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 Le Pillage ♦ Salomé & Nohaam

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Message(#) Sujet: Le Pillage ♦ Salomé & Nohaam Mar 27 Juin - 0:28

Inventaire
Arme ♦ Arc d'os
Équipements ♦ Gants de protection
Divers ♦ Gourde d'eau potable

Nohaam, calfeutré derrière l'énorme tronc attendait patiemment, cela faisait des heures qu'il ne bougeait plus, faisant corps avec la forêt toute entière. Le vent ébouriffait le jeune garçon et ses quelques bibelots dans ses mèches produisaient de faibles sons qu'il savait inaudible pour quelqu'un se rendant vers la source de convoitise. La rivière masquait ses bâillements et quelques fortes respirations. L'homme était seul à présent sous la lune qui, comme les pierres éclairait les eaux et leur donnait de nombreux reflets doux.

Si à son réveil rien n'indiquait qu'il passerait la nuit à moitié endormi contre un arbre à lutter contre le sommeil surveillant les alentours, c'est plus tard qu'on lui confia cette tache. Il prit tout d'abord des forces avec un gros repas, le garçon avait finalement eu une nouvelle mission, un honneur accordé par les plus influents du Hameau. Les pièges n'étaient pas déclenchés et quelqu'un se chargeait de piller l'endroit sacré pour eux. Les pierres bleutées à qui, tout un écosystème devait beaucoup.

Le jeune garçon s'était équipé, en plus des recommandations de sa mère, d'une gourde pleine d'eau pure, de quelques aliments peu odorants, de son arc et de quoi passer inaperçu. Sa capuche ferait l'affaire. Il avait fait du repérage après avoir bien répété les ordres des anciens du village. Après avoir esquivé les territoires des animaux féroces, les pièges étaient plus que nombreux et Nohaam devait être alerte. Il s'empressa de faire le tour de la zone, s’accommodant avec les lieux, se familiarisant avec l'emplacement de la sécurité du domaine.

Les cris des animaux n'effrayaient plus l'homme qu'il était devenu, il était encore plus responsable qu'après son Envol. Il se sentait pousser de nouvelles ailes, à nouveau, la tribu lui donnait confiance. Ce n'est qu'en étant utile pour le groupe, pour la collectivité, que Nohaam se sentait véritablement exister.

Il avait échappé à un sombre destin, il en était sorti grandi, se sentait de plus en plus accepté dans le groupuscule des arbres, se sentait de plus en plus important, non pas dans son rôle, mais auprès des gens. C'était l'essentiel pour lui, faire le bien, lui qui était si réservé commençait à changer, il devenait de plus en plus confiant, non pas par son éloquence, mais plutôt par son envie d'être accepté. Il regrettait son enfance un peu en dehors des préoccupations des autres jeunes. Il n'avait pas tant joué, il n'avait fait que de rêvasser. Ce n'était pas non plus un mal et il ne regrettait en rien la chose, il se demandait simplement comment il aurait pu devenir s'il en était advenu autrement.

D'une manière féline il se déplaça entre les arbres, tentant de ne pas, écraser de ses bottines, la moindre végétation. C'était impossible mais il s'y essaya, avec panache il trouva la cachette idéale. Il s'assit sur un rocher exempt de mousse à son sommet avant de déguster quelques racines déjà cuites quelques heures auparavant. Si les arbres parlaient, alors Nohaam commençait à comprendre leur langage, lui qui avait eu, parfois, certains manquements à sa foi, regrettait les quelques pensées néfastes qu'il avait eu à l'occasion. Aujourd'hui tout était beau pour lui, la simple requête qu'il avait reçu, chamboulait la totalité de son être pour le faire devenir plus positif. Il ne lui en fallait pas beaucoup pour s'émerveiller de la vie et du cycle immuable de la Nature. Il se sentait véritablement à l'intérieur de ce cercle vertueux qu'il s'efforçait de comprendre, de vivre, et les quelques instants innocents qu'il voyait passer, calfeutré derrière les fourrés, lui paraissaient secondes.

Les minutes s'égrainaient si vite pour celui qui, respirait l'air comme d'autres auraient vu la grâce d'une quelconque divinité. Une véritable théophanie dont il se sentait témoin. La nuit était tombée mais rien n'effrayait Nohaam, pas même le cri de certaines bêtes tapies dans les fourrés, pas même le hululement de certains oiseaux nocturnes, le craquement des ailes des coléoptères étaient même une douce mélopée dans laquelle Nohaam se laissait bercer.

La nuit était douce, il faisait suffisamment chaud près du sol pour que le jeune homme, aux épaules nues, ne se sente pas frigorifié. Il observait avec de plus en plus de mal le cours d'eau calme et limpide alors qu'une silhouette apparût. Fausse alerte, un petit animal vint à s'abreuver dans le ruisseau avant de déguerpir aussi vite qu'il était venu sans se faire prier. Les paupières de l'enfant unique Hädrim étaient de plus en plus lourdes, il n'avait plus vraiment la notion du temps et l'excitation de la journée retombait peu à peu. Lui qui n'avait pas l'habitude de bivouaquer commençait à sombrer dans un sommeil léger, ouvrant les yeux en sursaut de temps à autre, en toute quiétude.

Le monde continuait sa course et pour le jeune habitant des cimes, l'univers n'était plus contenu que dans un sentiment positif. Un sentiment qui le rassurait autant que les bras d'une famille unie, autant que les ramifications des arbres qui le protégeaient des gouttelettes de pluie.

Mais cette fois-ci un son plus lourd vint à se faire entendre, Nohaam encore un peu assoupi ouvrit les yeux, se mit à froncer les sourcils puis à fermer ses yeux avec intensité, comme pour se réveiller. Le jeune garçon observait une silhouette très sombre, de longs cheveux noirs venaient à masquer son visage. Elle s'approchait des pierres de plus en plus, levant les jambes au dessus des filins qu'avait disposé le peuple de l'Ohibaan. Les pièges n'étaient pas alors un souci pour elle, elle qui semblait agile et alerte faisait attention de ne pas produire trop de son mais elle était un trouble pour la forêt, un trouble que le jeune Fils savait perceptible.

Nohaam se saisit de son arc, mit l'encoche de sa flèche contre la corde tendu de son arme et la plaça près de son œil. Il s'avança d'un pas afin de ne pas être obstrué par les feuillages et l'arbre qui avait été son compagnon pendant cette nuit de veille. Il fit craquer les branchages morts au sol et le visage de la jeune femme virevolta. Le son de la flèche qui fendait l'air se fit entendre et l'intrus se mit à fuir. Nohaam se sentant en supériorité se mit à sa poursuite, prenant encore soin de ne pas déclencher une alarme ou un quelconque chausse-trappe.

Une fois sorti de l'endroit il se mit à courir plus fort encore avant de recevoir un grand coup sur la tête. Il s'effondra au sol avant de se relever, le jeune garçon prit de nouveau une flèche avant de tenter de la placer dans sa position souhaitée. Un grand son lourd retentit, celui d'un métal contre l'os de l'arc. Le tout fit vibrer le bras du jeune garçon qui laissa échapper son moyen de défense.

La femme était en face de lui, elle était imposante, tout de noir vêtue, elle semblait sérieuse. Impossible pour le jeune garçon de distinguer de quel peuple elle était issue. Une pillarde du désert se dit-il. Une quelconque filoute en quête d'une chose de valeur. En dehors de l'armement et du visage de la jeune femme, c'est son odeur qui marqua particulièrement Nohaam. Elle sentait bon, un mélange de fleurs qui lui étaient totalement étrangères. La femme semblait propre, fière, peut être trop pour un simple bandit.

Déstabilisé par le coup de taille qui le désarma, Hädrim chancela un peu en arrière avant de reprendre ses appuis. Il dévisageait la jeune femme au regard de jais. Ses yeux luisaient avec la lune qui se faisait plus présente dans le semblant de clairière qu'ils occupaient. « Si tu m'exécutes ici, tout le monde te tombera dessus, tu le sais que je ne suis pas seul. »

Nohaam savait bien que cela pouvait fonctionner, c'était son avantage, rester caché, resté serein. Il leva ses mains avant de mettre ses bras à l'horizontale devant lui, montrant ses paumes à la jeune femme qui ne sourcillait pas. Nohaam, bien qu'exténué, ne cligna pas des yeux pour voir si elle jetait un œil ou pas au sommet des arbres. « Et si je ne t'exécute pas, ils le feront tout de même n'est-ce pas ? Alors ils n'auraient pas de raison d'attendre ? »

La jeune femme semblait jeune mais suffisamment avancée en âge pour déjouer quelques ruses. Nohaam devait se surpasser pour ne pas sembler désarçonné. Lui qui était certain de sa faculté à tromper autrui se voyait remis à sa place. Il avait été trop jeune, trop impétueux et seulement les esprits faibles pouvaient douter de ce moment, une certaine logique faisait s'effondrer le château de cartes dans lequel Nohaam s'était construit une aile. Nohaam se retrouvait à nouveau dans une situation délicate et avait abattu tout son jeu, n'avait plus rien en main pour se sortir de ce pétrin. Il mit quelques secondes avant de penser à une balbutiante réponse mais c'est la belle inconnue qui prit la parole d'un ton sérieux : « J'ai bien compris, je n'ai donc aucune raison de te laisser en vie. »

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Message(#) Sujet: Re: Le Pillage ♦ Salomé & Nohaam Mar 27 Juin - 0:39

Salomé
Inventaire
Armes ♦ Cimeterre ♦ Couteau à cran

Je me savais capable, capable de faire ce dont on m'avait nommée responsable. Nous étions en face de quelques membres du Consortium. L'homme devant nous aux yeux en amande, parlait d'une voix rauque, il n'était pas du genre à négocier facilement. Mes compagnons de castes tentaient du mieux qu'ils pouvaient d'obtenir le même nombre de métaux raffinés que la fois dernière mais les prix semblaient avoir gonflé. L'endroit de rendez-vous avait été fixé au préalable et peu de gens pouvaient, près de l'océan, se mêler de la transaction. La fois passée, j'avais eu la chance d'accompagner mes frères et sœurs dans la grande forêt, pour prendre quelques éclats des pierres dont raffolaient les trafiquants.

Cette fois-ci nous devions ramener le double de pierres et visiblement aux dires des autres, nous ne pouvions pas nous passer des alliages. En cette journée dominicale j'étais alors de corvée, seule pour prendre de nouveau des pierres à la forêt. On m'avait mise longuement en garde quant à ses habitants, les Fils d'Ohibaan et de leurs pièges que nous avions repéré la semaine passée. Tout s'était déroulé sans encombres et je ne voyais aucune raison que l'expérience ne se réitère pas de la sorte. La faune était un peu ce que je redoutais le plus. On disait la grande masse verte habitée par des créatures sanguinaires encore plus redoutables que les herbes hautes des steppes. Je n'étais pas lourdement équipée mais je me mis en route au lever du jour. Il ne me fallait pas traîner, puisque j'avais prévu de me reposer un peu sur le retour et à l'aller, j'allais certainement m'arrêter pour manger quelques provisions afin de ne pas tomber d'inanition.

Si le trajet fut court, c'est une fois l'orée de la forêt passée que les soucis commencèrent. Tout d'abord un groupe de natifs du lieu faisaient des rondes, certains parlaient de la rapt de la fois précédente, puis un homme se mit à rôder autour de la rivière qui couvrait le bruit de mes pas. Si alors je devais intervenir, je ne me sentais pas de le faire en plein jour. Alors je m'assoupis un peu, prenant soin d'observer si quoi que ce soit pouvait me tomber dessus. Les animaux étaient calmes, se faisaient à ma présence. Le soleil commençait à tomber et je réussit à dormir une quarantaine de minutes sans me réveiller de frayeur. Armée de mon cimeterre je me savais dans une sécurité toute relative. L'acier qui le composait devrait certainement rompre les carapaces de la majorité des bêtes d'ici et les quelques hères qui pourraient me donner du fil à retordre. Je manquais d'entraînement mais j'avais le cœur à l'ouvrage. Décidée comme jamais je m'avançais alors vers le cours d'eau. Mes cheveux d'ébène couvraient mon visage pâle et bien que tiraillée par le manque de confort de ma courte sieste, je m'engouffrais d'un pas sûr entre les pièges des indigènes. Mon ventre me faisait mal, comme peu avant ma floraison, je me sentais plus gauche qu'à l'accoutumée et certains de mes pas étaient largement trop bruyants, mais j'arrivais enfin aux portes de l'objet de convoitise. Les pierres étincelaient devant moi. Je regrettais ne pas pouvoir toutes les prendre, ramener cela à l'alcôve et faire de moi une véritable héroïne mais il aurait fallu une machine que les tadryens n'ont pas encore bâtie.

Je me saisis de mon couteau pour tenter de décrocher certains morceaux de la roche afin de me remplir les poches. C'est alors que le vent se mit à hurler derrière moi, une flèche venait de traverser les arbres dans ma direction et je sentais sur mon visage les ondes qu'elle venait de provoquer. Ce n'était pas passé loin, il me fallait m'enfuir, perdre cette infériorité sur celui ou celle qui me menaçait de son arme silencieuse. Il me fallait enjamber à gauche, puis courir sur la droite, me baisser entre les deux arbres, j'arrivais enfin non loin de là où je m'étais assoupie un peu plus tôt. Les arbres étaient moins nombreux, les crevasses également, la végétation cachait tout autant mais permettait à mon arme une certaine supériorité. Nous serions alors au contact et il serait trompé par ma ruse. Ce n'était bien qu'un seul homme qui haletait derrière moi, tentant de me poursuivre. Je me saisis d'une grosse branche et vérifia de l'autre main la présence de ma lame dans son fourreau. De mon bras directeur j'attendais de frapper l'homme qui se dirigeait de plus en plus vers moi. Ma tenue sombre aidant à me dissimuler à travers l'épaisse toison de la sylve. Un coup net, la branche éclata sur le crâne chevelu du garçon qui tressaillit un instant avant de me mettre en joue. Ma main droite, préparée, tenait déjà mon épée et je mis un coup horizontal qui parvint à le déstabiliser. Son poignet fit une torsion à laquelle il n'était pas préparé et il en laissa échapper son arc et sa flèche avant même d'en tendre la corde. S'il usait de la parole pour échapper à ma lame, je savais qu'il n'était pas dans le vrai, une seule flèche, l'homme m'avait suivit sans compagnie, aucun bruit ne venait du dessus, la forêt s'était agitée dans notre course mais désormais le silence régnait à nouveau.

J'allais enfin me servir de ma lame. J'avançais progressivement vers l'homme qui restait de marbre, il baissa ses bras progressivement, les ramenant près de son corps. Mon épée était enfin à portée de son cou, un coup net aurait suffit à le faire se vider de son sang. Mais l'homme se mit à parler de nouveau : « Si tu veux des pierres, ce n'est pas comme ça que tu vas pouvoir les ramener chez toi. »

Il essayait de gagner du temps à nouveau. Puis il fit un geste de sa main droite, pliant ses deux derniers droits et agitant par deux fois vers la gauche sa main. Alors il était dans le vrai ? Il n'était pas seul ? Je détournais le regard pour observer au dessus de nous. L'homme s'accroupit alors, me lança un poing au ventre qui intensifia ma douleur lancinante. Il était donc un habile menteur dans ma chute en arrière je laissais également échapper mon arme qui tomba à nos pieds. Le garçon pesait de tout son poids pour me faire atteindre le sol. Malgré ma forme je me retrouvais sous le jeune garçon aux cheveux ornés de bijoux. Ses tatouages apparents confirmaient alors son appartenance, tout comme son accoutrement, à la faction du Hameau.

Une fois la douleur éphémère des branches contre mon dos et le dos de mon crâne, je me mis à me débattre, le jeune garçon était grand, suffisamment musclé pour me tenir tête mais ne me dominait pas. Sa position lui donnait un avantage, ma douleur était effacée par l'adrénaline du moment. « Fous-moi la paix ou tue moi maintenant ! »

Mes yeux le foudroyaient et je pouvais enfin l'observer, il était encore très jeune. Je l'imaginais un peu trop juvénile pour avoir déjà donné la mort ou l'en sentir capable maintenant. Je tentais d'assommer le haut de mon crâne contre le sien pour le faire bouger mais il avait de trop bonnes prises sur moi. Ses genoux écrasaient mes jambes et ses bras immobilisaient les miens.

« Je ne te veux aucun mal, juste que tu t'en ailles et que tu ne reviennes jamais ici. »

Comme s'il pouvait comprendre qu'il était vital pour moi, ma caste, ma réputation, mon avenir, de revenir avec les pierres. « Alors laisse moi partir ! »

Je hurlais comme je pouvais, avec toute la rage de ne pas pouvoir lui mettre ma lame sous la trachée. La colère était plus tournée vers moi-même que le jeune homme, je regrettais de ne pas avoir porté le coup de grâce, de ne pas m'être rendue capable de faire ce dont j'ai envie depuis si longtemps. J'avais déjà combattu, je devais faire mon baptême du feu, éviscérer ce type avant qu'il ne puisse le faire, nous étions en guerre contre tous, seuls les sœurs et les frères étaient mes alliés. À la fois discrets et acerbes, nous étions forts. Je me devais de me donner les moyens de parvenir à mes fins.

« Je vais te laisser partir, mais pas maintenant, je sais que tu veux m’étriper. »

Le jeune homme n'avait pas tord, il n'était pas stupide, après tout il avait réussi à me duper, à me prendre pour une enfant. Au marché un grand nombre de négociateurs à la langue bien pendue s'étaient vus rembarrés pour plus intelligent que ça. Mais ce devait être la fatigue, ce devait être l'excitation du combat, l'excitation de l'inconnu.

« Si tu me relâches, tu ne le regretteras pas... »

J'usais de mon plus beau sourire, mes yeux étaient de nouveau doux et je battais des paupières de plus en plus. Après tout c'était un homme, de plus un homme des bois. Il me rendit mon sourire, je me savais gagnante une fois de plus...

1503 mots

© Adam

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Message(#) Sujet: Re: Le Pillage ♦ Salomé & Nohaam Mar 27 Juin - 14:21

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Si Nohaam avait réussi à déstabiliser la femme et lui comprimer le corps de son poids, cette dernière ne semblait pas vouloir arrêter de se débattre. Il était difficile pour Nohaam de contrebalancer les forces qu'elle opposait. Le jeune garçon n'était pas le plus athlète du Hameau ni même le plus robuste et cette dernière semblait aguerrie. Elle l'était peut être même trop pour le jeune homme qui commençait à tétaniser, ses bras forçant contre les poignets enserrés de la jeune femme. Elle balançait sa tête vers celle de Hädrim et tentait des feintes afin de le heurter. Le jeune garçon gardait ses distances du mieux qu'il pouvait, essayant de balancer entre sécurité et poids apposé sur le corps de la jeune femme.

Ses cheveux décrivaient un véritable nimbe noir autour d'elle. Si la Nature avait désiré un tel enfant, alors il s'était égaré bien loin de son enseignement premier. Elle était prête à tout, Nohaam sentait qu'à la moindre erreur c'était sa vie qui serait en péril. Sur le fil du rasoir, il respirait du mieux qu'il pouvait, trouvant des ressources là où il ne s'en imaginait plus, trouvant la force de résister et de garder une certaine constriction.

La jeune femme changea de comportement après une négociation des plus houleuses. Nohaam sourit, c'était une proposition qu'il ne prenait pas au sérieux. La jeune femme devait user de ses charmes pour se sortir, à l'accoutumée, de situations délicates. Bien sûr qu'elle était désirable, elle sentait bon. Nohaam avait d'ailleurs un certain contentement à la regarder, sa peau semblait douce, presque laiteuse, ses yeux étaient perçants et ses iris dégageaient une force certaine. Nohaam aurait pu, dans une autre situation tomber sous le charme charnel, mais il n'en était pas question pour le jeune garçon. Il n'était pas question pour lui de relâcher la jeune femme, de mourir au beau milieu de la forêt pour une simple pulsion bestiale qui ne frôlait même pas son esprit au moment opportun.

S'il sourit c'était parce qu'il venait de comprendre, comprendre que cet affrontement devrait se terminer par une issue malheureuse pour l'un d'eux. La Nature déciderait alors qui serait le plus apte à rester en ces terres sous cette forme. Nohaam n'avait aucune intention de céder, aucune intention de laisser sa place à une roublarde.

Lui qui avait rasé son visage avant de partir, s'était plaint de la douleur de la lame d'os qui coupait sa peau, n'avait en rien l'envie de goûter au froid métal hurlant de l'ennemie en face de lui. « Tu sais très bien que ce n'est pas possible, je ne te laisserai pas partir. »

La jeune femme avait la mine déconfite. Ses yeux redevenaient flamboyants, pleins de rage et de colère. Elle qui avait su se montrer douce faisait de nouveau tomber le masque. Elle ne se débattait plus, comme pour conserver sa force. Force que Nohaam commençait à perdre. Ses jambes s'engourdissaient, genoux pliés sur les cuisses de son opposant. « Nous resterons ici jusqu'à ce que l'un de nous tombe de fatigue ? »

La voix de la femme était plus calme, plus sarcastique aussi. Nohaam la pensait dans le vrai, il ne voyait pas comment elle pouvait avoir tord. Comme la situation pouvait se résorber sans une alternative choisie par la Grande Insoumise en personne. Nohaam regardait autour d'eux, dans la précaire obscurité, les plantes se ressemblaient toutes, il lui fallait trouver de quoi endormir la jeune femme. Cette plante était-elle un calmant ? Il passait en revue chaque mousse, en quête même d'une pierre pour l'assommer. Pour l'assommer du moins, il aurait dû avoir une main libre, luxe qu'il ne pouvait s'offrir.

Puis lui vint une idée. S'il arrivait à mettre sa jambe droite sur le bras du même côté de la grande brune, alors il aurait une main pour lui. Il pourrait ainsi récupérer la lame courbe de l'insolente et la mettre en garde. Nohaam semblait, de toute évidence, beaucoup plus fatigué, du moins, il paraissait en deçà au niveau de sa forme physique. Il lui faudrait alors cet avantage qui ne signifierait pas une victoire directe. Il n'avait jamais manié une arme autre que la sienne, mais il se devait d'essayer, avant que ses muscles ne crient au repos.

Il déploya alors sa jambe, mettant l'autre plus au centre des cuisses de la jeune femme. Il voulut s’asseoir mais il se sentit tomber vers l'extérieur, sa jambe tendue, roulant ainsi sur le dos. La jeune femme ne mit pas longtemps à se relever. Elle avait exercé un mouvement de levier avec son corps, soulevant avec aisance le corps du frêle sylve.

Nohaam recula, les mains contre le sol en quête de l'arme convoitée, mais à sa grande surprise, le pied de la ténébreuse femme marquait déjà sa possession. Elle sortit un couteau de sa ceinture. La lame semblait suffisamment affûtée pour découper la chair d'un homme. Le visage de Nohaam était de plus en plus pâle, il ne cessait de reculer. Elle se mit à le suivre, ne prenant même pas la peine de ramasser son bien.

Elle se jeta sur lui, mais d'une manière désorganisée. Comme prise de panique, elle posa la main sur la bouche de Nohaam au teint livide. Elle mit son coutelas sous sa gorge et lui murmura de se taire. Nohaam n'avait même pas réalisé qu'ils n'étaient plus seuls. Il se mit à espérer dur comme fer la venue de ses semblables. La belle brune lança sa tête de part et d'autre de ses épaules avant de focaliser son attention sur deux animaux à la pâle lueur.

Un couple d'enoe en face d'eux se déplaçait lourdement entre les arbres. Si Nohaam n'avait que peu de connaissance en la matière, il les savait inoffensifs. Il lui faudrait alors jouer cette carte pour se sauver de la situation. Il se mit à grommeler dans la main douce de son agresseur. Elle relâcha doucement sa main mais lui fit comprendre de garder le volume de sa voix basse. « Nous devons partir maintenant ! »

Dans ce chuchotis, les deux prirent leur temps avant de se relever, marchant quasiment accroupis pour se cacher du duo passif. Nohaam prit son arc, elle son cimeterre. Il s'éloignèrent du groupuscule en se regardant en coin. Une fois à bonne distance, Nohaam fit une pause. S'effondra au sol, accablé par la fatigue et sa nervosité.

« Si tu veux t'arrêter c'est ton problème, pas le mien. »

Elle ne se retourna qu'un simple instant avant de prendre à nouveau le pas. Nohaam aurait très bien pu prendre son arc et décocher une flèche dans le dos de son adversaire, mais il ne le fit pas. Les bêtes luminescentes n'étaient plus là, Nohaam n'en discernait plus les couleurs du moins. « Ne reviens plus jamais nous voler je t'en supplie... »

Il lançait ses mots comme une bouteille à la mer, mais les vagues semblaient trop fortes pour attendre qui que ce soit. Elle notifia ses paroles, se tourna vers lui, sourit et vint à sa rencontre. Agenouillée devant lui, le cimeterre en main, elle se mit à débiter un nombre inconsidéré de paroles que Nohaam n'écoutait même plus. Il n'était plus là, il regardait le ciel, les étoiles étaient belles ce soir, peut être encore plus qu'hier, elles étaient là, immuables, intouchables, discrètes.

Il se mit à vagabonder de l'esprit, se mit à penser aux autres peuples, ceux qui ne partageaient pas sa foi. Les hommes de métal qui pillaient tout sur leur passage, les hommes de métal dont rien n'achevait ou calmait la folie sanguinaire. Après qu'elle eut fini de prononcer de longues phrases composant son interminable monologue, il regarda enfin dans ses yeux, des yeux qui paraissaient sincères pour la première fois. Perdu dans ses deux billes noires il se mit à parler : « De toute façon tu ne vaux pas mieux que ceux de la cité maudite, qui ne respectent ni la Nature, ni même leurs relatifs. »

Les sourcils se froncèrent, les lèvres se crispaient, les yeux étaient fixes, les respirations longues et mesurées. Dans la nuit, le silence se fit. Aucun bruit ne perturbait un échange de regard long et empli de tensions. Les deux jeunes gens ne se connaissaient pas, se haïssaient de par leur simple existence et présence en ce lieu et moment commun. Si les arbres pouvaient parler, ils conteraient alors ensuite cette rencontre infortunée des deux rôdeurs. Les motivations de chacun n''étant pas dans le domaine de compréhension de l'autre. Nohaam en tout cas n'avait pas envie d'être empathique, ni même doux. Il n'avait pas peur de l'ire de celle avec qui il avait partagé un long moment de nuit. Il n'avait pas peur de son courroux qu'il déjouerait de toute façon. Il se sentait pousser des ailes, habité par une foi transcendant les hommes. Une foi qui ne le laissait plus simple jeune garçon, mais un véritable engrenage dans la machine naturelle que formait toute chose. Il était sûr de lui, au delà des considérations qu'ils considérait futiles des peuples dans le faux.

C'était le calme plat, le calme avant la tempête.

1521 mots

© Adam

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Message(#) Sujet: Re: Le Pillage ♦ Salomé & Nohaam Mar 27 Juin - 21:39

Salomé
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J'avais suffisamment de ressources pour le faire chanceler à un moment opportun. Il était grand mais pas le plus robuste des hommes que je connaissais. Il n'était pas particulièrement beau mais parlait plutôt bien, sa jeunesse était un plus. Sans être désagréable physiquement, je ne me serai jamais laissée approcher par un homme dans son genre. Tout d'abord je n'avais pas la tête à cela, puis cet endroit n'était pas propice à la tendresse ni à la chaleur humaine. Même s'il n'était pas à mon goût, mon ego en prit un coup lorsqu'il se refusa à moi, je n'en avais pas vraiment l'habitude. Stupide et puéril qualifiaient ma réaction, mais je rougissais de honte. Il ne le remarqua pas, trop concentré à chercher une nouvelle position. Il me fallait saisir l'occasion.

De mes bras lourds par leur inactivité je me mis à pousser le jeune homme qui roula de suite par terre me laissant le temps de me relever. De mes mains pleines de terres et de résidus de mousse je trouvais alors mon couteau, à ma taille. Je ne perdais pas des yeux mon cimeterre et posa le pied sur lui, en signe d'appartenance. J'avais de nouveau le contrôle, il ne m'échapperait pas cette fois. J'avançais calmement vers lui, respirant avec une certaine satisfaction.

C'est alors que les bêtes sont venues se mêler à nous. J'étais tétanisée, lui connaissait les animaux, je le suivais sans grande conviction, récupérant ma seconde arme avec la méticulosité qui  était d'usage. Quelques centaines de pas plus tard le garçon s'arrêtait. Il me déconseilla de revenir, alors que j'allais m'enfuir des bois, ne certainement pas revenir sans un renfort bien mérité, je fis volte-face pour venir à sa hauteur. « Tu penses que les richesses du monde t'appartiennent ? Parce que tu t'occupes de la sécurité du lieu, tu en es le garant ? Il t'appartient ? Non je ne pense pas être une voleuse, non je ne pense pas que le monde t'appartienne, forêt ou pas. Tu peux supplier autant que tu veux, quémander, tu es à ma merci, et si depuis le début tu te joues de moi, je pense m'être montrée clémente. Je ne te dois rien, tu n'es pas un adversaire honorable, tu attaques dans l'ombre, tu m'as surprise, sans cela, tu ne vaux pas grand chose, ton seul point fort est de connaître ces lieux. Pour ma défense, j'ai des raisons d'être intéressée par ces pierres, peut être plus grandes que tu ne peux imaginer. »

J'étais essoufflée, j'avais parlé trop vite puis ses mots vinrent. J'étais totalement décontenancée. J'étais en effet ridicule mais je n'étais pas un tadryen, pas un fils de la forêt. Je faisais partie d'une grande famille, liée, honorable. Où était l'honneur dans le rapt de la forêt ? Je me questionnais de plus en plus quant à la noblesse de mes actes. L'homme venait de me blesser, il venait de me rendre faible, me remettre en questions. Il m'avait totalement humilié en me comparant à d'autres. Il ne connaissait pas les gens de l'Alcôve et j'avais envie de lui parler de nous, de moi, de lui montrer que je n'étais pas une de celles qui font pleuvoir les balles sans poser de questions, sans réfléchir. Je n'étais pas un des siens, mais j'étais bien plus. Dans la fourmilière j'étais une travailleuse, je voulais devenir soldate. Il me fallait œuvrer pour le grand nous.

Après tout n'était-ce pas ce qu'il faisait également ? Il devait certainement défendre des intérêts communs. Après tout ceux de Tadryon n'avaient-ils pas, eux aussi, des motivations similaires ? Je n'allais pas ôter une vie cette nuit, du moins, pas la sienne.

« Pense ce que tu veux, cela ne m'atteint pas, en attendant tu ferais mieux de te relever, les bêtes vont revenir pour ta dépouille. »


Il sourit à nouveau. M'avait-il encore une fois dupé, faisant passer ces animaux pour prédateurs alors qu'ils ne l'étaient pas ? C'était bien possible. Mais je ne m'emporterai plus, il venait de me donner une leçon. Une de celles qui changent une vie, une façon de penser. Si je voulais être une femme de terrain, il me fallait également devenir une femme de terrain intègre.

« Personne ne me dévorera ce soir, j'ai trop foi en la Faiseuse de Monde. »


Le jeune garçon fermait les yeux, souriant, béa, la tête contre le tronc épais d'un arbre centenaire. Il était ce genre d'illuminés dont les plus vieux parlaient lors des échanges commerciaux. Un peu trop crédules et insouciants. Mais il s'était montré astucieux, je ne lui tiendrai pas rigueur d'une foi aux enjeux qui me dépasseraient certainement. Leur éducation était certainement trop différente de moi, je ne m'étais que peu intéressée jusque là aux rapport des quelques infiltrés au sein du Hameau. S'il associait son salut à l'écosystème, notre manière de pensée n'était pas totalement en inéquation avec la leur. Nous n'étions que des animaux pensants, parfois maladroits comme de vulgaires bêtes blessées.

« Et personne ne va mettre son épée contre ton cou du moment que tu ne te sers pas de tes flèches, habitant des bois ! »


Il souriait encore, fredonnant à présent une mélodie enfantine. Ses dents étaient étonnamment blanches, ses lèvres masculines bougeaient peu, mais sa voix était grave, presque gutturale lorsqu'il se mit à chantonner. Il s'était réfugié dans son petit monde, ses bras étaient relaxés, ses mains tombaient naturellement sur le sol, ses épaules étaient relâchées. Il donnait presque envie. J'avais beaucoup de marche, beaucoup trop pour bavasser avec un illuminé. Je pris alors la direction opposée, vers l'ouest. La montagne n'était pas difficile à repérer une fois les arbres passés, même à la simple lueur de la lune.

L'homme quant à lui n'avait pas bougé, du moins, me retournant de temps en temps, je le voyais encore, contemplatif, vaciller entre méditation et repos, contre son dossier d'écorce. De loin je pouvais apercevoir les deux déserts qui cerclaient notre repère. La route était longue et je commençais à tomber d'épuisement. Les fleurs bleues s'illuminaient sur mon passage et je m'efforçais à être la plus discrète possible même si je savais la forêt habitée de nombreuses paires d'yeux.

Si les marchands allaient m'en vouloir, je m'en moquais un peu, je n'étais après tout que trop inexpérimentée, c'était peut être déjà une manière pour eux de me montrer leur confiance. C'était peut être pour moi une sorte de test. J'allais au moins leur revenir vivante, les mains vides mais vivante. Près de la montagne, là où il faisait encore suffisamment chaud pour me reposer sans me congeler sur place, je pris le temps de faire une pause, de réfléchir à ce que m'avait dit celui qui portait des bijoux dans les cheveux.

La route était longue pour comprendre tout en ce monde, les motivations de tous ces peuples. Ceux du Consortium allaient certainement hausser les prix, après tout, ils devaient également avoir des raisons à cela. Qu'elles soient bonnes ou pas selon moi. J'avais des motivations, que je trouvais encore floues, mais la ruche dans laquelle nous vivions était nourricière, nous étions de vaillantes abeilles, prêtes à tout pour la survie de la reine. Nous étions libres, libres d'être ce que nous désirions et ce, même dans ce monde hostile où tout semblait tomber en ruine, l'esprit humain y compris.

La route était encore longue et je ne savais plus vraiment si j'avais encore une certaine motivation à rentrer. Je ne voulais pas être jugée incapable, je voulais prouver aux autres que je savais de quoi j'étais forgée. J'étais faite d'un alliage résistant, je me devais d'être forte, pas seulement sur le plan physique mais aussi résistante à l'horreur, résistante à la menace, à la peur. Je devais également contrôler mes émotions, parfois trop vives. J'étais impulsive et j'en étais consciente. Je me levais tout en réfléchissant. Parfois je me mis à parler des bribes de conversations, comme des phylactères lancés au gré du vent sur une fresque que je voyais encore inachevée. Mes cheveux s'entortillaient sur eux-mêmes, mes ongles étaient noircis par la terre et l'altercation, mes vêtements étaient sales. J'aurai souhaité fermer les yeux, me réveiller dans ma couche, laisser un peu de repos à mon corps qui en avait tant besoin.

Je n'étais pas seule dans cette grande famille tapie dans l'ombre. En retrouvant le passage au sein de la montagne, je me préparais au pire, aux réactions les plus dures comme les plus compatissantes, je ne voulais en aucun cas inspirer la pitié, pas à mon âge.

Je n'étais plus une enfant, j'étais une femme à part entière et même si la présence de mon père faisait défaut, mère me traitait encore parfois comme une enfant. Voulant me protéger un peu trop. Mon ventre me faisait de plus en plus mal, ma féminité s'ajoutait à ma faim, je poussais des gargouillements très sonores. J'avais hâte de rentrer et j'espérais sans me l'avouer que mon comparse de cette nuit, lui aussi ait fait bonne route. Les miens allaient quant à eux bientôt pouvoir fêter mon retour et regretter mon échec.

1515 mots

© Adam

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Le Pillage ♦ Salomé & Nohaam
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