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 La Malédiction de la jalousie [solo]

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Johar
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Message(#) Sujet: La Malédiction de la jalousie [solo] Jeu 13 Juil - 20:36



Aucun regret. Sur son visage marqué par la vie sauvage de Varosha, il n'y avait pas une once d'hésitation, pas même un soupçon de nostalgie à l'idée de quitter Varosha. Certains disaient adieu à leur famille, parmi ceux qui comme lui, avaient été repérés par Tadryon. Mais pas lui. Une famille, il n'en avait pas ; la seule qui lui restait devait être son père, quelque part dans la grande Cité Bleue, à compter qu'il y ait survécu. Mais c'était tout ce qui lui restait: ce mince espoir de connaître son géniteur, de lui parler, de lui dire qu'il avait un fils, un fils qui avait eu besoin de lui. Il se doutait qu'ils ne pourraient jamais rattraper le temps perdu, ni même avoir une relation père-fils "normale" mais la simple pensée de marcher sur les traces de son père donnait un sens à sa vie de réfugié: il allait enfin entrer à Tadryon, après tout ce temps! Il avançait avec quelques autres Varocs. Ils n'étaient pas beaucoup, une dizaine tout au plus, dix élus au milieu de centaines de réfugiés qui ne priaient que pour avoir ce privilège. Et il en faisait partie. Il bomba le torse, fier d'avoir enfin réussi à attirer le regard de Tadryon sur lui, tout en sachant qu'en arrivant dans la Cité, il ne serait encore rien de plus qu'un ex-réfugié devant faire ses preuves. Mais il n'avait pas peur, et son visage couturé de cicatrices se tordit en un rictus déterminé: c'était enfin le grand tournant de sa vie. Il entrait à Tadryon et il retrouverait son père.

Pour le retrouver, il n'avait pas grand chose, juste un nom: Aduleron de Gal. C'était bien peu pour une aussi grande Cité mais après tout, n'avait-il pas toute la vie devant lui pour mener ses recherches? Si cet homme était passé par Tadryon comme sa mère le lui avait dit, alors quelqu'un serait bien à même de mener le jeune homme jusqu'à lui. Mais pour l'instant, Acrux était occupé à dévorer des yeux les portes de la Cité qu'il franchissait enfin. Plus de vingt années passées dans les taudis de Varosha à chercher les immeubles les plus élevés pour tenter d'apercevoir la vie de Tadryon non loin de là. Autant de temps dépensé en courses poursuites avec les autres gamins dès qu'un Tadryen était repéré, à tenter de le suivre pour pouvoir admirer l'impressionnante armure de métal que seuls ces élus possédaient. Et voilà qu'il passait de l'autre côté.

Acrux n'était pas d'une nature très curieuse, la vie compliquée et solitaire d'un gamin de dix ans abandonné à son sort avait même fait de lui quelqu'un d'indifférent, de méfiant et dont la première règle était la suivante: ne jamais se mêler de ce qui ne me regarde pas. Il y avait beaucoup trop de dangers en Varosha, à commencer par les réfugiés eux-mêmes pour que le mot "confiance" existe. Le jeune homme à la chevelure blanche avait compris cette dure réalité le jour où sa mère s'était faite battre à mort par l'un de ses clients et que personne n'avait bronché. A partir du moment où le dit client appartenait à l'une des bandes de rebelles, personne ne pouvait mais surtout ne voulait rien faire. Etait-ce un crime de vendre son corps en échange de nourriture et de vêtements? Acrux se posait encore la question mais il était clair qu'en ayant bénéficié de cette nourriture et de ces vêtements, la réponse était on ne peut plus clair. Il s'était alors réfugié dans les hauteurs, loin des rues qu'il arpentait avec sa mère et loin de ces bandes qui le terrorisaient. Et aujourd'hui il hésitait entre désirer ardemment la vengeance maintenant qu'il allait avoir les moyens de l'accomplir, ou s'adonner entièrement à Tadryon et laisser aux portes de la ville tout le reste.

Il n'avait pas encore pris sa décision mais le moment était mal choisi pour trouver des réponses à ces questions, car il entrait enfin dans la Cité Bleue. Les bâtiments étaient immenses, plus que ceux de Varosha, mais surtout en très bon état. Après avoir vécu dans des immeubles en ruines menaçant de chuter chaque jour, voir de telles bâtisses aussi imposantes et solides avaient de quoi marquer les esprits. Mais Acrux n'était pas du genre à s'émerveiller pour un rien. Ses yeux bleus suivaient vaguement les citoyens qu'ils croisaient, certains avec leurs Exosquelettes, d'autres plus simplement vêtus mais il s'agissait de Tadryens et c'était ce qui comptait: son père était peut-être parmi eux. Peut-être avait-il croisé son regard au travers des baies vitrées des quartiers résidentiels, à moins que ce ne soit cet homme dont le vêtement venait d'effleurer sa main? Il appréhendait le moment de la découverte mais encore plus son intégration: il y avait des rumeurs dans Varosha, mais il n'avait aucune idée de la façon dont les choses allaient réellement se passer.

Pas moins d'une heure plus tard, Acrux portait des vêtements propres qu'il avait pu choisir parmi tant d'autres et tenait entre ses mains son paquetage, à savoir son Exosquelette. Des mesures avaient été nécessaires, mais par chance l'ancien Varoc n'était pas particulièrement grand ou petit et avait un physique plutôt banal. Ils étaient maintenant à l'Académie, en rang devant un homme qui s'était fait appeler "capitaine". Les grades étaient totalement étranger au jeune homme, mais il n'eut aucun mal à comprendre qu'il s'agissait d'un supérieur. De toutes façons là où il en était, il y avait peu de Tadryens qui n'étaient pas ses supérieurs.

"Bien, écoutez-moi bien la nouvelle bleusaille. Vous avez reçu votre Exo et vous aurez vos armes d'ici la fin de la journée. Je vous présente vos meilleurs nouveaux amis, ce soir vous serez comme eux, des conscrits de Tadryon, pour ceux qui tiennent le coup. La seule différence entre eux et vous, c'est qu'ils sont nés dans la Cité. Ils n'ont pas plus de privilèges, de droits, de force que vous. Pour être un Tadryen, il faut le mériter, la Cité ne s'embarrasse pas de bras cassés, que vous soyez natif ou non. Mais pour cette journée, ils seront vos... disons vos guides. Vous allez former des duos pour que vous appreniez rapidement ce que vous foutez là, ce qu'on attendra de vous et vous faire visiter un peu la maison. Est-ce que j'ai été assez clair?"

Le soldat fit répéter au groupe trois fois "oui mon capitaine" jusqu'à être pleinement satisfait de la discipline avec laquelle ces mots étaient prononcés. Puis il écarta les bras dans un geste solennel et lança avec un sourire amusé:

"En avant les amoureux, formez les couples et cassez-vous en vitesse."

Puis il tourna les talons et partit sans plus attendre. Acrux, comme les autres Varocs, regardait autour de lui d'un air hésitant. Etait-ce à eux de faire le premier pas? D'autant que les Tadryens qu'ils avaient en face d'eux étaient jeunes, beaucoup plus que certains réfugiés et ils avaient au mieux le même âge que les plus jeunes d'entre eux. Pour le survivant farouche qu'il était, il sentait que ça allait être compliqué pour lui d'écouter et de se laisser guider par l'un de ces gamins. Deux d'entre eux discutaient d'un air nonchalant en toisant le groupe, montrant certains du doigt, en méprisant sans gêne d'autres... Sur quel imbécile né du bon côté des Murs allait-il avoir l'honneur de tomber? Il n'eut pas le temps de réfléchir plus en avant car un cri le ramena à la réalité: l'un des Varocs avait mis son poing dans la figure d'un natif.

"Regarde-moi encore une fois comme ça et j'te...!"

Personne ne put savoir quelle était la menace proférée car l'homme se reçut une décharge électrique en pleine poitrine. Sorti d'on ne sait-où, le capitaine se tenait devant lui:

"Je vais être on ne peut plus clair: ce soir vous serez au même niveau que ces jeunes gens. Aujourd'hui considérez que vous leur devez obéissance, que cela vous plaise ou non. Tadryon n'a besoin que d'hommes et de femmes disciplinés. Alors je vous conseille de garder votre poing dans votre poche. Quand à vous Conscrit Darhan une seule provocation de votre part vous coûterait très cher. Félicitations à vous deux, vous venez de trouver votre duo. La prochaine main qui se lève dans un autre but que de serrer celle de votre partenaire sera tranchée."

Acrux ne dit rien mais l'appréhension commençait à le gagner. Il n'avait aucun doute que ces menaces pouvant paraître exotiques pouvaient être mises à exécution et il sut que c'était le cas en observant le visage des natifs. Ceux qui arboraient quelques secondes plus tôt leur large sourire avaient désormais le visage fermé et évitait le regard du capitaine. Mais Acrux les avait déjà repérés et s'écarta discrètement du groupe: il n'avait aucune envie de voir ses nerfs mis sous pression pour cette première journée et à la façon dont l'une des filles au milieu de la bande le regardait, il sut qu'elle l'avait choisi et qu'elle s'avancerait vers lui dès le départ de l'officier. Mais il ne voulait pas. Il n'avait pas aimé du tout son rire mauvais de fille capricieuse et il aimait encore moins son regard pétillant semblable à celui d'un prédateur observant sa proie. Il ne pourrait rien faire s'il la voyait s'avancer...

Mots: 1634



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Message(#) Sujet: Re: La Malédiction de la jalousie [solo] Dim 16 Juil - 3:12


Le Soleil se couche sur l’Académie de Tadryon. Tu t’apprêtes à quitter ton dernier cours de la journée lorsque ton professeur s’éclaircit la voix pour ajouter :

« Comme vous le savez, demain est un jour d’Entrée à Tadryon, une dizaine de Varocs a été choisie pour devenir des citoyens de la Cité et marcher à vos côtés. Dès demain soir, ils seront des Conscrits tout comme vous. Je ne vais pas vous faire un schéma, vous savez très bien comment ça marche et comme d’habitude il me faut des volontaires pour la journée d’intronisation. Je vous rappelle que votre section n’a pas de cours demain, donc les petits malins qui voulaient simplement sécher peuvent tout de suite oublier. »

Tu en vois certains souffler en se rappelant qu’il s’agit de l’un de vos jours de repos et dont l’envie de « parrainer » quelques nouveaux les quitte soudainement. Pour ta part, ça ne fait pas partie de tes projets : avec un peu de chances ton père ne finira pas trop tard et tu as l’espoir de lui montrer les récents équipements que tu as achetés. Mais des ricanements dans le fond de la pièce attire ton attention. Il s’agit du petit groupe insupportable de ta section : ils sont moins d’une dizaine, un mélange de Nobles et de natifs particulièrement antipathiques qui prennent un malin plaisir à rabaisser les anciens Varocs. Ils se donnent des coups de coude, balancent quelques blagues visiblement hilarantes puis lèvent la main tous ensemble comme des clones robotiques sans aucun libre arbitre ou volonté propre. Ils ont déjà monopolisé quatre-vingt-dix pour cent des places pour les volontaires et tu sens ta mâchoire se serrer. Ce ne sont pas tes affaires. Tu n’as strictement rien à voir là-dedans, tu es censé t’en moquer de ces Varocs qui vont passer une sale journée demain parce que leurs duos seront composés d’imbéciles orgueilleux et tortionnaires. Trop tard, ta main s’est levée et tu sens se poser sur toi les regards : tu n’es pas très apprécié, en fait tu es plutôt transparent habituellement. Tu parles beaucoup, tu bouges beaucoup, tu fais beaucoup de bruit, mais en dehors de tes singeries pendant les cours, tu n’as pas d’amis puisque Don n’est pas là. Tu n’as pas de bandes ou quoi et tu ne participes habituellement pas à ce genre d’activités. Aussi les regards convergent-ils sur ta main levée. Tu tentes un petit sourire insolent adressé à la tribu sans cervelle derrière toi : ils savent que leur marge d’action va être limitée si tu es dans leurs pattes et rien que cette nouvelle t’enchante au plus haut point.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

La chute suicidaire de ton réveil du haut du compartiment de rangements qui jouxte ton lit t’indique que c’est au moins la deuxième baffe qu’il se prend et que tu n’es toujours pas habillé. Après une longue hésitation en fixant l’heure pour savoir si tu pouvais te permettre de grapiller quelques minutes, tu décides finalement de te lever en baillant. Et c’est en voyant ta tête dans le miroir que tu te demandes pourquoi tu t’es porté volontaire. C’est pas humain de se lever aussi tôt lors d’un jour de perm’, non mais franchement ! L’eau ruisselle sur ton visage alors que tu enfiles un pantalon de travail et un tee-shirt de sport moulant. Tu embarques ton Exo mais ne l’enfile pas : tu préfères le mettre à l’Académie. L’odeur du café dans la cuisine t’indique que ton père est encore là, et qu’il ne devrait pas tarder à partir. Tu te mords la lèvre, regrettant de ne pas avoir attendu quelques instants de plus dans ton lit pour éviter…

« Où est-ce que tu vas ? »

Andugal sirote son café noir sans sucre ni lait -tu ne sais toujours pas comment il peut boire cette horreur- en tapotant sur sa tablette digitale, lisant des rapports de missions ou quelque chose du genre -qu’est-ce que tu en savais après tout ? Tu prends le prétexte d’avoir la bouche pleine de pain et de pâte sucrée pour réfléchir à ce que tu vas dire. Ton géniteur quant à lui en profite pour s’étonner avec sarcasme évident :

« C’est ton jour de repos, mais Donovan travaille. Il est six heures et demi et tu te lèves en moyenne vers onze heures -tu le soupçonnais d’ailleurs d’avoir installé des caméras dans votre compartiment car il n’était jamais là lorsque tu dormais aussi tard- quand tu n’es pas à l’Académie. J’ose espérer que tu t’es donné tout ce mal pour une fille au moins ? J’aurais bien dit que tu participais à l’intronisation des anciens Varocs mais tu as si brillamment évité toutes les autres Entrées que je ne peux penser que tu t’y intéresses finalement ? »

Il était donc au courant, c’était évident. En fait tu ne savais même pas pourquoi ça t’étonnait. Il avait dû avoir accès à la liste des volontaires. Avec tout le travail qu’il avait, tu ne comprenais pas comment il pouvait passer autant de temps à te surveiller, c’était étouffant. Et agaçant même.

« Pourquoi tu m’poses la question ? »

…puisque tu connais la réponse ! Mis à part pour jouer du sarcasme comme il savait si bien le faire. Après une nouvelle longue gorgée de liquide caféiné, la Cape Ecarlate enchaîna :

« Parce que je pense que tu t’es porté volontaire pour de mauvaises raisons. »

Un sourire ironique étire tes lèvres et tu lances en essayant de ne rien laisser paraître aussi indifférent que possible :

« Une chance que je n’en ai rien à foutre de c’que tu penses. »

Du coin de l’œil tu vois la main du soldat se crisper sur la tasse et tu t’étonnes même de ne pas entendre le métal s’écraser sous la poigne puissante. Tu sais que si tu le regardes, tu verras sa mâchoire se contracter pendant qu’il fait en sorte de ne pas perdre son sang-froid. Finalement il jette un regard à la montre tactile à son poignet et tu sais qu'il a pris la décision de ne pas agir: pas de correction musclée pour aujourd'hui, c'est plutôt bon signe.

« Surveille ton langage avec moi. Et dépêche-toi. Tu es presque déjà en retard. »

Il avait raison. Tu prends néanmoins ton temps pour le simple plaisir de contredire « le chef » et sort du compartiment d’un air nonchalant. Puis tu t’élances le plus vite possible pour rattraper ton retard et choper le Transitaire : pas question de te faire remarquer pour une mission sur base de volontariat !

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Ils sont en face de vous, habillés en Tadryens, et la plupart se fondent déjà dans le décor : cicatrices sur le visage, un air féroce souvent propre aux réfugiés les plus audacieux, on dirait déjà des Conscrits, peut-être même plus que certains natifs que tu connais. A tes côtés se tient la bande des Ninos (tu les as surnommés ainsi car ils te font penser à ces créatures de Varosha qui vivent ensemble et sont incapables d’avoir leur propre avis sur une question, si un Nino s’envole, tous les autres suivent) et quelques rares autres n’ayant rien de mieux à faire de leur journée. Vous avez été rapidement briefé et lorsque le Capitaine a insisté sur le fait que les Varocs deviendraient des Conscrits le soir même pour marquer l’égalité avec vous, tu avais lancé un regard appuyé aux Ninos, provocation ultime mais vaine : ils étaient huit, tu étais seul. Mais désormais, ils vous font face, eux sont en rang, vous en troupeau, comme des acheteurs cherchant la meilleure pièce soldée pour son Exosquelette. Tu n’aimes pas trop ça mais on ne te demande pas ton avis alors tu attends que le Capitaine sorte. Comme tu ne veux pas tomber dans le jeu d’être celui qui choisit, tu n’as qu’un seul critère : prendre sous ton aile la cible d’un des Ninos. Mais tu n’as pas le temps de te poser des questions, un incident éclate, obligeant le Capitaine à revenir. Lorsqu’il repart pour la seconde fois, tu sais qui tu vas choisir. L’une des filles de la bande -une Noble particulièrement peste qui t’as pris pour cible plusieurs fois lorsque tu étais plus jeune- montre du doigt un Varoc aux cheveux blancs et ricane avec les autres. Tu entends des bribes de phrase :

« …mignon pour un réfugié… »

C’est suffisant pour que tu lui barres la route au moment du choix. Tu t’avances avant elle devant le fameux Varoc à l’étrange chevelure claire et aux cicatrices sur le visage et tu lui tends le bras dans avec un petit sourire de camaraderie. C’est l’un des plus jeunes du groupe, et tu sens que tu n’auras pas de problèmes avec lui. Il te serre le poignet avec un regard pour la fille délaissée. Tu n’en es pas sûr, mais tu as l’impression qu’il paraît plus soulagé qu’autre chose. Si c’est le cas, il a tout à fait raison !

« Mon nom est Johar Dasterion. Bienvenue à Tadryon camarade. »

Sa réponse ne tarde pas :

« Acrux de Gal. Merci à toi. »

Tu essaies de ne pas trop fixer ses cicatrices mais tu n’y peux rien, elles attirent tes yeux comme des aimants. Il est un peu plus âgé que toi, cinq ans peut-être, et tu sens pourtant que sa vie a été beaucoup plus mouvementée. Ton empathie surdéveloppée te mène à te demander s’il a perdu tous ses êtres chers pour vouloir entrer à Tadryon. A moins qu’il ne les ait abandonnés dans Varosha. Ou alors qu’il fasse tout ça justement pour pouvoir les rendre fier et les aider. Tu secoues imperceptiblement la tête pour t’empêcher de spéculer de la sorte : les réponses arriveront en temps voulu ou n’arriveront pas, mais dans tous les cas il te faut garder tes distances. Pas question de te laisser submerger cette fois-ci. Tu ouvres la marche des duos sans regarder derrière toi et te dirige d’un pas sûr vers l’armurerie. Tu savais que les Ninos allait emmener leur binôme ici en dernier pour les empêcher de se sentir trop « puissant » et égaux tout au long de la journée en portant leurs armes. C’est pour ça que tu comptais commencer par là. Un petit sourire mesquin imprimé sur le visage, tu guides l’ancien Varoc dans le dédale de l’Académie.

« Bienvenue aux paradis des tireurs… »

Mots : 1671


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Message(#) Sujet: Re: La Malédiction de la jalousie [solo] Jeu 20 Juil - 3:18



Il s'était avancé vers lui d'un pas sûr et avait coupé la route de la fille insupportable qui l'avait repéré. Le soulagement qui le saisit fut cependant de courte durée car Acrux était méfiant: à défaut de l'être naturellement, c'était la marque que Varosha lui avait imposé au fer rouge, ne jamais faire confiance à personne. Même si le gamin qu'il avait en face de lui semblait de bonne foi et d'un naturel sympathique. Il était méfiant mais ne comptait pas pour autant être apathique, aussi répondit-il à la poignée de main et se présenta-t-il. "De Gal". Ce n'était pas son nom, il ne l'avait jamais porté puisque seul celui de sa mère prévalait en Varosha mais il s'était présenté ainsi pour voir si un De Gal était déjà connu à Tadryon, ce qui lui aurait donné une piste. L'ancien Varoc scruta le visage de son binôme après avoir prononcé son nom mais ne décela rien. Si ce Johar connaissait son père, il n'en laissa paraître aucun indice. Son visage à peine hâlé par le soleil et vierge de toute marque contrastait avec celui d'Acrux. En l'observant, le jeune homme savait qu'ils avaient moins de dix ans d'écart mais il lui apparaissait comme un gamin préservé de toutes les horreurs que lui avait pu vivre dans une terre aussi cruelle que celle qu'était Varosha. Il lui en voulait pour ça, pour cette chance qu'il n'avait pas eue, même s'il savait que c'était ridicule et que ce garçon n'y était pour rien, ce n'était pas une émotion qu'il contrôlait. Il lui offrit un sourire amer en échange et lui emboîta le pas. Jetant un dernier regard derrière lui, il vit le groupe les fixer d'un air mauvais et se demanda s'il n'aurait pas mieux valu laisser la fille avoir ce qu'elle veut pour éviter les problèmes. Mais c'était trop tard de toutes façons. Haussant les épaules comme s'il s'agissait de la fatalité et qu'il ne pouvait rien y faire, le jeune Varoc avança. Les cheveux de son interlocuteur étaient aussi bruns que les siens étaient blancs, en revanche leurs yeux clairs avaient la même teintes d'un ciel bleu-gris qui se prépare pour la tempête. Lorsque Johar lui montra l'armurerie avec un trait d'humour qui ne fit même pas sourire Acrux, celui-ci comprit pourquoi tout le monde voulait tant rejoindre les rangs de Tadryon: les groupes de rebelles tellement craints dans les ruines qui entouraient la Cité Azuré étaient capables d'assassiner de sang froid n'importe quel gosse à la bouille d'ange pour un seul de ces flingues. Le gosse eut la délicatesse de laisser Acrux parcourir de lui-même les rangées d'armes lasers qu'il avait sous les yeux. Mais lorsqu'il avança un peu trop loin dans les armes plus lourdes, la voix de Johar l'arrêta:

"Pour l'instant tu as accès à celles-là. Il faudra démontrer tes capacités pour pouvoir acheter des armes plus puissantes... et casquer un peu aussi, même à Tadryon il faut payer pour les meilleures choses."

Le jeune homme parut se sentir soudainement gêné d'en savoir autant comparé à son binôme plus âgé car il ajouta:

"Moi non plus je ne peux pas avoir celles-là, tu vois?"

Et pour prouver ses dires, il montra une arme de poing et un fusil d'assaut qui se trouvaient en effet au début de la rangée.

Acrux acquiesça:

"Ouai, j'ai capté merci."

Et il reposa ses yeux bleus sur l'étalage. Il fit glisser ses doigts hâlés sur un revolver et saisit d'une autre main un petit fusil.

"P-2 Nixe, c'est le meilleur pistolet qu'on ait. Mon instructeur aimait à dire qu'il n'était ni bon ni mauvais mais simplement équilibré. Puissant mais facile à utiliser, on ne peut rêver mieux. Et ça c'est un P-19 Lamia. Il faut savoir être précis avec lui, mais si c'est le cas, il a un chargeur d'enfer, une vraie mitraillette de combat. Tu peux tester les armes juste derrière, je vais te sortir des cibles bouge pas..."

Et il s'éloigna au fond dans une salle adjacente vide aux multiples couloirs de tir. Il installa une cible à Acrux, lui donna des cartouches d'azuris et lui laissa le loisir de tirer. La nouvelle recrue avait l'impression de posséder en elle tous les pouvoirs du monde avec ces deux armes. En un coup de vent, l'idée de viser la tête du petit privilégié traversa son esprit. Ce n'était pas tant l'envie qu'il avait, mais plutôt de savoir qu'il en avait la possibilité, la capacité. Après tant d'années à fuir, se cacher, se faire tabasser dès qu'il pointait le bout de son nez dans les ruelles, posséder de telles armes avait quelque chose de grisant, de foncièrement satisfaisant. Mais il ne fit rien de son envie meurtrière et se contenta de vider sa rage de vivre sur ses cibles. Il se rendit compte qu'il lui faudrait beaucoup d'entrainement, car il ne réussit qu'à toucher que deux fois le cible avec son arme de poing, et une dizaine de fois avec la mitraillette -sur un nombre de tirs au moins dix fois plus élevé. Mais les deux armes lui convenaient.

"Je vais prendre ces deux-là. Je peux les garder sur moi?"

Johar referma la salle d'entrainement avec un pass électronique avant de répondre:

"Bien sûr, tu es un Tadryen et comme je ne crois pas me tromper en avançant que tu as plus de seize ans, tu as le droit de garder ces armes sur toi."

Parfait. Il ne savait juste pas où les mettre. Malgré son essai de garder ta dignité, ses mouvements n'avaient pas échappé au natif. Il avait l'oeil le sale gosse.

"Hum. On va mettre l'Exo si tu veux bien, tu as des étuis intégrés pour tes armes."

Et le jeune homme saisit son armure qu'il enfila avec une grâce féline. Il fit plus d'une dizaine de réglages qui impressionnaient Acrux mais l'homme aux cheveux blancs n'en laissas rien paraître. Il essaya tant bien que mal de l'imiter mais dû se résoudre à accepter l'aide de Johar plus d'une fois. Il trouva cependant lui-même les emplacements pour ses armes. Et les deux jeunes gens repartirent.

Ils avaient passé la matinée à apprendre des enchaînements complexes pour s'habituer à l'armure qui, pour l'instant, handicapait plus qu'autre chose le débutant en la matière. Mais il avait fini par laisser sa barrière de méfiance et de mutisme s'affaisser d'elle-même: Johar se dévoilait lui aussi un peu plus à mesure qu'ils discutaient et il découvrit en lui un natif surexcité, toujours prêt à aider mais évitant au maximum le contact avec les autres à cause de cet altruisme un peu trop exacerbé. Evidemment Acrux avait du mal à comprendre la nature de son cadet mais il ne pouvait décemment pas lui reprocher après tout. D'autant qu'après leur entrainement, lorsque l'énergique Tadryen avait enlevé son tee-shirt trempé de sueur pour se changer, le Varoc avait entraperçu un dos couturé de cicatrices. Il n'eut pas le temps de les voir plus d'une seconde car Johar avait remis ses vêtements le plus rapidement possible. Il n'avait peut-être pas eu une vie aussi rose que ce qu'il paraissait... Le repas arriva vite et les deux compagnons s'installèrent dans le réfectoire. Ils purent constater tous deux que leur binôme était l'un de ceux qui avait le mieux fonctionné car l'ambiance n'était clairement pas la même chez les autres. Ils s'installèrent d'un commun accord à l'écart et en profitèrent pour se questionner mutuellement sur deux mondes qu'ils ignoraient. Le repas fut rapidement expédié.

"Bon, cet après-midi j'te fais visiter l'Académie, c'est encore plus grand qu'il n'y paraît et tu vas adorer les cours théoriques barbants crois-moi."

Johar commença la visite mais les deux hommes discutaient plus qu'autre chose en se laissant porter par leurs pas.

"Pourquoi il est habillé comme ça lui?"

Lorsque Johar tourna la tête pour voir de quoi il retournait, il parut surpris.

"Qu'est-ce qu'il y a?" questionna Acrux.

"Ils ne viennent pas souvent à l'Académie c'est tout. Je me demande d'ailleurs ce qu'il faisait ici..."

"Ils?"

"Ce sont des Capes Ecarlates. L'élite de Tadryon, les meilleurs d'entre nous. Ce sont des combattants qui ont fait quelque chose d'assez grandiose pour que Tadryon décide de leur octroyer l'honneur d'être adoubé. Il n'en existe que dix qui sont actuellement en vie, c'est la crème de la crème comme on dit."

Il marqua une pause puis ajouta avec une fierté qu'il peinait à dissimuler:

"Mon père en fait partie."

Acrux haussa les sourcils et eut un sifflement d'admiration à mi-chemin entre la moquerie et la compréhension. Il ne se moquait pas des Capes en elles-mêmes mais plutôt des yeux de Johar qui brillaient rien qu'en en parlant ; pour quelqu'un qui n'avait vécu que dans la crainte des plus forts, l'admiration n'était pas quelque chose de naturel. C'était d'ailleurs pour ça qu'il voulait tant apprendre qui était son père. Il avait besoin d'un modèle, d'une ligne de conduite. Peut-être que Johar pourrait l'aider...

"D'ailleurs en parlant de père. Tu sais qui pourrait avoir des renseignements sur un ancien Varoc entré à Tadryon il y a environ vingt-neuf ans? Son nom était Aduleron de Gal."



Mots: 1647



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Message(#) Sujet: Re: La Malédiction de la jalousie [solo] Jeu 20 Juil - 5:08




"Aduleron de Gal? Hmm... nan, ça me dit rien du tout. Mais mon père travaille avec l'Ordre, et il a, je ne sais toujours pas comment, des informations sur à peu près tout ce qui se passe à Tadryon, alors il pourra peut-être faire des recherches si je lui demande."

Tu t'efforças de sourire pour le rassurer mais tu avais peur qu'il ne voit jamais son père. Tu te mettais trop à sa place tu le savais, mais il y avait tout de même un nombre important de Tadryens qui étaient morts ces trente dernières années, cet Aduleron pouvait très bien en faire partie. Tu ne voulais pas le décourager alors qu'il venait à peine d'arriver et comptait visiblement suivre les traces de son père, après tout tu étais même très bien placé pour le comprendre. Ton sourire forcé se changea rapidement en un sourire de compassion et tu fus ravi de l'entendre changer de sujet:

"Et c'est quoi l'Ordre dont tu parles? C'est le nom du groupe des Capes Ecarlates?"

Tu secouas la tête en tâchant d'expliquer ce qui était pour toi une évidence, existant depuis ta naissance.

"L'Ordre avec un -O majuscule, c'est le nom qu'on donne au Solstice Ecarlate. Les Capes sont le plus haut niveau de Hiérarchie dans l'Ordre si tu veux, juste en-dessous de l'Archimandrite. Ils sont l'Elite et lui c'est le chef-recruteur. L'Ordre est une ... je sais pas très bien comment expliquer, c'est une partie de la population qui s'engage dans la religion pour aider les autres et se mettre pleinement au service de Tadryon, au service de la science tu vois. Mais dit comme ça ce n'est pas du tout la même chose en fait. Les prêtres du Solstice s'occupent par exemple des orphelins de guerre, ils font tout leur possible pour apporter leur aide aux citoyens, c'est pour ça que les Capes en font partie: ils sont là pour servir et protéger."

Tu sentais que tu n'arrivais pas à faire prendre pleinement conscience à ton aîné de ce que représentait vraiment le Solstice Ecarlate à Tadryon, à quel point il était important et admiré. Et ça t'agaçait, mais faute de pouvoir l'emmener au Sanctuaire, tu ne pouvais rien faire de plus pour l'instant.

"Enfin, laisse tomber, tu auras le temps de voir ce que c'est par toi-même. Je vais te montrer les salles de cours... rien de bien fabuleux mais bon."

Tu guidas alors l'ancien Varoc dans le dédale des bâtiments de l'Académie et utilisas le pass qu'on t'avait octroyé seulement pour aujourd'hui en ouvrant une salle au hasard.

"Voilà. C'est là que tu vas devoir suivre plusieurs cours théoriques avec nous. Tu vas voir, c'est vivifiant."

Tu laissas échapper un soupir moqueur en observant l'intérieur impeccable, blanc et métallique ainsi que le tableau électronique bleuté et les quelques autres écrans éteints. Tu ne fis pas attention à la tête de ton compagnon, ignorant que cette vulgaire salle de cours pour toi était un véritable havre de paix, propre et bien organisé tel qu'il n'en avait jamais vu. Comment aurais-tu pu prendre conscience qu'Acrux n'avait vécu que dans des ruines jusque là, bougeant presque chaque nuit pour ne pas se faire choper par les bandes qui effectuaient régulièrement des razzias et entraînaient les gars comme lui dans leurs trafics, les passant à tabac s'ils refusaient, comme ça avait été plusieurs fois son cas? Tu étais bien loin de ce monde et tu passas rapidement à autre chose.

"Enfin voilà quoi. D'après ma montre, il nous reste une demi-heure avant le rasso, je peux te montrer l'entrée d'un truc sympa, mais je pourrais pas t'y faire entrer malheureusement..."

Quelques instants plus tard, tu te retrouvais face à la grande porte métallique qui menait aux souterrains. Tu n'avais pas encore réussi à trouver la bonne excuse pour aller y faire un tour -et pourtant ce n'était pas faute d'avoir essayé- mais tu avais bien envie d'en parler à ton nouveau camarade. Tu te rendis d'ailleurs compte que tu avais plus parlé avec Acrux aujourd'hui qu'avec la totalité de tes camarades natifs depuis ton entrée à l'Académie -excepté Don bien sûr.

"Ici c'est l'entrée du réseau souterrain. C'est là où se trouvent les départements des sciences, des labos de tests et plein d'autres choses secrètes apparemment. Enfin, ce ne sont que des rumeurs mais on voit souvent passer les Récupérateurs."

Tu savais que tu n'avais pas besoin de préciser qui étaient les Récupérateurs, les Varocs les connaissaient bien en général. La fin de la journée arriva bien vite et tu rejoignis les rangs en même temps que les autres binômes. Une heure plus tard, après la cérémonie et les dernières directives, le Capitaine acheva:

"Bien, Conscrits, c'est fini pour aujourd'hui. Pour ceux qui se sentent encore un peu seuls avec leur nouvelle chambre vous pouvez manger au réfectoire, et pour ceux qui ont assez sympathisé vous pouvez peut-être même vous inviter chez votre binôme. Les natifs sont désormais vos camarades, plus aucune hiérarchie ne vous sépare désormais. Tadryens, rompez les rangs!"

Evidemment, le Capitaine avait dit ça en sachant que la plupart des binômes s'ils avaient été fonctionnels avaient été plutôt en tension qu'autre chose, mais pas le tien. Tu te sentis obligé d'inviter Acrux à partager le dîner tout en ignorant si ton père était là ou pas. Malgré tout, tu espérais qu'il ait beaucoup de travail et qu'il ne rentre pas.

"Tu veux manger chez moi? Je ne pense pas que ça dérange mon père..."

Tu n'en savais fichtrement rien à vrai dire mais au vu du nombre de personnes que tu ramenais ne serait-ce que pour discuter chez toi, il ne pouvait pas te refuser ça.

"Avec plaisir, j'avoue que ça me parait plutôt pas mal comme premier vrai repas en tant que Conscrit de manger à la table d'une Cape, nan?"

Le compliment flatteur fit mouche et tu acquiesças en sortant de l'Académie. Il ne vous fallut pas plus d'une demi-heure de marche avant d'arriver devant la maison allouée à la famille Dasterion. En pressant la clé magnétique dans la fente prévue à cet effet, tu sus que ton père était déjà là. Tu laissas passer Acrux et lui emboîtas le pas. Tu voulus le présenter mais n'en eus guère le temps.

"Dites-moi que je rêve, Johar me présente-t-il quelqu'un d'autre que Donovan, qu'est-ce que tu as bien pu faire à mon fils pour qu'il t'invite à dîner jeune homme?"

Il tendit son poignet au nouvel arrivant avec un léger sourire. Sa cape encore accrochée dans son dos indiquait qu'il venait tout juste de rentrer du Sanctuaire.

"Merci Papa, de considérer que je n'ai pas de vie sociale, c'est sympa..."

Tu aurais vraiment préféré qu'il ne soit pas là mais il poursuivi sans quitter le nouveau venu des yeux:

"Je ne considère rien Johar, je le sais et le clame haut et fort. Mis à part Donovan tu ne parles à personne. Ah si, ton fanclub de gamins qui t'admire j'oubliais..."

La pique fit mouche et tu ravalas ta fierté devant le nouveau Conscrit en faisant en sorte de ne pas paraître énervé ou vexé. Le repas débuta sur des discussions légères autour de l'entrée à Tadryon, du changement avec Varosha. Etant le seul natif de la table tu te sentis rapidement exclu et intervint en espérant changer de sujet:

"D'ailleurs Papa, Acrux cherche quelqu'un, un ancien Varoc ayant intégré Tadryon y a pas mal de temps, peut-être que le connais. Comment t'as dit qu'il s'appelait déjà?"

Acrux avala sa bouchée avant de répondre:

"Aduleron de Gal."

Tu repris une nouvelle cuillerée en observant d'un oeil distrait ton père mais le blanc qui plana te fit froncer les sourcils. Ton père ne se taisait jamais de la sorte.

"Que lui veux-tu Acrux?"

Il détournait la question. Cette fois tu en étais sûr: Aduleron était certainement mort, mais ce qui t'étonnait c'est que la Cape évite d'en parler et de mentionner ce point devant Acrux. Ton père était d'un naturel franc et n'omettait jamais ce genre de choses, alors pourquoi? Entre temps Acrux s'était raclé la gorge et avait pris son courage à deux mains:

"Il s'agit de mon père. Bien sûr il est devenu Tadryen avant ma naissance donc je ne l'ai jamais vu mais c'est le nom que m'a donné ma mère. De Gal."

Cette fois il y eut un silence des plus pesants et tu laissas tomber ta nourriture pour plonger tes yeux clairs dans ceux de ton géniteur. Que se passait-il?

"Shana n'est-ce pas?"

C'est lorsque tu vis les yeux écarquillés d'Acrux que tu compris ce que ça signifiait. Ton coeur se mit à battre de plus en plus vite à mesure que l'information atteignait ton cerveau. Non, c'était impossible!

"Vous... vous..."

Andugal qui semblait être le seul à maîtriser ses émotions et sa surprise -si tant est qu'il la ressente- coupa court:

"En effet. Je l'ignorais mais il semblerait que ce soit le cas. J'ai modifié mon nom en arrivant ici. Mais Shana n'avait même pas le ventre rond à mon départ. Bon. J'ai quelque chose d'important à voir, je vous laisse finir le repas. Acrux tu peux dormir ici pour cette nuit si tu le souhaites. Tu es mon fils après tout."

Tu avais envie de hurler. Le nom de cette femme que ton père avait aimé et qui n'était pas ta mère écorchait tes oreilles, meurtrissait ton coeur au plus profond de ton être. Ce n'était pas possible, tout ça n'était qu'un horrible cauchemar. Mais le pire ne fut pas le départ imprévu d'Andugal, non. Le pire était le regard d'Acrux qui le regardait s'éloigner: c'était un regard plein de bonheur et de fierté, il était heureux d'avoir retrouvé son père. Et pire encore si c'était possible: il était heureux de se découvrir un frère.

"Hé bien... si je m'attendais à ça... Je cherche un père et je trouve en prime un petit fr..."

Il avait posé sa main sur ton épaule et une soudaine envie de meurtre te saisit. Enragé, tu rejetas brusquement ce geste d'affection, le visage déformé par la haine.

"Ne me touche pas!"

Comment pouvait-il comprendre ce que tu ressentais? Il venait de Varosha où les femmes accouchaient sans restrictions, ou des fratries survivaient comme elles le pouvaient en se soutenant. Que pouvait-il comprendre à la politique de l'enfant unique Tadryenne? Ici, mis à part des rares exceptions de jumeaux, il n'y avait pas de frères ou de soeurs, il n'y avait qu'un enfant qui possédait un père et une mère. Comment pouvait-il voir cette situation de la sorte? Toute la maturité que tu avais pu acquérir n'était pas assez forte pour combattre ce sentiment d'injustice, de haine et de jalousie hyperbolée qui te déchirait les entrailles.

"Tu n'es pas mon frère! Tu es un fils illégitime, un bâtard!"

Il ne pouvait y avoir qu'un fils Dasterion, qu'un fils d'Andugal et c'était toi, pas lui. La colère te faisait parler d'une façon qui n'avais jamais eu de place dans ta bouche avant ce jour.

"Ma mère était une combattante Tadryenne, la tienne n'était qu'une pute Varoc..."

Tu n'eus pas le temps d'achever ta phrase qu'Acrux était sur toi. Il te dominait en taille, en poids, en âge et en matière de combat c'était certain. Sans ton Exo et tes armes tu n'avais aucune chance. Pourtant tu te débattis autant que tu le pouvais et les coups pleuvaient. Après une série de coups de poings qui avait fendu ta lèvre et ton arcade sourcilière droite, Acrux stoppa enfin son assaut et se releva en reprenant son souffle. Tu restas à même le sol et vit avec horreur qu'un sourire de bonheur illuminait encore son visage.

"Que tu le veuilles ou non, il m'as appelé "fils", je suis aussi sa progéniture et peu importe si je ne peux porter son nom. Il est mon père. De la même façon que tu es mon frère."

Tu crachas ton sang sur le sol et répondit en prenant soin de ne pas regarder son visage:

"Va crever."

Ce n'était pas possible. Tout ça n'était qu'un cauchemar, ce n'était pas possible.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Quelques rues plus loin, Andugal Dasterion écoutait soigneusement chaque mot de la discussion grâce à l'aperçu vidéo de l'un de ses drones qu'il avait laissé au-dessus d'un meuble discret. Il eut un sourire devant la réaction comme à son habitude exacerbée de Johar. Il ne considérait l'autre que comme un prétexte, un pauvre môme perdu qui n'était pas et ne serait jamais son fils. Il ne lui voulait aucun mal et regrettait que ce môme n'eut pas de présence paternelle pour grandir et s'épanouir. Mais il n'avait qu'un fils et c'était celui qu'il avait eu avec la femme qu'il aimait: Takerin, surnommée Taka. Cette Shana, il ne l'avait à peine connue qu'un mois en tant que client régulier et il avait dû se triturer la tête pour retrouver ne serait-ce que son nom. Mais le gosse était arrivé à un moment propice. La jalousie de Johar le pousserait à se dépasser et à progresser maladivement pour ne pas se laisser distancer par Acrux. Il ferait tout pour impressionner son père et deviendrait par la même occasion son digne fils. Oui, tout était parfait. La moindre remarque affective qu'il adresserait à ce faux fils serait comme un coup de fouet pour Johar, pire que toutes les sévices physiques qu'il pourrait lui infliger. Le sourire d'Andugal s'élargit quand les deux jeunes hommes en vinrent aux mains: Acrux était expérimenté qui plus est, il ferait un adversaire correct pour son cher fils.

Mots : 2393


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