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 Trésors de guerre [Mission - Évent 2017] | Solo

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Crescend Crimson
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Message(#) Sujet: Trésors de guerre [Mission - Évent 2017] | Solo Dim 11 Juin - 4:33




Trésors de guerre



Inventaire de Crescend
| Armes: P-2 Nixe
Inventaire de Novella
| Armes: P-2 Nixe | P-7 Helhest

« … Tu es encore plus remontée que d’habitude. Qu’est-ce qui s’est passé? »

Si Novella ne pipa mot, elle arrêta néanmoins de porter des coups sur le sac qu’elle avait monté pour son entraînement, stabilisant ce dernier pour qu’il cesse de se balancer. Pourtant, cela prit plusieurs minutes avant qu’elle daigne m’adresser la parole. Je ne m’en offusquais pas, sachant pertinemment dans quel bois elle était faite et c’est pourquoi, arrêtant brièvement ma séquence de redressement assis, que j’attendais qu’une parole filtre entre ses lèvres. Je savais que quelque chose la troublait, que ce sujet, peu importe sa nature, lui retournait l’esprit plus qu’elle ne voulait elle-même le penser; je pouvais le lire dans ses yeux, comme si son regard me le hurlait en vérité. Était-ce en rapport avec ses parents? Peut-être… Mais à force de la côtoyer, je commençais à m’habituer à ses expressions faciales et la tronche qu’elle tirait présentement, ce n’était pas celle de l’irritation ou de la lassitude qu’elle arborait ordinairement lorsqu’il était question de l’hypocrisie de ses géniteurs. Par élimination, je portais finalement mon choix sur la mission dont elle m’avait glissé deux ou trois mots pas plus tard qu’au début de l'avant-midi, alors que nous nous étions fixés un rendez-vous aux vestiaires pour pouvoir s’entraîner ensemble. Son état actuel était-il causé par sa précédente sortie? Même sans connaître les grandes lignes de la mission qui lui avait été assigné, il était fort possible que les raisons de son malaise découlent de ce travail. Ça ne m’étonnerait même pas… Avec toutes les rumeurs qui courraient présentement…

Tadryon était en ébullition, plus prêt que jamais à répondre aux provocations des Évolués, à se jeter dans une guerre. Si la première vague offensive fut sujette à discussion, les avis concernant l’initiative de certains fanatiques du Solstice Écarlate tergiversant ici et là au sein de la communauté et du gouvernement, à présent, la majorité des forces militaires avaient été déployées, l’ordre de conscription convoquant tous citoyens de la Ville Azurée à prêter main forte aux soldats des différentes organisations. Ce qui était plutôt ironique, sachant que je n’avais été convié ni par l’Armée, ni par les Récupérateurs, ni même par le nouvel Ordre pour joindre mes forces à l’effort de guerre… Lorsque j’avais appris que Novella avait été convoqué, je l’admets, je m’étais senti rejeté, un sourire énigmatique, voilant mon amertume, s’étant dessiné sur le pan de mes lèvres. Je savais que je ne pouvais pas encore me considérer comme citoyen de la Ville Azurée, que je n’étais encore, aux yeux de plusieurs, qu’un réfugié ramassé aux pieds du Mur pour engraisser les rangs des pions, mais j'avais pensé… avoir au moins mon rôle à jouer… Enfin, peut-être que mon tour viendra bientôt, qu’une lettre m’attendait, à ce moment même, à mon appartement; j’espérais sincèrement ne pas avoir été mis de côté parce que je ne pouvais pas contribuer, à ma façon, à la guerre qui se préparait. Parce que je n’ai pas encore fait mes preuves?

Un mouvement de la part de ma coéquipière brisa ma concentration et je relevais la tête dans sa direction alors qu’elle s’asseyait à ma hauteur, croisant ses bras sur ses genoux relevés : dans cette position, elle paraissait encore plus fragile qu’elle ne l’était en réalité. Novella prit une grande inspiration :

« Ma mission était de… de ramener les têtes de soldats à Tadryon… »

… … … Euh… Quoi? L’interrogation dût paraître sur mon visage, car elle répéta presque aussitôt :

« On m’a assigné à une mission de nettoyage. Avec une équipe, je devais aller ramasser les têtes que les Mutants ont embroché sur des pics, aux tombeaux des Échos… »

Imperceptiblement, son visage pivota doucement dans ma direction et un rictus apparut sur le bord de ses lèvres, qui se mirent, peu à peu, à trembler.

« Tu te rends compte? J-J’ai dû traîner leur cadavre jusqu’ici tout en affrontant leur regard… »

Je me taisais, la laissant reprendre son calme alors que le flot de ses paroles, lui, ne tarissait point. Je l’écoutais attentivement, percevant la détresse qui filtrait à travers chacun des mots qu’elle balbutiait…

« Björn? Me risquais-je à avancer alors qu’elle avait émis une pause à son récit. Est-ce que c’était la première fois que tu te confrontais à la mort? »

Il eut un silence, plus troublant que je l’avais escompté, mais après quelques secondes, la jeune fille finit par répondre d’un simple et faible hochement de la tête. Évidemment… À quoi je m’attendais, au juste? Elle qui avait rarement mis les pieds dehors, elle qui vivait à l’abri de ce Mur inébranlable et sous ce dôme impénétrable; qu’elle n’ait jamais vu la mort dans un tête-à-tête n’était pas une surprise en soi. Cependant, si je tenais en compte sa réaction, une question, inévitablement, se souleva dans mon esprit :

« Et tu songes toujours à quitter la protection des Murs malgré la réalité du monde extérieur? »

Cette fois, il n’eut aucune hésitation, aucun tremblement venu troubler le timbre de sa voix, car ce fut par une inflexion claire qu’elle répliqua :

« Oui. Cette vie derrière des remparts ne me sied pas et ce ne sont pas quelques têtes coupées qui… »

Ce fut la seule fois où sa voix flancha, avant qu’elle reprenne avec plus de vigueur :

« … qui me démoraliseront. Le monde extérieur a beau être dangereux et sauvage, la menace des Mutants et de la Nature a beau être tout aussi terrible, au moins, je me dis que je serai libre. »

Je la considérais quelques secondes avant de fermer les yeux et d’exhaler un soupir à mon tour :

« Libre? Mais, il n’y a pas de vraie liberté, Björn… Pas dans un monde comme celui-ci.

- Si, il y en a une : celle que tu crois. »

Je roulais les yeux, le commentaire naïf de la jeune fille m’arrachant un sourire.

« Et tu vas me dire que c’est ce qui me manque, n’est-ce pas?

- Suis-je si prévisible?

- Non, non… Seulement, c’est ce que tout le monde dirait en fait… »

Sans attendre, je me relevais, me dirigeant vers mon sac que j’avais abandonné non loin de l’entrée de la salle d’entraînement. Au loin, je sentais le regard de Novella peser sur ma nuque, mais je ne le perçus plus aussi intensément quand mon attention tomba sur une lettre négligemment repliée sous mes affaires. Instinctivement, je fronçais les sourcils, perplexe, avant de tirer le papier de sous mon sac. Les quelques lignes qui y figuraient eurent tôt fait de me tirer un sourire, amusé.

« Eh bien, voilà donc ma chance on dirait… »


Post I [1 113 mots]



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Crescend Crimson
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Message(#) Sujet: Re: Trésors de guerre [Mission - Évent 2017] | Solo Lun 12 Juin - 16:16




Trésors de guerre




« Tu aurais pu terminer ton entraînement avec cette charmante demoiselle, entendis-je dans mon dos et j’arrêtais tout bonnement mon pas, me retournant vers mon interlocuteur.

- Bah! Björn n’a pas besoin de moi pour se défouler… »

J’émis un faible ricanement avant de m’avancer jusqu’à l’homme. Cheveux foncés, grand de taille, il était appuyé contre le mur qui juxtaposait la porte de la salle d’entraînement, son inséparable béret, vissé sur son crâne, cachant les lueurs moqueuses que me renvoyaient l’émeraude de ses yeux.

« Aïe, aie, aïe! Tu as encore bien des choses à apprendre sur les femmes! » Plaisanta-t-il.

Se détachant du mur, il rejoignit ma hauteur avant de me proposer de le suivre à l’extérieur de l’Académie, ce que je fis plus par curiosité que par politesse en vérité. Je ne pris même pas la peine de me changer d’ailleurs, conservant mes vêtements collants et souillés, m’essuyant minimalement le cou et la face à l’aide du col de mon chandail pour retirer la sueur qui perlait sur mon visage. Tout ce que je voulais, d’abord et avant tout, c’était de savoir pourquoi il avait senti le besoin de communiquer avec moi, ce Nikita…

« Est-ce que tu es ici pour m’assigner à une mission? » Lui demandais-je de but en blanc en forçant un passage dans l’ombre que créait son béret pour me confronter à son regard.

Cependant, Nikita n’était pas à sa première joute visuelle avec moi et il esquiva intentionnellement l’analyse que mon regard lui imposait en portant ses yeux vers le ciel, qui s’était finalement dévoilé après que nous ayons dépassé les portes extérieures de l’établissement.

« Ça fait un bail que nous ne nous sommes pas vus, sinon! Lâcha-t-il si soudainement que je restais quelques secondes silencieux, la bouche grande ouverte.

- Tu… es sérieux?

- C’est la moindre des politesses pour celui qui t’a aidé à traverser ces foutues Portes, non? » S’exclama-t-il, faussement choqué par mon manque de déférence à son égard

Bien malgré moi, j’échappais un rire railleur, relevant la tête dans sa direction pour lui lancer un regard narquois.

« Toi, tu n’as pas changé d’un poil en tout cas… »

Laissez-moi faire les présentations : voici Nikita, 'mon' passeur. Il vaquait, jour et nuit, dans le quartier général des Récupérateurs ou à l’intérieur même de Varosha pour aider les réfugiés à affronter les misères des camps. Pendant quatre ans, il était celui qui m’avait éduqué à la suite de la mort brutale de mon père et de la disparition de ma mère. Alors que je n’osais parler à qui que ce soit, alors que je ne voulais faire quoi que ce soit, il avait été celui qui avait de nouveau éveillé ma conscience ainsi que ma volonté de vivre. Je vous épargnerais le conte des hauts et des bas de mon histoire, mais, en quelques mots, Nikita était, pour moi, synonyme de sauveur. Il m’avait sauvé et, de cela, je lui en serais éternellement reconnaissant.

« Bref, trêve de plaisanterie. Je suis venu pour ceci… »

Il extirpa de l’une de ses poches un bout de papier chiffonné et souillé par l’huile et la crasse. Confus, je tendis ma main vers le parchemin pour l’agripper. Qu’est-ce que c’était que ça? Et moi qui m’était attendu à une demande officielle de la Guilde ou quelque chose dans le même style, me voilà avec une missive encrassée entre les mains. Néanmoins, je tâchais de lire le court message qui y était inscrit avant de poser mon regard sur le visage de Nikita, qui se frottait la nuque.

« Hum… Ce n’est pas une lettre de la Guilde… Avisais-je en cillant des paupières.

- Effectivement. En fait, c’est une lettre que j’ai retrouvé coincé dans l’une des fentes de ma fenêtre, au quartier général. Elle n’est adressée à personne en particulier et les seuls écrits qui figurent sur cette lettre sont : « Suivez les flèches de la Ville fantôme. »

Il marqua son discours d’une courte pause avant de reprendre :

« Tu vois, même s’il pourrait s’agir d’une blague, mon intuition me dit que cette lettre recèle quelque chose de très important.

- Et… qu’est-ce que le rapport avec moi? Soupirais-je, visiblement déçu de la tournure que prenait les événements.

- Je voudrais que tu ailles me confirmer la véracité de ces propos pour moi. J’ai beaucoup à faire présentement, avec les révoltes et la panique qui croisse de jour en jour au sein de la ville – et de Varosha.

- Ah… Si je résume bien, je joue les coursiers finalement…

- Comme dans le bon vieux temps! » Ricana-t-il en espérant m’arracher un sourire.

Il m’ébouriffa énergiquement les cheveux, mais je restais de marbre, observant uniquement les mots qui s’alignaient sur le parchemin sale. Puis, petit à petit, un rictus amer fissura la barrière de mes lèvres tandis que j’enfonçais, dans le fond de ma poche, la missive anonyme.

« Bon, je vais y aller, concédais-je malgré mon désappointement.

- … Je sais que ce n’est pas vraiment ce que tu attendais…

- Ce n’est pas grave : il faut bien que quelqu’un le fasse, non? »

Nikita acquiesça silencieusement alors que j’ajustais la bandoulière de mon sac sur mon épaule.

« Tu pourrais proposer à ton amie de t’accompagner.

- Et pour quoi faire? »

Ma réplique fut plus sèche qu’escomptée, mais elle s’avérait être à l’image de mon état actuel. Déjà, on me filait les restes mais en plus, il fallait que je me fasse chaperonner?

« Je sais me débrouiller… Argumentais-je.

- Tu réagis en enfant, Crescend, soupira le Récupérateur aux yeux verts. Je te le conseille, car je n’ai pas éliminé la thèse qu’il puisse s’agir d’un piège… À deux ou à trois, ce sera plus prudent. »

Je pris quelques secondes pour réfléchir avant de soupirer à mon tour, constatant, en effet, l’excès de ma réaction.

« Désolé de m’être emporté…

- T’inquiètes. C’est la fougue de la jeunesse! »

Nikita déposa, par la suite, sa main sur mon épaule avant de pencher légèrement sa tête sur le côté pour qu’il puisse me regarder droit dans les yeux.

« Je te fais confiance. Je suis certain que tu ne me décevras pas. »

Je le sentis serrer mon épaule et je me forçais à le gratifier d’un sourire.

« Je te contacterai s’il y a quoi que ce soit… »

Et sur ces derniers mots, Nikita recula d’un pas avant de me tendre sa main, que je serrais dans une franche poignée, avant que le Récupérateur me tourne le dos pour s’enfoncer dans les rues de la Ville Azurée. De mon côté, je tournais mon visage pour regarder l’Académie par-dessus mon épaule. Sur le seuil de l’entrée, je remarquais une silhouette que je commençais à reconnaître à tous les coups. Imperceptiblement, un sourire vint jouer sur la commissure de mes lèvres alors que je lui faisais un signe de la main pour qu’elle me rejoigne.

« Tu parles d’une coïncidence! Exactement la personne que je cherchais! »

Novella resta silencieuse et ce, même lorsqu’elle parvint à ma hauteur, me dévisageant plus que de raison; si ses lèvres restaient scellées, ses yeux, quant à eux, parlaient suffisamment pour elle.

« Est-ce que tu es en forme? Parce que je t’invite à Varosha, cet après-midi…

- Pour quelle raison? Finit-elle par demander de sa voix basse et posée.

- Pour suivre des flèches! Je vais t'expliquer en chemin. »


Post II [1 243 mots]



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Message(#) Sujet: Re: Trésors de guerre [Mission - Évent 2017] | Solo Mar 13 Juin - 15:23




Trésors de guerre




Nous avions tous nos combats à mener, nos limites à dépasser, notre valeur à prouver aux yeux de l’humanité. Dans mon cas, mon combat avait toujours été celui de fuir les ruines de Varosha. J’avais toujours su que cet endroit ne me convenait pas, j’avais toujours su que j’étais voué à une autre destinée que celle de faire ma vie dans les poubelles et les combats de rue. Même si mes parents avaient vécu humblement en se contentant du peu qu’ils possédaient, moi, je n’étais pas parvenu à me satisfaire simplement de la vie de Varoc. Il m’en avait toujours fallu plus que ça, beaucoup plus, et cette ambition grandissante avait fini par se modeler en l’image de la Ville Azurée; c’était cette vie que j’avais voulu, loin des décombres, de la poussière, des bagarres, des rebelles… Et j’y étais parvenu. Louant mes services à la Guilde pendant plus de quatre ans, monnayant ma sueur et mon sang pour vivre le plus correctement possible dans l’insalubrité et la violence : pour atteindre la Promise, le Joyau bleu de la Ville fantôme, j’avais été prêt à tout sacrifier, jusqu’à mon confort et ma sécurité, afin de prouver ma foi et mon irrésistible volonté à vouloir entrer au sein du berceau de l’humanité.

Et me revoilà, aujourd’hui, dans les ruines de mon enfance, que j’avais si ardemment voulu quitter. Alors que nous longions, prudents et avisés, les immeubles aux fondations précaires et enjambions les morceaux de béton ou de pierre qui garnissaient le sol de mille et une pointes acérées, je ne pouvais pas m’empêcher de poser mon regard sur des dessins barbouillés qui remontèrent des souvenirs à ma mémoire; l’ombre d’un sourire se dessinait sur mon visage quand nous foulions une ruelle familière, quand nous croisions un bâtiment de mes réminiscences. Cela faisait tout de même quelques mois déjà que j’avais tourné le dos à cette civilisation en perdition pour faire face à la grandeur et au prestige que me tendaient Tadryon, mais les souvenirs de ces rues, de ces odeurs, de ces bruits, de ces fissures dans le sol et de tous ces édifices qui touchaient le firmament, étaient aussi frais dans ma mémoire que si j’y avais mis les pieds hier.

« (shhhh!) Crimson? Là, au sol… »

Je suspendis mon pas pour me tourner vers ma partenaire qui, agenouillée par terre, semblait analyser une sorte de marque gravée à même le béton du sol.

« Une autre? Lui posais-je avant qu’elle acquiesce, la visière de son casque se tournant en direction du chemin qui s’étendait sur notre gauche.

- C’est une véritable partie de cherche-et-trouve que nous subissons là… » Chuchota-t-elle en se redressant, l’orientation de notre cap s’altérant à chaque fois que nous croisions l’un de ces symboles sur notre chemin.

Mais au risque que cela nous prenne du temps à arriver à destination, j’étais tout de même soulagé que nous soyons parvenus à voir au travers le mystère de ces fameuses 'flèches de la Ville fantôme'. Pendant presque deux heures, voire peut-être même trois (j’avais perdu la notion même du temps en fait), nous avions tourné en rond, Novella et moi, à la recherche de ces maudits signes laissés à travers les ruines de la civilisation : sur un territoire aussi vaste et gigantesque que celui de Varosha, il était évident que ce genre d’énigmes pouvaient facilement passer inaperçus aux yeux des moins avertis, et même les plus vigilants pouvaient les manquer ou se méprendre sur leur véritable signification, comme moi, pendant toutes ces années. Je me donne en exemple, seulement parce que j’avais vécu toute ma vie dans cet immense bidonville, côtoyant et longeant jour après jour ces marques dans mon quotidien, sans pour autant avoir compris le véritable dessein derrière ces signaux. Enfin, maintenant, je – et par extension, nous – le savions désormais : ils nous indiquaient une route à suivre. D’ailleurs, ce n’était que tout récemment que nous étions arrivés à tomber nez à nez, et ce, par le plus grand des hasards, avec un de ces fameux symboles. Faisant un peu 'taches' dans leur environnement, ils contrastaient fortement au paysage dévasté de la Ville fantôme une fois que nous étions avertis et avisés de leur existence et, pour une fois, nous en remercions les Nalves, ces espèces de petits rongeurs pouilleux et crasseux qui grouillaient dans les moindres recoins de Varosha : si l’un d’eux n’avait pas attiré notre attention en fuyant prestement à notre approche, je pense que nous serions encore à fouiller les environs, désespérés et lassés de ce jeu qui nous faisait perdre notre temps.

« (shhhh!) Eh… »

Le timbre qui habillait sa voix m’intrigua : Novella venait de capter quelque chose. Je cessais tout mouvement, tendant l’oreille, glissant ma main sur la poignée de mon arme laser.

« Il y a des gens…

- Soyons prudents. Il pourrait s’agir de rebelles… »

Dans les grésillements de mon casque, il me semblait percevoir un petit quelque chose dans l’intonation de sa voix et à ce constat, je me permis d’étirer un petit sourire moqueur :

« Tu as peur, Björn?

- N’importe quoi! S’énerva-t-elle, la voix basse, et je me l’imaginais serrer les dents tandis que son regard devait me fusiller. Cesse de faire le pitre, veux-tu? Avançons…

- Ha ha, j’aime bien t’enquiquiner.

- Conserve ta salive, Crimson », conclue-t-elle en maugréant.

Sur cette dernière note hargneuse, elle se remit en marche, son P-7 Helhest dans les mains, collé à sa hanche. Dans son ombre, je la suivais, ricanant intérieurement devant sa frustration. Plus nous approchions, plus les voix au loin se distinguaient. À les entendre, il semblait n’être que deux individus, et particulièrement jeunes qui plus est. C’est à cet instant que nous prîmes une nouvelle intersection, débouchant sur l’allée d’une nouvelle rue entièrement envahi par la végétation, qui courrait sur les carcasses des bâtiments environnants. Dans ce diaporama coloré, deux petites silhouettes encapuchonnées se découpaient des ombres offertes par la verdure, semblant discuter l’une à l’autre. Des enfants… Novella et moi échangeâmes une rapide œillade avant d’avancer dans leur direction. Cependant, ayant perçu les bruits que grinçaient nos armures de métal à chacun de nos mouvements, les deux enfants se turent avant de tourner leur regard dans notre direction, surpris.

« Oups! Nous sommes restés ici trop longtemps! On remballe! S’exclama l’un d’eux avant de sauter sur une racine qui avait fissuré le sol, agrippant dans ses mains les extrémités de la fenêtre d’un édifice qui avoisinait leur position, un peu plus haut.

- Eh! Attends-moi! » S’écria le second enfant en suivant les acrobaties de son camarade.

Novella esquissa instinctivement un pas dans leur direction.

« Revenez! Nous ne voulons pas… »

Mais le duo s’était déjà éclipsé dans l’ouverture de la fenêtre, leurs rires juvéniles résonnant encore quelques secondes dans l’air avant de complètement disparaître.

« Mince… Je ne voulais pas que nous leur fassions peur… » Soupira-t-elle en rangeant son arme dans son étui.

Cependant, son regard changea du tout au tout lorsqu’il se posa sur l’amoncellement de caisses qui se dressait devant nous. Parfait reflet de l’expression faciale de ma partenaire, mes yeux se froncèrent, suspicieux, à la vue du chargement.

« Qu’est-ce que…

- Est-ce qu’on les ouvre? »

La même question devait danser dans les yeux ambrés de ma camarade. Pendant plusieurs minutes, nous restions immobiles, dévisageant les caisses.

« On ne va pas rester ici éternellement…

- Tu as raison…

- Et puis, il semblerait que les flèches indiquent l’emplacement de cet endroit…

- Et que les enfants se trouvaient là pour ce chargement… »

Nous nous jetâmes un regard à travers nos visières.

« On… les ouvre? »

Mon regard, par la suite, se posa de nouveau sur les caisses.

« Comme tu l’as dit, on ne va pas rester ici éternellement. »

Je m’approchais de l’une des caisses, glissant mes doigts dans la mince fente que créait le couvercle et le reste de la boîte. Puis, doucement, je poussais le couvercle avant d’y jeter un coup d’œil et ce que je vis me foudroya sur place. Derrière moi, Novella avança également, jetant un coup d’œil par-dessus mon épaule. À son silence, je devinais aisément qu’elle était tout aussi choquée et surprise que moi.

« Tout ça? »

Aussitôt, elle entreprit d’ouvrir une seconde caisse, y découvrant la même abondance de ravitaillement.

« Il y a des armes, des pièces détachées…

- Il y a quelques fioles de potion, ici, et des provisions… »

Revenus de notre étonnement, nous décidâmes d’ouvrir les cinq autres caisses et devant la richesse du butin, même Novella se permit un sourire.

« Il serait peut-être temps de contacter ce Nikita, qu’est-ce que tu en dis?

- Je suis déjà sur le coup! »

Fébrile, je tâtais malhabilement les touches qui se trouvait sur mon poignet. Je n’étais pas un habitué de cette technologie hyper avancée, mais je me débrouillais comme je le pouvais.

« Euh… Hum… Peux-tu établir la communication avec l'exosquelette de Nikita Âke? » Demandais-je directement à l'IA de mon armure.

Presque instantanément, j’entendis la voix du Passeur dans le creux de mon oreille.

« Crescend! J’attendais de tes nouvelles! Alors, vous avez bien suivis les flè–

- Est-ce que tu es en mesure de localiser ma position? Le coupais-je brusquement, ma voix vibrante d’énergie.

- Euh… Oui, oui. Sans problème. Vous avez trouvé quelque chose? »

Complice, j’échangeais un regard avec Novella.

« Bien plus que tu pourrais te l’imaginer… Je pense que nous avons de petits alliés… »

Mon visage, instinctivement, se tourna vers la fenêtre que les jeunes avaient prise pour fuir. De mon angle de vue, je ne voyais aucune ombre, n’apercevait aucune silhouette…

Mais je jurais qu’ils étaient encore là, leurs regards malicieux posés sur nos épaules.


Post III [1 634 mots]



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