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 Blanc comme neige, rouge comme le fer [Mission ft. Noé]

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Fran Superbia
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Message(#) Sujet: Blanc comme neige, rouge comme le fer [Mission ft. Noé] Ven 1 Déc - 18:56

Inventaire:
 

Elle ne sait pas si l'odeur de cendres colle à ses narines ou aux parois de l'Alcôve. France n'a pas un nez sensible, mais la trompette nacrée qui se courbe au milieu de son visage pas -mais alors, du tout!- le fumet de mort carbonisée qui traîne dans l'antre du Spectre.
C'est comme s'ils voulaient empêcher à tous d'oublier... ou plutôt, de passer au-delà de leur révolte. Puéril, mais efficace.
Le Phantasme, ou plutôt la Voix, enfin, le forgeron chez qui la rouquine travaille quand elle n'essaie pas de réduire la population mondiale a offert, en remerciement à l'aide apporter pour subjuguer les flammes de la révolte -cette pensée lui arrache un rire bref et son lit de rictus amer-, une hallebarde à la rouquine. Une arme presque aussi grande qu'elle, étonnamment lourde pour sa finesse. L'essayer fut épuisant. Au bout de quelques jours et d'une myriade de bleus, la simulacre commence à s'habituer à son nouveau jouet. Sœur Enoch n'a absolument aucune pitié, de quoi plaindre les quelques fous -et folles!- qui vont volontairement lui demander de leur botter le derrière.
Au milieu des sempiternelles et envahissantes pensées de France, la voix de Samuel n'est qu'un lointain bruit beaucoup trop grave pour sa gueule d'ange filiforme. Ça, et l'alcool n'aide pas.
«-Et c'est pour ça qu'il ne faut jamais lancer de chope sur un Acellu en pleine parade nuptiale! Le regard espiègle du jeune homme n'aide pas, mais alors pas DU TOUT à effacer la moue d'incompréhension qu'arbore Frannie. Ni le rire léger qu'émet le blondinet.-Vraiment, tu n'écoutes jamais si tu n'as pas d'arme dans les mains... Ah, oui. La taverne. Le verre avec Samuel et quelques autres simulacres adeptes de la bagarre. France ne s'amuse pas vraiment, mais c'est toujours mieux qu'aller à la forge. Et puis, ça peut toujours faire des relations, sait-on jamais!
-Ahaha, laisse-la tranquille, Sam! Tout le monde finit par zapper tes histoires, elles sont trop longues! Et voilà Maria. Cette femme dévore le blondinet des yeux. Malgré elle, cela agace France. Tous autour de cette table sont trop jeunes pour être aussi sérieux dans leurs sentiments envers un autre...
-Tu vois, je ne suis pas la seule à le faire! Juste, je ne m'en cache pas.» La table s'esclaffe. Apparemment, le ton direct de la fille Superbia est du goût de ces jeunes gens.

Quelques heures -et beaucoup de chopes plus tard, l'assemblée se quitte. Demain, certains travaillent, d'autres ont des missions. C'est le cas de la rousse. Fran accueille son lit avec délice. Demain, l'expédition part au coucher du soleil. Une caravane à attaquer. Malgré son excitation, la jeune mégalomane s'endort vite, et heureusement. Deux de ses dernières sorties furent des bains de sang, et il est de bon goût d'en revenir en vie, pour monter en grade.

Le lendemain, France passe la journée à s'occuper de son équipement. Elle reste toute la matinée à la forge. Les étincelles, le son clair du métal que l'on aiguise, le tempo sourd et entêtant de l'acier pliant sous la force du marteau, les vibrations de l'enclume qui semblent s'étendre à l'infini... Ces sons aident la jeune femme à se concentrer. Elle équilibre ses armes, sens leur tranchant, s'assure de leur maniement et fait en sorte qu'ils se glissent le plus naturellement possible dans ses mains. Le fil de la hallebarde est aiguisé, les couteaux de lancer sont légers et prêts à fendre l'air. Des rations de survie, une outre en peau remplie d'eau claire et potable. Toujours pas d'armure, on fera sans, cette fois-ci encore.
La rouquine enfile ses habits les plus chauds. Ces derniers temps, et malgré le brasier qu'a été il y a peu l'Alcôve, la jeune et ambitieuse simulacre a l'impression que le froid s'immisce entre les parois de la montagne. Même la roche chauffée paraît gelée. Ajoutez à ça le sentiment de guerre interne à venir et les relents tenaces de cendres.
Vraiment, un havre de paix!

C'est l'air maussade et fermé, triste et concentré, que Frannie arrive un peu avant le coucher du soleil devant l'eau calme de la place forte. Comme d'habitude, dans l'activité déclinante du soir, cette grande salle adopte les mêmes grimaces tendues que les combattant qui s'y rassemblent pour planifier leur bataille à venir. La simulacre s'assit sur un rocher, en marge du groupe, et écoute. C'est le seul moment où toute l'attention de France est dédiée à la discussion. Ici et maintenant, est expliqué au groupe d'intervention comment et pourquoi ils vont jouer leur vie à pile ou face.
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Message(#) Sujet: Re: Blanc comme neige, rouge comme le fer [Mission ft. Noé] Sam 2 Déc - 10:08


Inventaire de mission : Une épée droite et un stylet de manche.

Noé changea de position pour la énième fois dans son fauteuil. Elle avait voulu faire une petite sieste, mais avait si peu dormi à cause du stress qu'elle craignait que sa soirée n'en soit gâchée. C'était sa première sortie à l’extérieur. Sa première mission. Elle bouillonnait d'impatience. Le matin même, elle avait astiqué ses lames sur conseil de la maître d'armes qui avait validé sa participation en personne, puis préparé sa tenue la plus souple et résistante à la fois et avait demandé à Sophia de lui préparer un en-cas consistant. Ne tenant plus, elle quitta son siège d'un bond et descendit, vêtue d'une simple chemise de nuit en coton, s'enquérir de l'avancement de la préparation du dîner. Un simple coup d’œil par la fenêtre et l'absence de la grande rousse suffirent à lui signifier qu'il était trop tôt.

La blanche aurait voulu se réfugier auprès de Jonah, lui dire combien elle était pressée et stressée en même temps. Mais depuis sa déclaration, elle avait tout fait pour l’éviter. Si la demoiselle se rendait chez lui maintenant, qu'en penserait il ? L'envie de prendre son arme de bois pour s'entraîner et évacuer la tension était attirante, mais il valait mieux économiser ses forces pour la sortie à venir.

Noé se remémora les explications de Sérah. Ils devaient attaquer un convoi de plusieurs véhicules appartenant à des nomades. Ceux-ci ne devraient normalement pas être nombreux, d'où le fait qu'ils envoient des jeunes plus ou moins inexpérimentés pour mener l'assaut. Le but était de ramener les pièces de technologie qu'ils possédaient. Quand la demoiselle avait haussé les épaules en se vantant de l'absence de difficulté d'une telle mission, la femme l'avait sermonné durant une heure avant de lui faire travailler les attaques et parades de bases jusqu'à ce qu'elle tombe d'épuisement. Elle avait bien insisté sur le point suivant : il ne fallait jamais sous-estimer ses ennemis, avant de lui rappeler la façon dont elle avait perdu contre Gamaliel à l'entraînement.

Ce souvenir l'irrita et elle décida de se préparer elle-même de quoi se sustenter. Une simple omelette, quelques restes de viandes et quelques fruits. Noé laissa deux pommes en évidence sur la table et remonta pour se changer. Un pantalon de cuir charbonneux renforcé au niveau des genoux et de l'arrière surmonté d'un haut souple marron, manches longues et suffisamment serré pour ne pas flotter. L'intérieur étant doublé de laine, il permettrait de maintenir la chaleur corporelle, un plus pour la fraîcheur des steppes. Elle chaussa ses bottes et s’emmitoufla dans une cape puis elle redescendit, attrapa ses lames dans l'armurerie, sa besace à l'entrée, y fourra les deux pommes et quitta la demeure.

Le point de rendez-vous était à la place-forte, et elle y serait avant l'heure prévue. Il lui faudrait donc attendre, ce qui, au vu de sa patience limitée, semblait une mauvaise idée. Peut-être qu'en faisant un détour par la maison de Jonah... Non, il valait mieux qu'elle reste centrée. La blanche se promit néanmoins de s'y rendre dès qu'elle serait rentrée. Elle ne pouvait laisser cette brèche entre eux s'élargir plus longtemps. Finalement, c'est en traînant les pieds qu'elle parvint pile à temps dans l'espace où l'onde s'étendait, paisible. Quand tout le monde fut présent, le chef du groupe leur expliqua en détail la mission qu'ils allaient entreprendre. Noé en avait des frissons. Elle se pencha vers la fille à sa droite, elles devaient avoir à peu près le même âge, et lui demanda à voix basse :

♦️ Toi aussi c'est ta première mission ?

Ses joues rosies par l'excitation lui donnaient l'air d'une enfant devant un nouveau jouet. Un peu plus et elle sautillait sur place. D'autres des jeunes présents étaient plus lugubres, enfoncé dans un silence pesant comme s'ils se préparaient à mourir. La nuance entre son excitation et leur calme était flagrante, presque inquiétante. La blanche caressa une mèche de ses cheveux, gênée. Elle s'adressait rarement à d'autres personnes que Sophia et Jonah et ne savait comment poursuivre la conversation au cas où la rousse ne lui répondrait pas.

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Fran Superbia
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Message(#) Sujet: Re: Blanc comme neige, rouge comme le fer [Mission ft. Noé] Sam 2 Déc - 11:07

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Au fur et à mesure que les explications sur la mission sont faites, la tension monte. Le clapotis de l'eau au milieu de la place forte n'arrange pas grand chose. France observe le fluide s'agiter. Même les vaguelettes qui s'écrasent contre les racines noueuses de l'arbre géant au milieu du lac ont l'air lugubres et résignées. Pourtant, la jeune femme est contente de sortir. Vraiment, et ce malgré les mauvais souvenirs que les Steppes lui ont laissés ces dernier temps, l'extérieur ne manque jamais d'exercer son fantastique pouvoir sur la rousse. Lors du briefing, somme toute classique, une phrase happe l'attention de Fran.
«-Les Steppes sont depuis plusieurs jours balayées par des tempêtes de neige. Ces tempêtes ne sont pas très violentes, mais la neige est toujours aussi dangereuse. Il ne devrait pas fortement neiger pendant la mission, mais ne vous éloignez pas trop du groupe. Personne ne veut être séparé des autres quand Mère Nature s'agite. Compris?»

Le groupe acquiesce. Ceux qui ont déjà vécu des chutes de neige violentes -dont Fran fait partie- retiennent un soupir collectif. Certains sont extatiques à l'annonce des Steppes d'Elysium les attendant emmitouflées dans leur robe blanche. Certes, c'est beau. Magnifique. A couper le souffle, en réalité. Mais cette neige... Cette neige carnivore, qui commence par imbiber vos vêtements, puis gratte, doucement mais sûrement, votre peau, attaque la chair, affaiblit, fatigue, diminue. La neige est un poison. L'un des plus beaux, certes, mais un poison quand même.

Une somptueuse calamité.

Ce blanc pur, accueillant, innocent à première vue, vient tout à coup sortir la rouge de ses pensées. A sa gauche, deux pierres turquoises lancent vers France des reflets vert océan. Cette vision du grand bleu se détache avec entrain du cadre albâtre qui l'accompagne. Qui? Où? Une noble? Je n'en connais aucun... Pourtant...

Alors qu'elle fouille sa mémoire, la simulacre s'emploie à répondre. C'est le minimum de la politesse, que diable!
«-Non, c'est ma troisième. Doit-elle compter sa participation à la guerre entre Tadryens et Fils d'Ohibaan comme une mission? Peut-elle seulement en parler ouvertement? -J'ai fait toutes mes missions dans les Steppes d'Elysium, cela dit.»

La jeune femme aux cheveux blancs a l'air enthousiaste. Son visage, malgré une balafre difficile à rater, dégage une candeur enfantine. Pourtant, elles doivent avoir le même âge. Mais où a-t-elle déjà vu cette donzelle?! France, qui essaie toujours de ne pas juger les gens au premier regard, ne peut s'empêcher de l'imaginer acharnée, d'une détermination rare à son âge -comme aux autres, d'ailleurs. Bah! Continuons la discussion. Le silence pesant du début d'une expédition sape constamment le moral à la rouquine, de toutes façons.

Pendant que le groupe se met en branle, et juste avant d'arriver à la sortie de la chaleureuse caverne, Fran se retourne vers la simulacre à la crinière d'argent.
«-Un conseil: couvre toutes les parties de ton corps qui peuvent l'être. Alliant le geste à la parole, France enfile sa capuche, d'où ses cheveux raccourcis ne dépassent plus désormais -quel délice de ne pas avoir la tresse qui gèle! Et couvre le bas de son visage d'un foulard déchiré, où les traces de sang tenaces et les décolorations dues aux pluies acides forment un motif lugubre mais chatoyant.»

Une fois dehors, le vent -et le froid- attaque. En contrebas, les nuages bas, chargés de neige fine, se lovent contre les flancs de la montagne. Frannie soupire à l'idée de les traverser. C'est une expérience inexplicable, comme changer de Monde, que de traverser un nuage. S'ils sont légers, on se sent comme dans la brume à la fois la plus fine et la plus épaisse qui soit. Mais quand ils sont lourds... Des souvenirs d'enfer blanc reviennent à la rousse, tapis loin dans son enfance au pieds de Tadryon.

Les discussions n'ont plus leur place ici, pas tant qu'ils ne seront pas au pied du mont Harân, en tous cas. Les capes claquent, fouettées par les vents. A chacun de leurs soubresauts pénibles, les habits se déchargent d'une fine couche de neige. Et cette dernière ne manque pas une si belle occasion de revenir s'installer confortablement.
Tant d'abnégation... La nature ne se laisse jamais abattre, on dirait!

Quelques minutes plus tard, le groupe d'intervention est sorti des nuages, et domine maintenant la pente douce qui descend jusqu'aux étendues immaculées des Steppes, scintillantes dans la lumière grise de l'astre diurne. Malgré le froid, l'agacement, ses cils couverts de cristaux blancs; malgré l'anticipation, excitée et apeurée d'une expédition, Fran ne peut s'empêcher d'arrêter de déneiger ses frusques, lève les yeux, et contemple.


Quod natura pulchrum est
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Message(#) Sujet: Re: Blanc comme neige, rouge comme le fer [Mission ft. Noé] Sam 2 Déc - 22:40


Inventaire de mission : Une épée droite et un stylet de manche.

Heureusement pour elle, la jeune femme ne l'ignora pas. Au contraire, elle lui offrit une réponse tout à fait satisfaisante et rassurante pour la nouvelle recrue qu'était Noé. La blanche apprit donc que c'était sa troisième sortie et qu'elle connaissait bien le terrain. Voilà qui ferait une partenaire parfaite ! Il ne restait qu'à la coller et à bien observer ses gestes et son attitude pour prendre de bons réflexes. Les instructions enfin distribuées, la demoiselle fit le point sur tout ce qui avait été dit et comprit enfin l'insistance de Sophia quant aux gants et à l'écharpe épaisse qu'elle l'avait convaincu d'emmener.

Alors que les plus motivés prenaient place derrière le chef et partaient d'un pas volontaire, Noé resta aux côtés de la rousse. Celle-ci lui conseillant de se couvrir, c'est ce qu'elle fit immédiatement en lui emboîtant le pas. Elle ne savait si elle devait continuer la discussion ou non. Quels sujets devait-elle aborder ? Fallait-il lui demander comment elle sentait cette mission ? Y avait-il un protocole à suivre dans ce genre de cas ? Gênée, la blanche préféra se réfugier dans le silence.

Après un long cheminement dans l'obscurité, la lumière soudaine de l'extérieur l'aveugla. Ses pupilles mirent quelques secondes à s'adapter, puis à comprendre que toute cette blancheur était due au ciel lourd dont les nuages emplis de neige attendait le bon moment pour déverser leur poison. Noé enfonça son nez dans son écharpe. La laine était douce et elle y sentait toute l'attention que l'ami de sa mère y avait mise. Une part de ses pensées voguait entre elle et cette femme. La rousse avait protégé le secret de Nérée si longtemps, et pourtant, elle l'avait aimé comme sa propre fille. À aucun moment elle ne s'était excusé de sa trahison. Sophia avait juste continué de l'aimer inconditionnellement.

Le froid griffait son visage et elle dut coincer ses cheveux dans sa cape pour pouvoir plus facilement distinguer où elle mettait les pieds. La blanche craignait de glisser ou de trébucher à chaque fois qu'elle avançait, elle prenait donc un soin tout particulier à observer devant elle. Le paysage se dévoilait à sa minuscule personne, vaste et majestueux. Si plat finalement, c'était comme regarder le ciel lourd de nuages s'étendre sur des milliers de kilomètres, infinis. L'opalescent du paysage la rendait aveugle, sourde, et muette à la fois. Pourtant, elle parvint à souffler quelques mots :

♦️ C'est magnifique...

Noé n’ignorait pas que derrière la beauté de ce paysage se cachaient nombre de dangers tous plus létales les uns que les autres. Étrangement, la demoiselle ne ressentait aucune peur, seulement une fascination sans limite. Son cœur battait vite et elle en oublia le froid qui mordait ses joues. La poudreuse que le vent apportait se collait à sa cape en plaques qui alourdissaient sa démarche. À de nombreuses reprises, elle dut se secouer pour l'en dégager, afin de reprendre ses grands pas motivés par la soif de découverte. Alors qu'elle trébuchait sur un monticule, découvrant des pétales chatoyants sous la couche immaculé, Noé se pencha. Un regard désapprobateur du blond qui la suivait l'empêcha toutefois d'enlever ses gants pour les dégager. Il lui expliqua à mi-voix :

- Je n'y toucherais pas si j'étais toi. Ne perds pas le rythme, tu vas geler sur place.

Se redressant rapidement, la blanche se replaça derrière la rousse après avoir remercié le jeune homme d'un signe de tête et tenta d'ouvrir le dialogue à nouveau, souriante :

♦️ Je m'appelle Noé, et toi ? Je ne t'ai jamais croisé dans l'alcôve !


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Fran Superbia
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Message(#) Sujet: Re: Blanc comme neige, rouge comme le fer [Mission ft. Noé] Dim 10 Déc - 12:24


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Le picotement d'abord lointain, puis bien présent du froid ramène la rêveuse sur Terre. Ses lèvres sont encore plus pâle que d'habitude, même abritées derrière le tissu chaud. Malgré les gants épais en cuir fourré qu'elle porte, la simulacre sent ses doigts perdre de leur vigueur. Tout le corps de la belle restitue à l'air mordant des Steppes la chaleur de l'Alcôve.
France se remet en marche. Il le faut. Pour mener à bien sa mission, pour ne pas être à la traîne -sa hallebarde la prédispose à être devant- et pour ne pas geler sur place, aussi. La jeune femme cendrée reprend la conversation. Frannie n'aime pas trop parler en mission. Les embuscades qu'elle a déjà subi lui ont appris à ne pas se déconcentrer. Pourtant, discuter réchauffe.
«-France, enchantée! Tu peux m'appeler Fran. Je ne crois pas qu'on se connaisse, pourtant ton visage -ta crinière argentée, surtout- me dit quelque chose... Tu ne travaillerais pas dans les forges, par hasard?
Vraiment, où a-t-elle vu cette femme, ce visage plein d'entrain, toujours prêt à travailler dur, malgré les coups, les bleus, et la fougue de Sérah... Sérah!
-Je sais! Tu t'entraînes souvent avec Sérah, la maîtresse d'armes, non? Un sourire en coin, caché par l'écharpe se dessine sur le visage de France à mesure que ses souvenirs se précisent. Et sans relâche, qui plus est!»

C'est elle, c'est sûr. Et elle se nomme donc Noé... France se souvient même l'avoir prise pour un des membres de la famille de Sérah, tellement elle les voyait souvent ensemble. C'est rassurant! Même si c'est sa première mission, la blanche a donc de solides bases en combat!
Le groupe d'intervention continue son avancée dans le désert de neige qui s'offre à eux. Le vent fouette leurs visages réfugiés dans le tissu, et soulève une poudreuse fine du sommet de chaque petit relief ou aspérité du paysage. La neige vient se coller aux habits, aux visages, aux armes, sur les baudriers... La mission est censée durer deux jours et deux nuits. Les rations de combat ne vont pas être agréables à manger par ce froid. Et surtout, les armes vont être très difficiles à manier...

La nuit tombe, et les combattants décident de bivouaquer. Il est indispensable de faire un feu, quitte à être repérable à des lieues. Le froid tuerait quiconque tente de le défier simplement avec des fourrures. Assis en cercle autour du brasier crépitant, les Spectres se détendent. Toujours leur arme près d'eux, ils n'en sont pas moins sereins, et bien vite les discussions et plaisanteries s'enchaînent à voix basse.
Fran est assise à coté de Noé. Les disciples de Sérah sont rares, encore plus parmi ceux qui ne font pas encore partie des Essences. Entre deux bouchées de viande séchée, la rousse laisse libre court à sa curiosité.
«-Dis-moi, comment es-tu devenue une disciple de sœur Sérah? Même les Essences redoutent ses séances d'entraînement! Et pour tout te dire, je les comprend!»

Le repas continue ainsi, rapprochant les gens autour du feu dansant, figeant par la même des liens que le fer mettra bientôt à l'épreuve. L'espace d'une nuit, les cœurs transis de froid oublient la poigne omniprésente de la mort, et s'endorment dans les fourrures, les corps tendus et l'esprit se préparant à la bataille à venir.
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Message(#) Sujet: Re: Blanc comme neige, rouge comme le fer [Mission ft. Noé] Mar 19 Déc - 22:05


Inventaire de mission : Une épée droite et un stylet de manche.


La jeune femme ne l'ignora pas, heureusement pour elle ! Lui répondant, elle lui apprit son nom avant de confirmer qu'elles ne s'étaient jamais adressées la parole auparavant. Lorsque Fran lui demanda si elle avait déjà travaillé dans les forges, la blanche rougit et grimaça, sans avoir toutefois le temps de répondre puisque sa nouvelle camarade venait d’enchaîner, mettant le doigt sur ce qui la titillait. Noé pouffa et confirma avec amusement :

♦️ C'est vrai, malgré tous mes efforts Sérah fini toujours par me mettre au tapis. Mais j'apprend beaucoup avec elle, c'est une chance immense qu'elle m'accorde autant de temps.

Elle ne put s'empêcher de se demander si la maître d'armes n'allait pas la remplacer en son absence. Ses leçons avaient beau être dure, implacable et décourageantes par moment, elle ne souhaitait y renoncer pour rien au monde. Le froid les obligea à garder le silence durant le rester de leur avancée. Le vent les repoussait, les obligeant à forcer sur leurs muscles pour avancer. Noé sentait la fatigue poindre, faisant trembler ses jambes, et par moment, l'envie de s'arrêter la brûlait. La demoiselle avait toutefois compris plus tôt que cette idée était de la pure folie et que chacun de leurs gestes leur offraient un semblant de chaleur. Il fallait donc continuer, sans relâche, jusqu'à ce que l'ordre de s'interrompre soit donné.

La jeune femme avait l'esprit ailleurs et elle buta plusieurs fois sur de petits monticules de neige qu'elle n'avait pas vu. Elle songeait à son lit moelleux, à la délicieuse odeur qui s’échappait de la cuisine... Ici, son odorat était anesthésié par le gel. De toute façon, il n'y avait sans doute rien à sentir, par la moindre fragrance à humer, dans cette immensité immaculée. Le meneur de leur groupe leur fit soudainement signe de s'arrêter et la blanche faillit percuter Fran, s'arrêtant à un centimètre d'elle, surprise. Le blond qui l'avait abordé plus tôt lui envoya sans détour avant d'aller aider à allumer le feu :

- Reste concentrée, tu veux ?

Piqué au vif, Noé gonfla ses joues comme une enfant avant d'aller aider comme elle pouvait, distribuant des fourrures à ceux qui s'asseyaient autour du feu. Elle finit par aller s'asseoir elle même, à la droite de Fran, qui mordait à pleine dent dans de la viande séchée. Cette dernière ne donnait pas très envie à la jeune femme, mais il n'était pas question de se faire remarquer en faisant la fine bouche. Attrapant plusieurs lamelles que lui tendait son voisin, elle en mastiqua la première avec une moue dégoûtée. C'était caoutchouteux et peu savoureux, mais il fallait faire avec. La blanche fut soulagée d'abandonner son plat pour répondre à la curiosité de sa camarade, gênée :

♦️ Et bien... Il se trouve qu'avant je m'entraînais très souvent seule, en cachette. Puis une fois, Sérah m'a surprise et m'a corrigé. Ensuite... Je crois que je lui ai couru après pendant plusieurs mois en lui demandant de m'en apprendre plus. Elle a fini par en avoir marre et m'a prévenue que ses leçons seraient épuisantes et qu'elle ne tolérerait pas la plus petite absence ou la moindre marque évidente d'abandon.

Plongeant son regard dans le feu, Noé se souvint des premières leçons, de la torture pure et dure. Mais elle n'avait rien lâché et tellement progressé, elle n'avait aucune raison de rougir de la façon dont elle avait obtenu ce privilège. Il fut décidé que trois groupes de rondes seraient formés et se relaieraient durant la nuit. Le blond insista pour se mettre avec elle, soit disant pour empêcher la tête en l'air qu'elle était de s'endormir, et Noé s'imposa à Fran. Un grand brun, tout en muscle, mais muet comme une carpe s'ajouta à eux avant qu'on ne leur attribue le deuxième tour. La demoiselle eut un peu de mal à monter la tente, mais lorsque ce fut fait, elle fut contente de se blottir dans sa peau, tout habillée, à peu près protégée du vent qui continuait de souffler, gémissant en s'engouffrant par de minuscules interstices de la toile.

Lorsqu'on vint les réveiller, sans la moindre délicatesse, Noé eut du mal à quitter le monde des rêves, se frottant les yeux. On lui mit un godet de café dans les mains et on la poussa à l'extérieur de la tente. Baillant, elle se tourna vers Fran et lui fit signe avant de s'approcher du feu qui peinait à résister aux rafales. Le blond arriva, se permettait de mettre un bras autour des épaules des deux jeunes femmes en avançant, taquin :

- Et voilà, il ne reste que nous trois...

Il s'interrompit en remarquant le brun qui les observait, blasé, et ajouta, soupirant :

- Et lui.

Puis il revint à son attitude de bout en train et leur lança en reprenant une pause plus neutre, face aux demoiselles :

- Moi, c'est Nicolas, Nico ça suffit. Tâchons de faire du bon boulot ensemble.

L'ours se présenta en grognant, à peine un mot :

- Ron.

La nuit s'annonçait longue, Noé passait son temps à se frotter les mains pour les réchauffer à travers les moufles. L'air pénétrait ses vêtements et elle craignait tant de s'endormir qu'elle se mit à faire les cent pas, angoissée. Elle n'y voyait pas grand chose au-delà des tentes.

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Fran Superbia
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Message(#) Sujet: Re: Blanc comme neige, rouge comme le fer [Mission ft. Noé] Mer 20 Déc - 20:50

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France, ponctuant son repas d'une grande lampée d'eau, ne peut réprimer un léger sourire amusé en voyant la moue qui s'installe sur le visage de Noé. Non, ce n'est pas bon, loin de là, même. La viande séchée, déjà loin d'être délicieuse, semble libérer tout son manque d'arômes et sa texture presque impossible à mâcher sous l'effet du froid. La blanche s'empresse de lui répondre, et quelque part, cela ne surprend pas la rouquine.
Sœur Sérah n'est pas du genre à accepter facilement des disciples. France se souvient avec tendresse -et douleur- des longues après-midis qu'elle a passé à se faire rétamer à répétition, tout cela pour avoir le droit d'apprendre son art des armes. C'est d'ailleurs la danse macabre et impénétrable de sa faux qui a amené France à choisir une hallebarde. Les dires de Noé confirment donc son acharnement et le caractère... rigide, disons, de la maîtresse d'armes.

Lovée dans des fourrures, bercée par le sifflement lugubre mais familier du vent qui s'immisce entre les mailles de la toile, Fran rêve. Elle voit les champs de bataille, elle voit la forêt d'Hanaamu, elle voit les arbres se tordre et bruisser sous l'effet des combats. L'odeur de la fumée qui monte des corps calcinés des évolués -la rousse a toujours mis un point d'honneur à ne pas les qualifier de mutants. Les marques circulaires, d'abord rouges du feu des lasers puis noires à mesure que la chaleur quitte les points d'impact et le corps de leurs victimes dessinent des constellations fatales sur les exos des bleus inconscients de l'infiltration qui gangrène leurs rangs. Le picotement des pluies acides qui s'immiscent peu à peu sous les plaques d'armures. Les flots déchaînés emportant protégés d'Ohibaan comme des Capes Écarlates alors qu'elle se replie avant de compromettre sa couverture par excès de zèle.

Une main lui touche l'épaule. France ouvre les yeux, et dans le même mouvement se met en position de bondir et empoigne un de ses couteaux de lancer. Une fois le réflexe passé, la rousse s'excuse et accepte volontiers la tasse de liquide chaud qu'on lui tend. La simulacre n'a jamais eu trop de mal à se réveiller pour la relève. Mais quand elle rêve, sortir de sa torpeur rappelle à son corps l'environnement hostile où il se trouve. Une réaction saine, quoiqu'un peu excessive. Fran se lève et suit sa co-disciple en dehors de la tente, alors que d'autres prennent leurs places pour un repos mérité et nécessaire.

Un blondinet vient poser ses bras autour des épaules des deux simulacres. France le toise d'un regard en coin, n'essayant même pas de cacher sa désapprobation d'une telle -et soudaine- proximité avec un inconnu. Enfin! Il faut bien apprendre à se connaître pour se confier nos vies...
La rousse termine son café d'une traite et pousse un râle bruyant en claquant de la langue. Voilà un jeune homme à la carrure de meuble en bois massif -le quatrième larron de leur ronde- qui s'approche.
«-Nous voilà donc quatre! Je suis France, Fran suffira. Enchantée.»
Les quatre jeunes gens s'assoient autour du feu qui se couche sur les bûches, balayé par le vent. Le vent se lève? Le temps devait pourtant être calme...

Soudain, et alors que la garde montée en silence s'anime de quelques menues discussions, souvent lancées par Nico, toujours finies par le ton froid et concentré de la rouquine, Noé se lève et fait le tour du foyer en agitant tous les muscles qu'elle est capable d'agiter. La neige commence à tomber dru, et si cela n'a rien d'une tempête, la visibilité est loin d'être optimale. Les nuages ont même le toupet de cacher la lune, pourtant pleine, de leurs corps sombres et ouateux.
Parmi les sons divers et variés, le crépitement des flammes, les cymbales vibrantes caractéristiques des flocons tentant de maîtriser le feu, le craquement pressé et régulier des pas de la blanche, la respiration calme et contenue de Ron, le souffle désespéré de Nico qui tente de ramener la chaleur dans ses doigts gelés, France entend un bruit. Il n'est pas distinct, ni bien lointain. Ce pourrait n'être qu'une toile de tente qui claque, ou un Spectre se retournant dans les fourrures, faisant crisser la poudreuse.
Pourtant, ce son, régulier, très doux, semble feutré. Quoi que fasse ce bruit, il essaie bien trop de le masquer.
D'un bond, la rousse se relève, empoignant vivement sa hallebarde. France tique. Le campement est bien trop groupé pour que son arme d'hast exploite tout son potentiel. En plus, elle n'a jamais combattu dans la neige. La rouquine s'approche à pas feutrés du bord du campement, sondant de toute sa concentration les profondeurs grises de la nuit enneigée. La jeune femme fait signe à ses compagnons de se faire discrets, et pousse un sifflement vaguement animal.
Le but n'est pas de faire un quelconque signe de reconnaissance. Le groupe d'intervention n'en a pas, c'est un moyen bête de se faire remarquer, à moins de vouloir lancer une attaque simultanée.
Une saccade de sifflements aigus et courts lui répond.
On a mordu à l'hameçon, hein?
La rouquine écarte un peu plus les jambes, se met en appui sur ses genoux, prête à bondir, et lance, de tous ses poumons, pour réveiller le camp entier:
«-Ne vous approchez pas plus du camp! On veut juste passer la nuit ici et partir! Nous avons perdu la caravane de vue dans la tempête!»
Les Spectres s'éveillent. Dans les tentes, les lames sont tirées silencieusement, les fourrures sont posées sur le sol et la toile est entrouverte, pour pouvoir profiter autant que possible de l'effet de surprise. Frannie n'entend pas le camp se mettre en position de combat, toute son attention tendue vers l’émetteur -ou émettrice- du sifflement.

Une forme entre dans la ligne de lumière qui délimite le campement. D'une voix frêle et apeurée, elle répliquent.
«-On ne vous veut pas de mal! Nous sommes de marchands, et nous nous sommes égarés dans la tempête, nous aussi. Pouvez-vous nous aider?» Un sourire méfiant se trace sur le visage d'une jeune femme enroulée dans des habits chauds, se tenant les côtes dans l'espoir de se réchauffer.
France se relève, toisant la personne qui lui fait face d'un œil méfiant. Elle est seule, et le fourreau d'un cimeterre dépasse de son manteau, au niveau des chevilles. Elle a un fusil laser qui pend de son épaule gauche -un Djinn. Elle a dit nous?!

Un claquement sec derrière France confirme ses doutes. Ron grogne bruyamment, puis pousse un hurlement bestial, de celui qui annonce une bataille ardue et sale. Si tant est qu'il existe des combats propres et faciles.
La rousse ne se retourne même pas. Elle pare difficilement une attaque portée par la jeune femme au cimeterre avec le manche de sa hallebarde. C'est une embuscade. Et ils ne savent même pas à qui ils ont affaire, ou combien ils sont. France doit porter la poisse, c'est la troisième en trois mois.
Les toiles de tente se font déchirer par le feu des lasers, dont la cadence indique au moins deux tireurs. Les craquements de pas dans la neige se multiplient soudain, annonçant plus d'adversaires que les oreilles seules de Frannie ne peuvent compter. La rouquine pivote, brisant la garde de son ennemie, et lui assène un balayage de la lame de son arme en sautant en arrière. La nomade saute, puis plonge en avant.

Mauvaise idée.
La lame courbée s'arrête trente bons centimètres devant le visage de France, qui pose un genoux à terre à cause de cette satanée poudreuse. La nomade, elle, regarde bêtement la lame complexe de la hallebarde d'où une fleur écarlate progresse sur ses habits. La simulacre se relève en poussant de toutes ses forces, puis fait pivoter la lame. Le tissu craque, accompagné par les son humide des chairs qui se déchirent.
La nomade tombe au sol, dans un lit de poudreuse rose, puis rouge à mesure qu'elle fond dans son sang.
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Message(#) Sujet: Re: Blanc comme neige, rouge comme le fer [Mission ft. Noé] Jeu 18 Jan - 12:50

La bataille fait rage, mais surtout, elle s'éternise. Cela profite aux Spectres. L'effet de surprise passe, les rangs se resserrent. La difficulté vient des tireurs embusqués. Cachés par la tempête, ils se font une joie d'arroser tout ce qui bouge dans la lumière du feu. France se bat dos à Ron. Elle repousse les plus farouches de la pointe de sa hallebarde, et ceux qui passent goûtent la hache lourde du jeune homme. Ce dernier traîne la jambe. Ses mouvements deviennent plus lents, moins précis, à mesure que le temps passe. Sa blessure au flanc droit ne semble pas vouloir se refermer. Pourtant, à chacun des regards interrogateurs de la rousse, il répond par un sourire affaibli mais déterminé.
Il va mourir cette nuit, même s'il survit à la bataille...

Noé, elle, enchaîne les bottes et les coups d'estocs aux côtés de Nico. Les deux simulacres lancent des mouvements gracieux et agiles, malgré la neige, le froid, les cris et la mort. C'est une danse parfaitement exécutée, tous comme ceux qui tombent, victimes de ses arabesques funèbres. Seulement, les deux -ou plus- tireurs cachés par l'ombre d'une nuit sans lune s'en donnent toujours autant à cœur joie. Et il fallait qu'à un moment où un autre, un simulacre reçoive un trait incandescent qui met fin à ses jours.
La blanche tranche le flanc d'un énième nomade, alors que le combat commençait à tourner en faveur des Spectres. Juste avant que Nicolas puisse lui asséner un coup fatal, poussant un hurlement, témoin vocal d'une rage libérée, son organe se tait. Brutalement, dans le claquement court, sec, qui semble être plus fort que tous les autres sons sur le champ de bataille, alors qu'il est loin du volume d'un coup de feu de l'ancien temps, le visage du jeune homme roussit, se désarticule, puis éclate. Le blond tombe au sol, raide, alors que ce qui reste de son occiput se répand doucement par terre, faisant crépiter la neige en la rougissant. Quelques spasmes sont tout ce qui témoignent que ce corps fut un temps vivant.
Le tireur, quelques pas devant sa cible, est figé. Son fusil tremble entre ses mains, et un faciès horrifié tord les traits fin d'un jeune homme qui n'a jamais vu la mort de si près. Avant que quiconque puisse réagir, Ron se jette sur lui, un râle puissant quittant ses poumons en même temps que l'air condensé qu'ils contiennent. Le craquement poisseux de la hache qui pénètre la cage thoracique. Le son étouffé des deux corps qui tombent dans la neige. Ron se relève difficilement, peine à sortir la hache du poitrail désormais concave du fusiller. Au milieu de cette scène de mort brutale et insensible, une voix transperce les cris et les sons du fer qui travaille.

«Éteignez-moi ce PUTAIN de feu de camp!»
Sans un regard pour leur compagnon défiguré, Noé et France se jettent sur le foyer, le noyant sous la poudreuse. Instantanément, l'obscurité se répand dans un crépitement humide sur le camp.
Le temps que ses yeux s'habituent à la lumière, France lance un couteau vers le deuxième tireur, que ses traits bleu électrique trahissent comme un phare au milieu du brouillard. Elle entend un juron étouffé. Elle a touché, mais pas tué. La rousse se précipite en zigzaguant vers le félon, mais s’interrompt. Elle n'entend plus rien. Un gargouillis chaud, le son d'un corps qui tombe. La mélodie discordante des membres inférieurs qui s'agitent dans la poudre glacée. La respiration désespérée d'un condamné à mort se noyant dans son propre sang. Soudain apparaît le chef du groupe d'intervention. Sa faux de combat goutte encore du fluide vital frais de ses victimes.
Dans la faible lumière lunaire qui parvient à percer nuages et neige tombante, les Spectres comptent leurs pertes. Nicolas, trois autres hommes et femmes abattus par les fusils. France a une légère coupure au bras gauche, reste de la bataille au corps à corps qu'elle a mené. Noé, elle, n'est pas blessée, malgré le sang carbonisé de Nico qui couvre ses habits et sa chevelure. Alors que le compte des survivants est fini, la rouquine trébuche sur une hache de combat.
A côté, le corps de Ron est déjà froid.

Quelques centaines de mètres plus loin, couvert d'une neige commençant déjà à devenir glace, un chariot de vivres et quelques caisses de munitions azurées se cachent au bout de traces déjà rendues à peine visibles par la neige. Le groupe pousse un soupir collectif, soudain assailli par l'idée d'un ennemi qui se savait suivi. Depuis le début. Les Spectres se regroupent, pansent leurs blessures pendant que le ciel se dégage. Les corps des défunts crépitent, noircissent et partent en fumée sous la lumière crue de la lune, qui brille fort, comme si elle exultait de ne plus être masquée par les sombres nuages de la tempête.
La neige décolore les habits, attaque le fer, brûle la peau. Pourtant, le groupe reste immobile. Silencieusement, les rouges donnent un dernier hommage à leurs camarades morts pendant la bataille.

Le groupe d'intervention rentre la nuit suivante à l'Alcôve. Entendant la nouvelle, proches et supérieurs apparaissent dans les couloirs à mesure que les combattants se dirigent vers le cercle pour faire un rapport. France a une furieuse envie de fermer les yeux, de se bouches les oreilles, de hurler sa rage, à chaque regard éploré d'une femme, d'un père, d'un fils, qui ne trouvent des membres de leurs familles partis au combat, qu'une arme, un pendentif, un paquetage familier. Vraiment, que la nature est belle.

Pas la nature humaine.
955
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Blanc comme neige, rouge comme le fer [Mission ft. Noé]
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