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 Dessine sur ma peau [Phèdre]

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Caïn
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Message(#) Sujet: Dessine sur ma peau [Phèdre] Jeu 6 Juil - 16:49


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Le deuxième Rakuen tomba à terre et sa fourrure immaculée se teinta de rouge. Il s’était jeté sur moi et je n’avais pu que me défendre en sortant mes stylets du bas de mes manches. Je dégageai la carcasse qui m’avait jeté au sol et me relevait. Ils étaient encore trois, nous aussi. Ils n’étaient pas blessés, nous l’étions.

Les pigments se trouvaient répartis entre Phèdre et moi, il fallait que nous survivions, mais ça n’allait pas être une partie de plaisir. Jean-Baptiste se démenai, maniant simultanément ses deux haches pour tenter de nous sauver. Les indications étaient claires, nous ne battions pas en retraite tant que l’on n’en avait pas l’ordre. Il fallait continuer. Je me mordis les lèvres pour oublier la douleur de mon mollet gauche, assurai la prise de mon poignard et me dirigeai vers la bête blanche qui était la plus proche de moi. Ce ne fût pas la meilleure des idées. L’animal aux apparences angéliques jouait avec ma patience, évitant mes coups avec une vélocité bien plus grande que la nôtre, il voulait gagner du temps.

Je reculai et pris acte de la situation d’un coup d’œil, Phèdre n’était pas en bonne posture, Jean-Baptiste non plus, mais il avait bientôt fini de se démener avec son Rakuen. Il fallait que je gagne du temps. Je fléchis ma jambe gauche pour atteindre la poche qui était attachée à la cuisse de notre chef et en sortis trois couteaux de lancer. Trois dernières chances de survivre. Je m’éloignai un peu, claudiquant, et harmonisai mes mouvements avec celui de ma proie. Il fallait changer le paradigme. Passer de proie à prédateur. Ils s’opposaient à Spectre et Spectre avait la rancune tenace. Un seul des deux camps sortirait vivant de cet affrontement.

Ma vision périphérique se troubla ; effet cumulé de ma concentration sur ma proie, de la confiance que je faisais à mon Frère et à ma Sœur et du sang qui coulai de ma jambe gauche. Le Rakuen bougeai lentement. Moi aussi. Un saut à droite. Moi aussi. Avancée prudente. Je ne bougeai plus. La première des lames que j’avais emprunté à mon chef passa de ma main gauche à ma main droite, mon poignet se cassa et se déroula alors que la créature comprenait ce que je faisais. L’arme filait dans les airs, la bête l’évita d’un mouvement leste. Enchaînement. Lame de main à main. Poignet. Déroulé. Même suite de mouvements de ma part, même suite de mouvement de la proie. Plus qu’une chance. Je devais changer la mécanique sans qu’il ne se rende compte. Lame de main à main. Poignet. Appui sur ma jambe valide. Saut. Déroulé. La trajectoire s’en trouva changée, j’ignorais si j’allais me remettre de ma chute, mais mon Frère et ma Sœur auraient un ennemi de moins. La proie immaculée tenta de l’esquiver, mais ne réussit pas, prise de court par le manque de temps. La lame alla se planter dans son œil droit. Un choc sourd monta jusqu’à ma tête, la chute fut aussi douloureuse que prévue. La créature resta déboussolée un peu moins longtemps que moi. Les quelques secondes d’écart de nos hébétudes furent celles de trop. Je la vis tituber, Jean-Baptiste émit un grognement étouffé. Alors que je tentai de me relever, le Rakuen, mâchoire béante, avait gagné.


554 mots


Merci Adam pour le kit !
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Phèdre
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Message(#) Sujet: Re: Dessine sur ma peau [Phèdre] Ven 21 Juil - 1:30

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Un rayon de soleil se jeta sur la fourrure de la créature, offrant à la jeune femme une dangereuse distraction. Dépossédée de ses sens par le poids de son épée, elle ne laissa pas ses prunelles tremblantes dériver vers la mortelle contemplation du soyeux pelage. À bout de souffle, elle possédait l’inestimable avantage de n’avoir hérité d’aucune blessure, mise hors de danger par la divine protection de Jean-Baptiste. Sans lui, nul doute que son cadavre aurait honoré le sol de sa défunte présence. Seulement, la situation exigeait qu’elle fasse usage de ses maigres compétences physiques, et pour être honnête, les circonstances ne jouaient pas en leur faveur. Elle n’avait pas même eu le temps de remercier son sauveur qu’il s’attaquait déjà à un autre de leurs assaillants. Immobile, la peur réfugiée entre ses bras avait refusé qu’elle prenne l’initiative, et elle avait attendu que le prédateur vienne à elle. Le ventre noué par l’inquiétude, elle tenait de ses frêles phalanges la garde de son arme. Malgré le tumulte provoqué par la lutte de ses congénères, il lui semblait que le monde s’abîmait dans le silence. Le carnivore rôdait autour d’elle, manifestement certain de sa prochaine victoire, à la recherche de l’occasion propice. Homme ou bête, chacun reconnaissait sa proie au premier regard.

Un changement de posture subtil annonça la sentence. Les muscles du chasseur se contractèrent sans crier gare. Comme lassé de sa funeste parade, le Rakuen s’élança d’un bond pour faucher cette femme qui ne devait sa survie qu’à la chance. Son corps ne lui offrit pas le temps de la réflexion et bascula de lui-même sur le côté. Le choc fut rude ; la douceur de la neige disparaissait au toucher, révélant une solide couche de glace qui heurta ses os. L’âcre saveur du sang envahit sa bouche. Des mâchoires claquèrent dans son dos. Apeurée, elle se retourna. D’un geste brusque, Phèdre abattit le plat de son épée sur le museau de la bête. La lame effleura la peau, décrivant une légère entaille au-dessus de l’oeil. L’animal couina. Désorienté, il cessa de remuer quelques secondes. La jeune femme ne voulait pas le priver de l’admirable férocité qui agitait ses membres, et d’une certaine manière, elle reconnaissait en lui la splendeur bestiale qui animait le monde. « Allez, tire-toi. » La créature parut hésiter un instant. Sortie d’une effrayante réalité à laquelle la brune ne voulait pas prendre part, la hache de Jean-Baptiste caressa son flanc. D’un air désapprobateur, il la dégagea du cadavre sans attendre. « N’hésite pas. Jamais. »

La jeune femme n’eut guère le temps de s’attarder sur sa honte. Qu’ils aient survécu jusque-là relevait du miracle. Une scène échappée à la vigilance de son congénère réclama toute son attention. L’un des leurs. En danger. Une pensée insupportable qui déclencha chez elle une réaction inattendue. Privée de toute raison, elle se précipita à la rencontre de l’enragée créature qui mettait Caïn à mal. Une telle attitude était impardonnable. Personne ne touchait aux siens. Une fois sa logique annihilée par la rage, l’imprudence frappa à la porte. En quelques secondes, elle parvint jusqu’à son camarade toujours à terre, sans doute incapacité par une quelconque blessure. Telle une improbable apparition, elle surgit sur le côté pour protéger le Simulacre. Phèdre opposa la finesse de son épée à l’immensité de la mâchoire du Rakuen. Sa résistance ne durerait pas. Déjà, la pression impensable exercée par les canines rendaient son geste fébrile. Puisqu’il ne pouvait y avoir d’autre issue, elle usa de toutes ses forces pour repousser la lame vers l’intérieur, accompagnée d’un cri sauvage qui lui appartenait pourtant. Soudain, les crocs se refermèrent sur sa chair. La souffrance fut immédiate ; le temps d’un battement de coeur. Suffoquée, elle ne relâcha pas sa prise. S'il fallait mourir en ces lieux, elle le ferait. Elle ne pensait plus aux pigments, ni à la douleur. Elle ne pensait plus à rien. Elle voulait en finir.
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