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 L'étincelle [Intrigue Externe]

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Calvin
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Message(#) Sujet: L'étincelle [Intrigue Externe] Dim 11 Mar - 16:23




L'étincelle


Tapis dans les ombres difformes, les chasseurs patientent sagement. La proie, prudente, ne peut comprendre ce que ses griffes lui réservent.

La loi du plus fort continuait inlassablement de s'appliquer sur les territoires que nous qualifions de non-civilisés, voire d'inconquérables. Par-delà les barrages bien bâtis, les règles passaient d'un extrême à l'autre. L'adaptation était une capacité que l'Homme se devait acquérir très tôt s'il souhaitait préserver son espèce, ses amis et ses proches. Néanmoins, il existait en ce monde des phénomènes qu'on ne pouvait contrôler, encore moins appréhender. L'imprévisible était un ennemi redoutable, tenace. Bien plus encore depuis que la bataille de la forêt d'Hanaamu s'était conclue sur une note bien trop terne. Tadryon s'était repliée sur elle-même, comme pour se renfermer dans un cocon de stase, et espérer s'en réveiller plus grand, plus majestueux.

La passivité grandissante des Tadryens n'échappèrent point à leurs voisins, plus particulièrement aux Varocs. Si les bien connus Récupérateurs continuaient de patrouiller un peu partout au sein de la cité fantôme, il n'en était rien des fameux soldats de la Promise. Les autorisations d'Entrée se raréfièrent davantage et il était d'autant plus exceptionnel qu'une unité complète de Tadryens soit déployée. La vie entre les Murs battait son plein mais elle était sourde aux lamentations de l'horizon. Inévitablement, leur présence en déclin fut une aubaine pour leurs ennemis de toujours. Pas les Mutants, pas les bandits de grand chemin, pas d'envahisseurs désireux de leur technologie ou de leur place en ce monde… mais des monstres bien plus indomptables.


" Ton voyage se termine ici. " Il suffisait d'entendre ces mots, emportés par une voix acrimonieuse, pour sceller un destin qu'on pensait sûr jusqu'alors. Citoyen, réfugié, simple aventurier, tous ces titres n'avaient plus aucune importance. L'Homme retombait à son statut le plus primaire, et le Monstre se léchait les babines face à une traque trop aisée. Tout autour, la meute se rassemblait, ces criminels à l'allure aussi grotesque qu'ignoble. Ils semblaient assoiffés de sang, mais était pourtant bien disciplinés pour consolider l'embuscade qu'ils vous tendaient. Ils étaient partout – face à vous, en hauteur, derrière vous – ils ricanaient dans une cohue qui dénombrait beaucoup trop de cibles à abattre pour vous en sortir. Que vous soyez seul ou en équipe, aucune échappatoire ne se profilait. Vos alliés étaient tout bonnement neutralisés au moindre mouvement brusque. Le sang coulait, certes, mais les morts ne s'accumulaient pas : les lames fusaient en dehors des points vitaux, pour vous punir, vous faire sombrer dans leurs ténèbres. Mais vous ne mourrez pas. Vous aviez beau riposter pour en emporter au moins un ou deux avec vous, ce baroud d'honneur était vain. Vous finissiez par vous retrouver à terre, humilié, attaché ou en cage, démuni de votre équipement et de vos ressources. Tous autant que vous étiez, la meute vous souhaitait vivant ; votre état respectif – autant physique que mental – n'avait aucune importance pour eux. Ce qui se préparait vous échappait totalement. Vous ne pouviez cerner leurs intentions, ils n'étaient pas comme vous. Vous étiez humain, ils étaient Anarchistes.

"On va t'emmener faire un gros dodo dans notre camp, puis c'sera le grand départ pour le Centre ! " Ils beuglaient de plus belle. Il n'y avait pas de héros pour vous tendre la main. Il n'y avait plus que vous.



Déroulement

Holà Tadryon et Spectre

Cette Intrigue Externe commune aux deux factions se déroulera en plusieurs parties, on commence donc "doucement" avec celle-ci ^^

L'intrigue concerne le peuple minoritaire de l'Anarchie - ICI - donc vos posts auront quelques influences sur les relations avec ce peuple, pensez-y ♪ En guise de contexte, vous vous trouviez à Varosha pour des raisons qui vous regardent, jusqu'au moment où un important groupe d'Anarchistes vous tend une embuscade et vous capture. La capture est obligatoire, vous ne pouvez rien faire pour l'éviter. Les Anarchistes vous emmènent ensuite dans l'un des camps rebelles de Varosha où vous êtes enfermé, ils vous confisquent tout votre inventaire (exosquelette/armure, armes...). L'intrigue consiste simplement à trouver un moyen de vous échapper du camp pour rentrer chez vous. Tous les moyens sont bons pour arriver à vos fins ; juste, ne nettoyez pas le camp à vous tout seul, restez cohérent avec vos stats ! Évasion discrète ou brutale, en groupe ou seul, c'est comme vous le souhaitez. Pensez à récupérer votre équipement au passage ♪

Pour les Spectres, c'est tout pareil : les Anarchistes n'enlèvent pas que des Tadryens mais aussi des Varocs et étrangers de passage à Varosha. Mais vous pouvez également en profiter pour éliminer des Tadryens enfermés avec vous ou dégrader davantage la relation entre Tadryon et l'Anarchie, à vous de vous montrer créatifs ♫

Note : Le "Centre" évoqué à la fin du post est le plus gros centre commercial de Varosha, qui fait office de QG de l'Anarchie. Votre personnage peut connaître cette information si vous le souhaitez ^^

Bon jeu ♪



Gains

Vous obtenez automatiquement 1 point d'attribut et, selon le nombre de mots, un gain du catalogue (ICI). Ainsi, si vous faites 1500 mots, vous choisirez un gain pour 1500 mots. Vous devez préciser le(s) gain(s) de votre choix à la fin de votre post.

Vous ne devez poster qu'une seule fois et sous ce post-ci. Vous ne devez donc pas interagir entre deux PJs, c'est un RP solo.

Dead Line : 11/05/2018
Si vous avez des questions, n'hésitez pas à les poster ICI ou à me contacter par MP.




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Fran Superbia
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Message(#) Sujet: Re: L'étincelle [Intrigue Externe] Mar 10 Avr - 21:45

Inventaire:
 

La nuit est douce. Calme, perdue dans les volants ouateux de sa robe céleste, la Lune brille faiblement. Sa lumière accentue les traits cadavériques du No Man's Land. Parmi les dunes râpeuses et les rochers escarpés qui hérissent le paysage d'autant de lignes brisées, quelques arbres solitaires poussent. Courts, secs, dépourvus de feuilles ou presque, ils se courbent en deux ou trois grosses branches fragiles. Sont-ce là les vestiges d'une végétation jadis luxuriante, ou les doigts tendus de la Nature, figés sous le clair de Lune, à la recherche d'un équilibre perdu depuis des lustres? La première solution, vraisemblablement. La Nature a retenu la leçon. Pour survivre, elle a évolué. Tout ce qui est adapté à la vie en ses terres n'est que survie rageuse et danger mortel.
Parfois, les pieds trébuchent sur un monticule, un cailloux, peut-être, qui dépasse légèrement du sol. Si l'on s'attarde, fouillant du regard -ou, pour les plus courageux, du bout des doigts- dans la terre desséchée, on trouvera un morceau d'articulation. Les ossements de ceux qui ont connu, ceux qui ont vu, il y a déjà bien longtemps, la Terre se déchaîner. Les plus belles trouvailles ont même un visage! Enfin, une tête. Ces crânes fêlés, vestiges de la vie d'un individu, semblent encore plus usés et poussiéreux que le reste du paysage.
France marche sans se presser dans la nuit calme. Elle couvre son visage des loques qui étaient sa cape quand elle a traversé le No Man's Land pour la première fois. Le vent fait paresseusement voler cailloux, feuilles mortes et grains de sable. Avec tous les débris qui traînent, on croirait presque que la vie est florissante en ces terres, qu'elle se cache simplement du regard éteint des voyageurs.
Au loin, une vibration se fait entendre. Sourde, presque imperceptible, elle résonne pourtant dans tout le corps de Fran. Le bruit de verre brisé qui suit quelques secondes plus tard fait écho à la mort de l'infortuné créature qui a touché les cristaux. La simulacre les évite soigneusement, connaissant la fureur que leurs oscillations réveillent chez les prédateurs.
Plus tard, France arrive aux abords de Varosha. Même au cœur de la nuit, la ville reste grouillante, débordante de vie.
La rousse soupire, exaspérée, alors qu'elle essaie de détacher de ses sens l'écho assommant de milliers de respirations simultanées.

Bientôt, deux voyageurs paniqués, hurlant à qui veut l'entendre de les aider, filent entre les murs dans les ruines de Varosha. Ils sont poursuivi par des hommes. La rouquine les aperçoit, grouillants, sales, surexcités. Leurs peaux sales, par endroits, scintille dans la lumière. Les augmentations et modifications cybernétiques des plus vaillants facilite l'observation. Ils ont l'air de courir comme des bêtes déchaînées. Pourtant, ils évitent, avec une adresse et une prudence que l'on se doit de saluer, murets, trous et corps étendus sur le sol. Absolument tous. Ces terres ne leurs sont pas inconnues. Et pour cause, c'est leur terrain de chasse favori. C'est clair, à présent, elle ne pourra pas leur échapper.
France dégaine son épée, puis s'élance. Alors qu'elle se rapproche, elle coupe court, d'une voix sèche, impérieuse, à tous les espoirs des deux voyageurs.

«-Si vous avez des armes, dégainez! Ils ne s'arrêteront pas, et vous ne pourrez pas leur fuir sur ces terres. De ses émeraudes sombres, la belle observe l'air ahuri de ses interlocuteurs. Un homme et une femme, en milieu de vie. Ils ont l'air bien portant, et chacun tient en main une arme. L'homme a une massue en ferraille, de bonne facture, mais plus usée que le sol sur lequel ils se trouvent. La femme, elle, tient un ersatz de couteau. Entre ses mains à la prise mal assurée, le fil irrégulier d'une lame en mauvais acier reflète la lumière de la lune et des torches, qui s'approchent rapidement.
France se répète, menaçante. -Vous souhaitez vivre? Battez-vous. Sinon, laissez-les vous égorger, mais en silence.»

Malgré la peur, malgré la fatigue, malgré l'incompréhension, les deux personnes se décident. Fran esquisse un sourire en voyant la résolution de combattre envahir les yeux de ses compagnons d'infortune. Le premier groupe, deux ou trois fous-furieux avec -bonne surprise!- des bombes greffées sur le poitrail arrive. Derrière, les ombres s'agitent et se multiplient le long des murs, annonçant toute une compagnie de combattants. La rousse compte se battre, et âprement. Elle ne mourra pas. Pas aujourd'hui, pas contre ces déchets à peine vivants.

L'épée sanglante, le visage tuméfié, les bras et les jambes las, France pose le genou au sol. C'est déjà le sixième hurluberlu qu'elle abat, et il en arrive d'autres. Ils jouent avec leurs proies, en plus. Au milieu d'un cercle fermé, assourdis par la cacophonie des armes qui s'entrechoquent comme des tambours de guerre bon marché, trois individus luttent pour leur survie. Un homme, torse-nu, sort du cercle et s'élance vers Fran. Un couteau de lancer -le dernier dont elle dispose- met fin à sa vie et ses ardeurs. Pendant qu'il s'agite au sol, comme si gesticuler et gratter le sol stérile pouvait l'empêcher de se noyer dans son sang, la simulacre reçoit un coup à l'arrière du crâne.


La douleur s'étend, irradie dans tout le crâne, puis se contracte, concentre toute sa force en un seul point. Entre une toile mortelle et un bélier occipital, la tête de la simulacre a du mal à déterminer quelle douleur est la plus handicapante. Tandis que son système nerveux s'évertue à lui rappeler que les coups, ça ne se prend pas sur la gueule, la rouquine rassemble ses souvenirs. Entre deux coups de savate, au cours de son chemin dans les rues sales, elle se rappelle la joie de ses ravisseurs. Ramenés au camp, puis direction le Centre. Connaissant les habitudes de l'Anarchie -il n'y a qu'eux pour s'accrocher des bombes sur les tétons, ces fous-furieux!, France imagine qu'elle y sera vendue. Son enfance à Varosha va lui servir pour sortir de ce bourbier.
Elle lance un regard circulaire. Dans une cage aux barreaux rouillés et tordus dans tellement de direction qu'on pourrait croire que c'est de l'art, France et ses deux compagnons d'infortune rassemblent leurs esprits. Devant, un garde leur tourne le dos, affairé à attiser le feu devant lequel il se réchauffe. C'est bête, pour une nuit si douce, mais torse nu, il a forcément un peu plus froid que les autres. Un murmure lointain -ou est-ce son mal de crâne qui fait cet effet?- rappelle l'existence du camp, et des individus qui y font leur petite vie. A la droite de la jeune femme, un homme chétif, à la peau cendrée, est courbé devant une table. Chacun de ses mouvements de main s'accompagnent de tintement métallique, et... Et les baudriers de France pendent de la table en bois. Machinalement, la simulacre tâte tous les endroits où elle cache une lame, et ils sont tous vides. Même son outre est sur la table. Bon point, ils sont à l'extrémité du repaire des anarchistes. Derrière elle, Fran voit des les quelques murs que le temps a laissé debout s'enfoncer dans l'ombre vaguement éclairée par le feu.
Dans la lumière orangée, encore très agressive pour son esprit engourdi, les ombres dansent follement sur les murs, les toiles de tentes, au sol. L'air est lourd, et les sons lointains de l'agitation du camp faiblissent. La rousse lève les yeux. La lune a disparu. En lieu et place de l'astre nocturne, une faible lueur blanchâtre traverse difficilement les nuages épais, révélant au passage leurs sombres volutes chargées d'eau. Quelle aubaine. Bientôt, les gouttes acides tombent. D'abord, la pierre, la toile, le fer rouillé de la cage avertit les pauvres fous qui sont encore dehors qu'il est temps de déguerpir. Bientôt, les quelques coups de caisse claire qui résonnent à chaque grosse goutte se multiplient, et finissent par fusionner en une cacophonie aqueuse.
Alors que les anarchistes s'abritent, les murs déjà vieillis de Varosha acceptent sans broncher leur punition céleste. Les feux, eux, apprécient moins. Un concert de crépitements violents, accompagnés de gerbes d'étincelles lancées rageusement vers les cieux, témoignent d'une futile et fugace résistance. Même la cage bronche, résonne, répercute les sons des innombrables aiguilles acides qui s'abattent sur sa coupole.
Sur sa droite, à travers le rideau de liquide mortel, France aperçoit une faible lueur verdâtre, qui doucement annonce l'arrivée de la fureur des éléments. La simulacre tique. Ce n'est pas le moment qu'un orage électrique se pointe. Puis, elle sourit. Parfois, l'espoir pointe le bout de son nez dans les pires situations.
L'Anarchie doit aimer la pluie à peu près autant que nous, non? Fran se retourne vers le couple qui s'est roulé en boule dans un coin -si tant est qu'une cage circulaire en ait- de la cage. Elle leur explique son plan farfelu. Ça peut marcher, oui. Et alors? Une fois dehors, dans les rues de Varosha, en plein orage électrique, qu'est-ce qu'ils feront? Et puis comment sait-elle qu'un orage va venir?!
France soupire. S'ils ne sortent pas, ils vont finir taillés en pièces ou vendus tout entier en esclaves. La jeune femme ne peut pas se permettre ça. Elle s'accroupit en face des deux jeunes gens, et les fixe gravement.
«-Écoutez, j'ai grandi dans ces satanées rues. Un orage va éclater, et ça sera un des pires depuis des mois. Un coup d’œil en arrière. Si le garde qui a les clés de la cage pouvait voir leurs messes basses et s'approcher bêtement, ça réglerait la question. -Et croyez-moi, ils auront autre chose à faire que nous empêcher de frire sous la pluie quand le premier coup de tonnerre secouera les murs. On s'échappe, on profite de la pluie pour les semer dans les ruelles -Ils ne devraient pas nous poursuivre bien longtemps pendant un orage- et on trouve une planque pour la nuit. Dès que le temps se calme, chacun reprend sa route. Ou vous préférez rester là et mourir sous des pluies torrentielles?»

Les deux se regardent. Les couples sont les pires, incapables de prendre des décisions logiques rapidement. Il faut toujours se concerter, même quand il n'y a qu'une solution viable, donc qu'ils finiront par choisir. France sourit légèrement. Ce n'est pas comme si la rousse a demandé à beaucoup de couples de tenter de s'échapper d'un camp de l'Anarchie. Et puis, la fougue amoureuse peut toujours donner du courage aux gens. Parfois même celui de trahir les siens. Finalement, les tourtereaux acceptent. Reste à trouver un moyen d'attirer le bignouf. Ça ne va pas leur plaire.

Gelé, grelottant sous la bâche pourrie qu'on lui a donné, le garde tente de se réchauffer, alors que la pluie acide tombe maintenant presque à l'horizontale. BANG. Les gouttes obliques commencent à grignoter ses pieds. Il sent l'acidité ronger ses bottes vieilles comme le temps. BANG. Ses mollets, ses genoux, ses jambes jusqu'à mi-cuisse. Sa peau pâle et encore irritée de la dernière séance de pluie recommence à le démanger. On croirait qu'un Rakton minuscule s'évertuait à lui grignoter les guibolles. BANG. Et puis le tonnerre, qui fait un bruit à se cogner la tête contre les murs... CLONK. De quoi rendre fou. Pourquoi surveiller ces clampins, ils sont enfermés et ne risquent pas de s'entretu- Attends, c'était pas un coup de tonnerre, ça.
Le garde s'enveloppe rapidement de la bâche, puis marche vers la cage, une massue de bois -déviée, cabossée, rongée par le temps et les éléments- en main. Il la cogne sur les barreaux rouillés, et beugle.
«On la ferme, là-dedans! Vous inquiétez pas, on vous sortira vite de là!»
Lorsqu'il tourne la tête pour voir ce qui fait un tel raffut à l'intérieur, il aperçoit la gamine -une rouquine, à peine l'âge de rougir ses dessous. Une vraie sauvage, elle a même tué un de leurs gars en lui plantant un couteau dans l'oeil, avant de touiller. La folle était en train de cogner la tête du gaillard sur le sol de la cage, pendant que sa donzelle hurlait à tue-tête derrière, roulée en boule. Mais c'est pas possible, elle va abîmer la marchandise, la folle!
Il ouvre la cage, tire la rousse par les cheveux. Elle hurle, se débat, lui lacère le bras de ses ongles. Un regard furtif au sol lui fait croire que l'homme est évanoui.
«Alors toi! Ça tombe bien, j'avais besoin de me dégourdir les bras...»

Les coups de massue pleuvent. La joue, les flancs, le dos. Chaque coup arrête France dans son élan, réduit un peu l'ardeur qui anime ses mouvements. Il relève le bras. La rousse en profite, et frappe. Ou plutôt, attrape. De toutes ses forces, elle tord, tire, comprime. Ses ongles traversent aisément la toile rapiécée de toutes parts. La sensation d'arracher petit à petit la peau du maigrichon blafard qui tient la massue est aussi répugnante qu'elle défoule la rouquine. Lui, il panique. Un coup. Deux coups. Trois coups. Le visage tuméfié, France souffre. Sa lèvre est enflée, et un filet de sang coule de sa bouche. C'est un gamin. Il frappe comme un gamin. Et avec ses bijoux entre des mains hostiles, c'est carrément un nourrisson. Il lâche son arme, tente de faire lâcher prise à Fran, qui se contente de tordre encore un peu plus, de comprimer jusqu'à l'extrême limite de ses muscles. Il pose une main sale sur le visage de la simulacre. Il ne la retirera pas avec tous ses doigts. L'index et le majeur coincés dans un étau de dents en bonne santé et affamées, il a encore perdu un de ses moyens de défense.
Finalement, l'un des deux amoureux prend son arme derrière lui et lui éclate l'arrière du crâne. France se relève, crache la terre et le sang qu'elle a en bouche. L'amoureux continue à frapper. Avec rage, désespoir, et une note de plaisir que personne n'ose s'avouer, elle réduit en bouillie le visage creusé du jeune anarchiste. Lorsque son compagnon l'arrête, la furie a déjà sûrement tué le bonhomme depuis quelques dizaines de coups.
La simulacre récupère ses armes et son matériel, lance le leur aux deux amoureux. Ils n'ont pas le temps de se lancer des adieux, ni de s'étreindre avec respect. Ils se séparent comme ils se sont rencontrés, sales, confus, le cœur battant. A chaque coup de tonnerre, les murs sombres de Varosha s'éclairent un instant, révélant les nombreux petits animaux, plantes et autres humains qui se réfugient sous la pierre mouillée.
Lorsque le matin arrive, France est loin du camp des anarchistes. Ses épaules, ses genoux, son dos et son visage lui font mal. Ses mains sont rouges, irritées au point que plus d'exposition lui aurait laissé des cloques et des brûlures irréparables. Tremblante, elle se lève, Sors du trou à rakton dans lequel elle s'était réfugiée, l'épée à la main, pour attendre la fin des intempéries. Ça ressemble donc à ça, une rafle de l'Anarchie.
La rousse boit une longue gorgée d'eau, puis claudique dans les rues, l'air d'errer sans but. Un ou deux Varocs qu'elle connaît de son enfance vont l'aider un peu, le temps de se remettre sur pieds.
2630 mots environ
Gains exigés souhaités: Un point en constit'; 200 pierres bleues

J'ai laissé mon perso à Varosha à la fin, si jamais l'intrigue continue sur place. Sinon, on dit qu'elle est rentrée à l'Alcôve, au calme \o
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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Re: L'étincelle [Intrigue Externe] Jeu 12 Avr - 7:35




L’étincelle


Le crâne du soldat lui faisait encore mal et il savait qu’il n’était encore qu’au début de ses peines. Balayant rapidement son environnement du regard, il constata avec soulagement qu’il était à proximité de ses confrères et consœurs d’armes. Tout le monde semblait toujours vivant, ce qui était un nouveau soulagement. L’embuscade avait été rapide et sans pitié, c’était désagréable pour l’égo d’avouer qu’il avait été mis en échec aussi efficacement. Les Légionnaires n’étaient certes pas une escouade d’élite, mais Hian s’assurait quand même que chacun des membres reste au sommet de sa condition et de ses compétences. Avaient-ils été imprudents et nonchalants dans leur mission? C’est vrai qu’il ne s’agissait pas d’une tâche bien difficile, mais Zacharias avait pourtant la certitude qu’ils avaient été vigilants et concentrés. Prendre une mission à la légère n’était pas le genre de l’escouade, surtout quand c’était hors des murs dans le monde hostile et mortel, alors que c’était la cause principale de la majorité des décès en cours de déploiement. Au final, le captif devait se rendre à l’évidence qu’ils avaient échoué quelque part pour être maintenant fait prisonnier. Au moins, ils étaient toujours en vie, c’était un bon point de départ.

Une fois assis, Zacharias prit le temps de s’orienter et de trouver ses compatriotes enfermés avec lui. Les gens étaient généralement groupés dans leur cellule improvisée par groupe de deux ou trois. Les soldats de l’escouade étaient majoritairement groupés ensemble. Zacharias était avec Lekkie et Dax. Il était le dernier de sa cellule à reprendre connaissance, mais pas le dernier de l’escouade. Il n’eut pas besoin de poser de questions pour que Lekkie lui fasse un topo de la situation.


« On attend que tout le monde revienne à eux pour le moment. On n’a pas encore de plan établi pour sortir, alors ça ne sert à rien de brusquer les choses. On ne sait pas ce que ces salopards veulent, on sait seulement qu’ils nous veulent vivants pour le moment. Les blessures varient en gravité, mais on est tous sains et saufs. On n’est pas les seuls à avoir été capturés non plus et on est en attente d’être acheminé vers leur base d’opérations, un centre commercial à Varosha. Personne n’a encore été interrogé, donc on présume qu’il ne cherche pas de renseignements précis. En cas d’interrogatoire, rappelle-toi qu’on ne dit que nom de code, matricule et escouade. »

Zacharias hocha la tête pour confirmer qu’il se souvenait bien de la procédure. Il n’allait certainement pas coopérer avec cette faction hostile. Il espérait qu’il aurait la force morale et mentale nécessaire pour tenir le coup au besoin par contre. Il avait réussi à bien s’en tirer quand même avec les fils d’Ohibaan la fois qu’il avait été capturé par ceux-ci. Pendant un moment, le soldat se dégourdit et chassa les tensions dans ses membres en vue de leur évasion. Ce serait compliqué par contre, puisqu’il n’avait plus ni armes ni exosquelette. Zacharias qui avait été un Varoc pendant la première partie de sa vie était habitué de se débrouiller sans, mais ce n’était pas forcément vrai pour tous ses frères et sœurs d’arme. Les soldats plus portés sur la tactique discutaient déjà entre eux d’une cellule à l’autre pour tenter de monter un plan pour se sortir de là, tout en tâchant de ne pas éveiller l’intérêt des geôliers quand ils faisaient acte de présence. Ceux qui ne participaient pas à l’exercice se préparaient mentalement et physiquement pour être prêts au moment de passer à l’action.

Les grandes lignes du plan s’ébauchèrent rapidement. Il fallait trouver un moyen de sortir des cellules et ensuite retrouver leur équipement avant de retourner à Tadryon les prévenir de la situation. Leur mission de base avait été d’enquêter sur la vague de disparitions qui sévissait dans Varosha, alors leur expérience actuelle leur permettrait de faire un excellent rapport à leurs supérieurs. C’était plus compliqué de planifier chacune des parties par contre. La fin était la plus évidente : une fois que l’escouade aurait récupéré son équipement, il se frayerait un chemin sans problèmes jusqu’à Tadryon. Sortir de la cellule pouvait se faire de plusieurs façons. Il serait possible de tester la solidité de l’équipement les emprisonnant ou bien trouver un geôlier avec la clé et la lui subtiliser. Cette partie était adaptable plus aisément au besoin. Le milieu posait un problème, car trouvé l’équipement volé ne serait pas une mince affaire. Il serait possible de tenter d’obtenir l’information d’un des Anarchistes qui patrouillait dans le camp, mais il n’était pas assuré que des réponses soient obtenues. Chercher le matériel à travers le camp ne serait pas la méthode la plus efficace, car elle risquait de les faire tomber sur tous les gardes du secteur.

Après un moment à discuter et élaborer, l’escouade convenue d’un plan et de sa mise en application. Pour l’évasion, il serait nécessaire de faire approcher un de leurs geôliers pour le mettre hors de combat et lui prendre clé ou arme pour déverrouiller ou faire sauter le verrou de leur prison. Le tout serait simple, il suffirait de provoquer une certaine agitation pour qu’un Anarchiste s’approche et manque de vigilance. Il avait déjà été convenu que l’escouade ne pouvait pas libérer tout le monde et les ramener à Tadryon, ce serait trop lourd comme tâche à porter pour une unité de leur taille. Une fois de retour à la civilisation, l’Armée pourrait monter une opération pour revenir chercher les captifs avec les groupes spécialisés adéquats. Myna s’occupa d’attirer un de leur garde pour s’occuper de lui. Puisqu’elle était la seule de l’escouade à avoir été enfermée avec des gens ne faisant pas partie de leur unité, elle aurait l’air moins menaçante. Zacharias quant à lui avait passé la majeure partie de son temps d’attente à méditer et à préparer son corps et son esprit a l’action qui allait suivre. La moindre hésitation dans tout ce plan pourrait les mener à leur perte et il fallait que chacun soit prêt à faire le nécessaire au moment opportun. Myna simula une tentative d’agression de la part des autres membres de sa cellule et commença à s’agiter. Quand le garde qui passait régler la situation fit l’erreur de s’approcher de la cellule de Myna, la femme reprit son aplomb pour agripper celui-ci à travers les barreaux et entrer en lutte avec lui. Jezol et Dax passèrent leurs bras à travers les barreaux de leur cellule respective et aidèrent Myna à maîtriser l’Anarchiste qui avait manqué de jugement en venant aussi près d’eux.

Finalement, Myna parvint à tordre le cou de l’homme violemment et le craquement sonore qui s’éleva laissait comprendre qu’il ne leur nuirait plus d’ici là. Tant pis pour l’interrogatoire pour trouver leur équipement par contre. Rapidement, la soldate fouilla le geôlier inerte, ne trouvant pas de clés pour ouvrir les portes les séparant de leur liberté. Elle passa donc au plan suivant et s’emparant de l’arme et brisa d’un tir le loquet qui tenait la porte fermée. Consciente qu’il ne fallait pas trainer si jamais la décharge avait été entendue, Myna se dépêcha à sortir de sa cellule et ouvrir celle des autres. Les deux civils qui avaient partagé la cellule de Myna ne se firent pas prier pour détaler, bien que l’escouade doutait grandement de leur chance de s’échapper d’eux-mêmes. Est-ce que les Anarchistes allaient les garder en vie lors de leur deuxième capture? C’était difficile à dire. Sachant que leur survie exigeait l’absence de pitié, Myna fit feu sur les deux Anarchistes qui passèrent la porte pour voir ce qui se passait avec leur collègue. Rapidement, Hatton se rendit aux deux hostiles pour s’assurer de leur enlever leur arme et qu’ils étaient bien hors combat. Il rapporta celui des deux qui avait le moins de blessures. Pendant que l’escouade finissait de se rassembler, Myna et Hian prirent en charge l’interrogatoire de l’Anarchiste pour tenter de localiser leur équipement dans le camp. Ce fut peine perdue. À part un flot d’obscénités et de propos incohérents, rien ne sortit de la bouche du détraqué qu’ils avaient récolté. Hian décréta qu’aucun Anarchiste ne serait laissé vivant et, froidement, l’escouade élimina les deux Anarchistes blessés pour entreprendre leur évasion.

Il fallait maintenant localiser leur équipement. Hian, Myna, Jezol et Hatton prirent les quatre armes trouvées sur les ennemis abattus. Zacharias ne considérait pas avoir besoin d’une arme de toute façon. Avec ses capacités martiales, sans son exosquelette, il serait en mesure de se défendre au besoin contre un agresseur. Jezol et Myna ouvrirent la marche et s’assurèrent que la porte de sortie était libre de toute menace avant que les soldats ne s’y engagent pour commencer à explorer les environs. Il était presque certain que l’équipement était rassemblé dans une pièce qui serait sous bonne garde et probablement à proximité des renforts. Il fallait donc se rapprocher du centre du camp et non aller vers le périmètre. Bien que Hian ait décrété qu’il n’y aurait pas de clémence, l’escouade n’allait pas non plus se promener en tirant tout ce qui bougeait. Ils n’étaient pas en nombre suffisant pour mener une guerre ouverte et ils n’étaient pas des mastodontes, donc ils devaient s’organiser pour ne pas devoir éliminer l’armée anarchiste à eux seuls. Et puis, avec l’info que l’escouade connaissait à propos de la tendance à utiliser des bombes et en implanter dans leur esclave, il valait mieux s’arranger pour ne pas tout faire exploser. Si quelques Légionnaires n’aimaient pas le fait de ne pas avoir leur armure assistée, leur progression se faisait à bon train et sans trop de heurts pour le moment. Un groupe de deux soldats s’assurait que les lieux à venir étaient vides et l’escouade empruntait les chemins libres ou qui permettaient de rester à l’abri des regards.

Après un moment à chercher et deux autres Anarchistes abattus, l’escouade localisa la pièce qui contenait l’équipement confisqué par les Anarchistes. Il fallait trouver un moyen de s’y introduire et de récupérer leur matériel, sinon il ne pourrait jamais retourner jusqu’à Tadryon vivant. Il serait nécessaire de mettre hors d’état de nuire les gardes, mais il faudrait que l’attaque soit rapide et foudroyante pour être efficace. Dax se chargea de repérer l’endroit, expert qu’il était pour ne pas se faire voir.
« Si jamais ils ont des esclaves avec bombes implantées, on risque d’avoir de mauvaises surprises. » C’était un fait indéniable. C’était aussi la raison pour laquelle l’attaque devait se faire en vitesse et de manière brutale. Le compte-rendu de reconnaissance de Dax confirma pourtant leur crainte. Deux Anarchistes étaient sur place et chacun d’eux avait un esclave. Il y avait donc au minimum deux bombes sur place. Même si la bombe implantée à l’esclave se voulait une mesure de contrôle et de punition en cas de fuite, il était aussi une bonne manière de blesser un soldat trop près lors de la détonation.

- Si on neutralise les Anarchistes, ils ne pourront pas les faire détoner non?
- Les Anarchistes sont des experts pour briser l’esprit de leurs esclaves. Je penche plus pour l’option que les deux esclaves vont nous attaquer et il n’est pas impossible qu’il y ait d’autres déclencheurs aux bombes ou qu’elles explosent accidentellement.
- Si on les neutralise, elles peuvent aussi bien exploser quand même. Même si on ne se fait pas blesser, une explosion va alerter tout le monde dans les environs et peut-être même briser notre équipement dans la pièce.
- On peut les faire sortir d’après vous?
- Ce n’est pas impossible, mais je ne vois pas trop comment faire cela.
- Tu penses que si on abat les deux maîtres discrètement, les deux esclaves vont venir voir ce qui s’est passé sans trop comprendre?
- Le processus pour leur briser l’esprit ne doit pas les laisser intacts sûrement.
- Du genre déconnecté de la réalité avec un filet de bave au coin de la bouche?
- J’ai pas dit complètement vide, juste ‘pas intact’.
- De toute façon, c’est Hian qui tranche.


Les regards des Légionnaires se tournèrent vers leur officier et l’attente se prolongea le temps que celui-ci décide de la marche à suivre. Quand son idée fut faite, il désigna Hatton et Shanz pour abattre les gardes et les esclaves qui suivraient. Lekkie et Myna reçurent les deux armes restantes pour assurer la sécurité du groupe pendant que les gardes se faisaient neutraliser. Les Légionnaires se rassemblèrent et Hian fit signe à l’escouade de se mettre en marche. Les soldats progressèrent dans le corridor pour se rendre à l’intersection qui donnait sur le corridor contenant la pièce renfermant l’équipement. Rendu à l’intersection, Hatton fit signe à tous de s’immobiliser et jeta un coup d’œil furtif dans le corridor avec les deux gardes. Après un décompte silencieux de Hian, le chef d’escouade donna une petite tape sur l’épaule de Hatton et Shanz en même temps, les deux soldats émergeant du coin pour abattre les deux Anarchistes en poste à la porte. La synchronisation presque parfaite permis qu’il n’y ait pas d’échange de coups de feu, simplement les tirs des soldats. Hatton se rabattit contre le coin de mur et Shanz franchit l’ouverture pour se poster à l’autre coin de mur. C’était les deux soldats les plus précis de l’escouade.

Quand les esclaves traversèrent le cadre de la porte pour tenter de comprendre ce qui arrivait, Hatton et Shanz émergèrent de nouveau et abattirent les deux esclaves. Alors qu’ils se rabattaient prestement contre le coin du mur, des détonations mineures se firent entendre résultant de l’explosion des esclaves. C’était peut-être triste que des innocents meurent, mais c’était malheureusement une réalité des déploiements. Ne pouvant se permettre de se morfondre sur la situation, l’escouade continua sa mission sans se laisser atteindre par les images qui se dévoilaient à leur regard alors qu’ils se rendaient à la pièce contenant leur équipement. Les quatre soldats armés complétèrent un balayage de la pièce avant de s’y engouffrer l’arme au poing pour sécuriser les lieux. Quand le signal pour dire que la zone était claire fut donné, le reste des Légionnaires suivirent à l’intérieur. Les choses que les Anarchistes avaient accumulées sur leurs victimes étaient empilées pêle-mêle dans un fouillis qui aurait pu en décourager des moins tenaces. Les soldats eurent néanmoins le bonheur de découvrir que les choses étaient groupées par ‘date d’acquisition’ et donc quand l’équipement d’un des membres de l’escouade fut trouvé, tout le monde retrouva ses effets.

Avec soulagement, Zacharias retrouva son exosquelette qu’il enfila et compléta avec son casque. Il était maintenant protégé et plus en mesure de faire face aux Anarchistes qui voudraient sa peau. Alors qu’il glissait son P2-Nixe dans l’étui à sa cuisse, la voix maintenant familière de son IA s’éleva dans son casque.
« Je suis bien heureuse de te revoir Zach. » Après un léger rire de soulagement pour chasser une partie de la tension qui l’habitait, le militaire se laissa un peu aller avec sa plus proche partenaire. « T’as pas idée de comment ça me fait plaisir aussi. » Il passa la bandoulière de son E3-Wendigo sur son épaule gauche et fit une vérification de l’arme pour s’assurer de son fonctionnement. Quand tout fut en ordre, il se rendit à la porte pour relayer Hatton et le laisser aller s’équiper convenablement. D’autant plus que Hatton était leur tireur de précision et qu’il était une nécessité dans ce genre de mission. Maintenant en pleine capacité d’intervention, les Légionnaires devaient sortir du camp et regagner Tadryon. Chose sûre, les soldats ne se feraient pas prendre une deuxième fois en embuscade et il n’aurait pas la moindre pitié pour leurs agresseurs. L’escouade n’était pas en nombre suffisant pour sécuriser le camp, mais il était certainement en mesure de s’exfiltrer.

Hian reprit la tête de son unité et les mit en marche. Silencieusement, malgré leur armure assistée, les soldats traversèrent les corridors pour sortir du bâtiment dans lequel les Anarchistes avaient monté leur camp. Ayant déjà fait un premier repérage lorsqu’il tentait de trouver leur équipement, les militaires avaient une idée des lieux et des endroits plus susceptibles de leur permettre de ne pas se faire détecter. En voulant tourner un coin pour jeter un coup d’œil et faire un balayage visuel du prochain lieu, Zacharias tomba nez à nez avec une Anarchiste. Ce fut cette dernière qui fut plus rapide et elle donna un coup sur le canon de l’arme de Zacharias qui fit feu dans le vide. L’arme glissa également des mains de Zacharias. Toutefois, le soldat ne se laissa pas affecter par la situation et, de ses mains, agrippa l’épaule de son opposante pour lui envoyer un brutal coup de genou au ventre. Quand l’Anarchiste se plia en deux, Zacharias glissa ses mains de chaque côté de la tête de la femme et attrapa ses oreilles pour lui tordre le cou violemment. Le tout s’était fait de manière instinctive et sans même que Zacharias ne pense. La femme tomba lourdement sur le sol et Zacharias resta un moment bouche bée devant sa propre réplique d’une telle létalité. Lekkie tira un projectile d’azuris dans la tête de la femme pour s’assurer de son décès et l’escouade se remit en marche en entraînant la recrue avec eux.

Ce n’était pas la première fois que Zacharias prenait une vie, il l’avait fait en tant que Varoc, en tant qu’académicien et également en tant que soldat. Mais, jamais il ne l’avait fait à main nue, sans arme. De prendre une vie avec ses mains avait quelque chose de personnel et d’intime. C’était une chose qui était troublante, certainement la première fois et les fois suivantes. C’était un bon signe qu’il ne se sente pas à l’aise avec la situation, sinon il aurait été un psychopathe. Mais le fait d’avoir aussi naturellement, et sans réfléchir, pris une vie le laissait un peu déboussoler. Seulement, le retour dans un état d’esprit d’opération lui permit de tout balayer de son esprit et de se replonger dans son travail. Avec fermeté, il reprit son arme d’épaule et se promit de ne plus l’échapper de ses mains. Il laissait quand même l’avant-garde aux autres, prenant place au centre à proximité de Hian. Après quelques détours et couloirs, l’escouade réussit à voir l’extérieur et se plaça en retrait pour prendre le temps d’analyser la manière de sortir sans trop prendre de risque. Il ne fallait pas qu’après avoir réussi à sortir de leur cellule et récupérer leur équipement, l’escouade se fasse capturer de nouveau en tentant de sortir du camp. Ce serait un peu bête qu’au moment d’obtenir leur liberté, les soldats échouent. Et puis, sans être une escouade des forces spéciales, les Légionnaires se targuaient quand même d’une bonne réputation.

Hatton et Dax se chargèrent de faire la reconnaissance de la sortie à partir de l’intérieur de l’immeuble. Pendant ce temps, Myna et Hian envisagèrent les diverses actions possibles à prendre. Shanz et Jezol assuraient la sécurité de l’escouade, pendant que Lekkie et Zacharias assuraient le maintien du contact radio avec les autres soldats. Lorsque Hatton et Dax revinrent sur place, Lekkie et Zacharias allèrent remplacer Shanz et Jezol pour leur permettre de prendre un peu de repos. Leur cavale n’avait pas été des plus silencieuse et discrète malgré leur tentative et les Anarchistes savaient maintenant que les soldats étaient en fuite. Il y avait donc un peu plus d’effectifs pour sécuriser le secteur à l’extérieur dans l’attente qu’ils se montrent. Cela expliquait probablement la raison pour laquelle il ne croisait pas une armada à l’intérieur et qu’il pouvait contourner les petits groupes qui les cherchait dans les couloirs et corridors. La même technique serait employée pour quitter le camp. Les deux soldats qui avaient procédé à la reconnaissance de la zone avaient constaté qu’il y avait une voie de fuite non surveillée. Peu praticable et agréable, il était possible que les Anarchistes ne croient pas les soldats désespérés au point de l’emprunter ou qu’eux-mêmes n’osaient pas y mettre les pieds.

Il s’agissait d’un ancien conduit lié à une chaudière qui ne fonctionnait plus depuis des années. Le conduit menait hors de la zone contrôlée par les Anarchistes, mais il faudrait par moment escalader à des angles très prononcés pour réussir à se rendre jusqu’à la sortie. Avec les armatures de leur armure assistée, les doigts et les mains des soldats seraient protégés des coupures que le conduit endommagé provoquerait s’ils s’y agrippaient et se hissaient à main nue. Ne désirant pas valider le temps nécessaire aux groupes hostiles en patrouille pour les trouver, l’escouade se dirigea rapidement vers l’ancienne chaudière. Après un déploiement permettant de sécuriser l’environnement immédiat, les soldats s’engagèrent un à un dans le conduit de l’ancienne chaudière qui était tout juste assez grand pour leur permettre d’avancer. À la file indienne, tous les membres de l’escouade s’exfiltrèrent de cette façon et rejoignirent l’extérieur du camp. Une fois tout le monde réuni, Hian fit faire un tracer à son IA pour les conduire jusqu’à Tadryon. Il ne restait plus maintenant qu’à regagner leur civilisation pour faire leur rapport.

Heureusement, le conduit ne les avait pas apportés trop loin de Varosha. Avec un bon pas de course, l’arme prête à repousser toutes créatures hostiles qui surgiraient des environs, l’escouade franchit les territoires de nature sauvage qui les séparait du début de la civilisation — ou du moins ce qu’on pouvait qualifier Varosha de civilisation. Une fois la limite de la ville franchie, les soldats prirent un moment pour se reposer un peu. Sans relâcher leur vigilance, sachant que les réfugiés et les parias qui vivaient en bordure de Tadryon n’étaient pas plus dignes de confiance que la nature par moment, ils reprirent leur souffle et leur énergie avant de reprendre par la grande route. Avant la fin de la journée, les soldats atteignirent le mur de la Ville Azurée et en gagnèrent l’accès des passeurs sans opposition. L’escouade se réunit dans une salle de débriefing et resta un moment en silence à simplement savourer le confort et le bien-être d’être revenu chez soi.


« Je ne vous retiens pas pour ce soir. Demain matin, nous nous rencontrerons ici pour faire un débriefing de la mission. Pour le moment, je veux que vous preniez du repos. »

(3 692 mots)

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Message(#) Sujet: Re: L'étincelle [Intrigue Externe] Mar 8 Mai - 23:21

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" Vous allez déposer vos armes et… Et sortir de vos… Vo– RAAAAARGH ! Son acolyte le plus proche lui donna un énorme coup derrière la tête pour le calmer, après ce soudain hurlement sorti de nulle part. La folie, indubitablement, habitait les Anarchistes.
- Et sortir de vos armures-là. Doucement. " Somma-t-il en laissant le premier reprendre ses esprits.

Sans un mot, Calvin obtempéra le premier, conscient que même à trois – la fine équipe de Récupérateurs – ils ne parviendraient pas à s'échapper de cette situation entièrement épineuse. Tout autour d'eux, les monstruosités à forme humaine les fixaient d'un regard dont il connaissait trop bien la signification. Comme s'il pouvait d'un simple contact visuel lire tous leurs fantasmes. Et ce n'était pas beau à imaginer. Anorra suivit de près la capitulation du Lovelace, connectée avec lui sur la meilleure stratégie à adopter. Seul Torme ne broncha pas tout de suite, mais la vue des cadavres rebelles lui fit prendre la bonne décision avant que l'un de ces Anarchistes perde patience. Un échange complice avec les deux autres leur firent comprendre qu'il avait eu le temps de lancer un SOS à l'attention de Tadryon. Est-ce que les secours arriveront à temps ? Ceci était une autre paire de manches. Résultat de l'embuscade : collecte de trois nouveaux prisonniers Tadryens, armes et exosquelettes confisqués.


Sur le trajet jusqu'au camp, et inévitablement la cellule, Calvin ne comprit pas pourquoi ils se démenaient à les conserver vivants. Et ce dès le début. Pour les avoir observés à distance de nombreuses fois, l'Anarchie ne se gênait pas pour faire couler un peu le sang afin d'apeurer leurs proies. C'était comme s'ils s'étaient disciplinés et que les ordres d'en haut les obligeaient à se tenir à carreau. C'était louche pour Calvin. Et le destin qu'il leur réservait aussi flou que funeste. En cette crise, Anorra et Torme étaient des alliés de poids. Il les connaissait très bien et s'en remettait pleinement à eux maintenant qu'ils le considéraient comme un égal. Les Récupérateurs formaient une famille soudée, c'était l'occasion de le prouver une nouvelle fois, au détriment de la famille des Anarchistes.

Chargée d'une âpreté propre à la rébellion, l'atmosphère au sein du camp était lourde. L'air pesant envahie par la pollution, engendrée par les nombreux feux alimentés un peu partout. Les Anarchistes adoraient se donner en spectacle et affirmer leur position, également un moyen de se repérer entre les camps. En lui-même, cette base en particulier n'était pas bien grande. Plusieurs unités de l'Armée suffiraient à l'anéantir, mais au prix de trois Récupérateurs malchanceux ? Le doute était permis. La cage qu'on leur avait réservée était marquée par le passage de leurs dernières victimes, du sang séché et de quelques osselets couverts de chair. Dans d'autres circonstances, il aurait été aisé de comprendre que ce serait le sort qu'on leur réserverait. Mais le fait qu'ils aient mentionné le Centre chamboulait toute la logique : pourquoi les amèneraient-ils auprès du terrible Kainaru ? Combien d'entre eux se retrouvaient dans la même situation ? Visiblement qu'eux trois, mais qu'en étaient-ils des autres camps ? Calvin se mordit la lèvre. Réfléchir au sujet de l'Anarchie était une erreur qu'il ne fallait pas commettre. C'était typiquement dans celle-ci que pataugeait Anorra, à en voir ses doigts repliés sur son menton. Torme, lui, fidèle à lui-même, était entre sur l'alerte et l'envie de pioncer à attendre la suite.

Pas Calvin Lovelace. Les monstres, il les connaissait. Ces Hommes ne le feront pas plier sans griffes, ni crocs, ou tout autre mutation sanguinaire. Seul leur esprit, enfoui au plus profond de leur conscience, était perverti. Point visible. L'iris azuré fixa leur geôlier, alors que la pénombre s'abattit doucement à mesure que le temps s'écoulait. Cet Anarchiste, le gueulard de tantôt, jouait un chouïa trop gaiement avec la télécommande entre ses doigts crochus. Sans jamais pianoter sur les boutons, il effleura ceux-ci avec une tentation perceptible. Comme un enfant. Un explosif. Les Anarchistes en raffolaient, ils étaient peut-être prêt à tout faire péter dans leur propre camp. Si leur geôlier cédait, peut-être que cette distraction leur permettra d'exploiter une faille. Le Tadryen aurait voulu se concerter à ce sujet avec ses camarades, mais cela serait trop suspect, trop évident… Non, cette occasion-là était trop belle. L'Anarchiste pressait quasiment sur la commande. Il était craintif, instinctif. Il était possible de le pousser jusqu'au bout… Le Lovelace attendit le moment rêver, cet instant où le rebelle était vulnérable, prêt à passer à l'acte. Puis il bondit contre les barreaux, un impact métallique suffisamment fort pour briser d'un coup le silence de la nuit. " Appuie ! " S'écria le Tadryen, sous le regard ahuri de ses comparses. Et de la surprise de l'Anarchiste, un mouvement de recul de sa part lui faisant resserrer les poings, plus particulièrement sur ce fameux bouton. La détonation s'enclencha. L'expression incisive de Calvin se mua en l'effroi lorsqu'il vit l'abdomen de l'Anarchiste s'illuminer, aux premières loges du feu salvateur. Le choc se répandit dans tout le camp.

L'éclat l'aveugla quelques secondes, où le Lovelace adressa une rapide prière aux Héros pour sa survie. Probable, mais point sans de graves séquelles. Ne pouvant reculer avec son inaptitude à utiliser sa prothèse, il semblait condamné. Cependant, il n'était plus seul. Tiré en arrière par Anorra, la déflagration ne l'atteignit que peu. Ce furent surtout les boyaux de l'Anarchiste qui recouvrirent leurs visages, avec en prime un ticket de sortie. Le soldat-médecin passa une main sur ses yeux, encore bien étourdi par le souffle. On le soutint pour sortir de la cellule et se placer aussitôt à couvert pour se prémunir d'éventuels projectiles. Malgré tout, la confusion était encore bien grande dans le camp et les Anarchistes devaient encore comprendre que l'un des leurs s'était fait sauter par inadvertance. " Où est Torme ? " Calvin analysa rapidement la situation pour le repérer à l'autre bout du camp, en train de se rapprocher d'une remise. Il a des yeux de Ptélodac. Constata Calvin, s'imaginant le fameux Récupérateur avoir déjà repéré là où on gardait leur équipement dès leur arrivée. Il fit un signe à Anorra : tout en finesse, les deux Récupérateurs se rapprochèrent de leur confrère qui était déjà entré. À leur arrivée, Torme s'était débarrassé – à mains nues – de celui qu'on avait affecté à la surveillance interne de leurs trésors. " Pas trop de casse. " Anticipa le Récup', leurs exosquelettes étaient encore fonctionnels, les Anarchistes ayant peiné à tenter de les démonter ou même de les utiliser. Calvin pénétra en Kimi, cette dernière ne se gênant pas de lui lancer quelques reproches bien acerbes : " Vous devriez être sévèrement puni pour votre négligence vis-à-vis de votre arsenal. De moi. " Le Tadryen avait plus d'une réplique cinglante en poche, mais la situation le préoccupa davantage. Ils s'armèrent aussitôt de leur gadgets lasers.

" Ils vont se rendre compte de notre évasion dans très peu de temps. Torme acquiesça :
- On fonce avec l'effet de surprise. Calvin s'interposa.
- Il y a d'autres prisonniers.
- Nous n'avons pas le temps, Calvin… Il s'apprêta à insister, mais l'alerte était déjà lancée via des hurlements à la limite bestiale et des gongs caractéristiques de cette plaie de Varosha. Nous n'avons plus le temps. " Rectifia la Récupératrice en laissant Torme prendre les devants.

Face à la porte, préalablement le grand vacarme, il se retourna vers ses partenaires : " Je fais sauter la porte et on ne se retourne pas. Ne restez pas trop près, par contre. " Anorra confirma d'un hochement de tête, laissant Calvin à la fois dubitatif et déçu par la hargne survivante de ses mentors. L'exosquelette de Torme le propulsa dans le feu de l'action, il fonça directement vers la porte barricadée. En sortant, Calvin eut une vue assez dégagée pour remarquer les autres cellules où les prisonniers s'extasiaient. " Sortez-nous de là, je vous en supplie ! " Obligé par son serment, le médic devrait s'élancer vers les geôles tant que le combat préoccupait les maîtres. Mais l'insubordination, il avait tant valsé avec elle. Sur le long terme, cela lui en coûterait trop. Surpris par le cri de guerre d'un épéiste, Calvin se retourna vivement vers l'assaillant. Il para avec son avant-bras la lame, et profita de la garde pour diriger le canon de son Helhest vers le cou de l'Anarchiste. Alors que celui-ci se tortilla en vain pour stopper l'hémorragie, Anorra l'acheva d'un laser dans la tête. " Préparez-vous ! " À cette clameur retransmise dans son casque, Calvin se redressa aussitôt : le boute-en-train activa son module d'onde-de-choc, l'armure assistée fit surchauffer ses systèmes ; l'énergie d'Azuris déborda et balaya tout autour sur un périmètre suffisant pour forcer la porte. Même l'instinct animal ne permit pas aux Anarchistes de se remettre totalement de ce phénomène. Ce fut ce minime moment qui permit aux Récupérateurs de fuir par là où on les avait traînés. Vivants.

Après avoir parcouru plusieurs mètres à travers le labyrinthe de la cité fantomatique, la fine équipe en conclut qu'ils avaient semé leurs poursuivants. Les explosions successives ont dû alerter des renforts, contrairement au SOS lancé par Torme qui n'avait finalement donné aucun retour. Mais surtout, la nuit étant encore présente, c'étaient les créatures qui reprenaient le flambeau du chasseur. À tâtons, ils se rapprochaient de la cité illuminée. Le chemin du retour était moins rayonnant pour l'altruiste, encore rancunier à propos de cet abandon.

" Nous devons y retourner. Exigea le novice en se tenant aux côtés des vétérans.
- Nous devons. Affirma Anorra en retour, sans aucune once d'hésitation. Sa tête pivota vers le médecin confirmé. Et nous le ferons. "


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Caïn
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Message(#) Sujet: Re: L'étincelle [Intrigue Externe] Ven 11 Mai - 12:18

Un exemple de société cosmopolite qui au final ne manquait pas de grand chose pour devenir un endroit de prospérité et débordant d’humanité. Voilà ce qu’était vraiment Varosha. Un bassin brassant la base des êtres. Balbutiements ballotant entre clans et cités éparses, laissant le vent circuler entre les solitudes. Car la ville, que j’appelais ville, dans laquelle j’étais alors était un formidable concert de solitude comparée et rassemblées. Est-ce qu’un groupe rempli d’êtres seuls se sent moins seul ? Je n’avais pas la réponse à cette question, je savais seulement que l’immensité était en train de flirter avec moi.

Je marchais un peu au hasard, ne comprenant pas bien comment Varosha avait pu à ce point se laisser aller, mais comprenant à merveille les réelles raisons qui m’avaient poussées à venir ici. Il y a quelques jours de cela, je me demandais pourquoi cette cité dont on nous parlait semblait si hostile, alors qu’elle incarnait peut-être le gouvernement politique de demain, un endroit où les gens géraient leurs propres envies et besoins, mais il manquait de régulation, il manquait de flux qui permettait de faire tenir les choses entre elles. Varosha était bancale et je devais le voir pour m’en rendre compte.

Maintenant que j’avais face à moi cet amas étrange d’humanités, je devais en profiter, le voyage avait été long et fatiguant, je ne l’avais que peu supporté, je devais le mettre à profit. J’étais là pour une raison presque personnelle, même si le mot était peut-être un peu fort. Je m’étais mis en tête il y avait de cela quelques mois de commencer à tenter de comprendre les peuples contre lesquels nous nous battions en les regardant, de plus près. J’avais besoin de voir comment ils fonctionnaient, de corroborer ce qui se disait dans le Cercle des Pierres et d’y ajouter mes propres observations. Je n’étais pas encore infiltré, mais je savais que cela allait venir et je devais pouvoir être capable de parler du monde, dans son entier, de tout connaître, car j’étais polymorphe et Spectre. Oui, en y repensant, je n’étais pas là sur Ordre de la Voix, mais je n’étais pas non plus présent à Varosha pour les affaires les plus personnelles que j’aurai pu trouver. En réalité, j’étais là pour Spectre, car je l’étais. Spectre. Spectre. Spectre. Son ombre, sa vie, son bras droit, son simple bras, son instrument et son décideur, nous étions Spectre et nous étions partout, même à Varosha.

Je me mis en quête d’un groupuscule de réfugiés qui voudraient bien m’accueillir, je rabattis sur mes cheveux un capuchon, pour coller avec le décor, je n’avais pas pris mon masque d’os, trop étrange à arborer près de Tadryon, mais j’avais dans mon dos ma faux et contre mon poignet ma lame, je devais, de l’extérieur, former un personnage étrange. Comme si la mort était devenue rousse, avait fait un trop long voyage jusqu’au travail et que sa faux sonnait faux sur son dos. Mais je n’étais pas la mort. On m’avait appris à être bien plus délicat.

A une petite centaine de pas des portes, un groupe de gens avaient établi un campement de fortune et semblaient venir de partout. Le groupe semblait assez hétéroclite pour que je m’y mêle facilement et parlait de manière presque légère, contrastant avec la lourdeur ambiante de la ville. Sans chercher d’autre cérémonial, sentant les codes ici comme depuis bien longtemps abolis, je m’approchai d’eux.

L’une des personnes présentes portait des habits amples, qui claquaient parfois lorsque le vent s’emballait. Iel avait les yeux couverts par un bandeau qui semblait laisser paraître le monde et j’avais l’impression qu’iel avait toujours été dans ce paysage, comme si tout avait été fait pour ce moment. Dans ses mains, un arrangement étrange de corde qu’iel pinçait avec minutie et nonchalance provoquait un petit son léger. Cordes pincées. Berceuse. C’était la chose la plus douce que j’avais eu l’occasion de contempler depuis mon arrivée ici. Je m’en approchai tranquillement, pas à pas, la musique m’appelant à elle sans que je ne le choisisse, car tout avait été fait pour ce moment. Puis soudain, le noir.

Je ne sais pas si ce fut quelques minutes ou quelques heures plus tard, mais je me réveillai la tête lourde, les mains attachées, sans ma faux et…sans ma lame cachée. Les personnes qui m’avaient capturées étaient intelligentes. Je sentis couler le long de ma joue un liquide chaud et je le connaissais, c’était mon sang. On n’y était pas allé de main morte, alors il ne me restait plus qu’une option : réfléchir. Je pris le temps de regarder autour de moi, j’étais dans un lieu plus ou moins fermé, toujours le désert proche – j’entendais sa plainte lancinante – et je n’étais pas seul, mais j’étais le premier à m’être réveillé. Apparemment, on avait pris des gens de tous genres, de tous lieux d’origines.

- Il y en a un qui s’est réveillé, chef !


La boulette. Je venais de perdre une carte, oubliant de vérifier autour de moi si des gardes nous surveillaient et ne l’ayant pas repéré, au moins j’avais ma réponse. Le garde ne partit pas, mais discuta trop loin de ce que je pouvais entendre. Ma tête résonnait encore et le lieu de l’écoulement de sang que j’avais eu donnait comme un concert de bruit sourd et répétitif à l’intérieur de ma tête. Je me rendormis.

Encore un réveil impromptu, cette fois plusieurs personnes étaient réveillées, je reconnus les pas du même garde. Je n’avais pas trente-six solutions.

- Garde, est-ce que je peux avoir de l’eau s’il-vous-plaît ?


Pas de réponses un instant, puis des pas vers moi. J’avais vraiment soif, je n’avais pas bu depuis plusieurs heures, il faisait chaud et lourd et ma voix corroborait cette théorie, rauque et bien plus sèche qu’à son habitude.

- Attends.

Il demanda quelque chose discrètement à l’un de ses collègues et j’enchaînai. J’étais désavantagé, car je ne savais pas qui il était, mais surtout je ne savais pas avec qui il était affilié et c’était peut-être ce qui allait être le plus dangereux. Depuis le début de cette conversation, chacun de mes mots risquait de me faire tuer.

Le garde revint vers moi avec une coupelle d’eau, juste assez pour ne pas étancher ma soif et me faire sentir la joie de boire. Iels étaient intelligents.
Au moment où il me l’amena, je lui souris en lui tenant la main et me levai un peu pour chuchoter à son oreille.

- J’ai envie de toi..


Son regard changea du tout au tout. Il me rejeta et je tombai avec douleur contre le sol sous le regard des quelques personnes éveillées autour de moi. Iels croyaient que j’avais perdu, mais je l’avais bien vu : son regard avait complètement changé, à peine avais-je prononcé ces mots qu’il s’était imaginé mille scénarios et surtout mille moyens d’assouvir ses besoins. C’était évident. Il était dans le désert, en lutte armée contre Tadryon apparemment étant donné que nous n’étions pas dans la ville et que je ne voyais pas d’autres membres de Spectre autour de moi pour le moment et il avait besoin de réconfort. J’attendis.

Peut-être une heure plus tard environ arriva un autre garde qui remplaça celui à qui j’avais parlé. Je vis mes chances s’éteindre comme lorsque l’on met une coupelle sur une bougie, mais au dernier instant la flamme de la bougie se ralluma. Le garde que j’avais commencé à travailler me regarda, et me fit signe de le suivre. Son collègue lui sourit et je suivis ma seule chance de sortie.

Je traversai un bâtiment plus ou moins délabré qui était composé de plusieurs petites pièces, certaines réaménagées, d’autres non, il semblait que ce n’était pas un lieu fait pour de l’habitation à la base. Nous tournâmes plusieurs contours avant d’arriver à un lieu un peu plus sombre et d’être face à deux portes. Sur ma droite une porte entrouverte où je distinguai quelques lits de fortune et sur ma gauche, je n’en étais pas sûr, mais je cru apercevoir des pièces d’équipement posées en désordre sur une grande table et des voix nous parvenaient de cette salle.

Le garde m’emmena dans la pièce avec les lits de fortune, ce devait être un dortoir et il semblait vide. Il fallait qu’il me détache les mains. Cela devait être mon prochain objectif. Il était un peu pataud, il n’avait pas l’air d’avoir déjà vécu ce scénario des dizaines de fois, c’était ma chance.

- Allonge toi.


Je le lui dis d’un ton aussi doux et suave que la sécheresse de ma gorge le permit. Il hésita et s’assit sur un des lits et me regarda. Il hésitait.

- Ne dis rien, attends.


A travers son pantalon, je laissai passer mes lèvres et ma langue à l’endroit qui l’obsédait tant et lorsque je commençai à l’entendre gémir et que je le sentis exsangue, prêt à tout pour que ce qu’il n’avait pas vécu depuis trop longtemps pour lui se réalise, je lui dis d’un air candide :

- Détache-moi les mains, ce ne sera que meilleur.


Il n’hésita évidemment pas, j’avais gagné. Il me détacha les mains et s’allongea sur le lit, les jambes touchant encore le sol. Je continuai ce que j’avais commencé, mes mains montant le long de ses hanches et lorsque je touchai du doigt le manche d’un poignard je n’hésitai pas une seconde. Je le lui pris et d’un coup sec le retournai et le lui plantai droit dans la gorge. Pas de cris, une sorte de gargarisme étouffé par le sang qu’il se crachait dessus. Je laissai le poignard en place pour être sûr de ne pas me faire repérer avec un poignard ennemi sur moi et m’approchai de la sortie discrètement. Les gardes parlaient toujours dans la salle où devait se trouver, je l’espérai, ce que j’avais emmené avec moi. J’étais spécialisé dans l’infiltration, soit. Je me concentrai pour reproduire le plus fidèlement possible la voix de ma victime encore fraîche. Faire cela impliquait que c’était ma dernière chance. Je criai juste assez fort pour être entendu des personnes de la salle des gardes :

- Putain, à l’aide !!

Je me cachai dans l’angle du couloir, vis une femme et un homme sortir de la salle où j’entrai. Ma faux, mon stylet, je ne cherchai pas plus loin. Je les pris, je courrai.

On ne m’avait pas vu, mais par contre je sentais que derrière moi le centre commençait à fourmiller, on avait découvert un cadavre et on n’aimait pas ça. De plus le garde qui avait pris la relève de ma victime m’avait vu et était sûrement capable de me reconnaître, je m’enfuis à toute jambe, évitai les quelques personnes que je croisai sur mon chemin et courus encore des heures dans le désert jusqu’à tomber d’épuisement.

J’étais dehors.
Qui était-ce ? Je n’avais pas l’énergie d’y penser maintenant, mais ça allait devoir être une priorité.

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Merci <3


Merci Adam pour le kit !
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L'étincelle [Intrigue Externe]
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