Partagez | 
 

 Endurcissement

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Caïn
avatar
♦ Messages ♦ : 158
♦ Inscrit le ♦ : 02/03/2017




Message(#) Sujet: Endurcissement Mer 19 Juil - 22:02

Inventaire
Un poignard de côté ♦️ Un stylet de manche

- Et mes Frères aussi alors ?
- Tes Frères et tes Sœurs oui.
- Et pourquoi ils ne deviendraient pas vieux comme vous ?
- Parce qu’ils ne l’ont pas choisi.
- Il suffirait de le choisir alors ! Hein M’sieur Lison ?
- Oui, il suffirait de le choisir.
- Je veux pas devenir comme la dame qui s’occupe de nous apprendre la couture, elle arrive plus à tenir une aiguille, elle est incapable de marcher seule et elle oublie qui on est parce qu’elle nous voit pas.
- Alors, il faudra servir Spectre assez bien pour qu’il prenne ta vie avant.

L’enfant sourit. Il n’avait pas compris ce que Lison tentait de lui expliquer. Il n’avait peut-être pas encore à le comprendre. C’était un enfant qui s’appelait Jean-Baptiste. Membre de la Caste des Couturiers, sûrement en train d’apprendre la couture avec Athalie, une femme grabataire qui n’avait plus que de talent pour l’attente. Jean-Baptiste se leva, Lison me salua d’un signe de tête et repartir à sa journée qui semblait fort occupée.

Je replongeai mes yeux dans l’ouvrage que je consultais et qui expliquait un pan de l’histoire tadryenne que je n’arrivais pas à mémoriser. Ma faculté de concentration était aujourd’hui trop ténue pour faire quoi que ce soit. Je pris mon ouvrage et me levai du banc de pierres qui donnait sur le cercle de ses sœurs et me mis en route. J’avais besoin de me dégourdir les muscles. De me sentir revivre. De me ressentir vivre. Vivant. Aussi vivant et organique que l’était Spectre. Si un bras est trop longtemps abandonné, il se gangrène, il ne fallait pas que je tombe là-dedans. Je m’étirais en marchant et arrivais sur le terrain d’entraînement.

J’entendis au loin le son cristallin de la lame aiguisée fendant l’air pour arriver précisément où elle souhaitait arriver. Mon sourire s’élargit autant que mes yeux en voyant la danse de la mort dans laquelle était en train de se lancer corps et lame Sarah. Elle semblait manier trois lames en même temps, à hauteur différentes et toutes tournaient avec plus de grâce que la majorité des habitants des Chambres. La cadence de ses pas donnait un rythme martial à sa danse qui restait une valse. Premier temps appuyé, atterissage, deuxième temps envolé, répit, troisième temps sauté, jambe d’appui. Et la danse continuait inlassablement sans que je n’arrive à en décrocher mon âme, fascinée. Mon sourire s’était transformé en stupeur et ma mâchoire gisait en bas de mon menton. Le rythme s’intensifia et s’arrêta net, accompagné d’un sourire satisfait de ma Sœur. Je repris mes esprits et frappais mes mains en un bruit sonore.

- Ma Sœur, je vous savais exceptionnelle, mais je ne vous savais pas divine. C’était un honneur de vous regarder danser.
- Je ne dansais pas, je m’entraînais.

Je n’avais vu notre maîtresse d’arme qu’une seule fois auparavant et elle avait eu ce genre de réponse, aussi ne m’en formalisais-je pas.


- Me feriez vous l’honneur d’échanger une passe avec moi ?


Je ris.


- Prenez vos armes, Frère.


Je baissais la tête avec déférence et fis venir mon poignard dans ma main droite. Mon stylet encore caché et le combat commença. Et le combat se termina. La première lame était posée entre mes deux yeux, la deuxième sur ma pomme d’Adam et la troisième au milieu de mon sternum, chatouillant mon plexus. Elle m’avait mis au sol, me semblait-il avec le manche de la faux, ce qui lui avait demandé autant d’effort que Tadryon en avait besoin pour être incompétent.  

Elle retira sa faux.

- Merci ma Sœur, on se reverra lorsque d’autres passes auront voyagées entre mes mains.

Elle partit sans un mot et je restai assis sur le sol à contempler son instrument destructeur.



628 mots


Merci Adam pour le kit !
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t121-cain-termine
Fran Superbia
avatar
♦ Messages ♦ : 201
♦ Inscrit le ♦ : 28/06/2017




Message(#) Sujet: Re: Endurcissement Jeu 7 Sep - 20:40

Inventaire:
 

La grâce. La grâce à l'état pur, voilà ce qu'elle est. Son nom lui va terriblement bien, presque autant que les lames qu'elle manie. Le fil de l'épée semble se courber sous ses ordres, danser au gré de sa propriétaire. Si seulement Fran savait «danser» aussi bien... Cela fait déjà six fois, ce matin, qu'elle se retrouve à contretemps. Et à chaque fois, le fil scintillant de la faux lui fait une mortelle et délicieuse minerve. Oui, délicieuse! Toute personne ne reconnaissant pas la valeur et la beauté de cette danse macabre n'a aucun droit de tenir une épée! Pas même au péril de sa misérable vie!
Sérah Enoch, tel est son nom. Comme s'il fallait un autre indice sur sa qualité d'ange... De la mort, certes, mais ange quand même! France se débat dans un dédale de lames. Soudain, la faux arrive. Elle ne peut pas l'éviter, il faut la dévier. Un pas sur le côté, et la rouquine passe son épée entre son petit cou et la faux, la dévie pour éviter une mort hypothétique. France n'a pas le temps de penser à une nouvelle attaque qu'elle sent déjà une pression sur son cœur. Une épée courte, droite, sans garde. Juste de quoi tuer quelqu'un une fois sa garde brisée. La simulacre ne peut pas arrêter de sourire. Elle voit son souffle se dissiper dans l'air devant ses yeux, et la pointe de l'épée rappelle sa présence à chacune de ses rapides et avides inspirations. Elle n'a aucune chance. Elle n'en a jamais eu. Cette femme... Elle sourit, elle aussi. Un sourire froid, satisfait, de celui qui a fini de jouer avec une enfant têtue et lui a fait admettre sa défaite. Et même l'orgueil de la fille Superbia ne réussit pas à la sortir de cette extase qui envahit son corps, son cœur, son esprit, ses pensées...

«-Je m'arrête là ma sœur, j'ai assez abusé de ta patience.
-A ta guise.»

L'étreinte mortelle de l'épée se retire, et France a l'impression que la lame emporte son âme, comme empalée sur le métal. Une fascination étrange secoue ses entrailles, et la fatigue s'en mêle, comme à son habitude. La rousse va s'asseoir un peu plus loin, pour entamer le déjeuner qu'elle s'était préparée. Oui, la simulacre compte passer la journée à s'entraîner. Elle n'a que trop peu de compétences au combat à son goût. L'épée droite est une arme parfaite pour apprendre, mais elle doit répéter, développer son propre style de combat, pour ensuite choisir une arme qui s'y prêtera d'avantage. Et ensuite, elle pourra battre la maîtresse d'armes. Elle la mettra à terre, vulnérable, abandonnée, à sa merci. Une lueur déplacée apparaît dans les yeux de la rouquine, alors qu'elle s'imagine dominer Sérah Enoch, lui enlever sa liberté, sa force, sa prestance, la réduire, en somme, à l'état d'animal, pauvre chose égarée entre ses mains cruelles... Le sait-elle? Sûrement pas. Une attirance irrésistible, presque compulsive, pour Sérah bout au fond de Fran. Cette jeune rouquine, qui ne respecte -et n'admire que la force à l'état pur, la capacité de faire plier les êtres vivants, humanoïdes ou pas, est obsédée par l'habileté et le talent de la maîtresse d'armes. Elle la battra, fût-ce sur son lit de mort, France triomphera de cette femme. Il le faut.

Sa détermination -et ses fantasmes inavoués- établie, Frannie jette son dévolu sur le pain accompagné de viande séchée qu'elle garde depuis plusieurs jours déjà. Il lui faudra toutes ses forces pour reprendre l'entraînement après le déjeuner. En attendant, la belle observe, analyse. Ou plutôt, elle s'émerveille devant la maîtrise de sa sœur, qui semble enchaîner les bottes, feintes et pivots sans le moindre effort. Pourtant, le mannequin d'entraînement souffre suffisamment pour deviner la force qui est mise derrière chaque coup. Puis, vient un applaudissement. Sonore, lent et qui attire l'attention presque plus qu'il ne salue la grâce du Séraphin.
Des cheveux roux, qui depuis longtemps s'expriment librement, sans l'espoir d'être vraiment coiffés. Des yeux énigmatiques, un regard doré plein de mystère. Les prunelles du jeune homme semblent arborer le même sourire ambigu que ses lèvres fines. Même son corps est au diapason de son visage longiforme. L'individu souhaite se mesurer à Sérah. Puisqu'il a déjà eu une arme dans les mains et qu'il fait partie du Spectre, il doit savoir à quel point il va se faire rétamer, non?

Maintenant, oui. Et il n'a l'air aucunement surpris... C'est qu'il doit la connaître, au moins de nom.
Le voilà maintenant assis sur son séant, au beau milieu du terrain d'entraînement... Quel bon bourrin refuserait une telle invitation. Aucune idée. Mais pas France Agathe Superbia, en tout cas! La rousse saute sur ses deux jambes, ramasse deux épées d'entraînement en bois et en lance une au rouquin.

«-Un peu d'entraînement? Je n'ai ni la grâce ni la maîtrise de sœur Enoch, mais on devrait pouvoir s'amuser!»

C'est une proposition d'une combattante à un autre. Pas besoin de noms, ou même de gentilles courbettes guindées. On est ici pour faire parler les armes, et celles qui laissent des bleus, pas un parfum léger et des draps froissés.

910 mots environ
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t404-france-superbia
Caïn
avatar
♦ Messages ♦ : 158
♦ Inscrit le ♦ : 02/03/2017




Message(#) Sujet: Re: Endurcissement Dim 1 Oct - 23:14


Un peu gauchement, ma main saisit sans s'en rendre compte l'arme en bois que l'on venait de me lancer. Elle manquait terriblement de sensibilité et de grâce, mais elle était à l'image de celle qui venait de me l'envoyer. Une jeune femme qui semblait un peu plus jeune que moi à la chevelure cousine. Elle avait cette manière de se déplacer qui, même si elle ne voulait pas se l'avouer, était la même que la mienne. Sa démarche était relativement peu ancrée dans le sol, mais elle était prête à parer à tout rebondissements. Elle devait être un peu plus petite que moi, jugeais-je encore assis après ma sublime défaite, mais ne devait pas être à sous-estimer, car beaucoup de Spectres me dépassaient encore en talent. Peut-être avait-elle envie de m'humilier. Si c'était le cas, elle trouverait en moi le partenaire parfait. Même si l'humiliation n'est jamais agréable - sauf dans certains lieux prévus à cet effet - peu de gens arrivaient à scinder la défaite de l'humiliation. Et pourtant, le vainqueur ressort parfois bien plus penaud que le perdant, car dans un combat se joue tout un jeu de passe et de contrecoups qui atteignent l'honneur avant d'atteindre le physique. Je n'arrivais pas à distinguer dans ses yeux si elle faisait preuve d'une grande subtilité et d'un jeu social à toute épreuve ou d'une simplicité crasse habitée par la simple envie de se défouler. La lueur du regard était la même. Elle était simple et retenue, simple parce que la victoire était assurée en cas d'humiliation et le plaisir garanti en cas de volonté de se défouler. Retenue, car un prédateur devait se cacher légèrement de sa proie ou pour garder toute l'énergie pour le combat.

Je jouais avec mon arme d'entraînement pour estimer son poids et son équilibre. Elle pouvait laisser de légères contusions, mais rien de grave. Je notai dans un coin de ma tête qu'une telle arme devait facilement être transformable en engin de torture sadiquement amusant par sa simplicité. D'un geste ni grâcieux, ni infâme je me relevai en prenant appui sur l'arme en bois et sur un de mes genou et adressai un demi-sourire qui me fit légèrement plisser les yeux à ma Soeur.


- Je suis sûr que vous avez d'autres talents.


En écoutant ma phrase je me fis sourire en pensant qu'elle aurait pu être le premier pas d'une incitation au désir. Je ne crois pas que ça l'était. Vile réminiscence de ma nature sensiblement espiègle.


- Alors amusons-nous...


Je fléchis mes jambes, levai mon arme dans un geste relativement détendu et m'assurai d'un léger mouvement que mes autres lames étaient toujours en place. Personne n'avait spécifié que nous n'avions droit qu'à cette arme-là et si cela avait été le cas, l'important aurait été la victoire. Un bon Spectre doit être prêt à surpasser les lois du monde pour que Spectre le contrôle. Quant au bon Spectre qui se croit apte à surpasser les lois du Phantasme...tant pis pour lui.

Mon regard se fixa sur ma nouvelle adversaire. Toujours un sourire en coin. Toujours les yeux à demi plissés. Mon centre de gravité était relativement bas pour mon assez grande taille et mes jambes cherchaient ce juste milieu entre un ancrage absolu et une légèreté subite. J'étais prêt à éviter son premier coup. Je n'attaquais pas le premier, pas par stratégie, c'était vulgaire. Je n'aime pas la vulgarité.


Merci Adam pour le kit !
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t121-cain-termine
Fran Superbia
avatar
♦ Messages ♦ : 201
♦ Inscrit le ♦ : 28/06/2017




Message(#) Sujet: Re: Endurcissement Mer 4 Oct - 15:51

France sourit.«-Jouons, alors!» Le jeune homme semble ne pas refuser une bonne session d'entraînement! Un compliment maladroit plus tard, le voilà en position défensive, prêt à parer les attaques félines de la rouquine. Habile avec les mots, une voix suave qui vous emplit de doute. Voir son adversaire vérifier la présence de ses armes -ou s'adonner à un massage rituel des meilleurs endroits pour dissimuler une lame- rappelle à Frannie que le rouquin est entraîné au combat, et sûrement plus qu'elle, vu son âge apparent. Et ce visage... Quelles félonies cache ce sourire en biais, pour qui coule cette larme, dans quels cieux se perd cette énigmatique étoile? Ces questions en tête, la lueur vibrante d'une frénésie guerrière au creux de l’œil, une lame en bois au bout du bras, la simulacre s'élance allègrement vers le combat.

Tout d'abord, étudier son adversaire. Feintes d'attaques grossières, pour voir à quel point ce dernier est expérimenté dans les armes. Puis, des feintes plus fines, créer une ouverture. Prendre le grand roux à contre pied, trouver l'instant où il expose son flanc, son aisselle, sa gorge.
Armes factices aidant, France sait qu'elle n'a pas à se retenir, et ne se retient pas. Le bois ressent l'engouement de la jeune femme, en profite pour résonner de plaisir à chaque coup. Les sons secs et brefs des armes qui s'entrechoquent remplissent l'air d'un tempo irrégulier, staccato accélérant petit à petit, s'accompagnent du souffle des deux combattants, qui marquent les temps forts d'une respiration discrète, mais rapide, profonde, comme le son de soufflets de forge chantants en chœur.
Pourtant, l'homme n'a pas l'air en difficulté. Pis, il se défend tranquillement, évite, feinte, dévie. Le rouquin danse entre les bottes, les coups de taille et d'estoc de sa sœur aux cheveux analogues. Patiemment, il attend une ouverture dans les attaques félines et bondissantes de Frannie. Le petit -il est grand, et alors?- con arrogant! Mais oui, voilà la solution! Il est grand, le con!
Avec un peu de chance, il a un jeu de jambes plus lent que le mien!

France ne jouait que sur l'inclinaison et la direction de ses coups. Autant varier la hauteur, aussi! Elle ne pourrait jamais atteindre son visage de toutes façons, alors pourquoi s'entêter à viser le torse? Une épée, même en bois, dans les chevilles c'est désagréable! Cependant, la rouquine doit faire attention. La silhouette filiforme à laquelle elle s'attaque pourrait bien décider de pousser cet avantage de taille. Et ça serait bien chiant!
Allez, grand dadais, montre-moi ton côté faible! Pense France, espérant de tout cœur que son adversaire ne voie pas le sien, de côté faible. Accentuer ainsi les différences d'allonge des deux combattants s'avère très dangereux pour la rousse, si jamais l'homme lui faisant face décide de reculer d'un pas ou deux. Résultat, il faut le coller, l'acculer, chercher les croche-pattes, ancrer sa jambe entre les siennes, se poser fermement au milieu de sa garde pour ne pas risquer un coup d'estoc lancé de loin. Oui, la rouquine s'amuse comme une folle -qu'elle est, diront les mauvaises langues. Il est plus grand, il frappe plus forts, il peut frapper plus loin, mais elle peut gagner. Et elle ne compte pas s'en priver!
560 mots environ
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t404-france-superbia
Caïn
avatar
♦ Messages ♦ : 158
♦ Inscrit le ♦ : 02/03/2017




Message(#) Sujet: Re: Endurcissement Lun 4 Déc - 23:57

Y
Et la danse commença. Une fugue.

Sujet.
Offensive de ma partenaire. Attaques relativement frontales avec une certaine assurance de ses flancs, comme par réflexe. Dans ses yeux la volonté de voir si j'assurais les miens. Jusque là je croyais bien le faire, j'espérais presque être surpris. Fin du sujet.

Réponse.
Sujet répété au ton de la dominante. Dominante offensive répétée. A mon tour de jauger les défenses de mon adversaire pour vérifier dans quel bourbier j'allais ou non pouvoir m'aventurer et à quelle intensité.

Contre-sujet.
Reprise du sujet avec quelques modification. A nouveau offensive de ma Soeur puis même jaugement dans mon oeil.

Arrivée des divertissements. Fin de la partie scolaire, début de la partie intéressante de la pièce. Le moment où le compositeur peut sortir du cadre après l'avoir regardé et compris. Son jeu de jambes était bon, du même niveau que le mien, j'étais plus grand qu'elle, mais surtout elle me semblait beaucoup plus volontaire que moi, plus offensive, plus chercheuse, c'était peut-être ma chance. Je dé-serrai ma prise sur mon arme d'entraînement et la laissait plus bringuebalante entre mes longs doigts. Chaque coup la faisait alors onduler comme si son coup avait été assez fort pour me faire vaciller. Solution de facilité ? Non, mais de loin la plus élégante à ma portée. Je continuai d'accentuer mon jeu et commençai donc à souffler de plus en plus et à feindre un épuisement que je commençai presque réellement à atteindre. Je n'étais décidément pas assez endurant, je notai cela dans un coin de mes prochains entraînements et me reconcentrai sur le combat.

Certaines personnes, les mêmes qui voue un culte à l'arme et qui voient en elle un moyen de faire couler la vie en l'ôtant, pensent que c'est dans le combat que se forme les plus belles relations, car elles sont directement cofrontées à la nécessité de la vie. Même si c'était un jeu auquel nous nous livrions ici, il y avait, sur la base des modalités, certaines données en commun. Nous avions les deux acceptés que nous jouions comme si la mort était sur le fil de notre arme de bois, peut-être était-ce donc l'occasion de faire d'une pierre, deux coups. Tenter de connaître plus précisément ma Soeur que je n'avais qu'aperçue brièvement et continuer à attirer celle qui, je l'espérai, se transformait en mouche dans la toile que je tentais de tisser au gré de mes esquives.

Je tentai d'abord de sentir ce qu'il y avait d'émotionnel dans chacune de nos passes d'arme, mais n'ayant pas assez d'expérience du fer, je n'y réussis pas. J'arrivai à lire les traits de son visage et ce qu'ils voulaient dire de son corps, domaine que je maîtrisais plus et y lus une pragmaticité du combat à l'épreuve de beaucoup de choses. Elle allait devoir gagner si je voulais gagner.

Seul but. Ne pas mourir. Même dans le jeu, ne pas mourir.

Je ne le vis arriver que tard et fus donc à moitié surpris par un coup à hauteur de mes genoux qui me fit vaciller. D'instinct je resserrai ma prise sur mon arme en bois et au lieu de tenter de me relever et d'exposer plus encore mon corps au courroux diégétique que nous avions créé, acceptai ma chute et tombai sur mon séant, m'équilibrant au sol avec une main.

Je souris :

- Mes félicitations, ma Soeur. Pour quoi vous battez-vous ?


La question, en plus de m'intéresser quant à la réponse était ce qu'il fallait pour mettre en action mon plan.

Je lui souris, lâchai mon arme factice et tendis ma main droite comme pour qu'elle m'aide à me relever. Et à sombrer.


608 mots


Merci Adam pour le kit !
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t121-cain-termine
Fran Superbia
avatar
♦ Messages ♦ : 201
♦ Inscrit le ♦ : 28/06/2017




Message(#) Sujet: Re: Endurcissement Jeu 14 Déc - 19:30

Inventaire:
 

Le grand homme tombe sur son séant. La rousse l'aide à se relever. Malgré la défaite qu'il a tranquillement laissé venir, faisant montre d'un bel exemple de passivité, le rouquin sourit. Toujours ce même sourire, comme si la victoire n'était pas son objectif premier. Et sa question le confirme. Fran ne comprend toujours pas ce qui se cache derrière ces yeux ambrés. Pourtant, le jeune homme laisse entrevoir son vrai visage. France tique légèrement avant de répondre.
«-Puis-je au moins demander ton nom avant de te révéler les entrailles de ma pensée, cher frère?»
Elle n'allait pas lui faciliter la tâche, non plus. Et l'idée de donner des informations personnelles à un inconnu gratuitement la rebute plus que ça ne devrait. Mais c'est une autre histoire.
Pourquoi se battait-elle, d'ailleurs? Sûrement pas pour le Phantasme. Ou même pour une quelconque fierté patriotique. France se bat pour sa survie, bien évidemment. Un certain entraînement est nécessaire pour se défendre, survivre. Mais ce sentiment d'être enfin vivant... Le cœur qui bat, saute, trépigne. Le poids de la mort qui s'envole avec les derniers instants de son adversaire. La sensation de vide qui suit irrémédiablement l'incontrôlable félicité du triomphe... L'effort conscient de détendre sa poigne, ranger son arme, ramener son attention sur des idées non létales. Tout le processus est un vrai bonheur pour la rousse. Aussi, elle répond franchement, sans aucune honte. L'homme n'a pas l'air d'un noble de toutes façons, et trop fourbe pour ne pas voir au travers d'un mensonge. Surtout, il va falloir lâcher du mou pour percer ses secrets.
«-Si tu veux tout savoir, je combats car j'aime ça, tout simplement! Faut-il toujours trouver un but précis, une ambition à nos actions et loisirs?»

France n'est pas très forte à ce jeu de jugement et de tromperie, et elle le sait. Pourtant, un défi aussi peu dissimulé ne peut que piquer l'orgueil de la belle. Et elle est, en vérité, curieuse de savoir quelles sont les ambitions de son frère de tignasse. Déjà parce que rares sont ceux qui se tatouent aussi ostensiblement. Pour éviter les questions, ou pour être moins reconnaissable. Malgré l'apparent manque de pudeur des Spectres, la philosophie même de leurs relations politiques avec le monde les rend... énigmatiques. Raison de plus pour percer à jour les secrets du simulacre qui lui fait face.

La jeune femme marche lentement autour de son adversaire, exécutant des moulinets avec l'arme de bois qu'elle n'a toujours pas lâché. Sa démarche est nonchalante, exagérément souple et féline. Ses pas sont lents mais bondissants, prévisibles mais vifs. France plante son regard au fond des prunelles du simulacre roux.

«-Mais toi, mon frère! En même temps, la rouquine se tourne vers son interlocuteur, s'arrête un instant en claquant des talons. C'est à son tour de jouer, et qu'il n'aie pas l'audace de vouloir y échapper! La rousse reprend sa ronde. -Tu n'as pas l'air d'apporter beaucoup de cœur au combat... Pourtant, tes yeux te trahissent. Tu goûtes avec délice l'affrontement. Se mesurer à quelqu'un, lui imposer ta volonté... Pas par les armes, semble-t-il.

France s'arrête net, en face du jeune homme. Elle s'est approchée de lui, subrepticement, un peu plus à chaque tour tracé autour de lui. La lame de bois est restée au sol, quelques pas derrière la fille d’Ève. Face aux ambres énigmatiques du simulacre, Fran ne se cache même plus derrière un sourire faussement espiègle. A défaut de planter une lame dans un ennemi, plantons-y le regard!

-Quel combat mènes-tu, très cher?»

France n'aime pas être jaugée. Encore moins par quelqu'un qu'elle peut battre. Et s'il faut qu'il perde à son propre jeu pour abandonner ses faux airs innocent et éclaircir les eaux troubles de ses intentions, soit! France Agathe Superbia n'est pas du genre à refuser un défi qu'elle va gagner haut la main.
650 mots environ
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t404-france-superbia
Caïn
avatar
♦ Messages ♦ : 158
♦ Inscrit le ♦ : 02/03/2017




Message(#) Sujet: Re: Endurcissement Mar 2 Jan - 23:45

- Je ne sais pas. Peut-être que leur donner un but peut les rendre plus denses, plus vives. C'est important la densité de la vie.

C'était important la densité de la vie. Il n'y avait rien de plus important. Ma vie pouvait être difficile, nouée, indomptable, paradoxale, je la souhaitais dense, afin d'avoir quelque chose à faire et ne pas tomber dans le marasme de l'ennui. L'entraînement aidait à cela. Les causes et les valeurs aussi.

- Moi je leur ai donné un but en tous cas.

Je n'avais encore jamais conscientisé la chose ainsi et j'étais assez content que ma Soeur m'aide, inconsciemment à le faire. Inconsciemment ? Peut-être pas, peut-être voulait-elle continuer le jeu de la lecture dans lequel nous nous étions engagé. Mais quel que soit la partie qu'elle voulait gagner, j'avais encore un combat à achever. Celle qui tenait encore avec ardeur son arme d'entraînement ne me tendit pas la main pour me relever et cela me fit sourire. Elle semblait perdue dans ses pensées, ses cheveux roux ne flottaient pas au non-vent qui circulait dans l'Alcôve. Il faisait froid aujourd'hui, le froid de la roche qui est fatiguée de tenter de paraître agréable.

- Je me rends compte que j'ai oublié de répondre à l'une de tes questions. Je m'appelle Caïn.


J'aurai pu lui retourner la question, mais je trouvais que cela avait peu d'intérêt. Les questions que l'on ne formule pas nous-même manquent de personnalités, ce qui manque de personnalité manque de vie et le manque de vie est dû à une absence de densité. Retour à la case départ. Ma partenaire d'entraînement planta un regard ferme dans les miens. Je m'étais toujours demander ce que ça faisait de me regarder. Egocentrisme ? Détail de conscience professionnelle pour être exact. Son regard était assuré, mais une partie de son âme semblait chercher quelque chose. Peut-être spéculais-je sur des appréciations qui n'avaient pas lieu d'être, mais j'avais cette sensation que l'on a lorsqu'on souhaite arriver à ses fins sans le montrer. Une partie focalisée sur notre cible, l'autre sur ce qu'on va lui dire, la bonne formule, le bon mot, le bon temps, le méta de la relation humaine. Ma Soeur était en métadialogue. Ses mots m'apportèrent la réponse à deux de mes questions. Elle était bien ailleurs. Le combat n'était pas terminé.

- Apporter du coeur au combat ? Je ne l'avais jamais pensé en ces termes. Je crois que j'y ai mis le coeur que j'avais à y mettre. Ni plus, ni moins. Peut-être en avais-tu plus que moi.


Une tentative de lecture qui n'était pas si erronée. Je n'aimais pas me battre ainsi. Je trouvais cela vulgaire. C'était la raison pour laquelle je souhaitais le faire le plus efficacement possible, d'une part et le plus gracieusement possible, d'autre part. Afin que cette vulgaire partie soit belle. Belle et courte.

La dernière question était l'étincelle nécessaire à ce que je prévoyais d'accomplir. Ma partenaire était bien campée sur ses jambes, ne tenait pas sa garde et commençait à franchir le moment où un combat prend le pas sur un autre. Elle se concentrait sur nos âmes qui se rencontraient, plus que sur nos lames. J'utilisai ma main gauche, restée au sol pour amortir ma chute, comme point d'appui en plus que mes deux jambes dont je bandai les muscles rapidement. Mon corps se releva en même temps qu'une lame sortir d'un espace minuscule entre ma manche droite et mon poignet. Mon mouvement continua jusqu'à ce que la lame soit à un millimètre de la veine carotide de ma Soeur.

- Je me bats pour gagner.


Je rangeai ma lame et éclatai d'un rire franc et cristallin. La triste pierre de la journée répercuta avec langueur ma voix et nous laissa assez vite dans un silence ponctué de mon sourire, imperceptiblement plus étendu qu'à mon habitude.

- Je mets toujours du coeur dans mes actions. Sinon je ne les fais pas. Elles manquent cruellement de densité. Tu avais vu juste, mes yeux me trahissent. Il n'est de moment plus dense que celui où deux âmes se rendent compte que l'une des deux ne verra plus aucun matin. Pas parce que les armes sont sacrées, magiques ou divines, non ; parce qu'à ce moment précis, les âmes prennent conscience de leur finitude, de l'inanité de leurs querelles, de la gravité de la mort. Si chacun avait senti, au fond de lui, un jour cette ineptie de la dispute, alors nous n'aurions pas cette conversation. Car nous n'existerions pas en ces termes.


Un temps. Pas de guerres, pas de Spectres. Mais tant qu'il y aura des peuples qui se jalousent autant, tant il y aura la guerre. A nous de la faire cesser.

- Quand aux combats que je mène, il est tout seul, ma Soeur, mais il en incarne plus de cent. Il ne porte qu'un nom, mais il en incarne plus de mille : Spectre.

Je fis un clin d'oeil à celle qui venait d'entendre le point d'orgue de mon dernier mouvement de fugue entamée lors de nos premières passes d'armes.

- Trop pédant comme dernière phrase ? Qu'aurais-tu dit ?

Je lâchai mon arme de bois, rangeai ma lame et concentrai mon âme. J'avais moi aussi choisi mon combat.

785 mots
Mon "attaque" n'a pas été évitée par Fran avec son accord préalable.



Merci Adam pour le kit !
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t121-cain-termine
Fran Superbia
avatar
♦ Messages ♦ : 201
♦ Inscrit le ♦ : 28/06/2017




Message(#) Sujet: Re: Endurcissement Ven 5 Jan - 18:13

Dans le mille. Ce serait donc pour apporter de l'énergie, de la «densité» à sa vie, ses expériences et péripéties, que le rouquin met du cœur à l'ouvrage? Certes. Cela n'explique en rien le jeu qu'il mène. Ne serait-ce que par ennui qu'il enfile ce masque énigmatique? La peur de l'oisiveté est si forte chez ce jeune homme, qu'il en aurait fait le moteur de ses actes? C'est une explication plausible. C'est même, à vrai dire, le fonctionnement qui se cache derrière les actes de la plupart des gens. C'est une façon très simple et satisfaisante de donner un but à sa vie. Y mettre du cœur, pour le réchauffer. Se mouvoir pour ne pas geler. S'émouvoir pour vivre, avant de décéder. Une ligne de vie honnête et simple. Trop simple, pense la belle.
Une fois sur ses pieds, le jeune homme donne son nom à Fran. Caïn, donc. Un nom qui lui va bien, quoi que ça veuille dire. France sourit avant de répondre.

«-France. Enchantée!» Donner du mou ainsi dans le jeu qu'elle a décidé de mener embête la rouquine, mais bon. Il faut savoir satisfaire la curiosité de son adversaire pour lui soutirer les informations voulues. D'autant qu'elle ne croit toujours pas -et ne veut pas croire- la réponse de Caïn sur le cœur dans les actes.
C'est une réponse optimiste, d'un bien-pensant presque débile que le jeune homme a donné. Et si, certes, c'est une motivation qui existe chez l'écrasante majorité des êtres humains, même sans être la principale, la lutte contre l'ennui du quotidien ne convient pas au pragmatisme méthodique dont le roux fait preuve. Non, cette réponse n'est décidément que la partie apparente de l'iceberg. De celles qui contentent un interlocuteur posant une question par politesse, et non pas pour avoir une véritable réponse.

La prochaine phrase prononcée par le jeune homme est bien plus intéressante. Et un outrage à la fierté de France.
Ni plus, ni moins, hein? C'est la bataille, ou ma personne qu'il ne respecte pas?!

Dans les deux cas, la rouquine n'apprécie pas. Ni moins, soit, mais plus? Ce tas de brindilles roussies au bout ose retenir son entrain dans le combat? Même en entraînement, les règles du jeu, tout comme l'enjeu final, sont clairs: se battre avec toute sa verve, pour sa survie. A ce moment, sur cet endroit précis du fil que sont les pensées de Fran, celui d'une lame vient menacer sa gorge. La rousse, légèrement surprise, mais qui espérait un regain de vigueur compétitive chez le simulacre, ne peut retenir un léger rire bref, guttural. De ceux qui révèlent l'amusement qu'une bataille sanglante peut réveiller chez elle.

«-Tu choisis donc le combat de l'âme? Tu crois vraiment, mon frère, que c'est par ignorance, par une belliqueuse naïveté animale, que l'Homme s'éparpille en nations, et parfois -souvent, même! En viscères?»

Les épaules de France se soulèvent brièvement à la dernière phrase du simulacre.
«-Pédant, peut-être pas, mais naïf, assurément. Que savons-nous de Spectre, vraiment? Ce que la Voix veut bien nous apprendre. Nous menons nos vies, perdus dans la toile tissée par les vœux du Phantasme. Certains choisissent la sécurité et le bonheur simple, humain, même, du quotidien. D'autres, comme moi, et toi aussi vraisemblablement, préfèrent se battre, d'une façon comme d'une autre, pour tendre vers un but ultime qui leur est propre. Mais que tu te battes pour Spectre, je n'y crois point. France s'écarte, puis s'assoit nonchalamment sur un rocher, tire son stylet, et observe religieusement le fil de l'acier forgé.
-Tu y vois un intérêt personnel, que tu l'admettes ou non. Que ce soit par conviction, pour la gloire, ou même pour la richesse -qui souvent, vont de pair. Je te l'accorde, tu incarnes bien le mythe, le doute constant que le Spectre immisce dans les foyers de ses pairs, ennemis ou alliés. Mais la seule personne qui, vraiment, et consciemment, agit pour le Spectre, c'est le Phantasme.
Elle range sa lame, s'assoit en tailleur, les mains appuyées sur les mollets. Puis, la rousse plante de nouveau son regard avide dans les yeux de Caïn, un sourire dévoilant une auto-satisfaction débordante.

«-Alors, pour qui te bats-tu, mon frère?»
Pourquoi jouer, quand une bataille peut être si prenante?
740 mots environ
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t404-france-superbia
Caïn
avatar
♦ Messages ♦ : 158
♦ Inscrit le ♦ : 02/03/2017




Message(#) Sujet: Re: Endurcissement Ven 5 Jan - 21:01

Mes yeux se plissèrent plus qu'à leur habitude. Mon cou fit une imperceptible avancée qui emmena tout mon corps en direction de ma Soeur qui venait de déclarer son identité. Je souriais, calmement, légèrement. Je tentais de me contrôler, mais je me rendis compte que ma langue venait de passer sur mes lèvres, tout tranquillement. Voilà pourquoi l'être humain était fascinant. France savait se battre autrement qu'en montrant d'ostensibles démonstrations de force physique. Si l'entraînement physique était aussi important, c'était justement pour que le combat devienne plus que cela, mais ce n'était de loin pas encore à notre portée.

Elle réfléchissait. Vite. Précisément. Elle venait d'entrer dans un processus intellectuel exceptionnel. Celui de la logique. Elle mettait ensemble des éléments qui semblaient disparates pour leur conférer une articulation logique afin de confronter son agrégat à ses concepts de possibilité. Et ça ne collait pas. Ça ne collait pas parce que par moment je n'avais pas tout dit et parce qu'elle ne me connaissait pas. Quelque chose semblait dérangeant. Soupir d'excitation.

Je ne répondais pas encore, j'écoutais attentivement l'entier de son articulation réflexive. Lorsqu'elle la déroula, j'éliminai tout de suite de ma pensée que c'était une Iscariote, car ce n'en était pas une. En revanche, elle ne portait pas en elle l'âme de Spectre que je me sentais porter. Du moins pas de la même manière que moi.

M'étant rapproché d'elle en un mouvement continu. Je m'assis en la regardant dans les yeux. Nous jouions maintenant bien plus que la vie. Dans nos conversations de Simulacres adultes, d'enfants convaincus, d'adultes utopistes - car Spectre était fondamentalement utopiste - se jouait le monde entier, l'integralité des relations humaines en un seul volet, toutes les guerres manquaient de la sincérité qui s'amorçait dans la bulle que créaient maintenant nos deux corps en tailleurs autour d'eux.

Evidemment que les réponses étaient plus complexes que cela. Les humains n'agissaient pas que par ignorance, car les dirigeants et dirigeantes des peuples étaient bien loin de l'ignorance. Et pourtant il y avait en eux quelque chose d'ignorant. Non. Ignorant n'était pas le bon mot. Ce mot m'échappait. Oui, c'était cela. Elle m'avait piégé. Formidable. Pourtant je n'avais pas parlé d'ignorance, mais son avancée rhétorique était parfaite. Elle me montrait à raison qu'elle pouvait tenir cette conversation. Je ne devais pas sous-estimer France.

Elle était maintenant assise en tailleur sur un rocher et je la regardai sur le rocher voisin. En silence. Elle laissa un temps, mais alors que j'allais répondre, elle reprit. L'intérêt personnel. En avais-je seulement un ? Vide. Léger. Vide léger. Je ne m'en trouvais pas. Je ne voulais que Spectre. Spectre. Spectre.

Elle avait terminé. Je laissais planer sa dernière question, car les belles pensées méritent le silence de la résonance. Je souriais toujours, cette fois ni plus ni moins que d'habitude. Je réfléchissais aussi. Comme elle avant, une simple inversion des rôles, une autre place de passe.

- Je n'ai pas besoin de savoir plus de Spectre que je n'en sais déjà. Quant à ce que j'en sais déjà, je sais qu'il est conscience collective ; êtres rassemblés ; but commun ; sacrifice ; envie ; paix...paix. Il est surtout paix. Pas la paix de ceux qui choisissent la sécurité et le bonheur simple - cette paix en est une bien triste - non, Spectre est la paix de ceux qui sont prêts à tuer en son nom. La paix de l'unité. En l'entendant je me dis bien que c'est naïf, et pourtant...


Suspension.

- Un intérêt personnel ensuite, je n'en suis pas si sûr. Si l'on considère que la conviction en est un comme tu le dis, alors oui. J'ai un intérêt personnel. Mais retour à la case départ. Mon intérêt personnel est Spectre. La gloire est bonne pour ceux qui ne comprennent le Mirage que comme un concept et la richesse pour ceux qui n'ont pas assez d'âme et qui cherchent à la compenser. Mon intérêt personnel est Spectre. J'aime des gens. Certaines âmes, certains corps et même certaines personnes qui rassemblent quelque chose entre les deux, une humanité. Tous ces gens sont conscients que si demain l'un de nous meure, alors ce sera tant mieux. Et j'utiliserai nos larmes pour éponger le sang de ceux qu'il faudra abattre pour que les enfants ne voient pas leurs rues salies. Quant à la personne qui incarne notre Phantasme, ielle n'agit pas plus pour Spectre que toi et moi. Peut-être que je l'ai croisé ou croisée ce matin sur la place et que nous faisions, de manière différente, la même chose. Je partais m'entraîner et ielle partait au Centre de Commandement. J'allais m'endurcir et ielle allait gérer nos infiltrées et nos infiltrés. Je partais servir Spectre et ielle partait servir Spectre. Parce que c'est notre seul et immense dénominateur commun.

Je murmurai le nom de l'organisme que nous servions en le surarticulant, mais sans y mettre de timbre, puis repris.

- Quant à toi, si je peux te rassurer, je ne crois pas non plus que tu ne te battes que pour te battre. Car où y trouves-tu ta finitude ? Tu penses trop bien pour suivre quelque chose qui emmène nulle part. Tu te bats comme quelqu'un qui veut autre chose. Si tu ne te battais que pour te battre, pourquoi tenterais-tu de vaincre ? N'y a-t-il pas quelque part, la volonté de suivre...

Je murmurai le nom de Spectre et la regardai avec la tendresse d'un Frère. Cette conversation était la plus importante du monde actuellement. Cela ne souffrait aucun doute.



915 mots


Merci Adam pour le kit !
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t121-cain-termine
Fran Superbia
avatar
♦ Messages ♦ : 201
♦ Inscrit le ♦ : 28/06/2017




Message(#) Sujet: Re: Endurcissement Mar 9 Jan - 14:04

Il n'a pas besoin de savoir. En d'autres termes, soit il en sait assez à son goût, soit il fait fi du mystère du Phantasme, il met de côté la brume que représentent le but ultime et inavoué du Spectre. France tique, tirant une moue insatisfaite en faisant claquer sa langue. C'est qu'il a l'air sincère, en plus!
C'est peut-être une curiosité mal venue, une méfiance sur-développée ou même sa propre ambition qui pousse la jeune femme a vouloir percer tous les mystères de l'Alcôve et ses habitants, en effet. Et il est possible -et logique! que par dévotion, par une âme qui croit ferme en la cause qu'elle sert, Caïn ne ressente pas l'envie de s'emparer de la plus grande arme de Spectre: l'information.
Vraiment, au milieu de ce maelström d'individus à la vue courte, aux oreilles indiscrètes mais bouchées, à la curiosité malsaine mais limitée, à la gentillesse véritable mais intéressée, pourrait-il exister un homme -peut-être plusieurs! dont le but ultime est l'unification, le bien commun? Caïn croit-il de toute son âme qu'unir les Hommes sous le masque lisse du Spectre puisse apporter paix et prospérité? C'est le vœu d'un homme, mais aussi l'ambition de tous les peuples, que de vivre dans une authentique paix. Écraser les velléités belliqueuses sous le marteau bienfaisant du bonheur, rendre toute querelle caduque, créer un Monde où le sang versé coûte plus cher que n'importe quelle victoire pourrait apporter. C'est un bel objectif, un vœu que France, quelque part, aimerait bien aider à réaliser.
Seulement, elle n'y croit pas. La rousse ne croit pas l'être humain assez mature, assez désintéressé et surtout assez altruiste pour vouloir, du fond de son âme, créer un tel Monde. Sinon, les guerres et querelles sanglantes pour quelques pierres bleues, ou simplement par conviction religieuse, n'auraient pas lieu d'exister. Le Monde serait dirigé par les grands penseurs, et non les grands guerriers. Et encore, Fran n'imagine aucun philosophe capable de ne pas profiter honteusement d'une position de pouvoir.

Oui, France veut autre chose. Tout le monde veut autre chose. Caïn, Abel, Samuel, Noé, Ohibaan, le Phantasme, le Gouverneur de Tadryon, tous veulent changer notre Monde d'une manière ou d'une autre. Et il change, c'est indéniable. Mais quel changement! Plus de sang, plus d'intrigues, plus de révoltes, plus de guerres, plus d'exils. Placer tous ses espoirs dans la victoire finale du Spectre, c'est tout bonnement... Oui, naïf. Et Caïn le sait. Pourtant, il ne peut que tendre avec toute la force dont il dispose vers cet objectif, il croit fermement que l'Homme peut faire mieux. C'est beau. Il devrait passer quelques temps aux pieds du mur. La rouquine soupire.

«-Ta dévotion est admirable, mon frère. Ton objectif aussi, il faut l'admettre. Mais vif d'esprit comme tu l'es, tu as dû voir maint fois, au fond d'un regard, au détour d'une phrase, ou bien gravé dans l'expression d'un hère quelconque, toute la noirceur que renferme l'âme humaine. Celle qui va plus loin qu'un simple instinct animal. Je parle d'un pragmatisme égoïste, empli de cynisme, et qui ne choisit de voir que son intérêt personnel. Tant que l'humain existera, ce sentiment restera enraciné au fond de nos cœurs. Certains, comme toi, savent le dépasser, et tendre vers les cieux éthérés de nous promettent les philosophes, je te l'accorde. Seulement, je ne croirai jamais qu'il puisse être commun à tous les hommes. France ferme les yeux, un rire bref et amer au bout des lèvres. Elle se lève, et tend une main, et un sourire déçu au rouquin.
-Pour te répondre, non, je ne me bats pas que pour le combat. J'aime l'affrontement, le dépassement de ses propres limites. Mais la victoire n'est qu'un moyen, pas une fin en soi. Et le Spectre non plus n'est pas pour moi un objectif. Ce fût une discussion fort intéressante, mais je dois te laisser. A plus tard, mon frère!»

La jeune femme rassemble ses affaires, lance son sac en toile sur son épaule gauche, et s'en va. Si cet homme a vraiment l'objectif qu'il dit avoir, il serait bon pour l'humanité qu'il devienne le prochain Phantasme. Peut-être l'est-il déjà. En attendant, France doit toujours s'élever. Plus haut, plus loin, plus fort. Qu'il y ait une lumière ou non à la fin du tunnel qu'elle traverse, la simulacre ne compte ni s'arrêter, ni se retourner. Au risque de mourir dans le froid mordant d'une simple, mais désuète, vie tranquille.
790 mots environ
Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t404-france-superbia
Contenu sponsorisé




Message(#) Sujet: Re: Endurcissement

Revenir en haut Aller en bas
 
Endurcissement
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Dysnomie :: Eden :: Le Mont Harân :: L'Alcôve du Spectre-
Sauter vers: