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 ♦ Apostolat ♦ [Intrigue Externe]

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Calvin
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Message(#) Sujet: ♦ Apostolat ♦ [Intrigue Externe] Jeu 7 Sep - 23:31




Apostolat


Le souffle amplifié par le dispositif sur ses lèvres brisait le tintamarre du vent, une fragrance salée et acide remontait jusque dans ses narines. Il ne tarderait pas à pleuvoir, Shylly allait devoir alarmer ses hommes pour qu'ils s'abritent avant le déluge. Cela faisait des mois que le Vermandion subissait les assauts célestes depuis leur naufrage, et il tenait toujours debout. Pour la tête pensante de l'Avant-Garde, leur nouvel environnement était le cadet de leurs soucis : c'étaient principalement les autochtones qui présentaient un risque énorme pour les leurs. Ils étaient un grain de sable supplémentaire sur ces terres, mais surtout un grain de sable potentiellement indésirable. Il fallait agir le plus tôt possible, avant qu'ils ne perdent l'initiative.

" Madame. L'un des supérieurs du navire s'avança vers la cheffe, se tenant droite, l'allure fière, face à la vue qu'offrait les hauteurs de la passerelle.
- Andry. Je pars à l'aube. La bouche du conseiller se tordit en une moue désapprobatrice.
- Est-ce bien raisonnable ? Nous avons toujours fait en sorte de passer entre leurs filets, ce serait exposer les nôtres à un danger beaucoup moins contrôlable que de…
- Nous ne sommes, justement, que trop rester longtemps dans l'ombre. Il est temps de nous ouvrir à eux et de réagir en conséquence. Elle marcha d'un pas lent et assuré le long de la rambarde. La suspicion amène la paranoïa, surtout pour ces indigènes qui semblent avoir un sérieux souci avec la… génétique.
- Vous faites référence aux "Évolués" ? Shylly s'arrêta un temps court, pensive, avant de pivoter vers Andry, les mains jointes dans le dos.
- Précisément. Les jours à venir nous apporteront quelques éléments de réponse à cette question, qui semble nous avoir échappé lorsque nous étions encore au bercail. Il se peut que ce soit parce qu'ils doutaient de notre nature que Tadryon ne nous approche que maintenant. Ou… parce qu'ils étaient encore trop occupés avec ces Fils d'Ohibaan. Elle se retourna à nouveau vers l'horizon, ces terres grises et inhospitalières. Ces derniers ont fini par se retrancher, à l'instar des Tadryens. Il faut profiter de ce calme précaire. Ce sera une expérience intéressante : que pourra-t-il bien arriver, lorsqu'un Tadryen prendra le même bain qu'un Évolué ? Serons-nous témoins d'une anomalie de l'évolution ? Son rire était bref mais suffisamment moqueur pour couvrir tout le mépris éprouvé. Ceci sera ta mission, de t'assurer que nos invités continuent de se comporter de manière exemplaire et qu'ils passent un séjour agréable à raconter à leurs supérieurs.
- Bien, Madame. " Le jour d'après, Shylly Engstrom quitta le Vermandion pour quelques temps.

La politique de l'hôte de l'Avant-Garde a fini par faire son bonhomme de chemin un peu partout : des rumeurs de nouveaux voisins à Tadryon, de potentiels envahisseurs pour la Fédération de Jade, de nouvelles sources à dérober pour le Spectre. Si la venue de cette faction extérieure fit étinceler la méfiance dans les esprits, les plus aventureux ayant osé s'approcher de l'épave se sont confrontés à un peuple qui ne dégaine pas leurs armes sur le palier de leur porte. Tadryens, Évolués, n'importe quel natif de ces terres étaient accueillis par un peuple aux tonalités singulières et ayant appris à s'accoutumer de la langue locale assez rapidement. Quiconque souhaitait monter sur le Vermandion recevait ce droit, à condition de respecter les règles du paquebot. Les boutiques demeuraient ouvertes le plus longtemps possible, les Vermands restaient un brin méfiants mais cordiaux avec les étrangers. A la surprise de tous les survivants, ce navire pouvait être bien le premier lieu où l'hostilité n'était pas de rigueur.


“C'est l'affluence des hôtes qui détruit l'hospitalité.”
- Jean-Jacques Rousseau



Déroulement


Holà ♫

Ceci est une Intrigue commune aux 3 factions : Tadryon, Fils d'Ohibaan, Spectre. Vous pouvez donc tous participer !

Pour ce qui est de l'intrigue en elle-même, elle introduit un nouveau peuple minoritaire : l'Avant-Garde. Je vous invite à lire ICI pour obtenir tous les renseignements nécessaires à cette faction, et ICI pour leur territoire où se déroule l'intrigue.

Vous visitez donc pour la première fois le Vermandion dont les rumeurs ont beaucoup fait parler de lui récemment, cela se passe obligatoirement un mois minimum après les événements de la Forêt d'Hanaamu. Les raisons de votre venue sont à votre discrétion, vous pouvez être là par curiosité ou avoir été directement envoyé par votre faction, dans tous les cas vous êtes censés faire un rapport à vos supérieurs une fois que vous serez rentrés chez vous.

Vous devez respecter les deux règles principales du Vermandion : vos armes sont confisquées à l'entrée et on vous les rend à la fin de votre séjour - vous ne mettez donc aucune arme dans votre inventaire de mission - et vous ne créez pas d'ennuis, quels qu'ils soient. Le Vermandion est un territoire strictement neutre, vous pouvez donc très bien croiser des membres de la faction ennemie, mais vous n'avez pas le droit de vous en prendre à eux, c'est la loi ♪
Prenez également en compte que la très, très grande majorité des Avant-Gardistes ne parlent pas votre langue, ou alors juste quelques mots simples. Ils ne vous causeront pas d'ennuis et vous aiguilleront sur les établissements que vous devriez visiter. C'est une vraie cité donc vous pouvez aller où vous voulez, le but est de découvrir la ville pour rassembler le plus d'informations possible.


Gains

Vous obtenez automatiquement 1 point d'attribut et, selon le nombre de mots, un gain du catalogue (ICI). Ainsi, si vous faites 1500 mots, vous choisirez un gain pour 1500 mots. Vous devez préciser le(s) gain(s) de votre choix à la fin de votre post.

Vous ne devez poster qu'une seule fois et sous ce post-ci. Vous ne devez donc pas interagir entre deux PJs, c'est un RP solo.

Dead Line : 08/11/2017
Si vous avez des questions, n'hésitez pas à les poster ICI ou à me contacter par MP.




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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Apostolat ♦ [Intrigue Externe] Dim 17 Sep - 9:20




Apostolat


Tadryon était encore sous le choc du cataclysme qui avait mis une fin abrupte à la dernière guerre entre Tadryon et les Fils d’Ohibaan. Malgré les semaines qui s’étaient écoulées, les rumeurs de traitres dans les rangs ébranlaient encore les esprits et laissaient un climat de paranoïa malsain dans l’air. De plus, la démonstration de force destructrice de la nature contre l’homme avait de quoi remettre en doute les chances de l’homme dans leur survie face au monde. Zacharias n’échappait pas au lot et devait lui aussi composer avec ses blessures internes depuis qu’il avait échappé au tsunami. Les images des soldats tombant sous les balles des veilleurs et des blessures de ses confrères lors de l’assaut contre le duo ennemi hantaient ses nuits, tout comme celle du déluge. Le jour n’était pas de tout repos également. Par moment, il avait des flashs, des bruits, des sensations qui le prenaient d’assaut. Pourquoi? Zacharias n’en savait absolument rien. Il avait grandi parmi les camps de réfugiés à Varosha et pas les plus tranquilles. Sa vie avait été une dure lutte pour la survie et il avait joué des poings régulièrement. Il n’avait jamais fui les confrontations et n’avait jamais reculé devant l’adversité. Alors pourquoi cette escarmouche avec les fils d’Ohibaan l’avait-elle tellement marqué? Le Varoc ne comprenait pas ces blessures si profondes dans son esprit et depuis la fin de tous ses évènements, il s’était reclus avec lui-même dans ses quartiers à l’Académie pour méditer et se remettre en question. Si pour beaucoup, de parler et d’extérioriser ses sentiments aidaient à se relever, ce n’était pas le cas pour Zacharias. Le Varoc, lui, avait besoin d’être seul avec lui-même pour faire le point et se reconstruire tranquillement.

À travers tous ces bouleversements, une nouvelle surprenante était parvenue jusqu’aux citoyens de la Ville Azurée. De nouveaux voisins avaient fait leur apparition sur les berges au nord de Varosha. Peuple étrange aux coutumes différentes, il venait d’un autre continent et se montrait ouvert à accueillir les locaux dans leur ville pour faire connaissance. La curiosité naturelle de Zacharias n’avait pas eu besoin de beaucoup plus pour se mettre en action et il avait immédiatement été intrigué par ces Avant-Gardistes, comme ils se faisaient appeler. Quand il sut qu’ils étaient pacifistes et instaurait un climat de collaboration entre les Tadryens et les fils d’Ohibaan, il fut encore plus charmé par ces nouveaux protagonistes. Occupé à remplacer son exosquelette et à remettre son IA en état pour pouvoir l’intégrer de nouveau à son armure, Zacharias avait porté une oreille discrète aux diverses sources d’information au sujet de ce nouveau peuple. Il n’avait donc pas fallu énormément de pression pour le convaincre d’aller voir la cité de Vermandion de ses propres yeux. Assis sur son lit à méditer et faire le ménage dans son esprit, il permit à Vallarin d’entrer dans la chambre quand il frappa à la porte.


— On a du temps et la cité de Vermandion ouvre grandes ses portes, alors je t’y apporte. Tu as besoin de te changer les idées et tous les deux on a envie de voir à quoi tout ça ressemble.
— C’est une bonne idée.
— Prépare-toi, je te rejoins dans quelques minutes.
— Merci Val.
— Pourquoi?
— De ne pas poser de questions et de ne pas me demander ce qui me tourne dans la tête.
— Tu ne me le dirais pas de toute façon
, éclata de rire le colosse chaleureux.

Zacharias se leva pour se mettre en action. Vallarin était vraiment un ami de grande qualité, il ne regrettait pas d’avoir laissé ce géant médecin de guerre entré dans sa vie. Histoire de se sentir à son meilleur quand il irait à Vermandion, Zacharias prit le temps de se laver pour se libérer l’esprit et de s’habiller avec des habits confortables pour être à l’aise et rejoignit Vallarin pour se joindre à lui. Le duo se rendit jusqu’au lieu du naufrage, là où le bateau avait été transformé en ville avec ingéniosité. En arrivant à l’entrée de Vermandion, les deux gardes en faction leur expliquèrent aimablement les règles et les attentes qu’on aurait d’eux une fois dans la ville. On exigea d’eux également qu’ils se désarment et laisse leur arme en sécurité auprès d’eux, ce que les deux Tadryens firent sans protester. De toute façon, les deux hommes étaient les premiers à désirer l’absence d’arme entre les différentes factions. Dans un monde où la survie était précaire, il fallait s’unir et travailler ensemble plutôt que de tenter de se détruire. Pourtant, la guerre et la violence seraient toujours une réalité parmi les hommes et il faudrait toujours des soldats comme eux. Il suffisait pour les deux hommes de se rendre assez haut dans la hiérarchie pour choisir leur combat.

Respectant la volonté de solitude de son ami, Vallarin partit de son côté pour découvrir les Avant-Gardistes puisque de toute façon les deux hommes n’auraient pas les mêmes intérêts au final. Zacharias préféra se laisser porter par ses pas et s’imprégner de l’atmosphère pour tenter de puiser une certaine paisibilité d’esprit au sein de ce peuple nomade et pacifique qui, malgré leur naufrage, semblait très bien s’en sortir. Sans dire qu’il aurait aimé être un des leurs, il se dit qu’il aurait aimé grandir dans cette culture colorée et vivante, qui sans contredit savait se faire respecter et imposer leur présence, sans pour autant en être violent et conquérant. Il avait très certainement leur défaut comme tout peuple, mais Zacharias n’avait pas envie de penser à ce qui pouvait être négatif sur place et ruiner son moral déjà précaire. Sans nécessairement se concentrer sur quelque chose de précis ou sans chercher quoi que ce soit, il laissait son regard parcourir les couleurs des vêtements et la foule disparate qui parcourait le navire transformé en ville de taille assez impressionnante. La visite des laboratoires cosmétiques ne l’intéressait pas du tout, alors il se contenta de parcourir les diverses boutiques et points de ventes à distance pour seulement regarder sans vraiment se montrer intéresser. L’air du large lui faisait du bien pour le sortir de ses sombres pensées et de ses blessures des dernières semaines. Ayant grandi dans les camps de réfugiés, il trouvait par moment déprimant d’être enfermé dans un dôme de verre, même si c’était une protection des plus efficace contre les éléments. Par chance, la température du jour était des plus agréable et permettait de profiter librement de la cité sans aucun inconvénient.

Sa marche le mena près d’un établissement qui proposait des bains de purification. L’idée accrocha l’esprit du Varoc qui avait toujours senti une grande détente quand il reposait dans l’eau chaude et il ne se fit pas prié pour tenter l’expérience. Il avait déjà remarqué l’importance de l’hygiène chez ce peuple nomade et il n’était donc pas si surpris d’y trouver ce genre de commerce. Si pour certains, les zones de décontaminations pouvaient devenir un détail agaçant, Zacharias lui n’en ressentait ni chaud ni froid. Le mélange d’odeur des parfums lui laissait un étrange résultat dans les narines, mais ce n’était rien DE désagréable non plus. Après un moment, on s’y faisait et on n’y pensait même plus de toute façon. Probablement à cause de sa grande curiosité naturelle, Zacharias se demandait ce que les Avant-Gardistes pensaient à leur sujet. Après tout, l’absence de parfum chez les habitants des diverses régions de cette terre d’accueil devait créer un certain contraste auprès des visiteurs lointains. En même temps, même si Zacharias avait voulu s’asseoir avec quelqu’un de cette intrigante communauté, la barrière linguistique aurait rapidement été un obstacle, en plus du fait que les Avant-Gardistes semblaient toujours un peu craintifs à leur égard et limitaient les contacts et les échanges avec eux. Une fois à l’intérieur, un homme avec un sourire amical l’accueillit. Avec un accent prononcé et un vocabulaire cassé, l’homme lui demanda s’il venait pour profiter des salons de purification de l’établissement. Zacharias confirma d’un hochement de tête, essayant au mieux de ne pas avoir l’air trop bête ou froid comme on le lui reprochait souvent. Est-ce que c’était la gêne qui les faisait parler si rapidement et aussi peu fort? Peut-être, mais cela pouvait tout aussi bien être de nature culturelle. Ne pouvant dire si son interlocuteur était surpris ou soulagé de la distance froide qu’il maintenait avec tout le monde, Zacharias analysa rapidement les lieux de son regard de faucon, constatant qu’il n’était pas le seul à être curieux à propos de ses ‘salons de purification’.

Suivant l’homme à un comptoir, Zacharias se doutait déjà que l’argent tadryen n’allait pas intéresser les Avant-Gardistes. Il ne fallait pas être un génie pour savoir que leur monnaie n’avait pour le moment aucune valeur à Vermandion. En même temps, toujours académicien, le Varoc n’avait pas beaucoup de possessions intéressantes pour mener un troc convainquant avec l’homme. Il savait pourtant fort bien qu’il allait devoir mener une transaction concluante avec son hôte pour avoir accès aux services de l’établissement. Avoir été capable de dialoguer de manière plus complexe avec l’hôte, il aurait tenté de savoir de quoi il pouvait avoir besoin pour voir comment il pouvait dénicher le tout, mais c’était impossible pour le moment. Il devait aussi s’assurer de ne rien laisser à l’homme qui pouvait aider ce peuple à décrypter la technologie de Tadryon. Après tout, même s’il n’était pas ennemi pour le moment, rien ne garantissait qu’il ne se cachait pas des intentions moins honorables derrière leur hospitalité apparente. Au final, il capta l’intérêt du marchand pour une breloque qu’il avait assemblé avec une chaine et des dents prises sur les créatures qui avaient attaqué le convoi de ravitaillement lors de la guerre contre les fils d’Ohibaan. Zacharias avait prélevé les dents pendant leur retour vers Tadryon après avoir été sauvé du tsunami par les Traceurs et avait assemblé 2 ou 3 ornements de ce genre qui venait ornée la ceinture qu’il attachait à sa taille. C’était un peu sa manière de faire la paix avec ses souvenirs et de garder sur lui une preuve qu’il pouvait relever même les pires défis. Comme il en avait au moins un autre à l’Académie, il remit l’assemblage qu’il avait sur lui en ce moment au marchand qui sembla satisfait et acceptable de poursuivre avec lui.

Sans un mot, Zacharias suivit l’Avant-Gardiste jusqu’à une salle de grande taille avec un bain pouvant accueillir quelques personnes. D’ailleurs, il s’y trouvait déjà d’autres clients. D’un signe de tête, l’éternel solitaire mentionna qu’il préférait éviter et suivit son guide jusqu’à une salle destinée à un seul usager. Il entra dans la pièce et laissa l’Avant-Gardiste lui présenter une série de parfum différent, donc Zacharias comprenait difficilement les différentes vertus vu le vocabulaire rudimentaire de son hôte. Il choisit donc celle qui lui était la moins agressive pour l’odorat et laissa l’homme faire infusé le tout en le regardant faire avec un mélange de curiosité et de soif d’en apprendre toujours plus. Quand l’homme sortit de la salle, Zacharias retira ses vêtements et les déposa sur un meuble semblant destiné à cet usage, puis entra dans l’eau tiède. Assis en tailleur dans l’eau, les yeux fermés, Zacharias sentit tranquillement l’eau tiède faire son effet et relaxer son corps, laissant ses muscles complètement détendus. Au fur et à mesure que son état ouvrait ses pensées et son esprit, il s’immergea dans l’eau parfumée en se perdant dans les méandres de son cerveau, profitant de ce moment pour continuer la remise en question qu’il avait avec lui-même depuis plusieurs jours. Il avait eu un message indiquant qu’il serait bientôt convoqué pour vérifier s’il était en mesure d’intégrer l’armée ou si son parcours à l’Académie devait se prolonger. De ce fait, l’académicien voulait s’assurer d’être parfaitement prêt le moment venu et avoir réussi à revenir en paix avec lui-même.

Les yeux fermés, des flashes assaillirent son esprit. Un exosquelette s’effondrant au sol, un trou fumant ne laissant aucun doute sur la mort de son porteur. Le bruit accompagnant un tir. Il vit également un Tadryen sortant des bois pour tenter de protéger un blessé. Il voyait une femme avec une arme de précision qui faisait feu. Puis, des vagues violentes balayaient tout cela. Des cris de désespoir, des cris de rage, les supplications des condamnés et des abandonnés. Une femme en pagne avec des cornes et des yeux d’où s’échappaient des flammes brûlantes plongeait une lame d’un froid tellement intense qu’elle en était brûlante juste au-dessus de son bassin. Zacharias ouvrit les yeux en serrant les poings. Les flashes, les bruits, les odeurs, les sensations, tout cela lui collait à la peau. Même quand il était éveillé et marchait dans les rues de Tadryon, il était par moment envahi par le passé et devait faire l’effort de s’ancrer dans le présent pour ne pas se laisser submergé. Il ferma les yeux de nouveau, calmant sa respiration pour se passer de l’eau tiède sur le visage. À nouveau, des images défilèrent devant ses paupières closes. Des prédateurs monstrueux dévorant des corps entre les restes du No Man’s Land, leur salive acide coulant sur le sol, alors que les suppliciés tendaient la main en pleurant, la horde humaine en fuite de ces monstres se jetant dans la gueule d’animaux marins surgissant de nulle part. De nouveau, le Varoc ouvrit les yeux pour mettre fin à ce défilé d’horreur. Il s’assit de nouveau en tailleur dans l’eau tiède, tentant de comprendre comment ces images déformées avaient pris place dans sa tête. S’il reconnaissait la partie réelle de ses images, le souvenir si on pouvait dire, il comprenait aussi que son imagination les avait déformés et tordus de manière grotesque et complètement irréaliste. Le regard absent, Zacharias continua ses réflexions en inspirant l’odeur parfumée de l’eau pour garder à l’écart les démons qui le hantaient.

Après un bon moment, satisfait de l’expérience et désireux de recommencer éventuellement le tout, il sortit de l’eau et se sécha avant de s’habiller et quitter la pièce. Il remercia d’un signe de tête l’homme qui l’avait accueilli et quitta l’établissement avec autant de questions en tête qu’avant son arrivée. Il ne pouvait pas nier toutefois qu’il se sentait bien moins crispé maintenant. Ne sachant pas trop où retrouver son ami, Zacharias se rendit dans une section plus ouverte et trouva un endroit pour attendre tranquillement de retrouver la trace de Vallarin. Étudiant d’un regard absent les différentes personnes qui passaient par là pour chasser les réflexions que son esprit continuait d’échafauder, le Varoc se dit que si Vermandion prenait racine à cet endroit, il serait intéressant d’y apporter sa sœur et son neveu éventuellement. En plus, il n’aurait pas à craindre pour leur sécurité, puisque personne n’était armé ici et que les Avant-Gardistes se montraient très pacifiques. C’était étrange comme endroit, un havre de paix en plein milieu d’un monde de guerre et de violence. Cela dit, il était évident que les Avant-Gardistes étaient disciplinés et qu’ils sauraient répondre en cas d’agression. Les quelques patrouilles que Zacharias avait croisées avaient une fière allure et elles démontraient clairement l’étoffe de ses membres. Probablement la raison pour laquelle il parvenait aussi efficacement à maintenir l’absence d’hostilité dans leur cité alors que deux ennemis remplis de haine y déambulait.

Quand la tête de Vallarin apparut plus loin, Zacharias se mit en direction de celui-ci pour le rejoindre. Il capta par contre du coin de l’œil une scène qui lui fit changer d’idée. À sa droite, pour une raison que le Varoc n’avait pas vue, une querelle entre trois Tadryens et deux fils d’Ohibaan gagnait en intensité, dépassant le stade du simple mal entendu. Avec un pas calme, mais dépourvu d’hésitation et rempli de fermeté, le soldat dans l’âme qu’était Zacharias s’approcha du lieu pour venir mettre un terme à ce conflit qui risquait de ruiner les relations entre Tadryon et les Avant-Gardistes. Ce n’était pas le temps de montrer à ce nouveau peuple que les Tadryens ne savaient pas faire autre chose que la violence et la guerre. Il mit une main calme sur l’épaule d’un des Tadryens pour mettre un arrêt à l’échange virulent entre les deux groupes.
« Ce n’est pas la place pour se quereller. » Si son confrère lui répondit de manière acerbe et peu amicale, Zacharias lui fut plutôt sous le choc de voir un des visages du duo d’Ohibaan. Il reconnut l’homme qu’il avait sauvé lors du cataclysme, celui pour lequel il avait été poignardé sans pouvoir se défendre pour réussir à le sauver. D’ailleurs, il portait toujours les marques de cette blessure. Il fit taire le Tadryen offusqué d’un geste et s’avança vers les deux Évolués pour faire obstacle d’une certaine façon à l’échange des deux groupes. Le fils d’Ohibaan qui le reconnut fit un pas lui aussi et les deux hommes se dévisagèrent silencieusement. Même ici, en territoire neutre, il ne pouvait se montrer trop amical devant leur congénère respectif. Cela dit, l’échange visuel qui avait lieu entre eux n’avait rien d’hostile et d’agressif, un peu comme une confirmation de non-agression de part et d’autre pour leur permettre de tourner talon et passer à autre chose. Après un hochement de tête de l’un et l’autre, Zacharias se retourna vers ses compatriotes en croisant les bras, trahissant ainsi en quelque sorte son agacement. « Il est temps de quitter. » Il vit un des trois Tadryens ouvrir la bouche pour protester et il mit fin à la tentative en désignant la patrouille avant-gardiste qui avait la situation à l’œil, patrouille qui avait probablement été devancée par Zacharias. « Ils ne seront pas aussi doux que moi je pense, il serait préférable de quitter. »

Suivis par la patrouille d’Avant-Gardistes qui s’assurait de façon légitime que les agitées ne changent pas tout simplement de place pour faire des problèmes, le trio et Zacharias se rendirent à l’ascenseur pour quitter la ville. Quand le trio eut disparu dans l’ascenseur, Zacharias attendit patiemment le retour de celle-ci pour quitter à son tour. Il sentit brièvement le regard de la patrouille sur lui, mais ceux-ci jugèrent visiblement rapidement qu’il n’était pas problématique, car ils quittèrent sans plus de formalité. Le Tadryen d’adoption soupira en pensant que ce conflit idiot aurait pu avoir des conséquences bien désagréables pour la relation diplomatique entre les deux communautés. Cela dit, il était inévitable que ce genre de situation arrive de nouveau et Zacharias se demandait si Vermandion resterait longtemps aussi ouverte envers eux. S’il fallait que Tadryon s’aliène une communauté de plus, la vie deviendrait compliquée outre mesure. Une fois sorti de l’ascenseur, il récupéra son pistolet auprès des gardes et le mit à son étui sans la moindre crainte que les Avant-Gardistes lui aient fait quoi que ce soit. Il attendit plus loin, admirant le navire et tentant de se le reproduire avant sa transformation en ville dans sa tête. Il ne fut tiré de sa contemplation que lors de l’arrivée de Vallarin, les deux amis reprenant le chemin de Tadryon en convenant qu’il était impératif de revenir à Vermandion un jour.

(3 166 mots)

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Teagan Ehle
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Apostolat ♦ [Intrigue Externe] Mer 8 Nov - 18:47



Apostolat



- Ca fait combien de temps que tu travailles là dessus T’ ?

La brune garda le silence, elle ne semblait pas entendre. Son poignet s’agitait pour manier les différents outils dont elle avait besoin pour réparer la machine défectueuse tandis que son esprit tournait et retournait les possibilités qui s’offraient à elle. Sa reflexion intense marquait ses traits d’une grimace sévère, déformant son front d’une ligne fine et fronçant ses sourcils. Parfois, ses lippes laissaient échapper une plainte agacée, d’autre fois un soupir fatigué, mais en aucun cas une exclamation de joie. Le succès de son projet lui filait entre les doigts depuis des semaines.
La carcasse ouverte de l’exosquelette laissait dégueuler câbles et composants. A serrer trop fort un boulon, sa main ripa, laissant échapper la clé sur son pied tandis que sa peau entrait en contact avec l’un des fils de cuivre qui dépassait de l’isolant, lui envoyant une décharge.

- Aah mais … Merde !

Teagan se recula, jurant encore une fois. Si ses orteils ne souffraient pas tant du choc, elle aurait été capable d’envoyer son pied droit dans l’exosquelette fautif. Au lieu de cela, elle se laissa tomber sur le lit dont les draps défaits traînaient à demi sur le sol pour se masser.

- J’comprends pas ce qui déconne avec cette machine !

Taryn croisa les jambes. Assise sur une chaise devenue branlante, elle ne tarda pas à donner de grands conseils avisés.

- Décompresses. T’arriveras à rien dans cet état.

Facile à dire. Teagan darda un regard noir sur ses orteils lésés, en rien responsables de sa colère. Il valait mieux eux que sa voisine de chambrée. Elle serra les dents pour retenir un réponse sèche et laissa le flux d’émotions s’atténuer avant de songer à écouter la rouquine.
Des pas, puis bientôt une ombre s’approchèrent d’elle. Une main chaleureuse se posa sur son épaule, requérant son attention tout en cherchant à montrer un soutien sincère.

- Je vais te changer les idées. Tu voulais en savoir plus sur le vaisseau. Allons y.

Taryn ne lui laissait finalement aucun choix. Son ton était passé de bienveillant à déterminé. Une seconde après, elle lui abandonnait sur la tête une veste en jean et sur ses cuisses, ses lourdes chaussures de sécurité.

______


Le navire était gigantesque, bien plus grand que tout ce qu’elle avait jamais pu imaginer. A force de parcourir Varosha et d’en fouiller chaque ruine, Teagan avait eu l’occasion de découvrir quelques tableaux et autres esquisses sur lesquels un bateau, ou parfois une flotte entière étaient représentés. Des monuments sublimes, résultat du savoir faire et de l’ambition de l’homme qui l’avaient longtemps fasciné sans que jamais, elle ne puisse en voir de ses yeux. Son propre désir de conquête l’avait poussé dans les plaines arides du No Man’s Land, jusque la sylve étouffante de la forêt d’Hanaamu et même derrière les murs tadryens réputés infranchissables pour les plus démunis. Mais jamais elle n’avait eu l’occasion de dépasser la frontière nord pour voir la côte et l’océan. Désormais, tout la laissait sur le cul.
L’air marin chargé d’iode libérait ses narines trop habituée à la crasse de la ville fantôme tandis que le sable lui apprenait à se confronter à un sol malléable sans se déséquilibrer. Rien n’était plus marquant pourtant que le paquebot échoué sur le rivage, immense et majestueux malgré sa chute. Sa coque malmenée par les vagues était usée par les embruns mais ne perdait rien de sa splendeur. Coraux et algues avaient profité de cette épave pour s’étendre et se ils développaient désormais à même le métal, tandis qu’aux étages supérieurs, c’était tout un peuple qui avait choisi de s’installer et, semblait-il, prospérer en harmonie avec cet écosystème étranger.
Teagan dû lever la tête pour espérer apercevoir le sommet de cette ville, mais de sa position, elle ne pouvait obtenir qu’un alléchant aperçu des innombrables richesses secrètes du Vermandion. La frustration de la jeune femme avait laissé place à une vive curiosité à peine satisfaite des premiers coups d’oeil, et une impatience difficilement contenue. Elle tira son amie par le bras et l’attira jusqu’aux gardes qui gardaient l’accès de cette merveille.

- Vous êtes sur un territoire neutre. Veuillez nous laisser vos armes, vous les récupererez lors de votre départ.

Teagan abandonna ses biens sans s’y opposer. Elle maîtrisait ses poings bien mieux que son pistolet, et même si pénétrer dans un territoire étranger en étant si démuni pouvait s’avérer déstabilisant, sa méfiance était partagée avec une pointe d’un bienheureux soulagement : l’accueil d’un peuple enfin pacifique et large d’esprit était un événement à marquer d’une croix rouge. La brune en avait assez de ces querelles sans fondement, de ces combats meurtriers motivés par l’unique égoïsme, par la peur de la différence et par le désir de conquérir. Devant ses yeux elle apercevait encore tout ce sang qui avait coulé. Le carmin des tadryens s’était mêlé à l’écarlate des sylvains sans que plus rien ne les distingue, dans un intérêt commun : nourrir une terre à l’agonie, noyée sous les flots d’un cataclysme aussi violent qu’inexplicable. Les uns avaient criés à la punition divine, d’autre à une malchance sanguinaire. Emportés par leurs émotions, d’autres avaient hurlés à la conspiration, sans que l’on ne sache jamais qui de l’un ou de l’autre avait raison. Certains citoyens s’étaient retournés contre leur patrie tandis que les mutants avaient mis de côté leurs ressentiments pour sauver des hommes qui, dix minutes plus tôt, tentaient de les faire passer de vie à trépas. Plus d’un était prêt à cesser les hostilités, et pourtant personne n’avait l’idée d’y mettre fin. Cette guerre était stupide, mais par peur ou par fidelité, tous s’y jetaient encore corps et âme.
L’arrivée de ce nouveau peuple pourrait apporter bien des changements, Teagan en avait l’intime conviction.Les différents échos perçus durant ces derniers jours lui avaient présenté les Avant Gardistes comme une communauté étrange et novatrice sur biens des points. Une langue et des moeurs différentes, une avancée technologique et sociale certaines. Il restait à déterminer si ce contraste provoquerait la perte du Vermandion, ou permettrait à la cité azurée de se développer et s’ouvrir au monde.

Y avait-il déjà eu des espions ? Des émissaires ? Depuis combien de temps les hautes instances réfugiées sous le dôme se méfiaient-elles de ces étrangers ? Depuis combien de temps voulaient-elles en tirer profit ? Teagan distinguaient parmi la foule de rares visages familiers. Des vêtements caractéristiques du peuple civilisé du continent, d’autres propres aux mutants. Les fourrures et le maquillage se mêlaient aux plus belles parures des Vermands. Tous avaient cédés à la curiosité, mais Teagan craignait que cela se transforme en une course effrénée. Qui des manieurs de lances ou des tireurs d’élite obtiendront les faveurs du capitaine de ce vaisseau les premiers ?

La brune sentit son coeur se serrer. Ces pensées venaient troubler son enthousiasme, et son humeur s’en ressentait. Rien pourtant ne pouvait anéantir son insatiable curiosité, et il suffit que Taryn accapare son attention d’une exclamation éhabie pour qu’elle se concentre de nouveau sur toutes les merveilles qui l’entouraient. Teagan ne savait plus où donner de la tête. Son nez était accaparée par tous ces nouveaux parfums puissants, presque trop d’ailleurs, tandis que ses oreilles étaient submergées par tous les sons. Des mots étrangers se mêlaient au dialogue d’un duo de sylvain à quelques mètres d’elle tandis que plus loin, c’étaient son regard qui était attiré par une longue série d’étals et les immenses draperies étendues entre les piliers.

- On commence par quoi ?

- Heu …

La conscrite ne pouvait pas répondre. Elle était décidée à tout visiter, tout essayer. Un sourire finit par étirer ses lèvres.

- Peu importe ?

_____


Une vraie enfant. Teagan s’emerveillait de tout. Elle passa des heures à visiter, découvrir, discuter. La barrière de la langue ne l’effrayait pas, elle ne cessa pas les tentatives pour communiquer avec ces étrangers. Et plus elle en voyait, plus elle s’y plaisait. L’idée de revenir lui traversa l’esprit. Celle d’abandonner Tadryon au profit du vaisseau également, mais il était inutile de précipiter les choses. La varoc décelait un grand nombre d’intérêts à cotoyer l’Avant-Garde, dont celui d’y trouver refuge en cas de nécessité, mais il s’agissait l’un d’un service de dernier recours. Une carte qu’elle n’abaisserait que lorsque sa vie au sein du coeur azuré serait menacée, ou lorsqu’elle ne supporterait plus de soutenir ce parti face aux fils d’Ohibaan. Avant d’en arriver là, Teagan espérait pouvoir tirer d’autres avantages d’une relation. Sans prendre en compte la valeur de tout ce savoir qu’elle désirait connaître, marchander avec les Vermands d’autres biens pourrait lui assurer de nombreux profits. Mener des expéditions dans les ruines de la ville fantôme ou dans le No Man’s Land dans le but d’en récupérer des objets et méteriaux négociables ne serait pas une première, et l’idée de s’y remettre était même plutôt alléchante, si bien que cette simple pensée ne tarda pas à se muer en un projet qu’elle était déterminée à concrétiser. La passerelle du Vermandion était désormais abaissée, reliant la terre et la mer comme elle reliait désormais les continentaux aux étrangers. La brune n’aurait aucun mal à revenir, et à reprendre contact à l’avenir.

Elle repartit tard le soir, bien après que Taryn se soit lassée de visiter, traînant derrière elle de nombreuses effluves puissantes, aussi aggripées aux tissus de ses vêtements que toutes les idées qui s’étaient implantées dans son esprit.




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Adam
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Apostolat ♦ [Intrigue Externe] Mer 8 Nov - 19:35


« Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde. » Lâcha-t-elle en incisant sa lèvre d’une canine à l’émail opalescent. Les deux hères étaient entourés de vagabonds aux faciès aussi divers qu’incongrus. Ces quidams en quête de nouveauté avaient rejoint le gargantuesque navire échoué, s’affairant aux boutiques colorées qu’il offrait à leurs visions volages. Pris dans la tourmente de ces âmes avides, le duo hétéroclite avançait pas à pas au sein de cette curiosité, jetant quelques regards aux débats mercantiles qui prenaient place, malgré les barrières idiomatiques qui sévissaient. Les longues phalanges diaphanes de la muse se refermèrent sur le bras du noble, lorsqu’elle fut bousculée par un Olybrius plus pressé que ses semblables. Elle rompit attifement le contact de leurs chairs, afin de se pencher sur un promontoire jalonné de carcasses évidées aux fragrances insidieuses. « Jamais vu pareille créature… » La Spectre murmurait à sa propre discrétion, faisant fis de son compagnon qui s’impatientait à ses côtés. Adam était tendu, peu affable devant la dépossession dont il était victime. Le poids familier de ses lames l’avait abandonné, au profit des cales humides du rafiot. La politique en présence exigeait que les visiteurs soient délestés de leurs moyens de défense. Une absurdité éhontée qui signait la sottise de se laisser happer par la gueule du loup, et  de s’y conduire avec le sourire. « Arrête de serrer les dents. On est ici pour observer, pas pour cogner le premier passant. » L’Essence grogna, détachant une esquisse factice pour faire taire les inquiétudes de la muse. « Quel piètre menteur. » Ezra soupira longuement et désigna un établissement à la devanture attrayante. « Notre prochaine destination, vieux grognon. Peut être qu’un bain te rafraîchira les idées et te rappellera pourquoi nous sommes là. » Haussant les épaules dans le plus laxiste des désintérêts, le noble lui emboîta le pas, traversant un énième sas de décontamination, avant de pénétrer dans l’alcôve de la purification.

Le barrage de la langue était un véritable handicape. Moins diplomate que sa compagne, Adam était resté en retrait, lorgnant sur les multiples silhouettes qui occupaient les bains. « J’ai pris une salle plus intime. Hors de question de barboter avec ces types là. Certains ont un regard plus lubrique que les aficionados des Chambres. » Adam esquissa un sourire empli de mystère. « Ne rêve pas vieux tombeur, tu ne m’auras pas aussi facilement. » ; « Ce qui n’exclut pas la possibilité que ça arrive. » Elle leva ses prunelles smaragdines au ciel et poussa la porte de leur enclave. Un bassin élégant avait taillé le sol, dégageant des arômes capiteux et saisissants. La muse approcha de la surface aqueuse, s’accroupissant pour l’effleurer du bout des doigts. « Délicieusement chaude. Adam… Qu’est-ce que tu… fais ? » L’adonis s’était délesté de tous ses atours, les jetant sur la pierre en s’offrant dans sa plus pure et simple apparence au regard de la jeune femme. Il s’engouffra dans l’eau, se laissant saisir par sa température exaltante et sa diversité enivrante de senteurs. « Quoi ? Tu es une puritaine Ezra ? Si ma nudité te choque tant, trouve-toi une autre pièce. » ; « Tu es épuisant, parfois. » Elle ne put retenir une moue amusée et entreprit de chasser le carcan de ses vêtements, ne conservant qu’une bande de tissu qui dissimulé sa poitrine et un bas qui soulageait les regards de la moindre lubricité. La muse noua sa chevelure cendrée en un chignon déstructuré et plongea à son tour dans le bassin. L’éphèbe approcha de sa proie en deux brasses et s’accouda au rebord du bain. « Tu crois que cet endroit a le moindre intérêt pour… nous ? » ; « Je pense, oui. Ce sera difficile de s’introduire parmi eux, mais ils disposent d’une technologie et d’armes intéressantes. On peut aisément imaginer tout ce qu’il serait possible de faire avec toutes ces nouvelles choses. » Adam observa longuement son homologue, s’ôtant à sa contemplation pour détailler le plafond ouvragé de la salle. « Ils nous ont envoyé par crainte du conflit, tu penses ? Je ne vois que cette hypothèse. Nous ne sommes pas des espions rompus aux arcanes du renseignement. Nous ne sommes que des ‘soldats’ après tout. » ; « Nous ne sommes pas les seuls sur le Vermandion. Mais je pense que oui, notre présence est uniquement là pour prémunir d’éventuels affrontements. » ;  « Sans armes. Quels défenseurs nous sommes… » Elle s’approcha de lui, prenant place à ses côtés.

L’eau était opaque, presque laiteuse sous l’avalanche de produits qu’elle contenait. « Tu vas t’en remettre un jour de ne pas avoir ta précieuse épée derrière le dos ? Tu te sens donc si impuissant sans ton jouet ? » Le noble se braqua, les prunelles incandescentes, il soutint le regard émeraude de la muse, les mâchoires serrées sous l’égide de l’ire qui semblait poindre en lui. « J’espère que ta phrase n’a pas de double-sens, Ezra. » ; « Peut être. » Ses lippes emplies de malice, elle s’éloigna en quelques mouvements de bras. « Tu m’épuises. » Lâcha-t-il, en écho à sa stance d’auparavant. « C’est une coutume bien singulière, que de passer son temps à se laver comme des maniaques de la propreté. Tout ça, additionné à tous leurs sas de décontamination… Si tu en balances un dans la forêt d’Hanaamu actuellement, je pense qu’il fait un arrêt cardiaque. » ; « On a une bonne vision, cependant, de quel genre de peuple ils sont. » Le noble arqua un sourcil, dubitatif quant aux allégations de sa compagne. Ses phalanges errèrent distraitement dans la jungle de sa barbe, tandis qu’il se perdait en conjonctions invraisemblables. « Tu les penses vraiment pacifistes ? » ; « Peut être. Bien qu’une part de moi crie ‘non’ avec une véhémence qui te ferait trembler de plaisir. » Elle s’interrompit, reprenant sa place près du jeune homme. Sa tessiture se délesta de quelques octaves, alors qu’elle tissait le fil de ses pensées. « Peut être que ce n’est qu’une façade. Peut être qu’ils observent pour l’instant, avant de se lever contre nous tous. Ou bien… Leur vraie nature est celle qu’ils nous offrent. Celle d’hôtes qui œuvrent pour la paix entre les différents peuples. » Quelques notes exhalèrent d’entre les lippes de l’adonis, qui plongea froidement ses mires céruléennes au cœur de l’abîme de celles de la douce et ingénue créature. « La paix ? Avec des armes ? Ton raisonnement est idiot. » ; « On ne gagne pas la paix par les belles paroles. Certaines choses s’obtiennent en se salissant les mains Adam. » ; « Si tu ‘gagnes’ ta paix, c’est qu’elle est factice. Ce n’est pas une conquête. » Les lèvres de la muse s’ouvrirent, puis se refermèrent aussitôt. Elle soupira longuement, s’adossant à la paroi du bain. « Ta vision du monde est si manichéenne. Les nobles vivent tellement en décalage de nous. Ta méfiance est légitime, je la perçois également, mais tu condamnes trop vite. L’inconnu t’effraie-t-il tant que ça ? » ; « Ça n’a rien à voir avec mes origines, c’est de la simple logique. Rappelle-toi qui nous sommes. N’offre pas ta confiance aveuglément sous couvert de la gentillesse apparente de nos ‘charmants’ hôtes. Les faits sont là. C’est stupide de penser qu’ils œuvrent pour la paix alors qu’ils nous confisquent nos armes et peuvent pointer les leurs à n’importe quel moment. C’est de la cohérence. Mais bon, peut être que tu as raison. Après tout, ils sont nouveaux, ils ont le droit au bénéfice du doute. » Le bras d’Ezra se referma sur ses côtes et elle déposa son visage angélique sur son épaule, avec douceur.

Ils s’étaient habitués à la chaleur de l’eau, n’en ressentant bientôt plus la morsure ardente. Le silence s’était étiré, après leur vif échange. Demeurant collée à lui, Ezra avait clos ses paupières, bercée par les remous à peine perceptibles de la surface. Après un frisson, ils avaient décidé, d’un commun accord, de quitter la salle, après s’être séchés et vêtus. Leurs errances les conduisirent en un lieu de repos, qui semblait accueillir un grand nombre de visiteurs épuisés. Sans lui demander et avec toutes les difficultés du monde pour se faire comprendre, Adam avait pris une chambre pour la nuit, préférant regagner l’alcôve le lendemain en partant à l’aube. Leur mansarde était pittoresque, quoiqu’exigüe, mais suffirait pour la soirée. Un lit double s’offrait à eux et Ezra se laissa choir dessus, encore engoncée dans ses apparats. Le noble la rejoignit, n’ôtant que son haut et elle se colla à son flanc, tout en lui tournant ostensiblement le dos. « Ne te fais pas d’illusions, tombeur, je te l’ai dit, ce ne sera pas aussi facile. » Sa voix n’était qu’un murmure dans le crépuscule. Des notes cristallines qui caressaient son tympan. Ses phalanges parcoururent la taille de la muse, la scellant à lui dans une étreinte presque viscérale. Des émeraudes flamboyants percèrent sous la chevelure de la douce créature, ses lippes entrouvertes, dans l’attente d’être cueillies. Le faciès d’Adam trouva la douceur des draps et il relâcha son emprise sur sa farouche appétence inassouvie. « Bonne nuit Ezra. » Deux prunelles s’éteignirent en chassant le jour. Morphée embrassa son enfant et l’attira dans ses bras, jusqu’à ce que le monde des songes l’accueille en son sein.

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Johar
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Apostolat ♦ [Intrigue Externe] Mer 8 Nov - 23:59

ACRUX



Il avait encore du mal à y croire, à s'y faire. Tout était pourtant bien réel. Les deux iris d'un bleu pur du conscrit observaient avec attention ce nouvel environnement. Vermandion. Il y avait encore quelques mois de cela, si on avait dit à Acrux qu'il intégrerait Tadryon, retrouverait son père et qu'il ferait partie des premiers à découvrir une nouvelle Cité il ne l'aurait pas cru. Il était de toute façon beaucoup trop occupé à survivre dans Varosha à ce moment là et tout s'était passé si vite... Le gaillard à la chevelure blanche poussa un soupir et tendit ses armes avant d'entrer dans la ville des Avant-gardistes. Peu importe ce qu'il y trouverait, rien ne pourrait atteindre la bonne humeur qui était né dans le coeur de l'ancien Varoc depuis son intégration. L'ascenseur montait contre la paroi de l'immense vaisseau échoué sur le continent. Il y avait tellement de questions qui se bousculaient dans sa tête qu'il ne savait pas réellement quoi penser. Après plusieurs sas de décontamination et d'autres ascenseurs Acrux était déjà perdu: impossible pour lui de retrouver le chemin dans le dédale de passerelles qui menaient au pont supérieur. Il se contenta donc d'observer puisque c'était ce qu'on lui avait demandé: ses yeux curieux s'arrêtait sur chaque détail nouveau pendant qu'il suivait les Avant-gardistes. Son père en personne l'avait chargé de se rendre à Vermandion pour lui faire un rapport détaillé et il s'était empressé d'accepter. Après tout, il ne cherchait qu'à le rendre fier et attiré son attention. Il se souvint de la tête qu'avait fait Johar à ce moment là: il était vert de jalousie, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure... sa mâchoire s'était contractée et malgré son épaisse tignasse brune qui cachaient son regard, Acrux savait que ses yeux jetaient des éclairs. Son demi-frère avait tout simplement quitté la pièce et l'ancien Varoc avait confié un petit sourire désolé à la Cape Dasterion. Il regrettait cette relation avec Johar mais il ne l'avait pas choisie. Le gamin immature finirait bien par se rendre à l'évidence et lui avait d'autres choses à faire que de s'occuper de ça pour le moment.

Lorsqu'il sortit enfin à l'air libre et posa un pied sur l'immense pont principal, Acrux se surprit stopper sa marche: c'était immense. De l'extérieur, l'épave du navire était déjà impressionnante, mais une fois perché sur son pont, c'était plus qu'une cité qui vivait là sous ses yeux. Pour un Varoc, Tadryen depuis peu, il n'était pas habitué à voir autant de technologies et de vie ainsi organisée, d'autant qu'à chacun de ses pas une douce odeur florale venait caresser ses narines. C'était un autre monde, y avait pas à dire. Tout semblait dans l'excès ici, comparé à la sobriété de Tadryon, ville de béton et de métal aux lumières bleues... On trouvait sur chaque bâtisse des couleurs vives qui attiraient le regard des visiteurs et ceux-ci étaient parfaitement reconnaissables, déambulant entre les habitations en observant tout autour d'eux avec intérêt. Acrux avait essayé de parler avec quelques membres de ce peuple mystérieux mais mis à part les gardes de l'entrée qui lui avait intimé de donner ses armes, il n'avait rien pu tirer des habitants de Vermandion. Un étal aux flacons multiples et particulièrement odorants attira cependant son attention et il se détacha du petit groupe pour s'approcher.

"Bonjour est-ce que... est-ce que vous comprenez ce que je dis? Vous vendez tout ça?"

Il essayait de ne pas paraître grossier en mimant les gestes pour une meilleure compréhension mais il fut ravi de voir que l'Avant-gardiste face à lui souriait, c'était plutôt bon signe. Il montra donc du doigt l'un des flacons contenant un liquide ambré et se mima en train de boire. Son interlocuteur éclata de rire en secouant la tête puis en fronçant les sourcils pour montrer sa désapprobation. Il saisit la fiole de la taille d'un poing et en ôta le bouchon avant de l'agiter sous le nez d'Acrux. Celui-ci sentit tout de suite une odeur forte d'un parfum capiteux et boisé qu'il n'avait jamais sentit auparavant. Ces quelques secondes furent un voyage plus exotique que la découverte de Vermandion... Il y avait quelque chose de fort et d'enivrant dans ce liquide dorée. Lorsque le marchand reboucha la bouteille, Acrux crut défaillir. Il lui fallait ce parfum, peu importe le prix. Et puis ça lui ferait quelque chose à montrer à Andugal avec son rapport, peut-être même à Johar si celui-ci daignait lui adresser la parole, ce dont il doutait fortement... Le Tadryen se redressa et s'arma d'un grand sourire en tâchant d'expliquer ce qu'il voulait à grand renfort de gestuelle. Il sortit ses vieilles monnaies Varocs en espérant ne pas avoir à recourir aux Azuris mais l'Avant-gardiste les dédaigna avec un mépris à peine contenu. C'est avec une grimace que le survivant au visage barré de cicatrices sortit quelques pierres bleues dans la paume de sa main. L'intérêt du marchand se fit plus intense mais ses yeux fixaient autre chose: il montra du doigt le cou du jeune homme. Acrux porta la main à sa chaîne au bout de laquelle pendait un médaillon abîmé mais qui portait encore les traces de gravures esthétiques. Il n'avait pas tellement de signification pour l'ancien réfugié, c'était quelque chose qu'il avait trouvé dans les décombres de Varosha après la razzia des bandes sauvages qu'il évitait. A moitié enfoncé dans le sol boueux, il en avait ressorti cette chaîne et la gardait depuis qu'il était gosse. Elle n'avait pas de valeur et pourtant il ne l'avait jamais retiré. Son hésitation renforça le désir du marchand d'obtenir cet objet curieux pour lui et au bout de quelques minutes d'hésitation, l'échange fut conclu. L'homme rangea son nouveau bien dans une petite pochette en tissu et montra à Acrux comment se servir du parfum. Il essaya de lui en montrer d'autre, mais celui-ci était celui qui avait su conquérir le Tadryen, lui-même ne savait guère pourquoi. Il remercia donc l'Avant-gardiste et rangea le liquide ambré dans son sac avant de reprendre la route de ses errances dans l'immense cité.

Il avait fait une belle acquisition aujourd'hui et espérait que la Cape Dasterion serait fière de son rapport...

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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: ♦ Apostolat ♦ [Intrigue Externe] Jeu 9 Nov - 5:58

Vallarin Draske





Apostolat

La transformation du bateau en ville était d'une ingéniosité remarquable. Vallarin pouvait déjà constater que le peuple qui y vivait savait s'adapter et faire face aux difficultés qu'ils rencontraient. Ce serait sûrement un peuple très surprenant et intéressant à côtoyer, en espérant que le temps n'allait pas faire d'eux des ennemis. Les humains avaient déjà suffisamment d'ennemis et de problèmes, si c'était possible d'éviter d'en ajouter! Pour le moment, les Avant-Gardistes étaient neutres et pacifiques, mais Vallarin savait que le statu quo n'allait pas durer. C'était dans la nature humaine quand les gens se regroupaient de vouloir combattre les autres groupes. L'humain n'aspirait pas à la guerre à proprement parler; en petit groupe, les humains pouvaient fonctionner et même avoir une certaine quiétude avec les voisins. Seulement, en grand groupe, l'association des gens semblables voulant résister à l'assimilation ou l’engloutissement dans la masse provoquait un terrain propice à la guerre. Si quelques individus comme lui ou Zacharias aspiraient à la diplomatie et la paix, le groupe, lui, préférait prendre des méthodes plus 'efficaces' et ainsi la guerre débutait. C'était ainsi et ce le serait toujours, l'humain n'était pas capable de comprendre les vérités nécessaires une fois en groupe pour briser ce cercle vicieux.

Ainsi, le médecin militaire en profita pour se changer les idées et s'isoler de cette violence qui faisait partit du quotidien depuis un moment. Tout en prenant garde à ne pas être grossier, le colosse prenait le temps de s'imprégner des couleurs et des effluves qui était propres a ce peuple. Cela faisait différent et plaisait bien au massif gaillard. Si au départ le mélange des parfums lui avait semblé chaotique, maintenant il en appréciait le doux mélange qui parfumait chaque recoin de ce bateau-ville. Mais malgré tout ce soin de l'apparence, il n'aurait pas fait l'erreur d'y voir un peuple matérialiste ou tape-à-l'oeil. Non, leur garde avait visiblement l'étoffe nécessaire à leur poste et ce curieux mélange rejoignait bien Vallarin. Lui-même soldat, il avait choisi la vocation de médecin pour apporter le bien et la lumière au coeur de ce que l'humain avait de plus noir à offrir. Sociable et chaleureux, il était pourtant décidé à servir et faire son travail. C'était ce que lui inspiraient les Avant-Gardistes qui leur avait ouvert leur porte. En même temps, le colosse n'était pas dupe... ou moins dupe, plutôt, depuis que Zacharias l'initiait à un monde plus dangereux. Il y avait fort à parier que les Avants-Gardistes profitaient du passage des visiteurs pour apprendre à les connaitre et se faire une tête sur eux.

Peu importait pour le moment. Vallarin se retrouva rapidement dans un groupe qui aurait le droit de descendre dans les ponts inférieurs pour faire une visite de l'endroit où les parfums et autres cosmétiques voyaient le jour. Le médecin de guerre n'était certainement pas un homme 'coquet', mais il savait apprécier le savoir-faire et l'ingéniosité dans tous les domaines. Ayant encore un peu son âme d'enfant, il aimait voir les choses simples et être dans un groupe qui avait accès à des connaissances plus secrètes. Il se sentait ainsi un peu comme un privilégié, même si les 'secrets' du parfum des Avants-Gardistes n'avaient rien pouvant changer le monde. Respectant les consignes et restant avec le groupe, il ne put s'empêcher quand même de se demander ce que les laboratoires hors d'accès pouvaient contenir. Jusqu'où allaient l'expertise et la science de ces étrangers échoués sur leur bout de monde? Vallarin aurait bien aimé pouvoir combler sa curiosité, mais il tenait aussi à éviter de perdre la vie bêtement dans un endroit où on ne saurait jamais ce qui lui était arrivé. Il se contenta donc des laboratoires pour le parfum, la teinture et autres domaines cosmétiques en tout genre. Après tout, c'était bien normal qu'un peuple encore méfiant limite l’exposition de leur connaissance à des domaines sans enjeux.

Qu'à cela ne tienne, le Tadryen parvint quand même à trouver son compte dans le procédé pour mettre à jour des parfums. En réfléchissant bien à la façon dont s'y prenaient les Avants-Gardistes, on pouvait en conclure qu'il était en mesure de mettre approximativement toute odeur connue en parfum. Certaines odeurs seraient certainement peu commodes à porter sur une longue période, mais cela donnait quand même une bonne idée des possibilités. Quant à la teinture des vêtements, c'était tout aussi surprenant. Sans adopter un style vestimentaire tout en couleur comme leurs hôtes, Vallarin ne trouverait pas déplaisant de temps à autre d'avoir des couleurs plus vives et plus chaotiques. Sûrement que le monde avant le cataclysme qui l'avait mis sur ses genoux devait avoir son lot de couleur et de mode en tout genre. Est-ce que le monde actuel avait réussi à retrouver ne serait ce que la moitié de tout le savoir perdu? C'était une grande tragédie quand on pensait à la chose de se dire que tout avait été perdu. Balayer, comme des feuilles au vent. À moins que les terres inconnues de Tadryon n'aient repris leur droit sur la nature et réussi à reprendre leur place? On ne savait pas grande chose de l'endroit d'où venait les Avants-Gardistes. Est-ce qu'ils s'en sortaient mieux qu'eux d'où ils venaient?

Quand la visite fut terminée, Vallarin continua d'errer en observant et en tentant de comprendre les étranges particularités de ce peuple étranger. Le timbre de voix et la vitesse d'élocution étaient changeants de situation en situation. La proximité et les contacts physiques également y étaient différents. La barrière de la langue et la méfiance créait aussi une incapacité à pleinement échanger et se comprendre mutuellement. Avoir pu dialoguer avec les gens de la place, le médecin aurait certainement pu se faire quelques connaissances et avoir des réponses à ses questions sur les us et coutumes locales. L'envie de se procurer quelque chose lui traversa l'esprit, mais il se retint finalement. La majorité des Avants-Gardistes qui avait des contacts avec les visiteurs était des marchands, mais Vallarin ne trouvait pas vraiment d'objets le tentant suffisamment pour procéder à un échange. En effet, la monnaie locale n'étant pas utile aux arrivants, il n'était pas surprenant que le troc ait pris le relais pour combler le tout. Il n'était pas non plus très certain que ceux-ci soient un peuple marchand également. Cela semblait plus être une résultante de la situation actuelle qu'un réel ancrage social et culturel.

Profitant de la fin de sa visite, le colosse se rendit à une rambarde pour s'y accouder et regarder au loin. Qu'est-ce que cela pouvait bien créer comme sentiment et sensation de naviguer sur l'eau? C'était très difficile à imaginer pour l'esprit du Tadryen qui vivait sur la terre ferme depuis toujours. Une brise lui soufflait sur le visage, un phénomène étrange qu'il vivait depuis qu'il sortait du dôme de la ville. Pas qu'il n'y avait pas de courant d'air dans Tadryon, juste que c'était très différent comme sensation. Si le monde hors du dôme n'avait pas été si meurtrier et si dangereux, il aurait pu aller vivre à l'air libre pour profiter de ce genre de petit plaisir. Pourtant, la réalité était que le monde extérieur était dangereux et vicieux. Vallarin l'avait compris depuis le temps. La rencontre avec les fils d'Ohibban qui avait finit en prise d'otage, les deux confrontations avec la Clivia, les horreurs qui avaient lancé l'assaut pendant la guerre avant les raz-de-marée... c'était dur de ce dire que l'humanité récupérerait sa place un jour dans le monde en assistant a toutes ces horreurs. Quand la journée commença à décliner, Vallarin retourna à l'entrée du bateau-ville pour redescendre sur le sol et reprendre ses armes. Ensuite, il alla rejoindre son ami académicien et quitta avec lui en se promettant de revenir sur place en apprendre plus sur ce fascinant peuple.


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