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 Les anomalies de l'ADN ♪ [Salomé]

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Phèdre
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Message(#) Sujet: Les anomalies de l'ADN ♪ [Salomé] Mar 11 Juil - 2:03

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La fraîcheur de l’air gorgeait ses poumons d’un soupçon de liberté. Enivrée par l’invisible caresse qui emportait les murmures du monde, la jeune femme se tenait droite, les yeux clos. Incertaine du danger qu’elle savait pourtant inévitable en ces plaines mirifiques, elle ne se souciait pas une seconde de la douleur qui pouvait percer son corps à tout moment. Pour la première fois peut-être, la peur s’envolait ; et dans son sillage céleste, elle offrait à sa chère compagne un souffle d’éternité. La rêverie s’attardait sous ses prunelles fatiguées, et sa douceur fugace égarait ses sens. L’ivresse aurait semblé fade à ce coeur qui, n’osant encore braver le voile de l’inconnu, en devinait naïvement les contours, et s’éprenait de leur parfum étranger. La tête de Phèdre dodelina lentement. Éprise de ce qui n’existait pas, elle honorait le vent et ses insondables mystères d’une timide vision. Elle aurait voulu, à son tour, dispenser sa mélodie invisible aux quatre coins de la terre pour en divulguer la fragrance, et danser à la surface des rivières sans les pourfendre d’aucune marque, plus légère qu’un oiseau, plus secrète que la Lune. Était-ce la lumière qui mordait son visage ? Non, c’était le rire du Soleil qu’elle portait aux hommes. Ses bras s’élevèrent de chaque côté de son corps. Soudain, le miracle se brisa. Quelqu’un venait de lui taper sur l’épaule. Ramenée auprès des vivants par la brutalité d’un contact imprévu _ fallait-il que l’existence soit si terne ? _, elle esquissa un sourire gêné à l’égard de sa camarade.

Cela faisait quelques jours que l’expédition avait quitté la tranquillité langoureuse de l’Alcôve, et chaque pas à l’extérieur semblait assurer à Phèdre la vibrante promesse de la nouveauté. Elle qui ne connaissait du monde que les récits éclatants de Cyrus et les anecdotes volées à Kéziah se plaisait à papillonner comme une fillette qui découvre pour la première fois que la vie existe ailleurs qu’en elle-même. Revenue vers les autres, la jeune femme s’étira quelques instants, le regard voguant sur l’horizon. Rien ne paraissait menacer la délicate ligne qui se perdait entre l’émeraude des plaines et l’azur du ciel. La pause, amplement méritée, lui semblait néanmoins s’éterniser, et si elle ne prêtait que peu d’attention à la conversation des autres, l’impatience éveillait de curieux frissons le long de ses jambes. Les discussions se faisaient rares au sein du groupe, ou du moins n’y prêtait-elle pas franchement attention. L’un des Simulacres vint pourtant s’adresser à elle. « Il faudrait qu’on se sépare. Ce serait plus discret si l’on tombait sur eux, et nous aurions plus de chance de retrouver Lucie. Tu devrais faire équipe avec Salomé, histoire que vous fassiez un peu plus connaissance. » D’un geste du menton, il désigna leur camarade dont elle s’approcha sans perdre de temps. Un sourire moqueur incurva les lèvres de la brune. « On dirait que c’est entre toi et moi, maintenant. C’est ton jour de chance. » Soulagée de cheminer aux côtés d’une congénère, la brune s’autorisa un clin d’oeil amusé et salua les autres sans plus de considération. Traîner en longueur ne mènerait à rien.

Phèdre se souvenait de la lettre qui, balayant la torpeur où se languissait, avait déclenché toute l’aventure. Persuadée qu’il s’agissait d’une erreur, elle avait joyeusement décidé de ne pas la rectifier et s’était présentée au rendez-vous, l’esprit libéré de toute hésitation. On ne lui offrait que rarement l’occasion d’arracher son corps frêle à l’emprise de la Montagne. Sur le papier, leur mission apparaissait d’une simplicité idyllique à laquelle, toute naïve qu’elle restait, elle refusait de croire. À la lecture du parchemin, une lueur vague avait valsé dans le parme de ses prunelles. C’était face à une bête que la main de Séphora avait triomphé. Elle ne l’oubliait pas. Seulement, une sensation confuse sous sa chair pulsait à l’annonce impétueuse du danger. L’insouciance avait pris le pas sur la prudence. Retrouver l’une des leurs infiltrée au sein de l’Akeheish comme une ombre insaisissable tâchant le Soleil correspondait plus ou moins à ses compétences. Malgré une description sommaire, l’attention que la brune déployait à l’égard de son environnement lui viendrait sans doute en aide si la situation l’exigeait. En ce qui concernait l’élimination de la fameuse bête, elle aviserait en temps voulu. Après tout, elle ne serait pas seule, et pour une fois, cette pensée apaisait la tempête de pensées qui virevoltait sous son crâne. Le voyage s’était, dans l’ensemble, déroulé sans encombre. L’un de leurs camarades avait dû rebrousser chemin après une mauvaise chute _ elle-même avait eu une attention toute particulière pour la redoutable descente et ses pièges de glace. De temps à autre, elle glissait quelques mots au détour d’une conversation pour rappeler sa présence. Et puis, était venue l’heure étonnante où les Simulacres avaient foulé l’herbe des Steppes, où, insensible aux autres, elle avait laissé un détail prendre possession de ses sens. Le glas du monde réel avait pourtant déposé son empreinte fatale sur son être en perdition. Aujourd’hui, il lui fallait faire ses preuves, et la déception ne serait pas de la partie. Qu'elle le désire ou non, Salomé serait le témoin du souffle déterminé qui s'agitait en elle.
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Message(#) Sujet: Re: Les anomalies de l'ADN ♪ [Salomé] Jeu 13 Juil - 12:00

Salomé
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Armes ♦ Cimeterre ♦ Couteau à cran
Autres ♦ Outre en Peau

Si mes chaussures étaient plus fragiles, elles seraient déjà trouées. C'est ce que je me répétais, emplie du raz-le-bol de marcher sans arrêt, du peu de conversations de la petite expédition que nous étions. J'étais restée un peu à l'écart, baladant mes mains sur mon couteau, passant mes doigts dans mes cheveux et buvant d'énormes gorgées d'eau. Deux nuits que je ne dormais presque pas, la fatigue était présente mais les ronflements incessants d'un des hommes du petit groupe était trop pour moi, en plus de son odeur.

Oui, j'en avais assez, il me fallait un exutoire, de l'action, nous n'avions rien fait qu'une randonnée ces derniers temps, agréable certainement, mais lorsque l'ordre de rejoindre le groupuscule m'arriva on m'avait promis monts et merveilles. Ce n'était pas dans mon habitude de rechigner à la tâche, ni même de regretter quelque chose, j'avais véritablement envie de voir de nouvelles choses, m'évader un peu du simple labeur de négociatrice les jours de marché, ou de réparer le bric-à-brac que nous récupérions non sans mal.

Une rumeur, un bruit, nous nous séparions, je me retrouvais avec la plus jolie du groupe, elle me semblait trop faible pour être à mes côtés, je l'avais déjà affublée d'un surnom, gueule d'ange. Premièrement parce qu'elle paraissait encore pouponne, dans le bon sens du terme, secondement parce que j'avais réussi, en quelques jours à oublier les noms de ceux qui étaient avec moi. Oui, j'aurais très bien pu parler à tue-tête, rire avec eux au coin du feu que nous faisions le soir pour griller nos maigres provisions, mais je n'avais qu'une envie, en découdre avec la présumée créature que nous devions retrouver. J'avais l'esprit embrumé par ma frustration et les consignes de la mission me paraissaient bien enfouies, dans une cavité de mon crâne dont j'avais perdu l'accès.

Quoi qu'il en soit, j'étais là, à regarder le spectacle de la nature qui s'offrait à nous, il est vrai que c'était à couper le souffle. Je ne répondais que par des sourires ou des bruits de gorges, la douce brunette à côté de moi, ne m'avait pas véritablement tendu de perche pour briser la glace. J'avais peur de ne pas être celle qui lancerait une conversation. Tant pis, le silence serait encore présent quelques minutes, après tout j'avais attendu deux jours avant d'ouvrir la bouche pour dire autre chose que « merci », « oui » et « non ».

Nous arrivions enfin là où nous devions chercher. On disait l'endroit dangereux, au moins il ne pleuvait pas et le soleil, qui me faisait transpirer dans mes vêtements sombres, était toujours aussi vif. Mon mécontentement s'effaçait au fil du temps, l'endroit était de plus en plus beau et mystique. Il y avait une force en ces lieux que je ne pouvais pas simplement définir par des mots. Sorte de beauté tacite, de magnificence ineffable.

« Dis moi gueule d'ange, pourquoi ils t'ont envoyé ici ? T'es sûre de pouvoir tenir le coup ? »


Ma voix était un brin provocatrice, j'avoue que, si j'avais été à sa place, j'aurais certainement sorti de quoi me battre, alors un peu par culpabilité et surtout parce que je savais que j'allais passer trop de temps avec elle pour m'en faire une ennemie je revenais sur mes paroles : « Désolé mais j'ai oublié ton nom, je suis un peu dans les étoiles depuis la nuit dernière. »

Après tout cela ne pouvait pas être pire, c'était déjà assez embarrassant comme ça, je ne soutenais plus du regard sa joue gauche, regardant alors fixement devant moi, évitant de pencher vers la droite ma tête pour ne pas croiser son regard. Devant nous le cadavre d'un animal rongé par la végétation, nous esquivions le lieu, tant l'odeur était désagréable, pire que mes mots envers la jeune femme.

D'énormes bêtes volaient trop haut dans le ciel pour que je ne puisse les discerner mais leur forme me rappelait les coques de bateaux des légendes que l'on me comptait quand j'étais encore petite fille. Une multitude de fleurs violacées venaient enfin effacer le souvenir de la carcasse de l'animal mort, offrant alors à nos deux paires d'yeux, un spectacle revigorant. Le vent était aléatoire et faisait danser les plantes en symphonie, décoiffant aussi mes cheveux que je peinais à replacer derrière mes oreilles.

« Tu es déjà venue si loin toi ? Moi jamais... »


C'était impressionnant que de venir en des terres si sauvages, comme si l'aventure se cachait derrière chaque rocher, chaque mousse, chaque touffe d'herbe. J'avais enfin changé d'attitude, totalement conquise par l'endroit qui s'offrait à moi, un terrain de jeu immense à la vue incomparable.

775 mots

© Adam

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Phèdre
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Message(#) Sujet: Re: Les anomalies de l'ADN ♪ [Salomé] Mar 25 Juil - 16:02

La jeune femme n’avait pas particulièrement cherché à engager la conversation, contrariée de voir le doux privilège de son errance sensorielle s’envoler au loin. Seulement, elle se remémorait aisément des mises en garde de Cyrus au sujet des Steppes, et elle ne pouvait se permettre de rêvasser. Rien ne devait être laissé au hasard. Repérer un détail sans se perdre de précieuses minutes dans sa contemplation relevait d’un véritable défi. La sécurité de l’Alcôve lui avait toujours offert le luxe du Temps. Malgré elle, il fallait parfois apprendre à y renoncer. Sa compagne de voyage paraissait d’humeur à bavarder. La silencieuse splendeur des environs revêtait une étrangeté sans doute inquiétante pour certains coeurs. Tout semblait figé autour d’elles, et sans l’audacieux jeu de la brise qui couchait à intervalles irréguliers herbes et fleurs, l’on aurait pu croire l’endroit inanimé. Phèdre connaissait le piège des paysages immobiles, et la désolante tendance de son regard vagabond à les parcourir des heures entières. En comparaison, échanger quelques mots représentait une distraction sereine. « Es-tu certaine que tu seras plus utile que moi ? J’ai quelques connaissances en médecine, alors évite de jouer les grandes gueules si tu ne veux pas que je te laisse te vider de ton sang sur le chemin du retour. » Un clin d’œil malicieux vint trancher avec le ton acerbe de sa déclaration. S’amuser en compagnie de sa congénère lui paraissait une charmante manière de passer le temps.

De leur mission, la brune n’avait retenu que les grandes lignes. Il fallait rejoindre dès que possible celle qui réclamait l’aide de ses semblables pour renforcer sa couverture, et surtout, éviter de tomber par inadvertance sur les membres de la secte, ou sur tout autre individu peu recommandable. « Je ne crois pas m’être présentée, ces derniers jours. En général, quand la conversation ne m’intéresse pas, je préfère me taire. Je m’appelle Phèdre. » Lorsqu’elle s’adressait aux femmes de Spectre, la méfiance n’enserrait pas sa gorge de ses doigts lourds et glacés. La brune évita le cadavre avec le même soin que sa partenaire, légèrement dégoûtée par la putréfaction qui prenait possession du corps. La peur de ce qui l’entourait n’empêchait pas Phèdre de ressentir une attraction fascinée envers l’inconnu. « Je ne connais pas grand-chose du monde, hélas. Certains événements m’ont amenée à ne pas avoir envie de pointer mon nez plus loin que nécessaire, et j’avoue que je ne brille pas par mon courage. Je n’ai pas franchement l’âme d’une guerrière. » Depuis l’enfance, la jeune femme s’entraînait à faire preuve de lucidité à l’égard de ses propres faiblesses, et si la honte voilait parfois de rouge ses pommettes, elle savait faire preuve de suffisamment d’intelligence pour savoir qu’une telle information était primordiale pour assurer la survie de leur duo improvisé. Sa maîtrise des armes s’arrêtait aux strictes bases enseignées à l’Alcôve, et jamais elle n’avait éprouvé le besoin de développer davantage la violence barbare qui parfois faisait rugir ses veines.

La putride vision de la carcasse rappela à la jeune femme le danger qui couvrait les environs de son insensée présence. Admirative face aux délicates courbures des fleurs que leur présence profanait, elle s’obligea à rompre la tranquillité des lieux. « Cela dit, j’ai entendu quelques histoires à propos de ces plaines, et si j’espère que ce ne soient que des mensonges, il y a peu de chance pour que ce soit effectivement le cas. Si l’on tient à survivre, on ferait mieux de rester attentives. Ici, ce ne sont pas les hommes qui sont à craindre. » La désagréable sensation que les créatures célestes surveillaient leurs pas tels des charognards prêts à engloutir leurs os lui arracha un frisson. Depuis quelques instants, leur progression se faisait plus lente. La jeune femme accéléra légèrement le pas, pressée par l’inquiétude. La promesse de ce qui se terrait dans les parages sans qu’elle ne puisse l’apercevoir lui donnait envie de rebrousser chemin sur-le-champ. Une attitude que sa faction ne lui pardonnerait pas. Troublée, elle se tourna vers l’autre femme. « Il vaudrait mieux retrouver Ariel au plus vite, avant de faire une mauvaise rencontre. Cet endroit ressemble à un véritable paradis, mais je ne tiens pas à y mourir. » La marche reprit de plus belle sous la désastreuse caresse du Soleil. Les rayons asséchaient leurs gorges avec une rapidité déconcertante. Fatiguée, la brune s’arrêta une seconde pour se désaltérer et reprendre au vent un souffle que leur périple lui dérobait. Phèdre crut distinguer dans le regard de Salomé une lueur féroce qui ne lui déplaisait pas. « Quel genre de femme part affronter un monstre les cheveux au vent ? » Le sourire aux lèvres, elle secoua la tête doucement, se demandant quels crocs acérés mettraient fin à cette étonnante camaraderie.
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