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 Le fléau des survivants [Solo]

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Fran Superbia
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Message(#) Sujet: Le fléau des survivants [Solo] Sam 31 Mar - 0:04

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C'est une journée comme les autres. France quitte le Cercle des Pierres au déjeuner. Elle doit passer l'après-midi à la forge, les commandes d'armes en tous genre ont presque triplé après la révolte des descendants. L'Alcôve tremble, terrifiée par le mal qui la ronge de l'intérieur. Autour d'elle, la rousse voit la foi aveugle que ses camarades vouaient au Phantasme et son groupe d'intervention tomber en miettes. Aaron Chani est mort. La famille Dionis, si elle reste l'épée terrifiante et vengeresse du Spectre, ne peut plus, par sa seule force évocatrice, calmer les remous qui animent le peuple. Certains nobles vont jusqu'à déposer leurs masques, les rares fois où ils se trouvent forcés de côtoyer le commun des mortels.
Pourtant, la vie n'est pas si différente -elle est identique, en fait- que d'habitude. Le Hall des Artisans grouille toujours de sa foule bruyante, qui frétille à chacun des cris que les tenanciers lancent dans l'espoir d'attirer plus de clients. Les leçons données au Cercle se déroulent toujours dans ce mélange de calme respectueux et de joute verbale entre les simulacres. Chaque maître y fait régner la loi selon ses moyens, avec plus ou moins de succès. Les tavernes et auberges sont toujours aussi remplies, vivantes au déjeuner, bruyantes  au dîner. Les bains n'accueillent toujours que très peu d'armes, voire aucune. Les chambres rassemblent comme jamais les pulsions et sentiments refrénés du peuple.
Alors, pourquoi tout semble si différent? Les visages sont fermés, les discussions se ponctuent toutes ou presque de regards circulaires, lancés au beau milieu d'une phrase. Les têtes s'enfoncent entre les épaules, comme pour y enfermer tout propos pouvant être mal perçu. Marchands, artisans, herboristes, taverniers, tous laissent traîner sous leur comptoir, à l'approche d'un nouveau client, une main pleine de discorde.
Quelques heures plus tard, alors que la fille Superbia bat le fer pour confectionner une dague fine et légère, le ton monte entre le tenancier de la forge et un client. Soudain, le temps semble suspendu pour les autres. Rien de bien méchant, pense la rousse. Elle se remet au travail. Vite, avant que le métal ne refroidisse.
Pourtant, c'est différent cette fois-ci. Les autres travailleurs ne reprennent pas leur occupation, la foule s'arrête, plutôt que de passer son chemin après un léger regard, parfois amusé, souvent outré. Même les enfants n'ont plus cette curiosité naïve en voyant la scène. Les regards se couvrent d'un voile terrible, le même que porte l'assemblée devant la mise à mort d'un iscariote.
Les corps semblent figés, flottant au ras du sol dans une mélasse épaisse et crasse, salie par la suie, le sang et la mort. Les esprits sont liés, ils s'unissent, ou plutôt se rapprochent dans la nuit froide, serrés autour de la flamme vacillante de leur haine. Quel est l'objet de cette haine, me direz-vous? La peur, bien sûr. France les toise d'un regard froid comme les nuits du désert, irradiant la foule de son dégoût.
Allez-y, jetez-vous dans la cage au fauves... Ça pourrait sauver vos illusions...
Parmi la foule, Fran identifie des archétypes. Les justiciers dans l'âme, à l'air révolté, qui lancent de leurs yeux pieux des regards entendus aux autres. «Ils n'ont pas honte, quand même?! Au beau milieu du Hall, devant des enfants? Le voilà, le problème au sein de l'Alcôve!» La rousse a l'impression d'entendre leurs pensées, tellement elles sont gravées sur leurs faciès réprobateurs.
La belle balade encore un peu son regard, et voilà l'intérêt pervers. De ceux qui n'attendent qu'un coup, le moindre petit acte de violence, pour laisser toute leur haine se déverser sur les deux adversaires au centre de cette affaire. Ou sur la première personne qui passera, en vérité. Une superbe boule de contradictions, de frustrations et autres fantasmes solidement ancrés sous un conformisme malsain.
Oh! Voilà les meilleurs. Les apeurés... Ils sont terrifiés, ça se voit. Des cernes qui se creusent sous les yeux, une respiration profonde mais forcée, qui leur soulève la poitrine comme un électrochoc. Le nez rougi, comme s'ils étaient au bord des larmes, et des yeux... Grands ouverts, tremblants, qui filent dans tous les sens, décochant des appels à l'aide. Le hurlement terrifié et la course folle du troupeau en panique sont palpables. Ces gens-là sont prêt à retourner dans un état de peur anarchique au moindre stimulus.
France pousse un soupir méprisant, puis baisse les yeux vers son ouvrage. La peur s'est immiscée dans l'Alcôve, et peu de choses peuvent l'en déloger: une distraction suffisante -d'où l'alcool des tavernes et la promiscuité des chambres- ou une vendetta sanglante. De quoi assurer que la moindre idée de trahison vous destine à finir en pièces au fond d'une allée.
You-pi.

La rouquine n'essaie même plus de chasser ses idées noires. Elles s'en vont progressivement. Sur la pierre à aiguiser, le dégoût qui imprime une saveur âcre sur le palais de Fran est arraché à son esprit avec le métal superflu. Une étincelle à la fois, les pensées de la simulacre s'éclaircissent dans le crissement du fer qui s'affine. Au loin -loin de son esprit, en tous cas-, les deux hommes se calment. Les employés de la forge, diverses lames et marteaux dans les mains, ont pu détendre le forçat. Ou lui faire assez peur.
Et, comme si ce déplorable exemple d'une société qui appuie sur sa gorge la lame effilée de la terreur n'a jamais existé, la foule se disperse, les discussions reprennent, des plaisanteries légères se font même rapidement entendre. La jeune femme soupire. Son ouvrage est fini. Elle pose la lame sur le meuble où se trouvent les armes finies, dit au revoir au tenancier de la forge. Un employé l'interpelle.
«-Hey, Fran! Pourquoi tu n'as pas réagi tout à l'heure, t'avais les foies?» L'homme barbu, bourru, domine France physiquement. De trois têtes, au moins. Trois têtes, et un insupportable sourire narquois. De ceux qui se délectent de voir l'Alcôve saigner, de voir les humains cacher derrière une bonne conscience leurs plus sombres états d'âme. France déteste ce genre de sourires.
«-Oui, j'avais peur. Peur de devoir aider cinq grands gaillards comme vous, armés jusqu'aux dents, à aider notre chef -un ancien de l'intervention, qui pourrait tous nous massacrer en deux minutes avec un cuiller en bois, soit dit en passant, à faire peur à un type qui se pisse dessus tous les soirs depuis que ses cousins ont brûlé vif dans leur cuisine.»
Fran s'en va. Elle n'a pas envie d'écouter la réponse du badaud, ni même de voir sa réaction. Tant mieux, ce genre de déchet humain ne mérite pas plus de considération qu'un  cadavre encore chaud.
La fille Superbia, lovée dans son manteau d'autosatisfaction et de dédain, se dirige vers le cercle de pierre. Un peu d'entraînement ne lui fera pas de mal. Le cercle est désert. C'est rare, en plein après-midi. Même pas un courageux avec qui croiser le fer! France pousse un soupir amusé, à mi-chemin entre une légère déception et l'anticipation amusée de pouvoir s'entraîner seule.
Cette fois-ci, ce ne sera pas à l'épée qu'elle s'entraînera. La belle prend un long bâton, à peu près de la longueur de sa hallebarde, et le sous-pèse. Une fois qu'elle a trouvé le centre de gravité de l'arme, la rouquine choisit une prise ferme sur le bâton et plie légèrement les genoux. Elle ferme les yeux, se rappelle des mouvements que Sérah Enoch lui a montré, il y a quelques mois de cela. France ne veut pas essayer de les reproduire, loin de là. La belle souhaite comprendre le style de combat qu'impose une arme d'hast. Les coups d'estoc, les longues bottes horizontales et verticales, les mouvements bondissants et légers qui permettent de rester à une distance optimale de son adversaire, tous ces mouvements sont nouveaux, peu naturels pour Fran. Ils doivent le devenir. Et il faut les répéter maint fois, avec le plus de précision possible, pour cela. La hallebarde -le bâton, ici- doit devenir le prolongement de son utilisateur -trice, du coup.
La simulacre entame donc un ballet maladroit, dessinant mentalement des fentes courbées dans l'air, et s'efforçant d'y faire glisser avec force et précision l'extrémité du bo. Elle se surprend même à ajouter des mouvements superflus, bonds, arabesques, demi-pointes et jeux d'équilibre. France s'amuse, en fait. Ses mains lui font mal après le travail à la forge, ses épaules sont raidies par la fatigue. Les mouvements longs, qui lui demandent d'exploiter toute la souplesse qui reste dans ses muscles, lui arrachent des grimaces douloureuses par moments. Elle doit ralentir la cadence pour rester précise, et ainsi s'entraîner efficacement. Pourtant, la belle prend son pied!
France continue donc ses exercices, avec, cette fois, un mannequin de bois en guise de partenaire. Le claquement sec du bâton sur le bois, déformé par les années en un épouvantail désuet, ravagé par les coups, entaillé de toutes parts après des lunes et des lunes de lames venant s'affiner sur sa surface, donne un rythme soutenu à la chorégraphie de Frannie. Le pantin vibre sous les coups, ploie très légèrement à chaque impact, restitue la force de tous les coups qu'il reçoit avec des sons clairs et brefs, qui résonnent le long des bras de la jeune femme.
Épuisée, France décide de finir la journée. Elle dîne rapidement à une auberge croisée en chemin, puis rentre chez elle. La rousse se terre au fond de son antre, fait une note mentale pour ne pas oublier de prendre un bon bain le lendemain, puis s'endort tranquillement dans ses couvertures.


Les flammes s'élèvent haut dans le ciel, jusqu'à cacher la pleine lune. Parmi les crépitements, les craquements et les cris terrorisés de la foule, France ne distingue que le silence. Les hurlements silencieux des hommes, femmes et enfants déforment leurs visages en visions d'horreur. Un homme attrape violemment Fran par les épaules. Par sa bouche grande ouverte, la belle distingue une langue gonflée, noire de cendres, craquelée. Entre les plaques de suie grasse, une lueur incandescente révèle les pires secrets de l'enfer. Ses joues creusées, percées de longs sillons, laissent s'échapper fumée et étincelles. Au fond des orbites de l'homme se cachent deux petites pierres noires, brillant faiblement au milieu de la croûte noircie de son visage. Ses yeux sont emplis d'une peur, d'une terreur sourde, désespérée. Il supplie, de son silence cadavérique, qu'on l'achève. Ils supplient tous que l'ont mette fin à leurs souffrances.
Même le firmament semble brûler, désormais. Les étoiles sont autant de points vacillants, qui percent le mur de feu qui s'étend à perte de vue. France sent la chaleur l'envelopper, peu à peu. Sa peau brûle, roussit. Ses cheveux ne sont plus qu'une boule de flammes attachée au sommet de son crâne par un obscur et cruel miracle. Ses traits se creusent, elle a l'air de vieillir de décennies en un clin d’œil. Pourtant, la jeune femme ne souffre pas. Elle n'a pas peur, non plus. Fran se délecte au milieu des flammes. Le bûcher impitoyable qui plonge les Hommes dans la douleur et le désespoir lui donne des forces, ravive ses sens, aiguise sa lame. Sans efforts, France repousse le cadavre mouvant qui s'accroche à elle comme à son dernier espoir de rédemption, et avance. Son épée traîne au sol, y creusant un sillon régulier. La roche s'ouvre volontiers devant la pointe d'acier, même les corps mutilés gisant au sol se séparent sans résistance. Sur son passage, les victimes se contorsionnent, tournent et retournent leurs articulations dans des sens loin d'être naturels pour se prosterner devant elle. Fran ne daigne même pas leur accorder un regard. La rousse progresse lentement, le cœur léger, l'épée à la main, vers l'avant. Avancer, toujours. Même dans un monde de feu, elle avance.
Au loin, elle aperçoit un masque. Inexpressif, lisse, étincelant. Il reflète les flammes, les visages figés dans la cendre et la douleur sur ses joues parfaitement taillées. Le feu danse sur ses lèvres comme une langue avide, prise d'une violente frénésie. Les yeux du masque sont vides. Seules deux fentes en forme d'amande se distinguent sur ce visage d'or, où le vide le plus profond que l'on puisse imaginer contemple sans ciller le travail ravageur de la fournaise.
2130 mots environ
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Fran Superbia
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Message(#) Sujet: Re: Le fléau des survivants [Solo] Sam 31 Mar - 0:06

France se réveille sans cérémonie. Ses yeux s'ouvrent doucement, à mesure que son esprit chasse la brume du sommeil. La tache brune sur le côté droit du plafond lui confirme qu'elle est chez elle. A chaque seconde qui passe, le souvenir de son rêve se fait plus flou, lointain, insaisissable. En se redressant sans se presser, la jeune femme esquisse un sourire sans joie.
Quel joli masque... La belle enfile ses habits, remarque avec soulagement qu'ils ne sentent plus la cendre. Au moment d'enfiler les baudriers où se logent ses couteaux de lancer, elle hésite. La simulacre se souvient de la sensation des lames chauffées au rouge qui brûlent le cuir et la peau, comme si les couteaux formaient une patte griffue et incandescente. Ses flancs en portent encore les traces, d'ailleurs. La rouquine décide de laisser les couteaux, et attache plutôt à son flanc le stylet fin qui, lui, ne lui a jamais laissé aucune trace.
Avant toute chose, Frannie se dirige vers les bains. Il est grand temps d'y faire un plongeon, se délaisser de toute la poussière et la suie qu'une forge peut déposer sur vous. En arpentant les allées de l'Alcôve, la jeune femme est surprise de les trouver vides, ou presque. S'est-elle levée si tôt? Peu importe, après tout. C'est même mieux, elle sera plus tranquille pour faire sa toilette. Pendant son chemin, elle remarque que la tranquillité de l'Alcôve endormie est perturbée -bafouée, même!- par les appels sans réponse d'une femme, sûrement une créature de la nuit qui a perdu son amant. Arrivée aux bains, France se déshabille et entre lentement dans l'eau. Elle réprime le frémissement qui secoue son corps à chaque fois qu'elle rentre dans le bain, et entreprend de frotter. Les mains. Les ongles. Les bras. Ne pas appuyer trop fort sur les côtes, les marques de brûlure sont encore sensibles. Bien nettoyer la balafre qui va à la verticale de son sternum à son nombril. Sous l'effet du savon, sa peau s'éclaircit. Les traits s'affinent, les marques du travail de la veille se révèlent plus subtilement. Coupures, ampoules, éraflures, légères brûlures, piqûres... La rousse s'amuse à trouver les nouveaux stigmates portés par son corps, et à retracer leur origine. Elle s'arrête un instant sur les traces mauves qui encerclent sa jambe gauche. Deux spirales remontent de sa cheville jusqu'à son genou, nettes, légèrement creusées. Même les plantes peuvent vous tuer ici-bas.
Le clapotis de l'eau ponctue sa toilette, rythme ses réflexions, calme son esprit. Enfin, la belle se détend. Elle laisse sa tête basculer en arrière, mouille sa chevelure, sent la masse capillaire s'étendre dans l'eau en une couronne rouge sombre. Une respiration profonde, réflexe tenace déclenché par la sensation des oreilles touchant la surface claire. Les yeux se ferment doucement alors que les sons se brouillent, le clapotis clair devient bourdonnement cyclique, la lointaine caisse claire du rythme cardiaque se fait tambour étouffé entre les tympans. Quand les dernières bulles d'air cachées au fond des narines s'en échappent, filent droit vers leurs congénère libres et aériens, il fait, tout d'un coup, beaucoup plus froid. La chair de poule. Les muscles se crispent à contrecœur, la poitrine se tend vers les cieux, les doigts deviennent aériens et patauds, comme s'ils s'allégeaient tout en se changeant en plomb. Puis, la remontée.
Les cheveux se rassemblent, tombent contre la nuque et entre les épaules, la tête perce la coquille liquide de la surface aqueuse, l'eau qui goutte de toutes les aspérités possibles émet une cristalline cacophonie aiguë. Par une douce ironie, c'est une fois hors de l'eau que l'on se sent le moins aérien. C'est libéré du poids de ce liquide vital que l'on semble s'alourdir. C'est sorti des bains dont la surface miroitante essaie de nous retenir qu'on jurerait être enfermé dans un cocon d'eau. Tous les sens retrouvent leur fonctionnement normal. On n'entend plus les mouvements de l'eau comme si l'ouïe avait évolué en un nouveau moyen de perception. On distingue les formes claires, qui se détachent nettement du fond. Le toucher est plus précis que jamais, on prend conscience du poids de sa propre chair, de l'air qui emplit nos poumons, alors même qu'avant ils semblaient n'exister que parce qu'on admettait leur existence.
«Jacob! Jacob, je ne rigole plus, reviens!»

Il fallait que la voix de crécelle de cette bonne femme soit le premier son intelligible qui parvienne aux oreilles de France. Sa tranquille redécouverte de ses sens gâchée, la simulacre se sèche, s'habille. La femme s'époumone toujours. Les cheveux en une courte tresse qui lui tombe à peine sur l'épaule, la rouquine ignore royalement cet amas de chair et de bruit. Elle n'a jamais aimé jouer à cache-cache, de toutes façons.

La journée se déroule comme la veille. Leçons, déjeuner, forge, entraînement. Seulement, et alors que France martyrise avec délice un adversaire visiblement pas préparé à cette raclée, un messager agrippe le regard émeraude de la simulacre. Ce voile sombre n'apporte que rarement des bonnes nouvelles. Mais il est toujours annonciateur d'action revigorante.
L'homme la mène un peu plus loin, de sorte qu'aucune oreille indiscrète ne puisse les entendre. France doit retrouver un homme. Un bijoutier qui aurait disparu de l'Alcôve. D'après quelques gardes et autres éclaireurs qui étaient en retour de mission, il aurait été aperçu au pied du mont Harân, en direction du Nord-Est. C'est précis. Une description rapide du bougre, l'ordre de partir dès que possible, le retrouver, le ramener. Le tuer si nécessaire.
Ce détail n'étonne pas France le moins du monde. Spectre n'aime pas que quelqu'un détenant ses secrets se balade dans la nature ainsi. Pourtant, cela signifie que le type n'est ni en mission, ni parti en prévenant ses proches. Sinon, son absence n'aurait pas été remarquée.
«-Et comment s'appelle-t-il, notre homme? Cette mission ne plaît pas à la jeune femme. Comme si elle était venue pour partir à la chasse aux égarés.
-Jacob.»
Fran ne peut réprimer un sourire plein d'amertume. Il va donc falloir retrouver la brailleuse et lui demander des informations. La rousse salue le messager, et se met en quête de la femme en milieu de vie qui appelait son cher Jacob de sa voix si insupportable dès le matin.

Il suffit à la rousse de suivre les remous dans la foule et les appels «Jacob! Jaaacoooob!» pour retrouver la femme qui appelle le sus-nommé. Pratique. France s'approche de la donzelle, et lui décoche son meilleur sourire aimable, tendant une main amicale à la pauvre fille d'Eve.
«-Bonjour, ma sœur! Je m'appelle France. La Voix m'a chargée de retrouver Jacob. Pourrais-tu m'en dire plus sur ce jeune homme? S'attendant à une tirade, la simulacre attire la dame dans une auberge, autour d'un verre d'un liquide chaud et doux, de quoi calmer ses hoquets paniqués.
-Il... Jacob est un bon garçon! -Ça commence fort...- Il n'a jamais fait de mal à personne, et il s'est jeté dans les flammes pendant la révolte des descendants, pour sauver son petit frère!
-Je n'en doute pas! Si, elle en doute. - A quoi ressemble-t-il? Et comment puis-je t'appeler, ma sœur?» France ne se soucie même pas de son ton trop neutre pour paraître naturel. Son interlocutrice est trop absorbée dans son rôle de mère rongée d'inquiétude pour remarquer une cordialité forcée. Tant. Mieux.

«-Pardon! Je manque à tous mes devoirs... Je m'appelle Talia. Je suis la mère de Jacob, d'une lointaine branche de la famille Dionis. - Gé-PUTAIN-de-nial. Une pseudo-noble.- Nous ne sommes pas nobles, et personne dans notre famille ne porte de masque depuis des générations. Depuis la Révolte, Jacob est... perturbé. Il s'inquiète énormément pour nous, puisque la notoriété des Dionis nous a toujours assuré un traitement... Plus souple que la plupart des habitants de l'Alcôve. Il s'entraînait plus souvent, dormait avec son épée au pied du lit, nous disait de fermer les volets avec le verrou tous les soirs... Il nous a même fait prendre un Theluji Leo, pour qu'il nous alerte en cas de danger... Pauvre Haumea... Depuis hier qu'il est introuvable, elle hurle son malheur toute la journée!» Le regard de Talia se pare d'un voile empli de tendresse, l'espace d'un instant. Bien vite, ses yeux noir de jais retrouvent leur mélancolie et leur détresse. France, même si la femme ne lui insuffle guère plus de sympathie qu'un des -nombreux!- amants de Caïn, met de côté son humeur hagarde le temps de partager sa peine. Si fugace que soit ce sentiment.

«-Pour retrouver Jacob, je vais devoir savoir ce qu'il manque dans ses affaires. As-tu remarqué un sac, une arme, des vivres qui ont disparus en même temps que lui?
-Eh bien... Si! Il manque nos gourdes, nous en avions deux. Et son épée ainsi que son sac de voyage ont disparus. Et toutes les provisions de la semaine manquent dans nos placards.» Fran se permet un sourire qui se veut rassurant.
«-Tant mieux. Il est sûrement parti vite, mais a pris le temps de bien s'équiper. Peux-tu me décrire Jacob? Je prépare mes affaires et je pars, avant que sa piste s'efface et que les badauds oublient l'avoir vu.
-Oui, bien sûr! Ramène-moi mon fils, je t'en conjure, sœur...
-France. Tu peux m'appeler Fran. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir.»
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Fran Superbia
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Message(#) Sujet: Re: Le fléau des survivants [Solo] Sam 31 Mar - 0:07

C'est ainsi que la rousse part à la recherche d'un petit jeune homme brun et trapu, aux cheveux longs attachés en queue de cheval. Sa chevelure, comme ses yeux, ont la coloration noir profond héritée de sa mère, et le teint mat de son paternel. Un portrait sur toile lui est même fourni, après un détour dans la -somptueuse- demeure familiale. Hallebarde, stylet, outre remplie d'eau, vivres. Une cape pour la pluie. Les gardes l'auraient vu partir vers Varosha. Comme si c'était le moment de s'approcher de Tadryon équipé comme un pillard...
La descente le long des flancs du mont Harân est ardue. La neige, réchauffée par le soleil brillant de l'après-midi, est instable. Les quelques pistes qui parsèment les cristaux blancs se perdent en glissades et plaques de glace décrochées sous les pas des aventuriers. Entre deux souffles opaques, Fran aperçoit les nuages ouateux se prélasser au milieu de l'azur. L'astre du jour, avec mollesse, réchauffe faiblement la neige, la roche et les êtres. Même les quelques fleurs qui percent vaillamment la pellicule immaculée courbent l'échine, d'habitude si friandes de lumière. Les gouttelettes de rosée, gelées depuis le matin, scintillent. Le sol est éclatant, oblige à lever périodiquement les yeux pour ne pas être aveuglé. France trébuche, glisse, pose -tant bien que mal- le genou au sol dans un ultime effort pour garder sa stabilité. Quelque part, au pied de la montagne, la tranquillité d'une journée froide mais ensoleillée est rompue abruptement par des jurons périodiques, lancés d'une voix claire et rageuse, qui résonnent entre les flancs de la chaîne de montagnes.

Ceci explique les regards amusés que lancent les plus détendus du village au pied du Mont, dont l'après-midi s'est vue édulcorée de langage fleuri. La rousse répond d'un sourire gêné aux mimiques et clins d’œil qui l'accueillent. Son teint, déjà rendu rougeaud par la descente complexe, ne s'arrange pas.
Alors que le soleil se précipite vers l'horizon, plongeant les cieux dans une lumière rosée, qui devient dorée à mesure que le regard s'approche de l'astre. A l'opposée, le ciel se parsème de têtes d'épingles scintillantes. Pendant quelques secondes, la fabuleuse fresque céleste se reflète sur les émeraudes troubles serties dans le visage de la rousse. Perdue dans la contemplation de la grandiose Nature, la jeune femme en oublie presque de questionner les passants.
Elle se ressaisit, et remarque, d'emblée, une maison vide -celle qui sert aux Spectres, d'habitude. De celle-ci sortait un homme d'âge mûr, portant des draps ensanglantés. Sentant une piste fraîche, la jeune femme s'en approche.

«-Bonsoir! Je suis du groupe de mercenaires qui vit dans la montagne, vous n'auriez pas vu un de mes compagnons ces derniers jours? L'homme s'arrête en pleine marche. Il fixe la rousse, remettant constamment les draps en place entre ses bras. Son œil droit tremblait, insufflant la vie à la patte d'oie qui témoigne de son caractère jovial.
-Oui, c'est d'ailleurs lui qui nous a laissé ce petit cadeau!
-Il était blessé, pour avoir taché les draps comme ça?»

France, soudain, s'inquiète. Qu'il ait été blessé n'a rien de bien choquant, en soi. Mais les rakuens attaquent presque exclusivement en meute. Et les aquilas ne risquent pas de laisser une proie s'en aller! En plus, France n'a vu aucune trace de sang lors de sa descente. Et elle connaît assez bien les flancs de la montagne pour savoir quelle piste est la plus sûre pour descendre. Et Jacob devrait le savoir aussi.

«-Oui, il avait une large griffure en travers du dos! Il a dit qu'un aquila l'avait attaqué... Il nous a même laissé les plumes de la bête en cadeau. Les enfants adorent ce jeune homme, très patient avec eux, alors même qu'il devait souffrir de sa blessure...
-Et il est reparti après avoir perdu tout ce sang? Depuis combien de temps est-il parti?, coupe la jeune femme, pressée d'obtenir des informations utiles au pistage qu'elle va devoir mener.
-Oui, il a insisté, disant qu'il devait absolument aller chercher... Ah, je l'ai sur le bout de la langue! Un nom de femme... Sûrement sa belle!» Le sourire entendu d'un homme se remémorant ses amours de jeunesse justifie aux yeux de Fran la présence des pattes d'oie.
Il est bon vivant, au moins! Même dans le sérieux qu'elle garde -et affiche sur son visage-, la rouquine ne peut s'empêcher de sourire intérieurement à la nostalgie tendre de l'homme.
«-Mais je m'égare, ma chère. Il est parti hier matin, en direction du Nord. Il a juste pris un repas en arrivant le soir, et un avant de partir. Il a même refusé les vivres que nous lui offrions!»

France soupire. Il a presque deux jours d'avance, et les conditions météo s'annoncent bien pour la nuit. Elle va devoir trouver sa piste tant qu'elle est visible à la lumière du soleil, puis la suivre tant bien que mal au clair de lune. La jeune femme adresse un sourire aussi complaisant que possible à son interlocuteur, puis lui tend une main chaleureuse. L'homme essuie rapidement la sienne sur son pantalon, et serre la pince de la rouquine dans sa paluche râpeuse.

Plus tard, Fran prend une collation rapide, et part rapidement, promettant aux enfants surexcités de voir deux mercenaires passer en deux jours de revenir jouer avec eux. C'était un mensonge éhonté. Elle ne compte absolument pas repasser par le village au retour.

Quelques mètres après avoir quitté le village, France identifie des traces de pas vers le nord. Il y a deux pistes claires, et deux au moins, plus troubles. Elles vont toutes dans la même direction pour l'instant. Le chemin le plus court pour Varosha par le nord, mais elle traverse un lac. Jacob aurait-il fait le tour de ce dernier, ou aurait-il fait trempette? Bon. L'information semble sûre. Allons-y.
Au clair de lune, France suit les traces de pas, jusqu'à-ce qu'elles divergent, un peu avant les bords du lac. Les moins marquées des traces vont faire le tour du lac. Elle ne sont pas pas recouvertes de rosée, comme les autres, mais le gel a déjà immobilisé les traces de pas. France sourit et suit la piste, amorçant un long détour vers l'est.
C'est au plus fort de la nuit, une ou deux heures avant l'aube, que le froid et la fatigue révèlent leurs crocs fantomatiques. Chancelante, France s'éloigne petit à petit de la piste, qu'elle suivait pourtant correctement grâce à la lumière lunaire. Se rendant compte, légèrement affolée, qu'elle s'est fourvoyée, la rousse se rapproche du lac qui est à sa gauche. De toutes façons, le Jacob, s'il a l'expérience d'abattre un aquila, n'est pas assez idiot pour traverser sur un lac à moitié gelé et tout à fait disposer à engloutir les marcheurs imprudents. Il a donc nécessairement fait le tour.
Rapidement, Fran distingue le bourrelet de neige suivi de la grande étendue vide de traces de pas qui révèlent le lac. Rassurée, la jeune femme reprend la direction de l'est. Et son pied droit tombe. D'un coup sec, accompagné d'un craquement humide, la jambe de France plonge sous l'eau jusqu'au genou.
«-Merde!» Pense-t-elle à haute voix, alors qu'elle tombe sur son séant. Le lac est le point de rencontre de deux rivières qui descendent de la montagne. Et elles ont gelé, les coquines.
Après dix bonnes minutes d'efforts, de jurons et de glace brisée, Frannie s'extirpe du cours d'eau glaciale en s'appuyant sur sa hallebarde. Maintenant, son pied droit est frigorifié, et elle doit en plus trouver un endroit où la glace est assez épaisse pour traverser... Certes, les rivières ne sont ni profondes, ni très larges, mais à cette température et avec la glace comme prison, elle a peu de chances de survivre à un plongeon.

C'est en longeant le cours d'eau -en maintenant une distance de quelques mètres, ne soyons pas téméraires- que la rousse aperçoit les marques d'hésitation de l'homme qui la précède. Les marques se croisent, sont plus profondes qu'autre part, et les pas trépignants ont fini de transformer la fine couche de neige qui recouvre l'herbe en une boue froide et translucide.
Il a hésité... Mais la piste ne remonte pas plus, c'est qu'il a traversé ici.

La belle voudrait chercher les traces d'un traîneau, d'une caravane, qui révèlent souvent les passages les plus sûrs, où l'eau est peu profonde et le courant clément, mais même l'étincelante Séléné n'arrive pas à éclairer le sol assez fort pour révéler les belles et parallèles traces d'un tel convoi.
Levant les yeux vers l'est, et le bout de la chaîne de montagnes, France aperçoit la lueur violacée qui bientôt s'étendra sur tout le firmament, annonciatrice du Soleil d'un nouveau jour. La rousse soupire, et décide se camper à l'abri sous un conifère non loin. De toutes façons, la rosée va bientôt se condenser et geler sur le monde, autant se reposer. France décide de faire un feu, ce qu'elle sait imprudent sur un territoire qu'elle ne contrôle pas, mais passer la nuit avec le pied mouillé serait signer son arrêt de mort. Branchages et feuillages lui permettent de faire un lit rudimentaire -et piquant, saleté d'épines- mais salvateur. Comme à son habitude, la rousse s'endort d'une oreille, bercée par le crépitement des flammes.
C'est le crissement plaintif et régulier de la neige qui réveille la jeune femme. Quelques mètres devant elle, une caravane avance, accompagnée de deux personnes- l'une semble être une femme, l'autre un vieillard. L'homme grelote dans ses habits, décolorés par l'acide. Sa capuche est un amas de plis figés dans le froid, statue de fibres et de givre. Même les sourcils fournis brillent, maculés de-
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Message(#) Sujet: Re: Le fléau des survivants [Solo] Sam 31 Mar - 0:09

France dégaine son stylet, attrape un bras tendu vers elle et pose l'arme sur la gorge tendue que lui offre un jeune homme blond, chez qui le froid rosit un visage poupin. L'enfant ne bouge plus, fixant sur la rousse un regard plus hébété qu'apeuré.
Fran pousse un soupir soulagé en lâchant le bras du garçon, et se relève en lui adressant un sourire -faussement- attendri. Elle ramasse sa hallebarde, qui trouve avec plaisir sa place sur son dos. Pendant ce temps, la deuxième personne qui accompagne la caravane accourt, trébuchant dans la neige épaisse et les couches de tissu protecteur.

«-C'est une très mauvaise idée de s'approcher ainsi des gens armés, tu sais? Le regard alors surpris de l'enfant se fait farouche, et il relève le nez dans une moue pleine de fierté.
-Ca va, je voulais juste voir ton arme! J'en avais jamais vu des comme ça, au camp!»

Un camp? France traverse la cambrousse depuis déjà un jour et une nuit, et n'a même pas croisé la trace d'un campement sédentaire. Elle ne peut réprimer une expression mélancolique en pensant au chemin traversé par cette roulotte malmenée par les éléments et leurs propriétaires. Avant qu'elle ne puisse demander d'où viennent ces voyageurs, une femme arrive, légèrement essoufflée, et engloutit le garçon dans un tourbillon d'étoffes et d'embrassades. La simulacre rit doucement de l'embarras du bonhomme.

«-Excusez-moi, excusez-nous, excusez-LA!», lance la femme, au bord de la panique. Elle ponctue même la dernière syllabe d'un taquet -dont l'angle d'attaque et la vivacité ferait pâlir les meilleurs bretteurs- sur la tête de l'enfant. C'est donc une fille! Bon à savoir...

Le groupe s'éloigne pendant que France rassemble ses affaires, éparpille les cendres des flammes, efface les traces de sa nuit passée. Elle ne fait même pas attention au regard curieux de la fille. Avec de la chance, son chemin recroisera Spectre. Sinon, la rousse n'est qu'une rôdeuse trop prudente, pas plus suspecte qu'une autre.
Alors qu'elle relève les yeux, Fran aperçoit la caravane arrêtée. La famille -de sang ou de circonstance, au choix- essaie de traverser la rivière, mais ils ont été arrêtés par deux hommes armés.
Tiens, ces passeurs n'étaient pas là hier... C'est donc qu'on peut traverser à cet endroit.
France s'administre une légère claque, afin de sortir définitivement de la torpeur du sommeil, cache son stylet dans sa manche, puis court à grandes enjambées vers la caravane. Une fois arrivée, elle feint d'être plus essoufflée qu'elle ne l'est, et met en marche son grand jeu d'actrice.
«-Si vous ne pouvez pas payer, on peut s'arranger, très chers! Mon ami et moi pourrions nous entretenir avec cette belle femme!
-Mère, enfin! Vous pourriez m'attendre! L'un des deux passeurs s'approchent, un sourire étrange aux lèvres.
-Si c'est ta mère, ma petite, explique-moi pourquoi tu dormais dans la neige un peu plus loin quand ils t'ont croisé, hein?!»

Ils mordent toujours à l'hameçon, c'est fou. Penché sur France avec les mains sur les hanches, l'homme la domine de sa grande taille, et tend un ravissant cou sans protection. Le stylet de la belle s'y enfonce sans prévenir, tourne et ouvre une plaie béante. Alors que l'homme tombe lourdement au sol, gargouillant rageusement à l'approche d'une mort certaine et idiote, son compère bondit, une massue à la main.
La jeune femme dégaine sa hallebarde, dévie une lourde attaque puis recule d'un bond. Le guerrier revient à la charge. Fran évite son coup d'une fente sur le côté, passe la lame de son arme derrière le genou droit de son adversaire. Une fois ce dernier au sol, la belle se retourne et plante la hallebarde dans le dos de l'homme. Elle appuie, tourne, sort l'arme. Un dernier coup latéral en travers de la nuque finit le travail, confirmant la fin du combat grâce au bruit sec de l'os malmené au travers des sons flasques de la chair tranchée.
Le passeur, couché dans la neige, se débat faiblement, poussant un soupir humide, dernière preuve qu'il fût un jour en vie. La rousse va tranquillement récupérer son stylet, qu'elle avait laissé dans la jugulaire du premier homme, récupère sa bourse et la lance à la fillette, accompagnée d'un regard froid, sans aucun malentendu possible. Alors qu'elle continue à fouiller, en quête de quelque pitance -viande séchée, fruits, racines, mêmes-, la rouquine s'adresse à la famille.

«-Quand leurs complices vous demanderont ce qui s'est passé, dites-leur que vous les avez trouvé déjà morts. Donnez-leur la bourse, ils vous laisseront tranquilles. Alors qu'elle passe devant le groupe pour continuer sa route, Fran reprend. Oh, et ne soyez pas idiots: prenez quelques pierres bleues dès maintenant avant de leur donner le reste avec la bourse.»

C'est donc avec du sang sur les mains et de la viande séchée en bouche que la simulacre continue sa route. Elle a déjà abandonné l'idée de suivre la piste de Jacob. Si les caravanes traversent toutes à cet endroit, elle n'a aucune chance de pouvoir la retrouver, et elle l'a, d'ailleurs, sûrement déjà perdue. Par contre, elle a une route toute tracée vers le No Man's Land.

Le monde n'est qu'une immense et blanche toile, où seuls les arbres nus osent apporter -hérésie!- une touche de couleur. Tels les ossements de géants torturés par les âges, leurs carcasses sèches étendent silencieusement leurs membres noueux. Les branches grises, scintillantes de la fine couche de givre qui les recouvre, lacèrent le paysage et rappellent à qui se permet de l'oublier l'état cadavérique de l'environnement. Les petits mammifères bondissent furtivement dans la poudreuse, fauchant d'un coup de dents les espoirs naïfs des quelques fleurs héroïques qui percent la couche de glace. Les grands mammifères, eux, se contentent avec leur habituelle nonchalance d'être de vagues formes au loin, observant d'un œil terne les allées et venues des petites ombres qui se traînent le long de l'horizon.
Les petites formes, elles, avancent en une longue file vers le joyau d'acier bleu. La masse cumulée de leurs lamentations et espoirs forment une route dans la forêt morte, leurs pas écrasent l'eau cristallisée en un chemin pavé et praticable, quoiqu'un peu glissant par endroits. Trop apeurés pour être violents, trop las pour être méfiants, les caravanes et pèlerinages se succèdent et se côtoient, souhaitant ardemment que ce seront les prochains qui croiseront une bande de charognards affamés et en rut- pardon, une bande d'Hommes.
France s'amuse presque de ne plus distinguer son souffle opacifier l'air devant elle, au milieu d'une telle procession de morts. Car faisons face aux faits, elle vient de Tadryon. La belle a regardé longtemps les insectes venir mourir contre les parois du dôme, et elle même s'est réfugié dans ses contreforts pendant des lunes. L'écrasante majorité des gens de ce pèlerinage mourront au pied du mur. Et la plupart de ceux qui pourraient rentrer préfèrent tyranniser les premiers en toute liberté. Fran éprouve un amusement maintenant bien réel, et tout aussi amer, à l'idée qu'on soit conscient de son impuissance au point de choisir un espoir que l'on sait vain, pour peu qu'il nous fasse traverser les flots terribles de la nuit froide.
Au loin, la rouquine entend les hurlements stridents et enjoués des guerriers qui tuent pour se sentir vivants, juste une fois, encore une dernière boucherie, avant que la torpeur et les pluies acides ne finissent de ronger leurs âmes. Mais cette fois, les cris ne sont plus le seul son qui leur répond. Non, contrairement à ces premières nuits dans les ruines de Varosha, la terreur n'est pas seule face à l'Humain. Le fer est dressé, et lui donne la réplique.
France accourt. Personne n'est assez courageux dans la troupe de cadavres qui se traîne vers le mur pour oser riposter. C'est forcément un combattant entraîné qui lutte, non pas pour sa vie, mais ses convictions. Et depuis le départ des enfants de la Terre, même l'armée azurée ne se bat plus pour ses croyances. Comme elle l'a vu ce soir, entre les grosses gouttes qui battent les ruines de la vieille ville azurée, dans le cœur incandescent d'un patriarche blessé dans son orgueil et son organe, comme dans la longue nuit venteuse des Steppes, Fran voit danser le voile ténu, imperceptible, rieur, même, du Spectre.
Elle vole à un ancêtre la lame qu'il tient en tremblant, tentant de cacher derrière le maigre corps que l'âge a affiné sa chère compagne. France lance le couteau. Le lancer est mauvais, la lame peu équilibrée. Le coup atteint un bandit à l'épaule, sans s'enfoncer. C'est assez pour le faire retourner, pourtant.

La dernière chose qu'il voit est une furie ayant perdu sa capuche, sautant, une lance bizarre en avant. Alors qu'il contemple les cieux qui s'assombrissent, il sent le stylet s'enfoncer sans douleur dans sa chair. Une fois, deux fois. La troisième cogne l'os et y reste fiché, vibrant faiblement au rythme de son cœur paniqué. Il n'a pas la force de crier lorsque la fillette -elle n'a pas l'âge d'avoir les dessous rougis, par Dieu!- empoigner sa lourde hache et se retourner pour l'enfoncer dans le flanc de son compère, manquant de tomber, emportée par l'élan de l'arme. Son sourire et plus chaud que le sang qui quitte son être, pourtant, il lui donne froid. Ou est-ce la mort? Oui, c'est la-

Le bon -c'est ainsi que France l'identifie, pour l'instant- ne rate pas une telle occasion. Il pare un coup destiné à la rouquine le temps que cette dernière retire sa lance argentée de sa victime. Il a déjà vu cette hallebarde, à l'Alcôve. S'il craint quelque peu pour sa vie, savoir cette furie de son côté lui rend du courage. Elle, au moins, a l'air de s'amuser.
La bataille se termine vite. La foule crie, encourage, rejoint, même, les deux combattants. France s'arrête, hébétée. Elle ne peut s'empêcher de se délecter du spectacle. Les délaissés, les frustrés, terrifiés, persécutés se vengent. Des décennies de violences et de peur subies déferlent sur les attaquants. Ils sont massacrés, battus à morts, pendus aux arbres frêles. Et quand leurs branches cassent, les bandits maudissent le sort de ne pas leur avoir accordé la délivrance d'une suffocation rapide. La piste boueuse revêt une robe carmin, tandis que les corps tuméfiés sont empalés, démembrés, déshonorés.
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Message(#) Sujet: Re: Le fléau des survivants [Solo] Sam 31 Mar - 0:11

Le bon la tire par le bras, l'éloigne de cette tragédie au comique macabre. Alors que les sifflements et les vivas s'amenuisent en disparaissant dans le loin, il engage la discussion.

«-Que fais-tu ici, ma sœur? Je n'étais pas suivi en partant, j'en suis sûr.
Sa menace est si doucement voilée... Il sait qu'être filé par un Spectre n'est pas une bonne situation.
-Ta génitrice s'inquiète, mon frère. Et du coup, le Spectre s'inquiète. J'ai pour mission de te ramener.
»

Personne n'a besoin d'entendre, ou même de prononcer, le fatidique «sinon...» Même les enfants savent qu'on ne fuit pas le monstre tapi au creux du Mont. Les sourcils broussailleux de l'homme descendent en un froncement menaçant. Alors qu'il s'apprête à répondre, France continue, imperturbable.

«-Pas la moindre surprise! France sourit. Les justes, particulièrement quand ils sont combattants, sont presque tous physiquement -et idéologiquement- incapables de mentir. Pratique, quand on est soi-même assez mauvaise bluffeuse.
-Jacob, avant tout, je ne te crois pas déserteur. Tu n'aurais pas passé un jour entier aux pieds des montagnes, sinon. Ce qui m'intrigue, c'est que, d'après eux, tu es à la recherche d'une femme. Qui est-elle?»

La rouquine, dans son empressement, n'essaie même pas de confirmer son identité. Au vu de ses réactions, et de la description qu'on lui a faite du bonhomme, c'est bien Jacob qui lui fait face. Le seul détail qui n'a pas été mentionné, c'est qu'il est grand. Très grand. Assez pour être identifiable par quiconque l'a déjà vu. Forcément, ceux qui croisent son passage sont une bonne source d'informations!
Jacob semble hésiter. Il lance quelques regards autour de lui, s'assure ne pas être suivi, vérifie que personne, PERSONNE d'autre ne pourra entendre. La simulacre se permet un sourire supérieur en observant la détresse du jeune homme. Si quelqu'un était dans les parages pour les épier -et, elle s'en est assurée avant de se jeter dans le vif du sujet, ce n'est pas le cas-, il ou elle sait exactement quel moment choisir pour lire sur les lèvres. Enfin!

«-Après la bataille qui a opposé les Fils d'Ohibaan à Tadryon, j'ai été blessé. Une guérisseuse sédentaire de Varosha m'a retrouvé, soigné et renvoyé en pleine santé. Mais apparemment j'ai mentionné l'Alcôve dans mon sommeil... Je dois donc la  retrouver! Fran ne peut réprimer un soupir. Cette affaire allait être compliquée.
-Je ne suis pas sûre que ce soit si indispensable... Même si elle a un doute sur notre existence, on la prendra pour une paranoïaque, au mieux! Un rapport à la Voix et un peu de surveillance par un de nos frères en mission dans les parages suffirait amplement, non? L'homme n'avait pas l'air déraisonnable. Un peu zélé, tout au plus. C'est avec un regard triste qu'il hoche la tête en signe de négation. Puis presse le pas.
-Tu ne comprends pas, j'ai mentionné le Mont Harân spécifiquement! Un Rapport à la Voix aurait fait de moi et ma famille des... Sa voix meurt en tentant de prononcer le mot iscariote. Jacob déglutit lentement, comme s'il tentait d'avaler une boule d'aiguilles. Sa barbe de trois jours semble creuser des trous dans sa peau épaisse, et le vieillit d'autant plus que son inquiétude creuse des sillons sur son visage. -Je ne peux pas l'accepter! En plus, elle rêve de vivre sous le dôme depuis des années! Elle voudra sûrement se servir de cette information pour gagner un accès.»

Quel joyeux merdier. France n'essaie même pas de retenir un léger rire, presque un gloussement, alors que la situation lui est exposée. Alors qu'ils avancent vers la ville azurée, elle réfléchit. Admettons que Jacob dise la vérité. Avec de la chance, la fille n'est pas dégourdie et traîne encore dans les ruines de la vieille ville, attendant une occasion de devenir conscrit. Si elle n'est pas bête, elle a gardé cette info pour elle, et fait comme si rien n'a changé. Jacob et Fran n'ont donc qu'à aller lui trucider la tête -et le reste du corps- et repartir tranquillement, ou la convaincre de joindre le Spectre et rentrer avec une guérisseuse en plus.
Ou alors Jacob ment, et emmène la belle dans un guet-apens où il continuera sa folle fuite vers l'horizon. C'est peu probable. Il aurait bien mieux couvert ses traces, ne se serait pas arrêté au pied du Mont, ou m'aurait déjà faussé compagnie, voire tuée. Ou c'est un homme vraiment trop simple pour avoir vécu si vieux. Dans tous les  cas, je dois voir s'il dit vrai.

Ainsi, la simulacre accepte de suivre le jeune homme, puis de rentrer à l'Alcôve tranquillement. Ils penseront à un prétexte à mettre dans le rapport plus tard. Plongée dans ses réflexions, France ne s'évertue pas à animer la discussion, et -Qilin merci!- Jacob non plus. Il semble bien plus dans son élément en continuant à marcher de ce pas lourd et assuré qui laisse de belles empreintes au sol, arborant cet air nerveux qui a l'air de lui coller à la peau comme du métal fondu.
A force de pas, le paysage se transforme. D'abord gris et morne, parfois égayé les par quelques carcasses noueuses des grands végétaux ayant survécu aux éléments, la terre arbore petit à petit le rouge sableux, ocre de sang et de désespoir, qu'est la couleur principale du No Man's Land. Heureusement, le soleil est clément aujourd'hui. De ses rayons, il adoucit la fraîcheur de la plaine, sans pour autant faire oublier à qui que ce soit le désert implacable qu'ils traversent. Habituée aux traversées solitaires, France boit. Beaucoup, et même sans soif.
Quand la fatigue se fait sentir, la belle termine -enfin!- les vivres qu'elle a arrachés au corps sans vie de sa première victime du jour. Jacob, lui, continue d'avancer en silence. Une bouchée avide dans ses vivres ponctue parfois le lent froissement de ses pas sur le sable, mais il ne semble pas être fatigué le moins du monde. La simulacre s'efforce de suivre le rythme.
Au loin, le joyau bleu étincelle sous son dôme, perle azurée sur posée sur la ligne d'horizon. Dans l'indifférence morbide de la Nature, Tadryon se rapproche, petit à petit. A mesure que les murs s'élèvent dans le ciel, la splendeur s'enfuit à toutes jambes de la vue qui est offerte aux deux Spectres. L'enclos, à la palissade grise noircie par les âges et les éléments, trône au sommet d'un labyrinthe sale, odorant, délavé par des années de soleil dur et de pluies acides. La pierre, craquelée, est friable partout où les Varocs n'ont pas réussi à la renforcer. Pourtant, l'endroit vit. Un son permanent, murmure d'abord, puis bourdonnement, se fait tambour de guerre une fois que l'on approche de la ville en ruines.
L'odeur chaude et familière de l'activité humaine fait presque oublier comme la vie est difficile ici, au pied du mur. Habituée des villes grouillantes, France rassemble vivres et monnaie le plus près possible d'elle, et demande à Jacob de le mener chez la guérisseuse. Entre les pans déchirés de la chemise du jeune homme, la rouquine aperçoit une large bande de chair boursouflée, témoin d'une blessure profonde soignée d'une main de maître. Le cliquetis régulier des baudriers accompagne chacun de leurs pas dans la foule dense. Les deux boucles argentées qui fixent chaque épée à la taille du jeune homme s'entrechoquent pour former une musique entêtante, presque apaisante, à qui ne connaît et ne vit que par le fer.
Il a deux épées? France cogite, alors que leur progression les éloigne des grandes rues -si l'on peut les nommer ainsi- de Varosha. Il n'a pas dépouillé un des bandits, c'est sûr. Pourtant, le bourge a bien une épée droite, ornée au pommeau de quelques babioles et armoiries -l'épée familiale avec laquelle il est parti-, et un cimeterre! Et comme tous les cimeterres produits à l'Alcôve pour les gardes postés dans la montagne, son fourreau et gravé...
Au fond d'une des -nombreuses- ruelles qui servent de camps à diverses familles et compagnons d'infortune, Jacob se retourne, et dégaine. France a déjà sa hallebarde en main, et le regard vert sombre qu'elle plante dans les yeux noisette du bougre est bien plus dur que son sourire, crispé, amer, blessé.

«-Tu peux nous rejoindre, ma sœur. Vivre ici, cachés de tous, puis rentrer à Tadryon grâce à nos renseignements...
La belle se maudit de n'y avoir pas pensé plus tôt. Quelle idiote attendrait aussi longtemps avant de vendre des informations, surtout avec des talents en médecine... Où est-elle, d'ailleurs?!
-L'Alcôve prend feu, tu l'as bien vu! Rester là-bas ne t'apportera que du sang et des larmes! Son regard, à lui, est fermé. Il ne veut pas être implorant, sa décision est, de toutes façons, déjà prise. Sa voix est calme, plus grave qu'à l'accoutumée, ferme. Il tend une main serviable, tandis que dans son poing gauche est fermement tenue une lame droite, un peu plus longue que la moyenne des épées à une main, ornée de fines gravures. Dans les sillons des décorations, le sang séché des frères trahis forme des écailles brunes. Il gagne du temps. Des pas derrière elle. Légers, voulant être discrets, mal assurés. Il est trop loin pour réagir à temps.

France tourne le dos à Jacob, court vers la jeune femme qui se tient à quatre enjambées derrière elle, les genoux fléchis, une lame courbée tremblant dans les mains. Le réflexe de la belle -cheveux bouclés, coupés courts, d'un brun profond- est de protéger son visage de ses bras pendant que la hallebarde lui ouvre le ventre. Elle pose un regard peiné sur la rouquine alors qu'une larme roule le long de ses taches de rousseur, puis s'effondre.
Fran se retourne, l'arme à la main. Jacob se tient à distance, l'épée haute, les genoux fléchis, la main libre en avant. Une garde lourde fait presque oublier que le bougre se bat sans bouclier. Dans l'espace restreint de la ruelle, France ne peut faire que des attaques en fente, il le sait. De fait, il ne peut pas l'approcher tant que sa hallebarde pointe vers ses entrailles.
Le sang traverse ses tempes en y jouant du tambour de guerre le plus violent de l'existence. Entre chaque coup de tonnerre, la rousse entend les râles sifflants d'une guérisseuse qui sait parfaitement qu'elle n'a aucune chance de survivre à sa blessure, ni la force de lutter pour la vie. C'est à France de gagner du temps. Son sourire se fait suffisant. Elle se redresse légèrement, faisant mine de baisser sa garde.

«-Alors, mon frère? Tu ne veux pas sauver ta belle? Quelle ingratitude!»
France obtient un bref rire pour seule réponse. Non, il ne veut pas la sauver. Il n'en a jamais eu l'intention, en fait. Sa mort ne rendra son récit que plus authentique, ses informations plus intéressantes. Ce que France sait, c'est qu'il n'a aucune chance d'échapper au Spectre. Surtout pas caché au fond de la ville bleue. Un rouge infiltré trouvera bien un moyen de lui ouvrir la gorge au détour d'une allée. Et il en est sûrement conscient.

«-Tu préfères aller mourir à Tadryon en iscariote, jeter l'opprobre sur ta lignée, pourquoi? Parce que tu as peur qu'un rebelle t'ouvre le ventre ou mette le feu à ta bâtisse? France rit. Suffisante, dominatrice, pleine de la pitié qu'on a pour un pauvre hère qui ne comprend même pas sa misère, elle rit doucement. -Je ne savais pas les nobles si peureux... Même ta chère mère a plus de courage! Alors qu'elle tremble comme une feuille depuis que les iscariotes se font violence... Jacob, tu as moins de courage qu'une bête mère nourricière d'une famille de faux nobles, c'est presque un exploit!»

L'homme se précipite, l'épée en avant. C'est fou, ils mordent tous à l'hameçon, aujourd'hui. France relève son arme, se plaque contre le mur du côté opposé à l'épée, et met la lame courbe de la hallebarde en avant. Malgré ses efforts, le jeune homme, de sa taille imposante, se retrouve avec la pointe argentée dans le flanc droit. Il tombe à genoux, et lève les yeux vers la rousse.
C'est avec un léger sourire et le regard dans le vide que Jacob décède, une fente rouge sur la gorge. Alors qu'il gargarise lentement dans son propre sang, le simulacre tend une main désespérée vers sa défunte guérisseuse, dans l'espoir qu'il pourra, où qu'il aille, la retrouver et se faire pardonner.
La rousse, moins fleur bleue, ramasse l'épée décorée et son fourreau, puis rebrousse chemin. Il est temps de faire son rapport à la Voix. Varosha grouille toujours autant. Quelques enfants pointent du doigt la dame dont les armes et les habits sont tâchés de sang. D'autres, se voulant plus discrets, ne peuvent retenir leur envie de regarder avec horreur les colorations écarlates qui parent la rousse. La principale concernée, fidèle à elle-même, leur rend leurs regards, démêle les discussions sur son apparence du brouhaha usuel et interminable de la ville azurée.
Une fois sortie des murs sales et de la foule grise, la simulacre s'autorise une grande lampée d'eau. Elle a le goût métallique du sang frais. L'odeur âcre est ancrée sur son palais, le liquide clair semble épais et chargé d'hémoglobine. La nuit va bientôt tomber. Sous les étoiles, têtes d'épingles scintillantes au milieu d'une mer d'encre, le No Man's Land est encore plus menaçant qu'il ne l'a jamais été. Il fait froid. Encore plus que lorsque le soleil voulait bien faire semblant de chauffer. Les rochers escarpés et monticules de sable sont autant de crocs gargantuesques, déformés par le clair de lune, habités, dans la nuit calme, d'une soif de sang intarissable. France sourit. Au fond de son âme, la peur enserre son cœur, qui bat. Fort. Plus encore que lorsqu'elle ouvrait le ventre de feu son compagnon. Le sang sur ses vêtements a gelé, et luit, maintenant. Les cristaux rouge sombre brillent sous la lumière crue de la lune, tentent de reproduire la flamme qui habitait leurs défunts propriétaires. La simulacre fait un feu, et s'assoit.
C'est engoncée dans le sang de ses congénères qu'elle s'endort, sous la lumière grise de la lune. C'est habillée de la robe brune d'un combat aussi fratricide que lointain qu'elle atteint l'Alcôve, le lendemain. De son fils, Talia ne retrouvera qu'une épée ensanglantée, témoin d'une trahison qui ne sera jamais oubliée, ni pardonnée.
Maigre consolation, la déshonorée n'a plus à craindre la fureur des descendants.
France s'endort, l'odeur du sang dans les narines, le goût amer des péchés humains en bouche. Ses muscles las ne lui font même plus mal, la faim ne lui tord plus le ventre depuis des kilomètres. Toute la nuit, les gargarismes désespérés de la guérisseuse la bercent, encore et encore, toujours plus près des flammes. La rousse s'y laisse aller, laisse son esprit partir à la poursuite de ce masque. Cette nuit-là, les corps carbonisés ont les cheveux courts et bouclés.
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