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 III. Contes & Légendes

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Adam
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Message(#) Sujet: III. Contes & Légendes Mer 10 Aoû - 14:52



Exorde

2654,
Avant le conflit entre Tadryens et Mutants.


Las de la dichotomie naissante entre les évolués et les hères les plus communs de ce bas-monde, il retenait son faciès de deux doigts, observant la salle lugubre, au silence sépulcral, dans laquelle il s'était installé. Ses traits étaient masqués par un loup inexpressif, saupoudré de quelques arabesques dorées sans grande inventivité. L'homme exhalait une respiration lente et mesurée, patientant en pianotant de ses phalanges libres, sur l'accoudoir de son trône. La massive porte qui lui faisait face s’ouvrit lentement, laissant quelques silhouettes insondables prendre place dans l’alcôve qui était sienne. « Andrivon ! Que nous vaut le plaisir de cette invitation ? Nous discutions à l’instant de… » ; « Taisez-vous. » La voix était inflexible, légèrement rauque, mais autoritaire. Tous se turent, laissant leur hôte se lever pour les rejoindre. Chacun arborait un masque similaire, dénotant leur appartenance à la classe élitiste des nobles, les seuls ayant réellement tiré leur épingle du jeu. « Je vous laisserais poursuivre vos élucubrations en des fins plus utiles, Dionis. Mais il est temps d’aborder ce dont nous avons moultes fois tergiversé. Le temps n’est plus aux chimères et aux boniments. Nous devons agir. » Les octaves moururent, tandis qu’autour d’Andrivon, les quidams se tournaient les uns vers les autres. Une silhouette plus gracile et féminine avança vers le charismatique individu, ses lèvres, laissées nues par son loup, s’esquissant fébrilement en un sourire. « Est-ce le bon moment pour mettre en marche ce projet ? La querelle entre les mutants et les Tadryens risque fort d’éclater. Notre départ ne passera pas inaperçu. » Quelques uns approuvèrent derechef et Andrivon, nonchalamment, fit les cent pas. « Justement, à l’aube de cette belligérance, nous devons prendre les devants. Il est temps de mettre un nom sur notre alliance, de nous émanciper des dogmes de Tadryon. Nous passerons un accord avec le Gouverneur. Il doit être le seul au fait de nos ambitions, mais par sécurité, je laisserais quelques hommes de confiance au sein de la cité. Faites-en de même. » ; « Ce n’était pas ce que nous avions prévu, Andrivon. Nous devions feindre notre mort, le Gouverneur ne devait rien savoir. Vous souhaitiez bâtir une ville utopique, dans les montagnes, et nous avons consenti à vous aider, pas à nous mettre au pilori ! Dés que le Gouverneur saura, nous serons lâchés dans Varosha, aux mains de tous ces êtres abjectes qui grattent aux portes et tentent d’escalader le dôme. Je m’y refuse. »

L’hère se tassa lorsque les prunelles pénétrantes du leader se posèrent sur lui. Un rire sardonique émana de sous ce masque dénué de la moindre expression. « Hespel, vous êtes trop doux. Nous pouvons faire bien plus qu’être une ville au cœur des montagnes. Dans ce conflit en devenir, nous pouvons tirer les ficelles. Nous pouvons nous offrir, à terme, le contrôle de ces deux peuples. » Il se tut un instant, laissant ses mots imprégner les esprits de ses congénères, avant de reprendre d’une tessiture plus caressante. « L’ennui nous gagne et le Gouverneur ne cédera pas sa place aisément, tous sont tournés vers cet affrontement puéril. Si nous nous organisons consciencieusement, nous pourrons nous placer sur ce nouvel échiquier. » Dionis se racla la gorge, partagé entre son appréhension à s’adresser à Andrivon et son envie d'en savoir d’avantage. « Vous nous proposez de prendre parti ? » ; « Aucunement. Nous n’existerons pas pour eux, du moins pour la majorité. Nous agirons de l’intérieur et quand nous serons prêts, nous frapperons. Bien des générations s’écouleront avant ce moment. » Le silence retomba. Longtemps.

« En somme, nous serons tapis dans l’ombre, murmurant aux oreilles de ces peuples qui se déchirent, fortifiant notre ‘empire’ jusqu’au moment propice. Nous sommes bien loin de l’idyllique vision dont nous avions discutée durant ces dernières années. » ; « En quoi est-ce différent ? Nous vivrons dans les ténèbres, avec pour seule ambition de défaire ces castes irritantes qui s’érigent années après années. » ; « Ce n’est guère dans vos habitudes d’être neutre Andrivon. Comment allons-nous disparaître sans éveiller les soupçons ? » ; « J’ai de bonnes relations avec notre cher Gouverneur, il consentira à nous faire porter pour disparus. En contrepartie, nous agirons parfois dans son intérêt. Nous ne lui porterons pas préjudice. » ; « Est-ce la vérité ? » Andrivon émit un rire nerveux et ôta son masque, laissant apparaître son visage juvénile et reconnaissable entre mille. Les nobles ne purent dissimuler leur surprise devant cette découverte. L’ultime stance du dévoilé raisonna en écho, leur ébahissement ne pouvant se défaire de leurs faciès. « Non. Mais comment pourrait-il le découvrir ? »

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Adam
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Message(#) Sujet: Re: III. Contes & Légendes Jeu 18 Aoû - 19:06



Fantasme

2703,
Après les dissidences de l'Insurrection.


Le Spectre était né ainsi, des divagations de l’esprit instable du prétendu Andrivon. L’accord fut passé avec le Gouverneur et les têtes pensantes de l’organisation s’évaporèrent dans la nature, ne laissant dans leur sillage, que des espions à la solde du Spectre. Le peuple naissant avait suivi les pérégrinations de leur leader autoproclamé, qui les mena jusqu’au Mont Harân. Là, commencèrent les travaux de deux décennies. La main d’œuvre était active et les progrès se faisaient sentir, mais le froid des montagnes eut raison de bon nombre de quidams dévoués à la cause. Lorsqu’enfin, le bout du tunnel émergea et que les fondations de l’empire fantôme s’érigèrent, Andrivon abandonna son nom d’homme, le léguant en patronyme à ses descendants et se coiffa du masque de dirigeant. Le Phantasme naquit ainsi, dans l’anonymat le plus complet. Chaque membre du groupuscule reçut une tâche, une mission à accomplir, puis vint le temps de la prospérité. La cité tant miroitée, décrite par le leader, venait de naître, mais de ses appétences carnassières, naquirent aussi la manipulation et l’envie. Guidé par ses désirs de pouvoir, le Phantasme créa l’Assemblée et arracha un enfant à sa famille, pour l’émasculer et le conditionner à sa volonté propre. La Voix prit place et dicta les commandements de son supérieur, à l’ensemble de l’alcôve. Le temps était alors à la conquête et à la quintessence. L’espionnage devint une vertu et les pions distillés au travers de Tadryon et des Fils d’Ohibaan se mirent en place. Sur l’échiquier, Spectre avançait, se mêlant aux pièces blanches et murmurant à l’oreille des noires.

A l’aulne de ses ambitions dévorantes, la cellule d’intervention prit place, auréolée du masque des pillards pour taire l’existence du Spectre, tout en arrachant leur confort aux peuples alentours. Des accords furent passés en sous-main, des contrats furent signés. Les tentacules de Spectre s’étendant à tous, sans que l’on soupçonne leur existence. Spectre est un fantasme, dans l’esprit tourmenté des survivants. Spectre est un conte. Une légende qui excite les jeunes fleurs et passionne la plèbe. Entre réalité et mensonges, Spectre sait tirer les bonnes cartes, distillant son bon vouloir et amassant les savoirs de ses contemporains. Rares sont ceux ayant connaissance de son existence tangible. Ceux qui parlent, ne disposent bien souvent pas d’une nouvelle chance de s’étendre sur le sujet. Spectre est une chimère. Spectre existe. Spectre n’existe pas. Qu’en savons-nous après tout ?

Les mires du Phantasme se perdirent sur les dernières calligraphies. Il caressa distraitement le vélin, d’une phalange gantée et finit par fermer le mince ouvrage. Des écrits justes, rédigés par Lison, le précepteur de l’alcôve. Un style et une plume incisive, des plus agréables à parcourir. Le leader se leva et entra dans la pièce principale du Centre de Commandement, parcourant la longue table de marbre noir. De nombreuses chaises l’encerclaient, mais le Phantasme ne s’attarda sur aucune d’elles. Il attendait son invité. « Eminence ? Vous requérez mes services ? » La Voix se tenait dans l’encadrement d’une porte, lorgnant, inexpressive, son maître. Sous son opaque masque rutilent, le Phantasme hocha la tête de gauche à droite. « Tu peux disposer, les affaires qui vont avoir lieu, ne regardent que moi. » Le timbre du leader était brouillé, empêchant de le reconnaître ou même de découvrir s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Acquiesçant doucement, la Voix se détourna et quitta la pièce. Une autre porte s’ouvrit alors et une silhouette émergea, tapis dans l’ombre. On ne pouvait discerner son visage, ni même sa taille ou ses courbes. Ses lignes demeuraient inlassablement floues. « Il semblerait que tu es reçu(e) ma missive. Tu m’en vois ravi, cependant j’espère que tu n’as pas été suivi(e). » L’individu devait avoir confirmé les propos de son supérieur, qui reprit aussitôt. « Vois-tu… Je pense qu’il est grand temps pour moi de passer la main. Et, comme la tradition l’exige, personne ne doit savoir qu’un changement s’opère. Aussi, tu trouveras dans la pièce en annexe, tous les détails des opérations actuelles, des missions à venir. Tu constateras aussi que certaines informations ne sont connues que de moi. »

Un silence retomba, le Phantasme passa ses mains sur son imposant masque. Après une hésitation, il appuya sur un mécanisme situé sur son côté et put ôter le casque dissimulant son identité. Andrivon avait vieilli, mal vieilli. Des cernes ornaient ses paupières et de profondes rides sillonnaient son visage. Sa chevelure s’était décrépie, laissant apercevoir le haut de son crâne. « Je ne serais hélas pas présent pour voir tes succès en devenir. Car si tu es là aujourd’hui, en cet instant, ce n’est pas seulement pour recevoir mon titre déchu. » Exhalant un soupir, Andrivon posa le casque sur le marbre froid de la table. « J’aurais pu me dérober à cet instant, te laisser un simple mot, expliquant la marche à suivre. Je t’en conjure, ne commets pas les mêmes erreurs que moi. » Un furtif mouvement dans l’ombre sembla le convaincre et il jeta un regard résigné à son bourreau. « Il ne peut y avoir qu’un Phantasme, l’autre doit céder sa place. J’ai donné ma vie à Spectre. Spectre la gardera. » Il ne vit pas la lame se planter dans son flanc droit, atteignant son cœur avec une précision chirurgicale. Andrivon mourut le sourire aux lèvres, ses prunelles emportant le souvenir de son remplaçant, ainsi que son identité. Un Phantasme laissait sa place à un autre. La lignée allait perdurer. Ainsi va la vie. Ainsi s'étend le Spectre.

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