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 ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost

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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Dim 18 Juin - 21:30

Armure : Gants de protection ; Capuche garge ♦ Armes : Lance Insecte ; Fumigène d'Eclipse


Deux silhouettes se distinguaient de par leur mouvement du décor immobile du No Man’s Land. L’air était chargé en humidité, on sentait la pluie arriver. Les lourds nuages au-dessus d’eux ne les empêchaient pas de continuer leur chemin qui devait s’achever dans quelques heures. Protéger par des vêtements en cuir de garges, les deux compères avançaient en espérant atteindre rapidement l’endroit fixé. Là où ils en étaient, ils ne pouvaient plus faire demi-tour : ils étaient si proche du but. Ils passèrent un premier vestige, Sigfrëli s’arrêta par crainte de tomber sur un groupe de raktons car des bruits peu rassurants parcouraient les lieux et ne jamais en voir la source était inquiétant.  

« Tu penses que ça se mange ? » Le guerrier, sinon appelé Belegn, désigna un objet au sol dont la forme évoquait une carapace d’un bleu azur. « Pourquoi tu voudrais manger ça, Belegn ? » - « J’ai faim. » - « Tu n’as rien pris avec toi ? » - « Si. Mais c’est déjà parti. » Il tapota son estomac. Sigfrëli soupira. « Eh bien, tu devras attendre, nous avons encore de la route. Et puis, je doute que cette chose soit comestible, on dirait de la pierre. » - « Pourtant, c’est aussi bleu qu’une bleutée. » - « Et tu as déjà mangé de la bleutée ? » - « Tu sais quand le ventre crie famine… Puis ces fleurs sont comestibles, au moins. » - « T’es pas croyable. » - « La survie, petite sœur, la survie. » - « Tais-toi. Avançons. » - « Et tu penses que… » - « Chut. Concentre-toi. Il faut que nous les trouvions. » Ils cherchaient un autre groupe car le leur s’était séparé à l’orée de la forêt. Les autres s’étaient avancés pour repérer des lieux propices à une embuscade. Sigfrëli avait été chargée d’amener de quoi les soigner car la Doctoresse fraîchement félicitée par son père était dorénavant libre d’exercer les soins à autrui sans avoir besoin d’être guidé. Comme Mäggrit aimait si bien le dire, désormais il fallait qu’elle se fasse les dents. Belegn, le petit frère de la guérisseuse, était présent pour la protéger et les mener à bon port car tel était son devoir de guerrier qu’il ne prenait pas forcément au sérieux. « Ce n’est pas une sortie avec Papa, Belegn. » Lui fit-elle remarquée. « Sois plus discret avec ton fourbi ou je te livre aux Raktons. » - « Et ça se mange, le rakton ? » Une nouvelle fois, l’aînée soupira, elle regarda son frère et abandonna toute discussion avec lui. Il ne semblait pas être très alerte, ce qui l’inquiétait. La fille d’Ohibaan s’arrêta et s’abaissa, déposant son barda au sol, posant la lance qui lui servait jusqu'alors de soutien. Le sac était lourd. Elle songeait aux victuailles qu’on lui avait chargé de donner pour la survie du premier groupe, parti en éclaireur et se demanda pourquoi diantre Belegn était sauf de porter un tel fardeau. « J’ai l’impression d’être une galyr qu’on a chargé. Tu ne veux pas m’aider, un peu ? » - « C’est moi l’homme ici, il faut que je puisse te protéger si quelqu’un ou quelque chose arrive. » - « Ecoute, à la vitesse où nous allons, je crains que le seul risque que nous avons est de nous momifier sur place en attendant la prochaine pluie, qui ne serait tardée d’ailleurs. Les nasumirans nous ont prévenus. »

Le ciel était couvert mais aucune goutte n’avait encore alimenté le sol. La fille d’Ohibaan se releva, laissant le sac au sol et se retourna pour voir ce qui les entourait. Elle n’était encore jamais venue par ici. « Un véritable labyrinthe. » Elle prit un morceau de charbon qu’elle avait récupéré d’un feu tantôt et traça une croix visible près de la pierre bleue, sur un objet épargné par la mousse verdâtre. A partir d’ici, leur route devait être certaine. Ils savaient où le premier groupe était posté, encore fallait-il le retrouver. « Prends un morceau de charbon, nous marquerons tous les vingt pas. » Dans un effort absolu, elle s’abaissa et reprit son sac qu’elle chargea sur le dos, prenant en dernier la seule arme qu'elle se trimbalait pour se soutenir. L’atmosphère s’électrifiait, rendant statique la chevelure de Sigfrëli couverte et coiffée dans sa capuche. Elle dut détacher les deux grosses boucles d’oreilles cuivrées qu’elle rangea dans sa poche. « Continuons. » Ils reprirent leur marche à grand pas.



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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Lun 19 Juin - 4:31

Inventaire de Zacharias:
 

Inventaire de Vallarin:
 

Le duo progressait dans le No Man's Land à la recherche de leur objectif. Un peu plus tôt, alors qu'ils étaient dans Varosha, un signal de détresse était entré sur les communications de leur exosquelette. Un message émit, auquel aucune réponse n'était possible, un signal de détresse automatique sûrement. Zacharias avait donc annulé le projet de rendre visite à sa famille et les deux hommes avaient bifurqué pour aller vers l'origine du signal. Le Varoc gardait un œil sur son partenaire qui le suivait en tournant la tête à gauche et à droite constamment. C'était la première fois que Vallarin quittait les murs de Tadryon et Zacharias avait même cru à un moment donné que le colosse tadryen n'allait pas franchir la porte tellement il avait hésité. Le changement de programme ne lui avait pas plu également. Comme il avait accepté une virée sans danger dans les camps de réfugiés pour rencontrer la famille de son ami, le fait d'aller maintenant dans le No Man's Land à la base de toutes les fables qu'on racontait dans les murs avait eu de quoi le secouer. Ce qui était plutôt comique, c'est que maintenant les rôles étaient inversés. Alors qu'à l'intérieur de Tadryon Vallarin était décontracté et complètement à l'aise, c'était maintenant Zacharias qui était comme un poisson dans l'eau. Et, comme Zacharias à l'intérieur de Tadryon, Vallarin était constamment à la recherche du moindre signe de danger et tendu pour réagir à la seconde où quelque chose le menacerait.

« On est sur le bon chemin, on va voir ce qui se passe et on retourne à Tadryon. Tu vas survivre? »

Vallarin hocha la tête simplement. Le colosse n'avait pas le défaut d'abandonner face à la peur et Zacharias le savait très bien. Il préférait toutefois continuer à valider de temps à autre l'état émotionnel de son ami pour ne pas qu'il lui fasse défaut advenant le besoin de prendre les armes. Et puis, même si le Varoc faisait son dur qui connaissait le No Man's Land, il n'était pas tellement un expert de l'endroit. Il n'avait jamais estimé ses chances de survies très élevées à l'extérieur de Varosha et, les fois où il s'aventurait dans la jungle qu'était maintenant rendu le monde, il le faisait pour la survie de sa communauté ou pour prêter main-forte au récupérateur. Seulement, s'il ne se montrait pas totalement confiant en lui-même présentement, Vallarin ne pourrait gérer le stress de voir que son ami était tout comme lui un débutant des lieux. Les deux hommes avaient leur arme à l'étui pour le moment, bien que l'un et l'autre avaient la main prête à se ruer sur la crosse, dès que nécessaire pour l'extraire de l'étui. Zacharias qui prêchait habituellement pour les arts martiaux avant les armes lasers savait très bien que la lutte à mains nues contre la faune du No Man's Land était synonyme de perdre plusieurs morceaux au passage.

Quand un mouvement se fit entendre dans les buissons, les deux hommes quittèrent l'écran de leur visière qui affichait une localisation du signal recherché pour se tourner vers les buissons. À l'unisson, dans un geste visiblement pratiqué maintes et maintes fois, les deux équipiers dégagèrent leur arme de leur étui, l'armèrent et la braquèrent sur la menace en prenant une posture de tir solide et confortable. En moins d'un an, la fusion qui avait eu lieu entre les deux hommes au sein de leur duo en avait fait des éléments d'une compatibilité redoutable. L'ancien réfugié coula un regard en douce vers son coéquipier pour vérifier où se trouvait le doigt du Tadryen. Il était sur le pontet. Zacharias soupira de soulagement, Vallarin avait encore le contrôle sur son stress et avait respecté la règle du doigt sur le pontet. C'était une mesure de sécurité martelée à tous les soldats en devenir dans les cours et les entraînements. On ne plaçait le doigt sur la détente qu'au moment où on considérait qu'il était temps d'utiliser la force létale, même si on tentait encore de l'éviter. Ainsi, si on tirait accidentellement, au moins on le faisait dans un moment où la force létale était considérée nécessaire. Ça évitait beaucoup de casse-tête et de décharge accidentelle abusive. Une femme sortie des buissons, visiblement amochée et ayant passé un sale quart d'heure.


— C'est une Tadryenne ou une fille d'Ohibaan d'après toi?
— Ça fait vraiment une différence?
— Non, pas du tout.


Ni le Varoc ni le Tadryen n'avaient le cœur plongé dans cette haine qui existait entre humains 'normaux' et Évolués. Les deux hommes comprenaient le climat de tension qui avait cours et le respectait, jugeant que l'un et l'autre des camps avaient de bonnes raisons de haïr et de combattre son adversaire. N'étant pas des Évolués, les deux hommes se battaient pour le camp qui leur était imposé par défaut. Ce n'était pas pour autant qu’ils n’avaient pas d'éthique et de moral et qu'il ne savait pas laisser leur profession de soldat derrière eux quand ils étaient en permission. Ce genre de discours serait considéré de l'hérésie par beaucoup à la Citée Azurée, mais dans le No Man's Land il n'y avait qu'eux deux. Cela dit, les Évolués ayant la dent contre les Tadryens, le duo savait qu'il était imprudent de complètement baisser sa garde en voulant faire preuve de bonne manière. Tant qu'il n'avait pas l'assurance que la personne qui était devant eux ne leur voulait pas de mal, car il n'y avait après tout pas seulement les Évolués qui traînait dehors et qui voulait faire couler le sang, ils allaient agir en mode de défense. En même temps, cette femme n'était manifestement pas une menace convaincante à première vue. Elle ressemblait à une civile complètement égarée qui avait été abandonnée pour morte dans les bois. Ses vêtements déchirés à peine suffisants pour être décents et l'absence de tout moyen de défense donnaient l'impression qu'elle sortait d'un monde parallèle et venait d'atterrir ici.

« Qui êtes-vous? »

La voix de Zacharias qui avait été basculée sur les haut-parleurs externes avait résonné dans les bois avec un ton inquisiteur et directif. C'était difficile de dire qu'avec leur exosquelette les deux hommes n'étaient pas menaçants, mais la voix neutre de Zacharias ne laissait pas présager d'intention belliqueuse dans les minutes à venir. Face au silence de la femme, les deux partenaires se demandèrent si elle n'avait pas été réduite au silence de quelques moyens que ce soit, mais l'ancien réfugié se doutait à voir les larmes couler sur les joues de celle-ci que ce n'était pas le cas. Malgré son manque de dentelle et de délicatesse, il restait pourtant un fin analyste et un connaisseur surprenant en psychologie humaine. Il jugea la femme inoffensive et remit la sûreté sur son arme, la remettant à l'étui. Son ami, quant à lui, continua de le couvrir au cas où. Zacharias approcha en montrant ses mains, signe universel de volonté de paix.

« Qu'est-ce qui est arrivée? »

Il aurait aimé avoir la capacité à rendre sa voix douce et aimable comme Vallarin, mais il entendait bien la froideur dont elle était imprégnée.

« Morts... tous... la Clivia... nos vies anéanties... tout ce que nous avions... »

Zacharias fit signe à Vallarin. Ce dernier rangea son arme et s'approcha. C'était son domaine à lui, le Varoc n'allait que la faire se refermer et il le savait. Et puis, ce contact humain donnait soudainement à Vallarin une assurance qu'il ne lui avait pas vu depuis leur sortie du mur.

— Mademoiselle, nous avons reçu un signal de détresse. C'était le vôtre?
- Non
, elle hocha la tête, celui de mon frère. Il a activé la balise avant... avant de... que...
— Pas besoin de nous le raconter Mademoiselle, ce n'est pas nécessaire de nous dire ce genre de chose si c'est trop difficile. Je m'appelle Vallarin, et vous?
— Mon nom... je... Samara... Samara c'est mon nom...
— Samara, nous sommes là pour vous porter assistance. Nous allons vous ramener en sécurité.
— Mon frère... sa femme... les autres... la Clivia
— C'est trop tard Samara, vous le savez. Vous devez retourner en sécurité en leur mémoire.
— NON! NON! Vous allez les laisser se faire dévorer par les bêtes... comme des criminels... LÂCHES!


Après son dernier cri de rage et de terreur, la dénommée Samara se retourna pour repartir à la course d'où elle venait. Pour une femme en choc, elle était drôlement rapide et coriace. Très certainement le mélange d'enzyme que son corps sécrétait pour tenter de la maintenir le moindrement lucide. « Faut l'attraper! » Zacharias se lança à la poursuite de la femme sans même une hésitation, Vallarin sur les talons malgré qu'il trouvait l'idée complètement suicidaire. Si le Varoc n'était pas réputé pour avoir un grand cœur, il n'avait jamais laissé personne derrière et n'allait pas commencer aujourd'hui. « Cette femme est en état de choc sévère et complètement déconnectée de la réalité Vallarin, elle est autant dangereuse que ce qui la terrorise à ce point. » La voix de Chiron, l'IA de Vallarin, fit grimacer Zacharias. Comme si les deux hommes n'avaient pas déjà constaté le fait. « De plus Zach, le temps se couvre et une pluie acide est à prévoir. Il va falloir vous trouver un endroit pour vous protéger si elle éclate avant votre retour à Tadryon. Les exosquelettes ne supporteront pas la pluie longtemps. » Merci Eva de finir de tourner le couteau dans la plaie!, hurla Zacharias dans sa tête pour lui-même. « Zach... » Le Varoc grogna de frustration. Vallarin qui avait vécu toute sa vie sous le dôme ne savait pas ce qu'étaient les pluies acides contrairement à lui. « Concentre-toi sur attraper cette femme et je m'occupe de la solution pour la pluie. Cours plus vite si tu veux qu'on reparte rapidement. »

Malheureusement, le duo ne parvint pas à la rattraper avant qu'elle n'aboutisse à son ancien campement. Quand les deux hommes émergèrent dans la zone dégagée, la scène les figea sur place. Des restants humains étaient répandus, ainsi que tout l'équipement et les possessions qui avaient été les leurs avant. Une violence inouïe se dégageait du tableau peint sous leurs yeux et les deux équipiers déglutirent péniblement. Qu'est-ce qui pouvait créer un tel carnage? Immédiatement, les deux équipiers reprirent leur arme en main pour se sentir un peu moins vulnérables. Zacharias regarda le ciel et pesta contre le climat merdique de ce monde apocalyptique. Ils allaient avoir toute la misère de leur vie pour le retour et ça allait être un vrai cauchemar de s'en sortir s’ils ne bougeaient pas rapidement. Toujours sur les haut-parleurs externes, les deux réfléchissaient à toute vitesse.

— Ce qui a fait ça était monstrueux...
— Elle a parlé d'un clivia non?
— Correction Zach, de LA Clivia. C'est un individu unique, la seule plante de son espèce. Je n'ai pas accès aux bases de données de Tadryon pour élargir mes recherches, mais c'est une créature quasiment mythique qui est réputée pour être impossible à vaincre et laisser la mort et la destruction dans son sillage. Très peu est connu à son sujet et il est jugé impossible de survivre à une rencontre avec elle.
— La chance!
— Mais Samara y a bien survécu?
— Je crois, Vallarin, que c'était un appât.
— De quoi tu parles Chiron?
— Certains animaux laissent volontairement leur proie s'échapper... pour qu'elle apporte le reste de ses congénères et ainsi augmenter son butin.
— Tu ne dis pas ça sérieusement?
— Vous désirez quelle réponse Vallarin?
— Merde!


Les alentours étaient calmes, comme si l'ouragan était terminé. Et pourtant, ni l'un ni l'autre ne voulait courir le risque de valider les prévisions de Chiron. « Vallarin, faut la faire décoller d'ici ASAP*. » Le colosse s'approcha de la femme, couvert par son collègue, posant un genou au sol pour se mettre à sa hauteur pendant que la traumatisée pleurait à chaudes larmes sur un corps. C'était bien ici qu'avait démarré le signal, les deux hommes étaient pile aux coordonnées du signal de détresse. « Vallarin, c'est trop long, extraction immédiate du VIP, sinon on va jamais s'en sortir. » Du bruit et des mouvements de la végétation attirèrent l'attention du Varoc qui pivota à une vitesse témoignant de la quantité d'adrénaline inondant son système, la souplesse des arts martiaux ne l'abandonnant pas pour autant. Pointant son arme avec fermeté et décidé à faire face à ce qui pouvait être décidé à les tuer, il s'obligea à garder sa respiration lente et contrôlée pour ne pas nuire à ses tirs si jamais il devait faire feu. Par contre, sa voix trahissait toute la tension et la peur qu'il pouvait ressentir. « Maintenant, on l'extrait maintenant! »

(2 102 mots)
(*ASAP = As Soon As Possible = Dès que possible = Pour hier de préférence)
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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Lun 19 Juin - 19:08

Ils passèrent un premier vestige. Sigfrëli s’arrêta au bout de vingt pas et traça une croix sur un endroit visible pour le cas où ils devraient faire rapidement demi-tour. Le simple fait de marquer imprimait déjà le lieu dans la mémoire de la fille d’Ohibaan, qui faisait alors l’effort de connaître la topologie. Le monument qui les plongeait jusqu’alors dans la pénombre ressemblait à une carcasse d’un bâtiment de quelques étages dont la stabilité visiblement fragile n’était retenue que par les débris qui recouvraient le sol et un pan du mur, celui vers lequel les deux compères étaient situés. Belegn réitéra vingt pas plus loin et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’une forme étrange les interpelle près de l’un des vestiges. La créature émettait des bruits de mastication et de craquement, Sigfrëli avait l’impression que des os se rompaient à chaque bouchée. Elle fit un signe dans une autre direction, pointant deux doigts dans une partie annexe des vestiges : ils avaient eu de la chance d’être dans le dos de l’énorme bestiole à la peau écailleuse. Avec toutes les précautions dont les deux pouvaient faire preuve, ils changèrent de direction. Un vent se leva, balayant jusqu’à eux les odeurs âcre des biles intestines et métallique du sang. Leur progression loin de l’animal fut rapide ; ils reprirent le marquage lorsqu’ils eurent contournés l’ énième silhouette d’un monde aujourd’hui perdu. A plusieurs reprises durant leur progression, les deux durent faire halte, doublant leur temps de trajet. Les deux principaux facteurs étaient soi le dos de la fille d’Ohibaan soi les créatures qu’ils percevaient quand ils avaient la chance d’être à longue portée.
 
La demi-journée s’écoula sans que les deux compères n’aient eu l’impression d’un quelconque changement dans l’air. Le ciel était toujours couvert, empêchant les rayons du soleil d’illuminer leur chemin. Seul un vent persistant augmentait, pour les prévenir d’un possible chamboulement dans leur projet. Si d’aventure il se mettait à pleuvoir sans qu’ils n’aient eu le temps d’atteindre le premier groupe, les deux compères risquaient d’être bloqué pour des heures voire des journées sans pouvoir faire quoique ce soit. Au bout d’un moment, Sigfrëli imposa l’arrêt et les deux cherchèrent un endroit où reposer leurs jambes endoloris par la randonnée de plusieurs jours. Ils trouvèrent un abri de fortune, couvert par la taule moussue et trouée d’un véhicule de l’ancien monde, assez creux pour les cacher et pas assez profond pour terrer une bestiole dangereuse. Ils s’assirent, Belegn surveillant toujours les alentours tandis que Sigfrëli sortait de quoi manger. Dans une enveloppe de feuilles de bleutées, la fille d’Ohibaan présenta à son frère des choüms carrés, mets connus pour la teneur en sucres rapide et lent importante. Quelques centimètres carrés de cette victuaille rassasiait aisément un enfant. Pour un adulte, quelques bouchées supplémentaires étaient requises.  Le guerrier dont l’apparat ne laissait pas envisager sa fonction au sein du peuple, prit la sucrerie qu’il manqua d’avaler avant que sa sœur n’intervienne. « Prends ton temps, il faut donner l’impression au corps d’avoir assez, si tu manges trop vite, tu auras encore faim. Et je n’ai pas assez de force pour soutenir ta faim dans un sac. Glouton. » Elle était la chef et ce, depuis toujours, même si il tentait parfois de renverser les rôles, sans succès puisque son propre caractère ne correspondait pas à celui d’un meneur. Sigfrëli avait toujours pris à cœur son rôle d’aînée dans la famille, laissant présager qu’un jour à son tour elle mènerait d’autres fils d’Ohibaan que ses frères ou sœurs. Il l’écouta et à contrecœur, mâcha doucement la sucrerie qu’il avait en main. A son tour, la fille d’Ohibaan se servit et dut lutter pour ne pas manger rapidement. La frustration d’avoir peu en main était palpable car lorsqu’ils terminèrent, le frère et la sœur avaient une mine insatisfaite. Le sucre appela l’eau ; ils burent quelques gorgées d’une outre que Sigfreli tenait. L’eau était chaude et le goût était empreint du contenant dans lequel le liquide était resté pendant des jours. Ce n’était pas forcément agréable à boire mais d’aucun s’en plaignait vraiment. Ils reprirent leur route, n’abandonnant rien derrière eux.
La voie qui les mena jusqu’au premier groupe était semée de minimes embûches : grâce aux indications laissées plus tôt par l’autre moitié de l’équipe, ils finirent par les rejoindre. C'est au détour d'un pilier en équilibre qu'ils trouvèrent une colline sur laquelle était située le groupuscule. C’étaient des éclaireurs, ils n’étaient composés que de cinq individus dont deux partis pour une excursion dans les alentours, en plus des deux compagnons qui venaient de s’ajouter. « Salutations, fils et fille d’Ohibaan. » - « Bonjour, Bernille. » Elle déposa en vrac le gros sac qu’elle trimbalait depuis quelques jours, s’étirant brièvement la colonne et ouvrit pour qu’ils puissent voir le contenu. La chef du petit groupe se pencha et prit les premières rations qu’elle distribua à son équipe. Ils étaient basés à la cime d’une petite colline, couverts par la mousse, la hauteur et les débris de l’ancien monde. « Vous avez du nouveau ? » - « Des tadryens, comme toujours, mais ce camp n’est pas définitif. Nous vous attendions avant de continuer : cette place n’est pas sauve puisqu’une tempête est en approche. Ah, je vois qu’on t’a bien délesté, ça ira pour le retour ? » - « Oui, ça ira. Merci. Vous êtes arrivés ici il y a longtemps ? » - « En début d’après-midi. Ytole et Thaïs ne vont pas tarder à revenir. Le soleil se couche. » Sigfrëli regarda le ciel sans déceler un éclairci. « Comment le sais-tu ? » - « La pression de l’air, il fait plus frais. Nous sommes en fin d’après-midi. Nous aurons peut-être juste le temps de trouver un abri. Où est Ytole ? Thaïs ? » Jacques, un des trois qui était resté, intervint. « Ils arrivent. » La fille de Mäggrit alla sur le rebord de la colline, là où les débris faisaient barrage à une quelconque visibilité. Ils parvinrent à grimper la colline, essoufflés. « Je-… euh. Je-e … » La mine décomposée du pisteur ne présageait rien de bon. Il était à bout et s’appuya contre ses cuisses, reprenant de l’haleine. « Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Bernille, interrogée par le comportement des deux partis en éclaireur. Sigfrëli posa la main sur l’épaule de son ami. Ytole se redressa mais ce fut Thaïs qui prit la parole en première. « Il y a trois tadryens, par-là bas et un camp réduit en miette. » - « Ils se sont mis à dos un brotex. » Ytole étira un large sourire et réprima un rire. La créature était connue du petit groupe pour les avoir chargés en début d’après-midi.  « Ils vont avoir du mal à s’en débarrasser, avec la plaie qu’ils se trimbalent. » - « Une plaie, quelle plaie ? » - « Une femme. » - « Bon. Reprenez vos affaires, nous vous attendions justement. Qu’ils jouent avec le brotex, ça m’est égale. Nous avons un abri à trouver avant de cuire sous la pluie. Siggy, Belegn, je vous remercie. Dites aux autres que l’endroit est idéal pour une embuscade, quand les nuages seront passés. » - « Très bien. »
 

La sœur reprit son sac à dos, allégé par les rations qui n’y étaient plus. Elle eut plus de facilité à le mettre sur ses hanches. « Que la nature soit avec vous, Sigfrëli, Belegn. A plus tard. » - « A plus tard. » Ytole pressa l’épaule de la guérisseuse, salua son frère de la même façon et le groupe se scinda à nouveau. Ils quittèrent la colline de chaque pan. Belegn passa devant l’aînée. « Heureusement que je t’ai aidé à porter tout ça, sinon, nous n’y serions pas arrivés. » - « Tais-toi donc ou j’appelle le Brotex. » - « En parlant de brotex, tu ne voudrais pas aller voir ? » - « Pourquoi faire ? » - « Tadryens contre la nature, Brotex versus trois zigotos. Magnifique, n’est-ce pas ? Nous pourrions en écrire une chanson si nous assistions au spectacle. » - « Non. » - « Allez, quoi. Un brotex qui charge des tadryens et nous n’avons même pas à le faire ! Juste à regarder. A re-gar-der. »  - « Non. » - « Fais un peu preuve d’imagination, ce sera drôle ! » - « La pluie va nous tomber dessus, ça, ça sera drôle. » - « ‘’ L’Insoumise se vengea, tête baissée, contre ces boîtes de métal…’’ Beau titre, non ? » - « Tu es incro-… Belegn, vite! » Elle tira sur le sac à dos de Belegn et recula aussi vite qu’elle le pouvait, emmenant son frère avec elle. Les deux terminèrent accroupis et cachés derrière un véhicule de l’ancien monde. Sigfrëli imposa le silence, plaçant son doigt sur la bouche, les sourcils froncés. 
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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Mer 21 Juin - 6:19

Il ne fallut pas un temps énorme pour que la source des mouvements dans la végétation se révèle. La créature qui surgit de la végétation avait de quoi confirmer les raisons des deux conscrits de se sentir menacer. Elle était énorme et pesait énormément également, de quoi donner l'impression d'être minuscule à côté d'elle. Zacharias avait toujours son arme braquée droit devant lui, tendu comme un élastique sur le point de rompre, alors qu'il avait son regard plongé dans celui de la bête sous son casque. En plus du fait qu'elle le dépassait en tout point au niveau massivité, elle semblait par endroits avoir des couches d'os ou autre armure naturelle pour la protéger. Sans compter les cornes gigantesques qui lui jaillissaient des mâchoires et qui semblaient capables d'embrocher les trois humains sans même avoir à fournir d'effort pour les transpercer. De quoi donner envie de décamper en toute vitesse... si ce mastodonte n'était pas non plus une créature médaillée en course. À tout le moins, le doigt de l'homme descendit du pontet à la détente pour confirmer à son cerveau que le temps de l'emploi de la force létale était arrivé. Il doutait que ses projectiles soient redoutables pour la créature, mais se dit que c'était pour le moment son option la plus prometteuse au besoin.

— Ça m’a pas l'air du tout végétal.
— Ce n'est pas végétal Zach.
— La Clivia est pas une plante?
— Affirmatif. Cette créature n'est pas la Clivia.
— C'est quoi alors?
— Je tente de trouver dans ma base de données.


Zacharias jeta un regard en douce sur le côté pour voir ce qui se passait du côté de Vallarin. C'était un avantage des casques des exosquelettes, on ne pouvait pas savoir où était le regard, bien que contre un animal ce soit un avantage infime. Le colosse avait lui aussi constaté l'ampleur de la menace qui venait de se montrer à eux et avait attrapé la jeune femme hystérique pour la contraindre. Le temps des négociations était passé et il fallait agir. Si initialement la demoiselle en crise se débattit et résista à la prise du futur soldat sur elle, quand elle aperçut l'animal qui les confrontait tout changea. Zacharias avait eu l'espoir pendant un moment qu'elle allait s'évanouir, mais ce ne fut pas le cas. Il retourna son regard sur la menace qui semblait les jauger avant d'agir. Le Tadryen quant à lui se doutait de la raison de l'agressivité de l'animal devant lui. S'il avait été un prédateur en chasse, il serait déjà passé à l'attaque; non, ça devait être autre chose. Et il n'y avait pas trente-six mille autres choses. C'était donc une question de territoire. Le truc, c'est que de tourner les talons pour partir à la course ne les sauverait pas, car à coup sûr la colossale bête allait se jeter à leur trousse. Et même si Zacharias et Vallarin étaient en forme, il était difficile de savoir la vitesse de pointe de l'animal.

Ce fut la bête qui déclara les hostilités devant l'immobilisme des intrus. Probablement parce que Zacharias était plus menaçant avec son arme dégainée et pointée, c'est lui qui fut l'heureux élu de la charge du mastodonte. Cela allait au moins leur révéler les capacités de course de l'animal et Zacharias lutta de toutes ses forces pour ne pas commettre un geste impulsif et irréfléchi en voyant les tonnes de muscles qui fonçaient sur lui pour l'embrocher sur les cornes redoutables. Pour gagner un affrontement, il fallait savoir garder son sang-froid et agir avec intelligence. Répondre sous la peur et la terreur ne donnait jamais de bon résultat. Du reste, se faire charger par un animal ou un humain revenait un peu au même quant au technique de défense. C'était seulement les conséquences d'un échec et les facteurs secondaires qui changeaient dans l'équation. Ainsi, l'homme resta immobile, comme s'il ne voyait pas le danger qui s'était élancé sur lui, attendant avec un sang-froid qu'il parvenait à s'imposer de manière limite. Le Varoc misait sur le fait que l'animal ne pourrait pas changer de cap rapidement et que ses mouvements ne seraient pas assez fluides pour lui permettre de tourner la tête sur le côté de manière à quand même le perforer de ses cornes.

Dans les secondes qui précédèrent l'impact, Zacharias plongea vers l'avant en obliquant à gauche, histoire de passer sur le côté gauche de l'animal. En plongeant dans l'attaque ainsi, il se dégageait de la ligne de danger et il empêchait l'agresseur de pouvoir continuer à le suivre sans mettre fin à sa charge initiale. En attendant à la dernière seconde ou presque, il empêchait son agresseur de changer de cap ou de contrer son mouvement d'évasion. Les vibrations que créait le martèlement des pattes de l'énorme bête secouaient toutefois l'humain intérieurement au point de lui créer un inconfort plus que déplaisant. Le Varoc savait aussi que s'il se faisait piétiner par une telle puissance, il n'aurait même pas le temps d'avoir mal avant de quitter ce monde. Avec agilité, il tenta de rouler sur lui-même pour revenir sur ses pieds. Par contre, son manque d'habileté avec l'exosquelette rendit sa tentative précaire et peu concluante. Quand en plus la queue de l'animal se mit à fouetter l'air et s'écraser sur le sol autour de lui, il ne put conserver son équilibre et termina sur le sol lamentablement en tournoyant sur lui-même sur deux ou trois mètres. Encore une chance qu'il n'ait pas été touché, parce qu'il aurait certainement été en bien moins bonne posture.


« Zach! » La voix de son ami qui avait résonné des haut-parleurs de son armure assistée était forte et paniquée. Pas étonnant vu la poussière qu'il venait de mordre à pleines dents. « Je suis ok, juste perdu pied. » Alors que la massive bête qui l'avait chargé se retournait de nouveau vers lui, l'ancien réfugié posa ses mains au sol et sauta souplement sur ses pieds pour se redresser. Les légères douleurs de sa glissade sur le sol étaient mises en veilleuse merveilleusement bien par l'adrénaline et le mélange d'enzyme que son corps diffusait à plein régime dans son sang. « Zach, j'ai une correspondance possible dans mes fichiers. » Zacharias n'était même plus certain de réellement vouloir savoir ce qu'était l'animal au final. « Deux tonnes de problèmes? » Ou en tout cas, sûrement plus qu'une tonne. « Aussi, mais plus précisément un brotex. C'est un herbivore qui élut domicile dans des vestiges. Ce sont des animaux extrêmement territoriaux. » Zacharias ne put retenir un fou rire. Tué par un herbivore, la classe. « Des conseils sur comment s'en débarrasser? » Le fait qu'Eva ne lui ait pas déjà mentionné dans son premier descriptif le laissait peu optimiste d'avoir une réponse. « Négatif, ma base de données n'est pas programmée pour la zoologie et nous sommes trop loin de Tadryon pour aller fouiner dans leurs bases de données. » À coup sûr, Vallarin allait lui en vouloir encore longtemps pour cette virée dans le No Man's Land.

Le brotex, qui semblait avoir perdu l'envie de s'amuser avec sa première victime qui avait réussi à éviter son courroux, tourna la tête en direction de Vallarin et de la jeune femme.
« On s'en sort comment Zach? » L'ancien réfugié grogna avec mécontentement. « J'en sais rien. » Le silence qui suivit était lourd de reproches. « C'est toi l'expert hors de Tadryon. »  Zacharias soupira de dépit. « Dans les camps, pas dans le No Man's Land. Laisse-moi réfléchir. » C'était confirmé que Vallarin allait lui mettre cette expérience désastreuse sur le dos encore un moment. Pour le moment, il fallait encore que le duo s'en sorte et que la femme soit ramenée en sécurité à Tadryon. C'était une tâche délicate, mais pas impossible. De toute façon, Zacharias n'avait pas du tout envie de mourir dans le No Man's Land après avoir passé sa vie à tout faire pour réussir à rester vivant. À eux deux, le duo serait certainement capable de trouver une manière de s'en sortir. Quand le brotex commença à montrer son intention de charge Vallarin et sa protégée, le Varoc ne perdit pas de temps et pressa fermement la détente de son pistolet à deux reprises. Les deux projectiles s'écrasèrent sur la tête du brotex sans lui causer réellement de dégât, mais attirant toutefois son attention. Zacharias avait visé l'œil, mais n'avait visiblement pas atteint sa cible. Histoire de terminer de motiver le brotex à s'en prendre à lui, il appuya de nouveau deux fois sur la détente pour mettre deux projectiles de plus sur la tête de l'animal.

Son plan fonctionna et la bête enragée reporta son intérêt sur l'inconscient qui avait osé s'attaquer à lui. Le faible humain qui tentait de ne rien laisser transparaître de sa peur ne savait toujours pas plus comment s'en tirer. Une formule gagnante restait une formule gagnante, mais Zacharias avait un doute que d'esquiver les charges jusqu'à ce que l'animal soit mort de fatigue n'était pas une option viable. C'était pourtant la seule manière de faire qu'il voyait pour le moment. La fuite était l'autre option qu'il envisageait, mais il fallait trouver un moyen de réussi à garder sa distance avec l'animal pendant la course, ce qui était plus problématique. Encore une fois, le brotex chargea et encore une fois, Zacharias tenta d'esquiver au dernier moment en plongeant vers l'avant à la droite du mastodonte. Malheureusement pour le Varoc, le brotex avait compris le manège et avait appris de son expérience précédente. D'un puissant mouvement, le brotex donna un violent coup de la tête vers la droite et une de ses cornes heurta de plein fouet l'homme qui ne pouvait rien faire pour l'éviter. La douleur de l'impact arracha un grognement à la victime et l'homme fut propulsé sur le sol, glissant de nouveau sur le plancher des vaches pour terminer sa course contre quelque chose de solide qui le laissa à moitié sonné.


— Zach, dis-moi que t'es ok.
— Je suis ok.
— Pour vrai?
— Le brotex ne te regarde plus, prend la fille et part.
— Tu vas pas survivre seul.
— Arrête tout de suite ta sentimentalité princesse, c'est con de mourir tous les deux ici. En plus, si la pluie acide commence, on a pas d'abri ici. Prends la femme et quitte, je te rejoins quand j'ai semé la grosse bête.
— C'est inconscient...
— Draske, tu mets la femme en sécurité, c'est un ordre, point.


Tout en parlant, Zacharias s'était remis sur ses pieds en s'aidant de l'obstacle qui avait freiné sa course. La douleur dans son bras gauche était assez intense pour qu'elle soit perceptible dans sa voix. Il sentait aussi une douleur plus généralisée dans son corps qui résultait de la fin abrupte de sa glissade, mais le danger était une motivation bien suffisante pour l'obliger à continuer. « Eva envoie les coordonnées de l'abri le plus proche que j'ai repéré en route à Chiron, il saura leur faire un itinéraire. » Sa main droite qui tenait son arme et qui avait été épargnée dans la suite de blessures qu'il venait de subir ne serait néanmoins pas capable de viser précisément dans son état actuel. « C'est envoyé à Chiron. » Maintenant, restait plus qu'à espérer que Vallarin soit raisonnable. « Chiron pour Eva, j'ai bien reçu les coordonnées. Vallarin, j'affiche le trajet le plus rapide sur votre visière. » Zacharias leva son bras droit, mit en joue l'animal approximativement et tira de nouveau deux fois, sans aucune précision, seulement pour garder l'attention de celui-ci. Puis, aussi rapidement et solidement que lui permettait sa condition, le Varoc se réfugia derrière la première chose qui lui semblait assez solide pour résister à une charge du brotex et l'obliger à contourner l'obstacle pour l'atteindre.

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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Mer 21 Juin - 21:42

D’un revers de main, Sigfrëli s’encapuchonna correctement, rangeant ses boucles et ses longs cheveux dans l’étoffe. Son frère la regarda puis se mit sur les genoux afin de voir exactement ce qu’il se passait. Les tadryens arrivaient, poussés par le Brotex, dans leur direction. Les deux se lancèrent un regard entendus et effrayés ; il fallait qu’ils se tirent et au plus vite. Seulement voilà, le pan de la colline qu’ils venaient de descendre les rendrait bien trop visibles ; il fallait qu’ils usent des moments d’inattention pour se glisser hors de portée. Toutefois l’occasion ne se présenta pas de suite. Les tadryens débarquèrent dans leur combinaison de métal, chargés par la créature dominante. « Il ne faut pas qu’on reste ici. » - « Si, Siggy, attendons. Dès que l’animal nous aura fait dos, nous regagnerons la colline. » - « Non… il faut… Belegn, vite, par là ! » En catimini, les deux s’échouèrent sur la place d’à côté, sautant pour éviter la fin de la charge de la bête. Elle venait d’écraser une partie du véhicule ancrée dans la terre, déformant la taule sous ses énormes ivoires. Le frère et la sœur se dépêchèrent, longeant le terrain pour se rapprocher du pilier en équilibre recouvert de mousse, leur point de repère de plus tôt, à deux pas du brotex et des trois tadryens. « Quand je pense que nous avons traversé son territoire… » - « Elle devait être endormie. »  - « Ils auraient pu nous prévenir… » - « Ils ne savaient peut-être pas… » - « Ouais, je leur rappellerai, moi. » - « Si nous nous en sortons… Toi qui voulais les voir de près… T’es servi. » Belegn n’eut pas le temps de répliquer une blague amère puisque son attention se reporta aussitôt sur le Tadryen qui venait de se faire mettre à terre. « Et un point pour le brotex… un. » Sigfrëli passa sa main sur la mousse qui bordait les débris, à moitié couchée sur le sol. La scène n’était pas entièrement visible de là où elle était, cependant elle venait de voir le tadryen se faire valdinguer par la créature. La carcasse de métal se redressa péniblement : le brotex lui avait sérieusement touché le ventre. Elle percevait des petits éclairs ou  signaux– elle n’aurait pas su mettre un mot dessus -, au niveau du ventre. Est-ce que les tadryens saignaient ? Visiblement pas, en tout cas, ce n’était pas l’impression qu’elle avait en voyant l’homme de métal à moitié couché au sol, peinant pour se relever. Il avait toute l’attention du brotex : les deux autres, un tadryen et une femme dont la tenue découverte ne donnait aucun signe sur son appartenance, s’échappaient de la visibilité de Belegn et de Sigfrëli. C’était l’occasion pour eux de s’en aller, aussi. « Siggy, on y va. » - « Attends. » Agacé, il se retourna, près à lui hurler dessus pour qu’ils déguerpissent au plus vite, mais il se rappela bien tôt qu’il y avait à une quinzaine de mètres d’eux le le flanc du Brotex. « Quoi, encore ?!? » dit-il en se réprimant sur la vocalise. « Quoi ?!! » - « Ils partent sans lui. » - « Et moi aussi, je pars sans lui, nous y allons ! Sigfrëli Granpa, une, deux, trois ! Une deux trois ! » Il lui tira le bras et fit face à une fille d’Ohibaan décidée. « La nature décidera pour lui... Siggy ! » Il lisait dans son regard l’obstination de sa sœur, mais aussi l’idée. Et cela, ne plaisait pas du tout à Belegn car quand sa sœur avait quelque chose dans le crâne, il était alors très difficile de l’en déloger. Les yeux d’un vert sombre de la fille de Mäggrit se posèrent sur le pilier en équilibre. Les fortes bourrasques faisaient tanguer le vestige déséquilibré: après la tempête, ce chemin allait très certainement changer d’apparence. Elle pointa du doigt l’objet. « Tu vas le faire tomber à mon signal, quand je serai passée dessous. D’accord ? » - « Siggy ! Non ! … » Elle abandonna le sac qui était un poids mort et prit la lance d’insecte gravée, s’élançant dans la direction du brotex. « Tête de galyr ! » lui cria-t-il. Les mots s’essoufflèrent dans le vent.

La lance termina près de la tête du Brotex qui d’un coup de cornes brisa en deux le fruit de sa peur. Face au postérieur de l’impressionnant animal qui cherchait visuellement sa nouvelle cible, la fille d’Ohibaan aux aguets se mit à hurler de façon ordonnée, tel un garge en saison des amours pour impressionner ses adversaires. Le but était de créer un boucan dans le dos de l’animal pour le forcer à se retourner.  Il n’avait pas encore chargé lorsque la fille d’Ohibaan était intervenue. Belegn, dans un sifflement très audible, fit comprendre à Sigfrëli qu’il se tenait près de l’endroit souhaité. L’animal se tourna brusquement: mais sa masse était si grande que Sigfrëli pouvait suivre son arrière-train en se pressant. Elle recommença le même manège, les deux mains placées autour de sa bouche pour renforcer l’effet sonore. Elle alla jusqu’à lui toucher la hanche, ce qui surprit l’animal qui la balaya d’un coup de queue. Au sol, la femme eut à peine le temps de se relever que le brotex l’avait en ligne de mire. Il était trop tard pour suivre sa croupe ; il fallait courir à présent et c’est ce qu’elle fit. L’animal pataud trotta jusqu’à se mettre à charger ; en très peu de secondes, il arriverait à sa vitesse de pointe. « MAINTENANT ! » La fille d’Ohibaan courait en ligne droite et sauta dans son élan, alors que le pilier s’affaissait. Les débris se fracassèrent sur le sol, soulevant un nuage de poussières. Le brouhaha fit écho dans la zone où ils étaient et le Brotex, apeuré, se hissa sur ses deux pattes arrière, stoppé dans sa course. Dans un barrissement, l’animal se mit à reculer. D’autres lances alimentèrent sa surprise et l’animal finit par fuir. Des cris de toute part annoncèrent la victoire, achevant la décision du Brotex qui était celle de la fuite. A côté de Belegn, Ytole le secondait et ceux qui avaient envoyé les lances vinrent les rechercher. Sigfrëli au sol se releva. Ils arrivèrent à son niveau, Bernille l’aida à se remettre sur pied. Ses gants furent très abîmés et le reste de ses vêtements étaient couverts de poussière. Belegn sauta sur le sol, Ytole s’assit sur un débris et deux autres encerclaient le tadryen dans un coin, l’arc bandé et la lance tendue. « Vous êtes fous. Vous auriez pu vous faire tuer. » - « Et la nature en aurait décidé ainsi. » - « Ce n’est pas ce que tu as dit pour le tadryen là-bas. » - « Je n’ai rien dit du tout. » - « Pourquoi ? » trancha Bernille, la chef du groupe d’éclaireurs. « Ohibaan aura tôt fait d’apprendre que tu as mis en danger la vie de ton frère pour sauver l’un des leurs. » - « Bernille… Je ne voulais pas… » - « Et toi Belegn, la prochaine fois, surveille-mieux ta sœur. Ce sont en tes qualités de guerriers que la mission t’a été confiée, pas celle d’un marmot qui subit l’aînée. » - « Bernille, vous nous aviez pas dit que le brotex logeait ici. Il nous était impossible de passer sans qu’il ne nous voit. J’ai agi… » - « Inconsciente. » fut le dernier mot que Bernille lui adressa avant qu’elle ne se dirige vers l’homme de métal, caché derrière des débris de l’ancien monde dans l’espoir de se sauver du Brotex. Une traînée de poussière avait suivi les pas de l’herbivore à présent loin. « Belegn… Je suis désolée. » - « Soeurette. » dit-il en avançant. « Tu as l’air aussi désolée qu’un mumu qui vient de chaparder quelque chose. » En effet, la fille d’Ohibaan encore nourrie par l’adrénaline n’abordait pas du tout la figure d’une femme rendue coupable. Elle arborait plutôt la mine essoufflée d’une fille qui avait réussi son coup.

Elle récupéra une partie de sa lance, celle où la pierre tranchante restait encore et l’ausculta, tandis que Bernille et Ytole rejoignaient Thaïs et Vräar qui maintenaient de par leur présence l’Impur.  Bernille était la plus tatouée d’eux tous : son visage était couvert par des lignes et des points noirs jusqu’à la naissance du port de tête et le reste de son corps était emmitouflé sous une armure de carapace d’Enoe, lui donnant une posture forte et asexuée.  Vräar portait un masque de carapace finement poli mais dont l’usure était certaine tandis que Thaïs semblait plus féroce sous son casque d’os. Mis à part Bernille qui avait la combinaison la plus sophistiquée, le reste de l’équipe d’éclaireurs ne portaient qu’une armure commune.
« Que doit-on en faire ? » dit Vräar, ne quittant pas des yeux l’homme. « Nous le laissons ici ? » - « Qu’il crève. » Thaïs banda davantage son arc. Bernille n’allait pas empêcher un « faux » mouvement. « Non ! Nous… Nous… Nous pouvons l’amener aux Syramèdes ? » Suggéra Sigfrëli, arrivée avec Belegn et  Ytole qui portait un masque d’os customisé par la sculpture de la gueule d’un fauve. « Vu son état, il nous clamsera sur les bras. Tuons-le. » - « Tadryen, défais ton casque. » es-tu comme nous, homme de métal ?, se demanda Sigfrëli. Belegn se pencha par-dessus l'épaule de sa sœur pour lui glisser un messe basse, les yeux rivés vers le tadryen. « Qu'est ce que tu nous prépares, Siggy ? »

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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Jeu 22 Juin - 5:06

Debout, bien qu'appuyé contre le restant de vestiges qui l'avait caché du brotex lors de son sauvetage inattendu par les fils d'Ohibaan, il semblait dans son carcan de métal complètement insensible au fait d'être entouré de gens ayant l'envie de mettre fin à sa vie. Promenant son regard sous son casque sur les différents personnages qui lui faisait face, il ne fallait pas être un génie pour comprendre que le groupe avait une dissension interne à son sujet. Qui irait le sauver du brotex pour ensuite venir l'achever à coup de flèches ou de lance. Et puis, déjà, le fait que les fils d'Ohibaan disaient vouloir le tuer et ne le faisaient pas démontrait que le consensus n'était pas obtenu. Profitant que la communication de son exosquelette était sur les haut-parleurs interne seulement et que les Évolués ne pouvaient pas l'entendre, il s'adressa à son IA quant à une question qui le préoccupait. « Eva, c'est quoi les Syramèdes? » La demande de retirer son casque ne le fit pas flancher. Doucement, de manière à ne pas faire preuve de la moindre menace, il remit son arme de poing à l'étui à sa cuisse et la bloqua à l'intérieur pour ne pas que les Évolués puissent la sortir de l'étui si jamais il était tué. « Désolé Zach. » Pas besoin d'en dire plus, elle ne pouvait pas répondre à sa question. Doucement, il posa ses mains sur son casque et pesa sur les deux verrous dissimulés sur le rebord pour le débloquer de l'armure et le retirer. Calmement, comme s'il était dans une situation tout à fait banale, il accrocha le casque à l'attache à sa hanche pour se libérer les mains.

— Zach, c'est imprudent de te découvrir
— Merci Eva, j'avais envisagé ce fait déjà.
— Est-ce que...
— Contente-toi d'activer les systèmes de protection de l'armure. Si jamais je meurs, détruis toutes tes données et grille tout le matériel de l'armure. N'active aucune balise pour ne pas conduire personne dans une embuscade et veille à mettre toutes les options de protection à ta disposition en action pendant ce temps si on tente de faire quoi que ce soit avec l'armure.
— Compris Zach.


S'adossant confortablement sur le vestige, il passa son regard de l'un à l'autre des Évolués. Il avait la tête solide et gardait sa prestance de soldat en ne sourcillant pas face à leur nombre. Avec moins d'aisance qu'il ne l'aurait voulu à cause de la douleur qui le tiraillait, il croisa les bras sur son torse comme à son habitude. Son faciès neutre et calme ne pouvait camoufler la douleur intense qui lui ravageait le corps. Cet Évolué serait cependant déçu s'il pensait voir Zacharias lui crever dans les bras, parce que le Varoc avait appris à continuer malgré les blessures et les douleurs que la vie pouvait lui infliger. Une aide médicale serait un bien fait nécessaire, mais il allait être capable de survivre le temps de s'y rendre. Hormis la douleur qui crispait ses traits, il n'avait pas de blessures apparentes sur le visage. Probablement que son corps, ses bras et ses jambes avaient foules d'ecchymoses sous l'armure, mais son visage avait seulement été fortement secoué. Retournant son regard sur la chef du groupe, il prit la parole comme s'il faisait affaire avec une personne rencontrée dans un contexte d'affaires.

« Désolé, j'avais quelques détails à régler avec ma partenaire informatique, je ne voulais pas vous faire attendre. Elle a tendance à être un peu nerveuse. Enfin, je vous dois au moins des remerciements pour avoir fait fuir le brotex, pas que j'ai augmenté mes chances de survie par contre. »

De l'arrogance... oui, sûrement. Mais comment ne pas succomber à l'arrogance quand on était un soldat capturé par l'ennemi? De toute façon, ils avaient déjà toutes les raisons dont ils avaient besoin pour le tuer, alors ce n'était pas l'arrogance qui allait changer quoi que ce soit à ses chances de survie. Tant qu'à se faire liquider seul dans les bois comme personnage anonyme, il allait au moins rester fidèle à lui-même. Ses remerciements, bien que recouverts d'une fine couche de sarcasme, se voulaient toutefois sincères. Quand bien même ses yeux étaient des livres ouverts, il ne fuyait pas du tout le regard de la chef des Évolués. Il avait depuis longtemps appris à composer avec ce fait sans avoir à se cacher. Il n'avait jamais rien eu contre les Évolués et il ne se sentait pas concerné par la guerre qui faisait rage entre Tadryens et Évolués, même s'il faisait son parcours de conscrit pour devenir soldat. Des gens s'étaient disputés, il y a de ça bien des années, et maintenant leurs descendants haïssaient parce qu'on leur avait dire de haïr. C'était puéril. Des gens mauvais, il y en aurait toujours et dans toutes les formes d'humanités. C'étaient les éléments problématiques qu'il fallait gérer, pas tous les individus du groupe. Mais bon, il n'allait pas commencer à parler politique avec ses assaillants non plus. Quand une série de cliquetis informatique se fit entendre sur ses haut-parleurs, il fronça les sourcils.

— Eva, qu'est-ce qui se passe?
— Ce sont les logiciels de cryptage des données Zach, je suis en train de tout sécuriser pour que si jamais l'effacement échoue, au moins tout soit inutilisable sans la clé de décodage.
— Pas une mauvaise idée, mais j'aimerais bien si tu pouvais ne pas trop inquiéter nos interlocuteurs, question d'évité qu'une flèche soit échappée de manière préventive.
— Je suis désolée Zach, je tâcherai d'aviser à l'avenir.


Hochant la tête, même si l'IA n'était pas physiquement présente, il soupira et remit son regard dans celui de la chef du groupe. Avec des yeux désolés pour l'interruption, il se contenta d'attendre, impassible, la suite des choses. Il avait apprécié la répartie rapide de son IA quant à la source des bruits. Elle avait immédiatement compris d'en taire l'origine et elle avait trouvé une explication extrêmement plausible pour la justifier. L'ancien réfugié n'aurait pas pu lui demander mieux. Ses cliquetis étaient pensés de manière à produire le même son qu'un logiciel en plein traitement, mais c'était tout autre. Chiron, l'IA de Vallarin, venait de se manifester dans une espèce de code morse pour annoncer sa présence. C'était ainsi que Vallarin lui annonçait être en position dans le secteur et prêt pour action. Pour le moment, Zacharias ne jugeait pas nécessaire de le faire intervenir, car même à deux, ils n'avaient pas réellement de chance. Et puis, si Vallarin sortait de sa cachette maintenant, les flèches le tenant en joue le tueraient certainement avant que Zacharias n'ait pu bouger. Si jamais la possibilité se présentait, Zacharias prendrait l'aide de son coéquipier avec plaisir. Mais, pour le moment, le Varoc ne pouvait qu'espérer que son ami n'assiste pas impuissant à sa mort en restant caché pour retourner ensuite à Tadryon faire son triste compte rendu.

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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Jeu 22 Juin - 13:07

Le tadryen obéissait. Ses mouvements étaient plus lents que Bernille, du fait, peut-être d’une armure conséquente ou de la rencontre avec le brotex. Quand il dévoila ce qu’il couvait si bien, Thaïs fut déçue de ne pas rencontrer une hydre aux yeux serpentins. Elle aurait apprécié décoché la flèche immédiatement pour épargner au groupe d’éclaireurs un poids tadryen. Rares étaient ceux qui dans le groupe avait vu de près des Tadryens vivants, le visage entier, rendant réel le mythe de l’homme à Tadryon. Avec la guerre qui faisait rage, les options n’étaient pas illimitées. Quand il s’adressa pour la première fois au groupe et notamment à sa chef, celle-ci ne répondit rien. Bernille, de ses yeux sombres, l’observait. Il était jeune et comparé à un fils d’Ohibaan, le fait d’être non tatoué révélait plus la gueule d’un enfant, exempt de trace qui culturellement montrait son appartenance au monde adulte. Avaient-ils arrêté un « adolescent », mot qu’employait si bien Mäggrit lorsqu’il parlait des jeunes à Tadryon ? La chef du groupe resta coi mais Thaïs n’hésita pas à adresser un regard mauvais à Sigfrëli qui fut secondée par Belegn tant par sa présence que par son répondant. Le frère lui adressa un regard entendu. Après tout, c’était de sa faute à elle si l’homme de métal se tenait encore debout ici. Si ils n’avaient fait que fuir, la nature s’en serait chargée et les fils d’Ohibaan ne se retrouveraient pas dans l’incapacité de subir un choix. C’était un petit groupe d’éclaireurs, ils possédaient quelques armes pour la survie, des cordages pour les grimpées et assez de rations pour tenir un nombre de jours limités. Rien n’était prévu pour faire prisonnier un tadryen. Le groupe d’embuscade plus chargés en guerriers expérimentés, que Sigfrëli et Belegn avaient quitté deux jours plus tôt, les rejoindraient quelques jours après que la pluie soit passée.

Tous les jeunes furent surpris face à la voix qu’ils entendirent ; tous ceux qui n’avaient pas connu Tadryon eurent un mouvement plus ou moins différent. Thaïs exprima de la peur, Belegn haussa un sourcil, Sigfrëli écarquilla les yeux, Ytole fit un pas en avant comme pour frapper le Tadryen et Bernille resta de marbre. De tous ceux présents ici, c’était l’unique femme qui avait vécu au sein de la capitale tadryenne avant que les choses ne se gangrènent et finissent par pourrir pour eux. Elle avait fui le monde qu’elle connaissait pour se retrouver dans un environnement encore plus hostile. Alors, oui, elle connaissait les exosquelettes mais le souvenir était trop éloigné pour qu’elle comprenne vraiment le fonctionnement et l’utilité. Elle n’avait que dix ans, après tout, lorsque la guerre intestine avait éclaté. Comment diable une femme pouvait parler ? Sigfrëli regarda autour d’elle, où est-ce que la femme se cachait ? Elle ne fut pas la seule à penser cela puisque d’autres suivaient le même mouvement. Bernille les rappela aussitôt à l’ordre, lorsqu’elle haussa la voix.
« Tadryen, si nous entendons encore cette chose, tu quitteras entièrement ton armure de métal, quitte à ne garder que ta tête. Suis-je claire ? Ytole. Thaïs. Les cordes. » Ytole sortit de son sac une corde solide, normalement prévue pour l’escalade, filée aux lianes. Tous encore étaient sur le qui-vive, depuis qu’ils avaient entendu l’homme et la voix féminine. Le pisteur passa près du Tadryen, se méfiant de ses gestes comme de celui d’un dracora qui pourrait lui sauter dessus à la moindre opportunité. Il ligota les mains de métal tandis que Thaïs encerclait le torse métallique. Quelques tours suffirent ; Thaïs passa une partie de la corde pour qu’Ytole la rejoigne autour des mains. Ainsi, dos et mains étaient liés. Un grondement au loin retentit, Bernille ne quittait toujours pas des yeux le Tadryen. Il y avait un cinquième fils d’Ohibaan quelque part dans les hauteurs des vestiges, Jacques, qui les surveillait tous. Sa facilité à grimper était spectaculaire et parmi eux, c’était sans doute le plus agile dans sa manière de se déplacer.

Finalement ils se mirent en marche, Sigfrëli récupéra à temps son sac en manquant de l’oublier. Ytole resta derrière le Tadryen, Thaïs devant et Bernille prit la tête du groupe qui se formait en file indienne. Ils ne passèrent pas par l’endroit d’où ils étaient venus, c’est-à-dire de la colline ; ils optèrent pour contourner le territoire du brotex qui pouvait revenir et éviter ainsi leur zone d’embuscade à quelques centaines de mètres. Ils passèrent alors à droite d’une des collines, longeant un vestige dont la forme rappelait celle d’une montagne miniature. Le groupe était silencieux, seule Sigfrëli osa demander d’une voix basse à Ytole
« Vous avez trouvé un abri ? » Le pisteur répondit par l’affirmatif, hochant la tête. Il était nerveux, ses muscles du cou étaient tendus. Il avait pris sur lui-même pour en pas paraître surpris lorsqu’elle vint lui parler.

Ils s’arrêtèrent dans un carrefour où plusieurs Vestiges trônaient. A leur pied, s’étendait quelques formes bleues, perçus plus tôt par Belegn et Sigfrëli.
« Ni touchez pas. » ordonna Bernille, qui observait les environs. Elle fit un pas en avant, se dirigeant vers une entrée cachée par un gros bloc de pierre. En le contournant, ils purent voir une espèce de trou creusé dans la pierre. « Le tadryen, en premier. » Les lieux avaient été visités plus tôt par le petit groupe ; cependant entre-temps, une créature avait pu s’y réfugier. L’atmosphère du lieu était chargée en poussières ; une odeur de moite de moisissures couvrait. On pouvait découvrir à l’intérieur une pièce bancale, clairement travaillé par les hommes d’antan. Si ils passaient le premier endroit et grimpait, deux ou trois débris, il y avait une zone presque « neuve », épargné par les éboulis et les dérives du temps. Avec précaution, Sigfrëli et son frère avancèrent en queue de groupe. L’étroitesse des lieux correspondait à l’attente de Bernille ; ils isolèrent le prisonnier quelques mètres plus loin sur les marches en bitume en montée, bloquée par un mur affaissé. « Nous attendrons que la pluie passe, nous reprendrons route après. » informa la chef. « Il va mourir ? » demanda Belegn dans un chuchotement. « La nature en décidera. »

Thaïs surveillait le tadryen, tandis que les autres préparaient le camp de fortune. Ils faillirent allumer le bois qu’ils avaient préparé avant que Bernille ne les interrompt. « Attendons que les premières gouttes de pluie nourrissent le sol. » Sigfrëli, accroupie, jetait des coups d’œil dans la direction du Tadryen. « Tu pourrais aller voir ce qu’il a, en effet. Mais tu n’iras pas. » - « Bernille… » La chef était résolue et sortit de l’endroit, allant à l’extérieur suivie par Ytole et Belegn. Un souffle d’air arriva par l’une des issues de la cage où elle était ; de l’autre côté du Tadryen, à l’exact opposé par rapport à lui, à droite de Sigfrëli, se tenait une autre sortie car visiblement l’air s’y engouffrait. La fille d’Ohibaan regarda l’endroit avant de reporter son attention sur le bois et sur Thaïs, qui était résolue à n’en faire qu’une bouchée. « Tu vas te blesser à force de rester dans cette position. »« Dit la fille qui nous a obligé à le prendre avec nous. »« Je n'ai rien décidé du tout. »« Bien sûr. Tu aurais dû te taire. »« Fais attention, à force de bavarder, il pourrait s'échapper. » La fille d'Ohibaan en charge de le surveiller se braqua d'autant plus. Thaïs n'avait pas encore enlevé son masque, on ne discernait ni son regard ni l'aplomb qu'elle n'avait pas. Être une garde n'était pas ce qu'elle préférait, tuer du Tadryen était plus sa spécialité. 

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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Jeu 22 Juin - 20:15

Vallarin était caché dans les environs et regardait la scène. Son coéquipier et ami était en mauvaise posture et il ne s'en sortirait pas seul. Comment il avait abouti ainsi, Vallarin n'en avait aucune idée. Quand il était revenu après avoir caché la femme et avoir fait un pacte avec elle qu'elle l'attendait pour faire quoi que ce soit, il s'était précipité au secours de son ami qui n'arrivait pas. Quand il était arrivé, il avait vu le groupe d'Évolués qui l'encerclait et le tenait en joue avec leur arme. Pourtant, Zacharias semblait complètement calme et ne pas avoir la moindre crainte. C'était bien son ami, toujours au-dessus de tout ce qui se passait, comme si tout n'était qu'une suite de causes à effets prévisibles et qu'il savait déjà les prochaines situations à venir. Seulement, pour ne pas qu'il soit tué, il allait devoir accepter de l'aide extérieur et c'était là que Vallarin entrait en piste. Il avait compris le message subtil quand Zacharias avait demandé à Eva de ne rien faire pour stresser les Évolués, message qui lui était destiné à lui. Douloureusement, le colosse assista à l'entrave de son ami et sa capture par un groupe ennemi qui ne lui voulait aucun bien. Il patientait en se disant qu'il pourrait fondre sur l'arrière-garde du groupe pour libérer son ami, mais la situation ne se présenta pas et il dut suivre le groupe de loin jusqu'à la caverne.

***

Silencieux et coopératif, Zacharias se contentait d'attendre simplement. Quand on avait décidé de l'envoyer d'abord dans la grotte, il n'avait pas protesté et était entré de lui-même, prêt à réagir au moindre danger. Puis, il s'était laissé conduire dans la cage d'escalier et quand on l'avait laissé à lui-même, il s'était agenouillé sur le sol, assis sur ses pieds, les genoux collés ensemble. Doucement, il avait baissé la tête et fermé les yeux pour adopter la position de recueillement et de méditation qu'on lui avait enseignée dans les arts martiaux. Il aurait aimé pouvoir mettre ses mains sur ses cuisses pour plus de confort, mais les cordes ne lui laissaient pas ce luxe. D'ailleurs, la position de ses mains et ses bras tendaient plusieurs de ses muscles endoloris et lui faisait sentir la douleur continuellement qui lui parcourait le corps, douleur qui devenait de plus en plus insistante alors que l'adrénaline et tout le reste des stimulants quittaient son sang maintenant qu'il était de retour au calme. Toutefois, l'ancien réfugié se contentait de méditer doucement, silencieusement, les yeux clos, sans faire le moindre bruit, sans protester ou se plaindre. La douleur s'incrustait sur les traits de son visage et de temps à autre, il bougeait du peu d'amplitude qu'il avait ses membres pour faire passer les engourdissements et les pointes de douleur.

Il ne put retenir un fou rire quand la femme parla d'une évasion par contre. Un rire tout bas, pour lui-même, clairement amusé. Comme si dans son état et avec les mains liées dans le dos ainsi, il était en état de s'échapper. Son corps était maintenant ankylosé et engourdit en plus de tout le reste, il n'allait même pas réussir à semer quelqu'un qui marchait. Il avait toujours la tête penchée pour se recueillir et les yeux clos, mais un sourire se mélangeait maintenant à la souffrance qui s'était dépeinte sur son visage. Le Varoc était quand même flatté de la perception qu'avait cette jeune femme de ses capacités. À moins qu'elle venait de mentionner le peu de foie qu'elle avait en sa collègue. Des deux options, mieux valait prendre celle qui renforçait son estime non? Comment faisait-il pour rester calme alors qu'il était prisonnier de l'ennemi? Simplement parce qu'il savait que s'énerver et lutter ne donnerait rien. Il préférait se refaire des forces et se remettre le plus en état possible, pour qu'au moment où il aurait la possibilité de se sortir de son mauvais pas, il soit en mesure de la prendre. La chance c'était la préparation qui rencontrait l'opportunité. Zacharias avait la préparation, il manquait seulement l'opportunité.


***

Le colosse avait fait un peu de reconnaissance autour de la grotte, faisant bien attention à ne pas se révéler à tout guetteur qu'il pourrait y avoir. Il n'était pas soldat de nature et n'avait pas encore complété sa formation, il ne se sentait pas tellement à l'aise présentement. Il voulait devenir médecin, pas commando de secours des captifs derrière les lignes ennemies. Pourtant, il n'avait pas le choix. Il ne pouvait pas laisser son ami là, aux mains des fils d'Ohibaan qui allait assurément faire des choix néfastes pour le captif. Dire qu'il avait accepté de sortir des murs pour une première fois pour aller rendre visite à la famille de son équipier et qu'il était maintenant caché dans le No Man's Land à se demander comment secourir un captif d'un groupe d'Évolués. Sans oublié Samara qu'il devait retrouver et ramener à Tadryon après également. Ce n'était pas sa journée du tout. « Chiron... on fait quoi maintenant? » Le Tadryen espérait une illumination de son IA, mais c'était peu probable. « Honnêtement Vallarin, vos chances sont nulles à sept contre un plus un blessé. » Le Tadryen eut envie de hurler sa colère d'être devant une telle impasse. Il commençait à douter de vouloir embrasser la carrière des armes. Il était loin d'avoir la carapace mentale que le Varoc avait.

« Eva pour Chiron, je peux communiquer avec vous à l'insu des Évolués, mais je ne peux rien transmettre à Zach. » Enfin une bonne nouvelle! « Content de l'entendre Eva. Zach va comment? » Avait-il vraiment envie de prendre la chance d'apprendre sa mort? « Moins bien qu'il n'accepte de le montrer. Si je me fie à la violence des chocs qu'a subie l'exosquelette, il doit être meurtri un peu partout. Il a besoin d'une infirmerie. » Bon, il était vivant, parfait. Vallarin regardait l'ouverture dérobée qu'il avait trouvée et qui passait par l'arrière de l'entrée utilisé par le groupe. Comment faire pour extraire Zach du camp et prendre la fuite sans être rattrapé par les Évolués? L'homme regardait son P19-Lamia et soupira de ne pas avoir une carabine d'assaut au lieu de se pistolet-mitrailleur. Pas que le Lamia était une mauvaise arme, juste qu'une carabine d'assaut était mieux adaptée pour un assaut. Pas pour rien qu'on l'avait baptisé ainsi. « Vallarin, les Évolués quittent. Il ne reste que deux Évolués à l'intérieur pour surveiller Zacharias. » Les miracles existent peut-être vraiment alors. Contre deux Évolués, il pouvait tenir ses chances. Réussir à fuir serait problématique, mais il pourrait au moins récupérer son coéquipier. Il attendit un moment pour faire certain que le groupe qui avait quitté ne revenait pas immédiatement et avec toute la discrétion du monde, se glissa dans l'ouverture dérobée.

Il se retrouva dans une cage d'escalier. Lentement, préférant une progression lente et silencieuse à une avancée rapide, mais bruyante; il se plaça derrière un recoin pour jeter un rapide coup d'œil. Il y avait effectivement deux Évoluées qui surveillait leur butin de guerre. Une semblait plus expérimentée et mieux équipée, mais elle n'était pas la chef du groupe d'après ce que Vallarin avait compris quand ils avaient ligoté Zacharias plus tôt. L'autre semblait avoir dans ses âges, mais ne pas être préparé pour la guerre. En même temps, les apparences étaient extrêmement trompeuses parfois. S'assurant que la communication extérieure était coupée pour ne pas que les voix dans son armure filtrent dans l'air, il fronça les sourcils en se demandant comment mettre en œuvre son plan.
« Chiron, un projectile du Lamia serait fatal à Zach dans la condition présente avec son exosquelette? » Il ne voulait pas tirer sur son ami, mais il était difficile d'être ultra précis avec un pistolet mitrailleur. « Certainement, surtout que sa tête est à découvert. » Fais chier! « Eva, faut que Zach se couche au sol. S'il te plait Eva, faut que tu trouves une solution. » Serrant les dents, Vallarin tentait de mettre en pratique les conseils de son ami, soit de contrôler sa respiration et de rester calme pour ne pas agir sous le coup des émotions. À tout le moins, le doigt qui avait été jusqu'à maintenant sur le pontet du P19-Lamia descendit en glissant sur le métal pour se placer sur la détente.

***

Toujours à genou, silencieux, Zacharias avait réussi à faire le vide dans son esprit. Il pensait à sa soeur, qu'il aurait dû avoir vue aujourd'hui, avec qui il aurait dû être en ce moment. Il allait possiblement mourir à l'insu de tout le monde, dans le territoire ennemi, et sa sœur ne pourrait jamais compléter son deuil. Le jeune fils de celle-ci n'aurait plus la stabilité que Zacharias lui apportait, car sa sœur peinait à s'occuper d'un enfant qui lui rappelait continuellement ce qu'elle avait subi. Sa mère serait sûrement effondrée même si elle lui en voulait énormément depuis des années pour ses choix... non, son choix. Quant à son père, le vieux bourru resterait de marbre, bien qu'il en mourrait intérieurement. C'était complètement fou de s'imaginer qu'une seule personne avait autant d'impact dans le tissu du monde. Puis, sans aucun avertissement, sans même que Zacharias ne puisse comprendre, une décharge électrique émise de l'armure lui traversa les chairs. Un gémissement de douleur lui échappa et il se pencha violemment vers l'avant sous la douleur, perdant l'équilibre et s'effondrant au sol.

***

« J'envoie une décharge. » Les nerfs sur le point d'exploser, Vallarin jeta un nouveau regard pour voir son ami succomber à la douleur et s'effondrer lamentablement au sol. Le colosse eut des regrets une seconde d'avoir infligé un tel sort à son ami, mais ne perdit pas de temps à mettre la suite du plan en exécution. Souplement, malgré sa carrure forte, il jaillit du coin avec son arme en main et ouvrit une première salve sur les deux gardes pour les forcer à se bouger de leur poste. Il ignora rapidement l'Évoluée qui tenta de se cacher avec maladresse, voyant qu'elle n'était pas une menace pour le moment. Par contre, l'autre avait pris ses armes en même temps qu'elle s'était mise à couvert et maintenant que la salve était terminée, elle apparaissait déjà. D'un pas rapide et militaire, Vallarin avait progressé vers Zacharias pour le rejoindre, ouvrant une deuxième salve quand l'Évoluée tenta de sortir de couvert pour s'attaquer à lui, l'obligeant à reculer un peu pour rester hors de la portée efficace du pistolet-mitrailleur. « Chiron, passe sur les haut-parleurs externes. » Un grésillement lui confirma l'exécution de sa commande. Bien que ses mains tremblaient sous le stress, il rejoignit son camarade avec détermination et s'agenouilla devant lui pour faire office de barricade avec les deux Évoluées, son doigt toujours sur la détente. « Go, go, go, bouge-toi Zach! »

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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Ven 23 Juin - 1:30

Sigfrëli se mit à ranger les affaires que son sac contenait. Tout était fait pour être pratique, il n’y avait pas de surplus ou de choses anecdotiques, si ce n’est le bout de sa lance qu’elle gardait sentimentalement et encore, il lui fallait la jeter. Elle toucha à sa ceinture le fumigène d’Eclipse, se redressa et s’étira de toute cette longue marche avant de se rasseoir subitement sur le sol. Thaïs qui n’aimait pas la surprise maugréa quelque chose. Les voix à l’extérieur se faisaient de moins en moins entendre même si ils restaient dans les parages. Elle prit l’embout que le brotex avait piétiné sans le moindre mal et tenta de creuser le bitume. La lame était émoustillée, elle ne valait pas plus qu’une pierre. Il lui faudrait demander de l’aide au village une fois qu’elle rentrerait pour au moins réutiliser l’embout. Elle essaya par la suite de dissocier la pierre du reste, sans succès. Quand soudain, l’homme de métal se mit à trembler, ce qui attira bien évidemment l’attention des deux protagonistes. « Siggy ! Qu’est-ce… » Il convulsait, mais ce n’est pas sa convulsion qui rendit soudainement silencieuse la Fille d’Ohibaan, Thaïs. Mais le tadryen qui de nulle part sortait. Elle se plongea en avant, atterrissant sur la poitrine alors que Sigfrëli n’avait pas encore eu le temps de se retourner. La femme n’eut pas besoin de savoir ce que c’était pour se rouler en boule sur le sol, dégageant du lieu aussi vite qu’elle le pouvait. Elle se glissa derrière des débris, le cœur battant jusqu’à rompre le lien avec les artères. Elle avait l’impression qu’il allait sortir de sa poitrine pour s’envoler dans les airs. Elle aurait aussi souhaité le faire, sauf qu’elle était piégée contre l’un des murs affaissés. Thaïs s’en sortait différemment. Après s’être aplatie sur le sol et l’avoir rejoint, emportant avec elle son arc et ses crocs courbés, la fille d’Ohibaan prit arc et le banda, visant la tête du tadryen. Le tir maladroit ricocha sur une partie dure de l’armure. Le silex de la flèche se brisa à l’impact, le reste tomba au sol. Elle protégeait Sigfrëli de son corps, avant de se décider à sortir de l’abri.
 
A l’extérieur, ils avaient entendu. Aussitôt ils rappliquèrent ; Belegn en tête de liste. Ils durent s’arrêter à l’entrée car quelques projectiles en sortir et aucun d’eux ne souhaitaient finir roussi. Jacques, qui était sur une des pentes, la dévala et les rejoint. « J’ai… J’ai pas eu le temps de… J’ai pas eu le temps de vous prévenir… Il… Un deuxième… Un deuxième tadryen est à l’intérieur. » - « Quoi ?! » s'exclama Bernille, qui serra le manche de sa massue. Belegn poussa un juron, pensant à sa sœur qui avait plus passé du temps à soigner les maux des gens qu’à en blesser. Elle était incapable dans une telle situation d’agir, pensa-t-il, malheureusement… La formation reçue au cours de sa vie dans le hameau était insatisfaisant par rapport à ce que lui avait vécu en tant que guerrier. Ils avaient deux approches différentes qui aujourd’hui allaient prouver laquelle était la plus efficace. Bernille l’empêcha d’entrer. « Attends, dès que j'estime que c'est bon, on y va. Coucher, sol ou contre mur. Debout, centre, t’es mort. T’as jamais fait du tadryen encore ? » Belegn fit ‘non’. « Très bien. J’irai devant. Ils sont durs à l’extérieur mais une fois qu’on écrase leur coquille, ils deviennent de la sève. Les aisselles, viser les aisselles. » Leur protection pouvait en effet être également un fardeau. Les fils d’Ohibaan comptaient sur leur agilité. Lorsque la canonnade cessa, Bernille rentra. Elle se précipita automatiquement dans la première pièce, à l’abri derrière un mur. Les autres suivirent. Thaïs sortit de l’endroit dans une roulade, pour terminer rapidement de leur côté. Son souffle était rapide. « Il… Il… Il vient le chercher. » Bernille pesta. Elle aurait dû écraser sa tête contre les débris. Ecouter Sigfrëli n’avait visiblement pas toujours un bon effet. Les syramèdes devraient se passer d’un autre prisonnier de guerre. « Sigfrëli ? Où est Sigfrëli ? » paniqua son frère. La fille d’Ohibaan était coincée, elle n’avait pas osé bouger et la voilà bloquée comme un mumu pris au piège par un Irvïm. « Elle va bien ? » Elle releva la tête : la sortie n’était pas à côté ; il fallait effectuer une quinzaine de mètres et seule Thaïs avait profité de l’inattention du Tadryen pour s’en aller. De peur, la fille d’Ohibaan s’était retrouvée paralysée contre le mur. Si elle bougeait, elle sortait de son endroit et ils tireraient à vue. Du moins, c’était ce qu’elle pensait. « Que fait-on ? » - « Jusqu’à maintenant, ta sœur nous a mené jusqu’ici. D’une certaine manière, c’est la nature qui décide de son compte. Si elle survit aux tadryens, c’est un exploit, sinon nous ramènerons son corps. » Il avait bien compris ce qu’elle lui avait dit : elle ne rentrerait pas à l’intérieur pour la sauver, du moins pas maintenant. « C’est une médecin, comme Mäggrit ! Tu ne peux pas ! » - « Je pense à nous. Un de perdu sur sept, c’est toujours mieux que les sept. Je n’irai pas à l’intérieur en aveugle. Thaïs ? »
 

La fille d’ohibaan gardait sa position, silencieuse, le souffle fort. Ils étaient à côté, l’un peinait à soulever l’autre, elle entendait des bruits métalliques et humains. Que faisaient-ils ? Pourquoi ne sortaient-ils pas ? Elle se souvint de la convulsion ; est-ce que le tadryen pouvait se relever ? Elle se pencha un peu en avant et se redressa aussitôt. Quelques secondes après, elle fit le même manège jusqu’à ce que son regard puisse se poser sur les deux tadryens. Ils étaient encore l’un ; celui qui venait d’arriver essayait d’aider l’autre. Il n’était pas venu pour les chasser, purement et simplement, mais pour récupérer un camarade. Sigfrëli regarda la sortie ; il lui suffisait de se lever et de courir à présent. L’adrénaline se calma, elle avait toujours le sang chaud et les tempes trempées, néanmoins ça lui rappela l’objectif qu’elle s’était donnée et c’était peut-être, d’une certaine façon, une chance pour elle de survivre. Elle avait dix doigts qui jusqu’à présent avait donné la vie plus qu’elle ne l’avait ôté. Sa seule pensée, lorsqu’elle ouvrit la bouche, fut adressée à Omin. La voix était nasillarde, tremblante, au début muette. « V-… vous… Il… est blessé ? » Elle se cacha de nouveau contre le mur, de peur de surprendre le tadryen et qu’un mauvais coup ne parte. Il y avait un bon signe : le tadryen ne tirait plus. Le mauvais signe, était qu’aucun des fils d’Ohibaan ne venaient à elle. Dans un sens, ils avaient raison. Sigfrëli peina pour sortir de sa cachette, dans sa voix on sentait une hésitation. « Il… il est… blessé ? » Elle se souvenait de la rencontre qu’elle avait faite des années plus tôt, lors de son envol, avec un dolken blessé, une sorte de long reptile. Il avait fallu beaucoup de patience et beaucoup de tact, ayant pas mal pris sur elle-même, pour pouvoir l’approcher. Au final, ici, c’était la même chose ; la tadryen était venu pour sauver… « son petit » d’étrangers. Sigfrëli pouvait le comprendre. Elle ne s’approcha pas cependant, les autres signes devaient venir d’eux. Ou de lui. A présent, elle était sortie de sa cachette. On pouvait voir une fille d’Ohibaan accroupie, les deux poings face à terre, prête à bondir en arrière pour se sauver d’un quelconque coup. Il y avait son sac, à quelques pas d’eux. Elle ne pouvait l’atteindre mais elle le regardait de temps en temps. « Je… peux… aider ? Je … peux aider. » Elle plaça sa main gantée contre sa poitrine, indiquant qu’elle parlait bien d’elle au cas où ils ne parlaient pas la même langue. Elle ignorait où son regard était, elle focalisa essentiellement sur la visière. « Je… suis médecin. Je peux… l’aider. » Si Bernille ne l’en avait pas empêché, la fille d’Ohibaan l’aurait déjà ausculté. La fille d'Ohibaan perçut dans sa vision atmosphérique des déplacements. Trop tard, elle les regardait à présent, indiquant leur position. « SIGFRËLI !!! » s’écria son frère qui suivait Bernille de près, à l’assaut. Ils étaient à une dizaine de mètres d'eux, dans la pièce visible.



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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Ven 23 Juin - 5:44

Vallarin avait réussi son plan. Il fallait juste maintenant qu'il trouve une manière de fuir rapidement et sans y laisser la vie avec son ami. Il avait pensé que Zacharias aurait été en mesure de se relever et de marcher par lui-même, ce qui ne lui aurait demandé que de le supporter et de couvrir leurs arrières, mais finalement ce n’était pas du tout le cas. Quand la guerrière la plus expérimentée avait quitté la pièce en roulant vers l'arrière, le colosse avait gardé son arme en joue au cas où. Comme aucun danger ne se manifestait, en considérant également que l'autre Évoluée semblait peu apte au combat, il avait tourné la tête pour voir Zacharias qui luttait pour se remettre sur pied. Eva avait raison, il avait beaucoup plus mal et des blessures beaucoup plus importantes qu'il s'autorisait à le montrer. Il avait toujours été ainsi et Vallarin lui avait toujours dit que ça allait lui coûté la vie un jour. Tout en gardant son arme en main, remettant le doigt sur le pontet pour ne pas tirer par accident, il empoigna le bras de son ami pour l'aider à se relever. Il n'avait pas le nécessaire pour couper les liens et il n'avait pas le temps de les défaire; il allait falloir que Zacharias les tolère encore. Cela compliquait tout par contre, car malgré la force indéniable du géant musclé, il devait forcer comme un bœuf pour hisser le captif sur ses pieds.

C'était clair cependant que le Varoc n'allait pas pouvoir marcher rapidement et que la lutte pour réussir à rompre la poursuite des Évolués allait être infernale. Alors que le blessé était enfin debout, une voix s'éleva de la cachette de l'Évoluée maladroite. D'un geste vif, Vallarin se retourna en pointant son arme tremblante en direction de la cachette, son doigt toujours sur le pontet, tout en soutenant le Varoc qui tentait de toutes ses forces de ne pas être un poids mort. En entendant la question de la jeune femme, Vallarin eut un rire amer, une attitude qui n'était pas dans ses habitudes. Normalement, le Tadryen était une personne joviale et chaleureuse, remplie de compassion et de douceur. Mais là, il ne pouvait s'empêcher de sentir le sarcasme lui monter à la gorge quand il entendait une des personnes responsables de la capture de son ami demandé s'il était blessé. Depuis tout à l'heure, qu'il pariait sur ses chances de mourir de ses blessures sans gêne devant leur captif et elle osait demander s'il était blessé. Est-ce que même les Évolués pouvaient souffrir de retard cognitif? Doucement, il commença à reculer avec son ami, refusant de tourner le dos à la menace tant qu'il ne serait pas sorti de la grotte former par l'écroulement des structures de l'ancien monde.

Seulement, la jeune femme sortit de sa cachette pour leur faire face. Le colosse se figea sur place et braqua son arme droit sur la cible. Son doigt descendit sur la gâchette et il tenta de contrôler son tremblement autant que possible pour être précis en cas de tir. Il n'avait jamais fait la guerre en vrai et n'avait jamais fait feu sur un humain — évolué ou non — alors tout son corps luttait en lui pour le convaincre que c'était de la défense légitime et non une agression injustifiée. Comme elle ne bougeait pas, il n'ouvrit pas le feu. Il n'osait pas non plus continuer à fuir de peur qu'elle profite de ce fait pour les attaquer pendant qu'ils étaient en position de faiblesse. Suant à grosse goutte sous son casque, il regarda l'Évoluée faire ses mimiques en même temps qu'elle parlait, sachant très bien qu'elle savait parler convenablement pour l'avoir vu faire tout à l'heure pendant qu'il les observait.
« Je ne suis pas un enfant ou un idiot, je suis capable de parler. » Sa réponse était plus froide et sèche qu'il ne s'était jamais entendu être. Mais, au final, il s'en fichait. On avait osé s'en prendre sans aucune raison à son ami et il n'allait pas leur laisser la tâche aussi facile que ça. S'ils avaient été en combat Tadryon contre Ohibaan et que Zacharias aurait été fait prisonnier, alors il aurait accepté que ce soit les conséquences de la guerre. Mais là, le duo n'avait fait que sauver une femme en détresse. Zacharias ne méritait pas le traitement que ces brutes lui infligeaient. La colère, un sentiment qu'il n'avait pas habitude de gérer, bouillait dans son sang.

« Médecin? Et puis quoi encore! Si vous aviez réellement voulu l'aider, vous l'auriez déjà soigné. Ou, vous l'auriez laissé en paix une fois la menace du brotex éclipsée. Ce n’est pas l'aider que vous voulez, même un enfant écervelé pourrait le voir. »

Vallarin n'accordait aucune confiance à aucun de ses Évolués. Il n'avait rien contre eux et s'il pouvait quitter avec son coéquipier, il ne leur ferait aucun problème supplémentaire. Mais, ça ne semblait pas se diriger vers cette option, car le reste de la bande de la jeune femme jugea opportun de tenter de se lancer à l'assaut. Même s'il n'était pas un soldat d'expérience, Vallarin n'était pas stupide et il connaissait les concepts de base des affrontements. Surtout qu'il avait déjà un bon bagage de cours à l'Académie à son actif. Avec douceur, il déposa Zacharias contre le mur le plus proche et bondit tel un prédateur en chasse sur la jeune femme qui avait quitté sa cachette. Elle n'était manifestement pas une guerrière, car elle se figea sur place sous l'assaut et Vallarin n'eut que très peu de mal à la saisir et la retourner face à ses amis en pleine charge. D'un geste sec et un peu brusque, il appuya le canon de son pistolet-mitrailleur contre la tête de la jeune femme et lui intima l'immobilisme par une compression de ses doigts sur son épaule. Et Vallarin, avec sa force, avait une poigne qui ne pouvait être ignorée. Son doigt fit un crochet sur sa détente et s'y cala confortablement. Si jamais le Tadryen pesait sur la gâchette, avec le canon ainsi collé sur la tête de la jeune femme, le résultat ne serait pas beau du tout.

« Si qui que ce soit franchit la première marche, elle ne quittera plus jamais son armure, la tête qui dépasse en moins. »

***

« Ça suffit! »

La voix qui venait de résonner dans la grotte était faible et épuisée, mais c'était la voix d'un meneur et une voix qui portait une certaine puissance en elle. C'était une voix sans appel qui n'acceptait pas de réponses. Zacharias, maintenant assis au sol avec une jambe repliée contre son torse, avait les yeux braqués sur la scène. Des yeux froids et sévères.

— Zach, ils vont nous faire la peau.
— Vallarin, ça suffit, j'ai dit. Ces fils et filles d'Ohibaan ne sont pas différents des Tadryens qu'on côtoie dans les murs. Des années plus tôt, des gens se sont brouillés et se sont fait la guerre. Aujourd'hui, ils éduquent la haine à leurs enfants et leurs enfants haïssent parce qu'on leur a dit et apprit à haïr. La haine, c'est le plus vicieux des poisons, il prend du temps à s'éliminer du système. Autant chez Tadryon que chez les fils d'Ohibaan.
— Je n’ai jamais rien eu contre les fils d'Ohibaan Zach, mais tu vois la même chose que moi?
— Vallarin, tu retires ton Lamia de la tête de cette fille, c'est un ordre, point. Tu obéis, c'est ton devoir de soldat.
— C'est toujours moi qui ait eu le talent pour négocier avec les gens, pas toi.
— Pour négocier avec les gens oui, mais pas avec les soldats. Tu es charpentier ou menuisier de profession, un truc du genre; alors que moi j'ai passé ma vie dans les camps de réfugiés où le quotidien est une guerre pour la survie. Je vais parler de soldat à soldat avec leur chef, Bernille.


Zacharias eut à demi gain de cause. Son ami retira le canon de son pistolet-mitrailleur de sur la tête de la jeune femme pour le pointer vers le sol, mais il ne la relâcha pas pour autant. Usant de sa force et avec des pas ferme, il recula en traînant la jeune femme sur les fesses pour se mettre à la hauteur du Varoc, maintenant sa solide poigne sur son otage. Zacharias savait qu'il ne pourrait tirer plus de son ami. Il voyait à son attitude irrégulière qu'il vivait ses premiers démons de guerre, comme lui avait vécu enfant dans les camps chaotiques de Varosha. Cherchant du regard, il trouva la Bernille en question et il planta son regard de loup dans le sien. Un regard de meneur, de chef, un regard que cette femme aussi avait. Être un chef et être un chien enragé étaient deux choses différentes. Et de ce que Zacharias avait vu, cette femme à la prestance indéniable avait un contrôle irréprochable sur les chiens enragés qui constituait sa meute.

« Bernille, désolé si tu te sens insulter que je m'adresse à toi de manière familière, mais au point où nous en sommes, j'ai trop mal pour tenter de mettre en place toutes ses conneries décoratives de bienséance usuelle. On est ennemi à cause de nos lieux de naissance, je l'accepte, tu m'as fait prisonnier dans les règles de l'art, je l'accepte également. Maintenant, voici les faits, on a voulu sauver une femme en détresse, au même titre que vous sauveriez un fils ou une fille d'Ohibaan en difficulté si vous en croisiez un ou une. Mon coéquipier et moi, on s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, on n'était pas là pour mener la moindre guerre contre vous. Ni lui ni moi n'avons envie de tuer, nous voulons rentrer chez nous. »

Zacharias fit une pause pour reprendre son souffle et endiguer un peu de douleur. Il faisait de son mieux pour garder sa voix la plus intacte possible et limiter les trémolos de douleurs qui y perçaient.

« Laisse-nous quitter. De toute façon, vous semblez convaincus que je vais mourir en chemin, alors au mieux je meurs quand même. Vous êtes des soldats, nous sommes des soldats, mais aucun de nous n'avons eu ordre de prendre les armes à ce moment précis. C'est un combat futile à mener, tu le sais aussi bien que moi. »

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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Sam 24 Juin - 0:36

Sigfrëli ne fit plus un geste et ne dit plus rien. Elle était face à une créature apeurée, elle n’avait pas besoin d’être une pro-tadryen pour déceler les signes de stress et de peur chez une personne bien qu’il fut casqué. Certes, c’était différent lorsqu’elle soignait : personne ne la craignait directement puisque le mal était la maladie ou la blessure. Ici, elle avait l’impression d’être une bactérie dangereuse; à chaque pas de plus fait l’homme de métal aurait l’impression d’être agressé. Lorsqu’elle vit le groupe des Fils d’Ohibaan arriver, tout se déroula très vite ; en moins de deux secondes elle se retrouva contrainte par la force de l’individu, cou et tête bloqués dans une position qui la dominait. Elle tenta de s’en défaire, martelant l’avant-bras de ses mains gantées, secouant les jambes pour se donner plus de force et trouver un placement adéquat pour s’en tirer. Son sang venait de faire un tour complet dans le cœur. Lorsqu’il pointa l’arme sur son crâne, la fille d’Ohibaan ne réalisa pas tout de suite. Son frère l’en pria. « Sigfrëli… » Ils étaient face à face, Sigfrëli maintenue à demi au sol par le tadryen venu sauver l’un des siens et les Fils d’Ohibaan. L’étroitesse du lieu allait forcément desservir les deux camps si une bataille éclatait. Son camarade, le blessé, celui qu’ils avaient récupéré suite à la fuite du Brotex, s’exclama. Les deux eurent un échange où le blessé prit le dessus ; Sigfrëli qui avait compris l’importance de rester statique en sentant l’embout froid et dur contre son crâne ne sourcilla pas, elle évitait d’ailleurs de regarder les membres de sa patrie pour ne pas se mettre à trembler. L’écho dans leurs yeux serait plus dévastateur que la sensation d’avoir une arme tadryenne coller au crâne. Jacques alla pour faire un mouvement mais Bernille l’en stoppa d’un simple signe de main. Ils étaient derrière elle, prêts à bondir sur le duo. Il suffisait d’un signe et d’un seul pour qu’ils s’élancent ; mais Bernille, la chef de ce petit groupe d’éclaireurs, en décida autrement. Elle l’écouta, fixant les deux tadryens à tour de rôle. Sigfrëli ne facilita pas la reculée car elle tenta de lutter avec ses jambes, lâchant des bruits étouffés dans l’effort.

« La femme que vous maintenez encore est sans doute celle qui vous a le plus aidé ; elle t’a sauvé deux fois, Tadryen, et je pense qu’elle est en train de te sauver une troisième fois. La première fois  du brotex et la seconde fois de nous et je vois que ton camarade la tient encore. » Qu’il s’excuse vis-à-vis du Destin n’était pas légitime ; la nature en avait décidé ainsi. Si la Fille d’Ohibaan que le tadryen maintenait n’était pas restée dans cette pièce, les deux seraient peut-être morts à l’heure qu’il était. Dans un sens, Sigfrëli était leur azuris et leur garantissait la survie, si le camarade n’effectuait aucun faux geste.  Il avait d’ailleurs baisser son arme, ce qui était un signe positif, bien que Bernille restait sur le qui-vive. Les cinq autres personnes derrière elle attendaient. Ce qu’allait dire la chef du groupe d’éclaireurs n’allait pas plaire au sien ; une certaine Thaïs bouillait d’impatience. « Tu mourras, Homme de métal. » Sigfrëli avait parlé et sa voix d’habitude chantante sonnait le glas, ce qui étonna la chef d’ailleurs car la femme était toujours maintenue dans une position très inconfortable pour sa survie. « La pluie, les créatures, … tes blessures. » Elle ferma les yeux en prévision d’un coup, qui n’arriva pas. Un grondement fit vibrer le sol, dehors l’orage éclatait. « Relâchez-la et sans bavure. Nous te rendons la liberté. A toi et à ton camarade. Je le promets. » Le groupe d’éclaireurs n’avait pas le matériel nécessaire pour garder deux prisonniers ; un seul était déjà bien assez. De plus, la vie de Sigfrëli importait pour la moitié d’entre eux et par principe, ils ne pouvaient se résoudre à laisser l’un des leurs se faire tuer sous leurs yeux par prétexte de vouloir garder l’homme de métal pour les « Syramèdes ». Bernille n’avait pas compris jusqu’alors le jeu de la fille d’Ohibaan et une question persistait toujours dans son esprit : pourquoi diable avait-elle sauvé le tadryen ? Bernille attendit un signe de la part de celui qui dirigeait le duo et pour faire preuve de bonne volonté, invita les cinq derrière elle à se reculer jusqu’à rentrer dans un escalier en plongée. « Pourquoi ? » souffla Thaïs. « Ils vont la libérer. » - « On ne peut pas les laisser partir comme ça ! » Belegn qui n’était plus du tout à l’heure des blagues insista dans un chuchot qu’il souhaitait crier à la face du monde. « Sigfrëli est plus importante que tes envies Thaïs alors ferme-là. »  Bernille attendait maintenant un signe de leur bonne volonté, la voie jusqu’à dehors était dégagée.


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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Dim 25 Juin - 0:15

Zacharias hocha la tête aux paroles de la chef. Il était pleinement conscient que sa survie actuellement était une question de chance. Enfin, de ce que l'humain définissait comme la chance. Le Varoc avait toujours soutenu et cru dur comme fer que l'homme était l'artisan unique de sa chance. Mais, l'heure n'était pas au débat sur le sujet. Le captif savait également que Bernille disait vrai à propos de l'otage, mais il ne pouvait pas non plus blâmer Vallarin de ne pas l'avoir compris. De l'extérieur, son ami n'avait pas pu avoir tous les éléments pour savoir et Zacharias savait que Vallarin n'était pas dans son état normal. Il n'allait pas l'expliquer à Bernille qui ne voudrait au final même pas le croire, mais le Varoc savait que son ami n'était pas ainsi. Il goutait la guerre pour la première fois et c'était une expérience qui métamorphosait un homme. Zacharias avait confiance que le colosse saurait gérer les démons, mais il savait aussi qu'il était trop précaire pour qu'un faux pas soit permis. Un faux pas et la catastrophe était assurée. C'est pourquoi il appréciait le contrôle de la chef sur son groupe. Il la croyait et lui faisait entièrement confiance sur sa promesse.

« Vallarin, relâche là. » Il savait que son ami allait tenter de répondre. « Ne proteste même pas, je déteste avoir à te donner des ordres. Tu m'as toujours fait confiance, alors continue. Leur chef est sincère, elle nous laissera partir. Maintenant, tu relâches leur consœur et tu remets ton arme à l'étui. Devenir soldat veut dire accepter les démons de la guerre, ne les laisse pas décider à ta place. »

Le blessé regardait toujours Bernille, même s'il parlait à son ami. Il lui faisait confiance, oui, mais il voulait faire sûr que les chiens enragés derrière elle continuent de tenir les rangs en bon soldat. Si jamais l'un d'entre eux tentait d'agir, il avait peur de perdre le contrôle sur la situation et que le sang coule. Sans surprise, il entendit son ami relâcher la jeune femme et remettre son arme à l'étui. Même s'il était tous les deux égaux, Zacharias avait toujours exercé l'autorité d'un supérieur sur le doux médecin en devenir. À ce moment, il s'autorisa à tourner la tête vers la responsable de sa survie, qui avait émis ses doutes sur sa chance de retourner en vie à Tadryon. Il entendait le tonnerre lui aussi et savait que ce serait une épreuve difficile. Mais, il n'avait pas le choix, c'était impensable que les deux groupes cohabitent ici en attendant le beau temps.

« Sigfrëli? » Il perçut un faible hochement de tête qui confirmait que c'était bien son nom. « J'ai vécu toute ma vie parmi les blessures, les prédateurs et sans aucun toit pour me protéger de la pluie. Je ne suis pas né à Tadryon. Je ne mourrai pas aujourd'hui. Sois assuré par contre que je reconnais le rôle que tu as joué dans ma survie jusqu’ici. » Avec peine, mais faisant un signe à Vallarin exprimant son désir de ne pas avoir d'aide, il se releva sur ses pieds. « Il n'est jamais de lieux où l'on ne peut se faire d'alliés et il est des temps où des alliés insoupçonnés apparaissent d'un passé lointain. Le moment venu, je rembourserai ma dette. »

Libre à elle de le croire ou non, il s'en moquait. Il n'avait pas besoin que la jeune femme le croie pour savoir qu'il tiendrait sa parole. Peut-être qu'aujourd'hui elle pensait que tout cela ne mènerait à rien. Mais, Zacharias savait que la vie était une entité à l'humour étrange. Un jour, leur chemin allait se croiser de nouveau et ce jour-là, la vie remettrait le compte à zéro. C'était la même chose à l'égard du reste du groupe. Zacharias n'avait rien à faire de l'opinion de Bernille ou des autres à son sujet, qu'ils l'accusent de les manipuler juste pour sauver sa peau ou autre. Que ces Évolués pensent ce qu'ils veulent, Zacharias savait qu'il avait été sincère et honnête depuis le début de sa capture. D'un signe de tête, il pressa la jeune femme de rejoindre les siens, histoire qu'aucun des mouvements du duo tadryen ne soit mal interprété comme une tentative de s'en prendre à elle. Ensuite, il accepta subtilement du regard l'aide de son confrère et il remit son casque en prévision de la pluie. L'exosquelette n'allait pas les protéger ni efficacement ni longtemps, mais c'était mieux que rien pour le moment. « J'ai trouvé un abri beaucoup moins loin que les coordonnées initiales, Vallarin y a amené Samara. Je suis certain qu'avec assez de volonté, vous pouvez atteindre l'endroit à temps malgré l'orage qui débute. » Maintenant que les voix n'étaient plus audibles pour les Évolués, les IA pouvaient librement reprendre leur rôle d'assistance. Vallarin hissa son coéquipier dans l'ouverture qu'il avait emprunté en usant de sa force, puis grimpa à son tour. Les deux hommes regardaient le temps mauvais à l'extérieur, n'ayant aucune envie de mettre le pied dehors. Pourtant... il le fallait bien.

Le duo prit donc la direction de la cache où se trouvait Samara pour la rejoindre et s’assurer qu’elle était toujours là.
« La pluie n’a pas commencé, mais elle ne saurait tarder. Vous allez devoir passer la nuit à couvert, impossible de rentrer à Tadryon d’ici demain. » Zacharias ne savait pas si c’était une bonne nouvelle ou non. D’un côté, il n’avait pas envie du tout de passer la nuit dans le No Man’s Land. D’un autre, il n’était pas réellement pressé de fournir tous les efforts nécessaires pour revenir à Tadryon. En plus, une bonne nuit de sommeil allait faire passer une bonne partie de sa douleur et ses courbatures. Avec l’aide de Vallarin, le Varoc soutenu un rythme un peu plus rapide qui leur permit de se rendre à l’abri avant que la pluie ne tombe et ainsi préserver leur exosquelette. Une fois installé dans l’abri de fortune, Samara endormi à la chaleur d’un feu qui avait pris toutes les ressources du duo, les deux conscrits s’installèrent à l’entrée pour être prêts à réagir au besoin.

- Zach, t’as besoin de dormir.
- Je ne vais pas t’abandonner seul à surveiller l’entrée pendant que je dors.
- Je ne dormirai pas après ce que je viens de vivre.
- Très bien, je mets la sécurité sur mon Nixe et je ferme les yeux ici. Donne un coup de pied au besoin pour me réveiller.


Laissant sa tête reposée vers l’arrière, Zacharias ferma les yeux pour prendre un peu de repos, assis dos contre le mur, une jambe repliée contre son torse et son pistolet en main avec la sécurité enclenchée pour ne pas tirer un coup de feu accidentel. De son côté, Vallarin regardait les environs à l’affut du moindre signe de danger, le mélange de sensation de la dernière confrontation contre les Ohibaan bouillonnant encore dans son esprit.

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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Mar 27 Juin - 22:33

« De quelle dette parlait-il ? » demanda Belegn, quand les deux Tadryens s’éloignèrent du lieu dans lequel les fils d’Ohibaan étaient. « Je ne sais pas, je n’ai pas compris. » - « Une dette de vie. » - « Une, quoi ? » - « Un peu comme une promesse, tu lui as sauvé la vie, il pense qu’il te la doit. » - « Mais sa vie ne m’appartient pas. » - « Et ne t’appartiendra jamais, d’ailleurs. La Nature lui a offerte cette chance de repartir avec son camarade. » Sigfrëli se massa le cou endolori par la prise d’otage. La clef de Tadryon s’en allait et avec lui, l’espoir de savoir si Omin était dans leur cité. Bel effort, pensa-t-elle. Elle se sentit sotte, bête d’avoir essayé quelque chose d’inespéré. Une lumière blanche éblouit Sigfrëli, suivi d’un nouveau grondement qui frappa le sol. La pluie arrivait et avec elle, les problèmes d’un temps orageux sur les terres du No Man’s Land. Au loin, un nuage épais de poussière s’élevait dans les airs, là où la drache battait à flot. Un vent rafraîchissant balaya la crinière désordonnée de la fille d’Ohibaan qui décida de rentrer à l’intérieur afin de se protéger de la tempête qui arrivait.
 
Le vestige dans lequel ils s’abritaient, hébergeait également des fantômes. Le vent qui se faufilait faisait siffler les trous dans les murs, chassant des morceaux de taule anciens, frappant les corps fatigués des Sylves. Le rythme soutenu du courant d’air était accentué par le tambourinement des éclairs dans le ciel. La Nature déversait tout son joug sur les terres désertiques des Vestiges, abrasant les débris de son flot continu. Sigfrëli se serra au groupe, contre son frère. Ils avaient allumé un feu qui était entretenu chacun à leur tour selon un cycle défini par la chef Bernille. La fille du Hameau les regardait assoupis, seuls Thaïs et son frère étaient encore réveillés. « Tu devrais te reposer, Thaïs. » La fille d’Ohibaan la scruta avant de lui montrer son dos. Visiblement, elle était fâchée et ses raisons n’appartenaient qu’à elle. Dans la pièce d’à côté – car la leur était légèrement surélevée – une flaque importante se formait. L’eau de pluie allait jusque dans le vestige, descendant les escaliers telle une cascade. Sigfrëli se releva pour aller au seuil de la seconde pièce qui les abritait de l’orage et observa cette mare dans la première pièce, qui disparaîtrait dès que la pluie cesserait, avalée par le gouffre du vestige. «  Il doit y avoir un Lac, en-dessous. Si la pluie s’introduit ici et de cette manière, ça ne m’étonnerait pas. »
 
Il se passa deux jours ; deux jours qui furent interminables. Sigfrëli devait se tenir dans un coin tout du long pour éviter d’attiser la rage que Thaïs entretenait à l’égard des Tadryens car celle-ci, dès qu’elle ouvrait la bouche, ne faisait plus que mention du « regret qu’elle avait de ne pas l’avoir tué plus tôt ». En passant dans la pièce boueuse, la fille de Mäggrit fit attention au sillon et à l’usure de la pierre qu’elle n’avait pas vu plus tôt. Toutefois, cela devait être récent. Belegn et sa sœur quittèrent le groupe d’éclaireurs, repu. D’après Bernille, le premier groupe ne devrait pas tarder à arriver, l’embuscade devait toujours avoir lieu, malgré la rencontre avec les deux tadryens. Ils allaient toutefois changer d’endroit. Sigfrëli regarda une dernière fois le vestige qui derrière elle s’éloignait. Le mont donnait l’impression d’être encore plus avachi dans la terre. Autour d’eux, le paysage avait changé ; les pluies torrentielles avaient fait suinter la pierre. Quelques éboulis étaient donc à prévoir, les deux compères se tenaient alors éloigner des murs, de préférence au centre du chemin. Ils empruntèrent une route différente de la fois d’avant puisqu’elle était désormais ensevelie et de ce fait, la voie était dangereuse.
 

Ils avançaient entre les débris amenés par la pluie, désormais à moitié enfouis. La mousse verte qui logeait sur les décombres était encore humide.  « Sigfrëli ? » Ils s’arrêtèrent ; quelque chose avait attiré l’œil du guerrier, une sorte de bras métallique qui sortait du sol. « Quoi ? » Elle s’approcha. « On dirait un bras. Tu penses que la Nature sait faire des formes comme ça ? » - « Elle nous a bien façonnés. Pourquoi ne le pourrait-elle pas ? Un jour, j’ai vu ta tête dans un nuage, je n’ai pas été surprise. » - « Tu penses souvent à moi, c’est peut-être pour ça. » Elle lui frappa affectueusement l’épaule, pour l’obliger à continuer. Sauf qu’un même genre de métal, plusieurs mètres plus loin, sortait du sol. « Belegn, dégageons d’ici. Je ne crois pas que ce soient des débris. » En regardant tout autour d’elle, elle put apercevoir d’autres formes de la même espèce jusqu’à ce qu’elle voit le casque d’un homme de métal. Elle songea un instant aux deux Tadryens qui les avaient quittés deux jours plus tôt et se demanda si cela leur appartenait. Elle pressa le pas, emmenant avec elle par le coude son frère qui ne réalisait pas encore. Ils étaient en territoire hostile car Sigfrëli doutait sérieusement que cela puisse être le fruit des fils d’Ohibaan. Leur groupe était arrivé il y a peu et le second groupe, celui composé de guerriers, ne tarderait pas. Cela devait être dû à un prédateur des environs et chose qu’elle savait bien en ayant croisé le brotex plus tôt est que les bêtes du No Man’s Land, en plus d'être coriaces, ne quittaient pas facilement leur territoire. Ils se dépêchèrent dans une direction ; le sol était couvert par des fins tentacules végétaux à moitié enfoncés dans la terre boueuse. La fille d’Ohibaan n’avait pas encore vu une telle flore et ne la trouvait pas particulièrement agréable à regarder. Cela lui faisait penser à des veines terrestres, parcourant le sol. Une fleur, une unique fleur d’un violet fangeux trônait au centre de cette petite étendue. Les deux qui était déjà hâtés par la scène qu’ils avaient vu plutôt, passèrent à côté de la fleur, qui fut légèrement secouée par le passage. Sans y faire attention, elle se mit légèrement à briller. Toutefois, sa brillance était encore masquée par la boue. Sous les pieds de Sigfrëli, quelque chose bougea. Elle prit peur et s’agrippa au bras de son frère. « Je crois avoir marché sur un dolken… Ca a bougé. » - « Il n’y a pas de dolken ici, Siggy… » Et les deux n’eurent pas besoin de se regarder pour comprendre qu’il fallait courir.
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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Ven 30 Juin - 4:31

Les deux jours suivants furent horriblement longs et ennuyants. Consacrant ce temps et les ressources qu'ils parvenaient à assembler pour maintenir un feu, ils purent au moins garder leur abri à une température convenable. Les deux IA qui avaient choisi cet endroit pour le suggérer aux conscrits avaient également fait un choix judicieux, car le dénivelé de l'endroit faisait en sorte que l'eau ne s'accumulait pas et donc que l'endroit restait au sec. À un moment, les deux Tadryens durent repousser un Verorsh qui voulait réclamer l'abri et la nourriture qu'ils représentaient. Au final, les deux Tadryens le renvoyèrent d'où il venait et n'eurent plus de nouvelle de ce dernier. Ce qui fut le plus difficile fut de gérer la jeune femme qui était avec eux. Elle n'était pas une soldat et elle n'avait pas une endurance impressionnante non plus, ajouté au fait qu'elle était complètement anéantie de ce qu'elle avait vécu peu avant d'être trouvé. Heureusement pour eux, la jeune femme avait agrippé un des sacs de ses camarades pendant que Vallarin la sortait de force du territoire du Brotex, un sac qui contenait des vivres. Il n'y en avait pas suffisamment pour les trois, alors les deux Tadryens ne mangèrent qu'un maigre repas par jour et rationnèrent le reste en ne remettant que le minimum raisonnable à la jeune femme.

Ainsi, personne n'eut de plainte à formuler quand le soleil revint finalement et que la pluie cessa. Avec l'aide d'Eva et Chiron, le duo calcula un itinéraire pour rejoindre Tadryon et fut soulagé de savoir qu'il pourrait y être en milieu d'après-midi si tout allait bien. Conscient qu'il leur faudrait faire autant de route que possible sans arrêter pour quitter le No Man's Land et rejoindre la sécurité, les deux conscrits décidèrent que le prochain repas irait à leur arrivée à Tadryon. Ainsi, Zacharias et Vallarin prient un nouveau repas pour avoir le minimum nécessaire dans le ventre et laissèrent la jeune femme mangé à sa faim avant le départ. Le Varoc avait d'ailleurs plutôt bien repris de ses blessures. Il avait encore mal et se sentait toujours limité dans ses gestes, mais il savait qu'il vivrait. La visite à l'infirmerie n'allait pas être de refus pour autant une fois à Tadryon. Au moins, il était capable de marcher et courir, ainsi que de manier son P2-Nixe. C'était amplement suffisant pour réussir à quitter le No Man's Land. Une fois prêt, le matin déjà entamé, le trio éteignit le feu qui les avait maintenus au chaud et quitta l'abri pour prendre le chemin de Tadryon. Le duo avait été clair avec la jeune femme, hors de question de retourner vers son ancien campement retrouver les corps des morts. Un nouvel affrontement avec la faune locale aurait raison d'eux s'il continuait à tenter leur chance.

Vallarin avait insisté pour être devant et ouvrir la voie, jugeant qu'il était plus à même de faire face au danger qui pouvait surgir que son camarade blessé qui avait déjà fait sa part lors du combat avec le brotex. Zacharias fermait la marche et Samara était au centre pour être à la fois protéger et incapable de leur faussée compagnie dans son chagrin et son envie insensée de retrouver les siens morts dans le vestige. Tout en progressant, les deux conscrits se sentaient mal à l'aise dans le fait qu'aucun prédateur ne semblait tourner autour d'eux et tenter de s'en prendre à leur groupe. Le No Man's Land n'était pas réputé pour être un endroit hospitalier et le fait que le danger semblait absent avait toujours quelque chose d'inquiétant dans ce genre d'endroit. Zacharias avait bien fait de brefs séjours dans le No Man's Land avec les récupérateurs à de rares occasions, mais à chaque fois il y avait eu des indices de la présence de menaces potentielles. Là c'était comme si on leur avait dégagé la voie pour retourner à la civilisation, alors qu’ils n’avaient pas personne avec eux devant. Est-ce que les fils d'Ohibaan avaient décidé finalement de ne pas les laisser retourner chez eux et les attendaient en embuscade? Il fallait espérer que non, parce que l'issue ne serait pas à la faveur des Tadryens.


— Mouvement Zach.
— Où?
— Une heure trente, au sol.


Vallarin avait la main sur son arme, bien qu'elle soit toujours à l'étui, regardant la source du mouvement pour tenter d'e identifié l'origine. L'endroit où les Tadryens progressaient semblait envahi par des lianes en tout genre, semblables parfois à un amas de veine tissé ensemble, autant dans les airs que sur le sol environnant. Le vent ou des animaux progressant silencieusement hors de vue pouvaient être la cause du mouvement qu'ils voyaient. Pourtant, en se concentrant, les deux conscrits pouvaient voir du mouvement, mouvement induit dans les lianes qui juchaient l'endroit. Mais le mouvement n'était pas un mouvement créé par du vent ou par un déplacement suite à un animal. Comment est-ce que ce pouvait être possible. Zacharias jetait un regard à Samara qui était comme un zombi depuis leur départ et qui avait le regard complètement vide. Elle ne serait pas en mesure de réagir proprement à quelque menace que ce soit. En tournant la tête de nouveau vers l'avant, il vit clairement une liane bouger comme un serpent, un mouvement qui n'avait rien de naturel.

— Zach, Samara avait parlé de la Clivia ...
— Un végétal ...
— Sortez du No Man's Land aussi vite que possible.


Les deux soldats en devenir ne se firent pas prier. Vallarin attrapa la jeune femme et la chargea sur ses épaules. C'était sûrement inconfortable pour celle-ci d'être ainsi trimbalé sur un exosquelette, mais c'était mieux que de se faire tuer par une plante. Au pas de course, prenant une vitesse leur permettant de couvrir rapidement du terrain, mais pas suffisante pour les épuiser et les forcer à s'arrêter avant un bon moment, les deux hommes suivirent les indications pour retourner vers Tadryon en espérant pouvoir mettre fin à ce cauchemar au plus vite. Au final, le Varoc regrettait réellement de ne pas avoir suivi leur plan de base de se rendre chez ses parents pour profiter d'une belle journée avec eux. Ce n'était néanmoins pas le temps de pleurer sur son sort, il devait se concentrer à continuer de fuir vers la sécurité. Ce qu'il n'avait pas prévu toutefois, c'était de retomber sur le duo d'Évolué qui semblait eux aussi en fuite. Se figeant, les deux hommes portèrent la main à leur arme. Zacharias passa devant son ami qui portait la jeune femme qu'il tentait de secourir depuis 2 jours. Sans même devoir lui demander, Eva mit immédiatement la voix de Zacharias audible hors de son exosquelette.

« C'est les tiens qui ont décidé de nous tuer finalement ou bien c'est le No Man's Land qui veut notre peau à tous? »

(1 130 mots)
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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Ce qu'on voyait dans les magazines ♦ - PV : Zacharias Deost Lun 3 Juil - 1:04

Le barda qu’ils se trimbalaient dans le dos faisait du bruit et pas des moindre, emportant avec eux en plus de cela une charge qui nuisait à leur pas de course. Ils changèrent de direction, quittant la plaine où les « débris » humains gisaient enfouis sous terre. Sigfrëli manqua de trébucher sur une des veines qui parcouraient le sol, elle se rattrapa in extremis à son frère qui lui tendit le bras. Ils s’arrêtèrent, l’aînée reprenant son souffle. « Tu sais où nous allons ? » demanda-t-elle, à demi-penchée, les mains sur les cuisses. Elle se redressa. Le frère regardait autour de lui, indiquant soudainement une direction à suivre. Sigfrëli se fiait à son sens de l’orientation, elle n’était pas très douée pour se repérer dans un espace qu’elle n’avait jamais foulé. Le ciel était suffisamment dégagé pour qu’ils puissent voir le soleil encore timide, quelques nuages de mauvais augure se tenaient toujours non loin, indiquant probablement une suite à l’ondée des deux jours précédents. « Il nous faut retourner à la forêt. » - « Je sais. » Le sol bougea, Sigfrëli sauta sur place dans un petit cri suraigu car elle avait l’impression de marcher sur ces reptiles rampants, les dolkens. Son frère se pencha et plaça ses doigts sur l’espèce de liane qui couvrait le sol depuis plusieurs dizaines de mètres. « Tu sais ce que c’est ? » - « Non, mais c’est ce qui bouge. » Il sentait comme une petite pulsation dans la plante, dont les battements dépendaient d’un cœur inconnu et invisible. Brusquement Sigfrëli se retourna en ayant l’impression d’être caressé par un tentacule. Il n’y avait rien et pourtant, elle avait la désagréable sensation d’être épiée. Elle se mit aussitôt à courir, entraînant avec elle un appendice végétal.
 

Son frère la suivit aussitôt et les deux, pressés par l’événement, tournèrent une fois de plus dans ce dédale du No Man’s Land. Le sol était encore boueux, la terre n’ayant pas eu l’occasion d’absorber toute l’eau acide et polluée qui était tombée du ciel en un temps record. Ce qui arrêta Sigfrëli ne fut pas la rencontre avec les trois tadryens au détour d’un vestige, mais la chose qui lui tenait le pied. Son frère se braqua face aux deux hommes de métal dont il reconnaissait l’armure. Il protégea d’un bras sa sœur, sa hache dans le dos. « Belegn… » dit Sigfrëli d’une voix plaintive, pressant le bras de son frère. Elle ressentait de plus en plus l’étau de la plante autour de son pied. Ce n’était pas le moment qu’il réponde, il faisait face aux trois. Le lien qui maintenait Sigfrëli se raidit et la fille d’Ohibaan se retrouva face au sol, tête dans la boue. Elle s’agrippa à ce qu’elle pouvait alors que l’objet la tirait dans la direction des débris humains. La pauvre hère se débattait, criant pour appeler son frère. Le bougre abandonna son sac au tadryen, disparaissant dans le détour qu’ils avaient emprunté plus tôt, pour sauver sa sœur de ce qui la retenait. Il arriva rapidement à son niveau, la liane qui la halait n’était pas aussi rapide qu’un sprint humain. Il élança sa hache, insufflant majoritairement sa force dans ses hanches et coupa d’une précision nette l’appendice. Sigfrëli se releva et retomba, son pied était tordu. Belegn la força à se relever et vit rapidement ce qui allait les pénaliser. « Ca va aller… Ca va… » - « Siggy, grimpe et ne discute pas, nous n’avons pas le temps. » La traînée qu’elle avait laissée fut rapidement alimentée par l’eau des pluies acides que la terre contenait et chose étonnante : les veines qui parcouraient le sol se mirent à bouger. Le visage de la guérisseuse subissait à petite dose l'attaque de l'eau acide, ce qui la démangeait. Elle n'arrivait pas à s’en débarrasser à cause de sa manche boueuse. Ses vêtements étaient sales et elle devrait faire avec. Elle avait toujours son sac à dos. Belegn la prit sur ses épaules et repartit dans la direction des tadryens, passant devant eux. Il ne s’arrêta ni pour prendre son sac, ni pour les saluer, abandonnant des vivres et des biens pour sauver leur peau. Sigfrëli qui se tenait malgré elle au dos de son frère eut à peine le temps de crier un « PARTEZ ! », d'une voix saccadée, alors que son frère fonçait, le souffle court et le poids lourd, dans la direction qui -ils l'espéraient- les sauverait de l’inconnu. 

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