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 Tourisme sportif[Mission solo]

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Fran Superbia
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Message(#) Sujet: Tourisme sportif[Mission solo] Lun 10 Juil - 19:12

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Il fait frais, pourtant l'air est lourd. Comme si -en vérité je vous le dis, c'est le cas, l'air s'était chargé des inquiétudes et du sérieux du groupe. Ils étaient une dizaine, dont un spectre chevronné, habitué à ces excursions mortelles. Le manteau en fourrure qu'il porte sur le dos est un peu plus élimé aux épaules qu'aux autres endroits. La neige acide. Sa capuche, si elle eut un jour des poils, n'est plus qu'une pièce de cuir. France se fend d'un léger sourire. Elle s'apprête à aller dehors, son cerveau commence à s'éveiller. Ses sens s'affûtent, petit à petit, jusqu'au niveau qu'elle devra maintenir pendant toute l'opération si elle veut intégrer rapidement le groupe d’intervention. La rousse en est déjà éreintée, mais, par Qilin, qu'est-ce qu'elle attend ça! Même la douce attente incertaine d'une étreinte charmeuse, pendant une des -rares- nuits qu'elle passe dans la Chambre des Plaisirs, ne peut en aucun cas être comparée au sentiment d'exaltation qui secoue l'âme flamboyante de la jeune femme, dont la chevelure s'accorde à l'état de son esprit.
L'air est lourd, donc. Les visages sont fermés, les participants immobiles. Tous écoutent avec attention les recommandations et les explications sur la mission à venir. Le doux clapotis de l'eau résonne au loin, seul témoin de toute forme de mouvement dans la Place Forte. Légèrement gênée, Fran sort son doigt de l'étendue sombre et miroitante, où des ridules se répandent encore sur sa surface. Les regards des autres membres de l'équipe d'intervention se détachent de la femme aux cheveux de feu.
Ok, ils sont pas détente-détente. Je suis apparemment la seule excitée d'aller dans les Steppes.
 
Elle déglutit. Ce n'est pas si bruyant, mais elle a l'impression que rien qu'avaler sa salive couvre complètement les murmures de ses compagnons. Les Steppes d'Elysium. Dès que ce nom fût annoncé à l'assemblée, les visages se fermèrent, et depuis, jamais ils ne se sont détendus. France, si elle imaginait -difficilement- les indicibles horreurs que les Steppes abritent -ou caressent d'une légère brise, au choix, elle ne peut ni comprendre, ni ressentir la peur qui hante ses compagnons. La peur, la vraie. Pas celle qui vous fait tremper un orteil dans l'eau avant d'y plonger, pas celle qui vous tend les muscles, vous serre les dents en anticipant une douleur. Non. C'est la peur de mourir, déchiqueté, empoisonné, dévoré. La peur qui écrase, la peur qui voûte les épaules, qui coupe les genoux. La peur de ceux qui s'engoncent dans leur devoir pour aller l'affronter, bec et ongles, jusqu'à-ce que le guerrier gagne. La peur qui fait battre le cœur, dépasser ses limites, qui fait danser les lames comme une courtisane devant un client richissime et charmant. Un peu comme une donzelle devant un certain Andrivon très... fraternel avec la plèbe.
Bref, c'est la peur qui transcende la vie, qui vous soulève la poitrine, vous étrécit les pupilles, vous arrache des hurlements d'une rage enjouée. C'est la peur à laquelle France, depuis plus de sept ans maintenant, se shoote allègrement. Mieux que le sexe.
 
«-Vous avez compris? On repère leur cachette, on prend des positions qui nous avantagent, et Magdalena ouvre le feu avec ses archers. A partir de là, on a quelques minutes pour les vaincre, prendre le butin et repartir.»
 
Un plan somme toute plein de bon sens. France n'avait jamais participé à des opérations externes avant, mais de ce qu'elle a pu en apprendre, la pire chose, c'est de rester sur place trop longtemps. Littéralement le meilleur moyen de se faire décimer par des renforts. Ce qui est logique, après tout. Avec le monde dans un état pareil, personne ne laisserait des cargaisons sensibles être livrée par deux clampins sans aucun moyen d'appeler de l'aide. Personne de censé, en tout cas. La preuve, dès que Spectre a eu vent d'une telle cargaison gardée par une poignée des dits clampins, l'opé a été montée. Là où France a eu de la chance, c'est qu'ils avaient besoin de bras. Et elle en a deux, des bras. Il n'y a bien que chez Spectre qu'on peut valoriser la présence de tous ses appendices naturels...
 
«-Il est temps d'y aller. Vous êtes prêts? tous, comme un seul homme, répondirent à la question.
-Prêts!»
 
Le groupe part au petit matin, mais le Soleil est déjà bien réveillé. Sa lumière s’abat sur les Spectres. Dans les hauteurs enneigées des montagnes, cette chaleur est encore supportable, mais une fois en plein milieu des Steppes, ce sera une autre histoire. La progression se passe sans encombres. Certains s'autorisent même des discussions détendues, ponctuées par le craquement de la poudreuse sous leurs pas. La rouquine n'a pas trop de mal à circuler dans la neige, mais eux, les Ombres, on dirait qu'ils volent dessus. C'est comme si le tapis blanc sur lequel ils progressent est à peine plus mou que la roche. Leurs pieds s'enfoncent moins, ils ressortent plus facilement de la neige. Il n'y a pas à dire, la Nature peut essayer de se débarrasser de l'Humanité par tous les moyens, elle ne pourra jamais vaincre leur capacité d'adaptation.
Dès que les pentes du mont Haraan se font plus douces, les Ombres regagnent leur sérieux. France, sentant leur changement d'attitude, se met plus à l'affût. Les arcs, à défaut d'être bandés, sont sortis, une flèche déjà prête à tendre la corde. Les mains se posent sur les manches des cimeterres, cachées sous les capes en peau de bête. La rouquine, elle, vérifie qu'elle peut sortir rapidement son épée droite de son fourreau. Elle dénude quelques millimètres de la lame, la remet en place. Plusieurs fois. Le stress commence à s'emparer d'elle. La simulacre respire profondément, se concentre sur l'observation des alentours. Elle est au milieu du cortège, juste devant les archers qui, encadrés de quelques bretteurs chevronnés, ferment la marche. Devant, le chef du groupe et le reste des ombres ouvrent la voie. Comme d'habitude, la rousse est dans une position d'observation. Peu pratique pour participer au combat en première ligne, mais cette situation ne lui déplaît pas. France préfère pouvoir examiner la situation prudemment avant de se jeter corps et âme dans la bataille.
Bientôt, le sol rocailleux au pied de la montagne se couvre d'herbe. Des touffes isolées d'abord, semblables à une pauvre famille perdue au milieu des déserts stériles laissés par le cataclysme. Puis, la végétation se multiplie, s'unit en un tapis verdoyant, le parfum de l'herbe fraîche monte aux narines de qui veut bien y prêter attention et la brise fait danser dans l’air les brins arrachés à leurs semblables.
«-Woah. Un léger coup de coude dans son épaule tire France de sa rêverie. Magdalena pousse gentiment la rouquine vers l’avant, un sourire amusé sur les lèvres.-Tout le monde a cette réaction. Continue ma jeune sœur, nous devons arriver avant la nuit pour faire des repérages.»
Les yeux de l’archère frappent France à la seconde où ses propres prunelles s’y attachent. Au  milieu de ce visage mat, qui semble rayonner, deux joyaux froids témoignent de la grande concentration de Magdalena. Elle ne perd rien, pas un seul détail du paysage qui s’offre à elle. L’aînée de Fran est déjà en mission. La simulacre rougit en se rendant compte de la faute qu’elle vient de commettre. D’accord, le paysage est joli, mais il faut réserver le tourisme à une autre occasion. France se remet donc en marche, plus concentrée que jamais. Le vent s’intensifiant, la jeune femme attache ses cheveux en queue de cheval. Ca aussi, elle a omis de le faire. Au loin, une forme féline les observe. La rouquine n’arrive pas à reconnaître l’animal, mais il ressemble à fauve, quadrupède. La bête ne bouge pas. Elle est seule. Le félin observe le groupe de Spectres, s’assure qu’ils n’empiètent pas sur son territoire. La jeune femme décide de ne pas s’attarder dessus, se contentant de quelques coups d’œil pour s’assurer que l’animal de va pas venir tous les déchiqueter quand ils auront le dos tourné.
Au loin, le soleil remplit encore très bien son rôle d’illuminer le Monde, mais commence sérieusement à plonger vers l’horizon. En face, les pics du mont Haraan dansent dans une lumière dorée, au reflets scintillants sur les neiges éternelles du toit du Monde. Ce dernier essaie très clairement de nous tuer, mais c’est magnifique. France n’a pas le temps de s’attarder sur cette vue, mais elle fait enfler en elle le désir d’aventure, de voyages! Si la rousse était rester à Tadryon, elle serait sûrement cartographe à l’heure actuelle.
D’un seul homme, le groupe s’accroupit, se disperse et réduit sa silhouette en s’enfouissant dans l’herbe. Elle est longue, touffue. Une aubaine. La fumée qui s’élève au loin tombe au milieu de quatre grandes tentes disposées en carré. Il n’y a aucune fortifications, mais trois gardent font une ronde en même temps. France n’arrive pas à distinguer leur butin. Les archers et leur chef se déplacent lentement. Bientôt, tout le groupe les suit pour aller derrière une butte, à quelques dizaines de mètres de là d’où ils épiaient leurs cibles. Il se réunissent, pendant qu’un des épéistes tend le cou à intervalles réguliers pour surveiller que leur mission se tient tranquille.
«-Ils sont plus que prévu, tout le monde l’a remarqué. Je veux des informations utiles, d’accord? Qu’est-ce que vous avez pour moi?
-On a le soleil dans le dos, nous sommes obligés de les attaquer de nuit. Parmi les trois gardes qui font la ronde, il y a au moins deux lanciers.
-J’ai vu un quatrième garde revenir avant de passer la butte. Ils sont au moins quatre à monter la garde.
-On les attaque à la nuit tombée, juste avant le lever du soleil. Dormez, je veux deux gardes en permanence. Des rondes de quatre heures. On attaque quand la lune est au zénith.»
France regarde vers l’horizon. Des nuages étiraient mollement leurs bras cotonneux, et s’en servaient pour lentement ramper par-dessus les montagnes. Ils seront la pour les envelopper dans la pénombre cette nuit, si le vent ne tourne pas. Bonne nouvelle, sauf s’il pleut. Les Spectres se mettent d’accord sur les positions à prendre avant le combat, échafaudent leur plan d’attaque. France n’a jamais été une bonne tacticienne. Son truc, c’est les duels. Mais elle apprend! Le plan est établi. Ils encercleront le  camp sous la couverture des nuages. Les archers tueront les gardes d’une volée de flèches bien senti, et les épéistes égorgent le reste. Ensuite, tout le monde avance. Ne jamais être seul, même si la mêlée éclate. A deux, on peut battre n’importe quel adversaire. S’ils ont des armes laser, ne restez pas au milieu du camp à découvert. Les attirer en dehors du camp, sous le feu des armes conventionnelles et silencieuses. C’est en révisant le plan que France finit par s’endormir, avec la douce chaleur ocre du couchant pour la bercer.

C’est arrivé pendant sa garde. Enfin une bonne nouvelle! Notre héroïne est réveillée par un bretteur portant son cimeterre au côté droit. France découvre ce dernier baigné dans la lumière du clair de lune. Debout, elle voit un homme pointer la butte où les Spectres se terrent. Il n’y a plus de nuages, et la lune est pleine. Au moins, la visibilité est bonne!
Sept hommes émergent d’entre les tentes, armés. D’autres suivent.Le sourcil gauche de France essaie d’atteindre la stratosphère, et la rouquine découvre d’un sourire ravi ses petites dents blanches.
«Et ils ont amené quelques camarades! Quelle charmante attention… La simulacre se retourne, réveille ses pairs et en quelques instants tout le monde est prêt, accroupi dans l’herbe.-On est repérés. Ils sont armés, et ils arrivent.»
Le groupe se sépare. Les archers restent à l’abri de la butte, prêt à décocher leurs flèches. Trois épéistes partent sur la gauche. Ils fondent sur l’ennemi par le flan, les attirent un peu plus loin de leur campement. Une fois les soldats éloignés de trente mètres de leur base, les archers tirent. Des flèches tombent sur l’ennemi par volées de quatre. La mêlée commence réellement lorsque les bretteurs du Spectre rejoignent leurs ennemis en pleine retraite. Et la mêlée est brutale. Tous, sauf les archers, se jettent sur l'ennemi en déroute. Il faut les abattre, et le faire maintenant. Ils n'ont pas d'armes lasers, et ont déjà perdu trois hommes, troués aux endroits vitaux par les flèches.
Les trois épéistes qui étaient partis avant les autres, rejoints par leurs camarades, se battent avec hargne. Les grognements, les cris, les ordres et les appels à l'aide sont ponctués par le son du métal qui s'entrechoque, des viscères qui se répandent au sol. France doit se concentrer. Sélectionner les informations utiles, ne pas faire attention aux hurlements désespérés des hommes -et femmes- dont les organes internes réchauffent l'herbe épaisse des Steppes d'Elysium. Juste devant la rouquine, un frère du Spectre tombe, blessé au côté droit. Un soldat adverse lève sa lance, prêt à embrocher l'Ombre. Ni une, ni deux, France court le plus vite possible, son épée en avant. Elle plie les genoux et remonte avec toute sa force vers le haut, vers le flanc gauche du lancier. La lame passe entre les pièces de cuir de l'armure, pénètre la peau, les muscles, ripe légèrement contre une côte, continue à monter. Puis, la garde de l'épée courte touche le flanc du lancier. La lame n'avancera pas plus. La simulacre tire son arme de la chair du soldat, le regarde s'affaisser sur lui-même, recracher son sang par grosses gorgées douloureuses. Elle voit son regard s'embrumer, sent ses muscles arrêter de fonctionner alors qu'il gît au sol sur le côté, le regard vide.
France aide son camarade à se relever.«-Tu peux marcher?
-Ouais, je vais retourner vers les archers et me faire soigner là-bas.» Parfait, la jeune femme pouvait continuer à avancer. Ils avaient déjà perdu deux hommes dans la bataille, et voilà un blessé pour couronner le tout. Ce n'est pas le moment de laisser l'ennemi se réorganiser, sinon ils sont foutus. La simulacre rejoint les autres épéistes, qui se rassemblent pour poursuivre le raid. Tout en avançant vers le camp ennemi, les ordres sont donnés.
«-On continue l'attaque. Les archers avanceront quand on aura sécurisé une position de tir potable. Rappelez-vous qu'on ne sait pas combien ils sont là-dedans, fouillez partout, je déteste les surprises. Caleb, avec moi, Arya avec Malik et Balthazar avec France. On leur botte le cul, ou prend le butin et on se tire avant que l'odeur du sang attire les bestiaux.»
Il ne demande pas de réponse, ou de confirmation, et n'en a pas besoin. Les visages tendus, les armes toujours au clair, la démarche agile, genoux fléchis, le cou rentré, pas un seul des Spectres n'a relâché son attention. Pas tant qu'il reste des forces ennemies dans le coin. Chaque groupe de deux passe par une entrée différente du camp. Balthazar, lui, décide d'entrer par sa propre issue. De son arme, il dessine une longe fente verticale dans une des tentes. L'Ombre se jette à travers la fente, et des hurlements s'accompagnent du plus macabre spectacle d'ombres chinoises que France aie jamais vu. La simulacre entre. Elle évite un moulinet désespéré, lancé avec un cri de guerre. De ceux qui doivent donner du courage à leur lanceur, mais qui rendent juste leur coup prévisible et lent. La simulacre fait un pas de côté pour éviter le coup, laisse son adversaire est emporté par son élan, puis frappe. France laisse tomber son épée au sol, tire son stylet de sa manche et le plante dans la gorge de son ennemi. Propre, rapide, efficace. Elle n'a pas la force de le battre à l'épée, de toutes façons. Balthazar, lui, a joyeusement découpé trois adversaires avec son cimeterre. Les ennemis dans cette tente ont été occis.
«Fouillons rapidement la tente, le butin est peut-être ici.»
Balthazar acquiesce, et ils commencent à fouiller l'endroit. Des caisses de vivres, un peu d'acier, des flèches... Rien de bien fou. France ouvre la dernière caisse. De l'azuris. Beaucoup. Beaucoup trop d'azuris pour des nomades vivant dans les Steppes. Le troc leur est bien plus utile. Sauf... La rousse sort de la tente, regarde autour d'elle. Le combat semble en leur faveur. Les pauvres lanciers et les piètres épéistes se font décimer, les archers, nez à nez avec les bretteurs du Spectre, se font méthodiquement abattre. Où sont Arya et Malik? Une lumière vive traverse une tente à droite de la jeune femme. Un corps tombe à travers l'ouverture de la tente, un cercle noir, fumant sur la poitrine. France connaît cette lumière. Tout le monde sait pourquoi la poitrine d'Arya fume, et sent la chair carbonisée.
«-Ils ont des armes laser! A couvert!» La rousse retourne dans la tente d'où elle vient, saute par-dessus les caisses des vivres et d'armes qu'elle et Balthazar ont renversé sur le sol. France est sur le point de sortir lorsqu'elle se rappelle la caisse d'azuris. Ils ne doivent pas laisser leurs ennemis la récupérer. Les armes laser s'épuisent vite, et il est peu probable que les nomades aient pu en emporter énormément en si peu de temps. Balthazar regarde la simulacre, puis la caisse de cristaux bleus. Il a compris. A eux deux, ils soulèvent la caisse en bois, sortent par l'ouverture pratiquée plus tôt par l'Ombre, et commencent à contourner le camp pour rejoindre leurs alliés. Il faut attirer les tireurs dehors. Privés de la lumière du feu et des cartouches d'azuris, les bougres ne pourraient pas se défendre. Le tout est de survivre au tir au pigeon qui va être organisé.
Les nomades forment une ligne, fusils lasers en joue, et avancent. Ils fouillent les tentes une par une pendant que deux ou trois montent la garde. C'est une battue. Balthazar, France, Caleb et l'Ombre avec la cape de fourrure sont derrière une tente, les observant. Il faut réagir. D'ici deux minutes, les fusiliers arriveront devant le groupe de Spectres, et ce ne sera pas beau à voir. France a une idée.
«-Et si on leur tendait une embuscade? On laisse deux personnes dans la tente pour leur sauter dessus dès qu'ils rentrent. Ils n'ont pas d'exos, donc pas de radio. Si on fait ça silencieusement, on peut récupérer au moins deux fusils. Et on a déjà la caisse de munitions. Un autre les attaque de l'extérieur une fois que tous les fusils sont pointés vers la tente, et le dernier ramène les archers pour qu'ils se mettent en position et les achève.
-Tu est en train de dire qu'on doit les occuper à trois le temps que les archers soient en place? Et s'ils sont trop lents?
-On est tous morts, oui. Mais ils n'ont pas les munitions pour tenir tout ce temps. Nous, oui. Qui sait utiliser une arme laser?
-Moi, je viens de Tadryon. Je suis pas un roi du fusil, mais canarder vaguement dans leur direction, je peux faire.
-Bon, voilà mon plan: On ouvre la tente de notre côté, je rentre avec Caleb et la caisse de munition. On en chope deux, et on les canarde jusqu'à-ce que les archers le fasse. Chef, verdict?»
L'homme réfléchit. La solution de France ne lui plaît pas, ça se voit. Mais si elle fonctionne, ils peuvent s'en sortir avec pas ou peu de pertes en plus. Pressé par le temps, il accepte. Il ira chercher les archers, et Balthazar prendra les fusiliers à revers, puisque c'est la meilleure lame du groupe.
Ainsi, Caleb et la simulacre se mettent en place. Ils pénètrent dans la tente, se cachent derrière le mobilier d'une chique petite chambre de camp, meublée de fourrures, de coffres et d'armes d'apparat. Surtout, ne pas faire d'ombres du côté où les ennemis arrivent. Personne n'a envie de se faire trouer le crâne à travers la toile. France, accroupie derrière un énorme lit garni de fourrures, ne bouge pas. Elle respire très faiblement. Il faut absolument qu'elle entende les fusiliers entrer. Une demi-seconde d'avance ou de retard signe l'arrêt de mort de toute l'équipe. Balthazar, caché derrière la tente, en est arrivé à la même conclusion. Caleb, sa hache à la main, est tout autant au fait de cette vérité.
Elle ne devrait pas, mais France est surexcitée. Son regard, sans se fixer sur quoi que ce soit, témoigne de sa grande concentration. Le sourire carnassier de la rouquine, qui n'est jamais redescendu depuis que l'alerte a été donnée, n'est plus. Son cœur bat si fort que ses tempes résonnent comme des tambours de guerre. Les ombres dansent sur la toile de la tente au rythme des oscillations des flammes des torches. Le son du tissu qui glisse, des voix. Le bruit de leur pas est étouffé par la lenteur de leurs mouvements, mais ils sont bien là. Un sifflement retentit. Pendant que les deux fusiliers se retournent vers le coin de la pièce qui abrite Caleb, France bondit. Son stylet s'enfonce dans la jugulaire de sa cible, puis ressort, sans résistance, comme une aiguille à coudre. Elle soutient la chute de l'homme, ne pas faire de bruit. Avant qu'il puisse donner l'alarme, l'autre se fait égorger par Caleb.
Heureusement, il n'a pas eu le temps de tirer. Ils ont encore l'effet de surprise, si leurs camarades n'ont pas regardé les ombres des deux hommes se faire assaillir. France, sans poser de question, imitée par Caleb, attrape le fusil de l'homme qu'elle vient de tuer, retourne la première chose qui lui tombe sous la main -un bureau en bois pas bien solide, mais il arrêtera bien un ou deux tirs, et se met à couvert. Le bruit est comme un signal pour les nomades. Le spectacle son et lumières commence. Les flashs de lumière fusent, arrachent les bords du bureau, déchiquettent le grand lit, dont les plumes et les fourrures volent en petits copeaux carbonisés, la tente gagne de nombreux orifices d'aération. Les deux Spectres ripostent dès que le feu laser se tait. France ne sait pas si elle a touché quelqu'un, mais elle entend un cri de douleur. Au vu de la panique qui résonne dans cette voix, c'est un beau carton.
La rouquine se remet à couvert pour changer de cartouche d'azuris. Elle a du mal à engager le nouveau chargeur, qui coince. Ce n'est pas, mais alors pas du tout le moment de perdre du temps. Une chaleur intense lui chauffe le dos. La simulacre se retourne. Le bureau prend feu! Bientôt, toute la tente va y passer. France regarde Caleb. Lui aussi, a vu les flammes progresser et grandir. Ils doivent absolument sortir, sous peine d'être rôtis sur place. Un cri retentit. Désespéré, ce cri meurt en un gargouillis gras, saccadé. Balthazar attaque. France, sans attendre, jaillit de sa couverture en proie aux flammes, dégaine son stylet et saute à travers l'ouverture de la tente, qui s'affaisse lentement pendant que le feu progresse. Caleb l'imite, lui armé de sa hache. Elle n'avait pas ramassé son épée, et elle s'en maudissait.
Une fois dehors, la mêlée bat son plein. Deux fusiliers sont morts, Balthazar est encerclé par quatre d'entre eux, ayant tiré leurs épées. France et Caleb tombent nez à nez avec deux nomades. L'un, en train de recharger son arme est pris au dépourvu. La rousse avance vers lui et lui entaille le visage avant qu'il ait pu réagir. La hache de Caleb fend le crâne du pauvre bougre. Mais le deuxième fusilier les tenait en joue, et, son allié mort, n'a plus aucune raison de ne pas faire feu. France tombe au sol, se tenant l'épaule droite. Caleb taillade le torse du pauvre homme avant qu'il puisse achever la rousse.
Malheureusement, Balthazar est mort pendant ce temps, transpercé de toutes parts par les trois nomades qu'il n'a pas pu éliminer. Alors que ces derniers se retournent pour finir le boulot, une nuée de flèches réduisent leurs espoirs de survivre à zéro. Par volées de quatre, ils se font transpercer. Les archers ont eu le temps de se mettre en position. Caleb aide France à se relever, et les deux rejoignent leurs camarades.
Les flammes ont eu raison de la toile de la tente, du mobilier en bois et de quelques fourrures. Mais, avec très peu de vent et l'herbe verte, épaisse, pleine de vitalité pour ralentir sa progression, le feu finit par s'étouffer. France se fait soigner. La douleur qui lui déchire l'épaule est loin d'être insoutenable, mais elle rend soin bras droit complètement inutile. Elle ne peut même pas soutenir le poids de son épée sans laisser échapper un cri de douleur frustré. Ils ont perdu cinq Ombres dans l'opération, et pour quoi? Huit fusils laser bas de gamme, une caisse de cartouches d'azuris qu'ils vont passer des heures à retrouver dans les décombres fumants de la tente d'habitation, et quelques pièces détachées. Pas un module d'exo, même pas de log holographique. Ils ont à peine les bras pour ramener leur butin, qui est loin d'être réjouissant. Aucun renseignement, pas de nouvelles technologies, rien. Juste des cristaux bleus et un peu de puissance de feu que le Spectre peut obtenir bien plus facilement, avec ses nombreux infiltrés.
«-Ils nous attendaient. Presque toutes les tentes sont vides, et des traces de caravane continuent vers le nord-ouest. Ils ont juste laissé de quoi nous flinguer et couvrir leur retraite.
-Donc la personne qui a obtenu ce renseignement a perdu sa couverture, ou sa vie... France serre les dents -et le poing, de rage. Ils se sont fait berner. Le butin était vraiment là, mais il est parti avant même que l'information n'arrive jusqu'à l'Alcôve. Et si l'informateur n'a pas ramené son tuyau en personne, c'est qu'il ou elle est mort avant même que le Spectre n'ait pu monter le raid.
-Récupérez les vivres et les armes. Les bretteurs valides à l'avant, les blessés derrière, les archers ferment la marche. Ouvrez l’œil, je ne veux pas me faire bouffer par quoi que ce soit sur le retour.»

Le groupe se met en branle. Les vivres sont rassemblés, les cartouches et les cristaux d'azuris que l'on retrouve sont récupérés, les fusils répartis. France récupère son épée, qu'elle range dans son fourreau sans même l'essuyer. Elle n'en a pas la force. C'est avec un sentiment d'amertume que le groupe d'intervention rebrousse chemin au petit matin. La lumière bleue pâle du ciel gagne des couleurs à mesure que le regard s'approche de l'est, et on devine l'astre du jour terré derrière les monts Haraan.
Moi qui était contente de sortir de l'Alcôve... J'ai jamais eu autant envie d'y retourner.

Spoiler:
 
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