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 Pour la collectivité | Solo

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Crescend Crimson
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Message(#) Sujet: Pour la collectivité | Solo Jeu 15 Juin 2017 - 13:55




Pour la collectivité
(Suite de Trésors de guerre)



Inventaire de Crescend
| Armes: P-2 Nixe
Inventaire de Novella
| Armes: P-2 Nixe | P-7 Helhest

« Nous t’attendons devant nos petites trouvailles, Nikita, concluais-je dans un sourire ravi.

- Je vous envoie une équipe sur-le-champ, comme promis. Surveillez bien ces caisses : elles nous seront précieuses pour les jours à venir avec ce maudit conflit. Et restez prudents surtout! »

Un grésillement se fit entendre durant quelques secondes avant que la communication coupe définitivement. L’homme au béret recula de quelques pas avant de s’affaler sur le siège de la pièce, s’étirant à la manière d’un chat, l’air content et satisfait. J’ai bien fait de les mettre sur le coup! Ils nous ont dégoté un beau butin! S’extasia-t-il avant de pousser le siège avec ses jambes afin de rejoindre son bureau. Il devait trouver quelques Récupérateurs qui n’avaient pas encore été déployés. Pour ce faire, il contacta l’une de ses consœurs pour avoir accès aux noms et aux informations concernant le peu de Récupérateurs encore disponibles dans l’établissement ou qui vagabondaient au sein de la Ville Azurée. La main d’œuvre se faisait rare ces derniers temps, les révoltes et les rassemblements des réfugiés aux pieds du Mur volant, à chaque jour, des bras qui étaient forts utiles autre part. Enfin, merci à la jolie Angélica – qui, au passage, lui avait ri au nez devant ses nouvelles tentatives de séduction –, il était parvenu à mettre la main sur la liste qu’il cherchait. Rapidement, il avisa quelques noms qu’il connaissait déjà et les contacta immédiatement : il savait qu’avec ces gars, il n’aurait aucun problème quant à la récupération du matériel trouvé par son protégé. Deux derniers membres ne seraient pas de trop… Songea-t-il avant de poser son doigt sur un nom dont la sonorité lui était fortement agréable à l’oreille. L’homme au béret eut un sourire puis, finit par la contacter par le biais de son outil de communication privilégiée. Pendant quelques secondes, il eut une tonalité avant qu’elle décroche.

« Bonjour! Vous êtes bien Harley Quiry, n’est-ce pas? Parfait! Je me présente, Nikita Âke. J’aimerais vous rencontrer au quartier général de la Guilde pour vous assigner une mission de récupération. Rendez-vous dans le hall du QG dans une trentaine de minutes pour les informations supplémentaires. Cela vous convient-il? »

Il attendit sa confirmation ou son déclin avant de poursuivre :

« Bien! Je vous attendrais au hall, vous et le reste de l’équipe. À plus! »

Puis, il raccrocha. Il ne restait plus qu’à contacter le dernier membre du groupe…

Trente-cinq minutes plus tard, Nikita apparut brusquement dans le hall où s’était rassemblé les cinq têtes avec qui il avait communiqué. Son inséparable béret de travers, il émit un petit rire nerveux lorsqu’il croisa le regard de ses compagnons.

« Ha ha ha! Désolé! J’ai croisé la petite Barbara en chemin et je n’ai pas pu m’empêcher d’aller lui parler! »

En retour, Nikita reçu quelques regards amusés des plus décontractés et des regards plus durs des sérieux, mais qu’il s’agisse des uns ou bien des autres, cela ne sembla pas l’atteindre plus que cela.

« Puisque tout le monde est là, commençons. Il y a une demi-heure, j’ai reçu l’appel de l’une de mes connaissances qui m’informait qu’il venait de découvrir plusieurs caisses d’armement, de provisions et de pièces détachées à Varosha. Lui et sa partenaire auraient besoin d’un coup de main pour transporter leurs trouvailles jusqu’ici : il parait que c’est un beau butin! » Ricana-t-il avant de sortir une tablette de l’une des poches de son manteau.

Pendant quelques secondes, on n’entendit que le bruit de ses phalanges qui pianotaient sur l’écran tactile jusqu’à ce qu’une légère sonorité résonne depuis l’appareil.

« Je vous ai envoyé les coordonnées de leur emplacement : vous devriez le voir apparaître sur votre interface. »

Puis, il rangea sa tablette, croisant ses bras derrière sa nuque tout en esquissant un grand sourire : peu importe la situation, Nikita avait toujours cette apparence détendue et décontractée qui donnait l’impression que tout allait bien, même en cas de crise. Si ça avait tendance à en rassurer certains, ça avait également le don d’agacer les plus stricts et rigides.

« Des questions? » Demanda-t-il en souriant.

Quand il se fut assuré que tout le monde était fin prêt, il leur donna l’autorisation de traverser le Mur pour rejoindre la Ville fantôme qui s’étendait de l’autre côté…

☢️

Un grésillement se fit entendre contre mon oreille avant que la communication coupe définitivement, les bruits et les sons de Varosha enveloppant de nouveau l’intérieur de mon casque. Bienheureux et galvanisé par l’enthousiasme que causait la découverte de toutes ces merveilles, je m’avançais jusqu’à ma partenaire qui s’était installée sur la racine que les deux enfants avaient pris comme appui pour s’élancer dans le cadre de la fenêtre et s’enfuir. À mon approche, elle baissa la tête et retira son casque, sa fameuse crinière pâle tombant sur une partie de son visage, son regard se braquant instantanément sur la visière de son casque.

« Bon, nous avons un peu de temps devant nous avant que l’équipe envoyée par Nikita nous rejoigne, m’exclamais-je en m’affalant sur la racine en expirant un soupir de soulagement. Ils ne devraient plus tarder! »

La jeune fille ne répondit pas, droite comme une barre. Novella était nerveuse, cela se voyait dans la manière dont elle jouait avec les bords arrondis de son casque. Elle tendait l’oreille, restait à l’affût du moindre bruit, du moindre son qu’elle jugerait suspect… Et elle avait toutes les raisons de l’être : nous nous trouvions sur le terrain des désespérés et des rebelles : nous nous trouvions à des lieux de la Promise, perdus au cœur de cette énorme ville fantôme. La défense offerte par le Mur et les Portes de Tadryon ne nous protégeaient plus. Désormais, il fallait nous protéger, nous, mais également surveiller ces précieuses caisses afin qu’elles ne tombent pas entre les mains d’indésirables.

Lentement, je portais mon regard en direction des fameux coffres qui gisaient à nos pieds, remuant chaque recoin de mon cerveau afin de comprendre pourquoi, mais surtout qui, avait bien pu laisser une telle cargaison à l’abandon. Il y avait tout à l’intérieur, pardi! Des armes, des potions de soin, des pièces détachées et du matériel de toute sorte prêt à être utilisé… Connaissant les mœurs et la misère de ce coin, difficile d’imaginer que quelqu’un ait voulu se détacher de ces biens : je connaissais des gens et en avaient vu qui auraient tué pour mettre la main sur un trésor plus petit encore, ou rien que pour une miche de pain déjà entamée, alors imaginez-vous la réaction de n’importe quel Varoc devant un tel butin : il se serait transformé en bête prête à tout pour défendre ses propriétés contre la menace et l’adversité. Qui laisserait dans un endroit pareil une aussi grande quantité de ressources et de provisions, d’abord? N’avais-je de cesse de me poser. Et, inévitablement, mon visage finit par pivoter en direction de la fenêtre par laquelle le duo de gamins avait filé, leurs rires d’enfant ayant disparus au même moment que le son de leur course. Doucement, une idée s’insinua dans mon esprit, mais plus elle se concrétisait et plus j’en venais à douter, moi-même, de cette hypothèse. Non… Ici, les enfants sont comme les adultes : ils auraient tout emportés sans rien laisser derrière eux. Mais ces enfants-là, ceux que nous avions croisés lorsque nous avions débouché dans cette allée, auraient très bien pu voler le contenu de ces caisses… Alors pourquoi ne l’avaient-ils pas fait?

… Était-ce véritablement ces enfants qui avaient amené ces caisses jusqu’ici en premier lieu? Sur le moment, Novella et moi avions tout naturellement émis cette thèse, bien trop surpris et enjoués par la richesse contenue dans ces boîtes, sans aller plus loin dans nos réflexions afin de connaître la raison qui expliquait pourquoi ces enfants se trouvaient ici, à ce moment précis. Est-ce que leur présence avait un rapport avec cette étrange – et ennuyante – missive que Nikita avait retrouvé au quartier général de la Guilde? Plongé dans mes pensées, je perçus à peine le regard que ma partenaire m’adressait, tâtant instinctivement les différents compartiments de mon armure de métal afin de trouver la lettre. Puis, je l’extirpais avant de la déplier avec toutes les misères du monde – vous devriez essayer de manipuler un aussi petit bout de papier avec des gants aussi gros que ceux de nos exosquelettes, pour voir… Je relisais l’unique phrase du parchemin souillé : « Suivez les flèches de la Ville fantôme », puis je portais mon regard vers l’endroit où nous avions bifurqué avant d’atterrir dans cette simili jungle urbaine. Un sourire, indéfinissable, s’étira sur le pan de mes lèvres. C’est impossible que ça ne puisse pas être lié! Je veux dire, la missive, les flèches et puis les enfants, ce trésor… Nous avons vraiment des alliés, quelque part ici… Me dis-je intérieurement en tournant mon visage d’un bord et de l’autre, suspectant que l’un des enfants devait encore se trouver dans les environs, quelque part, mais où…? Enfin, peut-être m’imaginais-je des choses aussi… Ou peut-être pas. Mais quoi qu’il en soit, ces caisses avaient été posées là pour nous et pour nous uniquement.

Pour Tadryon.

« Crimson… »

Je ne bougeais pas la première seconde avant de redresser la tête en direction de la jeune fille, qui avait de nouveau vissé son casque sur sa tête.

« Nous avons de la compagnie… Pas la plus sympathique cela dit… »


Post I [1 571 mots]



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Message(#) Sujet: Re: Pour la collectivité | Solo Dim 10 Déc 2017 - 16:08




Pour la collectivité




Le Récupérateur espérait que tout se passait bien. Avec les récents événements, les révoltes des réfugiés, la colère grandissante de tout un peuple qui se voyait refuser l’entrée à Tadryon, Nikita se demandait si son protégé et son amie allaient être tranquilles jusqu’à l’arrivée des renforts; enfin, il le souhaitait plus qu’il ne le songeait. Parce qu’en lui, il sentait son cœur pomper la nervosité à chaque seconde qui passait : l’attente devenait insoutenable, mais que pouvait-il faire, à l’exception de mettre tous ces espoirs en eux? Devant un public et un auditoire, il montrait rarement à quel point il pouvait être inquiet, sachant pertinemment que les mauvaises pensées conditionnaient de mauvais soldats. Depuis qu’il était entré dans la Guilde, il s’était donné comme mission de toujours voir le positif, le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide; il ne voulait pas que l’espoir disparaisse du cœur des gens, qu’ils soient Varocs ou Tadryens. Peu importait. C’est pourquoi il continuait de garder le sourire en toute circonstance, de se parer d’un flegme insouciant, voire insolent (tout dépendant des points de vue), et qu’il se risquait même à lancer quelques vannes pour détendre l’atmosphère aux moments les moins appropriés. Tout ce qui comptait, c’était de ne pas baisser les bras et d’embrasser la bonne Providence : c’est ce qu’il croyait fervemment.

Mais au fond de lui, il ressentait tout le contraire. Il avait l’impression de mourir d’inquiétude à chaque fois qu’il voyait un collègue ou un ami traverser ces maudites Portes, de nourrir de sombres pensées en songeant au pire qui pourrait leur arriver, parce qu’à l’extérieur, malheureusement, le monde n’était pas aussi optimiste, pas aussi prospère : c’était comme de lâcher des nalves dans une fosse remplie de lupus et de llonpas. Nerveux, il finit par lâcher la tablette sur lequel il inscrivait les informations de son précédent rapport, malaxant son visage à l’aide de ses deux mains comme pour déformer ce masque de pessimisme qui avait l’intention de couvrir son faciès. Aller! Du nerf! S’encouragea-t-il. Cependant, son regard finit par se tourner vers sa fenêtre, fenêtre qui donnait sur l’extérieur, sur Varosha, la Ville fantôme. Faîtes que tout se passe bien, peu importe qui Vous êtes… Pria-t-il, espérant que son souhait soit entendu par l’oreille d’un être supérieur, bien au-delà du Mortel qu’il était – il ne savait pas exactement à qui s’adresser autrement – l’inquiétude s’insinuant finalement entre les lignes de son visage lorsqu’il aperçut une fumée ocre, légèrement noirâtre, s’élever jusqu’au ciel.

« Qu’est-ce que…! »

Promptement, le Récupérateur se leva de son siège, sautant comme s’il avait été éjecté par un ressors pour se jeter à toute vitesse en direction de la fenêtre de son bureau.

☢️

Ma respiration se fracassait sur la surface interne de mon casque : je ne la percevais peut-être pas, mais je l’entendais distinctement contre mes oreilles, malgré les tambourinements de mon cœur qui remontaient jusque dans mon crâne. Lorsque l’une des trois femmes esquissa une nouvelle enjambée dans notre direction, je tournais immédiatement la bouche de mon canon vers son visage.

« Elle vous a dit de ne pas bouger! » M’exclamais-je d’une voix forte et froide, cherchant, d’une manière ou d’une autre, à intimider les jeunes femmes devant nous.

Car, malgré les avertissements de Novella, aucune d’elles n’avaient semblé prendre ses mots au sérieux, continuant de s’approcher de notre position à la manière de félins qui traquaient leurs proies. Elles ne représentaient pas un danger immédiat, mais leur allure, la lueur dans leurs yeux n’avaient rien de bien rassurant. Surtout en constatant que la brunette du groupe poursuivait son chemin dans notre direction, sans mot dire. Son regard aurait pu transpercer nos corps de métal s’il avait pu tirer des balles : par chance, une telle capacité lui était hors de portée…

« Nous vous le répétons, mesdames : quittez le secteur. Ce n’est pas un choix, c’est un ordre. »

Je coulais un bref regard en direction de ma partenaire. Je n’étais pas certain de l’effet qu’aurait ces mots sur ces Varocs, mais je conservais le silence, ne perdant pas de vue ma cible à la silhouette fine, mais au regard affamé.

« Un ordre… Murmura la brune, alors qu’un sourire sardonique s’étirait sur ses lèvres sèches et craquelées. Avez-vous entendu, les filles?! »

Des rires se mirent à fuser autour de nous et ce, même derrière nous. Vivement, Novella avait pivoté sur elle-même, tournant son arme laser vers la rue qui s’étendait derrière nous. À quelques pas de notre position, deux autres femmes venaient d’apparaître dans son champ de vision. L’adolescente les visa aussitôt, le poing fortement serré autour de la poignée de son P-7 Helhest.

« Reculez! » Vociféra-t-elle, sauvage.

Mais elle savait tout aussi bien que moi que la situation n’était pas à notre avantage. Cinq contre deux : il n’y avait rien de moins équitable. Et malgré toute la bravoure et la méchanceté qu’elle laissait couler dans ses paroles, rien n’y faisait, je la connaissais : à l’intérieur de ce cocon métallique, elle tremblait, suait, la nervosité prenant possession de l’ensemble de son corps.

« (shhhh!) Ne tremble pas… Lui soufflais-je alors dans notre système de communication, alors que j’essayais de me montrer aussi imperturbable qu’elle. Elles sentent la peur aussi bien que les bêtes…

- Je sais… »

J’eus un maigre sourire sarcastique, le cercle que formait les Varocs se serrant de plus en plus autour de nous, un sentiment de plus en plus lourd s’écrasant sur nos épaules. Novella et moi reculâmes d’un pas, nos dos se frôlant.

« Ne nous obligez pas à tirer, mesdames… Les avertissais-je.

- Comme si… » Ricana une blonde entre ses dents serrées.

Un crachat fut jeté dans notre direction, s’imprimant sur mon armure, coulant entre les lignes de celle-ci. Je n’y fis pas attention, tentant de conserver mon calme, me remémorant les consignes de l’Académie et les conseils de mon père. Je ne devais pas perdre ma concentration. Je ne devais pas répondre à leur provocation, mais l’urgence de la situation se faisait sentir, le danger s’approchant de nous, pas à pas à pas…

BANG!

Ce son faillit me tuer. D’un seul coup, je me tournais vers Novella, voyant une mince et diaphane fumée sortir de la bouche de son canon.

« Elles… Je… »

Tout son corps tremblait, claquait entre ses différents membres.

« Merde, tu… »

Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase, un coup puissant m’ayant été administré au niveau de la tempe. J’expirais un râle de douleur alors que je claudiquais gauchement sur ma droite, la brunette que je visais depuis le début ayant pris avantage de mon désarroi pour me sauter dessus. Puis, elle enchaîna presque aussitôt par un coup de pied qui toucha mon poignet, me faisant lâcher mon arme, qui rebondit au sol, à quelques pas de moi. Dès lors, les attaques se mirent à déferler sur nos têtes. Les cinq femmes, aussi enragées que puissantes, se mirent à nous rouer de coups, de la tête jusqu’aux pieds. Nous étions ensevelis sous l’assaut des poings, écrasés par le fracas de leur semelle sur nos casques, car ce ne fut pas long, en effet, que nous nous retrouvâmes par terre, la tête coincée entre un talon et le sol fissuré de la ruelle. Dans mes oreilles, je n’entendais que le bruit de ma respiration qui se fracassait sur la surface interne de mon casque : je la percevais nettement ricocher contre le verre de ma visière alors qu’elle se condensait; je l’entendais distinctement malgré les tambourinements de mon cœur au fond de ma poitrine, malgré le souffle rauque de ma coéquipière dans les écouteurs de mon casque, malgré les rires de nos adversaires…

« Des ordres, hein? »

Je voulais bouger, mes bras ou mes jambes – n’importe quoi! –, mais deux femmes me maintenaient solidement au sol, m’empêchant même de bouger ne serait-ce que le petit orteil.

« (shhhh!) Novella, est-ce que tu vas bien? »

Pendant de longues secondes, qui me parurent durer une éternité, notre système de communication resta silencieux, jusqu’à ce qu’une voix basse, mais reconnaissable entre mille, résonna enfin au creux de mes oreilles :

« D-Désolé… J’ai… J’ai tout gâcher. J’ai paniqué et…

- Ce n’est pas gr–

- Eh là, les petits, si vous avez quelque chose à dire, dîtes-le nous en face! S’exclama soudainement l’une des femmes en retirant vivement mon casque et en m’adressant un sourire ignoble par-dessus mon épaule.

- En effet, nous n’aimons pas beaucoup les cachotteries… »

L’inflexion était froide et beaucoup plus dangereuse qu’elle ne l’avait jamais été depuis le début de notre altercation. Si elles s’étaient toujours montrées moqueuses et sarcastiques, tout à coup, les Varocs dévoilaient leur vrai visage…

Un mouvement, alors, attira mon attention. Entre ses doigts, je remarquais que la brunette tenait mon arme. Solidement, avec une prise beaucoup plus ferme que moi. Elle s’approchait de Novella puis, tourna lentement le canon du fusil en direction de sa tête. Aussitôt, mes yeux s’écarquillèrent, ma force se décuplant soudainement pour que je puisse me défaire des poignes qui me retenaient par terre. En vain. La brunette continuait simplement de fixer Novella, sans un mot, sans même un rire, sans même un sourire. Elle tenait simplement le fusil, prête à faire feu.

BANG!


Post II [1 550 mots]



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Message(#) Sujet: Re: Pour la collectivité | Solo Sam 2 Juin 2018 - 2:03




Pour la collectivité




Tout ce que j’aperçus en premier lieu était le sang qui jaillit de sa blessure. La balle d’Azuris l’avait transpercé, littéralement, ne laissant qu’un trou béant et ensanglanté sur sa peau hâlée. Une expression de surprise et de peur s’était figée sur les lignes de son faciès durant les dernières nanosecondes qui ont suivies le coup de feu. Et, sans un cri, la brunette tomba à genou sur le sol, échappant de ses mains mon P-2 Nixe. Dans mon champ de vision, j’aperçus tout à coup une jambe métallique kaki courir vers mon arme abandonnée avant de lui envoyer un coup qui l’expédia dans l’un de mes angles morts. Puis, se postant juste au-dessus de la brunette, un exosquelette menaçait cette dernière de son arme laser.

Novella, toujours par terre, fermement maintenue par ses deux assaillantes, expirait bruyamment, ses yeux aussi gros que des assiettes.

« Bien tiré, Quiry, s’exclama soudainement une voix, qui appartenait à un homme que je ne pouvais voir dans ma position actuelle, ses félicitations recevant immédiatement une réponse :

- Merci! »

Aussitôt, la prise qui me retenait au sol sembla s’alléger, mais je n’osais pas bouger, de peur d’éveiller, à nouveau, les bas instincts de ces Varocs enragées.

« Désolé, conscrits, nous ne sommes pas arrivés à temps…

- Oh! Au contraire, m’écriais-je à l’homme invisible en relâchant un soupir de soulagement, ce qui me valut une nouvelle empreinte de soulier sur le visage. Vous ne pouviez pas choisir meilleur moment que celui-là! »

Dès que mon agresseur avait resserré l’étau de son pied sur mon visage, j’avais entendu une exclamation de frustration : l’un de nos alliés devait l’avoir mise dans sa ligne de mire à présent. Rassuré, je tournais mon regard en direction de ma partenaire, qui n’arrivait toujours pas à croire qu’elle était encore en vie. Elle respirait, clignait des yeux, aurait pu bouger si deux des Varocs ne se trouvaient pas encore sur elle, mais elle était en vie. En vie… Profitait-elle de ces bouffées d’air qu’elle avait failli ne plus jamais inhaler? Profitait-elle des images qui l’entourait et qu’elle avait failli ne plus jamais contempler? Je ne saurais le dire, son expression figée dans cet état de surprise, de contentement et de frayeur ne laissant rien transparaître de ses véritables pensées, à l’exception de son profond étonnement d’être toujours en un seul morceau.

« Reculez. Libérez ces Tadryens. »

Personne n’esquissa un geste, voire même un semblant de mouvement qui aurait pu nous laisser penser que l’une d’entre elles nous libèrerait. Elles ne bronchaient pas devant la bouche des armes laser, fixant, avec une provocation évidente, le visage des nouveaux venus. Combien étaient-ils d’ailleurs? Je voulus tourner la tête dans leur direction, mais le pied qui m’obligeait à respirer de trop près les poussières de la Ville fantôme ne se délogeait pas, restant solidement ancré à ma tempe.

« Je crois que vous ne m’avez pas compris… » Siffla alors l’homme, des pas faisant vibrer le sol à proximité.

Dès cet instant, je sentis comme un relâchement : les femmes abdiquaient-elles? Oui… Oui! Elles se mettaient à reculer – enfin! –, nous libérant finalement, Novella et moi. Aussitôt que je n’eus plus aucune de mes assaillantes sur le dos, je courus en direction de ma partenaire pour l’aider à se relever. Se laissant faire, elle accepta la main que je lui tendais avant de se remettre sur pied, l’émotion d’avoir passé à deux doigts de la mort rendant son équilibre plus précaire et incertain. Précipitamment, je nous guidais jusqu’à nos sauveurs, mon regard balayant la place à la recherche de mon arme.

« Est-ce que tu cherches ceci? » M’interpella une voix douce et chaude et je jetais une œillade par-dessus mon épaule, là où se situait un exosquelette bleu foncé, une main tendue dans ma direction, tenant au creux de sa paume mon P-2 Nixe.

Un sourire s’imprima sur le bord de mes lèvres alors que je détournais quelques secondes mon attention de mon amie pour reprendre l’objet en main. À cause de mon armure, je ne pouvais sentir le contact du métal froid contre ma peau, mais le simple fait de l’avoir en main me rassurait beaucoup…

Les cinq Varocs se tenaient à genoux. Aucun mot ne filtrait d’entre leurs lèvres, scellées par la rage ou la fierté… Dans tous les cas, elles ne baissaient pas la tête, leurs yeux enflammés nous transperçant de par leur férocité. Elles étaient en colère, pas besoin d’être devin pour constater cela, mais une colère encore plus sombre, encore plus froide, dont je ne pouvais juger toute l’importance, semblait être enfouie dans les profondeurs de leur regard. Personne ne pipait mot, comme si le temps lui-même s’était figé. Cependant, après quelques secondes, l’armure grise s’avança en direction des Varocs et se mit à converser avec elles. Restés derrière, silencieux, Novella et moi observions les cinq Tadryens qui avaient été déployés pour nous venir en aide : et dire qu’à la base, ils n’étaient venus ici que pour nous aider à récupérer et ramener les caisses au quartier général…

Donc, comme je l’expliquais précédemment, l’homme à l’exosquelette grise semblait mener une sorte d’interrogatoire auprès des cinq femmes arrêtées. À l’entendre et à le voir bouger, il m’apparaissait, dès lors, comme le chef de mission. Il parlait avec une inflexion calme, mais autoritaire, voire extrêmement tranchante lorsqu’une réponse ne lui plaisait guère ou que l’une des femmes se moquait ouvertement de lui. Ses yeux, qui voyageaient d’un visage à un autre, étaient aussi acérés que ceux des Ptélodacs, tandis que ses mouvements et ses gestes témoignaient d’une maîtrise quasi-parfaite de son exosquelette et des armes qui pendouillaient aux attaches de son armure. Il était jeune, mais semblait avoir tout de même un bagage conséquent derrière lui.

À ses côtés, deux Récupérateurs, qui n’avaient pas glissé un mot depuis qu’ils étaient apparus avec le reste du groupe, gardaient à l’œil les « prisonnières » pendant que le chef les interrogeait. Je ne pouvais rien dire de plus à leur sujet, considérant que nous n’avions pas du tout parlé eux et moi. Cela dit, leur posture et leur silence me faisaient penser à ses soldats muets, mais ô combien obéissants, que l’on pouvait souvent croiser dans les rangs de l’Armée : entraînés pour la guerre et programmés pour suivre les ordres, ils s’apparentaient plus à des machines qu’à de véritables êtres humains. En plus, la teinte obsidienne de leur armature ne faisait que renforcer davantage mon opinion.

Au contraire de leurs camarades d’infortune, les deux femmes m’avaient semblé, dès l’instant où je les avais entendus, bien plus joviales et ouvertes que les trois autres Tadryens. Sanglées à l’intérieur d’armures kaki et bleue, les Récupératrices inspectaient soigneusement le contenu des caisses. Je n’avais pas pu mesurer la stupeur qui avait dû peindre leur visage au moment où elles avaient posé le regard sur ces richesses des plus alléchantes, mais je savais que, malgré tout ce que Nikita avait pu leur raconter, elles ne s’étaient pas attendues à cela. En tout cas, moi, dans leur situation, je ne m’y serais jamais attendu. Après tout, ce n’était pas à tous les jours que des boîtes remplies de victuailles, de matériel, de pièces de rechange et de munitions nous tombaient, comme ça, dans le creux des mains. Et maintenant que je songeais à cela, je ne pouvais m’empêcher de me reposer des questions sur l’identité de notre mystérieux fournisseur…

« Maintenant, quittez ces lieux. Vous n’avez rien à faire ici. »

La voix inflexible de l’homme à l’exosquelette argenté tonna puissamment et les cinq Varocs, sans un mot, se redressèrent comme un seul homme tout en continuant d’observer, avec des yeux dangereux, les Tadryens. Il n’y avait absolument rien de rassurant en elles, que ce soit dans leur posture ou dans les œillades vindicatives qu’elles nous adressaient. En retour, cependant, les trois Récupérateurs qui se trouvaient devant elles ne fléchissaient pas, affrontant leur regard et ce, peu importe la haine ou la violence qui tempêtaient comme des furies dans le noir profond de leurs pupilles. Voyant qu’elles ne bougeaient toujours pas, les deux soldats à l’armure noire s’avancèrent, leur fusil relevé.

« Notre chef s’est montré clair : partez immédiatement, rebelles. »

Si entendre ce mot paru choquer Novella, pour ma part, je gardais une certaine allure décontractée face à la situation. Je n’étais pas plus surpris que cela, parce que les Rebelles, en dépit de ce que pouvait penser ma partenaire, étaient bien plus nombreux qu’elle pouvait se l’imaginer, pillant et vandalisant tous les lieux qui leur tombaient sous la main. C’était des hommes et des femmes sans pitié, pas parce qu’ils étaient naturellement méchants, même si c’était le cas de plusieurs d’entre eux, mais ils l’étaient également parce qu’ils n’avaient rien à perdre…

« Qu’est-ce que c’est que ça? »

La voix de la prénommé Quiry brisa soudainement le silence qui venait de s’installer et si les trois hommes qui gardaient à vue les rebelles l’avaient entendu, ils ne détournèrent pas une seconde leur attention de leurs cibles. Au contraire, Novella et moi jetions un coup d’œil vers l’armure kaki, suivant, par la suite, la direction de son regard. Et ce que nous vîmes nous laissa bouche bée.

Et sous les lueurs du soleil brûlant, les rebelles esquissèrent des sourires carnassiers.



Post III [1 553 mots]



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Message(#) Sujet: Re: Pour la collectivité | Solo Dim 24 Juin 2018 - 15:29




Pour la collectivité




Dans un bond prodigieux, Novella et moi nous mîmes à courir jusqu’aux deux Tadryennes qui, la tête redressée, observaient l’immense colonne de fumée qui s’élevait jusqu’au ciel.

« Quiry au QG! Quiry au QG! Nous avons un problème… L’une des Griffes des quartiers nord est en feu. Je répète : il y a un incendie qui est en train de consumer l’une des Griffes des quartiers nord. Demande la permission d’avoir une équipe de secours.

- EH! VOUS! » Tonitrua brusquement la voix de l’un de nos coéquipiers, restés derrière pour garder à l’œil les Varocs.

Pourtant, en me tournant dans leur direction, je m’aperçus à temps que les silhouettes des cinq femmes s’éloignaient au pas de course dans la ruelle et en quelques enjambées à peine, elles disparurent définitivement de notre champ de vision, à une intersection. Pour autant, nous étions toujours en mesure d’entendre leurs rires sauvages et hystériques.

« Laissez-les courir : nous avons plus important à faire… »

L’homme à l’armure noire hésita quelques secondes avant de baisser son arme, tournant son visage en direction de la fumée noirâtre qui montait au-dessus des autres bâtiments de la ville.

« Bien, QG… D’accord, je comprends. Nous tâcherons de faire le plus vite possible », poursuivait Quiry d’une voix grave, mettant rapidement fin à sa transmission avec le quartier général.

Prestement, la Récupératrice nous informa que la Guilde nous avait refusé l’aide de renfort, plaidant qu’avec la guerre éminente contre les Évolués, les soulèvements de plus en plus violents des Varocs qui se postaient au pied du Mur, la main-d’œuvre manquait cruellement : tout le monde était débordé ici et là, que ce soit derrière les remparts de Tadryon ou à l’extérieur de la Ville-mère.

« Je vois… Alors, nous concentrerons nos efforts pour évacuer l’immeuble. Par la suite, il faudra relocaliser ces gens dans une zone sans danger.

- Et pour le feu? »

Nos regards, tel un seul homme, convergèrent vers la fumée au-dessus des toits des édifices.

« Nous n’avons ni le matériel, ni l’effectif nécessaire pour nous permettre d’éteindre cet incendie. Notre priorité est l’évacuation des civils. Pour le feu, espérons simplement qu’il pleuvra bientôt et que la Nature fasse son oeuvre… »

Puis, ses yeux se posèrent sur les caisses, la principale raison de notre déploiement à Varosha.

« Formons deux groupes. Toi, dit-il en tournant son doigt vers Novella. Quel est ton nom?

- Björn, monsieur.

- Björn, Fibbs, Vale et Quark, poursuivit-il en se tournant respectivement vers la jeune femme à l’exosquelette bleu et en finissant par désigner les deux combattants en armure noire. Vous vous occuperez de transporter les caisses jusqu’à Tadryon avec les plateformes mobiles. Les autres, ajouta-t-il en braquant son regard sur la Récupératrice Quiry et moi, vous venez avec moi. Nous allons nous occuper des civils. Est-ce que cela convient à tout le monde? »

Sans un mot, Fibbs et le soldat Quark acquiescèrent d’un hochement vigoureux de la tête, actionnant ainsi le mouvement du reste de la cohorte. Puis, ils finirent par reculer de quelques pas, rapidement suivis par Novella, et tous les quatre se dirigèrent d’un même pas vers les caisses. De mon côté, je courus en direction de mes deux coéquipiers, qui partaient déjà vers le lieu de notre nouvelle mission.

« (shhhh!) Crimson? »

Notre chef nous parlait, bien pressé de partir en direction de la Griffe, mais je pris quelques secondes pour écouter ce que Novella avait à me dire.

« Qu’est-ce qu’il y a?

- Je n’aime pas ça… » L’entendis-je respirer de l’autre côté de notre système de communication.

À l’entente de ces mots, mes sourcils se froncèrent.

« Qu’est-ce que tu veux dire?

- … La manière dont elles se sont enfuies. »

Je restais silencieux, m’apercevant que les membres de mon équipe prenaient déjà quelques mètres d’avance sur moi. Aussitôt, j’accélérais le rythme de ma course, soufflant dans mon casque :

« Ouais… Quoi qu’il en soit, on va régler cette affaire. »

Et seul le silence fit écho à mes paroles. Alors, un maigre sourire s’étira sur le pan de mes lèvres tandis que j’essayais de rattraper mes coéquipiers : à sa manière, Novella venait de me demander d’être prudent.

Nous courrions le plus vite que nous le pouvions à travers les rues de la ville, cherchant à nous rapprocher rapidement de la Griffe enflammée. Le feu crachait des langues de fumée dans le ciel, échappait des crépitements à la manière de hurlements tout droit venus de la gueule d’un volcan… Non, ce n’était même pas qu’une impression : le crépitement des braises additionné aux cris des habitants de la Griffe résonnaient comme un appel apocalyptique. Mon cœur battait à tout rompre au fond de ma poitrine tandis que, devant moi, l’homme à l’armure argentée nous dictait des ordres. Cependant, l’agitation extérieure m’empêchait de me concentrer sur ses paroles, alors que je regardais, au loin, des hommes et des femmes fuirent le bâtiment rongé par les flammes. Instinctivement, nous nous mîmes à accélérer le pas, conscients que chaque minute comptait, que chaque seconde qui nous séparait de l’immeuble augmentait la dangerosité de la zone.

« Éloignez-vous immédiatement! Ne restez pas là! Se mit à crier notre chef pour l’ensemble des personnes qui sortaient en trombe de la bâtisse. Rejoignez ma collègue qui porte l’exosquelette kaki! »

La peur se lisait sur le visage de ces gens, une peur atroce, monstrueuse, qui déformait l’intégralité de leurs traits noircis par la cendre et la braise. Tout le monde hurlait, s’éparpillait en troupeau confus et paniqué dans le périmètre de la Griffe. Nous faisions de notre mieux pour les regrouper à des endroits stratégiques et saufs, mais la panique engendrée par l’apparition des flammes ne nous aidait aucunement dans notre tâche.

« Messieurs! Par ici, vite! S’époumonait Quiry à l’attention d’un groupe.

- Restez calmes! » Renchérissais-je d’une voix qui se voulait rassurante mais autoritaire.

Je suivais les initiatives des membres de mon équipe, échangeant quelques mots aux rescapés et poussant gentiment les enfants en pleurs dans les bras de leurs parents, la foule désordonnée divisant et éparpillant les familles et les amis qui auraient tout donné pour rester côte à côte au milieu de cette panique généralisée. Nous tentions de rester le plus calmes possible, faisant fi des étincelles explosives, du rugissement des flammes, alors que le feu prenait de l’ampleur. Devant moi, tout à coup, un homme trébucha et tomba au sol. Il voulut se relever, mais la masse humaine lui empêchait tout mouvement, le piétinant, le bousculant, l’écrasant sans pitié – ou inconsciemment – alors qu’il se traînait péniblement au sol. Pendant quelques secondes, je restais parfaitement immobile à le fixer se démener pour se relever. Il suait abondamment sous la morsure impitoyable du soleil, il hurlait en raison des coups que ces compères lui envoyaient, s’étouffait à cause de la poussière et de la fumée qu’il avait inhalé dans sa fuite précipitée… Il m’apparaissait tellement misérable alors qu’il se laissait désespérément emporter par la course des autres évacués. Pourtant, indigent de leur pitié, cette dernière ayant été rapidement balayé de leur esprit par la nécessité de survivre à l’assaut du brasier, ce même débordement qui le glissait, mètre par mètre, hors de la zone imminente de danger ne s’arrêtait pas pour autant afin de l’emmener avec lui bien au-delà de cette aire dangereuse. Au contraire, personne ne faisait attention à ce hère désespéré et affolé, trop occupé à fuir, à sauver leur peau pour se soucier de la peau des autres : l’instinct de survie primait sur l’aide à autrui…

« Poussez-vous! Dégagez de là! Me mis-je à hurler à l’attention des hommes et des femmes que je repoussais violemment afin de me frayer un passage jusqu’au blessé qui rampait, cherchait toujours à se sortir du flot humain qui le martelait de coups. Je vous ai dit de dégager! Laissez-le se relever! » Vociférais-je lorsqu’un enfant, les larmes aux yeux, vint écrabouiller la main du jeune homme, expulsant un gémissement de la bouche de ce dernier.

Une fois à sa hauteur, je me penchais jusqu’à lui avant de lui tendre la main et lui assurer que tout allait bien, qu’il devait partir d’ici au plus vite et rejoindre ses proches… Cependant, je n’eus même pas le temps de terminer ma phrase que, dans un cri terrifié, sans même un sourire ou un remerciement, il prit lui aussi ses jambes à son cou, me laissant derrière, déconcerté et surpris. L’instinct de survie avant l’aide à autrui, hein… Comment ais-je pu oublier? Personne n’aidait qui que ce soit par simple bonté d’âme, puisque même la gentillesse, dans ce monde dévasté et impitoyable, avait un prix. Lentement, je me redressais, perdant de vue la silhouette de l’homme à qui je venais de porter secours alors que celui-ci se mêlait aux ombres de la foule; lentement, je me détournais, faisant simplement signe aux réfugiés qui s’élançaient dans ma direction de se diriger vers l’un de mes collègues.

« S’il-vous-plaît! Restez groupés et allez de ce côté! Vite! »

Enfin, il commençait à y avoir une certaine organisation dans tout ce fouillis. Les rescapés quittaient le bâtiment, toujours aussi affolés, mais à la vue de nos exosquelettes, une sorte de soulagement éclairait leur faciès, empreint d’une expression rassérénée. À ce constat, mes compagnons et moi relâchâmes un soupir allégé, espérant que l’ordre nouvellement établi persisterait jusqu’à la fin de l’évacuation.


Post IV [1 567 mots]



« Les gens se sentent seuls parce qu’ils construisent des murs au lieu de construire des ponts »
- Joseph Fort Newton -
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