Partagez | 
 

 Un trafiquant chute, un soldat s'élève

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Zacharias Deost
avatar
♦ Messages ♦ : 207
♦ Inscrit le ♦ : 24/05/2017




Message(#) Sujet: Un trafiquant chute, un soldat s'élève Mer 27 Sep - 4:48




Inventaire:
 
Briefing


Encadré par deux soldats qui était venu l’extraire de son quotidien de plus en plus redondant de l’Académie, l’académicien avançait en silence en regardant droit devant lui. Calme et dénué d’expression, il ne pouvait toutefois s’éviter de se poser intérieurement la question qui allait trouver réponse une fois rendu au lieu de destination. Pourquoi? Sans explications, les deux hommes avaient surgi pendant un exercice auquel participait Zacharias et l’avaient sommé de les suivre sans lui donner plus d’information. Comme le Tadryen d’adoption voulait faire sa place dans l’armée, il voyait mal son nom être associé à celui qui discute les ordres et il avait donc pris le chemin de l’inconnu avec les deux soldats. Froid, le visage neutre et sévère, ces deux solides hommes semblaient être des soldats endurcis capables de remettre l’académicien qu’il était à sa place sans la moindre difficulté. Il était donc plus judicieux de suivre les ordres et de mettre les pièces ensemble au fur et à mesure qu’on le lui donnerait. Toujours dans le silence et sans aucune explication, les deux soldats le firent entrer dans un immeuble grouillant d’activité qui servait de point administratif pour l’Armée et permettait de coordonner divers services couverts par ceux-ci. Tout en l’escortant le long d’un corridor, on le dirigea vers une section plus tranquille et il entra dans une salle de réunion où se trouvait un homme à l’aura charismatique indéniable. Les deux soldats qui l’avaient escorté se postèrent à la porte et l’homme face à lui attendit qu’il approche de la table dénuée de chaises pour lui pousser un dossier.

- Conscrit Zacharias Deost, réfugié varoc ayant obtenu son Entrée dans la cité de Tadryon. Avec une certaine surprise, aucun intérêt pour les récupérateurs, penchant pour l’Armée et demande de candidature pour le corps de l’infiltration. C’est un parcours atypique non?
- Quand on prend toujours les mêmes chemins, on obtient toujours les mêmes résultats, Monsieur. Pour obtenir des succès hors de l’ordinaire, il faut prendre des chemins hors de l’ordinaire, Monsieur.
- C’est une réponse intelligente, conscrit. Par contre, commencer à apprendre vos grades si vous désirez devenir soldat. C’est le grade de capitaine qui orne mes épaules et vous savez ce que cela veut dire? Que je l’ai durement gagné avec ma sueur et mon sang! À partir de maintenant, c’est capitaine quand vous vous adressez à moi, à moins que vous ne vouliez cracher sur tous les sacrifices que j’ai faits pour Tadryon?
- Message compris, Capitaine.
- Bien, bien. Vous vous sentez prêt à quitter le jardin pour enfant de l’Académie et à devenir un vrai citoyen de notre magnifique Ville Azurée?
- Oui, Capitaine.
- Et dites-moi, conscrit Deost, vous savez ce que représente le corps de l’infiltration ou vous êtes un autre de ces prétentieux gonflants à la recherche de femme facile face à l’uniforme?
- J’ai un parcours de vie authentique et j’ai mérité mon entrée, Capitaine. J’ai fait mes preuves continuellement depuis mon arrivée à Tadryon, je ne vois pas comment vous convaincre par des paroles quand mes gestes sont déjà mon œuvre la plus fiable.
- En effet, vos paroles n’auraient rien valu. Vous me plaisez bien jusqu’à maintenant, Deost. Ouvrez le dossier devant vous.


Baissant les yeux sur le dossier, il appuya sur le bouton du lecteur de données et regarda les informations qui s’affichaient. Il s’agissait de détails de missions et d’informations dans le but d’un déploiement! Avec étonnement, il releva le regard sur le capitaine qui le fixait avec ses yeux aussi tranchants qu’une lame d’Azuris.

« Depuis un moment, nous avons constaté que des armes voyageaient entre Tadryon et l’extérieur des murs. L’activité des derniers mois nous a empêchés de nous y investir pleinement, jusqu’à tout récemment. Nous avons pu introduire un informateur dans un réseau pour connaître l’étendue du trafic de ceux-ci. Au final, il s’est avéré être un réseau de si faible envergure que l’informateur a dû se retirer avant de pouvoir fournir les informations désirées. »

Rapidement, Zacharias parcourait les notes, écoutant avec attention le capitaine qui lui faisait le briefing. Effectivement, il y avait très peu d’information préalable et il s’agissait donc certainement d’un trafiquant unique profitant de laxisme ou de manque d’encadrement du système tadryen pour effectuer son commerce. Par contre, savoir que des armes sortaient de Tadryon pour finir entre des mains potentiellement ennemies avait de quoi faire froid dans le dos. « Capitaine, je peux demander à mon IA de télécharger les données dans son noyau? » Le signe de tête positif du capitaine le soulagea et immédiatement, il sentit Eva prendre en charge la commande pour télécharger les données et les transporter avec lui pendant l’opération.

« Néanmoins, aujourd’hui à 12h04, nous avons découvert une caisse d’armes lors d’une fouille des expéditions. Il n’y a pas de doute qu’il s’agit du trafiquant et qu’il fait une nouvelle livraison en se moquant de nous. Ce type est visiblement assez intelligent pour ne pas se compromettre avec sa marchandise et nous ignorons toujours qui ce fumier peut être. C’est la raison de votre présence ici, conscrit. Ce traitre à Tadryon représente votre ticket de sortie du jardin d’enfants pour le monde des adultes. La caisse quitte dans quelques minutes l’enceinte de Tadryon et sera livrée comme si nous en ignorions le contenu. Vous allez faire le nécessaire pour atteindre sa destination et découvrir l’identité de l’expéditeur. Votre mission est assez claire? »

Silencieux, les yeux rivés sur les informations à sa disposition, Zacharias étaient évidemment plus qu’enchanté par l’idée de prouver sa valeur et obtenir sa place parmi les soldats de l’Armée. La mission était totalement claire et il avait même déjà des débuts d’idée pour la mener à bien. Il regrettait seulement de ne pas pouvoir partager ce privilège avec son ami Vallarin qui était toujours à l’Académie, lui. Relevant les yeux pour regarder son supérieur dans les yeux en lui répondant, Zacharias usa de son habituel ton neutre et presque las.

- Cent pour cent clairs, capitaine.
- Parfait. Je dois également vous aviser qu’une équipe sera en place dans les environs de votre intervention pour intervenir si jamais vous échappez le contrôle sur la situation. Deux des membres de l’équipe FILET, que je dirigerai personnellement, vous ont d’ailleurs escorté ici. Vous comprenez ce que leur mise en action signifiera?
- Totalement, capitaine.
- Parfait. Maintenant, avant de conclure notre entretien, j’ai une dernière question pour vous, conscrit.
- Je vous écoute, capitaine.
- Faisiez-vous réellement partie du groupe de conscrits qui est parvenu à abattre un veilleur lors de l’affrontement entre Tadryon et les fils d’Ohibaan?
- J’étais un conscrit parmi tant d’autres du groupe, oui, Capitaine.
- Parmi tant d’autres? N’étiez-vous pas seulement quatre ou cinq?
- Sept en m’incluant, pour être exact, Capitaine.
- Eh bien, surprenez-moi encore une fois, conscrit. Vous pouvez disposer.


Avec assurance, Zacharias salua son supérieur et lui retourna le dossier pour se retourner et suivre à nouveau les deux soldats. Le Varoc se doutait bien que l’équipe FILET n’avait pas que trois membres, mais il avait aussi la certitude qu’il ne verrait pas les autres membres également. Il était assez intelligent aussi pour savoir que si l’équipe FILET devait prendre le relais, il retournerait à l’Académie et son dossier serait analysé de nouveau pour savoir s’il restait à Tadryon ou si on le retournait à Varosha. De toute façon, Zacharias avait la certitude que la mission serait un succès; il n’avait pas passé toute sa vie à se préparer à ce moment pour échouer lamentablement et être mis au rebut. Quand il entra dans la nouvelle pièce, il eut la surprise de voir son équipement de mission sur une table devant lui. « Prends ce dont tu penses avoir besoin pour la mission et ensuite on y va, on va manquer la caisse si tu continues à paresser. » Zacharias serra les dents face au ton suffisant et chargé de remontrance du soldat. Ne pouvant lui répondre comme il le voudrait sans compromettre son adhésion dans l’Armée, il prit une bonne inspiration. « Oui, monsieur. » Réponse polie et adéquate, mais donc la voix témoignait l’amertume et la colère que l’académicien refoulait face à cet homme qui était supérieur à lui hiérarchiquement. D’un pas souple et martial, il entra dans la pièce et visualisa d’un coup d’œil l’ensemble de son matériel. Son P2-Nixe toujours à l’étui était sa seule arme disponible pour accomplir sa tâche, c’était donc réglé pour son arme. La cuve d’eau n’était pas nécessaire et le harpin de sauvetage hérité des Traceurs était encore trop complexe d’utilisation pour lui. Il ne prit donc que son module de vision nocturne qu’il intégra aussi habilement que possible à son armure assistée pour ne pas avoir l’air d’un incapable devant les deux soldats. Attrapant son imperméable pour le mettre sur ses épaules en prévision du climat potentiellement hostile dehors des murs, il quitta la pièce et se rendit à l’entrée avec les deux soldats. Ils lui indiquèrent l’endroit pour commencer sa surveillance de la caisse, caisse dont il avait bien mémorisé l’image dans le fichier de renseignement fourni par le capitaine, puisqu’il ne l’accompagnerait pas pour ne pas éveiller la méfiance du trafiquant s’il devait voir un lot de soldats tourner dans les environs de son colis. Avec un hochement de tête, Zacharias enfonça son casque sur sa tête et le verrouilla à son armure pour quitter l'immeuble sans un mot.

***

- FILET UN pour OPÉRATEUR, BLEU en route, mission commencée.
- Bien reçu FILET UN. OPÉRATEUR à GROUPE FILET, rassemblement au point de rendez-vous, début de surveillance et de suivi immédiat.
- FILET UN, capté.
- FILET DEUX, capté.
- FILET TROIS, capté.
- FILET QUATRE, capté.
- FILET CINQ, capté.


Mission


Comme Zacharias ne voulait pas démontrer l’intérêt qu’il avait pour la cargaison d’armes, il sortit de l’immeuble où il avait eu son briefing pour se rendre directement aux portes permettant de sortir de Tadryon. Les passeurs ne posèrent pas de questions en voyant le citoyen en exosquelette franchir la muraille, l’académicien en mission ayant le champ complètement libre pour établir sa stratégie. Les expéditions étaient sur le point de quitter l’enceinte et il fallait que Zacharias s’organise pour suivre la trace des armes jusqu’à leur destination finale. Il commença par s’assurer des paramètres en place de son exosquelette, histoire que les haut-parleurs externes ou un autre détail insignifiant de ce genre ne viennent pas bousiller sa tentative d’infiltration en cours d’opération. Tout en terminant sa vérification, il entreprit de se glisser dans un bâtiment abandonné environnant à la porte pour être en mesure de bien surveiller les colis qui sortirait de la Ville Azurée. Après avoir fait une inspection rapide des lieux pour s’assurer qu’il était le seul à l’intérieur, il s’installa dans une pièce qui lui permettrait de surveiller les portes de Tadryon. Patiemment, il s’assit au sol, une jambe repliée et l’autre sur le sol, son regard errant sur le va-et-vient qui animait le quotidien des passeurs. Combien de ces pauvres âmes erraient dans les vestiges du passé dans l’espoir d’un monde meilleur en allant vivre dans l’enceinte et le dôme salvateur? Et combien de personnes avaient réellement une meilleure vie à Tadryon?

Dans l’esprit du militaire en devenir, la pensée de tous les morts qui avait été abandonnés derrière lors du dernier affrontement avec les fils d’Ohibaan se mit à tourner en boucle. Une condition meilleure était une illusion qui poussait les gens à continuer de se battre, mais au final… c’était un mensonge que tous propageaient pour éviter de baisser les bras. L’espace d’une seconde, il vit une vague d’eau arrivant de nulle part remonter le grand chemin jusqu’au dôme où elle s’écrasa brutalement, projetant les piétons à gauche et à droite. Il secoua la tête en fermant les yeux pour chasser les restes de ce traumatisme qui revenait le hanter de temps à autres. Les cris et le bruit de l’eau déferlante semblaient pourtant si réels. C’était un sentiment horrible de se savoir piégé et à la merci de son propre esprit qui se détraquait complètement. Il ne fallait pas que Zacharias laisse ses souvenirs venir gâcher sa mission, il n’avait pas tenu bon toute sa vie pour devenir fou maintenant qu’il touchait pratiquement à l’objectif qu’il s’était fixé. En ouvrant les yeux, l’académicien constata que les expéditions avaient commencé à sortir du dôme. Il chercha des yeux sous sa visière pour s’assurer qu’il n’avait pas laissé passer la caisse dans son moment d’inattention. Il vit celle-ci dans les mains d’un petit groupe qui prenait la direction d’un camp de réfugiés que Zacharias ne connaissait pas. Une chance qu’il avait repris sa concentration à temps, parce qu’un peu plus de combats contre ses souvenirs lui auraient fait manquer le colis. Une chance également qu’il n’allait pas dans un camp de réfugiés qu’il connaissait, parce que cela aurait pu compliquer le tout.


Rapidement, il descendit les marches de la ruine qui lui avait fourni un poste d’observation et il s’engagea dans la rue où la caisse voyageait vers sa destination. « Eva, on a une idée d’où on s’en va? » Peut-être que les fichiers de Tadryon ou des problématiques récentes pouvaient l’éclairé sur ce qu’il allait rencontrer dans ce secteur de Varosha. C’était une grosse tentative de pêche à l’information, mais c’était mieux que rien. « C’est un camp de réfugiés sans histoire. Pratiquement aucun de ses membres n’intègre Tadryon et ils n’entretiennent presque aucun contact avec Tadryon également. » Zacharias fronça les sourcils à cette information. Un camp isolé et reclus? Ça ne présageait rien de bon si des armes de contrebande s’y rendaient. « Sans histoire? C’est un peu louche non? » Marchant dans le flot de personnes qui lui permettait encore de passer plus ou moins inaperçu aussi près de Tadryon, il échafaudait une foule de scénarios dans son esprit. « Il y a peu d’information disponible. Tadryon n’avait pas les ressources pour mener une enquête en profondeur et aucun motif d’agression ou de violence ne justifiait l’investissement de ressources sur ce dossier. Varosha n’est pas sous la protection ou la juridiction de Tadryon. » L’ancien réfugié soupira, il connaissait très bien cette réalité. « En effet. On va voir ce qu’il en retourne. » Au final, il semblait que ce camp qui voulait se faire oublier des autorités voisines n’était pas si pacifique et calme qu’il voulait le faire croire.

Au fur et à mesure qu’il s’éloignait de la Ville Azurée, la circulation et le nombre de personnes diminuaient. Il viendrait un moment où il serait impossible de continuer tout bonnement sur le chemin sans qu’il soit visible qu’il suivait le chargement d’arme. L’avantage des ruines qui constituait Varosha était le potentiel de couverture et de cachette que l’environnement pouvait offrir à qui savait l’exploiter. Tout bonnement, il prit un tournant et sortit du champ visuel potentiel du groupe qu’il suivait. Comme si de rien n’était, il entra dans des décombres pour également sortir du champ visuel des passants ou des sympathisants du groupe qui pourrait trahir sa présence s’il le voyait adopter la filature sur le groupe. Le camp auquel menait le chemin n’était pas si loin et Zacharias n’appréhendait pas tellement le chemin pour s’y rendre tellement que la difficulté à y récupérer des renseignements. Il y avait fort à parier que les personnes participantes au groupe désireux de s’armer allaient être des plus vigilantes et que des observateurs allaient être présents pour s’assurer qu’il ne serait pas surpris la main dans le sac. Il allait falloir que l’ancien réfugié se montre plus intelligent et surtout en mesure de puiser dans ses anciennes connaissances pour lui venir en aide. Comme une ombre, il se glissait silencieusement dans les décombres de cachette en cachette, s’assurant de toujours obtenir de manière régulière une confirmation visuelle sur la présence de la caisse d’armes. L’absence de revêtement sur son exosquelette réduisait grandement sa protection en cas de problème, mais se révélait un excellent bienfait pour la discrétion et sa liberté de manœuvre dans une pareille filature. Quand il arriva aux abords du camp et qu’il vit le groupe qui avait pris en charge la caisse y entrer, il resta à distance et se trouva un point d’observation. Il fallait qu’il trouve un moyen de récupérer les informations nécessaires.

***

— FILET DEUX à OPÉRATEUR.
— OPÉRATEUR, à l’écoute.
— BLEU est arrivé au lieu de livraison de la caisse. Toujours inconnu des receveurs.
— Action en cours?
— Négatif. Il est positionné dans un lieu d’observation. Situation morte actuellement.
— Continuer le suivi FILET DEUX.
— FILET DEUX, suivi continué, capté.
— OPÉRATEUR pour GROUPE FILET, position.
— FILET UN et TROIS au sud-ouest, visuel vers le nord et l’est confirmé.
— FILET QUATRE et CINQ au nord-est, visuel vers le sud et l’ouest confirmé.
— OPÉRATEUR pour GROUPE FILET, positions captées. Maintien du filet en place. Je confirme ma position à l’intersection de la route pour Tadryon et le chemin pour le camp. Interdiction d’action toujours en cours.


***

— Eva, tu peux établir un lien avec le capitaine responsable de l’opération si je te le demande?
— Bien sûr.
— Parfait, je vais chercher une entrée non conventionnelle au camp et je vais m’y infiltrer sans l’exosquelette.
— C’est dangereux et contraire à…
— C’est ma décision, mais merci de ton inquiétude. Une fois que j’aurai quitté l’armure, laisse-moi deux heures et après annonce mon échec au capitaine.
— Zach…


La protestation s’évanouit avec l’ouverture de l’exosquelette. L’ancien réfugié verrouilla son arme dans l’étui pour qu’il soit impossible de l’en retirer et cacha l’armure. Ensuite, il se glissa souplement hors du bâtiment et se fondit dans la nuit pour commencer son inspection des abords du camp.

***

— FILET DEUX pour OPÉRATEUR.
— OPÉRATEUR, à l’écoute.
— BLEU en mouvement autour du camp, mais hors de son exosquelette.
— Intéressant… c’est inattendu.
— Directives.
— Statu quo.
— FILET DEUX, capté.


***

Zacharias n’hésitait pas à se coller contre les murs, passer dans les endroits vaseux et au final, à se salir. Si jamais on le voyait, il devait pouvoir se faire passer pour un Varoc qui rôdait dans les bois et donc ne pas avoir l’air totalement immaculé. Sans être un grand acteur, il avait passé sa vie dans les camps et n’avait été adopté par Tadryon que depuis peu, alors il serait aisé de se faire passer pour un des ‘sauvages’ de Varosha. Il pouvait aussi jouer la carte de la haine envers les hautains ‘civilisés’ qui les prenait de haut. Il pourrait très certainement réussir à se sortir d’une situation si elle en venait à être problématique, il n’en avait pas le moindre doute. La seule chose qui lui tournait dans la tête était le délai qu’il avait avant qu’il ne cause son propre échec s’il n’avait pas su bien prendre en considération le temps dont il avait besoin. Il n’avait pas le temps de prendre son temps par contre, car le chargement d’arme était bien arrivé à destination et bientôt toutes les pistes seraient froides. Ayant observé de son point d’observation avant de se lancer dans la gueule du loup, il savait que des réfugiés patrouillaient dans le périmètre et qu’il devrait prendre sa fenêtre d’action dès qu’elle serait disponible. Rapidement, il remarqua une zone du camp présentant de multiples ouvertures par où s’infiltrer sur place et pratiquement désert. Il ne pouvait se permettre de tomber sur quelqu’un. De loin, on pourrait le considérer comme un réfugié du camp, mais de proche, il serait démasqué comme un intrus puisque les gens vivant dans un camp avaient tendance à être tissés serré. Dès qu’il fut certain qu’aucune sentinelle n’était en approche, il se faufila furtivement à l’intérieur de la limite du camp et fut satisfait de voir que l’éclairage était rudimentaire, ce qui lui faciliterait la vie.

Sans un bruit, il se glissa dans les ombres et les endroits couverts à la recherche de sa cible, la caisse d’armes. Suivant son instinct et les divers signes qu’il captait des environs, il finit par localiser l’endroit où la caisse se trouvait. Il s’agissait d’un bâtiment de l’ancien monde qui avait plus ou moins résisté au temps et à la vie qui continuait son cours. On pouvait y capter une assemblée à l’intérieur et, considérant le peu de réfugiés présent dans le camp, il était sans le moindre doute état de l’armement fraîchement arrivé. Aussi vite que son cerveau savait le faire, le Tadryen en devenir analysa la situation et comprit qu’il ne pourrait approcher de l’entrée et que de se poster a une fenêtre allait inévitablement le faire prendre puisque les gens mandater pour surveiller l’endroit jetait un coup d’œil tout autour du bâtiment de temps à autre. Gardant son sang-froid, l’infiltrateur repéra un vieil accès de ventilation qui ne fonctionnait plus depuis des lustres. En concentrant son regard sur l’endroit, il put voir que la grille tordue et déchirée ne bloquait plus le passage et que les palmes du ventilateur ne tournaient plus non plus. Attendant que les guetteurs aient fini un nouveau regard, il s’élança comme un chat vers l’accès de ventilation et s’y glissa sans un son pour se plaquer au sol et se coller à un muret environnant qui le cachait au regard de ceux qui pouvaient être à l’intérieur. Maintenant, il devait seulement espérer de pouvoir obtenir son information rapidement pour revenir auprès d’Eva avant qu’elle n’envoie un signal au capitaine responsable de l’opération. Patiemment, il écouta la conversation des diverses personnes présentes sur place, soit le livreur de la caisse et les receveurs, jusqu’à tomber sur l’information voulue avec soulagement.


- Mon patron voudrait savoir ce que vous désirez faire de ses armes.
- Je les achète, j’en fais ce que j’en veux.
- Si c’est pour s’en prendre à Tadryon, mon patron sera mécontent puisque cela le placera en danger et nuira à son commerce.
- Réponds-lui qu’il ne sera pas en sécurité s’il cesse de nous vendre ce que nous demandons.
- Une menace?
- Une promesse.
- Vous négociez bien mal vous les sauvages.
- Tu penses vermines de petit soldat de plomb léchant les bottes d’aristocrate complètement désintéressé de ton sort? Je peux te dire ceci, Aleck perdra toutes ses cargaisons qui se promènent dans Varosha s’il cesse son commerce avec nous.
- Qui est-ce …
- Ne perds pas ton temps, je me suis renseigné. J’ai des amis moi aussi et même s’il utilise une vermine sans ambition comme toi pour masquer son identité, il n’est pas intouchable. C’est quand même amusant qu’un passeur, un de ces gardiens de Tadryon devant veillé à sa sécurité, se soit fâché à ce point en étant renvoyé à l’Académie pour devenir marchand. Maintenant, son amertume le pousse à trahir Tadryon pour son propre profit et il veut me faire la morale?
- C’est…
- C’est incroyable qu’un sauvage comme moi sache comment trouver cette information? Peut-être, mais sache que les réfugiés admis à Tadryon gardent une loyauté envers les leurs anciens confrères. Maintenant, retourne voir Aleck à son magasin du Râtelier Azuré et dis-lui que j’ai encore besoin d’armes.


Parfait, il avait tout ce qu’il lui fallait pour dénicher le responsable des envois d’armes et il n’aurait même pas à intercepter le coursier comme il l’avait d’abord pensé nécessaire. S’il partait avant le départ de l’intermédiaire du trafiquant, il aurait moins de chance d’être repéré par la masse retournant à leur domicile. Il ferma donc les yeux en espérant ne pas se faire prendre par les guetteurs et il se glissa de nouveau hors de l’immeuble pour quitter en silence l’endroit et sortir du camp. Heureusement, les guetteurs avaient le regard ailleurs quand il sortit par l’accès de ventilation et il put quitter sans encombre jusqu’aux limites du camp. S’orientant le plus précisément possible, il retourna à l’endroit même où il était entré dans le camp et jeta un regard dans les environs pour s’assurer qu’aucune sentinelle n’était dans les parages. La clameur provenant du camp lui fit comprendre que les gens retournaient chez eux et qu’il ne devait pas trainer. Quand il fut certain que la voie était libre, il s’élança souplement dans la nuit pour reprendre la direction de son point d’observation de plus tôt. Alors qu’il avançait vers son objectif, un bruit attira son attention à sa gauche. Pendant un moment, il crut entendre le bruit d’un des prédateurs qui avait attaqué la colonne de ravitaillement de Tadryon lors de leur campagne et la sueur se mit à perler de son front. Fouillant les environs à une vitesse folle des yeux, son cœur se mit à se déchainer dans son torse et la panique le gagna un moment. Quand une forme quadrupède passa dans son champ de vision, il ne put faire autrement que fuir et il entreprit un sprint mettant en action toute son énergie pour retourner à son point d’observation et s’y cacher dans l’espoir d’être en sécurité.

- J’ai pas halluciné ses bruits toujours.
- J’ai entendu moi aussi, mais on ne sait jamais ce qui peut rôder par ici, on devrait rester près du camp.
- Si une bestiole se pointe, faut savoir c’est laquelle.
- Regarde! Là!


Zacharias entendit des coups de feu, prouvant que des armes se rendaient bien au camp depuis déjà un certain temps. Une chance qu’il n’était pas tombé face à ses hommes, sinon il n’aurait pas fait le poids sans armes. Serrant les dents et les poings pour lutter contre sa terreur et garder le silence, il fit un effort énorme pour calmer sa respiration et ne pas se faire détecter de sa cachette.

- On dirait qu’une bestiole à décider de tenter sa chance sur nous. Maintenant qu’elle est morte, on va pouvoir reposer sur nos deux oreilles.

Quand les deux sentinelles furent retournées à leur ronde, Zacharias prit lentement le temps d’évaluer les environs et de finir de se calmer. Ayant appuyé sur l’interface de son exosquelette pour aviser Eva de son retour, il avait la certitude qu’elle ne préviendrait pas le capitaine et qu’elle attendrait son départ patiemment. Quand il se sentit prêt, il retourna dans son armure et retira le verrou qui coinçait son arme dans l’étui. Sans demander son reste, il quitta les lieux et demanda à Eva de lui transmettre une route pour retourner à Tadryon. Quand un homme en exosquelette surgit devant lui plus loin, il sortit son arme de l’étui d’instinct pour être prêt à se défendre au besoin. « Qui est le trafiquant? » C’était la voix de l’homme qui l’avait nargué quand il avait récupéré son équipement. « Aleck, vendeur au Râtelier Azuré. » Le silence qui suivit lui fit comprendre que les autres membres de l’équipe se parlaient entre eux. Après un moment, l’homme qui lui faisait face lui fit signe de poursuivre son chemin et Zacharias obéit, retournant à Tadryon aussi discrètement que possible.

***

- FILET DEUX à OPÉRATEUR.
- OPÉRATEUR à l’écoute.
- BLEU vient de déguerpir comme un enfant affolé pour retourner à son exosquelette, passer à un cheveu d’être surpris par les sentinelles que le bruit à rameuter.
- A-t-il été découvert?
- Négatif, une bestiole a tenté de s’en prendre aux sentinelles qui l’ont abattu avec des armes tadryennes.
- […]
- BLEU quitte son poste d’observation et semble retourner vers Tadryon.
- FILET DEUX, intercepter le et assurez-vous qu’il a l’information que nous désirons.
- […]
- FILET DEUX pour OPÉRATEUR.
- Allez-y
- Aleck au Râtelier Azuré.
- Laissez-le rentré, nous ferons les vérifications et espérons pour lui que c’est viable. GROUPE FILET, retour à la salle de conférence.


Debriefing


Assis dans la salle de conférence, Zacharias attendait patiemment. Était-ce un autre test de le faire poireauter ici sans nouvelles? Au fond de lui, il savait qu’il pourrait endurer ce genre d’attente encore longtemps. Tout arrivait à point à celui qui savait attendre, le futur tadryen l’avait compris depuis longtemps. Il avait tout de même hâte de savoir le résultat de cette mission pour le tester et de pouvoir retourner prendre un peu de repos dans ses quartiers à l’Académie. La porte s’ouvrit, attirant immédiatement l’attention de l’académicien qui braqua son regard dans cette direction. Il reconnut le capitaine qui lui avait fait son briefing de mission et le salua immédiatement. Quand son supérieur lui fit signe de se rasseoir, il obéit en silence et laissa le groupe terminé d’entrer. Il y avait les deux soldats qui l’avaient accompagné jusqu’au briefing et quatre nouveaux. Au total, quatre hommes et deux femmes prenaient place derrière le capitaine. C’était très certainement le groupe qui avait eu la tâche de paramétrer ses performances en vue de l’accepter ou non dans l’armée. Le ton froid et autoritaire du capitaine laissa un doute dans l’esprit de l’académicien quant à sa réussite qu’il se garda bien de montrer.

- Comment as-tu obtenu cette information?
- Un des responsables au sein du camp en a parlé avec l’intermédiaire. La réaction de l’intermédiaire quand il a entendu le nom était la confirmation nécessaire pour savoir que ce n’était pas du bluff.
- Et tu n’as pas désiré mettre la main au collet de l’intermédiaire?
- Il devait retourner normalement à son employeur pour ne pas lui mettre la puce à l’oreille.
- Quant à l’abandon de ton exosquelette derrière pour infiltrer le camp, c’était complètement irréfléchi.
- Capitaine, quand on veut obtenir des résultats que les méthodes en place ne réussissent pas à saisir, on doit prendre un nouveau chemin.
- Et si tu avais fait face à un danger sans protection?
- J’ai gardé la vie pendant vingt-cinq ans dans Varosha sans armure assistée, capitaine. Je crois que ce passé me donne un atout des plus avantageux pour interagir avec l’environnement varoc et par moment ce lien privilégié avec ce mode de vie demande de faire des choix qui peuvent sembler audacieux.
- Conscrit, vous avez mené à bien votre mission. Nous avons fait une visite au Râtelier Azuré et fait la cueillette d’Aleck. L’information était bonne et nous sommes toujours en train de finaliser le dossier qui va mettre fin à son commerce illégal. Debout conscrit!


D’un mouvement, Zacharias se releva en repoussant sa chaise, droite et solide sur ses pieds. Sans tourner la tête quand le capitaine sortit de son champ de vision, il attendit face aux six soldats qui observaient la scène avec un professionnalisme impeccable.

« Les six soldats en face de vous sont de fiers représentants de ce que l’Armée peut offrir de mieux. Leur place au sein de l’escouade va de pair avec leur talent, leur dévotion et leur amour de Tadryon. Ces six soldats sous mes ordres composent l’escouade que l’on nomme ‘Les Légionnaires’. Cette escouade est maintenant la vôtre soldat. »

Zacharias sentit des mains se poser sur ses épaules et il n’eut pas besoin de regarder pour savoir qu’elles y plaçaient le nouveau grade qui était maintenant le sien.

« C’est un honneur capitaine! »

L’homme le contourna pour se placer devant lui, s’immobilisant devant lui pour plonger son regard dans celui de sa nouvelle recrue. Puis, il parcourut le nouveau soldat des pieds à la tête, menant sa première inspection de sa nouvelle acquisition pour son groupe de combat.

« Dès que tout sera officialisé, vous aurez vos quartiers dans la ville et vos affectations au sein de notre escouade. Je veux que votre première inspection dans nos rangs soit irréprochable, alors je vous conseille fortement de trouver du temps pour aller voir un confrère ou une consœur d’arme pour apprendre à mettre votre exosquelette en ordre et tout ce qu’il y a savoir. Si vous vous présentez comme aujourd’hui, ce sera très loin de l’acceptable. »

Zacharias avala sa salive et salua son supérieur d’un geste ferme et assuré.

« Également, d’ici à ce que j’aie terminé toute la paperasse pour vous faire votre place au sein de l’escouade, j’ai libéré votre horaire pour que vous alliez à la salle de tir de votre réveil à votre coucher. J’ai cru comprendre que le maniement des armes d’épaules ne vous était pas acquis, je ne peux tolérer une telle chose d’un de mes soldats. »

Zacharias acquiesça de la tête, conscient de la demande qui lui était faite. Il était pris parmi l’escouade et il avait son grade de soldat, mais il ne devrait pas se reposer sur ses lauriers pour autant. Son supérieur était clair, il ne se contenterait pas seulement de l’acceptable et il exigerait le maximum à tout le moins. À voir les six soldats qui lui faisaient face, il devrait en permanence se maintenir au sommet et ne jamais se permettre de se résigner au minimum. Mais, ça ne lui faisait pas peur. Loin de là. C’était le mode de vie qu’il aimait et il l’embrasserait sans aucun doute ni aucune hésitation.

« Disposez, soldat! »

Zacharias salua son officier et rompit les rangs comme on le lui avait enseigné à l’Académie. Sa nouvelle vie commençait, le début du parcours qu’il avait tant attendu et qu’il avait fait tant d’effort pour entreprendre. Il lui tardait d’aller au lit pour dormir et récupérer de sa journée, surtout que demain il devrait se lever tôt pour se rendre à la salle de tir et prendre ses marques, de manière à commencer le plus rapidement possible son apprentissage des armes d’épaules. Tout en marchant vers sa chambre, il s’autorisa un regard sur ses épaules, regardant pendant un moment le chevron témoignant de son grade sur chacune d’elle.

(5 575 mots)

Dysnomie

Revenir en haut Aller en bas
http://dysnomie.forumactif.com/t298-zacharias-deost-tadryon
 
Un trafiquant chute, un soldat s'élève
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Dysnomie :: La Ville Azurée :: Varosha-
Sauter vers: