aucune once de pitié pour son adversaire, aucune empathie, même quand ce dernier s’était retrouvé au sol, pleurant et criant durant le supplice qu’il subissait, alors que ses hurlements se muaient en jérémiades et en plaintes étouffées; pendant un instant, j’avais même cru qu’il finirait par lui déboiter l’épaule ou lui casser le bras. Est-ce qu’une telle brutalité était vraiment nécessaire? Lentement, je détachais mon regard des agitateurs pour le poser sur l’homme qui, entretemps, avait simplement repris le fil de son entraînement. Perdu dans son monde, dans sa bulle, je n’étais même pas certaine qu’il ait remarqué ma présence alors que je m’étais permis de me rapprocher de l’aire ouverte.

« Excusez-moi? L'interpellais-je après une seconde d'hésitation. Vous savez que les combats de la sorte sont prohibés et que vous aurez pas mal d’ennuis s’il vient à déclarer l’agression? Après tout, vous n’étiez pas obligé de lui infliger ces blessures pour une simple bousculade… »

Je m’arrêtais à quelques mètres de l’homme, considérant les mouvements qu’il dessinait dans l’air. À dire qu’il y a à peine quelques minutes, j’avais l’impression qu’il allait briser le bras de ce gars… C’est vrai, à présent, il était calme et maître de lui-même, à l’image du petit havre de paix que représentait cet espace vert.

« Enfin, peut-être que ça leur servira de leçon : ces quatre-là sont de véritables idiots, vous avez un témoin qui peut le certifier », rajoutais-je en tournant légèrement la tête vers l’endroit où les garçons s’étaient éclipsés, laissant dans leur sillage les lamentations de leur camarade blessé.

Et ce n’est pas comme s’ils n’étaient pas connus au sein de l’Académie en fait. Véritables racailles à la recherche du moindre individu à martyriser, ils s’amusaient à terroriser les plus jeunes étudiants quotidiennement et, à leurs heures perdues, ils trouvaient particulièrement plaisant de ridiculiser ou d’humilier les autres devant une foule de gens qui se mettaient à rire de leurs bêtises et à pointer du doigt le malheureux qui s’était trouvé dans leur ligne de mire. Il fut un temps où j’avais moi-même été leur victime : livres volontairement renversés, bousculades dans les corridors, cible de prédilection durant les entraînements et les simulations, j’avais goûté un peu à tout avec ce quatuor. Même si leur malice était, d’abord et avant tout, des pitreries pour attirer l’attention des uns, être connus des autres, la frustration et l’exaspération n’avaient pas attendus bien longtemps avant de bouillir au creux de ma poitrine. Chaque mot futile qu’ils prononçaient devenait une véritable irritation pour mon ouïe; chaque broutille qu’ils faisaient commençaient à m’agacer intérieurement. Pourtant, jamais je n’avais laissé filtrer le moindre ressentiment à leur égard lorsqu’ils m’accostaient, je n’avais jamais répliqué à leurs provocations ou lever le poing quand ils devenaient plus désagréables que d’accoutumée; ce n’était pas l’envie qui manquait en réalité… Malgré tout, j’avais simplement encaissé et garder au fond de moi la colère que j’avais, nombre et nombre de fois, désiré libérer. Peut-être que c’était cela qui m’avait préservé après tout, parce qu’après un certain temps, ils avaient tout bonnement jeté leur dévolu sur une autre proie.

« Vous savez, vous avez une drôle de manière de vous battre. Vos mouvements me font penser à ceux d’une connaissance avec qui je m’entraîne souvent… »

Intriguée, je finis par balayer les alentours du regard avant d’aviser le sac de l’inconnu. D’une enjambée, je rejoignis celui-ci pour poser mon sac près du sien avant de me tourner vers l’homme :

« J’étais justement sur le chemin des salles d’entraînement… Est-ce que cela vous dérange si je me joins à vous? »


[768 mots]



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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Dim 11 Juin - 5:11

« Ils ne parleront pas. La honte de leur défaite et d'avoir à assumer leur comportement d'agresseur s’ils en parlent les gardera dans le silence. Quant à la nécessité, oui, c'était nécessaire. Ils ont fait leurs choix, j'ai fait les miens. »

Il n'allait pas expliquer à la jeune femme — non l'adolescente — pourquoi il avait choisi d'agir ainsi, même si elle venait de prendre place avec lui sur l'espace gazonné pour se joindre à lui. Ce genre de brute devait être remis à leur place, parce qu'à force d'agir impunément, ils développaient l'habitude de faire ainsi sans représailles et allaient toujours plus loin et plus intensément dans leur intimidation. Jusqu'à passer l'étape menant à un drame ou jusqu'à en faire un mode de vie menant à l'existence de voyou néfaste à la société. Peut-être que la correction avait eu l'air sévère, mais c'était plutôt ces jeunes brutes qui n'étaient pas endurcies et qui ne savait pas encaisser. Zacharias n'avait laissé aucune blessure majeure à son adversaire, juste de quoi sentir la douleur encore quelques jours pour se souvenir qu'il devait arrêter de distribuer la misère à tout le monde. Et maintenant, quand Zacharias serait dans le coin et qu'il recommencerait à s'en prendre aux faibles et aux démunis, l'ancien réfugié n'aurait besoin que d'un regard pour lui faire comprendre son erreur et les conséquences possibles. L'ancien réfugié avait passé sa vie à survivre, il avait passé sa vie à faire le nécessaire dans les camps pour que demain soit une possibilité, alors il n'allait certainement pas laisser qui que ce soit l'agresser. Et cela autant physiquement que mentalement. De mutiler l'esprit d'une autre personne était un crime d'autant plus grave que de s'en prendre physiquement à un autre.

Quand l'adolescente fut devant lui, Zacharias se plaça debout, les bras le long du corps et les pieds joints pour s'incliner doucement et se redresser ensuite. C'était en quelque sorte son autorisation à prendre part à l'entraînement avec lui. C'était aussi une forme de respect de base dans la pratique des arts martiaux, une manière de remercier l'autre de prendre le temps de nous aider à nous pousser plus loin et nous permettre d'apprendre. C'était également la manière de témoigner que malgré les coups qui seraient portés, le tout se voulait de l'entraide et de la fraternité pour l'un et l'autre. C'était aussi la manière de savoir qu'il n'allait pas simplement chercher à lui mettre une correction à puissance grand V comme il avait fait avec la brute de tout à l'heure. Il ignorait ce qu'elle connaissait des arts martiaux, il ignorait également qui était cette connaissance qui avait 'une drôle de manière de se battre' et qui échangeait avec elle, mais il comptait bien prendre le temps de jauger et d'évaluer l'adolescente. Les arts martiaux, c'étaient les arts de la guerre, non pas les arts de cogner en gorille jusqu'à la mort de l'un ou l'autre. C'était une forme de combat hautement intelligente et analytique. Zacharias, de par ce fait et les enseignements de son père, décryptait aisément la raison pour laquelle cette inconnue voulait s'entraîner ici plutôt qu'à la salle d'entraînement, elle voulait apprendre.


« Un combat, c'est avant tout dans la tête et dans la préparation. C'est savoir quand se retirer de la ligne de frappe ou quand plonger tête première dans l'assaut qui vient. Les mouvements ne sont que des conséquences de tout cela. Certains maîtres atteignant une maîtrise presque parfaite de leurs arts sont capables de remporter des combats en ne bougeant pratiquement pas. »

Toujours en pleine analyse de sa partenaire d'entraînement, il décortiquait du regard tout ce qu'il pouvait tenter d’interpréter pour se faire une idée de la personne devant lui. Façon de marcher, de déposer ou prendre des objets, ses mots, ses formulations, son regard et tellement d'autres facteurs. Elle avait de prime à bord une apparence quand même svelte, bien que son tonus et sa musculature ne semblent pas manqué ou faire défaut. Il se dit quand même qu'elle risquait de ne pas avoir son habitude des arts martiaux, alors qu'il allait commencer doucement pour ne pas la blesser, au cas où son apparence un peu frêle n’est pas mensongère. Bien qu'elle était froide et détachée, un peu comme lui, ses paroles et sa voix témoignaient d'une sensibilité et d'une innocence qu'elle n'avait pas encore perdue, contrairement à l'homme marqué au fer qu'était en ce jour Zacharias. Elle lui avait demandé la permission pour le rejoindre, mais après avoir installé ses choses, ce qui lui laissait croire qu'elle savait prendre sa place, mais manquait encore de la confiance nécessaire pour assumer ses prises de position. Doucement, l'ancien réfugié se plaça en garde et déposa son regard sur les épaules de la jeune femme, prêt à commencer leur entraînement.

« Une question intéressante à se poser quand on s'entraîne, c'est de savoir pour qui ou pour quoi on se bat. Et de ce que je comprends, vous ne le faites pas pour régler les bousculades. Alors, réfléchissez bien et dites-vous, honnêtement avec vous-mêmes, pour qui ou pour quoi aujourd'hui vous décidez d'apprendre la voie ancienne des guerriers d'autrefois. »

Zacharias n'avait jamais été de style très offensif. Il savait entamer le combat quand c'était nécessaire, comme la fois où il s'était porté à l'aide du passeur tomber en mauvaise posture, mais il préférait un style de combat plus défensif. En général, il misait sur une défense solide et difficilement pénétrable pour mener son adversaire à s'épuiser et vider son énergie, permettant ainsi de le mater sans risque quand il devenait trop affaibli. Sinon, durant le combat, la majorité des techniques qu'appréciait Zacharias reposait sur le concept d'exploité la force de son adversaire contre lui-même. Comme pour la correction infligée à la brute de tout à l'heure. Zacharias n'avait dépensé qu'une infime quantité de son énergie à lui, il avait plutôt saisi et redirigé l'énergie générée par son adversaire. C'était plus risqué et demandait de tenir le combat plus longtemps quand on affrontait une personne expérimentée, mais Zacharias avait toujours préféré se battre ainsi. Il avait beau ne jamais se défiler quand il devait mener front, il n'était pas non plus du genre à débuter les hostilités la majorité du temps. Neutre et impassible, seuls ses yeux qui avaient toujours été un livre ouvert chez lui témoignaient de la curiosité et de l'amusement quant à la suite à venir. Amusement n'étant en rien péjoratif pour l'adolescente, puisqu'il résultait de la satisfaction d'avoir enfin quelqu'un avec qui pratiquer et non pour se moquer d'elle.

(1 088 mots)
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Crescend Crimson
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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Lun 12 Juin - 7:23

Novella Björn




Un sensei, une élève, des arts martiaux




Tout naturellement, je calquais mes mouvements aux siens : je penchais mon buste vers l’avant, imitant, de cette façon, sa salutation. Et, étrangement, rien que par ce geste, de vagues réminiscences refirent surface dans mon esprit. La dernière fois que j’ai salué ainsi… Me remémorais-je, pensive. La dernière fois que j’avais salué mon opposant avec de tels égards, c’était du temps où mon père m’apprenait les rudiments du combat au corps-à-corps. Du plus loin que je me souvienne, il avait toujours été mon mentor avant d’être une figure paternelle. Exigeante comme personne, autoritaire et sévère, il avait toujours attendu de sa fille qu’elle se dépasse pour atteindre une perfection à la hauteur de ses aspirations. Malgré la rigueur de ses entraînements et des commentaires tranchants qu’il m’adressait afin d’escompter des résultats satisfaisants, j’avais l’impression qu’il avait plus agis en père durant ces instants que sur la somme de tous les autres moments passés en sa compagnie. Parce que durant nos exercices, j’avais le droit à son attention, à ses remarques, certes dures, mais toujours sincères et justes; j’avais soif d’apprendre, de connaissances, et tout ce dont je rêvais, c’était qu’il puisse poser ses yeux sur moi en se disant à quel point il était fier de son enfant. Je voulais qu’il considère tous les efforts que j’avais déployé pour arriver là où je me trouvais désormais, qu’il me félicite d’avoir endurer son sale caractère pendant toutes ces années, mais qu’au final, le résultat seul comptait : je serais devenue sa digne héritière…

Mais, comme vous devez vous en doutez, la réalité fut toute autre, nos envies furent toutes autres et, inévitablement, nous prîmes des chemins bien différents. Je ne savais pas encore comment tout cela s’était déclenché, mais le fait est que la roue s’était mise à tourner. Si, durant plusieurs années, j’avais comblé ses attentes et satisfait le professeur en lui, le comblant peut-être de ce bonheur éphémère qui lui était rare d’arborer, petit à petit, j’avais fini par régresser, diminuer. Manque de motivation? Stress? Pression? Attentes trop élevées? Peut-être un savant mélange de toutes ces raisons, peut-être pas : comme je l’avais mentionné, je ne savais pas moi-même comment tout ceci avait démarré. Seulement, j’avais commencé à développer le sentiment que je ne pouvais plus suivre le chemin qu’avait tracé mes géniteurs pour moi. Il fallait que je dessine et emprunte ma propre voie. La majorité avait aussitôt pointé du doigt la crise d’adolescence et assurait à mes parents que cela me passerait. Malheureusement pour eux, le caractère avait persisté; et je vous affirmais qu’il ne s’agissait pas que d’une simple 'crise' comme on pourrait, péjorativement, la définir. J’avais seulement… l’impression d’avoir ouvert les yeux, d’avoir compris que ma place ne se trouvait pas ici : vous voyez, je préférais l’emploi du terme 'prise de conscience' ou 'crise de l’identité' pour définir l’état dans lequel je m’étais retrouvée – et dans lequel je me trouvais encore aujourd’hui. J’avais simplement compris que je ne pouvais pas faire ma vie enchaînée à l’intérieur de la Promise. Ce qui avait forcément déplut à mes parents. Les erreurs s’étaient accumulées, le taux d’échec avait suivi la même courbe et la contrariété de mon père, à laquelle s’additionnait la déception de ma mère, elle, n’avait cessé d’augmenter à l’exponentielle. Arrête de rêver, de t’enfermer dans tes illusions : la réalité n’est pas celle que tu t’imagines : c’était le même discours qu’ils me récitaient jour après jours après jour… Et ils avaient raison.

Cependant, je n’étais pas stupide. Je savais ce que recelait le monde extérieur… Peut-être pensais-je encore de manière naïve, mais je ne sous-estimais pas pour autant les dangers auxquels je devrais me confronter. C’est pourquoi j’avais continué de m’entraîner, d’aspirer de nouveau à devenir la plus forte, au grand daim de Maximilian et d’Eugénie qui persévéraient dans leur lutte pour me ramener sur le droit chemin – leur chemin ou celui de tous Tadryens. C’est aussi pour cette raison qu’ils voulaient tant que je participe à l’effort de guerre, que je m’implique plus, plus, toujours plus, aux missions que l’Armée assignait à de simples conscrits de mon gabarit. Mais pourquoi? Pourquoi ne pouvaient-ils pas simplement accepter que je ne veuille pas suivre la même route qu’ils avaient emprunté? Je ne voulais pas les décevoir, je voulais véritablement renouer avec mes parents, mais en retour, j’avais le sentiment de m’oublier et de me laisser de côté…

« Un combat, c’est avant tout dans la tête… Hum… » Le citais-je d’une voix basse, perdue dans mes pensées, alors que l’homme devant moi reprenait la parole.

Aussitôt, je redressais la tête dans sa direction, remarquant assez rapidement que je me trouvais sous le scanneur de son regard. Immédiatement, je détournais les yeux, préférant me concentrer sur ma garde. Je n’aimais pas être ainsi observé. Pas qu’il y avait quoi que ce soit de méchant ou de malicieux dans ses yeux, seulement, dans ma manière d’être, je ne me sentais vraiment pas à l’aise.

« … Vous savez, si vous êtes curieux quant à mes motivations, vous pouvez tout aussi bien me poser la question directement », dis-je promptement, évaluant la distance qui nous séparait afin de visualiser mon premier mouvement.

Doucement, je glissais mon pied droit, mon pied le plus fort, un peu plus vers l’avant. Mes bras, quant à eux, se placèrent de manière à me protéger le visage. J’étais clairement en désavantage. L’homme qui me faisait face était bien plus grand et plus massif que moi; sans aucun doute qu’il était bien plus fort aussi, ça allait dans le même sens. Dans ces conditions, je devrais le laisser m’attaquer en premier. Il serait sûrement plus facile pour moi d’exploiter mes habiletés autrement qu’en fonçant tête baissée. Cependant, j’étais curieuse, curieuse de savoir où je me situais, moi-même, dans ma maîtrise des arts martiaux par rapport à cet homme : s’il m’avait choqué par les gestes qu’il avait posé sur la pauvre, mais non à plaindre, racaille de tout à l’heure, il m’avait étrangement impressionné, intrigué et, avouons-le, stimulé. « Suis-je assez douée pour le mettre au sol? », n'était plus que mon unique pensée. J’avais beau affirmé, à ceux qui étaient intéressés, que ma vie, je ne la passerais pas infiniment dans l’enceinte de cette prison, je devais tout d’abord m’assurer d’avoir les capacités nécessaires pour ne serait-ce que songer à passer une journée entière sans risquer de me faire tuer.

« Et vous? Pour qui ou pour quoi vous battez-vous? » Lui demandais-je finalement.

À sa réaction, je clos brièvement mes paupières avant de les ouvrir, balançant déjà l’équilibre de mon corps vers l’avant.

« Alors, j’imagine que ce sera la plus forte conviction des deux qui l’emportera. »

Et en même temps que je fonçais sur mon opposant, je changeais ma garde pour une posture plus menaçante et agressive, adaptée pour la suite des manœuvres que je songeais exécuter : voilà qu’était lancée mon offensive. J’étais plus petite, plus fine, moins forte, et foncer droit sur mon adversaire n’était vraiment pas une bonne idée. Pourtant, j’avais choisi de miser sur ces défauts pour le mettre KO. En espérant que mon agilité et ma souplesse puissent être suffisants… Même si j’en doute fort… Mais ce n’était pas important.

D’abord, il me fallait porter le premier coup…


[1 211 mots]



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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Mar 13 Juin - 4:07

Zacharias eut un sourire en voyant le début d'offensive sans assurance de sa partenaire d'entraînement. Elle s'était inclinée, elle connaissait donc probablement les bases des arts martiaux et c'était bien. Elle semblait savoir se mettre en garde, mais il ne savait pas qu'elle était sa main dominante, alors il était difficile pour lui de juger de la qualité de sa protection. Par contre, malgré toute sa volonté de devenir une combattante, elle hésitait encore à utiliser la violence. Par manque de confiance ou parce qu'elle avait encore l'âme trop innocente comme lorsqu'elle avait réagi à la correction qu'elle avait vu être infligée aux brutes? Il le saurait bien assez tôt en se battant avec elle. Un combat avec une personne en apprenait plus sur lui que bien des heures de conversations. Et comme elle avait laissé le doute s'insinuer dans son esprit, elle venait de perdre l'offensive qu'elle avait lancée. Avec souplesse, Zacharias coupa la distance qui les séparait et envoya un coup de poing que la jeune femme pouvait parer plus qu'aisément. Ensuite, il reprit sa distance et continua de se déplacer par de petits pas courts et précis. Il n'avait pas cherché à réellement la toucher, il évaluait encore ses capacités pour le moment. Il avait simplement voulu la saisir.

« Vous doutez. Quand vous passez à l'attaque, vous devez être en pleine certitude de prendre le dessus. Débuter un combat si vous ne croyez pas pouvoir le gagner, c'est plonger dans ta tombe. Le doute mène à la tombe. »

Quand on passait à l'assaut, on devait être le lion, on devait être le prédateur qui n'avait que comme seul objectif de planter ses crocs dans la jugulaire de sa proie pour tout arracher d'un brusque coup de tête. Même si on était désavantagé, même si on était blessé ou meurtri, quand on menait l'assaut, on devait se voir gagner, peu importe la situation. Celui qui se voyait perdre et celui qui se voyait gagner avaient tous deux raison. Comme il avait dit, un combat se passait dans la tête avant tout. Bien sûr, certains combats ne valaient pas la peine d'être menés et étaient perdus d'avance, mais c'était là qu'on devait apprendre à analyser les situations. Choisir ses combats était un art, un art qui pouvait faire la différence entre vivre vieux ou non.

Continuant à se déplacer autour de sa partenaire d'entraînement, il lui laissa quelques secondes pour assimiler ses propos, puis il mit en application ce qu'il lui avait énoncé. D'un bond franc, il se mit à porter de son adversaire et envoya un direct avec la main ouverte à une vitesse modérée. Quand elle tenta de contrer son coup, il en profita pour saisir un de ses poignets de son autre main et plongea son regard dans le sien, sans la laisser fuir des yeux. Elle devait apprendre à faire front et à assumer l'endroit où elle se retrouvait quand elle s'y retrouvait. Le regard de Zacharias était lui aussi un livre ouvert et il savait que bien souvent les gens pouvaient le décrypter en analysant ses yeux. Mais, avec les années, l'ancien réfugié avait appris à vivre avec et prendre ce détail en compte quand il faisait ses choix. Si elle voulait devenir un lion, elle devait apprendre à agir en lion. Profitant de la courte distance les séparant, il répondit à une de ses phrases de sa voix monocorde.


« C'est à vous que vous devez répondre. Que je sache la raison qui vous motive ne donne rien, c'est vous qui devez croire en la raison, pas moi. »

Il la relâcha le poignet et leva le genou pour simuler qu'il allait donner un coup de pied, veillant à ne pas laisser l'adolescente profité de la proximité qu'il avait créée pour lui envoyer le moindre coup. Il ne termina pas le coup de pied, ayant eu la diversion qu'il avait besoin pour ne pas recevoir de représailles, pour reculer et reprendre sa distance. C'était ça agir en lion. C'était ça mener une offensive déterminée. Évidemment, il avait un plus grand éventail de connaissance pour pallier aux imprévus, mais il se dit que l'adolescente ne devait pas être complètement démunie non plus. Et puis, au pire, l'humain en danger savait être créatif pour se sortir du pétrin, alors elle allait certainement trouver quelque chose au besoin si elle était en difficulté.

« Quant à moi, je me bats parce que c'est ce qui a assuré ma survie de mon enfance à tout récemment. Pour ma sœur et son fils qui sont encore coincés de l'autre côté du mur. Pour reprendre la main sur l'environnement et remettre une terre habitable à l'humanité. »

C'était peut-être des raisons un peu globales et abstraites pour certaines, désespérées et idéalistes pour d'autres, mais c'étaient ses raisons. Et, comme il avait dit, que les autres croient ou non ses raisons importait peu. L'important, c'était de croire soi-même en ses motivations. Reprenant son mode plus défensif, il continua d'analyser l'adolescente tout en gardant son regard sur les épaules de celle-ci. Si elle voulait lui donner ses raisons, il pouvait bien les écouter, mais si elle gardait le silence, il ne poserait pas de questions. Et puis, rien ne prouvait que cette rencontre déboucherait sur une autre. Pourtant, il ne détestait pas l'idée de former une personne aux arts martiaux. Il avait l'impression de transmettre et de faire partie d'une longue tradition en insufflant son savoir à quelqu'un d'autre. Est-ce que son mentor avait eu autant de questionnement que lui? Est-ce qu'il avait cherché à bien faire autant que lui? Il ne savait pas et il se dit que si jamais cette adolescente voulait poursuivre son apprentissage, il gagnerait à retourner voir ce dernier pour lui demander des conseils. Mais bon, il s'obligea à se concentrer sur le présent pour ne pas qu'une distraction lui cause un retard ou une mauvaise manoeuvre.

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Crescend Crimson
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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Mer 14 Juin - 1:56

Novella Björn




Un sensei, une élève, des arts martiaux




Reculant en effectuant de petits bonds, je repris ma position de défense, me forçant à conserver un léger contact visuel avec mon adversaire, sans pour autant m’attarder dans le blanc de son regard. Depuis que j’étais toute petite, on me répétait que les yeux étaient les fenêtres de l’âme, ou son miroir, car s’y reflétaient les émotions d’autrui. En effet, qu’il s’agisse du caractère ou des sentiments qui se bousculaient à l’intérieur d’un esprit, ils étaient toujours plus faciles à transmettre par le biais des yeux que par toute autre communication. Cela dit, il y avait toujours des gens qui réussissaient à fermer les battants de leurs fenêtres tandis qu’il y en avait d’autres, comme moi, qui n’y parvenaient pas. L’adage en lui-même avait beau être littéralement magnifique; pour moi, il était synonyme de crainte et d’invasion. L’envahissement de l’autre dans mon regard m’inquiétait, car j’avais la désagréable impression que l’on s’amusait à fouiller mon âme, dépoussiérant d’anciennes mémoires, immergeant des sentiments enfouis et au final, c’était comme si l’autre personne s’imprégnait des fragments de mon être et de ma vie. C’est pourquoi, pour prévenir toute intrusion, je réduisais le plus possible ce type de proximité en détournant le regard ou en fuyant simplement la vision du visage de l’autre; c’est pourquoi, lorsque mon partenaire d’entraînement m’avait agrippé le poignet pour forcer le contact, j’avais vivement réagi. Pourtant, cela n’avait duré que quelques secondes à peine, mais ce fut suffisant pour que je me rétracte et désire m’éloigner au plus vite. Instinctivement, j’avais voulu riposter en envoyant un coup de poing dans son bas-ventre à l’aide de ma main libre, mais il m’avait relâché, levé sa jambe, comme dans l’intention de me mettre un coup de pied. Entre nous, le coup de pied n’aurait même pas été nécessaire pour me faire reculer, puisque je n’hésitais pas une seconde à revenir sur mes pas en sautillant. Maintenant, j’étais loin, loin de l’analyse et de la pression de son regard et je me permis d’expirer un bref soupir de soulagement.

À défaut d’être en mesure de le fixer droit dans les yeux, je me concentrais sur le reste de son corps, ses bras surtout, et ses jambes. Tout en tendant l’oreille à ses propos, j’évaluais la situation dans laquelle nous nous trouvions, la distance qu’il me faudrait parcourir pour relancer l’assaut, car oui, j’avais bien l’intention de réitérer mon offensive. Avec beaucoup plus d’aplomb cette fois-ci, car il avait raison sur un point : débuter un combat si nous ne croyions pas pouvoir le gagner, c’était comme creuser sa propre tombe et se jeter à l’intérieur. J’avais eu des doutes quant à l’envoi de ma précédente attaque, je l’admettais, parce que je me concentrais sur l’ensemble des traits morphologiques qui nous discriminaient et qui créaient, incontestablement, une différence notable entre lui et moi. Malgré mon idée de pouvoir prendre avantage de ses atouts, je ne m’étais pas assurée, au préalable, d’être moi-même convaincue que je parviendrais à gagner. Comme Maximilian le dirait : manque de confiance en soi, erreur de débutant. Misère…

« Vos motivations sont tout à fait louables tandis que les miennes sont plus… égoïstes », me permis-je de glisser d’une voix basse, sans m’imposer un quelconque filtre, notant, au passage, qu’il avait parlé d’une sœur…

Puisque la loi sur l’enfant unique était sévèrement punie par le gouvernement lorsqu’elle était bafouée, je fis immédiatement la connexion dans mon esprit Un réfugié… Voilà pourquoi ce style me disait quelque chose… Malgré les variantes et la petite touche d’unicité dans chacun de leurs mouvements, Crescend et cet homme gardait les mêmes bases quant à leur style de combat. Est-ce que tous les Varocs se battaient ainsi de l’autre côté du Mur? À quoi tu penses, ma pauvre… Me repris-je en secouant doucement la tête, me focalisant sur notre combat avant tout; les questions, je pouvais les poser plus tard.

« Cela dit, monsieur, permettez-moi un commentaire, inspirais-je. Je ne comprends pas pourquoi vous n’avez pas pris l’opportunité de me frapper avec ce coup de pied… »

Contractant les poings, je me rapprochais de l’individu, visant ses mains du regard.

« J’étais à votre portée. Mon poing ne vous aurait jamais touché à temps, puisque vous aviez déjà commencé, entretemps, votre mouvement. »

J’étais plus qu’à un mètre à peine de sa position, ramenant mes bras près de ma poitrine afin de préparer mon coup.

« Me croyez-vous faible au point de ne pas vouloir y mettre votre plein potentiel, monsieur? » Lui posais-je calmement, sans animosité.

C’était une question qui ne demandait pas de réponse, surtout parce que je ne lui laissais pas le temps d’en formuler une.

Rapidement, j’enchaînais deux coups de poings vers son visage, qu’il para à l’aide de ses avant-bras et, n’attendant pas qu’il retrouve une position défensive ou qu’il m’oblige à reculer par une riposte, je poursuivis l’enchaînement par un coup de pied retourné sur son flanc gauche. Mais il avait déjà eu le temps de reprendre sa garde, bloquant mon pied avec sa main pour le repousser. Naturellement, je voulus me stabiliser, ramenant ma jambe vers l’arrière, mais le combattant pris sa chance et envoya son poing qui perça ma garde : je reçus le coup de plein fouet, un peu plus haut que ma hanche. Se laissant porter par son mouvement, l’homme répliqua aussitôt par une série de coups de pied qui me força à reculer ou à esquiver par sauts. Ma mâchoire se contractait, alors que je reprenais ma concentration à la suite de l’attaque qu’il m’avait portée. Je n’avais pas le temps de réfléchir, pas le temps de me préoccuper de quoi que ce soit d’autre à l’exception des initiatives de mon partenaire. Maintenant! Il venait de faire un coup de pied circulaire et, par instinct, je pliais les genoux pour me baisser, profitant de l’occasion pour balayer sa jambe d’appui, restée au sol. La perte de son équilibre l’amena à chuter. Je voulus sauter au-dessus lui afin de le plaquer au sol et le maintenir, mais il se redressa à l’aide de ses bras. Se releva. Et, déjà entraînée par mon saut, je ne pus éviter son interception alors qu’il me coinçait dans ses bras.

Merde! M’injuriais-je en comprenant, trop tard, ce qu’il avait l’intention de faire : il voulait me projeter au sol! Précipitamment, je passais l’un de mes bras autour de son cou avant que je tombe par terre, l’impact de la chute m’arrachant un grincement de dents. Mais je le tenais, le corps de mon adversaire ayant roulé par-dessus moi après la projection. Je repris brusquement mes esprits, passant mon second bras en-dessous de son aisselle pour joindre mes mains sous le menton de mon opposant, serrant de plus en plus fort pour l’étrangler. Je serrais. Je serrais! Au point que mon visage se peintura de rouge. Puis, il me tapa le bras.

Aussitôt, je relâchais ma prise, le libérant. Tout aussi rapidement, je me relevais avant de prendre mes distances, sautant successivement sur mes deux pieds en raison de l’adrénaline qui me grisait.

Après quelques respirations, je me remis en garde, croisant brièvement son regard : le prochain échange, j’allais être autant à fond. J’espérais que cette démonstration l'avait convaincu de se battre sérieusement…


[1 207 mots]



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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Jeu 15 Juin - 3:51

De nouveaux face à face avec sa partenaire d'entraînement, il eut un sourire satisfait qui témoignait de sa bonne humeur d'avoir trouvé une personne pour s'entraîner. Elle avait du potentiel et elle avait eu raison de se sentir rabaissée par son manque d'implication initiale. Par contre, maintenant qu'il savait de quoi elle était capable et qu'il n'avait plus à évaluer ses aptitudes, il n'allait plus lésiner sur les coups. En quelques fractions de secondes, il repassa la dernière séquence d'offensives qui avait eu lieu pour se mettre en tête le style de combat de son adversaire. Elle utilisait une façon de se battre beaucoup plus axé sur la force brute et l'assaut direct. Quelques éléments clochaient par contre dans sa façon de mener les assauts et elle télégraphiait beaucoup ses mouvements. À la base, Zacharias n'aimait pas ce genre de combat, mais il ne pouvait pas nier qu'elle l'avait mis au sol avec celui-ci. Elle fuyait toujours du regard, mais au moins elle avait le cœur de mener ses offensives jusqu'au bout. D'ailleurs, Zacharias voyait bien au non verbal de l'adolescente qu'elle était sur le point de repasser à l'attaque. Cherchant à la distraire un peu, le Varoc reprit la parole. Il n'allait plus lui faire de cadeaux et ce serait à elle de choisir si elle l'écoutait ou non, comme dans un vrai combat.

« Mes raisons sont toutes aussi égoïstes que les vôtres. Je les utilise pour ma satisfaction personnelle uniquement et c'est donc égoïste, peu importe à qui elles profitent. »

Les premiers coups de poing arrivèrent et Zacharias les dévia avec des parades simples de manière à contrer l'assaut, mais à ne pas reprendre de distance ou briser l'initiative de l'adolescente. Le regard toujours sur les épaules de son adversaire, il utilisait ses capacités au niveau juste un peu plus élevé que l'adolescente pour ne pas lui donner le tout facile sans pour autant la démolir gratuitement. « Vous trahissez vos coups en rapprochant vos mains de votre buste avant de frapper, en plus de perdre votre protection pour votre visage. » Il frappa l'adolescente au front d'un direct avec la paume ouverte. Sa main partit exactement de l'endroit où elle était, sans reculer ou avancer avant. Seules les hanches du Varoc firent un mouvement de fouet pour donner la force à son coup. Le coup était rapide, mais peu fort, juste pour être désagréable sans briser le corps-à-corps en cours. « Poing gauche... pied droit... poing droit. » Dès que la frappe de son adversaire était 'trahie', Zacharias l'identifiait et la déviait pour lui faire voir qu'elle était visible et télégraphiée avant même d'être enclenchée réellement. Puis, il envoya un coup de pied de côté à l'adolescente pour utiliser la puissance de ce type de coup de pied pour la pousser hors d'atteinte et reprendre leur distance.

« Regard sur les épaules. Tous les mouvements impliquent les épaules et, en plus, les épaules nous obligent à garder une vision d'ensemble. Si on regarde le corps au complet, les mouvements ennemis donnent l'impression d'être plus lents. Si on regarde juste une partie, comme le poing, on perd la possibilité de voir les autres mouvements en plus que la partie fixée donne l'impression d'accélérer. »

C'était dur au début de tout faire et tout analyser en ne regardant que les épaules, mais c'était possible et c'était la manière de garder l'avantage avec une vision d'ensemble. Pour le moment, il ne voulait pas aborder plus d'éléments, parce qu'il en avait déjà donné deux à l'adolescente et deux majeurs. Rien ne servait de lui bourrer la tête avec tous les correctifs qu'il voyait. La prochaine étape serait le positionnement de sa main et sa jambe dominante et le fait qu'elle changeait souvent de jambe à l'avant inutilement. Zacharias était droitier et sa main droite, à l'image de sa jambe droite, restait toujours en arrière. Il était aussi constamment en mouvement ou sautillait sur place quand il était immobile, question de brouiller les signes des coups qu'il entreprenait. Encore avec un délai presque inexistant, sa partenaire d'entraînement passa à l'attaque avec conviction, il devait l'admettre.

Toujours avec un ajustement en fonction de l'adolescente, il soutenu les attaques de celle-ci en restant sur la défensive. Par moment, il envoyait une frappe avec la paume ouverte au visage quand elle baissait sa garde pour lui rappeler ce détail potentiellement mortel. Il savait également que dans la vraie vie, il l'aurait laissé s'épuiser en la laissant attaquer comme un taureau autant qu'elle voulait, mais pour des fins éducatives, il devait mettre fin au corps-à-corps avant qu'elle soit complètement épuisée. Elle voulait être traitée sans faveur, alors le Varoc lui ferait ce plaisir. Elle donna un coup de pied circulaire pour lequel Zacharias ne fit rien pour y échapper. Quand le coup de pied atterrit dans ses côtes, Zacharias plia le tronc pour encaisser le coup et réduire au maximum la douleur ressentie. En même temps, il crocheta la jambe de son adversaire avec son bras pour maintenir le tibia contre ses côtes. Toujours sans télégraphier son geste, son poing partant directement de sa position de garde, il alla écraser ses jointures dans la cuisse de l'adolescente sur le nerf sciatique pour créer un point de pression par coup frappé. Il libéra la jambe et attrapa le poignet de sa partenaire pour étirer son bras et posé son autre main sur le coude. En exécutant un pas ferme vers l'avant, il poussa vers le bas sur le coude en montant le poignet vers le ciel. Il mit juste assez de force pour créer un désagrément sans rendre le tout douloureux, tout en la propulsant vers le sol par la même occasion.

Avoir voulu, et si elle avait été une vraie ennemie, il aurait pu finaliser sa poussée et relâcher le bras pour la laisser s'échouer au sol. Zacharias, malgré sa personnalité peu empathique, avait quand même la qualité de savoir respecté ses partenaires d'entraînement. Sans la relâcher, il fit un deuxième pas pour suivre l'élan et relever l'adolescente en abandonnant sa clé articulaire pour mettre fin à l'inconfort sur son coude. Une fois sa partenaire relevée, l'ancien réfugié la poussa vers l'avant et se recula pour reprendre de nouveau sa distance avec elle. La douleur dans la cuisse devrait disparaître d'ici peu, Zacharias n'avait pas frappé assez fort pour créer un dysfonctionnement de la jambe ni pour y installer une douleur de longue durée.
« Marchez lentement, nous reprendrons après. » Dans la vraie vie, elle aurait eu à continuer le combat en soutenant la douleur pour sa survie, mais là, c'était inutile de faire ainsi et c'était aussi contre-éducatif. Il voulait aussi évaluer la tolérance à l'échec de sa partenaire. Si elle était démoralisée outre mesure d'avoir été vaincue, il allait devoir trouver une solution. En même temps, il n'était pas le genre à laisser gagner pour faire plaisir, alors si la défaite l'empêchait de vouloir continuer à apprendre, il ne serait pas le bon partenaire d'entraînement.

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Crescend Crimson
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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Ven 16 Juin - 15:35

Novella Björn




Un sensei, une élève, des arts martiaux




Quand mon adversaire me repoussa, je me laissais faire, sans opposer de résistance, la douleur qui secouait ma jambe me préoccupant bien trop pour que j’y accorde une quelconque importance. Par automatisme, je me mis à claudiquer, la douleur qui se répandait dans ma jambe s’atténuant petit à petit; même si elle était moins intense qu’à l’instant où il avait porté son coup sur celle-ci, je supportais tout de même difficilement les fourmillements brûlants qui se propageaient, n’exécutant que de petits pas pour avancer, comme il me l’avait conseillé.

« Vous… Vous avez touché à quoi, au juste? » Expirais-je en fixant mes jambes, m’attardant plus longuement, toutefois, sur celle qui tremblait légèrement sous mon poids.

Mes pensées tentaient de s’extraire des dernières vagues de douleur qui persistaient dans mon membre alors que j’effectuais quelques allers et retours sur l’herbe de l’aire ouverte.

« Un nerf? C’était un point de pression? » Poursuivis-je dans mon questionnement en massant, du bout de mes phalanges, la zone où le coup de poing avait été porté.

Mon père m’en avait déjà parlé, très succinctement cela dit, mais je n’avais jamais eu la chance de l’expérimenter, en instigateur ou en victime, de mon côté. Après tout, ces zones s’avéraient être particulièrement sensibles et un mauvais coup, employé avec la mauvaise force, pouvait devenir fatale, autant pour l’ami avec qui on s’échangeait les coups que pour l’ennemi qui nécessitait uniquement d’être appréhendé. Bon sang… Quand il m’avait avoué que ce genre d’attaque, une fois bien maîtrisée, pouvait mettre fin à un combat en moins de cinq minutes, ce n’était pas que des paroles envoyées en l’air pour faire l’intéressant. La gamine que j’étais à cette époque – je m’en souviens – avait écarquillé les yeux de stupéfaction lorsqu’il s’était mis à en parler, croyant qu’il disait tout cela uniquement pour m’impressionner, même si, entre nous, le caractère de mon père n’était pas du tout porté sur ce genre d’excitations, qu’il définissait lui-même de puériles. Cependant, aujourd’hui, je le vivais et comprenais parfaitement le sens de ces paroles désormais; dès que j’avais reçu le poing de mon opposant contre ma cuisse, je m’étais complètement figée, glacée, le mal me transperçant le corps et l’esprit tout entier. Instinctivement, j’avais su qu’il avait touché un point particulièrement important.

De nouveau, j’essayais de poser mon pied au sol afin d’évaluer si ma jambe était en mesure de soutenir mon poids. Elle tremblait encore un peu, la douleur s’effaçant, certainement, mais je ne voulais pas attendre qu’elle se soit entièrement éclipsée. Au contraire, j’étais curieuse de voir jusqu’où je pouvais me rendre dans un nouvel échange après une telle contrattaque. Serais-je ralentie? Ma jambe me gênerait-elle? Enfin, pour l’instant, la douleur était plus ou moins supportable.

« Nous pouvons reprendre », lui affirmais-je, encore plus motivée maintenant que j’avais été en mesure de le sortir de ses gants de velours.

Après tout, n’était-ce pas pour cette raison que j’avais voulu me mesurer à lui? Je désirais évaluer mon niveau, voir ce dont j’étais capable même avec un homme de cette taille. Parce que là-bas, dehors, de l’autre côté du Mur, la Nature, elle, était indomptable, impitoyable, pour ne pas dire terrible. Je voulais me préparer à toute éventualité, m’exercer à l’aide de toutes sortes d’entraînements pour, qu’une fois à l’extérieur, je puisse survivre et combattre afin de préserver ma vie. Parce que j’avais beau assurer les gens de mon entourage que je ne passerais pas mon existence à Tadryon, la majorité m’adressait des sourires narquois, les autres se contentaient de m’ignorer, ce disant que ça allait me passer, mais ils partageaient tous une seule et même pensée : je n’y arriverais pas, j’allais me faire tuer. Est-ce pour gâcher la vie qui t’a été donné que tu veux partir affronter la Nature? Pouvais-je lire dans leur non-verbal, qu’il s’agisse de leurs yeux, de leurs sourires, de l’expression de leur visage… Tout en eux me soufflaient que je n’y parviendrais jamais.

Mais l’attraction qu’exerçait l’aventure sur moi était si puissante que j’étais même en mesure de la sentir vibrer dans mon sang. Sa seule mention m’excitait, me faisait peur et me faisait rêver : l’inconnu, l’horizon, cet eldorado que personne n’avait encore jamais vu, tout cela m’appelait dans le lointain. Sans véritablement m’en rendre compte, un sourire joua sur la commissure de mes lèvres, l’adrénaline qui parcourait mon corps détendant également les traits de mon faciès pourtant figés dans le marbre ordinairement. Voilà ce que je recherche… Songeais-je en posant mon regard sur mon opposant et, plus précisément, sur ses épaules, comme il me l’avait, une fois de plus, recommandé.

« Vous vous y connaissez particulièrement bien en matière de combat… Avisais-je, quelques secondes, avant de me mettre en garde. Êtes-vous un… professeur? »

Je posais la question, mais j’en doutais fortement, n’ayant jamais vu son visage, jusqu’à aujourd’hui, durant mes années à l’Académie. Quoi qu’il en soit, il aurait toujours pu être un professeur à Varosha… Enfin, enseignant ou non, il savait de quoi il parlait. Pour avoir essayé de mettre en pratique, durant notre précédent duel, les conseils qu’il m’avait prodigués entre deux échanges, je pouvais même vous dire qu’il était un habitué du domaine. En même temps, s’il est un ancien réfugié… Des combats, il avait dû en voir passer…

Aussitôt, je repassais en mode offensif, n’attendant pas une seconde de plus pour lancer l’assaut. Mais à l’instant où mon poing fila en direction de son visage, mon partenaire d’entraînement ne prit même pas la peine de parer l’offensive : instantanément, il disparut de mon champ de vision et je reçu, avant même de comprendre ce qui se passait, un coup de poing dans les côtes. Tsk! J’ai encore trahi mon coup… Compris-je alors que j’enchainais avec une seconde attaque. Le plus souvent, je tentais de rendre mes offensives le moins évident possible, mais changer cette mauvaise manie n’était pas aussi aisée qu’escompté, notamment lorsque je me retrouvais en plein milieu d’un affrontement et que mon cerveau semblait analyser vingt facteurs en même temps. Je poursuivais mes enchaînements, alternant les coups de pied au niveau de ses flancs et les coups de poing au niveau de sa poitrine et de son visage, cherchant une ouverture dans la défense de mon partenaire afin de le mettre hors service pour de bon. Je m’attardais tellement sur le moindre petit détail à présent : avais-je les jambes trop écartées? ma garde était-elle à la bonne hauteur? télégraphiais-je encore trop souvent mes mouvements? Tous ces questionnements tournaient dans mon esprit, rendant mes contrecoups moins efficaces. Je n’en avais pas conscience sur le coup, ne saisissant pas pourquoi il parvenait à me mettre autant de frappes sur le front, pourquoi il réussissait à percer aussi facilement ma défense.

À nouveau, il me repoussa d’un coup de pied et je me remis en position défensive, me concentrant sur la position de mes pieds, de mes bras, ma respiration s’étant accélérée à force de m’acharner… Qu’est-ce qui cloche? M’interrogeais-je en analysant la situation. Mon adversaire restait le même… Était-ce moi le problème? Aller! Encore une fois! Je fonçais sur mon opposant et, une fois suffisamment près, j’étirais mon bras jusqu’à sa poitrine pour le frapper. J’avais essayé de ne pas télégraphier le geste, utilisant mes épaules et mes hanches pour porter le coup, et le résultat s’avérait plus ou moins satisfaisant. Mais cette frappe manquait de vitesse… Et je ne fus pas la seule à m’en rendre compte.

L’homme m’agrippa instantanément le poignet et le plia de manière à ce que mes doigts soient tournés en direction du sol. Puis, il poussa mon poing vers le bas, mon corps se laissant naturellement emporté par la riposte. Je m’attendais à être poussé vers le sol, conditionnant mon corps de façon à ce que je puisse chuter sans me blesser, mais au lieu de me projeter par terre, mon partenaire prit appui sur son pied pivot et pivota à quatre-vingt-dix degrés pour se positionner juste à côté de moi. Le coup fila avant même que je réalise ce qui se passait, une vive mais brève douleur entre mes omoplates me coupant le souffle, momentanément. Comme la dernière fois, il ne me laissa pas manger la poussière, m’aidant à me relever. De moi-même, cette fois-ci, je m’éloignais, posant mes paumes contre mes genoux pour respirer.

« J-Je m’em…brouille… M’excusais-je. Je… réfléchis t-trop… Dé-Désolé… »

Mais je voulais réellement bien faire.


[1 396 mots]



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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Dim 18 Juin - 6:35

Le Varoc laissa l'adolescente se dégager du combat et aller reprendre son souffle en s'appuyant sur ses genoux. L'homme, quant à lui, mit fin à sa posture de combat, délaissant sa garde pour ramener ses mains en position d'attente et détendre son corps pour avec une position plus 'normale'. Il se surprit à ressentir un élan de sympathie pour la jeune femme. De l'empathie aurait encore été banale, mais de la sympathie, ce n'était pas tous les jours qu'il en ressentait. En même temps, quand il voyait celle-ci faire, il se revoyait alors qu'il était encore lui-même un jeune adolescent et par la suite un jeune homme. Il se revoyait avec son senseï travailler et suer corps et âme pour apprendre la voie des arts martiaux. Beaucoup y voyaient une façon de se battre tout simplement... c'était très réducteur. Les arts martiaux étaient une philosophie à part entière, qui se démontrait oui dans le combat, mais dans chaque geste et inspiration de la vie. Et cette philosophie qui manquait à tellement de gens, cette adolescente en avait une partie d'intégré en elle.

« Oui, j'ai touché un nerf. Un coup suffisamment puissant sur le nerf sciatique peut rendre la jambe inerte quelques minutes ou se révéler une distraction douloureuse. Et non, je ne suis pas senseï. J’ai toujours détesté enseigner et avoir à m'occuper de quelqu'un. »

Zacharias marqua une pause. Ses yeux analysaient toujours cette inconnue dont il ne connaissait même pas encore le nom. Cette femme qui avait tout juste l'âge pour entrer à l'Académie et entreprendre sa vie d'adulte selon les normes de Tadryon. Cette combattante qui l'avait vue mettre à profit ses compétences pour infliger une défaite des plus amères à un groupe de grands parleurs et qui avait osé venir lui demander de l'affronter pour se prouver. Pour se prouver quoi? Il l'ignorait, mais elle ne voulait pas se prouver pour faire un spectacle, elle était bien trop sérieuse pour cela. Elle avait une motivation noble et viable, une motivation qui la portait réellement et qui lui permettrait de se développer. Le genre de personne qui avait tout le potentiel pour fleurir et enfoncer solidement ses racines dans le sol. Peut-être même pourrait-elle proliféré avec son pollen pour instiller sa nature chez autrui? Est-ce que lui-même était prêt à franchir ce genre d'étape? Est-ce que son être pouvait accepter de laisser une partie de sa nature influencer le monde qui l'entourait? Et surtout, était-il prêt à tolérer de par cette ouverture à autrui qu'il soit lui-même changé par ce que les autres imprégneraient en lui?

« Ou du moins, je n'avais jamais pensé pouvoir apprécier enseigner et guidez quelqu'un vers son plein potentiel. »

Même si l'ancien réfugié ne croyait pas au divin ou au destin comme force supérieur, il restait fermement convaincu que la vie était remplie de personnes compatibles vouées à se lier ensemble si elles se rencontraient. Et pas juste à la façon de deux âmes sœurs comme beaucoup le concevaient, mais dans une panoplie de domaine. Comme celui d'un professeur et d'un élève. Cette adolescente était probablement une de ses personnes. Il détestait enseigner, parce qu'il détestait les pleurnichards et les faibles d'esprit tournant les talons aux défis. Il n'aimait pas ces gens douillets qui se plaignaient de leur confort ou qui blâmaient la vie pour leurs épreuves. Cette adolescente était différente. Elle prenait coup sur coup depuis tout à l'heure, sans geindre ou argumenter, sans jamais se décourager de savoir qu'il aurait l'ascendant encore tout le reste de l'entraînement. Un élève à qui l'on ne demande jamais plus que ce qu'il est capable de faire ne peut jamais atteindre son plein potentiel. Cette adolescente était en mesure de suivre cet adage qui dictait en partie la vie de Zacharias. Il devait bien l'avouer, cette inconnue l'impressionnait, ce qui n'était pas chose courante non plus. Doucement, il marcha pour la rejoindre, visiblement pas dans un esprit de combat.

« Tu penses à tout ce que ton instinct sait déjà faire. Dès le début, tu faisais instinctivement beaucoup de choses avec une grande précision et stabilité. Les détails que je t'ai relevés sont à peaufiner, oui, mais pas du tout dangereux si je puis dire. Dans un combat contre un adversaire moyen, tu auras le dessus, ce n'est même pas une inquiétude. Les habitués des arts martiaux ne sont pas légion, alors tu sauras te débrouiller avec pratiquement tous ceux qui croiseront ta route. »

Le passage du vouvoiement au tutoiement était le signe marquant l'estime qu'elle avait prise auprès de lui. Zacharias tutoyait dans des cas précis. Soit ses collègues de mission lors des déploiements, soit les gens qu'il combattait et finalement ceux qui avaient son estime. Elle venait d'intégrer les rares personnes qui avaient réussi à gagner son respect et son estime. Il ne cherchait pas non plus à la flatté pour adoucir les coups qu'il lui avait placés. Il était sincère et il avait toujours été sincère, mentir n'était pas une chose fréquente dans les actions du Varoc.

« Comme tu l'as probablement déduit, j'ai eu mon lot de combat, alors soit assuré que tu es loin d'être parmi les plus vulnérables que j'ai affronté. Ton estime et ta confiance sont les principaux freins qui te retiennent. Quand tu auras enfin pris les commandes de ta vie, tu seras redoutable. Et puis, pour une Tadryenne, tu es d'une endurance et d'une force à laisser sans voix. »

Il lui fit un mince sourire pour souligner que la provocation n'était en rien à mauvais escient. Il était clair qu'elle était tadryenne, de par sa personne et ce qu'elle dégageait, mais aussi parce que les adolescents varocs à l'Académie étaient loin d'être monnaie courante. En fonction de son âge, elle était assurément tadryenne si on couplait le reste des indices. Zacharias savait aussi qu'il généralisait de manière trop sommaire en accusant les Tadryens d'être fragile, mais il ne pouvait se défaire de cette impression même en vivant à l'intérieur des murs et en assistant à leur quotidien. La voyant se redresser, il attendit patiemment de voir ce qu'elle allait choisir de faire pour la suite. Voulait-elle encore s'entraîner ou bien avait-elle atteint une limite pour aujourd'hui? Avait-elle besoin d'une pause? Zacharias balayait les environs du regard, heureux de constater qu'ils étaient encore seuls. Il n'aurait pas été à l'aise de se donner en spectacle à une foule, même si elle était sincèrement intéressée et respectueuse. Et puis, il y avait une certaine intimité dans l'enseignement que Zacharias avait toujours chérie, comme celle qu'il avait eue avec son maître. Il avait toujours été seul lors de ses entraînements avec son maître et il avait toujours affectionné cet investissement unique, même si son senseï avait sûrement eu d'autres élèves en parallèle.

Comme elle avait toujours son regard déterminé et qu'elle reprenait une posture de combat, il laissa son sourire s'élargir un peu. Elle ne laissa pas paraître son épuisement si elle en ressentait et c'était ce genre d'attitude qui savait inspirer la confiance et la dévotion chez l'ancien réfugié. Doucement, il reprit sa position de combat à son tour et passa cette fois à l'attaque. Il avait constaté que sa partenaire savait gérer sa récupération d'énergie lorsqu'elle se défendait et il allait lui permettre de récupérer en étant cette fois celui qui menait l'offensive. Depuis le début qu'il la laissait s'échiner à tenter de percer sa défense, maintenant il allait être l'instigateur de la dépense d'énergie pendant qu'elle aurait à reprendre son énergie dans ce qu'on appelait 'la récupération active' — la capacité à descendre son rythme cardiaque et contrôler sa respiration tout en produisant le minimum d'effort pour réussir la tâche en cours. Évidemment, Zacharias ne mettait pas tout ce qu'il avait histoire de ne pas mettre fin au combat rapidement et empêcher l'apprentissage de sa partenaire. Il validait par le fait même la fluidité et la précision des mouvements de celle-ci, bien qu'elle manquait un peu de souplesse et d'agilité dans les transitions entre les mouvements.

Puis, alors qu'il frappait d'un direct de sa main avant, il eut la surprise de voir l'adolescente faire une rotation pour sortir de la ligne de frappe et il reçut un puissant coup de poing dans les côtes. Même si son senseï avait toujours détesté qu'il agisse ainsi, il ferma les yeux pour contenir la vague de douleur qui remonta dans ses nerfs, les dents serrées. Le temps d'une respiration, son corps lutta pour rester concentrer sur le combat en cours et son esprit du serrer sa prise sur les rennes de sa volonté pour garder sa mentalité de lion intact dans son assaut. Quand il ouvrit ses yeux à l'expiration, il était de nouveau en parfaite maîtrise de son corps et son esprit. Toutefois, sa main gauche qui était à l'avant avait descendu légèrement, conséquence de son coude qui s'était rapproché de sa cage thoracique pour diminuer l'effort demandé à son muscle maintenant endolori. Il lui avait dit, son instinct était compétent et savait quoi faire et comment faire, elle devait juste arrêter de douter et d'analyser ce que son corps savait. Tout en continuant son offensive, il laissa une ouverture de son côté blessé, feintant que la douleur lui avait fait faire une erreur. C'était une tactique qu'il aimait bien. Quand on créait volontairement une ouverture, on savait où allait venir le coup et comment le contrer avant même son adversaire.

Elle mordit à l'hameçon et Zacharias referma le piège. Quand elle saisit son poignet gauche avec sa main gauche, le Varoc lui saisit l'avant-bras de sa main agrippée et lui donna un coup de pied sur le tibia pour la surprendre et lui faire ouvrir les doigts. Il la tira ensuite légèrement vers lui et passa à côté d'elle pour se retrouver derrière elle, son bras gauche s'enroulant par-dessus sur son épaule gauche pour la maintenir en place. De sa main droite, il vint promener ses jointures sur le dos de l'adolescente jusqu'à sentir la bosse de ses vertèbres lui signalant qu'il avait trouvé la colonne vertébrale qu'il cherchait. Fermement, il appuya la jointure de son index entre deux vertèbres et appuya pour la faire entrer entre les deux disques légèrement. Cela fit arquer son adversaire vers l'arrière instinctivement pour essayer de contrer la douleur et libéra son cou lorsque la tête se rejeta vers l'arrière. D'un geste court et précis, Zacharias fit glisser son bras gauche sur le cou de la Tadryenne et aligna son coude avec le menton de celle-ci pour ne pas compresser sa trachée et risqué de la lui briser. De son avant-bras et son biceps, il compressa avec force la carotide et la jugulaire pour stopper le flux sanguin qui se rendait au cerveau. Relevant le bras droit, il attrapa son avant-bras droit de sa main gauche pour ancré sa prise solidement et augmenter la pression exercée.


« Il faut savoir quand se rendre. »

Soit elle se soumettait pour qu'il la libère, soit elle luttait jusqu'à voir des étoiles et finalement perdre connaissance. Les étranglements sanguins étaient sans danger et Zacharias irait jusqu'à la perte de connaissance si elle refusait de se soumettre. Contrairement aux étranglements respiratoires qui comprimaient la trachée et pouvaient la briser — ce qui bien évidemment était peu pratique pour continuer à respirer par la suite —, les étranglements sanguins privaient le cerveau de sang et d'oxygène provoquant ainsi l'inconscience. Si on le relâchait dès l'évanouissement, la personne revenait à elle immédiatement avec des étourdissements et des étoiles dans les yeux. Si on la maintenait plusieurs secondes après l'évanouissement, là il y avait des risques de dommages collatéraux, voir la mort si on la continuait un temps complètement disproportionné. Quant à la douleur, c'était complètement indolore. En fait, plus l'étranglement progressait et plus on se sentait bien, léger et détendu, comme sur un nuage. La perte de conscience survenait comme une traîtresse, sans même qu'on le remarque. Néanmoins, la douleur dans ses côtes de gauche faisait serrer les dents à Zacharias, ce dernier sentant encore l'impact du coup qu'il avait reçu plus tôt, raison pour laquelle il s'aidait de son bras droit de crainte de ne pas réussir à tenir assez longtemps pour avoir le dessus.

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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Lun 19 Juin - 20:31

Novella Björn




Un sensei, une élève, des arts martiaux




Immobile, à la manière d’une statue de pierre, je gardais mon visage tourné vers le sol, analysant les propos que mon partenaire venait de me confier avant de soupirer, mal à l’aise. Je n’étais pas habituée à ce genre d’encouragements, ni même à être encouragée tout court en vérité et c’est pourquoi, de prime abord, je n’entendis pas ces compliments dans le sens qu’il les comprenait, lui. Après tout, tout ce qu’on m’avait demandé, inlassablement, dans le courant de ma vie, c’était de ne jamais me contenter de ce que j’avais acquis, puisqu’au-delà, il y avait toujours quelque chose à apprendre et/ou à améliorer pour atteindre l’excellence. Surpasse-toi, qu’il me disait. Ne vise pas la moyenne, vise la perfection, renchérissait-il sans me porter un regard ou même un sourire. Maximilian avait toujours voulu que je sois à son image : forte, intransigeante à l’égard de ma personne, assidue autant dans mes travaux que dans la vie courante, qui reçoit sans rechigner et qui encaisse sans broncher. Jamais, je n’attendrais le summum de mes capacités en étant couvée de beaux mots et de félicitations lancés à tout-va, ne cessait-il de me rappeler. Ce n’était pas cela qui forgeait qui que ce soit. Obéis aux ordres, lançait-elle alors. Ne t’attends pas à être cajolé ou à être traité comme une enfant par tes supérieurs : ce qu’ils veulent, ce sont des résultats, concluait-elle en me dépassant, son regard tourné droit devant elle au lieu de se poser sur mon visage qui la contemplait, figé par la déception qui éclatait silencieusement dans le fond de mes pupilles. Quant à elle, Eugénie ne désirait qu’une seule chose : que je puisse me démarquer et viser les castes supérieures de notre hiérarchie. Personne ne me ferait de cadeaux dans ce monde impitoyable et hostile et je ne devais pas m’attendre à en recevoir. C’est pourquoi je devais toujours viser plus haut, ne pas hésiter à monter sur les têtes des autres pour m’élever, et m’infliger des épreuves qui me serait difficile à supporter; les autres faisaient pareillement, n'est-ce pas? Tout notre petit monde gravitait autour de ces concepts de puissance, de renommée et de dépassement après tout. Pas seulement mes géniteurs, mais l'humanité attendait de tous et chacun que nous nous portions vers ces idéaux, ces idéaux que je n’étais, pour le moment, pas en mesure d’accomplir malgré ma bonne volonté et tous les efforts que j’employais pour y arriver. J’y mettais du mien, à chaque jour, mais ce n’était jamais suffisant, jamais assez parfait, jamais assez excellent… Parce que, quelque part, ces rêves n'étaient pas les miens. Tadryon ne formait pas des hommes, Tadryon formait des soldats, mais étais-je forcée de suivre ce pas?

Une seconde fois, j’exhalais un soupir. Non, décidément, cet homme devait encore m’analyser et m’évaluer. S’attendait-il à ce que je me redresse, bombant le torse de fierté? Ou croyait-il que me flatter allait lui faire gagner quoi que ce soit? Je ne savais pas tellement, qu’attendait-il de moi pour me balancer tout ça? Dans ce monde, personne ne faisait de cadeaux à personne après tout, alors pouvais-je vraiment croire ses mots? J’en doute… Cela dit, la suite de ses paroles me troublèrent plus encore et, finalement, je me permis de poser mon regard sur son visage quelques secondes, cherchant à découvrir ses intentions derrière ces flatteries. Son faciès affichait un petit sourire en coin. En revanche, ses yeux… me perturbèrent. Automatiquement, je baissais le regard, troublée par la franchise que j’avais vu dans le fond de ses mires. Si cela me dérangeait que les gens puissent fouiller dans ma tête par le biais de mon regard, cela m’embrouillait d’autant plus lorsque j’étais celle qui parvenait à capter les sentiments d’autrui dans les fenêtres de leur âme. Cet homme… Pensait-il véritablement ce qu’il disait?

Silencieuse, je réfléchissais à ces derniers propos, cherchant à repérer, en vain, l’hypocrisie dans son discours. J’avais beau tourner et retourner ses mots dans ma tête, l’étincelle que j’avais perçu dans son regard ne cessait de me revenir en mémoire, m’ancrant l’authenticité de cette sincérité dans le fond de mon crâne. Vivement, je secouais la tête avant de me redresser pour faire de nouveau face à mon adversaire. Regard porté sur ses épaules, je restais les premières secondes statique, droite comme un « I », simplement là, en train de chercher un problème là où il n’y en avait pas. Mais il devait y en avoir un. Ne t’attends pas à recevoir de cadeaux, Novella… C’est… C’est comme ça que ça marche ici, n’est-ce pas?

« … … Hum… Finis-je par expirer. Ne pensez pas que me caresser dans le sens du poil vous sera profitable. »

Toutefois, un mince sourire fendit la barrière de mes lèvres tandis que j’arborais, une fois de plus, une posture de combat, contrôlant ma respiration du mieux que je le pouvais ainsi que les douleurs que je ressentais, ici et là, à travers mon être. Au fond de ma gorge, cependant, quelques mots attendaient de sortir. Je ne savais plus quoi penser, ni comment interpréter ces dires… Malgré tout…

« Malgré tout, je… … je vous remercie. »

Je ne savais pas quoi dire d’autre en réalité, peu habituée par une telle estime.

« Je ne suis pas très habile avec les mots pour ma part… » Lui avouais-je.

Brièvement, je fixais mes bras, qui étaient relevés devant mon visage, avant de reposer mon attention sur mon adversaire.

« Je parle assez bien avec mes poings, cela dit. »

Lui adressant un drôle de rictus ainsi qu’un bref regard en coin, je l’invitais à reprendre le combat, l’une des rares choses en quoi je croyais vraiment.

[…]

« Il faut savoir quand se rendre », entendis-je dans le creux de mon oreille alors que je venais de porter, instinctivement, mes mains sur son bras pour desserrer la prise dans laquelle il venait de me prendre.

C’était vicieux… Avait-il créé intentionnellement cette ouverture pour que je plonge tête première dans la gueule du loup? Ça ne m’étonnerait même pas. Tirant sur son bras pendant quelques secondes, je me rendis compte que cela n’arrangeait en rien ma position, me rendant simplement plus vulnérable aux desseins de sa tactique.

« Je… préfère encore me battre jusqu’à la fin. On ne sait jamais co-comment la situation peut tourner… » Tentais-je d’articuler, coincée.

J’essayais de bouger la tête, sans plus de résultats, ma vision commençant à s’embrouiller, les contours du décor commençant à se voiler dans une brume de plus en plus épaisse. Instinctivement, je levais ma jambe avant d’abattre sans ménagement mon pied contre le sien. Naturellement, la pression qu’exerçait ses bras s’allégea et, dans une riposte tout aussi instantanée, j’enfonçais mon coude dans ses côtes de gauche avant de relever mes bras et d’enfoncer mes mains entre ses bras, profitant de cet instant de faiblesse pour m’extirper de son emprise. Enfin libre, mais légèrement titubante, je m’éloignais de mon opposant avant de faire volte-face, une main posée sur mon front. Je… Tout est flou, constatais-je en essayant de reprendre une posture plus ou moins défensive, battant des cils à plusieurs reprises pour balayer les points noirs qui dansaient devant mes yeux.


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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Mer 21 Juin - 7:14

Cette fois, il laissa du répit à l'adolescente non pas parce qu'il cherchait à favoriser son apprentissage, mais parce qu'il avait à gérer les coups qu'il avait reçus. La douleur qui lui remontait des côtes, accumulation des deux derniers coups, était bien présente et il ne pouvait que se dire que sa partenaire ne savait pas se débrouiller. Elle avait employé exactement la technique qui lui avait été enseignée pour se dégager de ce genre d'étranglement et elle l'avait fait très bien. Son pied ne lui faisait déjà plus mal, ce n'avait été qu'une surprise désagréable qui l'avait fait relâcher la pression, mais le coup de coude avait été brillamment orchestré. C'était également la preuve qu'il n'avait pas cherché à la valoriser outre mesure plus tôt et qu'il lui avait donné l'heure juste : elle était apte et compétente. Pendant les quelques secondes nécessaires à l'adolescente pour venir à bout de son vertige, Zacharias lui en profita pour inspirer et expirer calmement, gérant la douleur qui parcourait ses nerfs jusqu'à son cerveau, mettant le tout en sourdine pour pouvoir continuer l'entraînement. Ce n'était pas la première fois qu'il recevait de vrais coups en entraînement et il n'était pas non plus à plaindre avec ceux qu'il avait infligés à sa partenaire de toute façon.

« Je vois que tu sais être combative finalement. Mais n'oublie pas également que les mots sont par moment de meilleures armes que les poings. Tu dois apprendre à utiliser les deux. »

Bien que sa voix portait encore les derniers relents de sa lutte contre la douleur, il avait réussi à garder un ton calme et posé quand même. Doucement, il changea sa garde pour mettre sa main droite et sa jambe droite à l'avant. Il était désavantagé dans un sens ainsi, parce que sa main dominante perdait sa fonction de puissance en étant à l'avant et sa main non dominante qui était plus faible — et maintenant blessée — ne pourrait jamais prendre la fonction de puissance réservée à la main en arrière. Au final, ce n'était pas préoccupant pour Zacharias qui avait déjà eu à composer avec ce genre de scénario en entraînement. Son senseï avait voulu qu'il soit capable de se débrouiller même dans cette posture déconseillée et l'avait fait pratique à se battre ainsi. Cela lui permettait actuellement d'avoir son bras gauche plus collé sur le corps et donc de contenir la douleur de ses côtes, le laissant ainsi libre de réfléchir à sa guise. Il se dit qu'un jour, quand elle aurait réussi à débloquer les derniers éléments qui l'empêchaient d'atteindre son plein potentiel, il pourrait prendre plaisir à l'affronter réellement, sans tenter de lui apprendre quoi que ce soit ou de la ménager. Ce jour-là, l'affrontement serait épique.

Cela dit, il n'allait pas être le meneur des offensives avec cette garde inversée. Quand l'adolescente aurait repris ses esprits et reprendrait le combat, elle ne serait pas diminuée par quelque douleur que ce soit et donc elle serait maintenant en position plus égale avec Zacharias. Le Varoc, lui, était maintenant désavantagé et allait rester dans sa prédilection, soit la défense et la manipulation des ouvertures qu'il laissait en piège à son adversaire. Il n'aurait plus autant besoin d'épargner l'adolescente également maintenant. Bien qu'il voulait l'aider à apprendre et progresser, il avait quand même son ego de combattant et son ego d'homme qui refusait de se laisser dominer par une inconnue pour lui faire plaisir. Il n'était pas encore totalement sûr s'il mettait fin au combat dans le prochain échange de coups avec une technique qui la laisserait incapable de reprendre l'affrontement — sans non plus l'estropier — ou s'il attendait encore. S'il attendait trop, il risquait de perdre l'ascendant et la capacité à mettre fin au combat. Indécis face à la décision à prendre, il se dit qu'il verrait l'ampleur du prochain échange de coups et qu'il se déciderait pendant celui-ci. S'il jugeait qu'il avait fait le maximum qu'il pouvait aujourd'hui pour l'apprentissage de l'adolescente et qu'elle se montrait trop 'dangereuse' d'avoir le dessus, il se permettrait de se donner à 100% et l'envoyer au tapis pour de bon.


(684 mots)
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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Jeu 22 Juin - 15:09

Novella Björn




Un sensei, une élève, des arts martiaux




Je prenais de grandes inspirations, cherchant à me défaire du vertige qui m’accablait et de la fatigue traîtresse qui commençait à s’insinuer dans les membres de mon corps. Pourtant, je ne demandais pas à ce que l’on s’arrête, pas tout de suite du moins, puisque j’avais encore de l’énergie à revendre et ma volonté n’était pas prête à fléchir pour si peu. Dans un vrai combat, avec un vrai ennemi, avec nos vies qui étaient en jeu, je ne pouvais pas me permettre d’arrêter simplement parce qu’un étourdissement me contraignait ou que l’épuisement me ralentissait. Il fallait aller jusqu’au bout, tout donner en quelques coups, au risque d’en perdre des morceaux en chemin, mais un bras, un œil ou une jambe en moins n’était rien en comparaison à la perte de sa vie et du futur qui aurait pu être tracé dans le sillage de celle-ci. Tout ce qui comptait, durant ces instants critiques, c’était la sauvegarde de sa personne et rien d’autre. Peu importait la nature, le sexe, l’âge ou l’affiliation de l’antagoniste : si ce dernier menaçait notre existence, il fallait le supprimer en premier. Tout était permis dans ces circonstances et le plus apte à survivre était celui qui méritait de rester en vie. Je pouvais paraître froide, hautaine, voire même vous répugnez à la suite de cet aveu, mais je voyais notre situation comme une simple manifestation de la sélection naturelle. Voilà comment ça fonctionnait dans cette immense fosse aux lions dans laquelle nous étions jetés dès notre arrivée sur cette terre dévastée : il fallait tuer ou être tué. Et je n’étais pas de ceux qui se laisserait sagement faire lorsque le moment arriverait; je n’étais pas de ceux qui baisserait les bras uniquement parce qu’il « fallait savoir quand se rendre » : je ne saisissais pas le sens et la portée de ces mots, mais, à l’heure actuelle, « se rendre » n’était pas une solution pour moi. Il fallait se battre coûte que coûte, tout simplement.

C’est pourquoi, du coin de l’œil, reprenant mes esprits et le rythme de ma respiration, je gardais un intérêt certain sur la silhouette de mon adversaire, de crainte qu’il choisisse de riposter entre-temps. Mais il semblait, lui aussi, reprendre un peu de souffle à la suite de mes assauts. Je ne pouvais qu’en être satisfaite d’une certaine manière, ravie d’être parvenue à le mettre dans une telle posture… Ne me dévisagez pas de la sorte. C’était ce que je visais, après tout : le vaincre. Ce n’était pas sa souffrance qui m’enchantait, loin de là, mais plutôt le fait d’avoir réussi là où, au début, je ne croyais pas réussir. Car, il avait raison sur un autre point – ça commençait à en faire beaucoup – : mon estime et ma confiance étaient les principaux freins qui me retenaient. Je le savais, plus que quiconque, et cela me gênait de savoir qu’il avait été en mesure de le déceler aussi rapidement. Cependant, je ne pouvais pas m’empêcher de nourrir des doutes et des hésitations à tout moment, pas seulement durant les combats, mais également dans mon quotidien. Parce que je cherchais toujours à bien faire, cet idéal de la perfection que m’avait répété et répété mes parents ayant finalement déteint sur moi bien malgré tout.

« Dehors, les mots ne servent à rien. Qu’il s’agisse de la Nature ou des Mutants, aucun d’eux n’écoutera quoi que ce soit », répondis-je d’un ton bas.

Après un certain temps, je finis par reprendre mes esprits et l’équilibre, que je n’avais eu de cesse de perdre durant ce temps de repos, me revint naturellement. Devant moi, mon partenaire d’entraînement avait repris une posture défensive et je notais tout de suite qu’il n’était pas du « bon côté » de sa garde. À ce constat, je fronçais les sourcils, me positionnant aussi. Dans une telle position, il ne doit pas être très à l’aise… Songeais-je en me rappelant mes propres difficultés à combattre avec une garde inversée. Le faisait-il dans un but précis… ou s’agissait-il d’un autre piège? Peu importe… Dès que je fus prête, je m’approchais de mon adversaire par petits bonds, regard rivé sur ses épaules. Avant de débuter à nouveau les hostilités.

Posant solidement mes pieds au sol, je lançais un premier coup de poing sur la garde de mon adversaire, enchainant aussitôt par un coup de pied circulaire qui visait l’intérieur de son genou. J’avais eu l’intention de lui faire perdre son équilibre, rien qu’une seconde, une fraction de seconde, durant laquelle j’aurais pu profiter d’une ouverture pour riposter et le mettre au sol pour de bon. Cependant, il ne sembla pas être désarçonné le moins du monde par l’assaut, contre-attaquant presque instantanément à l’instant où il se redressa, me renvoyant un coup de pied pour me pousser vers l’arrière et stopper net la suite de mon offensive. Reculant de quelques pas, je me remis en garde avant de foncer. J’exécutais un bond vers l’avant, de manière à être suffisamment près de lui pour lui envoyer un revers avec mon poing droit, mais il esquiva en faisant un pas vers l’arrière, quittant la ligne de mon attaque. Ainsi exposée, et mon bras à sa portée, je le vis approcher ses deux mains pour m’empoigner. Tsk! Par instinct, je repliais rapidement mon bras avant de tourner mon bassin et mes épaules pour l’attaquer à l’aide de mon coude, qui rencontra de plein fouet sa joue gauche, maintenant découverte en raison de la baisse momentanée de sa garde. En revanche, il contre-attaqua par un coup de genou à la hauteur de mon estomac, mes muscles abdominaux se contractant pour encaisser le choc et, ainsi, m’éviter de me pencher vers l’avant et être de nouveau vulnérable. Mais cela n’enleva en rien la douleur qui me traversa l’ensemble du corps à cet instant, douleur que j’essayais d’endiguer en serrant les dents. Concentre-toi! M’intimidais-je, tournant mes épaules pour lui renvoyer un coup de coude par l’arrière, qui fut bloqué par l’un de ses poings. Revenu à ma position initiale, mon adversaire eut le temps de lancer un deuxième coup de pied, si fort qu’il me jeta au sol. Je roulais sur quelques mètres, avant de redresser lentement la tête vers mon adversaire, qui s’avançait prudemment dans ma direction. Une sensation brûlante chauffait mon ventre tandis que je me relevais, enroulant naturellement l’un de mes bras autour de mes hanches. J’avais bien conscience que ce type de pose n’était pas du tout approprié pour un combat, laissant d’innombrables ouvertures à mon opposant qu’il pourrait facilement exploiter.

Me concentrant sur mon souffle, je repris doucement la pose conventionnelle avant de ré-attaquer, spontanément. Le mal est mental… Le mal est mental… Dès que je fus à sa hauteur, mon adversaire exécuta immédiatement un coup de poing pour m’arrêter dans ma lancée. Cependant, au lieu d’user de mes poings ou de mes jambes pour répliquer, je basculais légèrement le buste vers le bas, fonçant – littéralement – tête baissée sur le ventre de mon partenaire avant de me redresser, presque dans le même mouvement, afin de l’empêcher de m’envoyer un coup de genou qui aurait tôt fait de m’exploser le nez. Rapidement, je passais l’une de mes jambes derrière les siennes, poussant déjà sur son torse pour le faire chuter, mais mon adversaire tourna sur lui-même, contournant ma jambe, et se positionna juste derrière moi. Il parvint à me saisir le cou, refrénant toute riposte de ma part.

Par des gestes rapides et précis, il agrippa mon bras de gauche, resté en arrière, avant de le tirer vers le bas, entrainant, par le fait même, mon cou sur lequel il exerçait une légère poussée, le reste de mon corps étant déjà projeté vers le sol. Je tombais lourdement, contractant la mâchoire pour ne pas échapper un cri, avant de rouler sur le côté pour l'empêcher d'exécuter toute prise au sol qui aurait pu me bloquer et mettre un terme définitif à notre échange. Ayant établi une certaine distance à présent, je me permis de me relever. Ma respiration était rapide mais profonde; mes yeux, quant à eux, restait ancrés sur les épaules de mon opposant comme un prédateur fixerait sa proie avant de s’élancer à sa poursuite. Je rencontrais encore des difficultés sur ce point d’ailleurs, mon regard percevant quelques-unes des offensives de mon opposant, mais je n’étais pas en mesure de lire ses attaques comme il semblait le faire avec tant de naturel et de facilité avec moi. Passant rapidement l’une de mes mains sur mon visage pour essuyer la sueur qui coulait et embrouillait ma vision, je me remis en garde, inspirant et expirant à intervalles réguliers pour reprendre un semblant de souffle.

Le combat ne semblait pas s'achever.


[1 452 mots]



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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Jeu 22 Juin - 17:51

Visiblement, l'adolescente avait du cœur au ventre. C'était une bonne chose. Tout ce qu'il lui manquait, c'était de l'expérience. Avec l'expérience, elle ouvrirait ses horizons et elle comprendrait des choses qui maintenant lui semblaient abstraites. Les mots étaient toujours importants, ne serait-ce que dans les discours internes qu'on se tenait avec nous-mêmes. Même dans le No Man's Land, les mots avaient leur place. Zacharias n'allait pas non plus tenter de lui faire comprendre, ce genre de chose ne se comprenait qu'avec le temps. Pour le moment, elle avait déjà fait des progrès remarquables et elle était très réceptive à l'enseignement qu'il lui avait fourni jusqu'à présent. Elle aurait de l'avenir si elle continuait à mettre les efforts nécessaires. Mais pour le moment, il était temps de clore leur petit affrontement. La dernière joute venait de le convaincre sur le fait qu'il n'avait rien d'autre à lui faire découvrir aujourd'hui et sur le fait qu'il devait la mettre hors combat s'il ne voulait pas que ses propres blessures l’empêchent de remporter l'affrontement. C'était majoritairement par ego, il l'avait dit, il n'était pas un professeur dans l'âme. En même temps, la défaite était un apprentissage important à faire dans sa vie. Se motivant pour la dernière ligne droite, il raffermit sa position pour être prêt à encaisser le prochain assaut.

Zacharias gardait sa respiration calme et lente, cherchant à éviter l'hyperventilation qui aurait tôt fait de l'étourdir et de diminuer ses temps de réaction. Dans un geste de provocation, il fit signe de sa main à sa partenaire d'entraînement de venir à l'attaque, attendant de pied ferme à sa place. Que ce soit parce qu'elle était déjà décidée à retourner à l'attaque ou suite à sa provocation, l'adolescente revint au contact pour un nouvel échange de coups qui escalada rapidement en intensité et en détermination. Le Varoc qui utilisait déjà beaucoup ses jambes pour exécuter des frappes en combat, reposait encore plus sur celles-ci en ce moment compte tenu de sa position désavantageuse et du manque de puissance que ses mains souffraient. De ses mains, il s'employait à parer et dévier les coups de son adversaire et faire des diversions pour dissiper son attention ou provoquer des impacts dérangeants pour déconcentrer celle-ci. Cela dit, elle ne donnait pas sa place et il tentait de faire très attention à ne pas agir à la légère pour laisser une opportunité qu'il ne voulait pas à celle-ci. C'était somme toute facilement faisable puisqu'il n'était pas en train de broder sa fin de combat. Il devait l'apporter au sol sans perdre le contact pour la maîtriser au sol. Ainsi, il pourrait mettre un terme au combat.

La voyant lever le pied pour un coup de pied, Zacharias envoya un balayage pour faucher légèrement la jambe et l'obligé à mettre fin à sa tentative d'attaque. Il allait lui faire une démonstration du genre d'attitude qui permettait de remporter un combat et du genre de manœuvre qu'il pourrait éventuellement lui apprendre à faire. Il dévia un coup de poing en baissant sa garde de gauche, créant une ouverture parfaite pour un crochet. Quand le crochet fit irruption, Zacharias bondit vers l'avant, fonçant dans l'attaque avec combativité. Son avant-bras gauche vint se placer dans le coude du bras qui donnait le crochet pour le freiner avant qu'il ne touche sa cible. Son avant-bras droit vint percuter fermement le cou de l'adolescente, sa main se déposant sur son épaule pour la tirer d'un coup sec vers l'avant et la pencher légèrement, permettant à son genou droit de compléter sa frappe contre le buste de sa victime. Zacharias n'avait pas mis toute sa force et sa jambe droite étant à l'avant n'était pas sa jambe en position de force; le Varoc ne souhaitait pas non plus blesser sa partenaire d'entraînement, juste lui faire vivre le désarroi de recevoir des coups. Comme il ne mettait pas de force pour la garder penchée, il accompagna de la main sur l'épaule le buste qui se redressa de l'adolescente, sa jambe droite venant se déposer au sol entre les pieds de l'adolescente. Ainsi, elle était dans la posture parfaite pour la suite.

D'un mouvement de bassin sec et précis, il se retourna dos à sa partenaire et laissa ses mains glisser sur le bras droit de celle-ci pour agripper le poignet de sa main gauche et ceinturer le bras juste en haut du coude avec son bras et son avant-bras droits à lui. En même temps de tourner, il tira sur le bras qu'il agrippait pour déséquilibrer son adversaire. Au moment où il complétait sa rotation, il posa son genou droit au sol et se pencha par en avant en tirant de nouveau sur le bras qu'il contrôlait, faisant passer l'adolescente par-dessus son dos et son épaule, l'envoyant au sol perpendiculairement à lui juste devant son pied gauche qui était sur le sol au niveau de l'épaule de l'adolescente. Zacharias avait toujours le bras dans ses mains, ayant accompagné sa partenaire dans sa chute pour réduire l'impact et empêcher une blessure malencontreuse. Il en profita pendant qu'elle était encore sous le coup de la voltige qu'elle avait subie pour bloquer le poignet de l'adolescente dans une clé articulaire et la soulever légèrement du sol par la clé. Rapidement, il fit un demi-cercle autour de la tête de sa partenaire pour l'obliger à se retourner sur le ventre — sans quoi la clé devenait une motivation des plus convaincantes — et la déposer de nouveau sur le sol pour que la douleur de la clé soit au plus bas.

Avec fluidité, il lui ramena le bras dans le dos sans relâcher la clé, puis cala son genou droit contre le cou et l'épaule de l'adolescente, son tibia gauche venant écraser le bassin dans le creux juste sous les fesses, l'empêchant de se retourner et créant une pression très inconfortable. Si jamais, malgré cela, elle décidait de se débattre et lutter, Zacharias n'aurait qu'à lever le genou droit pour le faire passer sur son cou et venir comprimer à la fois le bas du dos et le cou, ce qui à coup sûr allait la tranquillisé. Il ne jugeait pas nécessaire néanmoins de le faire pour le moment, jugeant inapproprié de faire souffrir sa partenaire sans raison si elle choisissait d'accepter sa défaite. La main en liberté de l'adolescente n'était pas une menace pour le Varoc, puisque dans sa position il était impossible pour la main de se rendre jusqu'à lui. Elle avait néanmoins toujours la possibilité de taper sur le sol pour indiquer qu'elle se soumettait et pour que l'homme relâche la technique. Au final, c'était la victime qui était la seule responsable du temps qu'elle endurait la souffrance ou de la quantité de souffrance qu'elle allait endurer avant d'être libérée.


« Tu t'es bien battu, maintenant accepte tes limites. »

(1 133 mots)
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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Lun 26 Juin - 5:22

Novella Björn




Un sensei, une élève, des arts martiaux




Pendant plusieurs secondes, je restais immobile, figée dans cette position sans aucun moyen de me défendre convenablement. J’avais bien l’une de mes mains qui n’était pas entravée par sa prise, mais il m’était impossible de contre-attaquer ou de faire quoi que ce soit qui aurait pu m’avantager avec celle-ci. Enfin… Dire qu’elle ne me servait à rien était un mensonge, puisque ma main libre pouvait encore faire quelque chose : taper le sol en signe de soumission… Abandonner… Pouvais-je vraiment me le permettre? Il doit y avoir un moyen de se délivrer… M’obstinais-je en m’agitant, cherchant à le faire tomber pour me libérer – ne serait-ce que les jambes. Cependant, à la seconde même où je commençais à me débattre afin de me dégager, je sentis une pression s’exercer sur mon cou et mon dos, la sensation qui en résultait me paralysant sur place, instantanément. Respirant régulièrement afin de garder un semblant de contrôle et de concentration, je me risquais à réitérer ma tentative d’évasion, en vain. J’avais beau bouger dans tous les sens, cherchant une quelconque faiblesse dans la prise de mon adversaire pour me débarrasser de lui, mes essais se soldaient constamment par une désagréable douleur qui persistait et s’intensifiait : plus je me tortillais, frustrée et effarouchée, plus le mal était gênant, voire intolérable à certains moments, durant lesquels je cessais tout simplement de gigoter, inspirant et expirant calmement pour ne pas hyperventiler. À chaque instant, j’étais en mesure de sentir le regard perçant de mon opposant sur ma nuque, m’analysant; à chaque instant, je me demandais s’il m’était seulement possible de me libérer. Bien sûr qu’il y a un moyen! Revigorée par cette simple pensée, j’essayais une énième fois de me sortir de cette mauvaise posture, n’abandonnant pas, mais la pression que je sentis sur l’instant fut tellement forte et insupportable que je finis par échapper un couinement de souffrance, terminant de m’acharner en laissant tomber ma tête dans l’herbe sur lequel j’étais maintenue, relâchant une profonde expiration.

« O-Okey… Murmurais-je d’abord, tout bas, avant de reprendre, d’une voix plus forte et claire: C’est bon… J-J’abandonne… »

Une seconde plus tard, tous mes membres se trouvaient libérés de leur entrave. Le poids de mon adversaire ne pesait plus sur l’ensemble de mon corps, la pression, qui m’avait mis à mal, s’évaporant comme l’eau dans un désert. Gardant la tête enfoncée dans l’herbe, je me permis de prendre un peu de temps pour rattraper mon souffle et mes pensées. C’était… incroyable. Incroyable comment cet homme maîtrisait son art et parvenait à immobiliser aussi efficacement un adversaire : je n'avais jamais rien vu de la sorte. Maximilian ne m’avait jamais appris de techniques comme celles-ci par le passé, jugeant que les bases du combat au corps-à-corps me seraient amplement suffisantes pour me défendre, puisque nous avions en main des armes pouvant réduire en poussière n’importe quel adversaire sur notre chemin. Seulement, une fois désarmée et complètement démunie face à l’ennemi, comment pouvait-il concevoir que les rudiments pouvaient me suffire? Dehors, il me faudrait plus que quelques frappes et balayages pour mettre au sol un adversaire : il me faudrait des techniques, connaître des prises, des clés, des moyens de survivre en somme! Des moyens de survivre…

Discrètement, je tournais mon visage en direction de mon partenaire d’entraînement, fixant ses pieds et non pas son visage. Je n’étais pas encore prête à lire dans son regard comme je l’avais fait un peu plus tôt, toujours troublée de constater à quel point ses yeux étaient limpides.

« Vous êtes vraiment un bon combattant… J’ai bien peur d’avoir sous-estimé votre potentiel », lui avouais-je avant de me redresser doucement, agenouillée dans l’herbe, m’asseyant sur mes jambes.

Lentement, je levais mon visage jusqu’au sien, fixant brièvement la couleur de son iris avant de fermer les yeux et d’esquisser un mince sourire.

« C’est bizarre… Je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi passionné pour le combat au corps-à-corps auparavant, poursuivis-je avant d’ouvrir les yeux, hochant discrètement de la tête : Vous aussi, vous vous êtes très bien battu. J’ai été mise au sol en un rien de temps. »

Attrapant le col de mon chandail, je tâchais de m’essuyer le visage, effaçant les gouttes de sueur qui slalomaient entre les lignes de mon faciès. Encore essoufflée par tant d’efforts et de dépenses d’énergie, j’avais une respiration bruyante, mais régulière. Doucement, je baissais mon regard jusqu’à mes mains. Je remarquais aussitôt qu’elles tremblaient, mues par la même excitation qui enflammait mon corps et mon esprit.

« … Ça fait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi… pleine d’énergie, marmonnais-je sans véritablement savoir si je m’adressais à lui ou à moi-même. On se sent incroyablement bien après… »

Je me relevais alors, partant en direction de nos sacs. Arrivée à la hauteur du mien, j’extirpais de l’une des poches deux serviettes, individuellement emballée dans des sacs en plastique, ainsi qu’une gourde d’eau. D’un pas lent, je rejoignis mon partenaire d’entraînement, sortant l’une des serviettes de son emballage avant de lui lancer la seconde serviette. Silencieusement, je commençais à passer la serviette sur mon visage, mon cou et frottait vigoureusement le tissu humide sur mes bras et mes jambes, remarquant quelques ecchymoses ici et là, preuve de mon dure labeur et des efforts que j’avais déployé lors de ces combats. J’étais contente. Peut-être que cela ne paraissait pas sur mon visage, mais j’étais sincèrement contente d’avoir pu me battre contre un adversaire de cette taille.

« Euh… Hum… Monsieur? L’interpelais-je, un brin mal à l’aise de lui poser la question qui me brûlait les lèvres. Je m’appelle Novella, finis-je par dire, hésitant encore plusieurs secondes avant de poursuivre, balbutiante : Euh… Si vous en sentez l’envie, bien sûr! Hum… euh… Pourrais-je m’entraîner de nouveau avec vous? »


[958 mots]



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Message(#) Sujet: Re: Un sensei, une élève, des arts martiaux - ft Crescend Crimson (Novella) Jeu 29 Juin - 4:44

Quand elle avait abandonné, Zacharias avait pu le ressentir physiquement dans l'arrêt de la lutte que lui opposait l'adolescente. Il avait donc relâché sa technique même si elle n'avait pas frappé au sol de sa main, comprenant bien qu'elle avait cessé le combat. Dans l'attente de voir si elle était complètement effondrée ou si elle allait savoir gérer cette défaite, il était resté immobile près d'elle pour continuer à analyser le tempérament de sa partenaire d'entrainement. L'aidant à se relever en lui tendant la main, il profita du moment qu'elle prit pour aller à son sac pour étirer et faire craquer ses articulations et son cou, se libérant des tensions que le combat lui avait apportées. Il étira aussi un peu ses côtes pour essayer de faire passer le poing qu'il avait depuis les coups couronnés de succès de l'adolescente. Après lui avoir redonné sa serviette gentiment, il alla chercher la sienne et épongea doucement la sueur à son tour. Non pas qu'il voulait l'offensé, juste qu'il préférait prendre ses choses à lui.

« Ce n'est pas le combat que j'aime, ce sont les arts martiaux. C'est un code de vie, un engagement moral; c'est d'apprendre à contempler et savourer la vie à travers chacune de ses inspirations, grâce au plus infime mouvement. La pureté de l'âme qui doit être atteinte pour atteindre les subtilités de ces arts est un objectif de vie en soi. Il faut les bonnes émotions et en quantité juste suffisante. Trop nous mène à se perdre dans l'émotivité et pas assez nous empêche de nous obliger à continuer. »

C'était peut-être une réponse digne d'un gourou de secte, mais c'était ainsi que Zacharias voyait les arts martiaux. C'était un mode de vie, pas simplement des mouvements tape-à-l'œil appris pour en mettre plein la vue. Oui, on pouvait apprendre les arts martiaux uniquement pour se battre ... mais c'était passer à côté de la plus grande dimension qu'elle avait à offrir. Et pour en atteindre une pleine maîtrise, il fallait cultiver l'esprit qui venait avec. Ou peut-être que Zacharias avait simplement été endoctriné, qui pouvait savoir.

« Mais c'est vrai qu'on se sent mieux après un combat. C'est quand on affronte la douleur, nos limites et la perspective de la fin qu'on peut se sentir vivant. La simplicité rend heureux, certes, mais c'est la corde raide qui permet de sentir la vie battre dans notre sang. »

Le Varoc n'était pas un spécialiste de ce qui rendait heureux, il était loin d'être un spécialiste du bonheur également. Il n'était pas malheureux, mais depuis qu'il était loin de sa famille, il était sur le neutre. Si avec sa famille, il avait connu des moments de bonheur, il n'avait jamais été plus vivant qu'après un bon combat ou lorsqu'il avait confronté la mort yeux dans les yeux. C'était sûrement pour ça qu'il était téméraire et qu'il savait affronter le danger sans broncher. Parce que dans ses moments, il était finalement vivant. Pleinement éveillé au monde, à la vie, au vent, au temps, ses sens sensibles au point de percevoir l'infime variation de quoi que ce soit. Ayant pris sa gourde avec lui, il avala une longue gorgée d'eau qui lui fit le plus grand bien. Cette adolescente lui rappelait l'adolescent qu'il avait été sur certaines facettes et il se dit qu'avec ce qu'il avait vu, elle avait un potentiel certain. Quelqu'un lui en avait déjà appris une partie, ou peut-être était-elle toujours en apprentissage; mais, chose sûre, si elle se donnait la peine, il y avait le talent nécessaire. Il y avait aussi quelque chose en elle, un but ou un désir, qui lui donnait la combativité nécessaire pour atteindre une maîtrise avancée des arts martiaux. Elle pouvait être 'juste assez', elle en avait le potentiel même si pour le moment elle n’était pas assez confiante.

Quand elle bredouilla et mit tous les misères du monde a complété sa dernière demande, Zacharias eut un léger rire amusé, peu audible et en rien méchant. Cette femme qui avait mis tellement d'énergie à le combattre et qui avait réussi à percer ses défenses avec quelques coups peinait à lui demander de revenir s'entraîner avec lui. Et l'ancien réfugié n'était pas dupe, il savait la vraie question qui se lisait entre les lignes. Tranquillement, il regarda le ciel qui avait une apparence déformée par le dôme. Ça lui manquait de pouvoir regarder le ciel dans toute sa splendeur. Un mal pour un bien considérant que ça protégeait de la température hostile de ce nouveau monde. Pouvait-il réussir à donner à cette adolescente ce qu'elle recherchait? La vie n'avait jamais fait de lui un professeur et il n'avait jamais cherché à transmettre ses connaissances. Elle ne semblait pas non plus être le style de personne qui serait un poids mort pour lui.


« Pourquoi pas? Ça fait un moment que je ne trouve personne pour échanger quelques coups et visiblement tu as du talent. Par contre, plus besoin de me vouvoyer si on commence à s'entraîner ensemble. »

Combats-moi et je te dirai qui tu es. Il n'y avait pas de manière plus efficace que le combat pour apprendre à connaître une personne dans les moindres de ses détails. Même un couple ne pouvait jamais atteindre la même symbiose que deux combattants. Alors, il ne servait à rien de maintenir cette distance protocolaire entre eux. Déjà, Zacharias en savait énormément sur l'adolescente et il se doutait être capable d'en déduire beaucoup. Ce devait être le cas à l'inverse aussi même si elle n’en était peut-être pas pleinement consciente. Il prit une autre gorgée d'eau, continuant de ramener sa respiration et sa circulation sanguine au calme.

« Zacharias, quant à moi, pour le nom. »

(952 mots)
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