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 [Mission] Une mauvaise idée - Gotor Rozlëon & Ori

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Message(#) Sujet: [Mission] Une mauvaise idée - Gotor Rozlëon & Ori Jeu 14 Déc - 19:00

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Je n'ai jamais aimé Hllodalana.

Son quartz rosé aux allures outrageusement provocatrices, ses bassins aux milles dangers et le semblant de bois qui borde le Bassin Sinaën ne font que renforcer le sentiment d'abandon de mon territoire d'origine. La forêt d'Hanaamu me manquait. De ses bêtes furieuses aux plantes hostiles, de la rareté de ses bienfaits à la qualité de ses dons, je n'avais d'yeux que pour elle. Ici, exit territoires luxuriants, remplacés par les cours d'eau impraticables et les plaines aux découverts multiples. Vétanie n'avait ni l'allure ni la particularité qui faisaient de notre ancien village ce qu'il était : tout y était bien trop organisé, bien moins sauvage. On nous avait imposé une nouvelle forêt qui, de nuit, brillait tant qu'il était impossible de s'y cacher.

La forêt luminescente offrait un couvert relatif face à la neige naissante ; celle-là même qui nous avait amené, Gotor et moi, à faire équipe une seconde fois depuis l'Envol raté du jeune Monär Kha, bien vite corrigé l'année suivante. Nous sautions d'arbre en arbre, courrions d'une prairie à l'autre, à la recherche presque désespérée de quelques enfants perdus en périphérie du village, suffisamment pour que les chutes blanches ne menacent leur jeune existence. Les flocons se mêlaient doucement à la végétation qui, si sa lutte perdurait, se laissait lentement recouvrir.

Avec des airs de déjà vu, ce fut moins par volontariat que par la mère, au ventre davantage bombé que celui d'un prédateur le festin passé, qui nous hélait de désespoir : ses enfants s'étaient une fois encore aventurés en dehors des murs protecteurs, et avaient choisi le pire moment pour se faire. Une tempête se préparait, et un rapide coup d'oeil sur la place permis d'identifier les deux seuls adultes « aptes » comme étant la paire d'incompétents notoires que nous formions. Rapidement, la supplication s'était muée en ordre, que ni l'un ni l'autre n'osa braver.

Les branches larges et les chemins artificiels devenaient glissants, et à plus d'une occasion je crus tomber, me rattrapant armée de chance que du reste. Fidèle Arc d'os en bandoulière, je portais également sur moi les maigres achats de ces mois passés à accumuler petits boulots simples et tâches rébarbatives. Si je n'étais pas peu fière de mes acquisitions récentes, je n'aurais pu en dire autant de mon statut ou de mes performances : je stagnais davantage que les eaux des pseudo-marais de Hllodalana, et n'avait pour contact social régulier que les quelques échanges formulés à demi-mot avec marchands et divers troqueurs.

Gotor, lui, m'était redevenu illisible. Nous avions maintenu, presque religieusement, une saine distance depuis notre dernière rencontre. Non qu'il n'existait une quelconque alchimie, mais les souvenirs mêlés à nos balades communes devenaient vite trop sombre pour être oubliés. Secouant la tête pour les chasser, je concentrais mon peu d'attention sur notre tâche du jour. Les chances étaient minces : je savais survivre avec une aisance relative, mais traquer m'était encore difficile ; j'en connaissais les principes, mais n'en adoptait les réflexes. Piètre zoologiste, soulignais-je en un soupir.

La neige, peu à peu, devenait maîtresse, et tout espoir de retrouver les mômes égarés s'amenuisait chaque minute passée.

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Gotor Rozlëon
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Message(#) Sujet: Re: [Mission] Une mauvaise idée - Gotor Rozlëon & Ori Mer 20 Déc - 11:12

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Il neigeait maintenant à gros flocons. Une armée de petits cristaux tombaient en rangs disparates sur les branches devenues glissantes. La valse blanche imposait au paysage un silence religieux. Il connaissait la neige, mais elle l'émerveillait à chaque venue un peu plus. Elle ne faisait pas partie de ces choses dont on s'accommode si tôt qu'on les découvre. Elle était moins monotone que la pluie, moins fixe que le soleil, plus calme que le vent, aussi. Seulement, c'était précisément ce mystère qui l'entourait qui la rendait si dangereuse. Comme une femme trop belle ou trop sûre de ses atours, la neige séduisait qui voulait bien la voir avant de prendre au piège.

Ori et lui étaient à présent descendus des arbres. Leur avancée avait été nettement ralentie. Naviguer au sol ne leur offrait plus une vision assez large du territoire, mais ils pouvaient au moins découvrir plus facilement une quelconque empreinte de pas sur le fin duvet blanc qui recouvrait dans les clairières le sol boueux. Ils en virent plusieurs, mais aucune ne correspondait aux pieds d'un jeune humain. La situation devenait déjà critique. Ce n'était pas tellement l'épaisseur du manteau neigeux qu'il fallait craindre, mais le froid qui l'accompagnait. Gotor sentait déjà ses orteils bleuir sous ses épaisses chaussures. Le bout des foulards qu'il portait devant son menton étaient devenus blancs de givre. Chacune de ses expirations libéraient un nuage de fumée toujours plus épais que le précédent. Il fallait faire vite.

Perdus dans ce paysage silencieux que la neige rendait indéchiffrable, ils finirent toutefois par discerner de petites empreintes de pas. L'espoir était mince mais il n'était plus inexistant. Ils les suivirent un temps, jusqu'à ce qu'elle s'évanouissent dans la forêt. Elles furent vite remplacées par de petits sanglots étouffés derrière un tronc. Une petite fille, déjà recouverte d'une fine pellicule, roulée en boule, releva de grands yeux sur Ori et Gotör. Ses opercules noisettes s'ouvraient sous des sourcils blancs. Ses cheveux bruns dégoulinaient sous une coiffe sommaire et pas assez chaude. Ses gants troués ne lui offraient plus aucune protection. Elle se jeta dans les bras d'Ori. Elle n'avait plus la force d'hurler. Très vite le soulagement qu'elle éprouvait se mua en un mélange de crainte et de culpabilité. Elle renifla, sanglota, hésita. Et se lança finalement, chacune de ses phrases ponctuées d'un pleur, d'une quinte de toux. « On suivait un... Un petit... Avec des poils... Puis avec la neige on savait plus où on allait... Puis... Puis... J'ai voulu remettre mes chaussures bien... Et quand je me suis relevée... Ils étaient partis... »

Une fois calmée, la petite avait réussi à donner quelques précisions indispensables à Gotör et Ori. Ils étaient trois. Trois enfants à s'être aventurés loin du hameau. Plus rien ne permettait maintenant de localiser les deux manquants. Les rares traces de pas s'évanouissaient bien vite et la petite ne savait plus quel chemin avait été emprunté. Le froid devenait mordant. Plus mordant encore que le plus affamé des prédateurs. La survie devait désormais passer avant la réussite de la mission. Les doigts rouges de Gotör firent s'abaisser ses foulards. À voix basse, il s'adressa à Ori. « On doit se mettre à l'abri, tout de suite. Et espérer que les autres aient eu la même idée. » Il se voulut rassurant en offrant à la petite rescapée un semblant de sourire. Il devait en réalité être effrayant. Il l'attrapa délicatement, plus ou moins, par les épaules et lui offrit son manteau. Il devait faire vite, maintenant, ou c'est lui qui finirait frigorifié.

La chance finit par leur sourire. Après quelques minutes de marche, sous un pont de végétation se dessinait l'entrée d'une caverne simple. Ils n'avaient plus le temps d'observer si elle n'était pas le repère de quelques prédateurs. Ils s'y enfonçaient rapidement et devaient maintenant trouver un moyen de lancer un feu. La petite rescapée s'était assoupie. Gotör la déposa délicatement au sol. Il essaya de ne pas fixer le fond de la caverne trop longtemps et tenta de se rassurer. S'ils avaient dû être dévorés, aucun animal n'aurait attendu aussi longtemps.

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Message(#) Sujet: Re: [Mission] Une mauvaise idée - Gotor Rozlëon & Ori Mar 2 Jan - 19:11

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Bras autour de ma taille, la gamine s'était élancée sans trop y réfléchir. Son visage, malgré sa petite coiffe en tissu, porterait bientôt les stigmates temporaires causés par la neige. L'absence d'instinct maternel m'interdit d'enserrer de mes paumes la petite chose qui était venu chercher réconfort dans un bien triste refuge : au hameau des introvertis, l'empathie était moins méconnue que la maladresse. Elle s'était tant précipitée que le collier garni d'une pierre unique au cou de la jeune fille avaient marqué mes vêtements.

Nous en avions trouvé un sur trois, mais Mère Nature ne semblait pas encline à nous autoriser davantage de chance : la tempête amenait son lot de froid, et déjà Gotor avait-il pris l'initiative d'offrir son manteau, un sourire forcé en bonus. Le bastion de cuir avait des allures de robe cabalistique, sur les épaules de l'enfant, mais au moins elle serait protégée du gel et de la neige. Les paroles de mon allié résonnèrent de nouveau, apportant son lot de moues affligées. Bien entendu, il avait raison : nous n'avions assez de temps pour retrouver les autres et la recherche d'un abri se devait d'être notre nouvelle priorité, pourtant ... Les Fils d'Ohibaan forment plus qu'une simple tribu, qu'une civilisation en devenir ; nous sommes une communauté, une famille, et les oublier revenait à abandonner une paire de cousins. Mais il avait raison.

Filant à travers les champs aux airs de coton friable, j'observais avec un sourire victorieux Gotor s'avancer vers notre repaire d'un soir, sous une lune naissante. Si nous tremblions tous, je m'inquiétais tout particulièrement pour lui, au visage partiellement protégé par le foulard habilement utilisé, et pourtant insuffisant. La fraîcheur des lieux n'avait rien à envier à la température hivernale d'en dehors, pourtant, ici, nous étions saufs tant des flocons que des vents. Gant passé un peu partout sur lui, je m'affairais à la hâte de retirer de ses vêtements toute trace de ce qui pourrait devenir sous peu de l'eau, tout aussi acide que celle des pluies habituelles. Qu'il ait protesté ou non n'y aurait rien changé. Il ne restait plus qu'à prier pour qu'il n'ait que des séquelles temporaires, rougeurs ou simples brûlures. Quant à ses grelottements, ils ne s'arrêteraient que lorsque la chaleur des flammes viendraient lécher les os gelés. Ou pire.

Sans attendre, j'observais l'intérieur. Sur les pierres poreuses d'un côté de la gallerie couverte courraient des filets de mousse verdâtres, à l'humidité stoppée par le froid. Si nous parvenions à les faire sécher, il n'en faudrait pas plus pour allumer un feu bref mais salvateur : tant que nous n'en tombions pas à court, nous pourrions au moins nous chauffer. Combustible à portée, il ne restait plus que l'énigme du comburant.

Réfléchis, Ori. Il existait, à ma connaissance, deux techniques pour démarrer un feu à partir de rien. Le silex, évidemment, aurait été la réponse logique, et les crocs courbés de Gotor auraient pu faire le reste s'ils avaient été faits d'acier. Seul problème : nous n'en avions pas, et je soupçonnais la courte lame être d'un autre matériau. Perceuses manuelles, ou à arc ? Peu probable : nous n'avions ni planche, ni écorce, ni bâton. Je faisais les cents pas, les index sur les tempes, sans me préoccuper nullement du regard de mon sauveur d'autrefois. Mains sur la roche, je laissais suivre mes paumes gantées, à la recherche d'un quelconque indice, quand soudain ... « Marcassite ! » L'exclamation soudaine du mot peut-être inconnu réveilla l'assoupie, incrédule. « Ce sont des fragments de fer. Bien utilisé, cela peut faire des étincelles. » Je me gardais de préciser que ce serait le cas ... si nous avions du silex. Forçant, je gémissais sous l'effort en tentant d'extirper le cristal de métal, qui, cédant tout à coup, envoya mon postérieur embrasser le sol, douloureusement.

« Madame, tu brûles ! », s'écria la fillette. Et effectivement, je brûlais : une flammèche s'était allumée sur mon manteau, tout juste au niveau du bas ventre. Sous la surprise, je hurlais en étouffant les flammes de mes gants, haletante sous la pression. Pourtant, quelques instants plus tard, ma respiration s'arrêta. « Oh non, l'idiote ! » Je jurais, me levant d'un bond pour chercher sur le cuir abîmé une quelconque braise. D'où qu'il provienne, je venais d'éteindre le feu qui aurait peut-être pu sauver mes ... D'ailleurs, d'où provenait-il ? La marcassite nécessitait du silex pour fonct-. Je tournais lentement mon regard vers le collier de pierres de la gamine, sans doute encore incrédule face à ma stupidité.

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Gotor Rozlëon
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Message(#) Sujet: Re: [Mission] Une mauvaise idée - Gotor Rozlëon & Ori Mer 3 Jan - 11:15

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Les tapotements des mains d'Ori sur son visage parvinrent à l'extirper de ses songes. Ses foulards avaient glissé le long de sa nuque, dévoilant le bas de son visage à celle qui pouvait le voir. Si l'adrénaline lui avait un temps fait oublier la douleur, il ne pouvait pas ignorer plus longtemps les picotements de sa chair meurtrie. L'acidité avait probablement déjà attaqué son épiderme, mais la réactivité d'Ori lui éviterait probablement des séquelles plus graves. Il aurait aimé se gratter, s'arracher cette couche de peau brûlante sans attendre, mais un autre problème plus grave le rattrapa : il avait froid. Terriblement froid. Il jeta un regard plaintif à la petite créature enveloppée dans son épais manteau. Il voulut un temps le lui arracher, se réchauffer un tant soit peu. Mais il s'en savait bien incapable. La pauvre devait être en proie à de bien grands chagrins au fond des plus vieilles heures de cette nuit gelée.

Instinctivement, il approcha d'elle, plia un genou et l'enroula de ses bras maladroits. Ce n'était pas tant un geste de réconfort qu'un moyen de sentir, l'espace d'une minute, un peu de chaleur humaine mêlée à la sienne. Quand il se releva, Ori arpentait les murs de la caverne. S'il ne voulait pas mourir de froid, il comprit qu'il ne devait absolument pas rester inactif. Il attrapa sa lance, préalablement posée à l'entrée de leur abri, et avança plus en avant vers le fond de la caverne. Il aurait aimé en connaître la profondeur exacte, mais le manque de lumière l'empêcha trop vite de progresser à bonne allure. Ses pas se firent plus lourds, plus rapprochés. Il tapait les parois alentours de sa lance pour essayer de se repérer. Quelques coups d'oeil par dessus son épaule lui permettaient de distinguer encore les silhouettes d'Ori et de la fillette découpées dans le clair de lune. Il était maintenant persuadé qu'il ne s'était pas directement jeté dans la tanière d'un prédateur, mais la perspective de passer la nuit dans une caverne reliée à d'autres ne le ravissait guère plus. Il aurait aimé cogner contre une paroi mais il continuait d'avancer lentement.

Le cri indistinct de la petite fille le tira de son exploration silencieuse. Il se retourna d'un bond et détala vers l'entrée de la grotte, lance en main, sans plus se soucier de la luminosité. Réflexe stupide : une chute aurait bien pu l'handicaper lourdement. Il poussa un soupir de soulagement en découvrant Ori et sa réplique miniature affairées à faire naître un feu. Une étincelle jaillit des silex pour mourir aussitôt. Le même sort fût réservé aux suivantes. Mais la cinquième ne mourut pas. Le feu naquit péniblement sur un lit de mousse mal séchée, arrachant à la petite un sourire depuis trop longtemps disparu. Tous s'activèrent alors pour récupérer le plus de mousse possible. Même la fillette, de ses petits doigts écorchés, ramassait ce qui se trouvait à sa portée. Leurs efforts conjoints furent payants. Un petit foyer perdura et, bien qu'aucune flamme ne s'en dégageait trop longtemps, sa chaleur suffisait pour le moment à maintenir le gèle loin de leurs extrémités.

Si la dextérité d'Ori avait réussi à chasser pour un temps leur problème le plus urgent, les autres allaient pouvoir commencer à les assaillir de nouveau. Les trop lourdes pensées de la petite Maïla, qui avait communiqué son prénom entre deux sanglots naissants, l'avaient assommé. Elle s'était endormie, laissant à Gotor et Ori le désagréable poids d'un silence que ni l'un ni l'autre ne semblait vouloir rompre. Gotor voulait voir naître le jour et l'espoir qui l'accompagnerait. Si les deux disparus avaient eu la présence d'esprit de se mettre à l'abri, si l'un d'eux avait un jour appris à allumer un feu, si la faune locale ne s'était pas manifestée, si... Beaucoup de si, beaucoup trop de si pour de si jeunes enfants. Mais un si valait mieux qu'un non. Sans même s'en apercevoir, il avait glissé une main dans les cheveux de la jeune Maïla. Si seulement la vie avait pu lui épargner ses frasques quelques années de plus.

Il posa son regard sur Ori. L'avait-il seulement déjà regardé ? Elle semblait lasse mais la lueur persistante de son regard le rassurait : elle non plus n'avait pas encore abandonné tout espoir. Elle n'était pas si différente de lui, pensa-t-il. À fuir son propre regard, à vivre cachée derrière une muraille silencieuse infranchissable, à n'accorder du crédit qu'à sa chance et rarement à ses capacités. À ne s'occuper que du Tout, et rarement de la pièce qu'elle constituait. Il ouvrit les lèvres, mais rien ne vint. Il aurait aimé la remercier, pour le feu, pour la neige. Pour sa présence, tout simplement.


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Message(#) Sujet: Re: [Mission] Une mauvaise idée - Gotor Rozlëon & Ori Mar 16 Jan - 12:16

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L'espace d'un instant, j'avais l'héroïsme au coeur ; certes, je n'avais rien fait de plus qu'allumer un feu, mais je n'en ressentais pas moins de fierté pour autant : nul autre que moi n'y était parvenu, et ce fut, en soi, l'une de mes rares victoires des mois passés.

Maïla s'était assoupie, un soulagement pour l'insociable Fille d'Ohibaan. J'observais, avec autant de curiosité que de discrétion, la main passée par Gotor dans les cheveux de l'enfant qui m'arrachait un sourire bien durement gagné. Puis il tourna la tête dans ma direction. Risette aussitôt disparue, j'avais détourné le regard à la hâte dans une direction au hasard, priant pour qu'il n'ait remarqué l'intrusion. Pitié, qu'il ne m'ait pas vu en cet instant.

Je soupirais intérieurement. Nous étions de nouveau seuls, comme cette fois-là, en forêt. Et, ironie du sort, désignés protecteurs d'un nouvel enfant qui n'aurait pas dû passer la nuit. Un songe amer rappelait les souvenirs désormais lointains d'une fuite sous les traits lumineux des lasers ennemis ; le doute, la douleur, la solitude. Puis la joie, la reconnaissance, sous les traits d'un Rozlëon qui était revenu à mon secours.

« Merci », murmurais-je avant de déglutir tout en forçant un contact visuel. « Je veux dire ... Merci pour ... tu sais. Tu es revenu. Je ... Je n'ai jamais pu ... Enfin ... Merci. » J'offrais, comme lors de rares instants furtifs, le bref sourire honnête d'une jeune femme reconnaissante.

Le coeur battant plus fort et plus vite que le plus lourd des tambours des nuits endiablées des fêtes des Fils d'Ohibaan, j'osais supporter quelques secondes le brun de ses yeux, avant d'obtempérer face à mon propre embarras, rouge pivoine et regard au sol. Confuse, je ne savais trop quoi penser ou que faire de mes sentiments en cet instant ; Gotor me ressemblait par de trop nombreux aspects, au point que sa présence, au début supportable, me semblait alors rassurante.

Ses insécurités, sa préférence pour l'autoflagéllation, son insociabilité ; tant de défauts partagés, de favorite solitude. Comme l'écho du Tout, il oscillait malgré son jeune âge entre frère, ami et béguin. J'aurais aimé prétendre ne connaître l'élément déclencheur, ne me souvenir que du fait, mais l'événement était resté ancré en moi depuis l'Envol d'une époque passée, du chapitre d'Hanaamu.

Seule face à l'ennemi, je m'étais laissée abandonnée à l'espoir derrière le tronc à la protection seulement symbolique : Gotor allait prévenir le village, je le savais alors. Mais au fil des heures, la certitude s'était muée en désespoir. Prête à mon dernier baroud d'honneur, j'avais observé glisser à mon côté le dernier des sauveurs : il était revenu. Il avait non seulement appelé à l'aide, mais il était revenu. Moins pour l'acte que pour l'homme, j'avais été stupéfiée. L'aurais-je fait, moi, sachant les Varshas sur les traces d'un Gotor dont je ne connaissais ni le sort ni l'état ? La paire d'yeux marrons m'avait scruté, puis nous avions fuit, et, mieux encore, nous avions vaincu. Par chance, certes, mais nous l'avions fait.

Je soupirais, coudes sur les genoux et visage entre les mains. Pourquoi fallait-il que tout soit aussi compliqué ?

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Gotor Rozlëon
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Message(#) Sujet: Re: [Mission] Une mauvaise idée - Gotor Rozlëon & Ori Ven 19 Jan - 11:35

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La pâle lueur des flammes timides léchaient nos visages avec envie. Les reliefs de nos traits tirés vivaient entre ombre et lumière, dessinés par la fatigue et l'appréhension. La chaleur revenait peu à peu picoter l'extrémité de ses membres. Les plus vieilles heures de la nuit s'égrèneraient lentement mais au moins les passerait-il sans risquer de mourir de froid. La fatigue commençait à le gagner, mais il ne pouvait s'endormir avant avoir planifié les tours de veille avec sa partenaire. La vigilance, comme le feu, ne devait jamais s'éteindre. Il allait enfin prendre la parole pour se porter volontaire, mais il fût devancé par sa voisine. La surprise lui fit écarquiller les yeux, bien que concernant ses deux prunelles à demi closes, le changement ne devait pas être marquant pour quiconque le voyait.

Il écouta patiemment la voix tremblotante d'Ori, sans la quitter des yeux, sans même esquisser le moindre mouvement de tête. Immobilité parfaite en totale inadéquation avec la mise en route des rouages grossiers de son esprit. Il lui fallut un certain temps, déjà, pour comprendre à quoi sa voisine faisait référence. Quand il comprit enfin, il ouvrit à nouveau la bouche pour répondre, mais ne put se résoudre à lui couper la parole. Il la laissa finir, laissant planer une bonne minute de silence pour s'assurer qu'elle ne rajouterait rien. Ses yeux ne trahissaient aucune émotion distincte, chaque syllabe se détachait de la précédente avec soin, comme s'il avait réfléchi des heures durant à ces phrases psalmodiées dans le calme de la nuit. « La question ne s'est jamais posée. Si je n'étais pas revenu, je n'aurais jamais pu soutenir ton regard à nouveau. Si les départs ne sont pas suivis de retour, ils deviennent des abandons... »

Le dernier mot résonna en lui plus que dans les profondeurs de la caverne. Il détourna le regard un bref instant, comme s'il venait de s'envoyer un direct du droit dans la mâchoire. L'image d'un homme violent, probablement mort aujourd'hui, lui revenait. Il n'avait pas connu son père, ce qui ne l'avait pas empêché en grandissant de former de lui des représentations mentales toutes plus abjectes les unes que les autres. Monstre humanoïde aux griffes acérées et au corps taillé à même la roche, il était toujours entouré d'une aura sombre qui l'empêcherait à jamais de se laisser voir sous son vrai visage. Il était la violence, le contre-nature, l'abandon. Et Gotor était son fils. Répugné par cette idée, il retira dans un réflexe la main toujours posée sur le crâne de la jeune Maïla. Ses origines le rappelaient à la piteuse raison de son existence.

Il chasse ses pensée d'un geste de la main et releva un regard plus dur sur sa voisine. Sa voix se faisait plus saccadée, trahissant une palpitation subite, les volutes d'un esprit tourmenté. « Ne me remercie pas. Remercie le Tout, il a décidé que tu... Résisterais. » Il secoua la tête. Un long soupir s'échappa de ses lèvres pincées. Il aurait voulu lui crier tout ce qui restait coincé en travers de sa gorge nouée. Lui expliquer qu'il était revenu parce que son départ même lui avait coûté plus que n'importe quelle autre décision. Qu'il avait mille fois pensé à la mort certaine qu'elle allait affronter, à sa lâcheté couarde de fuyard. Mais que ses jambes n'avaient été portées que par le mince espoir qu'elle puisse survivre. Qu'il serait revenu seul, s'il avait dû. Qu'il aurait défié l'Hanaamu lui-même pour revoir le noir de ses prunelles baigner son regard. « Merci... D'être celle qui m'a fait revenir. »

Il resta interloqué par ses propres mots, incapable de savoir si ceux-ci avaient seulement du sens. Jamais Gotor n'était parvenu à se lier, ne serait-ce qu'un peu, avec un de ses semblables. Il s'était toujours contenté de se cacher derrière foulards et larges guenilles sans faire de vagues. Les personnes connaissant le son de sa voix se comptaient sur les doigts de la main, et celles qui pouvaient dessiner les contours du bas de son visage étaient moins nombreux encore. Et voilà qu'au détour d'une nuit rythmée au tempo de la peur et de l'adrénaline, il avait lié avec sa voisine un lien si fort, si inédit et si solide qu'il en était presqu'effrayé. Tout ça lui était complètement étranger. C'était un lien vivant, grandissant, rampant, qui nouait ses racines plus solidement à mesure que le temps passait autour de ses poignets. Un lien plus fort que la vie et la mort qui s'était cette nuit-là affrontées en duel.


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Message(#) Sujet: Re: [Mission] Une mauvaise idée - Gotor Rozlëon & Ori Ven 2 Fév - 17:14

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Le début de réponse, s'il n'était celui escompté, était au premier abord rassurant. Tout comme moi, il n'était de ceux qui sacrifiaient leurs pairs. Je croyais percevoir, derrière ses mots, un sens qui m'était encore secrètement refusé, comme le bref relent d'un passé qui ne me concernait pas. Sans mots, je hochais la tête à mon tour ; je n'étais pas femme à fouiller dans les dossiers d'un autre.

Puis il remit son masque, le regard dur, froid. Exit le Gotor qui amorçait l'ouverture. Seul le ton saccadé laissait entrevoir le songe qui parlait à sa place, et il m'aurait été aisé, en d'autres circonstances, de comprendre que ces mots faisaient offices de barrières dressées non pour m'assaillir, mais se protéger. Il parlait du Tout, minimisait son geste, mais quelque chose ne collait pas. Pourtant, le déni évident m'arracha la moue boudeuse à laquelle je n'étais habituée lors des interactions sociales. Ma naïveté m'avait fait espérer une autre réponse, et la déception, déjà, pointait le bout de son nez.

Mais à quoi m'attendais-je ? Bien sûr qu'il ne ressentait nul sentiment à mon égard. Comment l'aurait-il pu ? Nul ne s'était tant rapproché que lui, mais quel intérêt aurait-il trouvé dans une Ori à laquelle personne ne s'accrochait bien longtemps ? J'aurais aimé colérer, exposer au grand jour le trop plein de solitude qui, jusqu'à cet instant, faisait plus office de protecteur que de bourreau. Quand soudain ...

« Merci... D'être celle qui m'a fait revenir. »

Le battement de coeur presque audible fut bref mais si soudain qu'on aurait cru que j'avais décollé au plafond. Et un sens, ce n'était pas totalement faux : sans m'en rendre compte, je m'étais levée d'un bond, le visage rubis. Consciente du ridicule de ma réaction exagérée, je laissais fuir mon regard, perdu à la recherche d'un quelconque détail auquel me raccrocher pour fuir le sujet présent, sans parvenir à le trouver. Prise de court, je me retournais d'un mouvement brusque, lui faisant dos pour masquer vainement mon embarras.

Inspirant profondément, yeux clos, j'imposais le calme nécessaire à la réflexion. Sa phrase, aussi prometteuse soit-elle, aurait pu signifier tout et son contraire. Ce pourrait être la main tendue comme une simple remarque.

« J-Je ... Euh ... J-J-Je ... »

Nouvelle inspiration profonde et sonore, suivie de son expiration jumelle. Loin du poids de son regard chargé de trop d'émotions similaires aux miennes, il m'était plus aisé de maintenir l'équilibre entre joie et pessimisme qu'attendait la réponse mesurée. Lentement mais sûrement, je rassemblais le courage requis pour la conception d'une phrase correcte, et suffisamment vague pour ne pas trop m'engager.

« De ... De rien. Je ... Je suis contente que ... Enfin ... Que tu sois celui qui ... Tu vois. Qui soit revenu. »

... Sans succès. Embarrassée par mes propres mots, bien évidemment sortis beaucoup plus ouverts et transparents que je ne l'aurais souhaité, je m'accroupissais, fesses par terre et tête sur les genoux, un air contrit par le stress au visage, patientant l'humiliation que me vaudrait sa réponse. S'il y en avait une, pensais-je avec amertume, partageant un peu plus le désarroi de ceux qui avaient jamais tenté de m'arracher plus de quelques mots.

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Gotor Rozlëon
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Message(#) Sujet: Re: [Mission] Une mauvaise idée - Gotor Rozlëon & Ori Jeu 8 Fév - 13:58

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Il la regarda se lever d'un bond en fronçant à peine les sourcils. Avait-elle entendu quelque chose ? Il tendit l'oreille, la tête lentement tournée vers le fond de la caverne. Rien. Le calme plat. Seule le petit filet d'air entrant et sortant du corps assoupi de la jeune Maïla rompait le silence imposé par la nuit. Il posa de nouveau son regard sur Ori. Les mots semblaient ne pas vouloir quitter sa gorge. Elle semblait perdue, effrayée, peut-être même les deux à la fois. Avait-il perdu le contrôle de ses propres mots ? L'avait-il blessée sans le vouloir. Il voulut se lever à son tour, amorça un mouvement qui fut stoppé net par les balbutiements de sa voisine. Il remonta ses foulards autour de sa bouche et l'écouta patiemment.

Les mots avaient autant de mal à quitter les lèvres de l'émettrice qu'à trouver leur chemin au sein du cerveau du récepteur. Parfois les évidences les plus simples se changeaient en énigmes indéchiffrables. Et ni l'expression ni la compréhension des sentiments humains ne faisaient partie des compétence du jeune Fils d'Ohibaan. Aussi l'affirmation de sa partenaire fit naître en lui une myriade de questions qui n'avaient pas vocation à trouver de réponses dans la minute. Que voulait-elle dire par là ? Bien sûr qu'il était celui qui était revenu, puisqu'il était celui qui était parti ! Et contente... ? D'être en vie, logiquement. Rien de tout ça n'était compliqué, finalement. Alors pourquoi, par tous les diables, pourquoi tout était si compliqué ? Où s'était caché cet aimant qui l'attirait, d'où sortait ce lien solide qui le reliait à elle, qui avait entremêlés les fils de leurs deux marionnettes ?!

Il se redressa péniblement. Ses articulations engourdies par le froid freinaient ses moindres mouvements. Il rabattit ses foulards d'un geste ample, déglutit et ouvrit la bouche. « L'idée de t'abandonner à une mort certaine m'était insupportable. C'était comme... Comme si ton Shetra appelait le mien. » Il fut interrompu par un hurlement. Le genre de ceux qui glacent l'échine et figent sur place. Le genre de ceux qu'on aimerait entendre que dans un mauvais rêve. C'était un hurlement d'enfant.

Il se précipita à l'entrée de la grotte, tenta de percer de son regard l'obscurité. En vain. L'aube semblait encore loin. La jeune Maïla ne supporterait pas la virée nocturne. Il semblait que l'histoire se répétait : Ori et Gotor allait devoir se séparer. « Ori, tu l'as entendu ? On ne peut pas attendre, il faut prendre une décision. » Il empoigna sa lance, tenta de se donner un peu de contenance sous son épais manteau et remonta ses foulards. Sa voix semblait à présent plus étouffée. « Il faut que l'un de nous y aille. Et que l'autre reste avec Maïla. Ils devraient être morts, à l'heure qu'il est. Ils ont dû trouver où s'abriter, peut-être même qu'ils ont pu se réchauffer. Si ce n'est pas maintenant, ce sera probablement jamais... » Il s'avança d'un pas, toisa à nouveau le noir qui s'offrait à lui. Il s'imaginait déjà deux enfants aux prises avec un prédateur, ou pire, un autre être humain. Il s'imaginait déjà revivre une nuit qu'il voulait laisser derrière lui à tout jamais. Un dernier regard par-dessus son épaule à la jeune Maïla lui donna pourtant le courage nécessaire de faire un pas de plus dans l'inconnu. Il pria pour ne pas avoir à trop en faire.


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[Mission] Une mauvaise idée - Gotor Rozlëon & Ori
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