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 Guérison de l’âme - Solo

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Zacharias Deost
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Message(#) Sujet: Guérison de l’âme - Solo Jeu 12 Avr - 6:08




Guérison de l’âme


Cela faisait un moment déjà que Zacharias luttait contre son propre esprit, contre ses souvenirs, contre le passé qui reprenait racine dans le présent et dans les pires moments. Le soldat était seul dans le vestiaire, regardant l’intérieur de sa case en restant assis silencieusement sur le banc ancré dans le plancher au milieu de l’allée. Il se sentait fatigué, un de ces rares moments où il ne parvenait plus à retrouver en lui cette force inépuisable qui faisait de lui un si bon survivant. Il savait aussi qu’en se levant demain, il serait de retour sur ses pieds et prêt pour prendre tout ce que la vie avait à lui envoyer au visage. Au final, il ne s’inquiétait pas trop. Le reste de l’escouade avait déjà quitté la pièce après le débriefing, Zacharias ayant rangé ses choses d’une lenteur volontairement exagérée pour pouvoir se retrouver seul avec lui-même et vivre ce moment de faiblesse loin du regard de ses frères d’armes. Il avait son égo après tout. Et puis, comment pourrait-il aborder la situation avec un de ses frères d’armes? Je suis censé être là pour protéger tes arrières, mais hey, je perds la tête! Il aurait une armada de problèmes bureaucratique à affronter s’il en parlait avec quelqu’un de l’escouade. Sans compter qu’il avait toujours réglé ses problèmes par lui-même. Pas qu’il était individualiste, juste qu’il était solitaire de nature.

- Tu en as beaucoup en tête le bleu.
- Capitaine…
- Repos, du calme soldat. Oublie les grades pour un moment.
- Monsieur, est-ce que quelque chose ne va pas?
- À toi de me le dire Deost.
- Monsieur?


La recrue n’était pas certaine d’apprécier la nature de cette conversation. Pas dans le sens qu’il n’aimait pas que son chef se soucie de lui, mais qu’il avait une appréhension quant aux répercussions que ses révélations pourraient avoir. S’il parlait trop, il devrait faire face à la musique après. Et puis, il avait toujours été un ‘bon petit soldat’, le genre de personne qui n’embêtait pas ses supérieurs avec les drames de sa vie personnelle. Quand on entrait au boulot, les problèmes devaient rester à la maison.

- Deost, on est comme une famille les Légionnaires. Tu es encore nouveau et pas encore complètement familiarisé avec nous, mais il vient un temps où on s’appelle tous par nos prénoms entre nous hors du travail. Quand un de nous pose un genou par terre, c’est notre devoir de le rejoindre et l’aider à se relever en le gardant en sécurité.
- J’en suis bien content monsieur, j’apprends beaucoup et vous êtes tous d’excellents mentors avec moi. Seulement, il n’y a pas grand-chose que vous pouvez faire avec… enfin… pour m’aider.
- On a plus de ressources que tu penses. Je t’ai envoyé une adresse et des coordonnées. Appelle et prends un rendez-vous.
- Je ne veux pas me faire retirer de l’escouade.
- Je n’ai pas parlé de te retirer de l’escouade.
- Le commandement de l’Armée ne verra sûrement pas d’un bon œil qu’un de ses soldats soit inapte au déploiement.
- Inapte? Deost, on voit tous à un moment ou un autre quelqu’un pour nous aider. Le commandement ne va pas te mettre au placard parce que tu règles un ou deux trucs. Et avant que tu n’abordes le sujet, personne ici ne va douter de tes capacités pour cela. Libre à toi de prendre le rendez-vous ou non, je n’en parlerai pas de toute façon avec les autres. Je te promets par contre que je ne laisserai aucun bureaucrate te retirer du terrain pour cela.
- Comment fait-on pour garder la foi?
- On trouve toujours une façon quand on est un survivant. C’est les blessures les plus difficiles à guérir, la guérison de l’âme.


Hian lui donna une tape amicale sur l’épaule et la serra amicalement. Zacharias se dit que s’il gravissait les échelons jusqu’à devenir capitaine et avoir sa propre escouade, il voudrait être comme Hian. Visiblement, cet homme était un vrai meneur, un chef qui s’inquiétait vraiment pour ses hommes et leur bien-être. Après quelques secondes à transférer un peu de sa force et de son courage à sa jeune recrue, le sergent retira sa main de son épaule et quitta le vestiaire. Zacharias termina de ranger ses choses tranquillement et quitta le vestiaire pour se rendre à son domicile. Il n’avait pas la prétention de pouvoir berner les autres soldats de son escouade sur ses difficultés, mais il constatait avec dépit qu’il avait été facilement percé à jour finalement. En arrivant chez lui, il mit ses deux armes et son équipement dans leur casier de rangement. Il retira son exosquelette et s’assit sur sa chaise de bureau en se massant les tempes et le front. Après avoir réfléchi un moment, il ouvrit son ordinateur et observa pendant un moment les coordonnées que lui avait envoyées Hian. Quand il se décida enfin, il contacta le bureau de psychologue et pris un rendez-vous avec la psychologue mentionnée par son supérieur. Avait-il vraiment quelque chose à perdre de toute façon?

***

Il s’était vêtu de manière sobre. Le tout s’accordait avec sa personnalité introvertie sans doute. Il avait déjà eu une rencontre avec une administratrice pour son dossier qui avait eu un peu un ton de rencontre avec une psychologue. Lawford de mémoire qu’elle s’appelait. Il n’était pas à l’aise pourtant de prendre un suivi régulier avec une professionnelle pour ‘guérir son âme’ comme l’avait dit Hian. Jusqu’où allait la confidentialité relativement à ce qu’il dirait? Et puis, il n’avait jamais aimé être pris en pitié ou afficher ouvertement ses blessures. La seule personne qui avait pu avoir autant de transparence de sa part était son père. Sa sœur et sa mère en avaient eu une certaine mesure, mais même Vallarin se heurtait plus que souvent à un mur impénétrable avec lui. En même temps, s’il ne réglait pas ce passé qu’il trainait avec lui, il pourrait éventuellement avoir un instant d’absence en mission qui coûterait cher à son escouade. Il devait donc faire un effort et au moins tenter de voir si la consultation avec la psychologue l’aiderait. Il ne se voyait pas comme un fou de venir la voir, il se disait que ce serait en fait de refuser l’aide qu’on lui tendait qui ferait de lui un fou. Probablement qu’un œil habile pourrait voir des mimiques témoignant de son stress, mais il avait somme toute son air impassible habituel.

Quand la porte s’ouvrit et qu’il entra, une jeune femme se leva pour venir lui serrer la main et se présenter. Il hocha la tête nonchalamment quand elle se présenta, peu intéresser par son nom en fin de compte. Il prit place sur le fauteuil qu’elle lui désigna et resta silencieux. La psychologue ne semblait pas sortir de l’ordinaire à première vue. Elle n’était pas moche sans être une beauté fatale. Habillé de manière professionnelle, avec une attitude chaleureuse, bien que neutre. Il pouvait bien lui donner une chance au final. Il ne savait pas comment commencer la conversation, il détestait devoir commencer la conversation en fait. Et puis, c’était elle qui savait les sujets et les discussions à avoir pour l’aider. Il n’allait certainement pas commencer à parler de ses cicatrices ouvertement et s’effondrer en pleurant de son propre chef. Il fit dévier son regard vers une fenêtre. Est-ce qu’elle était positionnée volontairement dans la ligne de vue du patient pour lui permettre de s’évader du bureau et lui donner un sentiment de liberté? Probablement que Zacharias poussait son analyse trop loin et que l’emplacement de la fenêtre n’é99ff66out compte fait qu’un résultat du hasard.


- Voulez-vous aborder les raisons qui vous amènent ici?
- Mon chef d’escouade m’a référé ici.
- C’est une résultante des raisons. Votre chef d’escouade vous a envoyé ici à cause de ces raisons, ce n’est pas votre chef d’escouade qui est la raison de votre présence ici.


Le soldat se redressa un peu, un mince sourire sur les lèvres. Elle savait visiblement défendre son point et elle n’hésitait pas à s’imposer. Il y avait peut-être des chances que ça fonctionne finalement avec cette psychologue. Elle remarqua sans grande surprise le changement d’attitude de son patient.

- Vous n’êtes pas le premier soldat à prendre place dans ce fauteuil. En fait, je ne traite pratiquement que des soldats.
- J’imagine que ça demande beaucoup de caractère.
- Sûrement. Je préfère me dire qu’il faut savoir quel plan d’action mettre en place et déployer avec eux. Le cheminement psychologique n’est pas si loin d’un champ de bataille quand on prend le temps de s’y arrêter.
- Intéressant comme manière de voir les choses.
- Pour quelles raisons êtes-vous assis dans mon bureau?


Il y eut un silence. Zacharias ouvrait la bouche, mais aucun son n’en sortait. Il voulait bien parler, il voulait bien répondre à la question, mais il ne réussissait pas. Cette femme avait la trempe qu’il recherchait pour l’aider. Elle était le genre de personne en qui Zacharias pouvait avoir confiance. Pourtant, aucun mot ne franchissait sa gorge quand il ouvrait la bouche. Il aurait voulu dire qu’il voyait les morts, les corps, les combats, l’horreur… le cataclysme… son passé à combattre dans la fosse aux ilbas de la vie… mais il ne pouvait pas. Peut-être qu’en parler faisait encore trop mal, peut-être qu’il n’était pas encore assez à l’aise. La psychologue garda le silence sans broncher et sans sourciller.

- J’ai des souvenirs qui me hantent. Des scènes, des bruits, des odeurs… c’est comme si je perdais le contact.
- Des scènes bouleversantes.


Le soldat hocha la tête pour acquiescer. C’était plus facile que de parler. L’action demandait moins d’engagements personnels en fait. La première rencontre se déroula lentement. La psychologue savait probablement qu’elle ne pouvait pas obtenir de lui l’histoire complète sans le braquer et le refermer complètement. Au moins, elle avait réussi à le mettre dans un état de collaboration avec elle et il avait pu faire ses premiers pas. Il était aussi prêt à revenir s’asseoir dans le bureau, ce qui en soi était un excellent départ pour le traitement que pouvait lui offrir la jeune femme. Avec le temps, elle pourrait l’assouplir et passer au travers sa carapace, avoir l’autre partie de la personnalité que ce soldat gardait à l’abri de tous. Si Zacharias ne réussit pas à mettre les mots exacts sur les images et les souvenirs qui le hantaient, il pouvait en nommer la profondeur de la détresse qui y était attaché. Quand la rencontre se finit, il n’avait pas été ébranlé plus que nécessaire, mais il était certes décidé à revenir.

***

Il y avait un moment maintenant qu’il venait s’asseoir dans ce bureau. La régularité de ces rencontres avait quelque chose de rassurant pour Zacharias, le fait que les divers objets dans le bureau soient toujours au même endroit, que les points de repère qu’il s’était construits ne changeaient pas. Cette aide lui avait fait un bien plus grand qu’il ne l’avait espéré, il avait bien fait de l’accepter. La psychologue semblait savoir comment s’y prendre avec les soldats également, elle ne perdait jamais son aplomb et elle savait toujours quand confronter ou laisser couler. Tranquillement, elle avait réussi à affaiblir ses défenses et l’amener à s’ouvrir. Sans même s’en rendre compte, il avait fini par dévoiler des détails de son passé et de ses réminiscences. Quand il avait commencé à prendre conscience de l’étendue de ses révélations, il ne pouvait plus faire marche arrière et il avait dû continuer à se dévoiler. Si au départ l’exercice avait été exigeant, il avait finalement ressenti du soulagement vers la fin.

La psychologue serait probablement parmi ces rares personnes qui resteraient une inconnue, mais qui pourrait le connaitre si intimement. Elle serait aussi parmi ces rares personnes à l’avoir vue flancher et s’effondrer émotionnellement. Il était encore mitigé de ce fait. Il savait qu’il ne pouvait qu’en tirer du bon, mais il détestait profondément ces moments de faiblesse qu’il exposait ouvertement. Par moment il avait dû se lever et marcher pour se reprendre, alors qu’à d’autres il était pratiquement sur le point de passer au travers du cuir du fauteuil. Il n’avait pas tout dit ou tout révélé, il avait des protections bien trop profondément enracinées autour de son jardin secret pour être capable d’être totalement transparent. Toutefois, il fallait bien que le processus prenne fin un jour ou l’autre. Il reviendrait probablement quelques fois voir la psychologue pour cicatriser ses blessures, mais il devait pour le moment reprendre son chemin par lui-même. Il était ainsi fait, il ne pouvait pas garder un suivi de manière permanente, il avait besoin d’être seul avec lui-même pour continuer son combat dans la fosse aux ilbas de la vie.


- C’est ma dernière visite. Pour le moment, je veux dire. Je reviendrai quand j’en aurai de nouveau besoin.
- Et quel bilan dresses-tu de ton parcours?
- Je déteste ce genre de question.
- Mais j’aime avoir des réponses.


Zacharias soupira et haussa les épaules. Il savait que ce n’était pas suffisant pour le sauver de trouver une réponse, mais ce lui permettrait à coup sûr de gagner du temps. Quel bilan pouvait-il dépeindre de ses progrès depuis qu’il la rencontrait? Il ne voyait pas vraiment les nuances et les subtilités et comme les changements se faisaient de manière douce et lente chez l’humain, Zacharias ne savait pas vraiment en quoi il était différent de la première fois qu’il s’était assis dans le bureau.

- Mes cauchemars sont revenus à une intensité et une fréquence normale. Je n’ai plus de perte de contact avec la réalité en retombant dans mes vieux souvenirs. Je suis de nouveau pleinement opérationnel.
- Un retour à la stabilité qui avait été acquise avant le cataclysme.
- Si on peut appeler ça de la stabilité.
- Pourquoi ne pas continuer à travailler pour renforcer cet équilibre précaire?
- Parce que… je n’en ai pas envie, j’imagine.
- C’est au moins honnête.
- J’essaie.


Zacharias n’était pas le genre à faire de grand discours et de ce lancer dans de grands débordements émotionnels. Les adieux avaient toujours été courts et d’une froideur professionnelle avec lui. La rencontre se poursuivit durant l’heure prédéterminée et à la fin, il se leva sans trop savoir comment clore ce chapitre de sa vie. Clore était en fait un bien grand mot, puisqu’il savait qu’il aurait à revenir voir cette dernière durant son parcours au sein de l’Armée. N’empêche, il ressentait ce besoin de quitter ce cycle, même s’il lui faisait un certain bien. Il savait maintenant qu’il avait une fragilité, quelque chose qu’il aurait toujours en lui et qui le rendait propice à basculer dans un lot de problèmes qui aurait des implications terribles pour lui. Comme cet épisode de sa vie où son passé le hantait et ne le laissait pas en paix. Quand il serait de nouveau au bord du gouffre, il reviendrait consulter et il pourrait peut-être avec le temps accepter plus d’aide que le minimum pour le garder hors du bord du précipice. D’ici là, il continuerait à faire ce qu’il avait toujours fait : survivre. Quand il franchit la porte du bureau, il était prêt. Prêt pour se vêtir à nouveau de l’uniforme de l’Armée et faire son devoir. Prêt à faire le nécessaire pour donner une vie meilleure à sa famille. Prêt à aider l’humanité à reprendre sa place dans le monde.

(2 575 mots)

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