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 Atome de Parenté ♦ Sigfrëli & Nohaam

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Message(#) Sujet: Atome de Parenté ♦ Sigfrëli & Nohaam Dim 25 Juin - 20:33

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Si Nohaam se sentait mieux et qu'il ne voyait aucune raison à faire un nouveau bilan de sa santé, sa mère n'était pas du même avis. Eimiral, en plus d'être inquiète, ajoutait qu'il lui fallait remercier toute la famille Granpā. Nohaam s'imaginait bien les croiser dans le Hameau et pour cette raison, en plus de son côté introverti, ne se voyait pas frapper à la porte de chez eux. Mais il n'était pas désobéissant et comprenait les enjeux du geste. Il voulait à la fois rassurer sa mère et ne pas passer pour le sauvage du microcosme.

Après un réveil et une discussion foisonnante avec sa génitrice, le jeune Hädrim prit ses gants et son capuchon pour rejoindre la forêt. Le matin était à peine arrivé, l'air était encore humide et les nuages couvraient la totalité du ciel. Il fit une route très courte pour se rendre au pied de certains arbres en prenant soin d'éviter le territoire des prédateurs. Il mit dans sa poche une petite quantité de champignons. Aaramïrs et choums, le tout était présent en grande quantité surtout par ce temps où les ondées étaient communes. Nohaam prit le temps d'observer le ciel, les quelques nuages étirés devenaient de plus en plus épais et il n'avait beau pas être météorologue, il savait que la pluie était proche. Il s'empressa alors de récupérer le maximum de vivres avant de repartir, grimpant sans soucis aux arbres pour la première fois depuis ce qui lui semblait être une éternité. Ses gants lui permirent d'escalader les parois humides et d'atteindre le village en quelques dizaines de minutes avant de se mettre à l'abri, pensant que les intempéries feraient rage bientôt. Une fois dans son habitation il se mit à l'aise.

Son capuchon et ses gants retirés, posés près de l'âtre, il se mit à éplucher les quelques champignons, et préparant les choums comme sa mère lui avait appris. Il équeuta les aaramïrs avant de plonger leurs chapeau dans l'eau bouillante. Il s'en réserva un gros qu'il avala en un rien de temps. Il fit revenir tous ses ingrédients dans une huile de langue de feu, avant d'entreposer le tout dans un petit canthare à anses fines. Il regrettait n'avoir récupéré que peu, la portion suffirait pour tout au plus trois personnes. Mais Nohaam se retournant avait réalisé qu'il était bien trop tard, la pluie battante s'écrasait contre les arbres et une grande partie des habitants était rentrée chez eux. Eimiral voyant le spectacle alors qu'elle s'attelait à repriser de vieux vêtements se mit en quête de quelque chose au fond d'un rangement, près des outres et autres pots. Elle sortit une petite fiole dans laquelle était entreposée du pollen de deasparö. La fleur possédait en effet un goût inimitable et très raffiné, du moins son pollen. Un met assez rare et peu commun pour le jeune fils unique. Il n'en consommait que rarement, peu habitué à ses saveurs. La fiole qui tenait dans le creux d'une main serait en effet, un cadeau bien plus agréable pour la famille du docteur.

Nohaam n'avait pas véritablement souvenir de son intervention, de qui l'avait ausculté, ni même combien de temps, il était entre le monde des songes et celui des vivants, dans un état plus que second. Ses souvenirs étaient confus et sa mère, réservée sur le sujet ne lui en avait pas longuement parlé par la suite. L'ondée torrentielle était passée et désormais la pluie était plus calme mais toujours présente. Nohaam se mit à sa fenêtre, attendant avec espoir qu'elle se stoppe. Elle n'en fit rien, et en ce frais matin, Nohaam resta deux longues heures à lire ses livres contre la fenêtre, regardant de temps en temps le balais de sa fratrie qui allait et venait, le visage emmitouflé dans les capuchons, entre les gouttes.

« Tu sais que plus tu retardes ta visite, plus ce sera dur pour toi d'y aller Nohaam ! »

La voix de sa mère fit sursauter le jeune homme alors perdu dans ses pensées, les yeux vagabondant dans le vague. « Je vais y aller mais je veux attendre que la pluie passe. » Il savait très bien que ce n'était pas au programme de la journée, du moins pas de la matinée. « Aujourd'hui tu devrais faire avec la pluie fiston. »

Il se mit alors à regrouper ses affaires, le vase contenant la nourriture, la fiole contenant le pollen, ses gants, son capuchon. Il mit des chaussures de cuir, elles appartenaient à son défunt père, leur doublure permettait une certaine résistance à l'acidité de l'eau et, à en juger par l'âge qu'elles avaient, la matière était solide. Ses gants étaient restés trop longtemps près du feu, brûlants et très serrés, il mit plusieurs minutes avant d'enfiler le second. Quant à sa capuche, elle n'était pas la plus efficace pour cacher ses cheveux des gouttelettes. Alors qu'il passa la porte, il se mit à angoisser, comme honteux de n'apporter que ce mince tribut à la famille. Il ne les connaissait que peu, ne savait pas véritablement comment ils pouvaient réagir à sa venue. Leur maison était spacieuse, du moins c'est ce que pensait Nohaam, elle était suffisamment grande pour loger chaque enfant. Lui qui vivait uniquement de plein pied se mit à regretter son statut d'unique enfant. Il aurait aimé alors très petit, avoir un partenaire de jeu jusque tard dans la nuit, jusque dans sa maison. Mais il se dit que chaque chose pouvait avoir ses mauvais côtés. L'entrée de leur maison semblait aussi vivante que l'intérieur, les plinthes étaient parfois ornés de motifs sculptés, le tout semblait occupé, comme si à l'instar de l'arbre qui les logeait tous, leur demeure était un véritable écosystème.

Il cogna sa main fermée contre la porte, le bruit était audible sous la fine pluie mais ne donna pas de réponse immédiatement. Nohaam déjà nerveux se mit à penser que toute la famille pouvait encore dormir même si la matinée se rapprochait progressivement de son terme. Il imagina déranger, il se débarrassa alors de son plat sur le pas de la porte, déposa la fiole à ses côtés et voulu prendre la direction opposée. C'est au moment où ses cadeaux étaient sur le sol que la porte s'ouvrit. Gêné, Nohaam à moitié accroupi s'excusa d'avance : « Je suis désolé de vous déranger, bonjour, c'est pour vous remercier de vous être occupés de moi. »

Nohaam avait débité sa longue phrase sans même avoir relevé la tête et ses joues s’empourprèrent à grande vitesse, avant qu'il n'ait pu reprendre sa position verticale.

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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: Atome de Parenté ♦ Sigfrëli & Nohaam Mer 28 Juin - 1:01

La maison des Granpā avait toujours quelqu’un en son sein. Que cela soit la matrone du foyer ou l’une des filles de Mäggrit. Belegn n’était là qu’occasionnellement. A cause de sa formation de guerrier, il se retrouvait souvent à l’extérieur, dans la forêt, à surveiller divers endroits. Sigfrëli, Orani et Mäggrit partaient généralement tôt le matin pour assister les fils et les filles d’Ohibaan dans le besoin, dans divers coins du Hameau. Ce qui était certain, c’est qu’à n’importe quelle heure de la journée, la maison dans les arbres était toujours occupée.

La guérisseuse en devenir n’avait plus besoin de l’assistance de son père pour soigner les blessures superficielles. D’ailleurs Mäggrit était dans son « atelier » en ce moment même, loin sous terre, laissant ses deux filles soigner ceux dans le besoin. Ytole était revenu d’une longue excursion et avait subi l’attaque d’un animal craintif. Par précaution, Sigfrëli venait le voir chaque matin depuis une semaine pour prendre des nouvelles et soigner la plaie, remplaçant les bandages de la veille par un cataplasme de cotanie neuf. Lorsqu’elle eut terminé, l’éclaireur s’étira et se releva. « Tu ne te sens pas malade, ni fiévreux ? Cela ne te gratte pas ? » - « Non. » - « Eh bien je crois que c’est le dernier jour où je te rendais visite. N’hésite surtout pas à me dire si quelque chose d’étrange t’arrive, jusqu’ici si tu te sens bien, c’est qu’il n’y a peut-être rien de grave. » - « Merci Siggy. Cela te dirait, mais tu le gardes pour toi, de sortir à la tombée de la nuit ? Avec l’équipe de Vraac, on pensait faire un tour à l’arbre des morts. » - « Là où il y a la cascade ? » - « Oui, on a prévu de se baigner dans la source souterraine. Ça te tenterait ? Il fait tellement chaud. » - « Il pleut, Ytole, la pluie me suffit amplement. » - « Aller, ça pourrait être sympa ! Ça nous rafraîchirait. » - « Ce n’est pas interdit ? » - « Ce qu’Ohibaan ne voit pas, ne peut être interdit. On a tous besoin d’un bon bain, je pense. Ça nous ferait du bien, je te jure. » - « Hum, je verrais. Je ne sais pas. C’est quand même l’eau qu’on boit. » - « Ce n’est pas comme si personne ne l’avait jamais fait… C’est naturel. Et ne me sors pas qu’on souillerait l’eau. » Elle rit. « Vous en êtes bien capables bande d’enfants. Bon, je te laisse. » - « A tout à l’heure. » - « Peut-être. »

Bapti ouvrit la porte. Si c’était l’un des siens, ils ne se seraient pas dérangés à rentrer sans demander la permission. C’est là qu’elle surprit Nohaam, le jeune voisin. « Bonjour Nohaam. » Il était embarrassé, la mère des Granpā sourit comme pour le rassurer. Elle avait un visage chaleureux encadré par une fine chevelure blonde et courte et des yeux vifs. Son regard était jeune contrairement aux traits de son visage. Avoir mis au monde cinq enfants et en avoir élevé six auraient vieilli toutes les peaux du monde. « Je t’en prie, rentre. Ils ne devraient pas tarder, je ne vais pas te faire attendre sur le palier. Tu n’es pas pressé j’espère ? » Elle s’écarta du cadre de l’entrée pour laisser le soin au jeune homme de décider quand est-ce qu’il poserait le pas à l’intérieur. La première pièce était celle de l’âtre ; c’était une grande pièce à vivre. A droite de la porte, on pouvait distinguer un lieu où se poser tranquillement et où discuter. C’était également là où ils s’attablaient accroupis. Le sol était tapissé à certains endroits d’un fin matelas de rotin, couvert par des peaux de garges. Les rares meubles de la pièce étaient en bois massifs, pour tenir dans le temps. Plusieurs couleurs que la famille appréciait tel que l’orange et le jaune coloraient les endroits les moins bien éclairés la nuit. Elle l’invita à s’asseoir en lui désignant une place près de la table basse. « Melæ, descends dire bonjour. » L’une des benjamines, qui se trouvait dans un hamac juste au-dessus d’eux, se pencha. On ne distinguait que sa chevelure et sa mine. « Bonjour Nohaam. » Le plafond était haut, ce qui avait pu permettre à la fille d’Ohibaan d’installer son repère à elle. Elle était aussi blonde que sa mère et bien plus encore. Elle fit tomber le livre qu’elle lisait et usa de toute son agilité pour attraper une sorte d’échelle collée au mur. Elle descendit de cette façon. Une fois sur pied, elle exécuta un salut formel, reprit son livre et disparut dans l’une des pièces voisines. Melæ n’était pas la plus sociable des Granpā. « Ils ne devraient pas tarder. »

Quelqu’un rentra. Carlis était trempée jusqu’aux os. Bapti se tourna vers elle, inquiète. Mais la Muette qui s’apprêtait à parler vit l’homme installé. Elle défit sa cape et d’un pas rigoureux s’en alla dans la même pièce que Melæ. « Eh bien. » Bapti sourit de nouveau à Nohaam. Elle ne comprenait pas trop ses filles. « Veux-tu une tisane ? J’ai préparé de l’eau chaude. Il y a du sëater et des bleutées. C’est un peu fort en goût, mais ça revivifie. Sous cette pluie, nous en avons bien besoin. Souhaites-tu rester déjeuner avec nous ? » Bapti retroussa ses manches et prit deux céramiques qu’elle plaça sur la table. Elle amena le bouillon et en versa dans les deux verres solides. Il y avait les pétales et les graines qui flottaient à la surface. Le liquide très chaud était d’un bleu limpide. C’est à ce moment que Sigfrëli et sa sœur décidèrent de rentrer. Elles n’étaient pas aussi trempées que leur sœur Carlis, du fait d’une exposition moindre. « Papa ne viendra pas. » dit à bout de souffle Sigfrëli, qui n’avait pas encore remarqué l’invité puisqu’elle défaisait son vêtement. « Il nous a dit de te dire qu’il risquait de rentrer tard ce soir. » Orani qui avait remarqué Nohaam s’approcha. « Bonjour Nohaam ! Tu vas bien ? » Elle s’installa aussitôt à côté de lui. « C’est pour moi ça ? » demanda-t-elle. « Non, ce n’est pas pour toi. Prends ma tasse. » - « Merci maman. » Elle dégagea sa chevelure de blé à moitié mouillée et se gratta la joue. « Je n’aime vraiment pas la pluie, heureusement que nous ne sommes pas des plantes, n’est-ce pas ? » - « Siggy, je crois qu’il t’apporte quelque chose. » Elle ne s’était pas encore retournée mais avait compris qu’il était là. Après avoir défait sa cape, elle défit sa coiffure. De longues boucles épaisses dont la forme rappelait un dédale d’anneaux. Les mèches les plus petites frisottaient, imperméable à une quelconque discipline. La doctoresse en devenir finit par se retourner, accueillant le voisin du même sourire que Bapti. « Bonjour. » Elle s’approcha et se laissa tomber sur place, près d’Orani. Il avait une mine en bonne santé, un regard bien éveillé. Elle le connaissait peu et ignorait si sa mine était gênée ou simplement froide. Elle se souvenait de lui une semaine plus tôt, transporté en urgence par des Sylves pour un soin pressant. Le malheureux avait eu une grippe assez importante, dû au temps essentiellement et il avait fallu des moyens drastiques pour endiguer la violence du virus. Sigfrëli avait été bien sûr soutenue par son père lors de l’entreprise du soin du malade. C’était le premier qu’elle soignait d’une grippe de saison. Elle était un peu fière du résultat. Soudain, une odeur l’interpella. « Ca sent rudement bon, qu’est-ce que c’est, maman ? » Comme appeler par l’odeur alléchante, son ventre se mit à gargouiller. Elle avait terriblement faim. « C’est de Nohaam, Siggy. » - « Oh ? C'est vrai ? » demanda-t-elle à l'invité, intéressée. « Je vais mettre la table ! » s'écria Orani qui se hâta rapidement. Une nouvelle odeur s'élevait d'une marmite en fonte où Bapti cuisinait. « Vous allez devoir m'aider les filles, ce n'est pas terminé. » 


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Message(#) Sujet: Re: Atome de Parenté ♦ Sigfrëli & Nohaam Jeu 29 Juin - 16:51

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Comme pris entre deux feux, Nohaam ne savait plus où donner de la tête. Il avait franchi le pas de la porte avec l'hésitation et l'appréhension nécessaire pour accentuer son malaise. Il s'efforçait de sourire à la mère de famille mais était plus gêné qu'autre chose, son visage se fermait. Elle était pourtant très gentille à son égard et il reconnaissait en elle, une âme charitable et dévouée.

Si Nohaam pénétrait pour la première fois chez eux, ou du moins il ne se souvenait pas être rentré précédemment, il reconnaissait la demeure comme la leur, chaleureuse, fourmillante de vie. S'il essayait de ne pas regarder chaque coin de la maisonnée, c'est surtout pour ne pas passer pour quelqu'un d'irrespectueux alors il se contenta de prendre place là où on lui indiqua.

L'étranger qu'il était, regardait le balais des allées et venues comme subjugué. Il s'imaginait sa vie s'il avait eu une famille nombreuse, ses parents visiblement avaient eu quelques soucis à le concevoir, il était le seul que la Nature avait autorisé à sa lignée. Il répondit à la jeune fille qui descendait de sa place forte avec l'agilité d'un mumu en lui souhaitant une bonne journée à elle également. La pluie se faisait toujours entendre alors que la jeune fille quittait la salle commune à nouveau, accompagnée de sa lecture. Nohaam se retrouvait un peu en elle ce qui le fit sourire du coin des lèvres. Le silence se fit, rendant la scène encore plus gênante pour le jeune garçon qui essayait de prendre encore moins de place sur son siège. Il voulait se faire invisible, ne pas rompre les habitudes de la famille. Lorsque de nouvelles entrées se firent dans la pièce où il faisait bon vivre, Nohaam était simple témoin avant que l'on ne lui pose quelques questions. Il accepta la première proposition en éludant la seconde. Il ne voulait pas forcer la table à s'agrandir pour lui. Quant la mère revint avec le doux liquide qui embaumait la pièce d'une odeur réconfortante, il se mit enfin à déclamer plus de trois mots à la suite : « Mais je ne vous ai pas apporté ce petit rien pour le manger à votre place. Je sais que c'est trop peu pour toute la famille... »

Ses mots furent interrompus par de nouvelles têtes. Nohaam masqua sa gêne en avalant une gorgée encore incandescente du breuvage avant de regretter son geste et d'essayer de rester présentable, respirant discrètement par sa bouche entrouverte. Il posa la tasse qui lui échappait presque des mains tant elle était chaude avant de répondre à nouveau par de simples paroles.

Sigfrëli faisait enfin son apparition, Nohaam était familier d'elle. Même s'il ne la connaissait pas, sa douce carnation et ses jolis traits n'étaient pas étrangers aux yeux de l'invité. Il se sentait un peu mieux. Elle semblait conquise par l'odeur de sa préparation ce qui lui donna du baume au cœur. Après avoir salué la jeune fille il prit la parole de nouveau. « Je pensais devoir t'apporter un petit quelque chose pour la dernière fois, je pense que tu t'es occupée de moi quand j'allais mal. »

Le jeune garçon était de trop surtout lorsque la chef de famille interpella ses rejetons pour l'aider à préparer le repas. Nohaam regrettait d'être passé si tard dans la matinée, si proche de l'heure du déjeuner. Il proposa une paire de bras pour les aider. Si Bapti refusa de prime abord, Nohaam, une fois sa tasse terminée se montra insistant. Il découpa alors quelques herbes, expliqua qu'il fallait seulement réchauffer sa mixture et indiqua que le contenu de sa fiole servirait si jamais ils avaient l'occasion de fêter quelque chose. Sa tasse était déjà débarrassée par le nombre de petites mains qui s’affairaient à l'ouvrage.

Lorsque ces dernières mirent sur le feu de la chair animale, Nohaam déclara ne pas en vouloir, attisant la curiosité de la jeune Orani qui, bien que joviale, grimaçait à l'idée de se priver d'une telle ressource. La table était dressée, tout le monde était en place, les plats remplis, le tout se fit d'une rapidité effarante pour Nohaam qui était de plus en plus commode en leur compagnie. Il se mit même, pendant le repas copieux, à parler un peu de plantes, de livres, de diverses choses qu'il aimait. Il finit son assiette avant d'aider à la restauration de l'endroit avant la venue des estomacs creux. Une fois de plus Bapti ne voulait pas de l'aide du jeune homme qui souhaitait se montrer comme un invité irréprochable. Alors que tout le monde allait retourner à ses occupations, Nohaam prit son courage à deux mains et prit à parti son aînée aux cheveux sauvages. « Je tiens à te remercier Sigfrëli, je sais que tu t'es occupée de moi avec ton père certainement, je t'avoue ne pas me souvenir de grand chose, j'ai l'impression d'avoir fait un mauvais songe éveillé... »

Nohaam tentait de sourire au maximum et d'effacer sa timidité, entouré par un grand nombre de paires d'oreilles. « J'aurais tant aimé que quelqu'un comme toi m'enseigne un jour l'art de soigner les autres ! »

Les yeux de Nohaam scintillaient alors d'une certaine jalousie saine. Il aurait véritablement rêvé être aussi talentueux qu'elle à son âge. Aussi reconnu quand une quelconque discipline. Son père avait un renom qui dépassait la cime des arbres et elle n'était pas exempte de cela. Nohaam eut du mal à la fixer dans ses doux yeux rendus encore plus profonds par le noir de ses cheveux. Si il n'avait pas véritablement de souvenir d'enfance en sa compagnie, il ignorait également tout d'elle. Il savait que la famille l'avait recueillie et élevée comme l'une des leurs, avec un amour qui sautait aux yeux. Il aurait aimé pouvoir partager des souvenirs enfantins afin de briser la glace qui semblait embuer les quelques phrases que Nohaam s'autorisaient. Bien que le garçon savait suffisamment parler, il n'était pas doué pour créer des liens. Maladroit mais bon comme il se voyait, un peu trop vieux pour être un enfant, un peu trop jeune pour être adulte. Il la regardait avec respect et l'imaginait à des myriades de lui dans la hiérarchie qu'il était seul à s'imposer.

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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: Atome de Parenté ♦ Sigfrëli & Nohaam Dim 2 Juil - 22:16

La fille d’Ohibaan se releva sur les genoux pour observer les présents que le fils des Hädrim apportait. Il était question d’un plat, de quelques fioles contenant certainement des choses aussi distinguées que ce qu’elle pouvait sentir à l’instant et d’autres surprises qui n’en finiraient par de l'appâter. Elle l’en remercia, se redressant pour aider sa mère. Ils cuisinèrent côte-à-côte, Bapti accepta les mains précieuses du garçon et le laissa la conseiller. Sigfrëli découpa les légumes un peu différemment, tandis qu’Orani s’affairait à cuisiner la viande dans un plat à part, puisque Nohaam n’en consommait pas. Une fois que les estomacs crièrent à l’unisson une appétence commune, tous se mirent à table. Carlis et Melæ réapparurent comme par enchantement, s’asseyant avec le reste. Le repas fut nourri par des conversations liées à Belegn et sa formation de guerrier, aux aléas de la nature et du temps, aux prochaines prévisions. Elles évitaient naturellement de parler de Junior, qui avait disparu et des Tadryens. A la table des Granpa, il était hors de question d’amener des sujets fâcheux pour taire la convivialité des lieux.
 
A la fin du repas, Nohaam fut le seul à se relever en même temps que Bapti. Sigfrëli lui tendit à plusieurs reprises les plats terminés et les couverts, avant de reprendre une position confortable sur le coussin. Elle étendit ses jambes sous la table, plaça ses mains en arrière et soupira. Sa mère préparait une nouvelle infusion pour aider à la digestion. Orani était déjà couchée à côté de la table basse. Carlis repartit dehors et Melæ reprit son bouquin qu’elle alla lire sur le hamac tranquillement, grimpant paresseusement l’échelle. L’aînée des Granpa écouta l’invité, la tête dodelinant après avoir bien mangé. Son estomac lui demandait de l’énergie afin de digérer la viande chassée. Elle posa son regard d’un vert foncé sur la crinière coiffée de Nohaam, descendant le long d’une mèche soigneusement décorée pour aller planter ses yeux dans les siens. « Et ce cauchemar te hante encore aujourd’hui ? Nous pouvons en discuter. » Elle était détendue, du moins, elle le paraissait. Elle finit toutefois par se redresser, passant ses mains sur le pantalon qui lui couvrait les jambes. Quelques tâches l’ornaient, preuves de son travail auprès des autres fils d’Ohibaan. Le jeune homme avait plusieurs fois fait l’ébauche de sourires qui auraient pu être radieux si le voile de la gêne ne les couvrait pas tous deux.  « Peux-tu me passer ta main, s’il te plaît ? N’importe laquelle. » Elle attendit qu’il lui tende le membre si fragile pour le prendre dans les siennes, l’enfermant. Ses yeux étaient toujours centrés vers son regard à lui, avant qu’elle n'observe ce qu’elle avait dans les mains. Elle découvrit ce qu’elle cachait, paume face visage. Ses doigts étaient longs, les tendons musclés. Quelques égratignures et autres cicatrices agrémentaient le sillage de ses lignes. Sigfrëli déposa son index dans la paume. « Papa dit souvent que les mains représentent la personne qui les porte. Tu as l’air d’être quelqu’un de minutieux, Nohaam. » Elle parcourut une première ligne, la plus centrée et remonta sur le bout de son majeur. Elle retourna délicatement la main qu’elle tenait dans la sienne. Ses ongles étaient d’un vert chlorophylle, très courts. L’aspérité du bout des doigts était due à son travail très certainement convaincant avec les plantes. « La Nature t’a choisi pour être son traducteur et son guérisseur. » Elle replaça correctement sa main, comme il le lui avait tendu et ferma délicatement ses doigts en y apposant sa paume. « Tu serais sans doute un très bon soigneur, Nohaam, si tu persistais dans cette voie. Si tu es capable de comprendre les engrenages qui nous lient à Elle, nos corps et nos fardeaux deviendraient alors aussi compréhensifs que des jeux d’enfant pour toi. » Elle lui rendit ce qui lui appartenait. La femme n’avait jamais été très douée pour traduire la nature et sa faune. C’était une de ses principales tares en tant que future guérisseuse et son nez tordu en était une preuve éloquente. « Tu n’as rien à envier aux autres. » Et surtout pas à elle.
 

Bapti amena enfin la boisson chaude dans un silence reposant, qui s’était installé. Elle reprit les tasses et versa un peu de sa préparation avant de s’asseoir. Sigfrëli patienta, soufflant plusieurs fois sur la vapeur qui ondulait dans l'air. Orani dormait profondément et dans un rythme ensommeillé, Melæ tournait les pages de son ouvrage captivant. 

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Message(#) Sujet: Re: Atome de Parenté ♦ Sigfrëli & Nohaam Lun 3 Juil - 12:41

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Elle lui touchait les mains, il ne put réprimer un sourire et un frisson qui parcourait tout son corps. Il ne manquait pas d'affection pourtant dans son logis, sa mère était aimante. Mais cette fois, ce n'était en rien pareil, la jeune femme était impressionnante, du moins pour lui, elle caressait ses mains d'une peau douce et encore enfantine. Nohaam quant à lui n'était pas si fier de ses griffes qu'il abîmait à la tâche. Il ne se savait pas minutieux, il ne se savait pas capable de tout ce qu'elle prétendait lire dans ses lignes de main, il l'imaginait un peu trop gentille, peut être par politesse. Mais Nohaam ne l'imaginait pas mentir, elle lui semblait sincère.

Le fils unique n'imaginait plus son cauchemar, l'ambiance de la maisonnée était tout à fait reposante. Il se sentait comme irradié d'une lueur invisible, qui lui réchauffait l'esprit et séchait ses larmes futures. Il connaissait enfin la définition du mot réconfort.

S'il n'avait pas souhaité être médecin au fond de lui, c'est parce qu'il se savait trop peureux, redoutant trop de faire mal, trop nerveux, pour le dur labeur de guérisseur. Mais il l'aurait voulu, ce n'était pas véritablement la fonction qui faisait défaut à sa vie, il se contentait d'être en paix avec les plantes et de les regarder évoluer. Non, ce qui lui faisait véritablement défaut, c'était tout ce qui allait de pair avec cette dite fonction. Un calme à faire pâlir les animaux les plus sauvages, une concentration à toute épreuve, un sommeil qui ne s'arrêtait pas au simple rappel de la vue du sang.

Nohaam depuis qu'il avait ôté la vie, même d'un envahisseur, d'un profanateur, ne dormait plus si bien, la fièvre qu'il avait contracté était certainement une conséquence résiduelle de cette évolution. Le garçon devenait de plus en plus homme, de plus en plus au contact de la dure réalité de la vie. Il se saisit de la nouvelle tasse à peine lavée et déjà remplie d'un liquide à l'odeur alléchante.

Soufflant par mimétisme sur son bock, il faisait tournoyer la vapeur qui s'en échappait, créant ainsi de jolies volutes qui se terminaient dans l'air ambiant de la demeure aux mille parfums. Il ne prit pas la parole de suite, mesurant alors ses mots, tentant d'être un convive à la discussion animée. S'il soufflait encore sur sa tasse, cette fois, il se décida à prendre une douce gorgée qui semblait à elle seule, être médicament.

« Je sais ne pas être fait pour soigner les gens, j'aurais aimé, mais je suis tellement peu sûr de moi. »


Il reprit une gorgée comme pour masquer sa gêne d'avoir prononcé la vérité. De sa main libre il remit ses cheveux en place, disposant les mèches dans un désordre organique, qui lui allait plutôt bien. La gorgée lui brûla la trachée, le faisant respirer un peu plus intensément.

« Je ferai alors mon possible pour m'occuper de la Nature comme je peux ! »

Il se mit à sourire, comme pour la remercier de ses mots dénués de toute la méchanceté qui gangrenait le monde actuel. La mortification des bonnes manières ne semblait pas affecter Sigfrëli qui, de son doux visage, exprimait quiétude, relaxation et apaisement. « C'est ce dont tu as toujours eu envie de faire ? Je veux dire, soigner les gens ? »

À peine une réponse prononcée, Bapti qui faisait des allers-retours, annonça aux plus jeunes que la pluie venait de cesser son activité. Nohaam regarda par les quelques orifices de la bâtisse pour confirmer les dires de la mère de famille. Le soleil se faisait timide, encore bloqué par de nombreuses formations nuageuses menaçantes pour certaines. Nohaam plongea son regard dans celui de sa partenaire de discussion, avant de s'éclaircir la gorge pour lui faire sa demande : « Tu as prévu quelque chose maintenant ? Veux-tu aller avec moi profiter d'un bon bol d'air frais ? »

Si le temps était encore humide la température semblait acceptable, Nohaam ne voulait pas demander un nouvel examen de sa santé physique, il se sentait suffisamment bien pour affronter le dehors sans la permission de qui que ce soit. Lui qui ne pensait pas s'attarder chez ses voisins, voyait le temps passer plus vite que lorsqu'il dormait. Regrettant déjà, de n'avoir pas été aussi à l'aise que maintenant.

C'était elle, d'un naturel à couper le souffle qui avait fait fondre cette glace qui gelait le visage de Nohaam et crispait ses mots. Loin d'avoir le pouvoir d'arrêter la pluie, Nohaam se dit que la Nature, lui montrait à nouveau quoi faire. Pour lui, tout n'était que symbolique quasiment divine. Le soleil qui venait éclaircir le ciel chargé, n'était que la manifestation de la Faiseuse de Monde, qui s’enorgueillissait des bonnes action du jeune homme. Il avait fait bon de venir chez eux, de leur offrir quelques vivres, de fonder des liens avec eux. La Nature le lui rendait bien.

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Sigfrëli
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Message(#) Sujet: Re: Atome de Parenté ♦ Sigfrëli & Nohaam Ven 7 Juil - 3:15

L’aînée regardait sa mère qui passait, toujours affairée à une tâche, sans jamais briser la conversation qui avait lieu. Sigfrëli l’observait, puis ses yeux se perdirent quelques secondes dans les mires abyssales de l’invité. Une barrière infime l’avait gardé captif des années loin de la maison familiale des Granpa. Etonnant, pensa la fille du Hameau, qui trouvait pourtant dans l’homme en face d’elle une quiétude naturelle et une conversation agréable. Elle regrettait presque qu’ils ne soient pas proche, qu’ils n’aient rien partagé dans l’enfance. Ils étaient voisins mais inconnus, comme si deux mondes les avaient toujours séparés, jusqu’à ce qu’une malheureuse grippe l’atteigne. La Nature avait de drôles de façons d’organiser les rencontres mais Elle avait ses raisons et Sigfrëli se devait de les ignorer. Alors elle profitait, acquiesçant compréhensive lorsqu’il parla de confiance en soi. Souriante lorsqu’il s’exclama. Redressant la tête lorsqu’il lui posa une question, portant la céramique aux lèvres pour s’en abreuver. Le liquide était brûlant mais étrangement satisfaisant. L’odeur forte de la concoction monta au nez. Elle lui répondit en se massant l’arête nasale abîmée.

« Je ne me suis jamais posée la question. » Sa mère fit l’état du dehors, annonçant la fin du climat pluvieux. Elle coupa la réponse de sa fille alors qu’elle s’apprêtait à accepter la proposition de Nohaam. « Elle soignait déjà des insectes quand elle était petite. » dit Bapti, qui avait entendu la question. Ses parents pensaient qu’elle allait devenir une zoologiste car jusqu’à l’accident avec le Garges, Sigfrëli était proche des animaux. « Un jour, elle nous a ramené un Adaish repu et gorgé de sang, elle pensait qu’il était malade. » Bapti rit tandis que Sigfrëli sourit, baissant la tête vers la tasse. Sa carnation empêchait qu’on distingue une quelconque gêne. Elle n’était pas familière qu’on raconte un souvenir auquel elle n’avait plus d’attache tant l’écart temporel avait creusé la mémoire. « Et la fois où Carlis était tombée ; Siggy lui avait posé de la boue sur la plaie, ce qui l’avait aggravé. » Melæ s’y mettait. Refusant le jeu du plus mauvais souvenir, la jeune femme se défendit. Elle prit un coussin qui trônait à côté d’elle et le balança sur le hamac qui les surplombait pour faire taire l’intruse. « Tu peux parler. » - « La violence est la réponse de l’imbécile. » - « Descends de ton perchoir l’Irvam. » Elle se redressa, abandonnant la préparation de sa mère à moitié finie. La querelle était déjà terminée puisqu’elle cherchait des yeux des outils pour la coiffure. Sa chevelure était désordonnée, certaines parties étaient cotonneuses et volantes tandis que d’épaisses boucles bloquaient sa nuque. « Je reviens, attends-moi. »

Elle trouva le nécessaire et sa mère se présenta pour l’aider. Elle revint à côté de Nohaam et dut s’asseoir pour que Bapti la coiffe ; l’aînée était grande, elle dépassait sa mère d’une tête. « Nous pouvons aller vers la place du Pendillier. Je dois aller voir un enfant dans l’après-midi mais je préfère le faire au plus tôt, puisque la pluie s’est arrêtée. Souhaites-tu m’y accompagner ? Nous nous baladerons ensuite. » proposa-t-elle alors que sa coiffeuse préférée s’affairait à tresser sa fille d’une unique natte collée depuis le haut du crâne. Elle serrait si fort qu’elle baladait la tête de Sigfrëli. « Tiens-toi droite. » ordonna-t-elle. L’aînée des Granpa pencha la tête en avant, cessant momentanément de bouger, les yeux rivés sur la table en bois.

La fille d’Ohibaan se redressa une dernière fois, Orani dormait toujours. Melæ lui envoya le coussin sans crier gare qu’elle se prie en pleine figure. Elle rouspéta par onomatopées mais ne répondit pas, lançant au sol l’objet moelleux. Les vêtements en cuir de garges étaient secs et par précaution, elle remit ses gants et sa cape. Une protection n’était jamais de trop. Le temps était capricieux. Elle se retourna pour voir le voisin et l’invita à sortir dehors en premier. Elle prit en dernier le sac qu'elle se promenait et qui contenait le nécessaire pour soigner les cas réguliers. Elle salua sa mère d’un geste de main, promettant de ne pas revenir trop tard le soir. On craignait l’Hanaamu, il n’était jamais de bon ton de rester toute une nuit loin d’un abri, même dans le village protégé. La comptine qui mettait en garde les enfants demeurait à l’esprit. Sigfrëli la chantonnait alors qu’ils sortaient de l’Antre des Granpa.

Il y avait dans l’atmosphère l’odeur de la lisière et de terre mouillée, typique d’un lendemain d’ondée. Les premiers rayons étaient revigorants. Les planches de bois étaient glissantes malgré l’usure, il fallait faire attention dans les escaliers. Sigfrëli posa une main sur la rambarde et chassa chaque goutte, lissant l’humidité.
« Nohaam, tu as toujours eu envie de soigner la Faiseuse ? Si tes ongles ne trompent pas, tu es familier avec les plantes. » Elle avait déjà entendu parler de ses capacités et sa main le prouvait car le corps s’adapte au contexte. Elle l’enviait d’une certaine façon puisqu’elle-même se sentait incapable d’être aussi proche de la faune et de la flore. Elle en avait des connaissances mais elles étaient limitées, faute de temps dirait-elle si elle y croyait vraiment. Une différence de talent et de passions les gardaient à un écart respectif et respectueux l’un de l’autre depuis tout ce temps, même si son père insistait sur l’importance de comprendre l’environnement. « Si tu es autant à l’aise que moi pour les corps que moi je le suis pour les plantes, je comprends ton malaise. Je ne crois pas cependant qu’on puisse ne pas être fait pour quelque chose… Je veux dire, on choisit. Je pourrais en parler à Mäggrit, si jamais tu es curieux d’étendre tes connaissances… Ce n’est pas impossible. »

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Message(#) Sujet: Re: Atome de Parenté ♦ Sigfrëli & Nohaam Mer 12 Juil - 9:47

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Le jeune homme répondit favorablement pour se rendre sur la grande place, même s'il ne voulait pas être un poids pour elle, un fléau qu'elle tirerait au pied comme un boulet accroché à une chaîne. Une fois dehors après les préparatifs terminés, Nohaam prit le temps d'apprécier l'air frais, d'en respirer une grande bouffée et de se remémorer la beauté de la Nature. Il avait répondu à Sigfrëli qu'il n'avait pas toujours voulu soigner quoi que ce soit, du moins qu'il ne se sentait pas à la hauteur et que, s'il était passionné des végétaux, c'était certainement parce que l'Insoumise en avait décidé ainsi. C'était vrai qu'il n'avait aucune explication, son père était un amoureux de la vie au grand air et de la flore mais, ce genre de choses n'étant pas forcément héréditaire, il n'avait aucune raison formelle de l'être.

Il ne s'était du moins jamais posé la question. Il redevenait gêné depuis la remarque sur ses doigts, quelque peu incommodé et honteux d'avoir les ongles incrustés de fibres végétales et le bout des pouces un peu abîmés par la cueillette. Il essayait alors de cacher ses mains du mieux qu'il pouvait, tenant lui aussi la rambarde.

Puis vint une nouvelle proposition, aussi douce que le thé qu'il avait bu à plusieurs reprises une fois dans la maison. Bien entendu qu'il aurait aimé recevoir un entraînement dans des capacités qui auraient été utiles pour le bien de tous, mais en compagnie d'un aussi éminent membre de la communauté ? Certainement pas pour lui, il aurait mal au ventre une semaine avant le rendez-vous prévu, serait blafard, livide, trop effacé, maladroit et la liste était longue.

« Mais toi, tu pourrais m'appendre ? »


C'était le seul moyen pour lui d'esquiver un minimum la véritable question. Il reprit avant de ne plus rien avoir à dire sur le sujet : « De toute façon, je ne serai pas très doué, je préfère t'assister en t'apportant ce dont tu as besoin ! »

Si le timoré garçon passait une nouvelle fois la main dans ses cheveux c'était pour se donner une consistance, marchant à côté d'elle il se sentait impuissant, dénué de charisme. Elle était grande et belle aux yeux du garçon qui appréciait véritablement sa compagnie, il voulait faire bonne impression, bonne figure et ce n'était pas une mince affaire pour lui. Bien entendu il avait déjà sociabilisé, mais les mauvaises habitudes ne se chassent pas aussi facilement que les mumus.

Le soleil fit une rapide apparition très nette, sortant de son manteau de nuages pour taper en plein visage du petit couple, qui arpentaient le sol encore humide en direction de la place. La température augmentait peu à peu et ce n'était pas un mal, il commençait à faire bon, agréable, la petite brise ne gênait plus, le faible courant d'air faisait chantonner les branches des arbres.

« Tu ne trouves pas ça beau toi ? Enfin, tout ce qu'il y a autour de nous ? »

Nohaam était encore parti ailleurs, dans son petit monde de rêverie éveillée, essayant de comprendre le langage des feuilles entre elles. C'était forcément cela le vœu secret qu'il terrait au fond de lui, être capable de communier totalement avec son environnement, le comprendre totalement.

« Je peux te poser une question un peu indiscrète ? De toute façon, maintenant que je t'ai dit ça, je n'ai plus qu'à me lancer. Alors je me lance. C'est ta sœur qui est portée disparue ? »

Nohaam avait entendu parlé de pas mal de choses dans le village et la recherche de l'une des Granpā n'avait pas manqué d'attiser sa curiosité. Il avait de la peine pour elle, il avait de la peine pour toute la famille en réalité. Nohaam avait tenté de mettre les formes à ses mots quelques peu durs à entendre. Du moins il avait imaginé avoir un minimum de rhétorique et ne pas briser l'ambiance de cette journée qui s'annonçait bien meilleure depuis l'heure du repas.

« Tu sais, tu n'as rien à me dire au final, je ne t'en voudrais pas, et puis c'est à moi d'apprendre à garder mon nez dans mes affaires. Excuse-moi »


De nouveau gêné, Nohaam jeta ses yeux sur ses chaussures, avant de mettre la main sur l'épaule de la jeune femme, comme pour lui faire signe qu'il ne voulait pas attiser une quelconque douleur. La place était presque devant eux, au moins ils auraient de nouveaux sujets de conversation prochainement, le fils unique l'espérait tout du moins.

753 mots

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Message(#) Sujet: Re: Atome de Parenté ♦ Sigfrëli & Nohaam Mar 25 Juil - 11:56

La discussion tournait autour de l’apprentissage. Sigfrëli était encore une élève, toutefois, il était possible qu’un jour elle devienne également doctoresse, comme son père. Elle l’espérait, suite à neuf années d’études consécutives au près du Shiräsa Mäggrit, son dernier Envol était proche. Néanmoins, comme le patriarche des Granpa aimait à le lui dire, la Nature serait par la suite son unique professeur ; selon lui, l’apprentissage ne se termine que lorsque le dernier soupir signe la Vie.   
« T’apprendre ? Si la Nature me le permet et si Elle m’en a donné les outils, pourquoi pas. Ce n’est pas impossible… Oh, c’est une idée. Nous sommes toujours plus efficaces à plusieurs. Les Syramèdes travaillent par pairs, il me semble. »
L’idée de former un duo même temporaire n’était pas idiot, songea la fille du Hameau. Elle arrangea une nouvelle fois son sac en bandoulière sur l’épaule alors qu’ils traversaient une passerelle pour rejoindre un autre quartier. Le soleil, timide, dévoilait ses grands rayons qui les baignaient dans une chaleur subtile. Quand il lui posa la question, l’aînée des Granpa observa à sa gauche le paysage qui s’étendait sous ses pieds, puis en remontant son regard d’un vert mousse, elle les posa sur un arbre sans doute centenaire. La question du fils des Hädrim la plongea dans une douce rêverie éveillée. Il n’y avait pas de réponse intelligible à apporter, car bien sûr, ce qui les entourait les dépassait. Les arbres, gardiens de la forêt, saluaient leur avancée sur le ponton. Quelques gouttes de pluie continuaient de tomber des hauts feuillages, s’emmêlant parfois dans leur crinière. Si la pluie s’abattait comme un fardeau sur les têtes des pauvres hères, elle avait au moins le don de nourrir cette Nature qui elle à son tour, les pourvoyait en biens précieux et en denrées rares. Le schéma naturel était un cycle solide que nul ne devait briser. 

Finalement, un retour à terre sur le chemin se fit lorsqu’il lui posa une question à laquelle elle s’attendait sans y croire. La surprise put se lire dans son regard, celle-ci se mua rapidement en mélancolie. Le ton de la voix de Nohaam changea, comme s’il avait deviné la répercussion de ses mots. Elle acquiesça lorsqu’il lui tapota l’épaule. Elle lui répondit, sur un ton qui se voulait délibérément inaccessible, intouchable, en somme : comme si elle s’adressait à un patient.  « Elle s’est Envolée, Père dit que nous ne devons pas la rattraper. Elle est aussi capricieuse qu’un Varaza, lorsqu’elle est mécontente elle bondit, attaque et repart. » La dernière phrase masquait une sorte de colère muette, née d’une frustration de ne pas comprendre sa sœur, de ne pas arriver à communiquer avec elle comme elle avait su le faire avec les autres. Bapti Junior était d’une rare agressivité, des épines précieuses dont les Sylves avaient besoin pour se protéger du reste de l’humanité. Même si elle espérait secrètement que cela ne soit pas le cas, Junior était une insurgée, dans son cœur du moins. Ses paroles vives et amères n’étaient pas sans rappeler les mots de l’Ohibaan sur la Place du Pendillier. « Le regard de haine » dont la puinée avait fait preuve lorsqu’elle discourait avec Belegn en parlant de leur situation vis-à-vis des Hommes de métal était sans rappel. 
Il y eut un moment de silence qui ne déplut pas à Sigfrëli. Ils marchaient sur le plateau du Pendillier, sous les bâches de cuir et de feuillage de la place commune. Quelques fils d’Ohibaan passèrent, qu’elle salua. Enfin, elle conclut. « Mes mains n’ont pas été conçues pour combattre l’égo de l’homme, m’a dit un jour Mäggrit. Mais celles de Junior sont d’un cuir résistant, faites pour tenir une arme. Son esprit est inflexible. Si la Nature la protège, elle en est son Soldat. Et en ça, elle est imperméable, notre jugement n’a aucune valeur. La Nature la met déjà à l’épreuve. » La puinée avait sévi la famille en brisant l’harmonie fraternelle mais elle s’était également punie, en s’exilant volontairement de la civilisation.

Un attroupement de guerriers attira l’attention de Sigfrëli, ils marchaient d’un pas certain vers la Garnison. Ils leur passèrent devant à vive allure. Dans le groupe, elle vit son frère, qui ne cillait pas. Il ne fit pas attention à elle. Enfin, elle reprit sa route en empruntant une passerelle annexe, reliée à un coin pittoresque du Hameau où d’autres maisons se bordaient les unes aux autres. Elle se dirigea vers l’une en particulier, qui semblait dépeuplée vu l’heure. La grande porte d’un bois rouge fut frappée deux fois, on vint les accueillir. « Sigfrëli. Nous ne t’attendions pas si tôt. Gaëtan n’est pas là, il est parti jouer. » - « Il va mieux ? » S’enquit la guérisseuse. « Oui, beaucoup mieux. Mäggrit est passé hier et avant-hier. » L’étonnement put se lire une nouvelle fois dans ses yeux, son père ne lui en avait pas parlé. « D’accord, je ferai bien de repasser tout à l’heure, alors. » - « Oui, il devrait être vers dix-huit heures. » - « Très bien. A tantôt. » Elle regarda Nohaam et redressa, une fois de plus, le sac à l’épaule. Au seuil de la porte de la maison de l’enfant malade, Sigfrëli lui proposa « Bon et bien, je reviendrais plus tard. Jusque-là et si le ciel ne nous tombe pas sur la tête, je peux te suivre pour la fameuse promenade. D’ailleurs… Nohaam, tu sais nager ? »
Mots = 909


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