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 Un ticket pour le paradis [ft. Zacharias Deost]

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Mona Waste
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Message(#) Sujet: Un ticket pour le paradis [ft. Zacharias Deost] Sam 2 Déc - 13:09




Un ticket pour le paradis


Inventaire de Mona:
 
Inventaire de Carley:
 

- Et pourquoi est-ce qu'ils continuent de pousser, derrière?! Ce n'est pas comme si on pouvait aller beaucoup plus loin...

Mona lança un sourire entendu à l'agriculteur, qui ne cessait de geindre depuis son arrivée. Les bras écartés, il faisait son possible pour ne pas se laisser doubler, et jurait sous son épaisse moustache à la moindre occasion.

- Tu exagère, Horton! répliqua-t-elle, tout en défendant sa propre place. Ce n'est pas plus agité que d'habitude...!

- Je n'ai plus l'âge de jouer les épouvantails devant les Portes, souffla le vieil homme entre ses dents jaunies. J'ai l'impression de faire ça depuis que je suis gosse, comme mon père avant moi, et son père avant lui. La prochaine fois, j'envoie mon fils.

Une certaine lassitude s'éprit de la ferrailleuse. Elle partageait ce sentiment d'impuissance perpétuelle. Tadryon était l’idylle de tous les Varocs, mais ses murs étaient plus imperméables que du cuir de bégua. Les rares chanceux qui obtenaient l'asile étaient sélectionnés au compte-goutte, à partir de critères connus des bureaucrates Tadryens seuls. A l'occasion, certains Passeurs se laissaient convaincre ou graisser la patte, mais pour la majorité des réfugiés, il n'y avait rien d'autre à faire qu'attendre et espérer. Une longue attente, souvent sur plusieurs générations, qui n'aboutissait pas toujours.

- A propos, comment va Carla? reprit Horton, tirant Mona de ses songes. Il parait que la petite a encore fait des siennes?

- Carley, corrigea la brune en soufflant des naseaux. Rien de bien grave, des histoires de gosses. L'aîné des Stilton s'est montré un peu trop entreprenant avec elle.

- Elle lui a vraiment arraché l'oreille?

Mona éclata subitement de rire, sous le regard à la fois amusé et horrifié du paysan.

- Oh, pitié, ne fais pas cette tête! Le gamin peut s'estimer heureux, il y a bien d'autres choses à arracher chez un homme!

- Tout de même, imagine si elle venait à être acceptée à l'intérieur des murs... Elle ne ferait pas long feu en mordant les nobliaux de l'Académie.

- Je sais, oui... fit la mère, perdant légèrement son sourire. Mais je ne peux pas la forcer à se conduire comme si elle était déjà admise. Tu sais comment elle peut être, parfois...

- Pourquoi est-ce que vous ne viendriez pas dîner ce soir? fit l'agriculteur, en passant sa main dans sa barbe d'un air pensif. Je pourrais lui proposer de venir travailler à la ferme un jour sur deux. Il n'y a rien mieux que d'épandre du fumier pour prendre du recul sur la vie...!

La femme afficha un air reconnaissant, et tapota l'épaule du vieil homme amicalement.

- Avec plaisir, Horton, répondit-elle d'un ton affectueux. Au moins, elle sera peut-être trop fatiguée pour se plaindre en rentrant le soir.

- D'ailleurs, quand on parle du lupus... marmonna le fermier en plissant les yeux. Ce ne serait pas ta gamine, là-bas...?

***


- Ralentissez un peu, je n'arrive pas à vous suivre!

- La ferme Carley, magne-toi plutôt!

- Fermez-la toutes les deux, on y est presque!

Carley fit de son mieux pour se frayer un chemin dans la foule compacte, derrière le frère et la sœur Pidgrin. Les deux têtes blondes avaient le pas léger et rapide, à tel point que même la jeune Waste avait manqué de les perdre à plusieurs reprises. Lorsqu'ils s'immobilisèrent enfin, elle en profita pour souffler.

Lorsque l'adolescente leva les yeux, elle fut prise d'un léger vertige. Replaçant ses mèches brunes sous son beret, elle observa la scène avec admiration. Devant eux se dressaient les gigantesques portes de Tadryon, truffées de miradors et de postes de gardes. Tous les trois eurent un moment de silence, contemplant la barrière qui les séparait d'une vie meilleure. Carley jeta un œil vers ses deux compagnons: le frère comme la sœur avaient des étoiles dans les yeux.

- Ca marchera jamais, votre truc, protesta-t-elle. On va tous se faire descendre!

- Tu vas te dégonfler? accusa Bertram, le plus âgé du lot. Je te dis que ça va marcher, j'ai un ami de mon cousin qui est passé comme ça. Il a même pu revenir!

- C'est des conneries! insista l'adolescente, les poings fermés. Vous voyez pas tout le monde qu'il y a?! On sera repérés en moins de deux!

- C'est ça le truc, pauvre tâche! s'incrusta la jeune Selma d'une voix réprobatrice. Les passeurs ont déjà toute une foule à surveiller. On passe la barrière, on avance en marchant comme si on avait rien à se reprocher, et dès que les choses commencent à chauffer, on se met à courir!

- Et après?! siffla la brune en se cognant la tempe des phallanges. Je pensais qu'il y avait sept foutues portes à traverser! Et chacune doit avoir son propre comité d'accueil!

- Meuf, t'as pas intérêt à tout faire foirer maintenant, fit Bertram, son regard inquisiteur vissé dans le sien. La vraie question, elle est là: est-ce que tu veux passer ta vie à troquer des ordures contre un bout de pain, ou est-ce que tu veux tenter ta chance à Tadryon?

La jeune Waste eu un pincement à l'estomac. C'était un énorme pari à tenter, et elle savait que de nombreux Varocs mourraient stupidement en espérant pénétrer illégalement dans l'enceinte. Et d'un autre côté, les Pidgrin avaient raison: rien ne les attendait à Varosha, hormis une vie de misère comme celle de leurs parents. Si elle voulait changer les choses, et peut-être même aider sa mère fragilisée, elle devait prendre son destin en main.

- Ok, j'en su-

- CARLEY !!!

Les pupilles de l'adolescente se dilatèrent, en même temps que celle de ses deux comparses. Elle se retourna par réflexe, juste à temps pour voir l'imposante silhouette de sa mère fondre sur elle telle un prédateur sur sa proie. Ses deux mains noueuses se refermèrent sur ses épaules, la secouant comme un arbre à fruits.

- M'man, j'étais jus-

- Je te l'ai déjà dit, Carley, je ne veux pas que tu viennes ici! Et encore moins aussi près du point de contrôle!

Forte de sa poigne maternelle, Mona traîna sa fille vers l'arrière, non sans rencontrer une forte résistance. De son côté, Carley jetait des coups d’œil par dessus son épaule, à la recherche des deux têtes blondes qui s'étaient éclipsées.

- M'man, lâches-moi, je peux marcher! fit-t-elle, la stupéfaction laissant place à la honte et la colère.

- J'ai bien vu, gronda la mère, le visage dur. Je te laisse la boutique à gérer, et je te retrouve à jouer les équilibristes sur la frontière. Je commence à en avoir assez de te surveiller!

- Mais lâche-moi, merde!

D'un coup de poignet, Carley s'extirpa de son étreinte, créant un cercle silencieux dans la foule par son comportement. Le regard larmoyant et les joues rougies, elle semblait sur le point d'exploser.

- J'en ai marre de rester assise sur mon cul en te regardant courir après les Passeurs! hurla-t-elle, agitant ses mains devant le visage de sa mère pétrifiée. Ca fait seize ans que tu viens ici, seize ans, putain! Je vais pas faire la même connerie que toi, ou que tout le monde ici!

- Carley... murmura Mona sur un ton d'apaisement, qui n'eut pour effet que d'énerver encore plus la concernée.

- Carley elle t'emmerde! cria-t-elle à s'en briser la voix, les yeux désormais emplis de larmes.

Dépassant sa mère d'un pas décidé, l'adolescente tailla son chemin à travers la cohue, disparaissant parmi les silhouettes plus hautes qu'elle. Un brin de regret sur le visage, Mona l'observa s'éloigner un instant, avant de lui emboîter le pas.

- Carl-

Sa voix fut couverte par le tonnerre d'une détonation. La foule toute entière se tut brusquement. Mona, l'espace d'un instant, pu entrevoir deux silhouettes blondes en train de courir en direction des portes. Quelques badauds, souhaitant profiter de la diversion, tentèrent également leur chance, et les tirs se multiplièrent. Prise de court, la garde du mur se mit à faire feu aux pieds de la foule, touchant plusieurs malheureux dont les corps fumant heurtèrent le sol.

Les premiers cris s'élevèrent après la stupeur générale, et bien vite, la masse de réfugié se changea en une mêlée brutale et chaotique. Ceux qui, il y a une seconde encore, étaient des amis et des voisins, se marchaient littéralement dessus pour sauver leur peau. Dans un éclair de lucidité, Mona se retourna vers sa fille, qui semblait paralysée devant le spectacle qui s'offrait à elle. La ferrailleuse capta son regard, et toutes deux partagèrent une étincelle de crainte. Mona se mit à se frayer un chemin dans la cohue à coup d'épaule, tandis que la vague de violence atteignait l'adolescente.

- M'man... balbutia la jeune fille, qui commençait à lutter à contre-courant.

- Carley, viens vers moi!

- M'man...!

L'adolescente disparu dans la masse, faisant naître un sentiment de panique chez sa mère. Mona se débattit, ignorant les bousculades et les mauvais coups. Grâce à sa lourde carrure, la brune parvint à tenir debout, là où bien d'autres chutaient pour se faire piétiner. Derrière, les tirs se poursuivaient, accompagnés des râles d'agonie des inconscients qui avaient forcé le passage.

Le souffle court, Mona lutta, écarta, frappa même, cherchant des yeux l'éclat rouge des vêtements de sa fille. Alors que l'agitation était à son comble, un épais nuage de poussière s'était levé, ajoutant un nouvel obstacle à sa visibilité. La ferrailleuse senti son cœur battre à tout rompre, motivé par une terrible angoisse. Mais aucun signe de son enfant.

- CARLEEEY !!!

***


La jeune Waste suffoquait. La joue pressée contre la terre battue, elle sentait le genou de quelqu'un lui écraser la poitrine. Une semelle vint lui érafler le visage, lui arrachant un gémissement. Elle ne voyait rien autour d'elle qu'un océan de vêtements et de corps indistinct. Lorsque la pression sur son buste se retira, la brune fut prise d'une toux irrepressible. Carley tenta de s'agripper à ce qu'elle pouvait, mais les bousculades l'empêchèrent de se redresser. Perdant de nouveau l'équilibre, elle n'eut d'autre choix que de se rouler en boule, ses bras dressés comme seule protection.

Durant ce temps qui lui sembla durer une éternité, son esprit se referma sur lui-même. Il n'y avait plus rien, sinon l'odeur de la poussière, et le goût du sang sur ses lèvres.
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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: Un ticket pour le paradis [ft. Zacharias Deost] Lun 4 Déc - 22:53

Inventaire de Zacharias:
 

« On assiste les passeurs aujourd'hui. Une escouade de mastodontes est déjà déployée pour faire un écran devant la porte. Nous, on va faire le vrai travail risqué et aller dégager les éléments problématiques dans la foule. » La boutade du chef d'escouade fit rire ses subordonnés qui assistaient au briefing. « On ne sait pas pourquoi les réfugiés sont agités comme ça aujourd'hui, mais on ne peut pas se permettre de perdre le contrôle sur la foule, Tadryon a déjà assez d'ennuis comme ça. »

Les sept soldats hochèrent la tête pour signifier qu'ils avaient compris leurs ordres de mission et commencèrent à se préparer pour être fin prêts pour le déploiement. Le chef d'escouade jumela les soldats par deux, restant pour sa part avec le commandement pour assurer la logistique. Hatton serait posté seul sur le mur pour surveiller la foule avec la lunette de son fusil de précision. Les équipes pour aller dans la foule seraient Myna et Shanz, Jezol et Lekkie, ainsi que Dax et Zacharias. Pour bien s'imposer parmi la foule et pour leur sécurité, les infiltrateurs opéreraient en exosquelette. C'était moins discret, certes, mais les infiltrateurs étaient beaucoup plus à l'aise pour opérer dans la foule sans faire autant d'éclat que les mastodontes. Zacharias n'apporta que son P2-Nixe qu'il ne considérait même pas utiliser de toute façon. Le reste ne lui servirait à rien et ne ferait que l'encombrer et risquer d'être volé par un réfugié mal intentionné. Une fois tout en ordre, il rejoignit son coéquipier et leva doucement le pouce pour indiquer qu'il était prêt. Les trois duos passèrent rapidement dans la brèche que les mastodontes leur créèrent et s'immergèrent dans la foule.

***

— On a des réfugiés en approche.
— Intention?
— Semble vouloir tenter de franchir les mastodontes.
— Position et description.
— Approche par la foule par l'est. Des adolescents, blonds...


Le bruit caractéristique d'un tir d'arme laser.

— Bordel! Viseur, c'est toi?
— Négatif Lupus.
— Ça va partir en couille Lupus!
— Qui a tiré!
— Un mastodonte nerveux. Probablement un bleu qui s'est chié dessus.
— C'est pas le temps viseur.
— C'est chaud par ici!


De nouveaux tirs.

— Lupus, ils savent qu'on est là les muscles sans neurones?
— C'est pas le temps Mur, Lupus doit déjà gueuler sur le commandement.
— N'empêche que c'est vraiment merdique de leur part.
— Silence radio! Je m'attends à une escouade impeccable, alors arrêter de pleurer sur le canal-radio. Je tente de remettre les mastodontes à l'ordre. Pour les équipes terrains, regagner Tadryon et évacuer la foule par tous les moyens possibles.


***

Zacharias se redressa sur les coudes, analysant la situation. Dax et lui avaient tenté d'intercepter les inconscients qui pensaient pouvoir passer le mur de mastodonte. À quoi ces jeunes imbéciles avaient pensé? Dax était toujours dans la foule qui cédait maintenant à la panique, le corps de la jeune adolescente qu'il avait pris sur lui d'intercepté reposant au sol sans vie. Zacharias, lui, écrasait sous lui le corps de l'adolescent qui avait échappé au tir de justesse. Zacharias n'avait aucune idée si son exosquelette allait être une bonne protection contre les tirs des mastodontes, mais il ne devait certes pas traîner. En se plaçant sur les genoux, il releva l'adolescent qu'il avait plaqué au sol. « Écoute-moi bien espèce de crétin! Tu vas te faire tuer à faire des choses du genre. » D'un geste sec, il attrapa le menton de l'adolescent qui regardait le corps de sa compagne de larcin morte au sol. « Oublie là! Tu vas crever toi aussi sinon! » Avec fermeté, Zacharias poussa l'adolescent. « Allez, part! » Quand l'adolescent se retourna pour partir à la course avec la foule dos aux portes, il le saisit et le propulsa vers le côté. « Pas dos au tir crétin! Par là, allez! » Sans un regard pour les gens qui étaient au sol, Zacharias se releva pour se diriger vers Dax.

— T'as compris Moine, on dégage.
— Je veux pas rester ici moi non plus Invisible, on peut y aller.
— Ils sont de ces chiens galeux qui nous exécutent!


La voix furieuse qui avait crié ne présageait rien de bon. Regardant autour d'eux, les deux infiltrateurs remarquèrent qu'une partie de la foule avait pris place autour d'eux. Visiblement, les réfugiés étaient mécontents de la situation et ils avaient décidé de régler leur compte avec Tadryon au risque de recevoir des tirs des soldats défendant la porte. « Eva, verrouille mon P2 dans l'étui! » Il n'allait pas se laisser désarmer par des réfugiés en colère et se faire abattre par sa propre arme! Dax, à ses côtés, devenait de plus en plus tendu également. Alors que la foule hostile se rapprochait du duo, Zacharias fut pris d'un léger vertige. Des images de la dernière guerre contre les fils d'Ohibaan remontèrent à son esprit. Les cris, les pas, les sons... pendant un moment, il eut l'impression d'être dans la forêt en plein dans le chaos de la guerre qui avait précédé les tsunamis qui avaient avalé les deux camps sans distinction. Instinctivement, Zacharias serra les poings et les dents, il cligna des yeux et inspira pour calmer son coeur qui battait à toute allure. Avant même que le premier réfugié ait pu faire quoi que ce soit, le soldat abattit lourdement son poing sur son visage en intimant aux autres de reculer. L'effet escompté n'eut pas lieu pourtant et plusieurs désespérés se lancèrent sur le duo.

Refouler avec la masse doucement, le duo luttait au mieux pour s'extirper du courant. N'étant pas aussi doués que les mastodontes pour faire front, les deux infiltrateurs distribuaient les coups et manœuvraient pour rester sur leur pied et quitter la masse. Perdu dans le mélange d'adrénaline et de stress qui lui embrouillait les sens avec ses souvenirs du cataclysme dernier, Zacharias se montrait un féroce combattant qui mettait plus d'énergie à combattre les menaces qu'à chercher une issue. Jusqu'à ce que son pied bute contre quelqu'un et qu'il tombe au sol. Tournant la tête, il vit une jeune femme allongée au sol, à moitié piétiné et en bien mauvaise posture. L'espace d'une seconde, il vit le visage de sa soeur dans son esprit et il tourna sur lui-même pour aboutir à côté d'elle. L'enveloppant de son corps protégé par l'armure assistée, il se redressa en la tenant contre lui. Dax ne se fit pas attendre pour saisir son confrère et le remettre sur pied.
« On fonce et on sort de la foule. Si on dégage pas, on est mort! » Zacharias approuva d'un grognement et il se rapprocha de son confrère. À eux deux, les soldats forcèrent un passage dans la foule et s'extirpèrent enfin du flot paniqué.

Maintenant lointain, le bruit des tirs ne représentait plus de menace pour les deux soldats. Par contre, la colère des réfugiés ayant été attaqués par les Tadryens pouvait leur être tout aussi mortelle. Même en exosquelette, deux soldats bien entraînés ne pouvaient pas tenir tête à une horde de citoyens en colère et déterminée à leur faire la peau. Sans se faire prier, les deux hommes défoncèrent la porte d'un bâtiment en ruine de l'ancien monde et ils entrèrent à l'intérieur arme au poing pour faire figer toute menace qui voudrait leur bondir au visage. Un balayage visuel de la pièce confirma qu'elle était vide. Une fois près d'un mur, Zacharias déposa la jeune femme qu'il avait récupérée dans la foule sur le sol avec une certaine douceur. Posant un genou au sol, il ferma les yeux sous son casque et inspira profondément pour tenter de se reprendre. Il ne pouvait pas se laisser gagner par la panique et les images qu'il avait vécues dans la Forêt d'Hanaamu; il devait réussir à garder le contrôle et avoir la pleine maîtrise de lui-même. Alors qu'il était en pleine lutte intérieure, la main de Dax se posant sur son épaule le tira de ses pensées. À en juger par la tension qu'il sentait dans la main de son confrère, Zacharias se doutait que ce n'était pas pour le cajoler que Dax interrompait ses pensées. Par contre, cela lui permit aussi d'entendre le subtil bruit de pas approchant de la porte défoncée. Mu purement par l'instinct, Zacharias se retourna d'un mouvement et tendit le bras en pointant son P2-Nixe sur la porte, doigt sur la détente.


« Plus un geste! »
(1 386 mots)

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Mona Waste
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Message(#) Sujet: Re: Un ticket pour le paradis [ft. Zacharias Deost] Mar 5 Déc - 20:03




Un ticket pour le paradis


En un grognement sonore, Mona se débarrassa de l'homme qui venait de lui tomber dessus. Il devenait de plus en plus difficile de progresser dans ce troupeau, mais fort heureusement, les derniers fuyards allaient bientôt l'avoir dépassée. Où que soit sa fille, la brune priait pour qu'elle tienne bon. Elle appela encore, et encore. Entre la lutte dans la mêlée, la poussière qu'elle respirait et les cris qu'elle lançait, ses poumons commençaient sérieusement à lui faire défaut.

Un mauvais coup dans la colonne vertébrale la fit chavirer, et Mona se retrouva genoux à terre. Elle ignorait qui venait de lui asséner, ni s'il s'agissait d'un accident ou non. Ca n'était pas important. Dans l'immédiat, la ferrailleuse devait réussir à se relever au plus vite, chaque seconde pouvant être celle qui ôterait la vie à son adolescente. La première tentative fut infructueuse: la Waste put à peine se redresser que les mouvements de foule la plaquèrent de nouveau au sol. Cela eut au moins le mérite de lui faire remarquer à quel point elle était à bout de forces.

- Carl...

Cette fois-ci, ce fut une épaisse toux qui vint interrompre son appel. Mona avait un goût de terre et de sang dans la bouche, et ne se retint pas de cracher ce qui lui obstruait la gorge. Lorsqu'elle eut terminé, la réfugiée sentit l'agitation autour d'elle faiblir, et le brouhaha s'éloigner vers l'avant. Quelques jambes maladroites vinrent heurter ses flancs, mais peu à peu, les choses semblèrent se calmer. Son souffle repris, Mona posa un pied à terre, et se releva en grinçant des dents. Devant elle, le spectacle faisait peine à voir.

De nombreux habitants gisaient là, au milieu de divers vêtements et objets perdus. Certains se relevaient déjà, mais d'autres ne pouvaient que rouler légèrement sur eux-mêmes, poussant quelques gémissements de douleur. D'autres, encore, ne bougeaient plus d'un cil. Le visage marqué d'épuisement et le cœur serré d'angoisse, Mona chercha des yeux sa fille parmi les blessés, mais en vain. Était-elle encore dans la cohue, quelque part...?

Un détail attira néanmoins son attention. Dans la poussière, piétiné comme un vulgaire morceau de tissu, se trouvait un beret d'une couleur familière. Ce couvre-chef, Mona pouvait le reconnaître entre mille. Alors qu'elle s'apprêtait à le ramasser, une nouvelle détonation retentit à sa gauche. Cette fois, il ne s'agissait pas d'un coup de feu. Jetant un œil par réflexe, la brune entrevit deux hommes pénétrer dans un bâtiment condamné. Mais ce qui lui glaça le sang, c'est que l'un d'eux portait dans ses bras une petite silhouette vêtue de rouge...

***

Carley se sentit légère. Sans pouvoir l'expliquer, elle avait la sensation de flotter. Un parfum étrange l'envahissait, mêlant sueur et métal. En ouvrant les yeux, elle vit un homme portant un casque intégrale en contre-plongée. Tout lui semblait être comme un drôle de rêve, un rêve agité qui lui donnait le tournis. Le grand bruit qui survint juste à côté d'elle ne suffit même pas à la faire sursauter, tant tout lui semblait lointain.

La lumière environnante laissa soudain place à l'ombre, et la température chuta légèrement. Peu après, l'adolescente sentit de nouveau le sol sous elle. La jeune fille contempla la silhouette floue de l'homme masqué au-dessus d'elle, qui semblait l'observer en retour, en silence. Elle lui offrit un sourire navré, avant de se laisser de nouveau glisser vers l'inconscience...

***

Mona venait de débarquer à l'intérieur du bâtiment abandonné, où elle fut immédiatement accueillie par les deux hommes armés. A en juger par leur accoutrement sophistiqué, il s'agissait de soldats de Tadryon. La ferrailleuse sembla d'abord les ignorer, son attention étant accaparée par la vue de sa fille allongée sur le sol. Son sang sembla d'abord geler dans ses veines, avant qu'elle ne remarque que Carley respirait à un rythme paisible.

La mère poussa un soupir de soulagement, mais son regard se durcit presque aussitôt. Elle dévisagea les deux soldats d'un air sévère. Couplée à sa grande taille et à sa forte carrure, son attitude clairement défensive lui donnait des airs bovins. Elle ne connaissait pas ces hommes, et ils avaient emporté sa fille loin d'elle. Leurs intentions étaient peut-être louables, mais elle savait pertinemment ce qu'il arrivait aux jeunes femmes inconscientes qui se faisaient traîner dans des endroits sombres et isolés...

- Si vous touchez à un seul cheveux de ma fille, je vous enfonce votre arme à coup de talon dans l-...

- M'man...?

La femme s'interrompit. Ses airs menaçants disparurent. L'adolescente, que l'agitation avait partiellement ramené à la réalité, essayait tant bien que mal de se mettre en position assise. Oubliant les soldats de Tadryon, Mona se précipita vers son enfant, se laissant lourdement tomber à genoux à ses côtés pour l'enlacer.

- M'man, tu m'fais mal... gémit la plus jeune.

- Carley, j'ai cru t'avoir perdu... fit simplement sa mère, les yeux humides de larmes. Comment est-ce que tu te sens?

- Ca va, je crois, répondit la concernée, l'esprit encore confus et embrumé. Elle orienta son visage vers les deux hommes, et poursuivit. Je les ai vu se faire attaquer... je ne pouvais plus bouger, il m'a soulevée...

Ses paroles suivantes devinrent de plus en plus inaudibles, mais Mona en comprit l'essentiel. Tandis que la jeune fille s'enfonçait de nouveau dans le sommeil, la ferrailleuse déposa sur sa poitrine son beret poussiéreux, et embrassa son front tendrement. Elle l'observa un moment en silence, s'arrêtant sur chaque bleu, chaque ecchymose et chaque plaie. Son inquiétude laissa place à un sentiment de culpabilité.

- Merci, dit-elle simplement à destination des deux hommes de Tadryon derrière elle.

Un nouveau moment de silence pesant s'ensuivit.

- Des types qui tentent de franchir le mur, il y en a tous les jours, se mit-elle à raconter, d'un ton à la fois triste et sarcastique. Au début, je les voyais comme des cinglés, comme tout le monde. Puis, peu à peu, je me suis mise à les comprendre. Aujourd'hui, je commence à croire qu'un jour, ce sera mon cadavre à moitié grillé qu'il faudra ramasser devant les portes.

Mona ignorait pourquoi elle disait cela. Elle se retenait toujours de partager ses doutes avec ses proches, c'était donc peut-être le moment idéal de vider son sac. Elle avait besoin de parler, à n'importe qui, même à de parfaits inconnus.

- Je voudrais juste que ma fille grandisse en sécurité, poursuivit la femme, la voix chargée d'une certaine amertume. Là-dehors, on peut attendre des siècles et crever cent fois avant d'avoir une réponse. Moi, il ne me reste plus beaucoup de temps. Alors entre une chance sur un million et aucune chance du tout...

La brune souffla. Midi n'avait peut-être même pas encore sonné, et pourtant la journée était déjà bien trop riche en émotions. A l'extérieur, le calme semblait revenir peu à peu. Mona se redressa, et fit face aux hommes qui avaient évité à sa fille une mort certaine.

- Merci encore, répéta-t-elle, tendant une main maladroite en signe d'apaisement. Je n'ai rien à vous offrir, mais je n'oublierai pas.

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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: Un ticket pour le paradis [ft. Zacharias Deost] Mer 6 Déc - 14:14

Pendant une fraction de seconde, Zacharias resta immobile, son arme pointée sur la porte et la nouvelle arrivante, laissant le temps à l’information d’atteindre son cerveau avant de prendre la moindre décision. Dax, lui, tenait la crosse de sa propre arme de poing, prêt à réagir au besoin bien qu’il faisait toujours dos à la menace. Comprenant finalement le lien de parenté entre la fille et la mère, Zacharias remit son arme à l’étui et ne s’interposa pas plus entre les deux réfugiées. Après tout, si sa sœur ou son neveu avait été apporté à l’écart par deux soldats, il aurait également été le premier à se rendre sur place pour savoir ce qui arrivait. De toute façon, malgré sa carrure imposante, il était peu probable que cette femme d’âge mûr représente une réelle menace pour les deux hommes en exosquelette. Cependant, la partie n’était pas gagnée avec son collègue qui semblait toujours avoir des choses à mettre au clair avec lui. Souplement malgré l’armature de métal dans lequel il se trouvait, l’ancien réfugié s’écarta pour laisser la mère rejoindre sa fille quand celle-ci émergea brièvement de son inconscience. Pour le moment, rien ne servait d’empêcher ces retrouvailles et de toute façon, il n’y avait rien de plus dangereux que de se placer entre une mère et sa progéniture. Peu importe l’espèce et surtout chez l’humain en fait.

Il y avait un moment qu’il n’était pas allé voir sa famille d’ailleurs. Il avait fait le trajet quelques fois depuis son entrée dans Tadryon, mais il n’avait pas été en mesure d’y aller aussi souvent qu’il l’aurait voulu. Quand il allait dans sa famille, il y allait sans exosquelette et sans vêtements voyants, parce qu’il considérait que ce serait indécent d’apporter le style de vie de manière tape-à-l’œil dans les camps remplis de désespérés qui peinaient à survivre à leur quotidien. Pourtant, il n’avait jamais tenté d’intégrer Tadryon ni même chercher à atteindre cet objectif. Il avait réussi à mériter son Entrée de manière complètement désintéressée et il n’avait dit oui que dans l’espoir de pouvoir apporter une aide quelconque à sa famille par la suite. Il n’avait pas encore réussi à trouver une manière de retourner une aide viable à sa famille, mais il y travaillait encore. Il pouvait pourtant avoir l’esprit tranquille en sachant que jamais sa famille proche ne se trouverait dans ce genre de situation. Esteban avait inculqué à ses enfants un sens aigu de la survie, mais sans le besoin viscéral de rejoindre Tadryon. Si l’homme voulait reprendre ses droits, il devait le faire partout et pas seulement dans la protection de la Ville Azurée. Le paternel avait bien eu raison de se méfier de la chimère qu’était la promesse d’une vie meilleure dans l’enceinte, parce que l’illusion se brisait à coup sûr une fois ingérée par le mécanisme colossal qu’était la Ville Azurée.

Alors que la mère faisait l’inspection minutieuse de sa fille qui venait de sombrer de nouveau dans l’inconscience, Zacharias se retourna face à son collègue en se relevant. Avec des pas lourds, Dax s’approcha de lui et saisit son armature d’exosquelette à l’épaule pour plaquer la recrue contre un mur. Ne désirant pas régler la question devant les deux civils, Zacharias pianota rapidement sur son poignet pour couper les haut-parleurs externes de son armure et ainsi garder la conversation privée. Il ne voyait pas le regard de son confrère d’arme à cause de la visière de son casque, mais il se doutait bien qu’il n’était pas tendre et doux. Dax n’était pas connu pour avoir un tempérament facile, mais il n’avait pas non plus la réputation de s’attaquer aux autres quand il se fâchait. Zacharias n’avait pas peur et il ne se sentait pas menacé, mais il ne pouvait pas nier qu’en tant que recrue la situation lui était déplaisante. Se faire remettre à sa place par son confrère plus expérimenté et devant des civils n’avait rien de bien réconfortant. Pourtant, il avait toujours été un combattant et il n’allait pas se laisser dégonfler par la démonstration de frustration de Dax.


— Tu pensais à quoi dans la foule?
— Je tentais de nous trouver un passage.
— Tu voulais jouer des poings oui! On est des infiltrateurs, pas des mastodontes. Notre job c’est pas de se battre contre une ville entière.
— C’était le risque de plonger dans la foule.
— J’ai essayé de te parler, je ne sais même pas combien de fois! T’as jamais donné suite!
— J’ai… Je l’ai échappé. Pendant un moment, j’avais l’impression d’être de retour au cataclysme…
— Va te faire soigner alors, mais fait ce qu’il faut pour rester opérationnel pendant les missions.
— On est vivant OK! Je pense pas que le bilan de l’opération soit si moche!
— Et pourquoi tu chopes un colis au passage?
— Pourquoi quoi? La fille était au sol et se faisait piétiner à mort par la foule! Tu voulais que je la laisse là?
— C’est une Varoc, si les autres réfugiés la tue sans s’en préoccuper c’est leur problème. Ils n’ont pas d’avenir de toute façon, alors oui je voulais que tu la laisses là au lieu de risquer nos vies pour rien.
— J’étais Varoc avant.
— Plus maintenant.
— Je croyais qu’on ne laissait personne derrière.
— Personne de l’escouade. Écoute, t’es nouveau, on a tous été nouveaux. Tu penses que les grands héros reluisants existent et tu veux en être un, mais c’est pas ça la vie. Même Logan Soness a eu à faire des choses horribles.
— Si on ne tente pas de faire l’impossible, alors on ne peut jamais accomplir les choses à notre pleine capacité.


Un grognement irrité lui parvint des haut-parleurs de son casque et mit fin au débat. Après quelques secondes de joute visuelle, Dax ramena Zacharias vers lui et le poussa de nouveau sur le mur en grognant de nouveau. Il tourna talon pour quitter la pièce et aller faire son rapport seul dans une autre pièce. Zacharias se leva et s’avança vers son coéquipier pour tenter de l’apaiser. Dax se tourna et pointa un doigt accusateur sur lui.

« Toi, occupe-toi de ton colis et de l’invitée-surprise. Tu voulais en prendre charge, maintenant gère le tout. »

D’un geste de la main signifiant de disposer, Dax lui fit de nouveau dos et quitta la pièce. La situation devait être un brin hilarant vu de l’extérieur. Deux soldats en armure assistée qui s’obstinait sans le moindre son… il devait y avoir de quoi rire probablement. Après un soupir, Zacharias se retourna vers les deux civiles en haussant les épaules, plus pour lui que pour elles. D’un pas tranquille, il s’approcha du duo et retira son casque qu’il accrocha à l’attache à sa taille. Doucement, il posa un genou au sol pour ausculter visuellement l’adolescente qui était toujours dans le monde des rêves. Visiblement, elle n’avait pas été épargnée par la foule et elle garderait un souvenir de son expérience pendant un bon moment. Qu’est-ce qui pouvait pousser des gens à un tel niveau de désespoir qui justifiait ce genre de risque? Le soldat n’avait pas porté une énorme attention en quittant la foule, mais il était certain que des cadavres étaient présents devant les portes. Lui-même avait été réfugié et il n’avait jamais même envisagé de venir trainer près des portes. Les paroles de la mère étaient un triste témoignage de ce que les camps faisaient à l’âme de ceux qui y vivaient. C’était aussi un témoignage inquiétant, parce que l’issue qui y trônait était la mort.

« Je n’ai pas besoin de récompense ou de dédommagement pour ce que j’ai fait. J’ai vu le jour parmi les camps et je me plais à croire que j’ai su garder mes racines malgré le nouveau pot où l’on m’a transplanté. »

De toute façon, Zacharias n’avait jamais rien fait pour avoir une récompense. Il faisait ce qui devait être fait au moment opportun et c’était tout. Ces gestes étaient toujours guidés par le devoir moral strict et sans ambiguïté que son père lui avait inculquée. Zacharias n’était pas un grand sentimental, loin de là, il avait même une personnalité assez sombre et terre-à-terre. Pourtant, il n’aimait pas voir les gens souffrir ou être réduit à l’impuissance. L’adolescente inconsciente devant lui, lui rappelait étrangement sa propre sœur quand elle avait été agressée par le monstre qu’il avait balancé dans un lac acide par la suite.

« Vous allez mourir à trainer devant les portes. Et tout ça pour une chimère, une promesse en l’air pleine de prétention et de faux semblants. Vous avez une fille visiblement en santé et capable de mener son quotidien, je peux vous indiquer un camp et qui contacter pour tenter de vous intégrer parmi leur communauté. Ce sont des gens honnêtes et serviables pour la majorité, mais il ne faut pas avoir peur de faire le nécessaire pour apporter son aide à la communauté. La vie est déjà assez rude et dangereuse comme elle est, sans en plus aller se prendre des tirs comme des insectes hypnotisés par la lumière. »
(1 502 mots)
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Mona Waste
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Message(#) Sujet: Re: Un ticket pour le paradis [ft. Zacharias Deost] Jeu 21 Déc - 20:22




Un ticket pour le paradis


La ferrailleuse leva un sourcil, agréablement surprise par la réaction du soldat, qui venait de retirer son casque. La rumeur courrait que les fonctionnaires de Tadryon n'étaient pas spécialement bien payés, et qu'en résultat, ils ne rechignaient pas à empocher des récompenses ou des pots-de-vin pour étoffer leur salaire. Celui-ci avait-il d'avantage le sens du devoir que le sens des économies, en plus d'être un fort beau jeune homme?

- Un militaire avec des principes! fit Mona en souriant. J'ignore si cela signifie que vous irez très loin, ou que vous mourrez très vite. Quoi qu'il en soit, je suis heureuse que ma fille soit tombée sur vous.

Le jeune homme disait avoir grandi à Varosha. Elle l'observa un moment, se demandant si elle l'avait déjà rencontré par le passé. Ce n'était pas improbable, mais la ville fantôme étant aussi dense qu'étendue, c'était difficile à dire.

Le sourire de la Waste s'estompa cependant à mesure qu'il exposait son point de vue sur la situation. Selon lui, il était préférable pour elles d'apprendre à se contenter d'une vie à l'extérieur, plutôt que de nourrir l'espoir d'une vie meilleure entre les murs. Il alla jusqu'à lui proposer de se joindre à une communauté, qui avait peut-être été la sienne autrefois. Étrange réflexion pour un soldat...

- Tadryon est si terrible à supporter...? interrogea la réfugiée avec une mine circonspecte. C'est la première fois que j'entends un militaire parler de Tadryon comme d'une "chimère". Décidément, vous sortez du lot.

La Varoc croisa les bras, laissant s'échapper un soupir de découragement. Quelques secondes s'écoulèrent en silence, avant qu'elle ne reprenne:

- Ca fait plus de quarante ans que je vis dans cette cité en ruine. J'ai traversé plusieurs communautés, j'ai eu tous types de gagne-pain. Vous savez ce que ça m'a apporté aujourd'hui...? s'enquit-elle en écartant les bras, avant de les rabattre brusquement. Une boutique d'ordures, un alcoolisme, et un cancer. Sachant cela, quelque chose me dit que le fait de vivre comme une esclave à Tadryon, c'est toujours ça de gagné. Au moins, l'eau y est propre, l'air n'y est pas toxique, et les nalves ne vous courent pas sur le visage quand vous dormez.

La brune s'éloigna en direction d'une fenêtre condamnée, cherchant tant bien que mal à dissimuler son exaspération. Durant un instant, elle fit mine d'observer l'extérieur à travers les cassures. Elle était reconnaissante envers le sauveur de sa fille, mais son manque d'enthousiasme pour la Ville Azurée l'irritait. Des tas de réfugiés tueraient pour avoir sa place, et lui, il semblait décrire ça comme une sorte d'illusion qui n'en vaudrait pas la peine. Était-il déjà si écœuré de sa condition...?

- Ecoutez... finit-elle par reprendre avec une attitude plus apaisée. Tout ce que je voudrais, c'est que Carley puisse espérer mieux comme avenir que de fouiller dans les décharges comme sa mère, en priant pour ne pas mourir avant d'avoir quarante ans. Je n'en ai plus pour très longtemps, je ne veux pas qu'elle se retrouve seule... Comme vous dîtes, c'est une fille pleine de ressources. Sa place est à l'Académie, à apprendre et à étudier, à hésiter entre une carrière scientifique et une carrière commerciale... Elle mérite... mieux, que ce que Varosha peut offrir. Mieux que ce que je puisse offrir.

Mona marqua une nouvelle pause. Ses yeux étaient plongés dans ceux du soldat, comme pour donner du poids à ses paroles. C'était à l'homme qu'elle s'adressait désormais, et non plus au Tadryen.

- J'aimerais... vous demander une faveur, annonça la Varoc, la voix chargée d'appréhension. Je sais que vous dois déjà beaucoup, mais...

La femme ferma les yeux un instant. Son cœur commençait à battre comme un troupeau de Béguas enragé. C'était le moment ou jamais. Elle avait en face d'elle un représentant de Tadryon qui l'écoutait. Un homme qui avait connu l'enfer de la vie dans les ruines. Un soldat qui, après avoir sauvé son enfant sans y être obligé, sacrifiait de son précieux temps pour discuter avec elle, une réfugiée comme les autres. Elle le savait: elle n'aurait jamais deux fois une occasion comme celle-ci.

- Pourriez-vous pousser le dossier de ma fille...? Carley Waste, fille de Mona Waste, j'ai les références sur moi... pria Mona, qui parlait désormais sans interruption. J'ai des économies, s'il y a des frais supplémentaires je payerai, je fais aussi le serment de m'engager comme bénévole au service des Récupérateurs pour le restant de mes jours... juste, prenez-la, je ferai tout ce que Tadryon me demand-

- Mmh...

Le murmure de sa fille la coupa net dans son plaidoyer. La ferrailleuse se pencha sur la jeune Carley, qui semblait lutter pour reprendre définitivement ses esprits. Tout en passant lentement sa main dans sa chevelure pour la rassurer, elle leva un dernier regard sur le soldat. Elle avait abandonné son masque de femme fière et robuste. Désormais, il n'y avait plus que de la supplication dans ses yeux.

C'était sa décision à présent. Peut-être n'avait-il aucun pouvoir après tout. Peut-être avait-il déjà pris de gros risques pour sa carrière en sauvant Carley. Mais quoi qu'il en fût, Mona se devait de tenter sa chance...

- M'man, on peut rentrer...? grommela l'adolescente en se frottant les yeux.

- Bientôt, chérie... répondit la brune, reportant son attention sur elle.

876 mots



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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: Un ticket pour le paradis [ft. Zacharias Deost] Dim 31 Déc - 2:54

Il comprenait bien que son laïus pouvait être pris avec colère pour une réfugiée qui depuis sa plus tendre enfance entretenait une image aussi dorée de Tadryon. En plus qu’elle tentait d’y faire admettre sa fille. Il était vrai que la vie dans l’enceinte avait beaucoup d’avantages, mais on masquait aussi très bien les désavantages. Et puis, si la fille était admise et la mère non, il faudrait que les deux acceptent de vivre une séparation sans appel. Le problème, c’est que Zacharias n’était pas du tout doué avec les mots, les discours et les interactions interpersonnels; ce qui compliquait donc sa tentative de faire comprendre la dure réalité à cette mère apeurée de voir sa fille devoir vivre sa vie dans les camps. Sans compter le fait que Zacharias avait toujours été de ceux qui demandaient aux gens de prendre les responsabilités de leur choix. Le fait que de vivre dans les camps ait rendu la femme alcoolique et qu’elle avait un travail de misère était faux. La famille de Zacharias vivait encore dans les camps et ce n’était pas ni des gens alcooliques, ni des gens avec un travail de misère. Évidemment, il n’avait pas la ‘qualité de vie’ que Zacharias avait maintenant, mais tous les membres du camp mettaient du sien et aidait son prochain pour maintenir une communauté agréable et prospère. Doucement, le militaire baissa la tête et se perdit un moment dans ses pensées. Des sons, des visages, des odeurs… il pouvait pratiquement sentir la chaleur sur sa peau.

« Vous me trouvez ingrat n’est-ce pas? »

La voix de Zacharias était neutre et sans reproche. Comme toujours en fait. Sans être un robot, le soldat n’était pas non plus d’une grande expressivité. Son regard se leva brièvement, à la fois triste et désabusé, sans céder pour autant à un grand mélodrame. Zacharias lui-même ne savait pas quelle existence était la meilleure. Il s’ennuyait du camp où il avait passé les 24 premières années de sa vie, mais il n’était pas forcément prêt à abandonner Tadryon pour reprendre son ancienne vie. Son regard se perdit dans le vide, son cerveau tournant à une allure folle sans qu’il puisse placer de mots sur tout ce qui s’y déroulait.

« Des composantes anonymes d’une machine insatiable, dévorant les âmes sans jamais être repus. Des armées de gratte-papiers aux pouvoirs jamais questionnés. Des ennemis, dont les racines sont depuis longtemps mortes et oubliées, mais toujours prises dans la terre. Humains, vivant comme des rats dans un tunnel en attente… »

Toujours perdu dans ses pensées, le soldat ferma un moment les paupières.

« Des enfants, marchant sur le champ de bataille, blessé et laissé à eux-mêmes. Les citoyens envoyés de force au combat tombant sans vie au sol sous les tirs des tireurs embusqués enragés contre Tadryon. Le visage des hommes apeurés devant le canon de l’arme ennemie braqué sur leur visage. Une foule hors d’elle, un prophète annonçant des inepties pour enflammer les gens, des mères cherchant leur enfant, des civils innocents lancés dans le feu de la guerre… »

Il s’arrêta aussi soudainement qu’il avait pris la parole. Il devait trouver une solution à toutes ces images et ses sensations qui tournaient dans sa tête. Il ne voulait pas non plus faire un mélodrame devant la mère et sa fille. Il se plaignait peut-être le ventre plein après tout. Mais, au fond de lui, il ne pouvait pas se départir du sentiment que Tadryon dévorait les âmes de ces citoyens. Juste à voir Dax s’emporter à cause qu’ils avaient sauvé une adolescente innocente, on voyait bien que la vie à Tadryon retirait graduellement aux hommes leur humanité. En même temps, comment refuser à une Varoc une chance qu’il avait lui-même obtenue? Il ne l’avait pas demandé, mais il l’avait accepté, alors comment fermer les yeux et tourner le dos à ces deux réfugiés sans avoir de problèmes de conscience? Rapidement, il analysa la situation. Il était clair qu’il n’aurait aucune influence sur le dossier de la mère. Tadryon était sur le bord du gouffre et n’avait pas de compassion. Il ne prendrait pas la mère qui ne leur rapportait rien et ne ferait pas d’écart par conscience pour sa fille si elle était prise. La fille avait effectivement des ressources et du potentiel. Peut-être que Tadryon pourrait la prendre et l’envoyer à l’Académie. Est-ce que Zacharias aurait vraiment de l’influence par contre, c’était là une question à laquelle il n’avait pas de réponse. Son passeur, lui, pouvait en avoir. Peut-être que Zacharias pourrait avantager les dossiers par son passeur?

« Je… »

Dax passa dans le cadre de porte et s’immobilisa dans le cadrage. Ses haut-parleurs grésillèrent brièvement avant que la voix s’élève dans la pièce. « Lupus a eu le rapport. Les Légionnaires sont tous indemnes. On rentre pour un débriefing d’équipe par nos propres moyens. Je t’attends dehors pendant que tu termines. » Zacharias hocha la tête légèrement et Dax quitta la pièce. Il avait une voix beaucoup plus calme et n’avait pas utilisé de paroles dénigrantes; Dax avait dû se calmer en parlant avec Hian et il avait compris que c’était le devoir des soldats tadryens de protéger tous les humains, même les Varocs. Dax était quelqu’un de bien malgré son tempérament bouillant. Par contre, comme tous les soldats, il avait de l’orgueil et il n’allait pas venir assisté son confrère en montrant qu’il avait changé d’idée ou accepter le geste du nouveau qu’était Zacharias dans l’escouade.

« Je n’ai pas encore d’influence à Tadryon, j’ai tout juste reçu mon grade de soldat. J’ai par contre encore de très bons liens avec le passeur qui m’a fait entrer à Tadryon après que je lui ai sauvé la vie. Je peux me renseigner avec lui pour savoir comment aider les dossiers des réfugiés dont je pourrais accepter de me porter garant. Seulement… »

Le soldat soupira. Comment dire les choses de manière diplomate et délicate? Il était soldat, pas psychologue. Un chat était un chat et un chien était un chien. L’adolescente avait repris connaissance également. Pouvait-il exposer la vérité crue devant elle comme si de rien n’était? Cette adolescente lui faisait légèrement penser à sa sœur, mais elle semblait beaucoup plus apte à assurer sa subsistance. Est-ce que Zacharias avait été trop protecteur avec sa sœur et l’avait rendu inapte à faire face à la vie seule? Cette rencontre commençait à devenir un peu trop personnelle et elle réveillait des blessures qu’il n’arrivait pas à cicatriser de lui-même. Seulement, il n’était pas capable de demander de l’aide aux autres, parce qu’il avait toujours appris à se débrouiller seul ou que l’aide avait un prix. Quel serait son prix pour les aider? Il voulait bien jouer les héros et faire le tout par bonté d’âme, mais il était humain et n’échapperait pas à la règle. Un jour ou l’autre, il facturerait cette aide, qu’il le veuille ou non. Avec une souplesse et une agilité qu’il avait acquise dans les arts martiaux, il se releva sur ses pieds et fit signe à la mère de l’accompagner à l’écart. L’adolescente était hors de danger et ils pourraient tous les deux garder un œil sur elle de plus loin. Quand ils furent un peu plus loin, Zacharias reprit la parole sur un ton plus bas pour ne pas que l’adolescente soit témoin de ses propos.

« Vous n’êtes visiblement pas délicate, alors voilà la vérité. Je ne pourrais jamais faire entrer votre dossier. Tadryon n’accepte que les gens qui lui sont profitables et votre condition ne pourra jamais avoir la priorité sur les autres demandes. Votre fille peut encore avoir de l’espoir de franchir les portes, mais je ne peux rien garantir. Je ne comprends rien à la paperasse et la politique de la ville, je suis un soldat et non un bureaucrate. Mon passeur pourra peut-être trouver une manière de faire, mais je ne veux pas vous faire une promesse que je ne peux pas tenir. »

Moralement, il ne pouvait pas s’engager a plus que de ‘glisser un mot à son passeur’. Promettre plus serait très certainement de nature à être une promesse en l’air. Il leva la main pour arrêter la femme avant qu’elle ne parle, il n’avait pas fini de mettre au clair la suite des choses. Le geste pouvait peut-être être vu comme impérieux, mais c’était un automatisme tout simplement.

« Considérez également une autre chose. Le monde, l’humanité et l’âme de Tadryon ne peuvent être changés. L’aide n’est jamais gratuite et sans conséquences. Je ne vous demande rien, je n’exige rien et je n’ai aucune ‘arrière-pensée’ pour ce que je fais pour votre fille. Cependant, ma bonne foi ne change pas cette loi et vous ne serez pas à Tadryon pour assumer cette dette. C’est donc sur les épaules de votre fille que vous placez le paiement que la vie exigera. Et cela, ni vous ni moi ne pourrons l’empêcher. »

Malgré son manque de conviction religieuse, ni pour les capes écarlates ni pour les divers cultes tolérés, il avait une spiritualité propre à lui. Parfois étrange, mais souvent bien terre à terre et juste. Cette adolescente avait certainement son mot à dire dans la décision, mais ce serait à sa mère de gérer le tout. Zacharias n’avait peut-être pas atteint un âge aussi vénérable que la Varoc, mais il avait assez d’expérience de vie pour savoir de quoi il parlait et de quoi il en retournait. Les défis qui attendaient l’adolescente ne seraient pas moins nombreux ou moins difficiles à Tadryon, ils seraient différents. De plus, le soldat ne serait ni le protecteur ni le guide de celle-ci si elle entrait dans Tadryon. Et Zacharias pouvait confirmer qu’être Varoc parmi les Tadryens demandait de l’aide. Regardant celle qu’il avait sauvée de son regard froid et distant, pratiquement calculateur tellement il pouvait sembler analytique, il ne savait pas s’il devait se réjouir pour celle-ci ou la plaindre de la détermination de sa mère.
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Un ticket pour le paradis [ft. Zacharias Deost]
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