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 A fleur de peau - Nohaam

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Nasträlya
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Message(#) Sujet: A fleur de peau - Nohaam Mer 14 Juin - 15:59

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Il existe des choix que nous regrettons toute notre vie. Ceux que nous pensons justes, inappropriés, mal jugés par les autres. Ceux qui ont été là pour nous défendre, pour nous sortir d’une situation périlleuse ou encore qui ont changé le cours de notre histoire. Le plus difficile n’a jamais été de vivre avec, mais bel et bien de sauter le pas, d’aller au bout de son acte. De penser à tout ce que nous perdons, d’imaginer ce avec quoi nous allons silencieusement cohabiter. Serons-nous un monstre ou un héros ?  Serons-nous dénaturés ou, au contraire, apaisés ?

Mes doigts couraient sur le rebord de la fenêtre, le menton sur mon avant-bras. Ayli était sur la place du Pendiller, toujours souriante et adorée. Il y avait cette part éclairée, aimante et pétillante, mais subsisté cette partie sombre que seuls quelques privilégiés pouvaient voir. Des victimes qui, elles, se taisaient, restaient silencieuses face à cette injustice de la Nature. Je savais que le jour de l’Envol, Ayli partirait rejoindre le cercle, mais deux ans étaient trop longs quand on subissait les assauts d’un bourreau, je ne le savais que trop bien. Tout comme mon oncle, elle savait manipuler les esprits et faire croire à cette intégrité surjouée. Son petit frère, quant à lui, était celui qui s’enfermait dans un mutisme dérangeant, celui qui ne pouvait regarder les autres dans les yeux, celui qu’on ne prenait pas au sérieux quand il disait, à ceux qui devaient le défendre, que le comportement de sa sœur envers lui n’était pas le même. Les autres se taisaient, sans essayer de se prémunir de toutes ces humiliations qu’elle leur faisait. Dorénavant, qu’importait l’histoire, tragique, qui avait mené Ayli à s’acharner pour s’apaiser. Qu’importait les vrais coupables des victimes. Elle serait chassée à ne plus en voir le danger, écarté de toute civilisation afin de pouvoir être jugé par l’Insoumise. Rien de ce qu’elle tentera de montrer pour vivre ne la sauvera.

Des jours durant, je m’attelai à me rapprocher d’elle et, maligne, elle tentait également de gagner des points. Plus les gens étaient proches d’elle, moins ils s’apercevaient du subterfuge ou, du moins, ne souhaitaient pas le voir. Des nuits passées avec elle à parler constellation, flore et faune. Des moments propices où ma part de sauvagerie aurait voulu y mettre un terme à l'instant. Cependant, il fallait à tout prix que la Nature vienne à elle afin de la cueillir, et ce fut lors d’une de nos sorties qu’elle se présenta. Ceux qui n’avaient pas encore passé l’Envol ne connaissaient pas parfaitement les territoires où ils nous étaient déconseillés d’aller. Ils avaient pour habitude d’être accompagnés par une personne de confiance et, à cet instant, c’était moi.

« Dépêche-toi Nana, on doit aller cueillir de quoi manger ! » Ayli sautillait sur place, empli de cette fausse joie de vivre. « J’arrive. » Lançais-je simplement en passant ma besace par-dessus ma tête. « Ce soir on fera des choums aux Aaramïrs, et j’espère qu’on aura quelques côtelettes de Mälana ! » En fin de journée, nos familles se rejoignaient afin de partager un repas. Personne encore ne savait que l’une de nous ne reviendrait pas. La forêt était encore humide de la fine pluie de ce matin et les Mumus arpentaient les branches à la recherche de quelque chose à ramener dans leur nid. « T’es sûr que c’est par là ? » « Ayli, c’est moi la carte ici. J’ai vu des Aaramïrs la dernière fois là-bas. » « Mais je crois qu’on va vers un territoire Mäla… » « Ayli ! Je connais ces cartes par cœur. J’ai passé l’Envol moi. » Des mots qui la firent taire, mais n’affaiblit pas sa supposée joie.

Il suffit de quelques instants avant qu’un groupe de Mälana ne se montre sous nos pieds. Ayli s’arrêta net, chuchotant. « Je te l’avais bien dit Nasträlya ! » Je souris, l’ombre des feuillages faisant à peine briller mes tatouages. « Je sais. » Ma main tapa dans son dos, la poussant dans le vide. Son corps tomba tel un poids et son dos heurta une branche avant qu’elle ne se rattrape à une autre. Elle s’agrippa tant bien que mal, essayant de monter sur celle-ci. Déjà les Mälana plantaient leurs griffes dans le tronc, rejoignant celle qui les avait alertés en criant. Elle avait beau m’appeler, appeler à l’aide ou encore pleurer, qu’importaient les ruses pour essayer de vivre, elles ne me touchèrent d’aucune manière. Elle passa sa jambe sur le bois, commençant à fuir les bêtes. Boitant, elle jeta sa besace à terre, pensant aller plus vite. « C’est ce qu’ils ressentent quand tu les assièges de toutes tes injures, Ayli. » Son souffle saccadé était empli de sanglots. « Je ne t’ai rien fait ! » Un Mälana tourna la tête vers moi. « Et alors ? Dois-je rester sans rien dire quand tu rabaisses et humilies, alors que personne ne daigne voir qui tu es vraiment ? Quand tu penses pouvoir agir en toute impunité en arborant ce masque empli de fausse compassion ? » Je plantais ma lance dans un Mälana en train de grimper, tentant de me rejoindre. « Moi je sais ! » criais-je en parcourant la large branche la surplombant. « Moi je sais ce que c’est que d’appeler à l’aide et de se voir simplement, encore une fois, remis à sa place, à celle de victime qui mérite ce qui lui arrive ! Moi je sais ce que c’est que de devoir endurer en attendant la sentence de l’Insoumise ! » Je fis reculer la bête prête à bondir sur elle en envoyant une décharge près de ses pattes. Je n’avais pas fini de parler. « Je t’offre simplement à elle par respect envers mon peuple. J’avance ton jugement, car ton Envol est encore trop loin ! » « T’es complètement folle ! » Ses pleurs s’étaient intensifiés et j’entendais tous ceux qu’elle avait mis en larme, tous ceux qui continueront à pleurer en pensant à tout ce qu’elle leur avait fait enduré. Rapidement, l’un des Mälana la rattrapa, et j’entendis presque son dos se déchirer sous l’impact des griffes de l’animal. Ses crocs vinrent alors saisir sa nuque, la brisant sans plus attendre. Ses cris cessèrent et tout s’envola avec elle.

Déjà j’arpentai les branches afin de fuir le reste du groupe. J’avais également lâché ma besace et ma lance, courant à ne plus sentir mes jambes et mes poumons. Sortie du territoire, je tombais volontairement d’une branche, m’ouvrant l’arcade, espérant, que les bleues de la chute se verraient bientôt sur le reste du corps. Le village en vue, l’émotion prit le dessus et mes cris vinrent déchirer le paisible Hameau. Je savais que j’allais prendre la responsabilité de la mort d’Ayli, ou du moins, on me suspecterait, encore une fois, d’avoir mis la vie d’un fils d’Ohibaan en jeu, mais qu’importe. Je n’avais fait qu’avancer le procès d’un monstre.

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Nohaam
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Message(#) Sujet: Re: A fleur de peau - Nohaam Mer 14 Juin - 22:16

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Le jour alimentait les fleurs depuis un certain nombre d'heures et Nohaam restait allongé, contemplant depuis son modeste lit, l'extérieur de son logis, la porte était grande ouverte mais il n'attendait pas de visiteur. Il était en pleine rémission et ses plaies se refermaient péniblement sous les nombreux onguents et concoctions qu'il se devait d'appliquer. La journée semblait belle, trop belle pour qu'il ne la passe alité. Cependant il se déciderait à se lever une fois son premier repas englouti.

Sa mère qui s'attelait à presser quelques fleurs pour en récupérer les huiles jetait un œil sur son rejeton, en silence, sans lui parler, dans un mutisme qu'elle expliquait par sa peur de perdre le dernier homme de sa lignée. Elle était certainement pensante, songeuse, à la fois bénie par la Nature d'avoir un fils mais maudite, morte d'inquiétude pour lui. Au moins, cette fois, même s'il était rentré avec de nombreux maux, il était rentré.

Quelques enfants jouaient et chantonnaient dehors, sur la grande place, il pouvait les entendre. Il fermait les yeux, se recueillant sur la moralité du Grand Tout. La vie paraissait cruelle mais il n'en était rien, la vie était par voie de conséquence, la création de la Nature, cette dernière étant juste, elle n'engendrait rien d'autre que justesse, Nohaam en était convaincu, il était plus fort, grandi de ses expériences même s'il ne pouvait le voir au moment escompté.

Il prit ses vêtements, un grand bandeau de tissu en guise de ceinture pour retenir sa jupe verte et un haut si large qu'il eu honte de sa musculature. Il nageait dans son maillot de corps au gris passé avec le temps, il lui aurait fallu quelque chose de nouveau à se mettre mais, ses blessures et la chaleur qui s'annonçait dans la journée étaient propices à ne pas s'endimancher.

Il avala une grande tisane que sa génitrice venait de préparer entre deux autres labeurs, puis quelques champignons à peine cuits et déjà froids. Il n'avait pas l'estomac alerte et ne se voyait pas dévorer un réel festin.

« Je vais récolter quelques plantes pour tes hématomes, je serai là ce soir ! »


Sa mère quitta la pièce sans dire plus, Nohaam avait remercié cette dernière avant de s'approcher du pas de la porte, tenant ses flancs de ses deux mains. Quelqu'un du village avait fait passer à Nohaam un livre, connaissant son amour pour la lecture, pour que les quelques jours de convalescence, soient moins mornes pour lui. Ils parlaient de maladies liées à la nourriture et de flore lointaine. Les quelques chapitres détaillaient une herbe mouvante, que personne n'expliquait ainsi que des fleurs qui ne s'ouvraient que lorsque la nuit était tombée. Nohaam était à nouveau enfant, à nouveau il voyageait à travers le monde sans quitter son siège de fortune. Sur les quelques marches il ne vit pas le temps passer, son estomac était à nouveau sonore. Il leva la tête des pages décolorées pour s'apercevoir que le soleil avait déjà fait plus de la moitié de sa course au dessus de lui.

Un nouveau repas, déglutir était plus facile pour lui, ses plaies se résorbaient et les quelques marques sur son visage commençaient à se fondre dans son teint naturel. Il avait pris le temps de manger, le soleil débutait sa course incessante vers des couleurs plus chaudes, plus mélancoliques. Une fois à nouveau vers le pas de sa porte, Nohaam prit la décision de marcher un peu, vadrouiller entre les enfants et les habitants qui continuaient leurs rituels quotidiens. Certains préparaient déjà le repas du soir, une jeune fille recevait un tatouage sur le bras, un vieil homme l'observait. Les odeurs se mélangeaient, se mêlaient pour former un véritable festival, tantôt fleuri, tantôt boisé, le parfum était aussi vivant que les habitants.

Le jeune homme avait enfin le sourire, il reprenait espoir et enfin, changeait ses esprits. Son livre à la main il déambulait, profitant de tous les détails. Puis certains habitants s’affairaient vers l'entrée du village, quelqu'un était revenu, mais il y avait visiblement eu un souci. Nohaam de son pas incertain et lent se mit à suivre la foule. Un petit attroupement se fit, une jeune femme, inconnue pour le garçon qui n'avait que croisé cette dernière. Mais il ne mit pas longtemps à comprendre, s'il ne voulait pas rejoindre le groupe pour se mêler à eux c'est parce qu'il savait. Elle avait accompagné Ayli, la petite pour qui, Nohaam avait beaucoup de sympathie. Elle n'était pas là, elle n'était pas rentrée, elle qui l'avait sauvé. Le fils unique se mit à avoir une boule au ventre, puis à la gorge. Ses yeux étaient de plus en plus humides. Il se mit à fondre en larmes, s'écarta de la place principale, se dirigea vers un rebord, il s'y assit, posa ses mains sur son visage avant de pouvoir totalement éclater. Pourquoi le destin s'acharnait-il sur des êtres innocents ? Pourquoi la Nature était-elle si imprévisible ? Une si jeune fille, une enfant, insouciante et passionnée, perdue à jamais. Nohaam se savait incapable d'assister à une quelconque cérémonie, il questionnait sa foi, questionnait la Nature elle-même.

« Pourquoi ? »

Il ne cessait de répéter ce mot, entre deux crises de larmes, entre deux chauds sanglots. La justice était-elle absente de ce monde ? La douleur était à son paroxysme, éclipsant ses quelques blessures superficielles. Nohaam était à nouveau seul, seul et contraint de subir une nouvelle torture.

909 mots

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Nasträlya
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Message(#) Sujet: Re: A fleur de peau - Nohaam Ven 23 Juin - 14:13


Les regards se faisaient à la fois compréhensifs et confus. Par deux fois, je m’étais retrouvé dans cette situation, par deux fois, quelqu’un était mort sans que je ne puisse rien y faire. Beaucoup se questionnaient sur la véracité de mes propos. Était-elle vraiment tombée de cette branche seule ? L’avais-je vraiment défendu avant qu’un Mälana ne l’attrape ? M’étais-je vraiment trompé de chemin ? Les larmes coulaient à flots sur mes joues, mais étaient-elles sincères ?  « Lâchez-moi ! » criais-je en me débattant de ceux qui voulaient percer la vérité. Un groupe était déjà parti rechercher le corps d’Ayli, du moins ce qu’il en restait, tandis que je boitais jusqu’à la rambarde de la place. « Laissez là ! » La voix de Rilver retentis, suivis de celle de Marasa, sous-chef des Värshas : « Si sa mort n’est pas accidentelle, nous le saurons tôt ou tard, alors retournez à vos tâches. » Son sombre regard me transperça de part en part, et je le soutenus, fronçant des sourcils à mon tour. Je savais que certains penseraient que j’étais une coupable idéale, simplement parce que la zoologie faisait partie de mon quotidien. Daren me jeta également un coup d’œil lorsque Marasa se détourna de moi. Il savait. Son regard était dur, mais à la fois, il comprenait ce qui s’était passé. Fut un temps où il encaissait les mêmes préjugés, mais des accusations qu’il savait juste et qu’il avait toujours niés.

Je posais mes coudes sur la rambarde de bois. Dorénavant, je devais m’en tenir à la même version. Une main affective se posa sur mon épaule. « Que s’est-il passé ? » Je soufflai, me débarrassant de sa marque d’affection plus que dérangeante à l’instant. « Je l’ai répété mille fois aux autres ! » Il posa à son tour ses coudes sur la rambarde, regardant un bref instant l’homme assis près de nous avant de se reporter sur moi. « Je ne suis pas les autres, tu ne m’as pas raconté. » « Elle est tombée ! » « Toute seule ? » Je détournai violemment la tête, plongeant mon regard dans le sien. « Bien sûr toute seule, tu me prends pour qui ? » « Je demande simplement, Nasträlya. Des erreurs peuvent arriver. » Je basculais la tête de droite à gauche, avant de me reculer. « Tu me fais quoi ? Tu viens en tant que Värsha ? C’est Marasa qui t’a demandé ? » Il leva légèrement les mains, essayant de se faire le plus doux possible. « Je suis juste venu en tant qu’ami. » « Un ami qui m’accuse d’avoir volontairement fait tomber une des nôtres ! » « C’est faux, il y a une différence entre assassinats et un simple geste inconscient et involontaire. Tout Värsha le sait… » « Tu veux la vérité ? Elle est tombée de la branche quand on s’est rendu compte qu’on s’était planté de chemin ! J’ai lancé ma bombe quand une bête la pourchassait et j’ai tué un Mälana en descendant la rejoindre ! Les preuves iront dans mon sens. » Länsa s’était rapproché, posant ses deux mains sur mes épaules. « Calme-toi. » Mon regard était rivé au sol. « Je suis tombée et j’ai perdu mon arme en fuyant. » Je relevais la tête. « Je l’ai vu quand sa peau s’est déchirée sous ses griffes. Je l’ai vu. » Et j’avais trouvé ça magnifique. Zoologiste, je m’intéressais de près à cette sauvagerie, à la beauté dans ce que les autres trouvaient abominable.  Je portais ma main sur ma bouche, semblant retenir mes larmes et le visage perdu sur les planches de bois. « C’était horrible. » Ses phalanges se pressèrent et il me sourit. « D’accord. Repose-toi, tu en as besoin et soigne tes contusions. » Il s’en détourna et je revins vers la rambarde, soufflant, comme pensive. Mon visage se déforma d’une douleur soudaine. Je relevais mon haut et je vis que déjà un bleu prenait la majeure partie de mes côtes. Mon visage me lançait aussi, je pouvais le sentir légèrement gonflé au niveau du haut de la joue et le sang de ma blessure à la tête avait également séché dans mes cheveux. Je jetai un coup d’œil sur l’homme dont les larmes ne cessaient de couler et je répondis à son interrogation. « Parce que la Nature l’a décidé ainsi. » Je m’assis près de lui, me tenant le ventre qui était douloureux. « Pourquoi pleures-tu ? Elle est dans les bras de l’Insoumise maintenant. Elle n’a plus rien à craindre, plus d’histoire à porter, plus le poids de la vie que nous avons choisis. Pourquoi pleures-tu son bonheur ? »



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Nohaam
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Message(#) Sujet: Re: A fleur de peau - Nohaam Dim 25 Juin - 17:50

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Si Nohaam, bien qu'entouré se sentait seul, c'est parce qu'il se sentait abandonné. La vie d'une petite fille venait de rejoindre le Grand Tout, injustice selon le jeune garçon qui n'avait pas encore eu l'occasion de raser sa frêle et fine barbe de trois jours. Il se passait les mains sur le visage et répéta de nombreuses fois sa demande. Elle venait d'être entendue, non pas par les puissances qui semblaient l'avoir trahi, mais par une jeune femme. Tout juste l'âge à avoir passé l'Envol il y a peu, Nohaam la reconnaissait. C'était elle, elle était partie avec son amie, celle qui l'avait sauvé. Elle était la dernière à l'avoir vue, la dernière qui aurait pu la remercier encore pour son geste. Sans elle, Nohaam n'aurait plus l'occasion d'observer la beauté des paysages et de protéger et servir l’Équilibre.

Nohaam à l'écoute des quelques mots se mit à geindre de plus belle, réalisant à nouveau ce qui venait de se produire. Il passa son revers de manche sous ses yeux pour se sécher les joues et regarda pour la première fois la belle jeune femme. Elle était mince, semblait robuste cependant, et Nohaam n'avait aucune idée de son nom. Le jeune garçon prit le temps de regarder le profil de la jeune femme qui se serrait les côtes.

« Parce qu'elle est si jeune, elle n'est pas prête pour un si long voyage. Parce que c'est injuste, parce que je lui dois la vie, parce que j'aurai dû être à ta place. »

Il tentait de garder un maximum de ses émotions à l'intérieur de lui, mais c'était un peu trop dur pour lui, il se savait observé et même pourquoi pas jugé, mais il se moquait de l'avis des autres, les coutumes de son peuples ne rentraient plus dans l'équation. Il reprit après avoir passé de nouveau son avant bras sur son visage : « Tu peux penser ce que tu veux, je m'en moque. Tu peux trouver ça stupide que je pleure alors qu'elle a rejoint la Nature, alors qu'elle est avec nous maintenant sous une autre forme. J'ai mal, j'ai trop mal de devoir subir ça à nouveau. Elle n'était pas encore adulte, elle n'était pas encore comme nous. »

C'est vrai qu'elle était insouciante, encore trop jeune pour souffrir, pour vivre cette grande transition. Nohaam n'aurait pas souhaité périr en ces jours mais il n'avait jamais, jusqu'à présent, éprouvé une quelconque peur par rapport à la mort en elle même. C'était plus la douleur, que ce soit la sienne, ou celle des autres, qui lui flanquait une sacré terreur. S'il n'avait jamais éprouvé cela, c'était à l'instar de ce manque de foi évident qu'il ressentait à présent. Il reprit sans laisser le temps à la jeune fille de rétorquer quoi que ce soit : « Et l'Insoumise, nous a-elle déjà été clémente ? »

Il voulut se lever pour s'en aller mais ses muscles étaient endormis, encore endoloris mais surtout tétanisés par sa position qu'il n'avait pas quitté depuis un bon moment. À la place il eut un petit mouvement, posant ses mains derrière lui avant de se replier sur lui-même à nouveau.

« Si la Nature décide tout, alors à quoi bon vivre sans aucune liberté de choix ? »

Nohaam était clairement encore affecté par le trop plein d'émotions, son isolement dû à sa convalescence et sa faible constitution. Il était alors trop tard pour lui de revenir sur des mots qui dépassaient sa pensée, des mots qu'il pourrait regretter bien plus tard. Des mots trop durs pour un être du Hameau. L'homme avait les jambes qui pendaient dans le vide, près du rebord que les deux occupaient tel un banc. Ses yeux n'observaient plus la Nature de la même façon, sa peau n'appréciait plus l'air pur avec une telle admiration. Si l'astre solaire commençait son inéducable course vers le déclin et que le spectacle qui s'offrait aux jeunes gens était merveilleux, il n'en prit même pas connaissance, le soleil empourprant alors le ciel de ses doux rayons plus faibles. Au loin, ceux dont l’ouïe était aiguisée, pouvaient entendre les félins se repaître d'un triste festin. Un festin qui portait le nom de quelqu'un que le jeune Hädrim appréciait.

705 mots

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