Partagez | 
 

 L'Envol ♦ Nohaam

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité




Message(#) Sujet: L'Envol ♦ Nohaam Ven 7 Juil - 21:07

Conquête
-
Inventaire
Arme ♦ Arc d'os
Équipements ♦ Gants de protection
Divers ♦ Gourde d'eau potable

Le soleil était rasant, la limite entre ruines et forêt se faisaient indicible. Il y avait près de Nohaam de nombreux restes d'une vie passée. La carcasse de tôle sur laquelle le jeune garçon se déplaçait fit un vacarme assourdissant. Il se retourna de tout son être. Il avait peur d'être repéré par une bête féroce. Cela faisait plusieurs heures déjà qu'il était dans la forêt, seul. Il ne se savait pas épié, par un des siens qui plus est, quelqu'un le surveillait, pour son bien, dans l'ombre, quelqu'un d'agile, qui ne faisait pas de bruit, n'avait que pour odeur celle des arbres, que pour mouvement, celui des oscillations des branches sous le vent.

Nohaam était en quête de quelque chose à se mettre sous la dent. La semaine serait longue, trop pour lui qui n'avait rien fait d'autre que de potasser ses livres au lieu de sortir de chez lui. Son père le regardait certainement, son énergie était partout autour de lui. Nohaam était pétrifié à l'idée de rencontrer quelqu'un de néfaste à sa survie. Ses dons en la matière laissaient à désirer. Au bout d'une heure de marche, l'estomac criant famine, il trouvait enfin le salut. Une grande quantité de champignons près de nombreux excréments d'animaux. Certains semblaient frais. Nohaam, qui ne connaissait rien de la faune, en dehors de quelques histoires qui se racontait au village, n'avait pas fait attention. L'odeur était pour lui gênante c'est tout. Alors il ne respira pas, le temps d'arracher soigneusement les pieds des quelques coprophages.

Il se mit non loin de sa source de nourriture pour s'installer. Une sorte de bivouac improvisé, suffisamment loin de l'odeur, suffisamment proche du chemin qu'il venait de parcourir, afin de ne pas perdre sa route. Bientôt le soleil serait absent du ciel encore coloré. Il gratta alors deux pierres bleues ensemble, proche d'un petit tas de brindilles qu'il disposait en face de lui. Ses champignons attendaient d'être cuits. Il récupéra une vieille branche, assez grosse, qu'il traîna avec difficulté jusqu'à son nouveau feu. La source de lumière faisait danser les ombres allongées des arbres. L'homme voyait en face de lui la couronne de fleurs bleutées qui réagissait au mouvement. Il décortiqua avec la pointe de ses flèches son repas qui serait bien riche avant de mettre les chapeaux des champignons, en brochettes sur une grande branche propre.

Le temps de cuisson, il l'occupa à lire son encyclopédie obsolète sur les plantes, il y apprenait de nouvelles espèces, de nouvelles propriétés. Il devrait certainement se mettre à jour en rentrant. Sa mère, qui lui avait tatoué une épaule quelques semaines auparavant, lui manquait terriblement. L'odeur de la cuisine qu'elle faisait également. Les quelques victuailles qu'il faisait tourner sur leur broche improvisée, faisaient gargouiller encore plus fort son ventre qui demandait compensation pour la longue journée éprouvante. Nohaam était seul, il était à la merci de la Nature elle-même.

Le repas fût englouti en quelques minutes à peine, le jeune garçon, ayant mangé trop vite s'allongea de toute sa masse sur le sol, il éructa, le ventre rempli, il se sentait mieux. Ses idées étaient plus positives comme s'il allait pouvoir conquérir le grand terrain de jeu qu'on venait de lui donner. Il éteignit son feu avant de se mettre en quête d'un cours d'eau pour s'abreuver.

Il trouvait cela étonnant que ses envies devenaient de plus en plus primaires, une fois livré à lui-même, il devenait presque animal, bestial. Il lui fallait manger, se reposer, boire, le manque des autres était aussi présent. Comme l'herbivore qui voulait rejoindre la sécurité de son troupeau.

On lui avait posé la question, certains de ses comparses, parfois plus jeunes, la majeure partie d'entre eux n'ayant pas passé le cap qu'il tentait alors. « Mais si tu n'as pas le choix, pour survivre, vas-tu manger de la viande ? »

La réponse était négative. Nohaam ne consommerait pas la Nature à ce point, il y avait tellement de ressources pour lui en ces lieux qu'il était difficile pour lui d'imaginer manquer de vivres. Les contrées qu'il habitait étaient reconnues pour être un véritable vivier à plantes. Après tout, le premier Ohibaan avait choisi l'endroit, pour sa sécurité, mais également pour les commodités d'usage. L'eau, les plantes, les animaux, le tout était présent en grand nombre.

Certains étaient dubitatifs quant à sa réponse si rapide, sa négation si ferme, mais Hädrim avait toujours fait sans, même lors de grandes tempêtes qui empêchaient de partir à la cueillette ou à la récolte. Quoi qu'il en soit, il avait le ventre plein, la prochaine fois qu'il devrait s'inquiéter de son alimentation était encore loin, après une nuit. La nuit serait longue, du moins c'est ce qu'il imaginait, alors, son ventre prendrait du temps avant de réclamer un nouveau don.

D'une main ferme il tenait son outre, elle était presque vide. Il vida son contenu avant de se diriger vers l'est. Il lui semblait entendre le bruit d'un petit ruisseau. L'homme avait des oreilles encore pleines de tact, il était doué pour entendre des bruits stridents que sa mère ne pouvait même pas percevoir. Il avait en effet visé juste. Devant lui une petite grotte, et en son sein l'eau venant d'une source plus importante le long de la vallée, zigzagant entre les rochers. Il mit son doigt dans l'eau. Les racines des arbres semblaient faire leur effet et filtrer l'eau. Elle ne lui brûla pas la peau. Elle était cependant pleine de poussière. Nohaam ne se fit guère prier pour remplir sa gourde et la vider à deux reprises. Son ventre explosait. Le garçon avait, lors de son périple journalier, sué comme rarement. Essayant de trouver de quoi manger, réfléchissant comment dormir, errant sans véritable but ni mode d'emploi.

Quand la nuit tombait à peine, il se dirigea vers les arbres, montant avec ses gants maculés de terre et ses chaussures aux semelles inconfortables. Il se trouva à nouveau dans les ramifications supérieures. Les branches fournissaient de véritables chemins de traverse, où l'enfant pouvait se mouvoir. Sa grande taille et son poids réduit, lui permettaient une aisance particulière, il se mit à sourire, le ventre rassasié, à se dire qu'il n'était pas un si piètre survivant.

Quand il trouva une branche suffisamment grosse et solide, il s'allongea sur elle et attacha sa ceinture de tissu à cette dernière, en gage de sécurité. Sa ceinture faisait par quatre fois le tour de ses hanches, pour cela, il n'eut aucun mal à s'attacher à son lit, peu confortable, mais sécurisé quand aux animaux qui infestaient probablement le sol de la sylve. Il mit son sac en guise d'oreiller, sa petite bourse  lui permettant ainsi d'avoir un support pour se tenir plus droit. D'une main il tenait une pierre bleue, de l'autre son petit manuel. Il se mit à lire, sourire aux lèvres, content d'être ici, seul, fier de lui. Sachant qu'il n'avait plus rien à prouver aux autres, il avait fait le plus dur, s'était plutôt bien acclimaté à son environnement, s'était même débrouillé pour trouver de quoi se sustenter.

Ses paupières étaient de plus en plus lourdes, la longue marche avait facilité le travail de Morphée, il relâcha son étreinte sur ses biens, laissant échapper son livre et sa pierre. Le livre resta sur son ventre, ouvert en plein milieu, pliant disgracieusement une page, cornant le reste de l'ouvrage, quant à la pierre elle tomba une dizaine de mètres plus bas avant de rouler un peu. Nohaam dans le pays des rêves, totalement détendu, loin de ses préoccupation venait de perdre un atout majeur dans sa survie et surtout, laissait derrière lui une marque évidente de son passage. Les insectes s’affairaient autour de la pierre. Vinrent ensuite de plus gros insectivores, puis un carnassier. Le futur homme, endormi, venait d'attirer en quelques heures, près de lui, un dracora. L'animal, intelligent, restait au sol, mais avait repéré la respiration forte et régulière du jeune garçon en haut de sa branche. Encore protégé, Nohaam ne se doutait pas que sa sécurité était toute relative, l'animal, proche du mètre, était impressionnant même pour celui qui portait un arc et des flèches avec lui.

Les heures passèrent, la lune traversa le ciel sans arrêter sa course lente mais certaine, le soleil quand à lui fit son apparition très tôt. Les bruits de la nuit n'avaient pas empêché le sommeil lourd du garçon qui dormait à poings fermés. Ses paupières ne montraient que peu de mouvements de ses yeux, ses songes étaient calmes, il était parfaitement immobile, en dehors de sa cage thoracique qui produisait son mouvement naturel. Son ventre avait dégonflé, bientôt ses besoins naturels reviendrait au galop, il allait avoir de nouveau faim et soif. Alors que Nohaam allait se réveiller, accompagné du froid et de la bruine matinale, une paire d'yeux attendait patiemment son repas tant espéré, non loin de la grande muraille naturelle bleutée. Des yeux qui se cachaient derrière une myriade de plantes, qui ne bougeaient que lorsque c'était nécessaire, une paire d'yeux qui ne quittait pas du regard notre jeune dormeur.

1506 mots

© Adam

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: L'Envol ♦ Nohaam Sam 8 Juil - 19:07

Guerre

Si l'infortune semble se terrer dans chaque coin de la forêt, Nohaam, débutait pourtant sa journée sous les meilleures auspices, il avait faim mais se savait capable de trouver de quoi survivre. Il avait soif mais se souvenait du lieu où il avait trouvé son eau. Sa gourde était encore pleine, le soleil lui caressait le visage. Il prit un moment pour se détendre avant de se détacher de la grosse branche qui avait fait office de matelas. Il avait un gros mal de dos, mais avec le temps il passerait.

Il descendit de l'arbre après avoir réorganisé ses affaires sans se rendre compte de son cristal manquant. La journée allait être longue. Par chance il trouva quelques baies à se mettre sous la dent. Ensuite, quelques heures après avoir ingurgité ses quelques aliments il se mit de nouveau en marche. Deux êtres le suivaient, l'un d'eux était salvateur, l'autre beaucoup moins. Dans la forêt, Nohaam se sentait bien. Il n'eut qu'un seul repas avant que la nuit ne tombe. Passa la journée, sous l'ombre confortable d'un grand conifère, à lire, et il resta loin de l'agitation des vertébrés.

Quand le soir vint, il se mit en quête de nouveaux champignons, il en trouva quelques uns non loin de la couronne. Après avoir retrouvé l'endroit où il avait fait un feu la veille, il chercha dans sa bourse de quoi faire un feu. Le manque de la seconde pierre bleue se fit sentir, enfin. Il frotta le bout d'une flèche contre celle qui lui était restée fidèle. Les étincelles n'étaient pas aussi grosses. Nohaam maugréa intensément son manque de concentration, la perte de son objet et son inattention. « Pourquoi j'ai toujours la tête ailleurs ? Viens dans la forêt, prends de quoi manger, oublie tout vas-y ! Quel imbécile ! C'est incroyable de ne pas se souvenir de vérifier... »

Ses mots ne semblaient pas s'arrêter. Après une bonne demi-heure de lutte acharnée, ses doigts étaient plus chauds que les brindilles qu'il voulait faire brûler. Au bout d'une heure une flammèche fit enfin son apparition, le soleil était rasant. La nuit tombait, à la lueur du maigre feu, Nohaam fit cuire ses champignons, l'estomac dans les talons.

Après être repu, le jeune garçon vit le verre de nouveau à moitié plein. Il était cette fois, capable de faire un feu avec une seule des pierres. Il devenait un véritable survivant. Lui qui avait pensé conquérir les terres si vite allait de nouveau être confronté à l'hostilité du milieu, puisque, flânant toute la journée, Nohaam n'avait pas véritablement trouvé de quoi se sustenter les prochains jours. Il était arrivé au bout de la source de champignons et s'était cantonné à une zone très restreinte de la forêt. Le village était loin, les fleurs bleues lui offraient, certes un spectacle saisissant, mais aussi une protection, mais rien de plus.

D'un coup, une lueur bleue fit son apparition, ce n'était pas la couronne de végétaux luminescents, c'était de l'autre côté. Nohaam crût tout d'abord à un mirage avant de concentrer ses yeux. La lueur était celle de sa pierre. Il se leva, prit la direction de la dite pierre et sans se saisir de son arc, tombait sur lui le piège de la bête sauvage.

C'était bien trop tard lorsque le garçonnet se rendit compte de la supercherie, à moitié accroupi, ramassant la pierre qui était disposée entre les nombreux arbres. Le dracora lui sauta dessus, lacérant ses bras et tentant de le mordre au visage. Nohaam hurla de peur avant que la douleur ne teinte ses onomatopées. Il attrapa une flèche de son carquois à la taille pour tenter de blesser l'animal qui était bien trop lourd et agile. Nohaam était au sol, tentait de retenir les membres supérieurs de la bête sanguinaires avec ses bras, gardant une distance entre sa tête et le répugnant crâne de la créature.

Elle sentait fort, elle grognait comme un ogre assoiffé de sang, bougeait alertement, ses pattes inférieures quant à elles continuaient de venir griffer le garçon. Ses griffes inférieures ne produisaient que des égratignures, l'effusion de sang qu'imaginait Nohaam n'était pas encore présente. Le jeune garçon fit aller tout son poids contre la créature avant de prendre le dessus. Elle se débattait toujours aussi fortement, hurlant de plus en plus fort, gesticulant dans tous les sens, sortant ses crocs jaunâtres, sa langue nauséabonde et ses naseaux crachaient un air chaud et putréfié.

L'animal bien que robuste était de petite taille, moins du mètre, Nohaan asséna un coup de genou à l'animal. Puis en se relevant, porta son pied contre le flanc de la créature. Elle rugit de douleur avant d'elle aussi tenter de se relever. Nohaam prit la fuite rapidement tant qu'il le pouvait. Il se saisit d'un tronc des deux mains avant de porter ses jambes à sa taille pour y grimper le plus vite possible. La créature n'était pas apte à suivre le mouvement du garçon et Nohaam, en haut d'une courte branche, surplombait la scène. Il regarda ses jambes, son pantalon qui tombait en ruines laissait apparaître des jambes malmenées, des genoux rougis par l'effort et des mollets tétanisés par la peur. Il mit du temps avant de reprendre son souffle.

Il se saisit de son arc et d'une flèche. L'animal sautillait, crachait et tentait de faire l'impossible en essayant d'appréhender sa victime. Ses vaines tentatives le firent arrêter son action plus fatigante que concluante. De son côté, Nohaam armait sa flèche, la mit à son œil, corde tendue, bras déployé. Il pensait à décocher la flèche, mais se dit qu'il n'avait aucune raison de tuer la pauvre bête qui ne faisait que ce que mère Nature voulait de lui. Quand la bête se mit de nouveau à grogner, Nohaam laissa partir sa flèche avec regret, fermant les yeux. Elle n'atteignit pas sa cible, prenant une trajectoire désordonnée. L'animal comprit la supériorité de l'homme en devenir et prit la fuite dans le grand pâturage de fleurs. Elles s'illuminaient à sa venue. Puis les fleurs s'agitaient toutes à la fois, la grande étendue bleutée semblait infestée de créatures. Nohaam, regardant fixement sa flèche, plantée d'un côté sur le sol, regrettait son acte. Bien qu'il n'ai pas abouti, il se trouvait mauvais. Il allait faire ce qu'il détestait le plus, piller la sacro-sainte Nature.

Il resta quelques minutes à contempler l'objet de mort, avant de décider de la récupérer. Il vérifia avoir toutes ses affaires, puis prit le temps de remonter aux arbres avant de s'éloigner, de branche en branche de la couronne des Bleutées. La route étaient encore longue pour celui qui, un jour plus tôt avait réussi à trouver à la forêt un côté hospitalier.

Si la nuit dernière il avait, à la lueur bleue de sa pierre, lu avant de s'endormir, cette fois-ci, la nuit fut bien différente. Il s'attacha à une autre branche après avoir marché pendant de longues minutes le long des poutres que formaient les branches hautes. Les arbres millénaires semblaient éternels. Leur sève abîmait les chaussures de Nohaam, les écorces étaient dures comme du béton armé. Il n'avait ni faim ni froid, ni chaud ni soif, mais quelque chose venait de changer en lui. Il se mit à chantonner, à se parler seul. Certaines bribes de monologue faisaient sens. Attaché sur son arbre, l'arc et ses flèches bien en vue, il pensait à haute. « Nature veut, tu obéis. »

Si dans sa foi grandissante, il commençait à comprendre le sens de sa vie, il comprenait aussi que le monde n'était pas uniquement pavé d'intentions bonnes. L'animal exerçait plus tôt des besoins naturels, manger, lorsque Nohaam voyait ses frères et sœurs revenir des contrées extérieures à la sylve, ensanglantés, des membres en charpie, il était loin de se douter que les animaux les plus dangereux ne se trouvaient parfois pas entre les arbres. Si désormais il était effrayé des infimes bruits dans la canopée, il redoutait encore plus de rencontrer les peuples étrangers. On lui avait parlé de coutumes qui dépassaient sa compréhension, de mœurs qui étaient impensables, de rituels dégénérés, d'habitudes malsaines. Il ne connaissait rien du peuple de la cité de fer, il ne connaissait même pas les habitants de sa propre forêt. Il les craignait, il craignait d'autant plus en rencontrer un lors de sa semaine initiatique.

Mais ce n'était pas eux qui allaient, le lendemain lui faire le plus mal. Nohaam allait rencontrer un nouvel opposant à sa quête, un nouvel être n'ayant pas de forme, un être qui ronge sans prévenir. Dans la forêt, il n'était qu'un étranger, il avait peur, mortifié par la crainte de rencontrer un nouveau rival dans la course à la survie.

Il n'eut pas le cœur à parler davantage, ni même de sortir son petit manuel, ni même à vérifier ses jambes qui transpiraient abondamment. Il était silencieux, le regard fixé sur les quelques étoiles qui traversaient de leur lumière, les épais feuillages de la toiture naturelle. Il ne pensait même plus à la douleur résultant de la confrontation, il était tel une statue, pensant à ses actes, à ceux des autres, essayant de raisonner toutes ses idées pour donner un sens à l'Insoumise.


1529 mots

© Adam

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: L'Envol ♦ Nohaam Lun 10 Juil - 10:00

Famine

Nohaam à peine éveillé vida son récipient d'eau avant de se tenir les côtes. Son ventre criait famine. La sensation n'allait pas quitter son corps avant un bon moment. L'enfant se détacha de nouveau de son arbre. L'odeur qu'il dégageait commençait à accentuer sa sensation de faire corps avec la Nature. Il était sale, ses jambes le faisait souffrir, sa tête tournait dès lors qu'il essaya de marcher sur les branches. Il prit la juste décision de descendre avec précaution de son nid, affaires sur le dos, essayant de ne pas chuter. Les arbres étaient, comme le jeune garçon imbibés de la rosée matinale. L'écorce se faisait plus ductile, plus difficile à escalader. Quelques grands oiseaux firent s'envoler quelques oiseaux plus petits, faisant fuir les plus petits insectes.

Aujourd'hui n'était pas semblable à hier, son réveil était difficile, pénible, il avait mal dormi et surtout peu dormi, scrutant avec effroi chaque satané mouvement qui le terrifiait. Aujourd'hui il n'y aurait pas de champignons, pas de bons champignons du moins, la source d'eau dans la caverne naturelle serait la seule chose qui remplirait son ventre péniblement douloureux. Il ne le savait pas encore mais il était encore bien loin de trouver son salut dans ses propres terres. Une fois au sol, ses jambes reprirent un minimum confiance. Il se dirigea vers l'est, il lui fallait un nouveau point de chute. Il s'éloignait alors des troupeaux formant alors des pôles d'attraction pour la faune carnivore. Il s'enfonça un peu plus dans la forêt. Toujours en titubant, marchant péniblement, les courbatures de la veilles lui créaient une souffrance lancinante qu'il ne pouvait plus endurer sans grommeler à chaque pas. Les arbres étaient au moins source de fraîcheur dans la forêt. L'air était pauvre en oxygène la nuit mais riche de jour, couvert du brutal soleil qui faisait alors monter la température, augmentant la sudation de Nohaam. Le garçon était sale. Ses ongles étaient presque tous brisés, ses gants étaient gorgés de sueur lorsqu'ils n'étaient pas troués par endroits. Sa capuche lui serait d'une aide très minime en cas de pluie, abîmée par les mouvements secs et les griffes, sa ceinture commençait elle aussi, à signer la fin de son utilité.

Il se servait désormais de son arc comme d'un bâton de marche, essayant au mieux, de suivre une ligne droite imaginaire qu'il s'était fixé. Après deux bonnes heures de marche, le jeune garçon fit enfin une pause. La forêt était immense. Son front brillait sous le peu de lumière que laissait encore entrer la canopée. Il s'assit sur une grande souche épaisse, la mousse sur son versant supérieur semblait comme un matelas de plume pour le jeune garçon qui n'avait fait que de pérégriner toute la journée. Il ne pensait plus, n'était plus un être humain, il retournait à un état sauvage, sans se poser de questions, en dehors de quoi manger, quand boire.

Après quelques bonnes minutes de relaxation, il se mit en quête d'une nouvelle source de vivres. Quelques champignons, le jeune garçon ne connaissait pas la variété, il n'était jamais venu aussi profondément dans la forêt qui semblait si hostile. Il en récupéra de quoi encombrer son sac et faire souffrir son dos. Il les équeuta avant de plonger uniquement les chapeaux dans sa bourse qui semblait elle aussi, demander un répit.

Nohaam se dit qu'il serait mieux à retourner du côté ouest, retrouvant alors son point de chute, quelques vivres en poche. Même s'il savait que des bêtes rôdaient, il pourrait grimper aux arbres, les éviter, regarder par avance si la voie était libre. Il avait eu tant confiance en ce lieu qu'il y retourna sans même maugréer le long de la route. Il passait ses pieds aux mêmes endroits qu'à l'allée mais il n'y fit même pas attention, il ne prêta pas attention aux bosquets de baies juteuses et appétissantes, ni même à certaines fleurs qu'il aurait su comestibles, il n'était plus que machine, son corps réclamait un repas. La moitié de la journée venait de passer.

Arrivé près de sa grotte il fit un feu, pas comme d'habitude pas si proche de la couronne de fleurs, pas si proche du champ de bataille de la veille. Son estomac gargouillait. Il embrocha les quelques champignons comme à l'accoutumée, les laissa cuire au coin de l'âtre, il regardait derrière son épaule, écoutait les bruits de la forêt. Il vida sa gourde avant d'aller dans la sous-sol pour la remplir. Quand il revint en extérieur, son ventre, geignant, décida que le repas était prêt. Il dévora les quelques chapeaux qui avaient perdu beaucoup d'eau. Il décida de faire une halte dans la grotte, à l'abri de la chaleur, passant l'eau presque boueuse sur son visage, lava ses vêtements grossièrement et passa l'eau, salvatrice, sur tout son corps en quête qu'une propreté précaire. L'homme à moitié nu commençait à avoir des crampes d'estomac. Son ventre grommelait, hurlait s'il le pouvait, il était du moins, très sonore. Nohaam commença à tenir ses côtes, à se sentir mal, il transpirait à grosses gouttes et ce n'était pas faute d'être dans un endroit frais. Il resta torse nu avant de s'allonger, tentant de calmer sa douleur, respirant avec difficulté.

Les champignons n'étaient pas faits pour lui, du moins son système digestif n'était pas capable de les assimiler. Erreur de débutant ou maladresse liée à la faim, Hädrim avait fait une grossière erreur. Il se mit à vomir, sans véritablement s'arrêter. Son teint, bien que très pâle d'origine, devenait blafard, jaunâtre par moments, revenait au blanc neige, le garçon malade, atteint de symptômes aigus et prononcés.

Il n'eut pas le courage de boire tout de suite, il passait sa main sur son visage, tentait de rester conscient mais ce qui le tiraillait, le mal qui l'affectait, était bien plus fort que sa propre volonté. Le garçon vomissait encore, laissant sa trace dans un coin de la grotte, rampant pour éviter de contaminer le petit ruisseau qui prenait sa source plus bas, entre les pierres et stalagmites.

Ses yeux ne pouvaient plus se concentrer sur un point fixe, il n'avait plus véritablement le courage de faire autre chose que d'obéir à cette purge que lui infligeait son repas malsain. Il se mit, quand les haut-le-cœur faiblirent enfin, sur le dos, regardant le plafond naturel, à la lueur du soleil qui pénétrait l'alcôve.

Il se mit à penser à son père, à sa mère, aux siens qui, avaient certainement déjà vécu bien pire. Il se dit qu'il ne reverrait jamais personne du village, non pas qu'il soit la bête la plus sociable du groupe, il avait une grande sympathie pour tous.

« Pardonne-moi, je ne sais pas si je vais y arriver. »


Nohaam avait honte, honte de n'être pas véritablement fort, ni même très agile, pas très perspicace, pas très chanceux, pas très utile. Il avait honte de ne pas être celui qui pèserait dans la balance en faveur de ses semblables. Il voulait être, pour eux, signe de fortune. Mais là, à trembler comme une feuille sous l'effet de la brise, Nohaam ne prouvait à personne, sa grande capacité à être, ou à devenir, quelqu'un.

Encore écœuré, le garçon se dandinait, gigotant comme une proie dans la toile d'une araignée. Les nausées revenaient, lui laissant par moment, quelques courtes minutes de répit qui ne le reposait en rien. Il se tourna, prit la direction de la source potable, remplit sa gourde, mis son visage dans l'eau sale avant de se remettre sur le côté, face à une paroi moussue. Sa bile, sur le sol attirait les insectes, Nohaam ne les voyait pas, ses yeux déjà emplis de milliers d'étoiles. Le garçon n'était plus vraiment lui-même, il n'était plus vraiment capable de discerner quoi que ce soit, confondant les murs de pierres avec les limites de sa chambrée, imaginant sa mère à la place de gros rochers, se voyant allongé dans son lit, au beau milieu de ses crachats.

Il n'avait plus honte, il n'avait plus faim, son corps était exténué, vidé. L'homme en devenir était redevenu sauvage, ne pensant plus véritablement à rien, il n'y avait plus de foi, plus de bien, plus de mal. Les sensations n'étaient pour lui plus différentiables des sentiments. Nohaam, en cette fin de journée débutait un voyage psychologique important, une épreuve qui était physique mais qui impacterait tout son être. Il aurait souhaité être à la maison, c'était surtout pour le confort, le confort des siens mais avant tout, le confort d'un repas, d'un lit, d'une sécurité, bien que relative.

La seule véritable pensée qu'il eut, était comme une promesse, celle de ne jamais quitter le Hameau, son Hameau, celui qu'il chérissait de tout son cœur. La nuit tombait, les étoiles plus éloignées que le soleil devenaient enfin visibles dans le ciel, les nuages s'étiraient. Cette fois-ci pas d'affrontement contre un ennemi bien visible, celui là était plus perfide, lancinant. La faim était une sensation douloureuse qui après quelques heures disparaissait, le jeun devenait alors agréable avant de redevenir un fléau pour le corps et l'esprit. Nohaam, à demi-inconscient, les affaires éparpillées dans sa caverne, remuait de tout son saoul, s'endormant petit à petit, le ventre vide, les muscles endoloris.

1531 mots

© Adam

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: L'Envol ♦ Nohaam Lun 10 Juil - 14:08

Mort

Réveillé en pleine nuit par son ventre douloureux, Nohaam ne se mit pas en quête d'un aliment au beau milieu des ténèbres. Déjà se trouvant incapable de différentier un aliment comestible d'un champignon toxique, il se dit qu'il ne s'essayerait pas à la lourde tâche, pendant la nuit. En réalité il ne quitta même pas les lieux, souillés par ses nausées de la veille et de l'odeur qui les accompagnait.

Il se mit à boire beaucoup, comme pour regagner toute l'eau perdue, pour prendre un minimum de force et s'essaya à dormir de nouveau. De nouveau conscient totalement, la grotte était plus menaçante pour lui, plus effrayante, les ombres des arbres qui couvraient sa silhouette rendaient le tout pétrifiant d'effroi. Il eut peur qu'un animal trouve également refuge ici, pour l'eau, pour le confort d'un toit, pour l'odeur que le jeune garçon dégageait. Mais cette nuit, bien qu'il eut du mal à fermer l’œil, rien ne vint à perturber son sommeil troublé.

Au petit matin, la faim ne l'avait pas quitté, ni même les courbatures. Le jeune garçon avait les membres endoloris par la fatigue de l'épreuve de la veille. Il se leva péniblement, avant de partir il fit une toilette intégrale, passa ses vêtements sous l'eau, retira son haut qu'il mit dans sa sacoche. Les affaire une fois réorganisées, il se mit en quête d'un nouveau buffet.

Attiré par le destin, Nohaam se rendit après une pénible marche, vers le lieu où étaient conservées les pierres séraphiques. L'endroit était proche du territoire des cannibales. Là, sur la route, entre deux arbres, gisait la dépouille d'un homme, du moins ce qu'il en restait. L'être humain de jadis, était défiguré, impossible de déterminer son sexe. Ses viscères étaient étalées sur un bon mètre, le sang coagulait déjà, les insectes se précipitaient déjà à accélérer le processus de pourrissement, pondant dans les cavités créées par de grandes plaies, mâchouillant le peu de chair encore propre. Nohaam eut de nouveau l'envie de vomir mais son ventre, dénué de contenu, retint cette pulsion naturelle.

Le spectacle n'était pas ravissant, bien loin de là, cependant Nohaam ne pouvait s'empêcher de regarder la scène. Il ne pouvait s'empêcher de penser que lui aussi, était fait de la sorte à l'intérieur. Ses entrailles étaient similaires, ses os avaient la même couleur, ses tendons étaient les mêmes. Répugnant, dégouttant. Nohaam ne pouvait pas éluder de son esprit le peuple des Ohianys. Il n'en avait jamais rencontré un membre, il ne le désirait pas du tout. On les disait fervents et amicaux, mais ils étaient surtout des mangeurs de cadavres pour le jeune garçon. L'enfant entendit quelques bruits de pas, un petit groupe se dirigeait vers sa direction.

Ni une, ni deux, Nohaam bondit en haut du premier arbre, sans faire bruit alors qu'il aurait voulu hurler sa peine à escalader le tronc. Arrivé à plusieurs mètres de hauteur, en se contenant pour ne pas respirer aussi fort qu'il le voulait, haletant presque, il regardait la scène, accroché à une branche comme un reptile. En dessous de lui, deux hommes regardaient la dépouille, ils semblaient étrangers au village, des cannibales certainement. L'un d'eux se mit à genoux devant le corps, l'autre regardait autour d'eux. « Plus rien à récupérer. »

L'homme venait de confirmer les pensées de Nohaam, il s'agissait bien de mangeurs de corps. Les autres habitants de la forêt. « Une nouvelle âme perdue... » L'autre homme semblait triste, presque autant pour le repas manqué que pour sa foi. C'était fascinant pour Nohaam qui comprenait que chaque individu réagissait d'une manière totalement opposée à la mort. La mort de son père avait été un véritable cap à franchir pour lui, même s'il n'y avait pas de joie, la tristesse devait laisser place à la confiance, la confiance des forces de la Nature. Après tout le shemtri de son père était là, avec lui, son Dernier Devoir avait été accompli. Nohaam alors se remémorait les quelques mots de son géniteur, être compteur plutôt que public, partir à l'aventure désormais. C'était le cas aujourd'hui. Nohaam avait de nombreuses choses à raconter, de nombreuses nouvelles expériences, peut être même certains atouts qu'il pourrait donner aux siens. Les deux cannibales à l'allure grandiloquente partaient à nouveau de l'endroit d'où ils venaient, ils avaient l'air robustes. Ayant certainement mangé beaucoup plus que Nohaam ces trois derniers jours. Le jeune garçon avait eu la bonne idée de se remplir de nourriture préparée par sa mère. Il avait cueillit des bourgeons, récolté du pollen, était parti avec un groupe expérimenté pour récupérer quelques fleurs.

Là désormais tout paraissait plus difficile. En haut de son arbre, Nohaam regardait les deux hommes s'enfuir, ils étaient désormais à bonne distance, le garçon de la sylve pouvait alors enfin descendre. Il lui fallait trouver de quoi manger, mais quoi ? Il tomba sur une petite clairière, quelques centaines de mètres plus loin. Elle était emplie de fleurs. Il récupéra un grand nombre de bourgeons, il en mâchouilla de grandes poignées, laissant le reste pour plus tard, au fond de sa bourse. Plus secs les bourgeons craqueraient sous ses molaires comme de délicieux apéritifs. Il retrouvait peu à peu le sourire, il ne fallait pas beaucoup à un homme affamé. Quelques baies plus loin. Quelques tubercules, deux choums, la récolte était magnifique. Nohaam n'en croyait pas ses yeux. Son sac s'alourdissait avec le temps, mais son esprit était plus léger.

La moitié de la journée était à peine arrivée, il fit un feu, emplit son conduit digestif, se régala, prit quelques dizaines de minutes pour se reposer. Regarda les arbres avant de se plonger dans son petit manuel, comme s'il était chez lui, à l'aise. Un groupe d'enoe, marchait péniblement vers la couronne insecta, rencontra le regard du jeune garçon allongé, la tête contre une souche, qui ne respirait plus. Le spectacle était magnifique, le troupeau était large, une bonne douzaine d'individus. Le dernier traînait ses pattes, il semblait plus âgé que le reste de la troupe.

Il tomba au sol, le reste des mammifères ne s'arrêta pas. Nohaam vint à sa rencontre, bondissant de sa position confortable. L'animal, qui était tombé dans un fracas assourdissant respirait péniblement, déplaçant toute sa masse avec force pour relever sa cage thoracique. Nohaam était tout proche de lui, presque effrayé par la scène qu'il ne comprenait pas réellement. L'animal était souffrant et ses quelques interjections incompréhensibles étaient empreintes de douleur. Le fils Hädrim était proche de pleurer en face d'un tel moment. Nohaam vint à sa hauteur, s'accroupit, caressa sa tête en regardant ses gros yeux vitreux. L'animal souffrait seul. Bientôt il serait shemtri, il quitterait sa forme pour rejoindre l'Equilibre d'une autre manière.

Le groupe revenait probablement d'un coin à fleurs, ils ne quittaient que rarement les points d'eau pour se rendre vers des pâturages plus généreux. La grosse bête, couchée sur le long de son corps, ferma les yeux une dernière fois. Nohaam, passant sa main sur le museau de la bête en évitant cornes et crochets, tristesse, mélancolie, Nohaam prenait désormais une nouvelle leçon. La mort était partout, pour tous, presque la même. On ne meurt pas de la même manière que l'on naît. Généralement on meurt seul. Entouré parfois de quelques êtres chers. Ce pauvre mangeur d'algues était mort en compagnie d'un inconnu, certes ayant douceur et une presque admiration pour lui, mais avec un inconnu tout de même.

Qu'était passé par la tête de son père lorsqu'il avait péri seul dans la forêt ? Qu'arriverait-il à Nohaam s'il restait ici à jamais, sans être retrouvé par les siens ? Il fallait désormais quitter l'endroit qui serait bientôt le repère des charognards et des insectes, attirant de nouveaux prédateurs. Nohaam n'était pas en sécurité. Il reprit la route. La journée fut longue mais vide. Non pas vide de sens, puisque l'enfant, presque arrivé à maturation, était en pleine réflexion sur sa condition humaine. Il ne voyait plus les choses de la même manière, troublé par les visions de morts d'aujourd'hui. Un nouveau repas, dans le silence, la solitude. Un nouvel arbre qui servirait de lit, une lecture de son manuel pour se changer l'esprit. Cela ne fonctionnait pas. La nuit serait agitée, longue. Nohaam avait peur, non pas de mourir, mais de vivre en vain. Au loin, varazas et irvams grognaient, certainement en train de se disputer les dépouilles des innocents, les restes des vies passées, la chair des malheureux. La forêt était immense, pour Nohaam elle était trop petite, il se sentait à l'étroit. Tout allait si vite, tout était si difficile, il manquait d'air. Même l'estomac rempli, les stigmates des jours précédents effacés, le visage plus ou moins propre. Nohaam luttait pour trouver un peu de repos. Son esprit était trop gangrené par la peur de l'échec. Encore quelques pensées néfastes, quelques sursauts dus aux bruits de la forêt et le sommeil arriva pour le jeune garçon. Demain, Nohaam aurait de nouvelles histoires à raconter, il les garderait pour lui jusqu'à un certain point, il était bien loin de penser que l'exil se ferait un jour, il quitterait la forêt, brisant sa promesse, devenant de nouveau un homme.

1522 mots

© Adam

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: L'Envol ♦ Nohaam Lun 10 Juil - 16:27

Martyr

Nohaam, une brindille noircie par le feu à la main, écrivait sur les dernières pages du carnet qu'il gardait précieusement depuis le début de son épopée.

Mère, j'espère que tu me pardonneras d'avoir été un lâche. D'avoir également été si distrait. Pardonne moi de n'être pas celui que tu désirais. J'aurais tant aimé te demander qui était ma grande sœur. Même si nous ne l'avons, ni l'un, ni l'autre, connue. J'aurais aimé savoir qui elle était pour toi, tout au fond de toi. J'aurai partagé tellement avec elle, elle aurait été un guide pour moi, un bâton sur lequel je pourrais me reposer chaque jour, elle m'aurait parlé de l'Envol, de son expérience. Elle m'aurait forcé à être courageux. Mais je ne le suis pas, pas parce qu'elle n'est pas là, seulement de ma faute.

Ohibaan, je ne suis personne mais je témoigne mon respect. Je n'ai pas véritablement mérité ma place parmi les nôtres. Je ne suis pas à la hauteur de qui nous sommes, de ce que nous représentons. Je ne suis qu'un simple hère parmi vous, je ne suis pas vraiment utile, je ne suis pas vraiment doué. Mais la Nature ne veut-elle pas que j'ai un rôle parmi vous ? Je me sens à l'écart et c'est ma seule faute. Je me sens lâche et j'en suis l'unique instigateur. Pourquoi ne puis-je pas demander cela de vive voix ? Pourquoi ai-je besoin de ce stupide morceau de papier ?


Nohaam arracha la page avant de la rouler en boule et de la disposer dans le feu. Il n'était pas convaincu de ses propres mots, quelque chose manquait. Quelque chose qui lui échappait. Nohaam n'était pas un martyr, il n'avait pas bataillé pour son peuple, il n'était pas grand chose à ses propres yeux. Il était amer, pleurait à la lueur des flammes qui donnaient une tonalité dramatique à la scène. Ses cheveux étaient ébouriffés par ses changements de positions contre le gros tronc sur lequel il s'adossait.

Nohaam écrivait une sorte de Dernier Devoir, mais il ne se sentait pas trépasser, il écrivait parce qu'il était en manque de contact humain, il était là depuis quatre nuits, depuis trop longtemps pour quelqu'un vivant dans une communauté aussi fraternelle. Il n'était pas le plus sociable et pourtant, il était en manque de relations, de discussions. Cela faisait bien trop longtemps qu'il n'écoutait pas les plus sages du Hameau parler de la guerre ou des régions éloignées au coin du feu. Il reprit une page vierge, fit roussir encore son bout de bois et reprit sa manœuvre.

Je ne suis pas quelqu'un pour toute la communauté. Je ne suis qu'un de plus parmi la foule que nous sommes. Je ne suis...


Encore une fois, rien n'était bien pour Nohaam, pourquoi écrivait-il si tristement ce soir ? Était-ce le larcin du mumu qui l'affectait tant ? La fatigue était-elle trop présente, envahissante ? Quoi qu'il en soit, il versa sa larme avant de répéter le processus de destruction de son écrit. Le jeune homme n'avait que peu écrit dans sa vie. Il avait reçu suffisamment d'enseignement pour savoir lire, parler et écrire, mais il n'avait jamais véritablement révélé une plume certaine. Du charisme il en avait, du moins bien assez pour son âge, mais il était trop timoré, trop pingre de paroles que le tout s'effondrait sur lui, il ne parlait que peu, écrivait rarement, il était même prêt à parier que la majorité du village n'avait jamais entendu le son de sa voix. Certains le pensaient peut-être même atteint de mutisme ou ayant fait vœu de silence.

Tu es ma mère et comme notre Mère à tous, tu me nourris, t'occupes de moi, me cajole quand ça ne va pas. Aujourd'hui j'ai tant besoin de toi, je ne renie pas l'Insoumise mais de ses bras, elle n'apporte pas souvent le réconfort, du moins pas ces derniers jours. J'ai hâte que tu finisses de dessiner sur mes bras, que cette épreuve soit terminée, que nous soyons enfin réunis. Je t'aime et le lien entre nous est si fort que je peux entendre ton cœur battre à travers la forêt. Je sens que père essaye de me parler à travers tous les signes que m'envoie la Faiseuse de Monde. La Grande Créatrice est pour moi un messager entre nous, nos deux énergies. Mais j'ai peur qu'elle ne me communique pas la fierté de mon père, je ressens son amour, mais j'ai peur de ne pas être à la hauteur des espoirs qui sont sur mes épaules. Premièrement de par le fait que je sois un Fils d'Ohibaan, dans un second temps parce que je suis ton fils. Le Hameau des Sylves est si loin, si parfait, ai-je vraiment ma place en son sein ?


De nouveau, Nohaam réduit en cendres ses quelques mots. Les nuages commençaient à cacher la Lune, forçant le jeune homme à ajouter du petit bois à ses braseros. Il souffla quelques secondes sur le feu, faisant surgir de grandes flammes hautes et resplendissantes qui réchauffèrent son visage, attaqué par le vent de côté. Les arbres étaient immenses, il semblait invraisemblable d'en trouver le sommet par ces ténèbres. Mais Nohaam chercha, ne trouva point, se remit le nez sur le carnet. Sa journée avait été longue, difficile, comme toutes celles auparavant. Il n'avait rencontré que quelques mumus, l'un d'eux s'était servi dans sa bourse, lui volant quelques bourgeons récoltés la veille. Cependant le jeune garçon en était resté coi, impensable pour lui de tirer sur l'animal ni même tenter de le poursuivre. Il n'avait rien fait d'autre que de se cacher des grands oiseaux prédateurs, des troupeaux se déplaçant vers les sources d'eau. Il n'était pas un grand soldat, pas même un fin stratège. Il n'avait jamais tenu de lame de sa vie, il ne souhaitait de toute façon, pas être bretteur. Le pugilat était pour lui insensé. Il n'y avait que les plantes. Même elles lui avaient joué des tours, quelques jours plus tôt lorsque la faim, lui avait dicté de manger des espèces alors inconnues. Si la faim justifie les moyens, la satiété n'est alors qu'un but et plus un état. Nohaam ne voulait pas faire de l'alimentation une de ses priorités, il voulait rester curieux, rester passionné par ce qui l'entourait, loin des considérations qu'il jugeait trop terre-à-terre.

Il ne se remit pas à composer de suite, il pensait, les yeux rivés vers les ténèbres parfois s'arrêtant sur les flammèches dansant comme parfois les siens le faisaient les jours de célébration. Tout cela lui manquait, les fleurs blanches, les doux breuvages et décoctions, les plantes nobles qu'ils s'autorisaient à récolter pour le plaisir de tous. Il se remit à l'ouvrage après avoir essuyé une nouvelle fois ses joues et ses yeux larmoyants.

Nohaam qui es-tu ? Un petit garçon perdu ? Qu'as-tu fait pour le bien de tous ? Il te faut être quelqu'un de meilleur, si tu veux être apprécié des autres. Ne penses-tu pas que Eldrasea doutait à un moment dans sa vie ? Ne penses-tu pas que même Ohibaan a des questionnements quant à la direction de la famille que nous sommes ? Tu as peur mais tu es quelqu'un d'intelligent. Tu peux être qui tu veux, tu peux faire ce que tu veux. Tu n'as pas besoin de preuve pour cela. D'ici quelques jours tu seras un homme, un homme ne pleure pas parce qu'il a peur, un homme ne pleure pas parce qu'il doute. Un homme agit. Tu dois agir dès maintenant, c'est ce pourquoi tu es ici, dans la forêt, seul, prends sur toi un petit instant. Prends sur toi et deviens qui tu veux vraiment être, pas un martyr, pas un paria, pas un être reclus sur lui-même. Tu es Nohaam Hädrim et tu peux être quelqu'un de bien, quelqu'un qui fait le bien, quelqu'un sur qui toute la sylve peut compter.

Une nouvelle fois, il déposa son papier, une fois chiffonné, dans les braises blanches et rouges, alimentant le feu qui était déjà bien haut. Le papier sur lequel il écrivait, était trop rare, Nohaam eut un moment de regret quant à cette quantité gâchée. Il s'en voulait et il pèserait ses mots sur la dernière chose qu'il écrirait. Non pas un Dernier Devoir, mais une lettre ouverte, une véritable discussion, une promesse faite à lui seul.

Une fois la lettre écrite, il referma son petit livre. La journée avait été bien éprouvante pour son corps, la soirée l'avait été pour son esprit. Il se mit à grimper de nouveau. Un bon quart d'heure d'escalade lui suffit pour atteindre un endroit suffisamment confortable pour la nuit. Le feu était éteint, les pierres bleues seules l'avaient guidé. En haut de la canopée, l'air était bien plus frais, le garçon s’emmitoufla dans son peu d'affaires, mit sa capuche de manière à recouvrir une majeure partie de son visage et croisa les bras. Le silence se faisait peu à peu, la peur s'estompait, la fatigue le terrassait, une fatigue qui lui avait fait penser et écrire ce qu'il regrettait déjà. Une fatigue qui le berça jusqu'à de petits ronflements et des rêves concernant sa grande famille, qu'il oublierait déjà à son réveil.

1533 mots

© Adam

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: L'Envol ♦ Nohaam Mar 11 Juil - 14:02

Cataclysme


La flèche de Nohaam se heurta sur le gros insecte multicolore. Ses pattes visqueuses et ses yeux terrifiants étaient tournés vers le jeune garçon. Il était terrorisé, l'animal ne bougea même pas lors de l'impact, la flèche vint à se briser, la point ne pénétra pas la solide carapace, la seconde vint à agacer l'animal. La troisième quand à elle fit rebrousser chemin au monstre en face de lui. Nohaam, le pantalon baigné par la peur, suait comme sous un soleil de plomb, rebroussa chemin, quitta la couronne insecta avant de rejoindre celle des fleurs bleues. Les bras mutilés du garçon se retrouvaient désormais vulnérable à la pluie qui commençait à taper contre sa peau. Les nuages obscurcissaient le ciel et le paysage, le vent était irrégulier, sa capuche de fortune n'était pas d'une grande utilité. L'odeur de la terre humide répandait sur tout le territoire une sensation de confort en même temps qu'un danger véritable, si la pluie ne cessait pas, Nohaam ne pourrait survivre jusqu'au surlendemain.

Ses gants étaient baignés par l'acidité de la pluie, il n'avait d'autre choix que de s'abriter sous une grande fleur aux pétales démesurément grands. Il s'accroupit, se mit dans toutes les positions pour tenter de prendre au moins la pluie sur ses bras blessés et son visage fragile. C'était la première fois qu'il affrontait la pluie si longuement. Il n'avait pas souvenir d'avoir passé tant de temps dehors. Le garçon n'était pas un homme d'action, pas encore du moins. Lui qui s'était promis de ne pas tirer à vue sur un autre être vivant n'avait plus ce regret quant à la créature affrontée précédemment. La pluie était la seule chose qui lui occupait l'esprit. Il voulait retourner vers la grotte, son havre de paix. Mais le chemin était trop long, il avait peur de l'infection, il avait peur de ne pas savoir comment se soigner, il ne connaissait, après tout, que la théorie sur les cataplasmes.

Il remit son haut et ses manches comme il pouvait sur ses bras souffrants. Ajusta de nouveau son capuchon, il organisa grossièrement ses cheveux, mit le maximum des mèches vers l'arrière, arracha quelques poils au passage. Le garçon commençait à avoir une petite barbe, frêle et éparse sur les endroits les plus fournis de son visage. Sa moustache, asymétrique commençait à le démanger, son menton était recouvert de poils désordonnés, ses joues étaient quant à elles plus clairsemées.

Il n'avait qu'une paire de kilomètres à parcourir avant de retrouver la caverne. Il les fît, avec grande difficulté, en tentant de ne pas tomber ou embourber ses chaussures. Le garçon essaya de rester au maximum à l'abri. Impossible sous un vent pareil, impossible dans de telles conditions météorologiques. La caverne était trop humide, mais c'était mieux que l'extérieur. L'eau claire se mélangeait avec l'acidité de la pluie, impossible pour lui de boire ce qui jaillissait de la faible source.

Il passa sa nuit, près du feu, tentant tant bien que mal de faire brûler du bois humide, séchant peu à peu ses vêtements et sa peau. Au réveil la pluie s'était calmée. C'était son dernier jour, plus qu'une nuit avant le retour du confort du foyer. Nohaam était anxieux. Il redoutait son retour. Mais la journée quant à elle était calme, à l'instar du jeune garçon. Il ne grimaçait plus, il trouvait plus facilement de quoi manger, ses aptitudes avaient fait un grand bond en avant. Il était plus résistant, plus fort, mentalement surtout. Il était plus calme. Nohaam était devenu ce que l'Envol voulait de lui. Si l'épreuve était individuelle, chacun y trouvait son compte. Le fils Hädrim avait quant à lui trouvé un sens à sa vie, du moins, il voulait se rendre utile. La confiance qu'il avait gagné était véritablement le plus beau cadeau de la semaine. Bien que l'épreuve n'était pas finie, Nohaam était déjà grand vainqueur. Le feu s'éteignit par lui même quelques heures après qu'il ne se soit endormi. Le jeune homme sentait la fumée froide et l'humidité. De retour au nid, il se débarasserait de ses affaires pour s'en procurer d'autres, de nouvelles, pas encore rongées par un si long moment passé dans la forêt.

Ce n'était pas une victoire grandiloquente, mais un succès tout de même du moins au niveau personnel. Nohaam ne serait pas capable d'affronter des armées entières, ni même de chasser du territoire les nuisibles, mais il était capable de vivre seul, comme un exilé. S'il était devenu indépendant, alors, sous la croupe de la tribu, il ne serait plus un poids, il serait un individu à part entière, il ne serait pas vain. Il repensait aux mots qu'il avait finit par écrire dans son petit carnet quelques soirées auparavant. Il ne regrettait pas ses dires, mais il les comprenait. Il avait évolué, il avait grandit, il était passé dans le monde des adultes, et ce, sans transition visible, tout en douceur.

D'une main de velours il s'attaqua à la cuisson de choums, de bourgeons récoltés, de champignons sains, de racines amères et de sève comestible. Hädrim avait en lui les capacités de faire des actions simples, mais pour lui, c'était déjà un grand pas en avant. Il était un homme, il était seul, il avait réussi à faire ce qu'il avait envie de faire, vivre et survivre sans l'aide de personne. Même s'il s'imaginait surveillé, il ne le savait pas, il ne savait pas que quelqu'un l'avait observé autant. Ce n'était pas l'Envol le plus palpitant du monde, mais c'était le sien. Le repas était consistant, suffisant pour sa faible corpulence élancée.

Ce n'était pas la plus grande victoire mais c'était la sienne, il avait vaincu sur ses peurs, vaincu ses appréhensions. Du haut de ses seize années, le fils unique était devenu responsable. Bientôt il pourrait être considéré comme collègue par des gens comme Eldrasea, Rilver ou même Ohibaan en personne. Il mangeait une dernière fois de jour avant d'arpenter les allées forestières, profitant de ses derniers moments avant le retour au village. Le soleil prenait une direction descendante, les mumus jouaient au loin, chapardant des fruits et autres insectes. La Nature était belle, elle n'était pas sienne, mais Nohaam commençait à sentir le lien existant entre elle et lui, son implication dans la grande Insoumise, son implication de le Cercle Parfait.

Un dernier coucher de soleil, assis sur une grande branche en haut de la canopée, Nohaam avait gravit les feuillages pendant plus d'une heure pour arriver si haut. Le résultat était à la hauteur. Alors que les fleurs bleues commençaient à s'illuminer au passage de certaines bourrasques de vent, au contact de quelques animaux un peu trop aventureux, le soleil baignait toute vie sur le continent, d'une lueur rouge sang, les nuages se fondaient dans les rayons de soleil encore puissants, mélancoliques. Nohaam eut envie de pleurer tant le spectacle était beau. Il aurait aimé savoir dessiner pour graver à jamais ce qu'il pouvait voir, il aurait aimé pouvoir mélanger les pigments et retranscrire l'intense moment à travers quelques simples couleurs, chaudes et à la fois douces.

Autrefois mais encore jusqu'au surlendemain,
La Nature rayonne jusqu'au creux de ta main.
Et parfois dans la nuit, quand le ciel s'éteint,
C'est un peuple qui danse et qui s'aime qui s'étreint.

En plus des phrases des plus sages, c'est cette petite comptine que se répétait Nohaam, regardant le ciel aux couleurs chatoyantes. Il était si bien, loin des conflits, loin des discordes, loin de tout. Seul, il était affranchi de tout. Il descendit après une bonne heure contemplative. Prit position sur une branche plus grosse comme il en avait l'habitude. Demain matin il serait chez lui, demain matin il serait un homme. Il retrouverait les autres, il ne saurait pas quoi dire, ni même comment agir. Il ne saurait pas par où commencer, ni même comment mais il célébrerait.

Il n'eut pas l'envie de lire, ni même d'écrire, il avait cependant le sourire, il était bien, revigoré par la beauté de son expérience hors du commun, un long voyage qu'il avait enfin mené à bien. Si la beauté de l'environnement venait de le transcender, il était à nouveau mordu par cette fougue, cette envie positive d'agir, de se mouvoir au sein des siens. Il n'était plus aussi insouciant qu'avant, mais n'avait plus de mouron à se faire, il était capable, capable de faire de grandes choses, seul et surtout accompagné. Puisque même s'il s'accommodait facilement à la tranquille quiétude de la solitude, il était bien lorsqu'il était entouré, même silencieux, même discret et timoré. Il trouva le sommeil rapidement cette nuit, sachant tout cela. Son arc était immobile derrière lui, ses muscles relâchés, son sac en sécurité.

Même la Nature elle même semblait en accord avec cette nouvelle ligne directive, pas de bruits faisant sursauter le jeune garçon cette nuit, pas de hurlements inopinés, pas de mouvements brusques, même le vent était plus calme, la petite brise laissait l'atmosphère de la sylve dans une paix relative. Grognements et effusions de sang semblaient bannis de ce lieu qui était saint, la Matriarche était certainement contente de son rejeton. Nohaam du moins, pensa cela à son réveil, revigoré, revivifié par son rite de passage accompli. Nohaam prit la direction du village, cette fois pour y pénétrer, pour retrouver les siens, sourire timide aux lèvres.

1548 mots

© Adam

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité




Message(#) Sujet: Re: L'Envol ♦ Nohaam Mar 11 Juil - 19:33

Silence

« Oh, je suis tellement fière de toi, tu es un homme maintenant, tu ne t'imagines pas ce que je ressens ! »

Eimiral avait les larmes aux yeux, Nohaam également, la fatigue exacerbait les émotions, rendant le tout extrêmement touchant. Il était sale et gêné de serrer dans ses bras sa mère. Lorsque le ridicule cortège le laissa se préparer pour célébrer son succès, il partit avec sa mère encore émue vers sa demeure. Tout semblait si différent et pourtant rien n'avait bougé. Une petite semaine et le temps semblait se décupler comme s'il venait de passer une année entière à errer dans les bois.

Une fois arrivé et une nouvelle embrassade avec sa mère accomplie, il se déshabilla et occupa la salle d'eau. La bassine était prête, l'eau était tiède, elle avait dû être posée au soleil quelques heures. L'eau était parfumée d'huiles essentielles. Nu il se regarda le corps, ses jambes étaient fines et son ventre était concave. Il était d'une maigreur à faire pâlir quiconque. Il prit le rasoir de son père et se retira les poils disgracieux qui poussaient sur son visage. Il se plongea ensuite en entier dans la minuscule bassine, s'accroupissant, pliant ses jambes, avant de se nettoyer enfin et d'en obtenir une grande satisfaction.

L'eau était sale après son passage, il ne s'occupa pas de suite de la vider. Ni même de quoi faire de ses vêtements sales, sa mère était déjà à l'ouvrage pour voir ce qu'ils pouvaient récupérer. Il se mit  un peu d'huile de fleurs sur le visage pour atténuer le feu du rasoir et s'habilla dignement. La journée ne faisait que de commencer et déjà, Nohaam était exténué, il voulait retrouver son lit, dormir aussi confortablement qu'il pouvait et remplir son estomac.

Le repas était déjà prêt. Un potage incandescent lui avait été servi pendant son bain dans un grand bock. Il engloutit la mixture qui fleurait bon les herbes et les racines avant de pouvoir répondre à toutes les interrogations de sa mère. « Mais tu as passé la nuit dans les abris construits par les nôtres ? ». Nohaam était stupéfait, il ne comprenait pas. « Quels abris ? »

Sa mère le regardait en haussant les sourcils, avant qu'il ne puisse rétorquer : « Non j'ai dormi sur les arbres ou parfois dans une petite grotte où j'ai trouvé de l'eau potable... C'est tout. ». Sa mère était pâle, choquée par ce qu'il venait de lui annoncer. « Pas étonnant que tu aies toutes ces plaies, mais tu le sauras au moins la prochaine fois ! Et la pluie d'avant-hier ? »

Nohaam se resservit de l'eau avant de déglutir plusieurs fois, appréciant encore le goût des aliments qu'il avait en bouche. « Elle est passée la pluie, tout va bien ! ». Il était vrai qu'il aurait au moins pu se mettre à l'abri sous les peaux de garges, ou dans les cabanes de fortune au sommet des arbres, au lieu de cela il avait vécu à la dure, un mal pour un bien comme disent certains.

« Pourquoi ne ferais-tu pas un petit somme avant ce soir ? Certains s'occupent déjà des préparatifs ! »


Nohaam n'avait pas le cœur à dormir même s'il était éreinté, il voulait déambuler dans le Hameau et le fit savoir à sa mère. Il prit ensuite soin d'organiser un minimum ses cheveux avant d'aller au delà du pas de sa porte. L'activité humaine n'avait jamais été aussi fascinante pour lui, tous étaient affairés à quelque chose, chacun à son poste comme une véritable fourmilière, chaque petit être devenait un grand tout en somme. Certains voisins lui firent des compliments, d'autres sourirent à son passage en le saluant, Nohaam, sourire timide remerciait béatement les quelques passants, rendait des sourires en grimaçant de pudeur.

Il retrouva les trois personnes qui venaient de l'escorter, ils prenaient le temps de boire certainement avant de retourner à leurs activités, ils parlaient fort et riaient beaucoup avant de calmer le jeu et de mettre la sourdine à l'arrivée du nouvel homme de la tribu.

« C'est vous qui avez veillé sur moi ? »


Nohaam tout en retenue regardait avec gêne ses interlocuteurs, ne s'attardant pas dans les yeux de ceux qui faisaient une tête de plus que lui. La plus grande était une femme, elle était belle et sentait bon, elle aussi, elle lui répondit de sa voix d'or que seuls deux d'entre eux étaient restés dans la forêt en permanence et que le dernier faisait le relais.

« J'ai l'air stupide à vos yeux alors, ayant dormi dehors plutôt que dans les abris ? »

Ils se mirent à rire et Nohaam devint rouge. Il regardait à présent le sol et ses pieds, embarrassé par la réaction des trois jeunes gens, et par sa demande tout aussi gênante.

« Non, ça fait partie de la chose, puis tu n'as pas à rougir de ce que tu as fait, certains s'en sortent moins bien que ça la première fois ! »


Le jeune homme était soulagé d'entendre ces mots, le grand guerrier reprit après avoir posé sa main sur l'épaule pleine de courbatures du fils Hädrim. Il lui expliqua qu'ils étaient même prêts à intervenir lorsqu'il était aux prises avec la créature du second jour. Le dracora avait en effet posé de nombreux problèmes.

« C'est une bête très intelligente, peut être trop à mon avis. Mais tu as bien fait, même de ne pas le tuer, ils ne sont jamais vraiment seuls, puis sa dépouille aurait attiré de plus grands carnassiers ! »


Il frissonna à l'idée de retourner en plein conflit, en pleine torpeur en face à de grandes griffes, des mandibules acérées et à des yeux perfides. Le petit groupe se scinda avant que Nohaam ne parte, saluant et remerciant ses aînés. Il prit la direction de la place principale, avant que la jeune femme ne le rattrape : « Au passage je voulais te demander, qu'as-tu écrit dans ton carnet de botanique ? »

Nohaam écarquilla les yeux se souvenant alors de cet épisode. Il répondit que ce n'était que des croquis, qu'il s'était essayé au dessin de plantes. Elle le salua à nouveau, Nohaam quant à lui changea de cap à grande vitesse. Une fois chez lui, il ne prit pas le temps de dire mot à sa mère, il récupéra dans sa bourse, encore sur le sol, à l'odeur nauséabonde, le petit carnet, avant d'en déchirer la dernière page et de la placer dans le feu. Sa mère était occupée à repriser sa ceinture, elle se retourna. Nohaam vint la prendre dans ses bras.

Il s'était fait une promesse, celle de devenir utile, de ne pas être vain. Il n'avait pas peur de la mort, il avait peur qu'il ne soit, lors de l'existence de son Shetra, qu'un poids pour le village, une bouche à nourrir non affectée par les régulations naturelles des naissances.

Une chose était certaine, ce soir, c'était dans l'allégresse qu'il allait passer la nuit, s'autorisant même quelques décoctions de choum et autres liqueurs, peut être même du décuple sens. Il se remplirait l'estomac jusqu'à satiété, voire au delà. Il serait celui qui raconterait quelques timides histoires ce soir, même s'il était plus le genre à écouter, il se laisserait porter par sa joie d'être ici, même s'il ne restait pas moins un grand calme, maquillé par sa poltronnerie.

Il était de nouveau humain de par son apparence, pour la première fois célébré en tant qu'homme, rien ne pouvait entacher sa joie, pas même le manque de son père.

« Il serait très fier de toi, il l'a toujours été tu le sais. Tu as lu ce qu'il t'a écrit ? »

« Oui et j'ai aussi lu que vous aviez eu une fille avant moi... »


Le silence se fit, Nohaam crevait enfin l'abcès, son cœur manqua une pulsation, son ventre était noué. Puis sa mère, dans sa grande douceur lui expliqua, il avait été le seul que la Nature avait voulu pour le couple, il avait été très désiré, ses parents l'aimaient de tout leur être. Un moment d'émotion qui n'empêcha pas au duo, fatigué par leur semaine de craintes, de verser quelques larmes et à nouveau de s'embrasser tendrement. Un moment suspendu dans le temps, un moment qui fit revivre le souvenir de leur moitié. Moitié de sang pour l'un, unique amour pour l'autre. Ils ne pouvaient s'empêcher de le voir dans le visage de l'autre.

Alors que le soir tombait tranquillement sur la maisonnée, Nohaam recevait de sa mère sa dernière épreuve, supporter la douleur de son tatouage qui marquait son arrivée dans le monde adulte. Le jeune garçon qui n'était pas à son premier souffrait le martyr sous les coupures intentionnelles et pourtant bienveillantes. Elle faisait entrer le pigment avec une grande minutie avant de recouvrir le tout d'un baume à base de plantes qui sentaient le soleil printanier. Il était temps pour les deux de se rendre à la fête, de partager un moment unique d'une vie avec tous. Bien qu'une grande partie de la nuit, Nohaam se terrera dans son mutisme, son confortable silence.

1529 mots

© Adam

Revenir en haut Aller en bas
 
L'Envol ♦ Nohaam
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Dysnomie :: Les Terres Immaculées :: La Forêt d'Hanaamu-
Sauter vers: