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 Le Tumulte de l'Azur - Event ♦ Cannelle

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Adam
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Message(#) Sujet: Le Tumulte de l'Azur - Event ♦ Cannelle Lun 19 Juin - 21:19

Cannelle

Inventaire
Arme ↂ Stylet de Manche

Mes prunelles s’ouvrirent sur le monde, chargées de toute l’appréhension que cet instant, figé dans le temps, m’octroyait. Une fenêtre sur un univers de souffrances ineffables, que les longues promenades au sein de l’alcôve ne m’avaient pas préparée à affronter. Si sûre de mes compétences et appétences, je me révélais poids mort au cœur de l’abîme. Un sentiment d’indicible incertitude et d’effarement semblait poindre au creux de ma poitrine. Je me relevais, prenant appui sur mes jambes frêles et tremblantes, rejetant ma crinière flamboyante derrière mes épaules aux stigmates dévoilés. Je ne m’étais pas préparée à la violence des affrontements, aux miasmes des exuvies décharnées, ni même aux borborygmes des condamnés. Mes phalanges serraient fébrilement l’objet de mon larcin, une arme sommaire empruntée à la cité azurée, que je peinais à utiliser à ma convenance. L’armature, qui enserrait mes côtes, mon plexus et tout mon être, m’alourdissait, et je maudissais les concepteurs de pareils engins de torture.

Elle apparue alors. Avec sa peau couverte d’arabesques exquises, sa chevelure flavescente, salie par la boue et le cinabre du sang. Elle brandissait sa hampe avec une fougue nourrie par une haine viscérale à l’encontre de Tadryon. Prisonnière de mon lourd carcan, qui se révélait fardeau, je faisais face à une destinée déjà toute tracée. A un destin, que je n’avais pas choisi. Mes paupières se scellèrent, tandis que j’acceptais mon sépulcral futur qui, tristement, s’esquissait.


Les draps caressaient l’écrin de ma peau, alors que je m’évadais enfin de ma torpeur. J’étirais mes membres endoloris, avant de m’extirper de la tentation de rejoindre à nouveau Morphée. La mansarde était loin de mon univers cossu, bien qu’elle dispose d’un charme pittoresque et d’un confort plus que convenable. J’entrais dans l’étroit bassin, goûtant la froide morsure de l’eau, qui déliait mes muscles de la rigidité nocturne. Un claquement sourd m’exila de mes songes aquatiques, un tapotement à la porte de mon éphémère chambrée. Saisissant un tissu spongieux, je dissimulais ma nudité aux yeux du monde, avant d’ouvrir à cette incongrue présence qui martelait le battant.

Dans l’encadrement, une silhouette familière s’esquissait. Le faciès bourru de l’homme qui m’avait amenée en ces lieux. Celui qui m’avait permis d’arpenter les rues de la cité azurée. « Les affrontements ont débuté. On a besoin de tout le monde ma grande, alors enfile tes plus beaux habits, il est temps de faire pencher la balance. » Mes lippes s’entrouvrirent un infime instant, avant de se refermer. Prise de court, je n’avais pas songé à la guerre qui sévissait, ni même à l’éventualité de me retrouver sur le front. Me sentais-je prête à guerroyer, alors que je paraissais sortir tout juste de l’adolescence ? Pourtant, mon goût pour la déraison l’emporta sur la clameur de l’abandon et j’hochais positivement la tête. « Je me prépare. Je te rejoints dans deux minutes, Lévi. » Mes doigts poussèrent doucement la porte, puis j’ôtais ma protection pour revêtir les atours de mon avenir. Des apparats simples, qui m’offraient une agréable liberté de mouvement. Sans plus de considération, je sortais de mon alcôve protectrice, rejoignant mon compagnon de circonstance.

« Tu vas devoir porter un exosquelette, si tu ne veux pas qu’on te remarque dehors. Prends ça aussi. » Lévi me tendit une arme à l’indicible aspect, que je recueillis à contrecœur. « Je l’ai subtilisée pour toi. Si tu te sens incapable de la manier, donne le change en la portant, au moins. » Le lourd fardeau pesait au creux de ma main et j’appréhendais de plus en plus la tâche qui m’incomberait. « Je ne me bats qu’à mains nues. J’exècre les armes, surtout celles-ci. Mais je donnerais le change, oui. » Nous arrivâmes dans une pièce circulaire, où nous attendaient deux armatures éraflées par les vicissitudes de l’existence. Lévi me fit un imperceptible signe du menton, tandis que j’approchais de ma nouvelle peau et la revêtait avec répugnance. « Je suis censée me mouvoir avec ce truc ? Comment font les Tadryens pour combattre efficacement avec ça ? » Quelques notes amusées brisèrent la tension palpable de la pièce, avant que le Songe ne me réponde d’une stance aussi claquante qu’un fouet. « Ces chers Tadryens sont surtout heureux d’être protégés à l’intérieur de ces petits bijoux de technologie, ma grande. Leurs armes ne les contraignent pas à user de leurs corps pour combattre. Là est l’avantage. » Il marqua une pause, tandis que je détournais le regard, interdite. « Maintenant, viens avec moi. Il est temps de rejoindre le tumulte de la guerre. » Je le suivais alors, ôtant mes doutes et mes absurdes aprioris. Il serait près de moi. Il m’épaulerait. Je le voyais invincible. Immortel. Seigneur, si vous saviez à quel point je me suis fourvoyée.

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Adam
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Message(#) Sujet: Re: Le Tumulte de l'Azur - Event ♦ Cannelle Jeu 29 Juin - 2:31

Cannelle

Le monde était une fresque déstructurée. Une montée fantasque vers les cieux éthérés de la démesure et de la désharmonie. Ces corps déliés, jonchant le sol, le poitrail perforé d’une flèche ou d’une hampe acérée, me tiraient des haut-le-cœur que je ne savais maîtriser. Mes prunelles voguaient sur ce théâtre décharné d’exuvies aux regards oubliés et à la respiration envolée. J’étais cet être égaré qui observait sans comprendre, poussé par la crainte et le dégoût, malmené par les fragrances pestilentielles des défunts en souffrance. A mes côtés, mon compagnon m’exhortait d’avancer, en pressant mon épaule d’une main gardienne, mais mon âme s’était figée devant les horreurs que l’humanité avait engendrées. Des flammes léchèrent mes phalanges pantoises, me tirant de mes songes introspectifs. Au bal de la mort, je refusais l’invitation. Mais la faucheuse a la maline appétence de se repaître des refus de ses obligés.

La cacophonie de la lutte nous cueillit de loin. Pétrifiée par les visions apocalyptiques du déclin de mon espèce, j’agrippais Lévi de mes doigts tétanisés. « Je n’en suis pas capable. Tout ça… Toute cette violence ! Ramène-moi ! Par pitié, épargne-moi tout ça ! » Je sentais le flux indomptable de mes émotions s’encanaillait de mes mires. Les barrières cédèrent, tandis que les larmes sinuèrent le long de mes joues, jusqu’à toucher terre. « Reprends-toi Cannelle ! On ne peut pas se tirer comme ça, ma belle. La guerre est à nos pieds, si tu veux rentrer, il va falloir te battre ! » Dans la tourmente, il s’était vu contraint de vociférer ses palabres, entre deux tirs de son arme létale. Une sphère roula jusqu’à nous, avant que je ne puisse répondre à sa tirade. Le Songe me poussa avec une force que je ne lui connaissais pas et je m’écrasais sur le sol avec violence. Une explosion retentit. Un son strident. Puis, le néant.


Je la voyais courir vers moi, cette chimère sculpturale. Cette fille de la nature, armée de sa férocité et sa lance affutée. Mon monde vacillait encore, sous le poids de la détonation. J’étais cet amas de chair, paralysé par la peur, mais irradiant la fureur. Qu’en était-il de Lévi ? Mes iris sondaient les alentours, cherchant vainement une trace de mon sauveur, en vain. Mon bourreau approchait, brandissant l’arme de sa volonté, abattant sur moi le glaive de sa justice vengeresse. Alors, je m’éveillais. Mon être se tendit à l’approche du tourmenteur. Mes jambes s’arquèrent naturellement et j’évitais l’arme assoiffée. Mes phalanges rencontrèrent la mâchoire de mon adversaire, l’obligeant à lâcher son bien le plus précieux. Mon coup, bien qu’adroit, manquait cruellement de brutalité et ma main irradiait une douleur virulente qui m’empêcha de poursuivre mon œuvre. Je courais alors sur le sésame de mon ennemie, refermant mes doigts encore valides sur le bois de l’objet, avant qu’elle ne s’en empare. Par instinct, je me tournais vers la dépossédée qui, sous l’élan, traversa la lance dans un borborygme apoplectique, en crachant une gerbe cinabre d’un sang délivré de son enveloppe. Les prunelles rendues folles par la souffrance et l’affliction de l’imminence de son décès, elle tenta de s’exprimer, sans jamais y parvenir. Après quelques sporadiques convulsions, elle exhala son dernier soupir, les mires voilées par un univers qu’elle ne contemplerait plus.

Mes genoux cédèrent sous le poids de l’évidence, sous la terreur de la réalité. Une nausée. Un relent. Mes paumes agressèrent la terre, tandis que mes ongles en grattaient la surface. Aujourd’hui, ce n’était pas que cette perdue, avide d’évasion et de nature, qui était morte. Mon âme l’avait suivie et les stigmates de cette blessure demeureraient indélébiles. Je suis cette créature esseulée, que la vie a maudite d’exister. Je suis le rejet de ce monde désaxé, de cette terre qui a cessé de tourner. Je suis l’abandon. Je suis cette muse et son dernier voyage. Je suis la mort.

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Adam
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Message(#) Sujet: Re: Le Tumulte de l'Azur - Event ♦ Cannelle Ven 30 Juin - 0:40

Cannelle

Sur moi s’écoulaient les flots de la renaissance. L’eau sinuait sur ma peau nue, sur mon corps libéré de ses parures et ses atours. La surface se teintait de pourpre, à mesure que l’on versait sur moi l’aqueux et salvateur liquide. On aurait pu me posséder, me prendre de force comme une esclave, couvrir ma chair de blessures, que j’aurais été exempte de toutes sensations. Quelque chose s’était brisé. Quelque chose d’aussi précieux que la vie. Je me revoyais, flageolante et haletante, déambuler comme une perdue au milieu des cadavres disloqués. Moi, la meurtrière aux mains couvertes de carmin, au faciès sali par la terre et la sudation, aux mèches dissidentes affublant mon front de lignes flamboyantes. Un espoir avait semblé poindre, lorsque je retrouvais mon compagnon. Un espoir vain, aussi futile qu’éphémère. Son visage m’apparaissait, sous mes paupières closes, dans les méandres diffus de mon esprit torturé. Mes phalanges capturèrent ma poitrine, puis mes épaules, tandis que j’hoquetais ma souffrance latente, déversant les dernières perles salées, que mon âme meurtrie était encore capable de donner.


J’exhalais un souffle laborieux, alors qu’un arôme indicible suintait de l’exuvie de ma victime involontaire. Ma léthargie avait pu durer des secondes, des minutes, voire des heures, tant la clepsydre du temps s’était figée après mon abdication. J’ouvrais mes prunelles sur l’enfer, ôtant le carcan méprisable de cette armure sordide que je maudissais. Je découvrais le théâtre sépulcral, de mon sauveur défiguré, à la respiration saccadée et aux mires affolées. Mes jambes me portèrent jusqu’à lui, éveillant mon âme jusqu’alors enfouie, par la certitude de sa mort aujourd’hui démentie. « Cannelle… » Les notes étaient chaotiques, sa voix déformée par la douleur et la morsure de la brûlure qui avait agressé sa gorge. « Ne parle pas. Je vais te sortir de là, tu… » Remuant la tête de gauche à droite, Lévi abandonnait à son tour. Peinant à conserver ses yeux ouverts, il esquissa un faible sourire. Un toussotement. « C’est fini ma belle. » Une exhalation. Un sursaut. Et le monde bascula de nouveau, alors que je sentais ses phalanges se raidirent sous les miennes. J’étais seule. Seule au milieu de l’immondice. Dans ce décor ineffable où le chaos est roi.


Elle devait être plus jeune que moi, celle qui versait des amphores d’eau tiède sur mon corps dénudé. Je la reconnaissais à peine, avec sa chevelure nouée et son visage inexpressif. Elle ne portait qu’un linge blanc, que la vapeur avait rendu transparent. Je devinais ses courbes, plus généreuses que les miennes, et chassais enfin les bribes de ma tourmente. C’était une Spectre, comme moi. Une qui n’avait pas cédé sous le poids de l’horreur. Une créature forte, qui parvenait même à venir me réconforter dans mes doléances amères. Mon corps se tourna, habitait par une appétence plus dévorante que les prédateurs d’Elysium. Mes phalanges cueillirent les hanches de la muse, qui avilissait mes pensées et balayait mon vague à l’âme. J’écrasais mes lippes sur la douceur des siennes, agressant son enveloppe de mes ongles, mordant sa peau avec une ardeur presque irrépressible. Je voulais ressentir quelque chose, n’importe quoi. Une once d’ataraxie, un semblant de contentement. Aucun palabre ne fut échangé et elle répondit à mon désir brûlant, chassant les maigres atours qui cachaient encore sa féminité. Je m’abandonnais de nouveau, sous les lettres de feu que ses lèvres traçaient sur mon être. Je n’étais plus qu’un rêve exalté, un songe éthéré. Au diable la mort et sa sordide finalité.

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