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 Monologues et costards cuivrés[Mission solo]

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Fran Superbia
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Message(#) Sujet: Monologues et costards cuivrés[Mission solo] Mar 8 Aoû - 17:53

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Qui que ce soit, ça devait être un grand homme. Son regard est fixe, froid, inexpressif. Ce visage, où même les rides ont fini par disparaître, rongées par le temps et les éléments, pointe ses prunelles vers les cieux distants. Il ne voit pas la plèbe à ses pieds, ou même les étendues vertes des steppes, qu'hérissent ici et là les funestes vestiges d'une ville, d'une société, d'une Histoire, d'un Monde qui n'est plus. Ses cheveux, jadis cuivrés, ont une teinte irrégulière, faite de mousse verdâtre, métallique. Même sa barbe, que France devine qu'elle fût jadis fournie, éclatante de reflets bruns au soleil, ressemble maintenant à des chutes de métal rouillées, soudées ensemble par le vert de gris et l'acidité des pluies. L'uniforme de l'homme, qui ressemble à un costume d'apparat, est froissé, tordu par les éléments déchaînés, aux endroits où le temps n'a pas pris la peine de forer un trou béant. Fichtre, même la cravate est tombée en lambeaux. La rouquine, fouillant du pied dans les morceaux de la statue tombés au sol, prêts à redevenir poussière à la moindre pression, retrouve un doigt, un bouton de manchette, un nœud de cravate...

Vraiment, ça devait être un grand homme...
Qu'est-ce que la grandeur, finalement? Accomplir des exploits? Contribuer à la société, apporter de l'espoir? Ou ne serait-ce pas simplement laisser une trace, marquer les corps et les esprits, devenir, à travers les choses que l'on fait, que l'on dit, à travers ce que les gens ont obtenu -ou perdu grâce à nous, devenir un mythe? Mais si c'est le cas, la grandeur n'est pas une caractéristique ou une qualité humaine. C'est une étiquette, un fardeau que la plèbe pose sur les épaules des plus brillants de leurs pairs, pour qu'ils n'aient pas à le porter eux-mêmes... La grandeur n'est que la somme des ambitions délaissées; les héros, les prisonniers d'une cage d'or et de pierreries, ornée de l'espoir, des rêves, des désirs et du confort de la population... La rouquine, déformant son visage en une moue hautaine, dégoûtée, crache. Elle crache au pieds de la statue de cet homme, elle crache au visage de la gloire qu'il a dû connaître, elle crache sur les foules qui l'ont sûrement porté en héros, pour le poser dans sa cellule resplendissante, sur le podium de leurs ambitions.
Non, la grandeur n'est pas pour France. La reconnaissance, évidemment, lui ferait plaisir -et n'arrangerait en aucun cas la taille démesurée de son ego. Mais devenir le pantin du peuple, se river volontairement à la croix de l'opinion publique, jamais. Il n'y a pas d'honneur, de gloire, d'héroïsme, ou même de justice, pour être honnête. Il n'y a que la victoire. Lorsqu'on naît, un pacte est signé. Le diable se présente à nous, son plus beau costume sur les épaules, déroule son contrat devant nos yeux juvéniles. Un choix s'opère, le premier choix de toute vie, et aussi le plus important. Respirer, ou retourner au sommeil. La première bouffée d'air que l'on inspire, la voilà, la signature. C'est à l'instant où l'on accepte la vie dans un cri de douleur que l'on appelle la mort. Ce qui arrive entre les deux fait qui nous sommes, et qui nous resteront. Le regard de la simulacre s'élève, défiant avec rage les yeux vieillis, rouillés, épuisés et vides de l'homme de cuivre.

«-Qu'est-ce qu'il reste de toi, hein? Ton royaume n'est plus qu'une steppe balayée par les vents et les pluies acides, ta vision est chaque jour un peu plus affaiblie, carbonisée par l'ardeur du soleil... Elle tend les bras, se retourne vers les steppes. Le vent, comme pour accompagner ses dires, fait danser l'herbe comme une foule en délire -Où sont passés les vivas, les hurras, les médailles?! Elle hurle, maintenant -Ta grandeur, ta gloire, tes exploits, t'ont-ils permis de conquérir les éléments? As-tu seulement vécu, mon pauvre? Ou est-ce que ton existence se résume à cette statue décrépie, qui s'affaisse et se plie au bon vouloir de Mère Nature dès que tes courtisans ne sont plus là pour la relever? Es-tu quelqu'un, ou juste un épouvantail, un pantin fourré avec les désirs de la plèbe que tu pensais pourtant dominer de toute ta superbe? Et voilà. Elle repense à sa mère, à la ville Azurée et son cocon. Elle repense à ces moutons qui élèvent au rang de héros, de Capes, les pauvres zélés qui croient en une cause qui leur sera fatale -TON HONNEUR EST-IL EN MEILLEUR ETAT QUE TON SOUVENIR?»

Sur ces mots, la jeune femme lance une pierre droit dans le visage de la statue. Le cuivre s'enfonce, le vert de gris vole en une poussière verdâtre, dont la couleur reflète très bien la décrépitude du métal. La pierre tombe dans l'armature de la statue, résonnant de chocs métalliques, laissant entendre à la rousse sa chute, faisant vibrer le cœur et l'âme du géant de rouille. Défiguré, le feu grand homme n'a plus qu'un œil, et son nez a perdu son arrête, ne laissant plus que des narines, froncées par l'effort, piquées dans leur orgueil. Face à la puérile futilité de son geste, la rousse rit. Doucement au début, puis à gorge déployée. L'azur du firmament, l'azur de Tadryon, l'azur de l'océan, l'azur des yeux de sa mère... Elle pensait avoir vu toutes les nuances de bleu possible, dans sa vie. Et la voilà enroulée dans le bleu de la mélancolie. Celui qui vient après le rouge de la colère. Celui qui précède la détermination. La jeune femme croyait avoir dépassé ce stade il y a déjà des années. Soyons honnêtes, remplacer le cœur de son paternel par un coulis de chair trop cuit à l'âge de sept ans, ça vous forge une femme. Elle croyait sa rage maîtrisée, dissipée par le marteau de la forge, lacérée par le fil des lames que l'on aiguise, partie avec les traits issus d'une arbalète bien équilibrée. Ma pauvre France, te voilà emmitouflée dans un superbe bleu...

Que fait-elle là, déjà? Bonne question. A la base, l'idée est de se recentrer, s'éloigner un peu de tous ces spectres stressés, ces murmures révolutionnaires, ces hoquets horrifiés dès que l'on évoque l'existence de la guerre. Comme si, depuis que la planète avait décidé de faire une cure de désintox, les primates nus et énervés que sont les humains ont oublié à quel point ils sont forts pour se haïr sans raison véritable. Oui, France est venue se détendre de tous les cris, la rage et les crises de nerfs en... criant, explosant de rage et tapant une bonne vieille crise de nerf. Non, le sourire amer qui colle aux lèvres de la rouquine n'est pas près de s'en aller. Si seulement elle n'avait pas l'impression d'avoir en bouche le goût qui va avec, encore, ça irait... Le vent vient rappeler la rousse à la réalité. France passe sa main dans ses cheveux, nourrissant l'espoir qu'ils arrêtent ainsi de danser comme s'ils voulaient s'échapper de la poigne tyrannique de sa tête. Rester ici à contempler les ruines de l'orgueil humain n'a aucune chance d'aider la simulacre. C'est pour cela qu'elle se remet en route, d'ailleurs. Vers où? Peu importe. Tant qu'elle voit les montagnes et le Soleil, elle n'est pas perdue.
Les yeux de Fran se perdent, tout autant que ses pas, dans l'immensité dansante des steppes. Au vert sapin des yeux de la belle font écho tout un nuancier de verts, allant du vert d'eau, éclairci par la fougue du soleil, à l'impérial des brins d'herbe lovés sous la protection des quelques nuages présents. Au loin, le vert dansant des steppes s'arrête, et découpe sur le fond bleu des cieux la silhouette de quelques brins d'herbe. Ils s'enfoncent avec volupté dans la couleur plate, unie du ciel, où seuls le Soleil et quelques nuages cotonneux osent faire varier le spectacle qui s'offre alors aux mirettes de Frannie. Une demi-douzaine de pauvres amas de coton se prélasse au beau milieu du grand bleu. Avec un peu d'efforts, on peut distinguer leur lente progression d'est en ouest, comme s'ils essayaient de poursuivre le char d'Apollon, lancé à folle allure à travers la voûte céleste. Sans même s'en rendre compte, la rouquine s'est assise, et, les mains s'enfonçant doucement dans la terre riche des Steppes d'Elysium, s'extasie devant la beauté d'une Nature qui ne semble pourtant avoir pour objectif que l’annihilation de toutes les formes de vies ayant survécu au cataclysme...

A croire que tout ne tourne pas autour de l'Humanité Un rire léger secoue les épaules de France alors qu'elle contemple en face l'égocentrisme de son espèce... Comme quoi, même l'orgueil le plus développé à l'ouest du No Man's Land se sent tout petit devant Mère Nature. Ils ont peut-être raison, les suce-bomäs! Ça se trouve, la Nature nous englobe et nous dépasse tous...

C'est à la suite de ce -flagrant- manque de respect aux Fils d'Ohibaan que la demoiselle se relève. S'il y a une chose qu'elle sait, c'est que rester le nez en l'air en plein territoire sauvage est une très bonne façon de mourir. Et, no offense, mais France n'est pas prête à rejoindre ses parents en retournant à la Terre. C'est à ce moment-là, pendant qu'elle débarrasse son postérieur de la terre et les brins d'herbe qui s'y collent, que la rouquine le voit. Une espèce de long drap fantomatique, se détachant d'un nuage. Il vole très haut, et semble percé d'un trou. L'azur du ciel est clairement visible au milieu de la créature, même quand elle passe devant un nuage. Attends.
«Un Acellu.» Après un instant de stupeur, la simulacre se met en mouvement. La chose est assez loin, et on lui a dit que ces bêtes ne s'attaquent que très peu aux humains. Cependant, l'idée d'avoir un siphon à énergie vitale de trois mètres de long juste au-dessus de la tête n'est jamais très agréable. Et elle qui se demandait pourquoi elle n'avait pas croisé -ou attiré- d'animaux, avec ses jérémiades. Même un Kannike ne veut pas s'approcher de ces trucs volants.
Écrasant purius, ruusus et autres végétaux colorés dont le nom finit sûrement en us, piétinant les brins d'herbe qui ne demandaient qu'à danser gracieusement et à jamais au gré du vent, France s'éloigne. Elle se dirige droit vers le mont Harân, accélère petit à petit. Pourtant, la rousse n'a jamais vu un Acellu passer à l'action. Et ce n'est pas le premier qu'elle voit, habituée qu'elle est aux excursions dans les Steppes. Par contre, la simulacre sait pertinemment ce que ces créatures peuvent faire à un humain inattentif.  Même mortes, ces choses sont mortelles. Malgré leur beauté, leur grâce, la perfection de leur cœur d'azur... Ces bêtes sont la représentation la plus précise à ce jour du baiser de la mort.

Soudain, le sol se rapproche du visage de France. Très vite. Ses mains ralentissent sa chute, et la rousse se retourne vers les racines qui lui enserrent la jambe gauche. Merde. Le stylet de manche n'est pas fait pour trancher, aucune chance de s'en sortir avec. Ainsi, la simulacre dégaine son épée. Par chance, elle est courte et droite. La lame découpe les racines qui attaquent la jambe libre de France, pourfend celles qui s'approchent de son torse. La main gauche de la rouquine racle le sol, résiste aux végétaux qui tirent leur victime vers son décès. Le talon droit s'enfonce dans le sol meuble, creuse la terre à force de pousser. L'épée s'agite en l'air, mais n'arrive jamais à libérer la rousse. C'est tout juste si les moulinets de la jeune femme endiguent la progression de la plante.
La rousse a totalement oublié l'Acellu. Et heureusement, il n'a pas l'air de vouloir boulotter son âme. Comme on le comprend! L'orgueil, ça rend amère. Les seules choses que France peut entendre -consciemment, en tous cas-, sont le rythme effréné des battements de son myocarde, résonnant avec force sur ses tempes, et le souffle brutal qui siffle entre ses dents serrées à chaque coup de glaive. A force de frapper, aux mêmes endroits, les racines avides de sa chair, la jeune femme commence à libérer sa jambe gauche. Il était temps! Les assauts du végétal se font moins rapides, moins violents, la poigne douloureuse qu'elle exerce sur la simulacre se détend...
Elle se meurt... J'ai jamais été aussi contente de tuer de la verdure! France se calme un peu, et concentre ses assauts sur les entailles qu'elle a déjà creusé dans les racines de son adversaire. Petit à petit, ces dernières lâchent un jus blanchâtre, qui contient la force vitale de cette... saleté, il faut le dire! Au bout d'une dizaine de minutes d'un combat d'abord acharné, pour ensuite devenir de l'élagage méthodique, la simulacre arrive à se libérer. N'ayant ni la force -ni la présence d'esprit, mais jamais elle ne l'admettra, de se relever, la rouquine recule en frottant son petit postérieur sur la flore colorée des steppes, histoire de s'écarter de cinq bons mètres de cette... chose. Enfin, de ce qu'il en reste.

La jeune femme lève les yeux, et s'aperçoit que l'Acellu qu'elle avait entrevu est toujours aussi loin -ne s'est-il pas même éloigné? Se mordant frénétiquement l'intérieur de la lèvre inférieure, France nettoie calmement son épée avec le flanc de son pantalon. C'est que ça colle, la sève de roslina! Notre protagoniste range son arme, s’assoit en tailleur, et fulmine. Elle a eu une peur bleue. Pis, elle a paniqué. Devant une créature dont elle connaît les dangers et le comportement général, en plus. Face à l'implacable symbole de la Mort, celle qui viendra la chercher, qu'elle se débatte ou pas, dans son lit ou dans une fosse. France a vu ses yeux verts éteints dans ce cœur bleuté, et n'a pas pu le supporter. Pour une retraite paisible dans la Nature, c'est réussi. Encore un signe que les Fils d'Ohibaan respectent la Mère nourricière pour plus qu'un fanatisme un peu débile.

Mais la jeune femme n'a plus le temps de contempler ses manquements et faiblesses. Le soleil commence à redescendre. Il se prépare à plonger derrière l'horizon, et France n'a pas envie d'être encore dehors quand ça arrivera. C'est sur cette joyeuse pensée, à savoir les horreurs que le voile nocturne est à même de révéler à quiconque s'aventure seul en ces terres hostiles, que Frannie se met en route pour aller retrouver le confort de l'Alcôve.
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