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 UNE QUESTION D ENTRAINEMENT : LES BASES DE LA SOUFFRANCE

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Schaad DebuMerah
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Message(#) Sujet: UNE QUESTION D ENTRAINEMENT : LES BASES DE LA SOUFFRANCE Mer 23 Mai - 16:05

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PRÉAMBULE

Je ne pus mener mon enquête sur les meurtres rituels jusqu’au bout ce jour là car quand je me baissais pour la énième fois afin d’inspecter le sol et que je me relevais ensuite, je découvrais ma chemise trempée de sang et d’humeurs brunâtres. Ma plaie sur le côté, récoltée lors de mon Envol qui se mua en odyssée dans la forêt s’était ré-ouverte ou du moins les croutes s’étaient-elles rompues pendant mes mouvements.

Du coup, peu rassuré, j’abandonnais mes recherches et retournais à l’Hospice pour demander à être examiné. Ma perception de mon propre corps me disait que ce n’était rien et qu’un simple changement de bandages agrémenté d’une bonne dose d’onguent suffirait à éliminer le problème.

Je trouvais rapidement quelqu’un, une femme des Maïnes comme la victime, qui fit le nécessaire non sans me vilipender copieusement à propos de mon manque de respect pour les soins apportés par ma précédente infirmière.

Ses réprimandes firent mouche, surtout qu’elle m’interdit finalement tout effort dans les trois prochains jours sous peine de me retrouver cantonné dans une chambre avec impossibilité de quitter mon lit où je serais lié étroitement s’il le fallait.

La menace fit mouche, je n’avais aucune envie de revenir passer mes journées ici alors que je venais tout juste de quitter enfin les lieux. Bien sur, mon dortoir était bien moins spacieux et intime qu’une chambre de malade, mais ne pas voir de la journée les frondaisons au-dessus de ma tête m’emplissait d’une humeur morose et n’accélérait en rien ma convalescence. Je lui promis de rester sage avant de quitter cet endroit où j’avais vécu reclus pendant plusieurs semaines et de veiller à ne pas faire le sot ainsi que de revenir sans faute le lendemain matin pour changer les pansements.

Je restais donc prudent et discipliné pendant ces trois jours, me présentant le matin pour les soins et traînant comme une âme en peine pendant la journée tout en observant les habitudes des gens. C’est ainsi que je découvrais en fin de matinée du premier jour le terrain d’entraînement des Varshas et jeunes recrues qui désiraient le devenir.

L’instructeur était une peau de garge peu enclin à une quelconque forme de compassion et ayant une voix de stentor. Je m’arrêtais donc un peu à l’écart pour les observer et enregistrer éventuellement quelques bricoles qui m’avaient manquées lors de mon affrontement contre les Tadriens et le Varaza sauvage.

Mon ignorance et mon inexpérience m’avaient values les blessures qui m’handicapaient aujourd’hui et seule une chance insolente m’avait permis de m’en tirer vivant. J’y avais écopé une brûlure faite par une de ces armes Tadriennes assez profonde et importante sur le côté gauche, au niveau du gras des hanches, ainsi qu’à l’intérieur de l’avant-bras gauche aussi.

Les coups de griffes du Varaza s’estompaient déjà ne laissant que de fines cicatrices, mais la blessure thermique donnait du fil à retordre à mon corps et aux soigneuses.
J’étais donc là tous les jours à les regarder, rêvassant parfois en imaginant comment j’aurais pu sauver éventuellement les membres de la patrouille de Shironaes, tout en étant bien conscient que ce n’était qu’illusions et spéculations gratuites. Eux étaient morts malgré leur expérience et sans doute à cause de moi et du blessé qui avaient corrompus leurs propres possibilités de manœuvres.

C’est cela que j’avais en tête finalement, être indépendant et non une charge pouvant être mortelle pour autrui, avec un espoir de racheter ma propre survie en secourant d’autres gens dans la mesure de mes possibilités. Mais c’était un voeux pieux qu’il me faudrait attendre pour le réaliser.

Savoir se battre et acquérir un minimum de réflexes corrects devenait une priorité surtout que cela me démangeait fort de retourner sur le continent proprement dit. Pas que la vie ici me soit insupportable, non, mais ce n’était pas pareil. Trop de méandres et de complications surtout avec les autres peuples. J’avais besoin de me ressourcer et d’une vie plus simple.

Mais en attendant, il me fallait attendre mon rétablissement et trouver une occasion de demander à être formé. Pas une mince affaire cette seconde partie …

C’est quatre jours plus tard avec l’aide inespérée d’une des patrouilleuses survivantes de l’équipe qui m’avait pris sous son aile que je nouais mon premier contact avec l’instructeur. J’aurais préféré un autre jour car il venait de fustiger durement un couple de Varshas dont il avait rossé implacablement l’un qui s’était montré un peu trop arrogant.

Si j’avais été seul à décider, j’aurais attendu le lendemain pour éventuellement me rapprocher de lui et lui faire ma demande, mais la veille, j’avais rencontré par hasard celle que je ne connaissais que sous le sobriquet ou diminutif d'Isha, était-ce bien un hasard d’ailleurs, et chemin faisant de nouvelles échangées et de confidences confiées, j’avais sottement évoqué mon projet.

Une erreur que je regrettais aujourd’hui en la voyant intercepter et s’approcher du mentor encore sous le coup de la colère, engageant une conversation dont le sujet se tourna finalement vers moi après les civilités d’usage entre personnes se connaissant et s’appréciant mutuellement.

Je la vis me désigner et lui se tourner vers moi entre deux palabres, ce qui me faisait l’impression d’être une peau de garge en train d’être troqué entre marchands.

Finalement le sourire satisfait dont elle nous gratifia tour à tour avant de tourner les talons et d’aller se jucher sur un rondin en bord de lice puis le signe qu’il fit un air résigné sur le visage, l’air de celui à qui on refilait une corvée de plus alors que la liste était déjà bien longue, me confirma qu’elle avait conclu l’affaire à mon avantage, enfin si je puis m’exprimer ainsi.

Je m’avançais donc, pas très sur de moi, et m’inclinais respectueusement devant celui qui devait devenir mon professeur et tortionnaire qui hocha la tête d’un air de rien.

Ton nom est Shaad, c’est ça ? Cette guerrière a plaidé pour toi afin que je te dispense un peu d’instruction … Es-tu prêt à cet effort ?
Je le regardais dans les yeux dans fléchir.
.Oui, il faut que je sois plus efficace la prochaine fois, mais je ne sais pas grand-chose …
Son sourcil se leva :
Au moins je n’aurai pas à t’ôter de vilaines habitudes, prépares toi à souffrir … Viens sur le sable du champ d’entraînement que je te donne ta première leçon … J'ai peu de temps aujourd'hui et j'ai mon repas qui m'attend .... Exécution !


.

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Schaad DebuMerah
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Message(#) Sujet: Re: UNE QUESTION D ENTRAINEMENT : LES BASES DE LA SOUFFRANCE Jeu 24 Mai - 16:07

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PREMIERE LECON

Je me retrouvais donc quelques instants plus tard face à lui, sous son regard évaluateur qui me sembla fort critique à mon égard.

Tu n’es pas très costaud, assez grand et dégingandé mais pas un combattant à proprement dit. Quelle est ton arme de prédilection ? Couteau ? Harpon ?

Arrivé à un âge avancé parmi les Fils d’Ohibaan, je n’avais pas eu la formation de base comme mes camarades de même génération et étant enfant unique, je n’avais pas profité de cette émulation physique inévitable dans une fratrie. J’avais l’adresse, l’œil sûr, mais pas la force.

J’avais bien essayé de rattraper ce « retard » sous la bienveillante condescendance de mes formateurs à l’époque, mais mon peu d’enclin à me battre et l’animosité naturelle de la bande à Öcto exacerbée par ma victoire en tout ce qui concernait la dextérité plutôt que le muscle me firent fuir de plus en plus souvent ces séances tournées vers le « contact » qui se terminaient invariablement par ma fuite ou une raclée à peine voilée, juste assez pour éviter la réprimande du maître.

Je n’avais donc que peu de pratique en matière de combat proprement dit si ce n’est une approche toute théorique relevant de mon observation passée ici ou là-bas, mon credo étant « La fuite vaut mieux que les bleus ».
C’est donc tout naturellement que je lui répondais avec toute ma sincérité naïve :

.Euh … Je me débrouille au lancé et avec le grappin à boules …

J’eus droit encore à ce levé de sourcil au-dessus d’un œil noir voilé par une pensée dont je ne pouvais que deviner la signification précise dont j’avais entendu l’expression claironnée pendant les entraînements collectifs auxquels j’avais assisté.   « Encore un bras cassé ! »

L’espace d’un instant j’ai cru qu’il allait tourner les talons et me laisser en plan là, mais un souffle retenu jusque-là passa au travers de ses lèvres, un soupir fataliste s’il en est, et il se campa devant moi, à la fois raide et souple, les bras le long du corps et les jambes légèrement pliées et écartées.

Je reconnaissais là le début d’un de ces enchaînements de mouvements que j’avais tant de fois observé lorsque les recrues s’échauffaient avant de passer aux exercices pratiques en duo.

Bon, j’espère au moins que tu as une bonne mémoire … Je vais réaliser lentement neufs mouvements d’une première série. Ces neuf mouvements sont les bases d’un ensemble d’attaque et de parades que nous verrons par la suite à mesure que tu progresseras.

Fais comme moi, imites mes attitudes et mes postures pour l’instant, ensuite, tu recommenceras pendant que je t’observerai et que je te corrigerai au besoin. Rien ne sert de se dépêcher, la vitesse viendra naturellement quand ton corps aura enregistré et assimilé ce que tu lui demandes. Allons, en position.


En bon petit élève, je me mettais donc bien face à lui, dans la même position à la fois décontractée et tendue, et j’imitais chacun de ses mouvements en miroir. Cela était d’autant plus aisé que je les connaissais et que je les avais déjà pratiqués dans des endroits isolés à un moment ou un autre. Cela n’échappa aucunement à ce vieux baroudeur qui ne me fit pas une seconde édition mais m’intima l’ordre de recommencer tout seul dès la fin de la série.

Vas y, recommence, regardes droit devant toi et n’oublies pas de prendre conscience de ton corps, de son équilibre et de l’amplitude de tes évolutions. Tu ne dois pas sortir au-delà du cercle que matérialiseraient tes bras tendus jusqu’à la première jointure de tes doigts. C’est la distance de frappe possible, ta distance de fuite aussi. Go ….

Et je recommençais, un peu trop vite à son goût car il m’avertit une première fois de ralentir de la voix. Il tournait autour de moi comme un Varaza autour d’une proie dont il cherchait l’angle faible, me donnant ses ordres/conseils au fur et à mesure à propos d’un bras ou d’un coude trop haut ou trop bas, d’une jambe pas assez fléchie ou pas assez tendue, d’un équilibre qui pouvait se révéler précaire avec la vitesse.
Il parlait d’enracinement et d’envol, de déploiement ou de regroupement, tous ces termes qui indiquaient le fond et la forme d’une parade ou d’une défense, car, ce premier exercice était bien un prélude à la protection et non le contraire.

Souviens-toi que celui qui donne le premier coup a souvent perdu le combat... Attaquer, c’est provoquer un déséquilibre pour la plupart et donc un levier pour les faire tomber. Le vrai guerrier, c’est celui qui tombe en équilibre, qui attaque en entrant dans la défense de l’autre au point qu’elle devient inutile et illusoire … Redresses toi, tu es toujours penché de ce côté-là bon sang ! et il me donna une petite tape dont il avait le secret, un coup du revers de la main juste dans le gras du flanc, ce qui me fit pousser un hurlement de douleur et me coupa le souffle au point de tomber à genoux en me tenant le côté.

C’était la quatrième fois que je faisais la série,. Ses remarques m’étaient précieuses et je mettais un point d’honneur à les suivre. D’ailleurs, lui-même semblait satisfait de ma prestation car il ne me corrigea que très peu à la seconde et pas du tout à la troisième sauf sur un point, cette tendance naturelle à me pencher du côté de ma blessure du fait qu’elle tirait de plus en plus. Il le fit de la voix et je me redressais en serrant les dents tout de même. Je ne voulais pas décevoir, pas la première fois !

J’avais gardé ma chemise, il ne m’avait pas demandé de l’ôter non plus alors qu’il exigeait souvent des garçons d’être torse nu et des filles de porter un juste-au-corps dégageant le ventre et les épaules. Comme je ne lui en avais pas parlé non plus, il ignorait donc que j’avais tout le flanc gauche encore convalescent et sa petite tape juste au mauvais endroit me fit l’effet de recevoir un coup de poing vigoureux.

Qu’est-ce qui t’arrive donc !?! Je t’ai à peine touché ! Relèves-toi !

Il n’avait pas ajouté « fillette » mais c’était bien le fond de sa pensée.

Respirant bruyamment, je me relevais donc tenant mon côté au début puis me redressant, de grosses gouttes de mauvaise sueur perlant à mes tempes.
.C’est rien, vous avez frappé au mauvais endroit, c’est tout et j’ai été surpris … Je continue … Je laisse échapper entre mes dents tout en reprenant ma position juste dans le mouvement avant qu’il ne frappe.

C’était un bel exemple de courage, d’obstination, mais le maître ne fut pas dupe et il m’ordonna d’arrêter et de relever ma chemise avant de me traiter de tous les noms d’oiseaux possibles et d’enfin d’émettre un langage moins vert à rapporter.

Mais bon sang !?! Tu es blessé ! Pourquoi tu n’en as rien dit ?! J’aurais fait plus attention et même j’aurais reporté cette séance à après ta guérison complète ! Imbécile !

Mon regard noir croisa le sien tout aussi sombre mais pour des raisons opposées que contradictoires.

.Justement, vous n’auriez pas voulu me prendre comme élève ! Et aujourd’hui, je suis en meilleur état que quand les Tadryens nous sont tombés dessus et que le Varaza m’est tombé sur le dos. Je ne veux plus jamais être aussi peu préparé que ce jour là ! Je ne veux plus être responsable de la m… Je fermais la bouche d’un coup sec qui claqua fort dans le silence qui tombait entre nous.
Puis, je me remis en position et le regardant une dernière fois, je me recentrais en fixant l’espace devant moi.

.J’ai entendu dire quelqu’un ce matin qu’il connaissait un gars qui continuait à se battre avec les deux bras cassés et que le champ de bataille n’était pas un jeu où on pouvait arrêter comme on voulait … Je n’ai pas non plus pour habitude de ne pas terminer ce que j’ai commencé …

Et donc je repris les quatre derniers mouvements là où je m’étais interrompu qu’il continua finalement commenter ou corriger. Quand le dernier fut achevé, je reprenais la position de repos, m’obligeant à me tenir très droit et à ne pas laisser paraître ma douleur. Il vint se remettre en face et se frotta le menton avant parler :

Bon, je vois que tu a un niveau acceptable quand même. Tu reviendras quand ça ira mieux et je t’incorporerai dans une équipe de jeunes du matin. Tu pourras mieux apprendre en groupe certaines choses. Par contre, je te donnerai quelques leçons particulières en supplément histoire d’accélérer ta mise à niveau générale. Tu as bien évolué, il est temps pour moi d’aller manger … Et il me salua d’un signe de tête avant de tourner les talons et de s’éloigner.

J’avais dans la bouche un drôle de goût, de rancœur et de bile mêlées, mais alors qu’il allait disparaître derrière la haie qui bordait le terrain je lui criais avec la voix la plus forte possible :

.JE SERAI LA DEMAIN !

Il n’eut même pas un mouvement m’indiquant qu’il avait entendu, et je partais d’un autre côté en me tenant le flanc, direction l’Hospice, encore.
Mais en fait il n’y avait rien de grave, pas de suintement, juste une sensibilité exacerbée par les chairs nouvelles et les anciennes encore tuméfiées.

Le soir même, on aurait pu m’observer près des cascades en train de refaire et refaire encore cette séquence en m’appliquant à la réaliser suivant les remarques faites le matin, et le lendemain me trouva aux aurores à attendre l’arrivée de la première équipe.

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Schaad DebuMerah
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Message(#) Sujet: Re: UNE QUESTION D ENTRAINEMENT : LES BASES DE LA SOUFFRANCE Ven 25 Mai - 12:23

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CONSPIRATION MÉDICALE

J’étais là donc au petit matin, assis sur un banc de touche devant la petite esplanade vide dont le sable avait été ratissé et damé, la veille comme chaque soir afin que les « élèves » ne se tordent pas les pieds dans un trou et que les éventuelles traces de sang soient effacées.

Cette corvée, plus une punition qu’un honneur durant la journée, était réalisée entre chaque séance d’exercices par ceux dont les performances n’avaient pas été à la hauteur de l’effort demandé ou plus grave, par ceux qui avaient fait preuve d’une animosité exagérée lors des rencontres.

Ainsi, le mauvais élève ou l’exalté pouvaient se retrouver pendant les interclasses munis chacun d’un râteau à niveler le terrain pour le cours suivant. Mais ce n’était qu’une mise à niveau grossière et fonctionnelle.

Les seuls pour qui c’était un honneur étaient ceux de la soirée, ceux qui étaient enrôlés dans une formation qui ferait d’eux les véritables piliers de notre compagnie combattante.
L’esprit était alors tout autre et faisait partie de leur enseignement quasi spirituel afin qu’ils n’oublient pas que tout guerrier passait par cette base avant d’être reconnu comme une élite et qu’aussi, si le sort ou les circonstances le décidaient, ils pouvaient y revenir du jour au lendemain y reprendre le fastidieux entraînement qui leur rendrait leurs aptitudes perdues ou émoussées.
C’était une astreinte disciplinaire acceptée dont les bienfaits étaient reconnus.

Je rêvassais donc en admirant les dessins compliqués tracés dans le sable par les dents des outils que les pieds des recrues effaceraient vite en étant presque déçu que ces œuvres éphémères soient vouées à disparaître.

Je n’étais même pas certains que la plupart aient conscience qu’ils piétinaient l’ouvrage de longues heures de travail méticuleux, enfin pas immédiatement ou par habitude.

Vues à hauteur d’homme, ce n’étaient que des sillons réguliers, droites et courbes qui se croisaient ou restaient parallèles, mais si on prenait de la hauteur, rien qu’en se juchant sur une des barrières qui clôturaient la lice, on découvrait les représentations d’animaux comme une garge, un varaza et bien d’autres.

Elles étaient invariablement et presque religieusement tracées aux même endroits à la même dimension, à croire que de générations en génération d’étudiants, un code secret était transmis pour réaliser ce tableau incroyable toujours identique.

J’avais découvert cela un soir, peu avant la tombée de la nuit, et je les avais regardé faire, silencieux et concentrés, sans aucun repère visible, terminant à la faveur de lanternes. Ce n’est que le lendemain que je pus enfin découvrir l’ampleur et la magnificence de leur labeur.

J’attendais donc depuis un moment et enfin les plus jeunes escadrons arrivèrent sur le terrain en ordre plus ou moins dispersé et cohérent, discutant encore bruyamment jusqu’à ce que chacun ne prenne place à l’endroit qui leur était attribué et qu’ils ne se mettent en position d’attente.

Les sillons avaient vécu et pratiquement plus rien de leur beauté n’était visible saccagée par les empreintes dans le sable. Ils se raidirent un peu quand l’instructeur arriva et qu’il se plaça devant eux avant de les saluer rituellement, salut auquel ils répondirent d’un seul homme dans un silence absolu.

L’instructeur lança ses ordres et ils engagèrent leurs premières évolutions, leurs premières séries de neuf mouvements répétées trois fois dans un ensemble parfait qui relevait plus d’un balais que d’un exercice à vocation belliqueuse.

C’était beau à voir de l’extérieur, et le seul bémol était leur mentor qui passait dans leurs rangs en les fustigeant l’un ou l’autre à propos d’un geste ou d’un positionnement qui faisait tâche sur cet ensemble. Il avait l’œil aussi acéré que ses propos, voyant là où je ne trouvais que grâce et unité une anomalie qu’on ne pouvait que confirmer l’instant d’après.

Lorsqu’il passa près de moi, il me gratifia d’un hochement de tête auquel je répondais avec dans le regard l’espérance qu’il me fasse intégrer un des groupes.

Mais sa réponse fut catégorique. Il dressa sa main et son index fit deux allez retours de droite à gauche dans un « non » définitif. Il porta ensuite la même main vers son visage et pointa deux doigts sur ses yeux avant de me désigner enfin.

« Regardes et reste là »

Pas un mot ne fut prononcé pourtant le message était on ne peut plus clair et déprimant, mais j’obéis sans protester alors qu’il continuait son tour. Je remarquais alors que sa tenue portait des traces récentes de salissures et de poussières, preuve qu’il avait déjà donné de sa personne dans un autre cours à un autre endroit avant celui-ci.

L’heure se passa comme à chaque fois, trois séries d’exercices refaites plusieurs fois puis des confrontations par paires avec ou sans armes et enfin, éventuellement, des entraînements au tir sur cible fixes ou mouvantes.

A l’issue, cinq ou six élèves étaient désignés pour remettre le terrain en ordre, ceux qui avaient d’une façon ou d’une autre été moins bons ou tout simplement distraits ou bavards, alors que leurs camarades étaient invités à se disperser et à aller à leurs propres affaires.

Les choses se déroulèrent donc normalement, il ne répondit pas à ma supplication expressive mais silencieuse d’au moins participer aux tirs sur cibles, mais ordonna à un des « mauvais » élèves de me remettre un râteau en me faisant signe de me mettre au travail avec eux.

Je ne vous dirais pas que j’en étais joyeux, mais au moins, il m’engageait à nouer de premières relations avec ceux là. Le problème était qu’ils avaient en moyenne au moins trois années de moins que moi, et quand je leur répondais que ce n’était pas une punition qu’on m’infligeait, ils se détournèrent de ma personne pour s’activer avec leurs outils tout en parlant entre eux de choses et d’autres.

Leur tâche bâclée, ils rangèrent les outils dans un coin et filèrent. L’instructeur, qui avait disparu pendant ce temps-là, revint et fit la revue des lieux, le visage imperturbable.
Sûr que si cela ne lui convenait pas, les autres seraient à nouveau de corvée la prochaine fois …
Pour finir, il me fixa et m’invita à m'approcher alors que je rangeais mon propre matériel et mettais de l’ordre au passage dans celui des autres qu’ils avaient déposé plus ou moins pêle-mêle.

Ne t’ai-je pas dit hier que tu devais être totalement rétabli avant d’incorporer un groupe ou de poursuivre ton entraînement ?

Je hochais la tête affirmativement.

Uhm … Cette décision n’est aucunement de ton ressort, donc … De toute façon, ce n’est pas avec eux que je compte te grouper, tu seras mieux formé d’ici moins d’une semaine.
Ceux-là sont trop … Jeunes et écervelés encore. Nous nous retrouvons ce midi comme hier, mais au pas de tir. Je veux tester ton adresse.


Et il se détourna de moi alors qu’une seconde compagnie arrivait sur les lieux qu'il prit en main. Je restais là un peu puis je quittais l’endroit, me dirigeant une fois encore vers l’Hospice pour ma séance d’auscultation quotidienne.

Ce fut une autre infirmière, encore une Maïne, qui me prit en charge. Elle ôta mes bandages qui ne servaient plus qu’à éviter que n’importe quoi ne vienne corrompre l’action curatrice des baumes dont on recouvrait la peau lésée, elle nettoya ensuite ce qu’il en restait et commença la partie la moins agréable du processus, un tripotage plus ou moins vigoureux de toute la zone qui me faisait tressaillir à chaque fois et presque monter des larmes aux yeux.

« Vous avez reçu un coup dernièrement à cet endroit ? » Demanda-t-elle alors que pour la seconde fois elle palpait une zone plus sensible, là où la main de l’instructeur avait frappé hier.

Mon grognement affirmatif la fit se lever et elle sortit de la pièce pour revenir immédiatement avec celle qui s’occupait habituellement de moi.

La première chose qui me frappa en les voyant ensemble fut de constater leur ressemblance. Elles étaient toutes deux de la Maison Nïl, sans aucun doute, et peut-être de même parentèle. Deux sœurs ? A moins que des cousines ? Mais je fus tiré de mes spéculations généalogiques par la plus vieille.

« Je suis au courant Vänilia, quelqu’un est venu hier soir pour prendre de ses nouvelles et m’en a de fait informé. »

Tout en palpant à son tour la zone plus sombre et en informant la plus jeune, Vänilia donc, elle me coulait un regard en-dessous l’air de dire qu’on ne pouvait rien lui cacher éternellement.

Puis elle haussa un sourcil et son visage prit un autre air plus taquin.

« J’ai un message pour toi d’une certaine patrouilleuse, Isha je crois, qui est passée tôt ce matin. Elle m’a demandé aussi où tu en étais de ton rétablissement avant de me demander de te le délivrer. Textuellement, elle a dit :
« si l’envie lui prend de repartir sur le continent à l’aventure, il y a une place pour lui dans la patrouille du Sud ».
C’est tout ce qu’elle m’a confié et elle m’a ri au nez quand je lui ai assuré que cela ne serait pas avant plusieurs semaines. Surtout si tu dois suivre certains enseignements avec une certaine autre personne …»


Elle s’interrompit alors brusquement, comme quelqu’un de pris en défaut et s’adressa ensuite à la jeune Vänilia, enfin jeune par rapport à son propre âge car elle devait avoir au moins trois ou quatre années de plus que moi-même.

« En attendant, tu lui remets des onguents et un pansement léger et tu me fais un rapport écrit et détaillé de tes observations. C’est pas tous les jours qu’on voit de telles blessures et qu’on peut suivre leurs évolutions vers une heureuse guérison »

Elle me gratifia alors d’un regard sombre et d’un œil sévère :
« Cela serait dommage d’en provoquer l’aggravation et l’allongement du rétablissement par stupidité et précipitation, non ? Vous êtes prévenus, agissez en ce sens …»

Et elle se leva et quitta la pièce, me laissant seul avec la jeune femme qui s’acquitta consciencieusement de sa tâche alors que je me demandais "qui" était concerné par ce "vous".

Une fois bandé, je la saluais et sortais, mais elle était déjà plongée dans la rédaction de son rapport, un gros volume ouvert à côté de la page de vélin sur laquelle elle griffonnait tout en tournant et lisant nerveusement les pages.

J’avais deux heures à tuer avant d’aller au pas de tir que je mis à profit pour me rendre chez un artisan qui façonnait les cuirs.
Cette partie de mon corps était un point faible que je devais protéger en attendant d’en retrouver l’entière possession et une idée avait germé peu à peu dans mon esprit pour palier à cette faille.

Réaliser une sorte de plastron qui la couvrirait et atténuerait l’amplitude des coups. Comme cela, je ne serais plus handicapé ou du moins je n’aurais plus à me soucier autant de protéger là.

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Schaad DebuMerah
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Message(#) Sujet: Re: UNE QUESTION D ENTRAINEMENT : LES BASES DE LA SOUFFRANCE Ven 8 Juin - 10:27

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TU SAIS TIRER. SOIT. MAIS SAIS-TU TIRER DANS LES PIRES CONDITIONS ?

Mon passage chez l’artisan tanneur fut aussi bref que déprimant. Il consentit à écouter ma demande tout en continuant son ouvrage et finalement m’annonça que cela serait réalisable, mais à un prix dépassant mes propres possibilités et dans des délais très éloignés vu la charge de travail qu’il avait déjà.

Finalement, je réussi à lui troquer une pièce de cuir de la taille de mes deux mains réunies, raide comme du bois, ainsi qu’une lanière brute longue d’à peu près ma hauteur, le tout pour 15 pierres, une fortune ! (à défalquer de ma bourse s’il le faut !)

Wendya savait faire énormément de choses et même si je n’étais pas un expert globalement, j’avais toujours été de la partie quand elle officiait dans l’une ou l’autre de ses occupations, écoutant religieusement ce qu’elle disait tout en travaillant et suivant ses instructions à la lettre même si initialement, je n’y voyais pas l’intérêt ni l’objectif final.

Travailler le cuir pour en faire de petites bourses à herbes était un de ses passe-temps de fin de journée entre autres. Elle possédait une collection de formes autour desquelles elle liait les pièces de cuir ramollies par un séjour prolongé dans l’eau puis les laissait sécher lentement tout en les imbibant régulièrement de graisses animales ou de sèves.

Suivant l’utilisation prévue, la souplesse et l’imperméabilité souhaitées, c’est finalement le produit dont on badigeonnait l’intérieur qui déterminait cette dernière.
Le cuir restait plus ou moins longtemps sur sa forme, quelque fois approché du feu pendant le séchage pour accélérer le processus au détriment de certaines qualités.

Je comptais donc bien me servir de ces bribes de connaissances pour me modeler ma protection, aussi sommaire soit-elle.
Il me fallut d’abord ramollir un peu la peau tannée en la faisant détremper dans une cuvette emplie de lait de Golôr que j'avais fait tiédir au feu préalablement. Je l'avais obtenu aux cuisines en échange d’une séance de traite le lendemain.
J'y découpais ensuite grossièrement deux passes lacets de chaque côtés et enfin, je la ficelais autour d’un rondin de bois à peu près du diamètre de mon bassin.

Pendant que cela séchait, je coupais la lanière dans le sens de la longueur, ce qui me donna donc deux gros lacets assez longs pour faire le tour de mes hanches.
Je le entortillais autour de la forme et du morceau de cuir, ce qui le maintenait encore mieux. Je les avais enduits de suif pour en assurer la souplesse. Ceci me prit assez de temps pour que je doive me hâter d’aller au pas-de-tir pour ne pas faire attendre mon instructeur dont je connaissais maintenant le nom : Goërl.

J’arrivais juste avant lui, un peu hors d’haleine pour avoir couru la moitié du temps.

Une quinzaine de jeunes recrues le suivaient en ordre discipliné et ils se mirent en place devant les cibles par deux et trois pour le premier groupe à l'extrême gauche.
Chaque premier tireur était allé chercher trois couteaux de lancer dans une caisse remisée dans une casemate et l’Instructeur me désigna le dernier groupe le plus à droite pour m’y coller à la file.

Comme tous les autres, et même un peu plus, je regardais les précédents se camper sur leurs appuis, lever leurs bras et les détendre par trois fois, leurs lames allant se ficher dans la paille avec un bruit retentissant.

Ils étaient tous bien entraînés et ne rataient pas la cible, touchant en moyenne dans le premier cercle du centre, rarement hors du dernier.
Je remarquais simplement qu'ils utilisaient deux fois le même bras et une fois l'autre, sans doute pour contrecarrer ou éviter une préférence installée et favoriser l'ambidextrie.

Une fois leur série terminée, ceux qui avaient lancé attendaient le signal pour aller rechercher les lames et revenir les confier au suivant puis se placer derrière.

Ceux qui eurent le malheur de rater leur tir se voyaient traités de noms d’oiseaux divers et peu reluisants par Goërl et ceux qui atteignaient le plein milieu en rouge étaient récompensés d’une tape sur l’épaule ou d’un grognement satisfait.

Vint mon tour de lancer.

Au cours des années, j’avais cultivé ma propre façon de faire, moins rigoureuse, moins militaire, mais tout aussi efficace. Cependant, voulant faire bonne figure, je décidais d’essayer leur méthode, histoire de ne pas me démarquer.

Je remerciais le gars qui me tendait mes lames, puis reproduisais au mieux la position des pieds et du reste observée sur mes prédécesseurs, jetant un coup d’œil sur le côté pour parfaire ma posture.
Je levais le bras comme ils l’avaient fait et d’une détente, projetais le couteau droit sur la cible.

Au lieu du bruit attendu, ce fut un claquement mat produit par le manche en frappant le centre rouge puis celui encore plus navrant du couteau s’écrasant lamentablement au sol qui résonnèrent.

Il y eu des rires couverts par le beuglement de Goërl :
MAIS QU’EST-CE QU’IL NOUS FAIT CELUI-LA ! QUAND EST-CE QUE J’AI DIT QU’ON TIRAIT POUR ASSOMMER ?!? ON TIRE POUR TUER ICI ! RECOMMENCE !

Je lui faisais un petit signe de la tête, le sang m’y montant sous le coup de la honte et de la colère mêlées. En me criant dessus comme il venait de le faire, il m’avait sauvé la face en supposant que c’était volontairement que j’avais envoyé mon arme dans cette position.

Déconfit tout de même, je me remettais en place et, après avoir soupesé un peu mieux le couteau et éprouvé son équilibre, je relevais le bras.

Pourtant je pensais avoir évalué les particularités de mon premier projectile qui, même si ce n’était qu’une arme d’entraînement, était de bien meilleure facture que tout ce que j’avais pu utiliser jusque-là. Qu’il ait touché côté manche en premier n’était pas le résultat d’un quelconque calcul de ma part, mais celui d'un hasard plus ou moins heureux.  Il aurait pu tout à fait s'écraser totalement de travers.

En fait, tirer comme eux, en utilisant leur technique, me mettait mal à l’aise, comme quand on étrenne de nouveaux vêtements qui vous gênent aux entournures. Par-dessus cela venait s’ajouter le fait que j’étais bien moins précis de ma main droite que de la gauche convalescente. J'avais pourtant tiré de cette main là au risque d'effectuer une piètre performance car j'étais réticent à me servir l'autre pour l’instant.

Je me décidais cependant à réessayer sans en changer et je détendais mon bras dans ce bel enroulement qu’ils avaient tous en faisant ce mouvement.

La lame fila et … Manqua la cible de plusieurs doigts … Ceux qui avaient ri lancèrent des quolibets immédiatement réprimés par le regard noir de l’instructeur, les autres pouffèrent sous couvert.
J’étais la risée du Pas-de-tir et mes oreilles se fermèrent aux éructations de Goërl  alors que ma honte se transformait en colère aussi noire que les cibles étaient rouges.

Je lui faisais face, les poings fermés et les dents serrées, tétanisé et ma main crispée sur le dernier couteau, recevant ses postillons sur les joues et dans les yeux alors que mes oreilles étaient sourdent à ses remontrances.

C’est à ce moment-là que je perdis patience.

D’un geste totalement en désaccord avec la rigueur militaire en vigueur, les yeux rivés dans les siens, je balançais ma dernière lame vers la cible. Elle avait à peine quitté ma paume que j’avançais déjà d’un pas décidé sur le dernier lanceur de l'autre file qui en comptait trois, lui arrachais les deux dernières lames qui lui restait et les envoyais voltiger chacune vers une destination différente simultanément, utilisant pour la première fois mes deux mains.

Le premier choc fit exploser le silence sur les lieux, le second et le troisième, quasi simultanés, mirent un point final à ma démonstration et à ma présence.
Trois cibles avaient en leur milieu un couteau enfoncé jusqu’à la garde, un exploit que seule la rage débordante m’avait permis de réaliser.

Je tournais les talons, avec en plus mon côté gauche qui me tiraillait du fait du brusque mouvement que je venais de lui faire subir, fusillais une dernière fois du regard l’instructeur sans m’attarder ne serais ce qu’une seconde sur les autres « élèves » et quittais l’endroit d’un pas rageur.

Goërl ne tenta pas de me retenir, mais je l’entendis vitupérer dans mon dos.

PRENEZ EN DE LA GRAINE VOUS AUTRES ! LORSQUE VOUS SEREZ SUR LE TERRAIN VOUS N’AUREZ PAS TOUJOURS LE TEMPS DE VOUS CALER SUR VOS JOLIS PETITS PIEDS ! ALLEZ ON Y RETOURNE, VOUS AVEZ DU BOULOT POUR EN ARRIVER A CE NIVEAU LA !

J’eus un petit sourire malgré la douleur sourde dans mon avant-bras et ma hanche, là où le feu Tadryen avait fait ses ravages, et il ne me quitta pas avant d’être à nouveau en train de m’occuper de mon cuir en l’imbibant de lait.

Ensuite, autant pour me calmer que pour patienter, je me mis à flâner au hasard.

Cela me valut d’être intercepté par un adulte et embarqué dans une équipe pour des travaux d’intérêts généraux.
Hé oui ! Etre logé nourri sans contrepartie, ça n’existe pas. J’étais guéri, je devais me remettre aux corvées, normal …

C’est en nettoyant une stalle des déjections de son occupant qu’on avait mené aux prés que je me décidais pour finir à repartir vers la forêt dès que l’occasion se présenterait.

Alors que je mangeais un morceau sur le pouce entre deux série de stalles, un jeune-homme vint me délivrer le message de Goërl. Il m’attendait à nouveau le soir même au Pas-de-tir pour quelques tests supplémentaires.

J’espérais que ce ne serait pas au harpon, car là, j’étais d’une nullité affligeante.

Plusieurs heures plus tard, j’aidais à faire rentrer au bercail les bêtes qui se chargèrent de ramener à néant tout le travail de cette demi-journée, à croire qu’elles n’attendaient que d’être chez elles pour libérer leur panse et je faisais un petit passage au baquet pour me rafraîchir et me débarrasser la peau de cette puanteur accumulée.

Je changeais de vêtements et m’en retournais ensuite vers Goërl que je trouvais encore sur place, mais beaucoup moins frais mais plus calme alors qu'il faisait les cent pas derrière d’autres tireurs.

Ceux-là étaient des vétérans à n'en pas douter, cicatrices et tatouages attestaient de leur passé et de leur passif. D'un rapide coup d'oeil, je découvrais chez l'un ou l'autre les reliquats ou les traces de blessures plus ou moins anciennes. J'avais l'impression qui fut confirmée plus tard qu'ils étaient comme moi en sortir ou encore convalescents.

Ils s’entraînaient à cette heure tardive où le soleil disparaît peu à peu et où les ombres grandissent et commencent à danser au gré des flammes des torches pour récupérer ou entretenir leurs capacités.

Sur toute la ligne de cibles, seules sept étaient occupées et avaient été éloignées d’une bonne vingtaine de pas depuis ce matin. On les avait inexplicablement flanqués de bacs en lanière végétales tressées dont l'utilité me fut révélé ensuite.

Je vis le visage de Goërl s’éclairer un instant quand il me vit puis se refermer aussitôt alors qu'il me désignait ma place d’un geste autoritaire.
Là m’attendaient quatre couteaux, quatre harpons et quatre grosses boules qui étaient des fac-similés de bombes.

Tu commences quand tu veux, deux tirs par mains, pour les fausses bombes, tu viseras les panières de chaque côté de ta cible. Vas-y

En prenant un des couteaux posés sur un billot, je me rendis compte d’une autre modification. Ils étaient tous de poids et de taille différents et quand je pris le premier, je le fis instinctivement tourner dans ma paume et en évaluais les caractéristiques au jugé avant de le reposer et de faire de même avec les autres.

Sur les quatre, deux étaient effectivement des armes de jet même si elle n’étaient pas identiques, les deux autre étaient plutôt des armes de poing, plus lourdes et équilibrées d’une façon à ce que le poignet soit moins sollicité vers l’avant à cause d’un pommeau lesté pour donner des coups violents et contondants.

J’observais un peu les autres qui étaient lotis d’équipements à peu près identiques et me décidais à mon tour de m’y mettre, sentant dès que j’eu la première lame dans ma main gauche, le regard appuyé de Goël se braquer sur mon dos.

Cette fois, je ne m'encombrais pas de posture ou façon stéréotypée de procéder, j'y allais à l'instinct.

Mon mouvement fut fluide et rapide, l’arme s’envola et traversa les airs pour aller se ficher dans la paille à peu près en plein centre alors que je me baissais déjà et que d’un même mouvement en me redressant, je propulsais la seconde de la main droite qui alla se planter juste à côté de la première.

Vu le manque de luminosité, je plissais les yeux et hochais la tête tout en me frottant machinalement l’avant-bras gauche qui me tiraillait.
Un beau coup.
Du coin de l’œil, je percevais le mouvement de mon voisin qui malgré sa concentration était passé de ma cible à ma personne, puis avait regardé par-dessus son épaule l’instructeur avant de finalement lancer son dernier couteau qui se planta au milieu de sa cible comme les autres.

Un expert, sans aucun doute, vu la diversité des armes qu’il avait déjà employées et avec lesquelles il avait fait mouche à chaque fois, sans parler des tatouages qui couvraient les parties visibles de son corps. Un guerrier ...

Quand je tendis le bras pour saisir l’une des armes moins faites pour ce genre d’exercice, il empoignait déjà un harpon et l’envoyait rejoindre les quatre lames. Coup au but …

Moi, je faisais encore tressauter  la poignée et la manipulais nerveusement, cherchant ce centre idéal qui lui ferait accomplir une trajectoire correcte.

Finalement je tentais le coup, toujours du bras gauche en premier, et l’objet s’envola en tournoyant trop lentement à mon goût. Je savais déjà que j’avais raté mon coup et je prenais la dernière et l’envoyais à son tour presque au moment ou l’autre frappa le manche d’une de celles qui étaient plantée de travers, ricochant et terminant sa course au sol.

Ce quatrième lancé fut bien meilleur mais se plaça à la limite du rond rouge. Au moins, il était arrivé à destination !

Lorsque je tirais mon premier harpon, les autres en étaient déjà à balancer leurs simili-bombes dans les paniers.
Je n’aimais pas ces trucs là, ces harpons. Trop longs, trop encombrants et en plus, je n’arrivais pas à positionner ma main pour effectuer un lancé digne de ce nom.

Goël vint à mon secours et m’expliqua en quelques mots concis autant que par l’exemple comment prendre en main l’arme et comment en trouver le point d’équilibre en quelques manipulations plus basées sur l’instinct que sur une donnée sure.

En général, toutes les armes sont à peu près identiques en poids ou en équilibrage, mais il existe des différences selon celui qui l’a confectionnée et tu pourrais être obligé d’utiliser une arme ennemie ou un objet quelconque qui lui ne sera pas normé. C’est le but de cet exercice, trouver les caractéristiques de l’arme avec tes tripes et les retourner efficacement contre ta cible … Vas-y

Suivant ses conseils, je soupesais le harpon et je le balançais aussi fort que possible. Il passa au-dessus de son objectif et alla se ficher dans le talus, dix pas  derrière ... Bravo pour l'instinct !


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Message(#) Sujet: Re: UNE QUESTION D ENTRAINEMENT : LES BASES DE LA SOUFFRANCE Jeu 21 Juin - 11:56

Équipement:
 

AUTOUR DU FEU DES ÉCLOPÉS  
J’avais donc raté ma cible et de beaucoup et je m’attendais à entendre pouffer ou rire autour de moi autant que les vociférations de Goël, mais il n’y eu rien de tout cela.

Ceux qui avaient fini, au lieu d’aller rechercher leurs armes dans les cibles, s’écartaient derrière et procédaient à l’allumage d’un brasero et à l’installation de rondin de bois tout autour en guise de sièges.
Il y en avait même qui sortaient de leurs besaces de fioles et des gourdes ainsi que des brochettes enveloppées de feuilles de protection et qui, une fois le feu pris, se mirent à les faire rôtir consciencieusement.

Tout cela se déroulait dans mon dos et je l’entre-apercevais du coin de l’œil en tournant légèrement la tête.
Ils murmuraient entre eux, mais le peu que je captais ne me concernait pas. Pourtant, je sentais sur moi leurs regards fugitifs et je fus surpris par la voix contenue de mon instructeur qui m’invitait à poursuivre alors que mes narines percevaient déjà l’odeur de la viande qui grillait et des effluves d’alcools fort alors qu’ils débouchaient certaines fioles.

Retrouves ton centre, garçon, tu auras ta part quand tu m’auras percé cette cible au moins une fois de chaque main … Allez, on y retourne …

Son attitude était comme le jour et la nuit d’avec celle du matin, et le vétéran qui se trouvait à ma gauche, le dernier en fait à avoir quelque chose à tirer, jouait avec une des simili bombes en la faisant sauter d’une main à l’autre en m’observant.

Un coup d’œil jeté sur lui ne me permit pas de deviner ce qu’il pensait …

Je pris donc mon second harpon et le faisais tourner dans mes mains, cherchant ce fameux point d’équilibre autant que m’habituant à son poids.
Goël vint se placer à ma droite, du côté de la main avec laquelle je comptais lancer, et me saisit le poignet autoritairement alors que de son autre main il m’ôtait le harpon.

Tu ne dois pas te crisper sur la hampe comme tu le fais, il doit reposer sur ta paume comme sur un coussin et tes doigts doivent l’emprisonner assez pour qu’il ne glisse pas sans jamais en faire le tour, comme ça …

Joignant les gestes à la parole, il me fit lever le bras presque dans l’alignement de l’épaule jusqu’au coude puis à angle droit de celui-ci à ma main. Il me positionna cette dernière horizontalement, paume vers le ciel et y déposa le harpon puis me demanda de l’empêcher de tomber sans trop serrer.

Voilà la position idéale en milieu de mouvement, laisse ton pouce collé le long du manche et essaye de ne la caler avec tes autres doigts que de la pulpe. Tu dois faire comme si elle pouvait se briser, être délicat mais ferme…

S’en suivi tout une série d’explications sur la répartition du poids en fonction de la distance à parcourir et de la force à lui donner, un exposé bien compliqué qui me conforta dans ma certitude que ce genre d’arme ne m’était pas destinée, puis, quand enfin il fut satisfait de ma façon d’appréhender le bois, il guida mon geste au ralenti de la prise d’extension vers l’arrière jusqu’à la libération vers l’avant, imposant sa loi à mes articulations et à mes muscles.

Voilà, recommence sans te presser et sans mon aide que je vois. Bien, ne serre pas autant, il ne doit pas y avoir de doigt qui passe entièrement par-dessus, pivote ton buste en même temps que tu ouvres ton épaule et que tu étends ton avant-bras, suis le même geste à l’inverse pour déployer ta force, rotation, replier, étendre vers l’avant, laisser glisser … Encore une fois !

Goël était quelqu’un d’exigeant, autant pour lui que pour les autres, et il me fit recommencer l’enchaînement plusieurs fois pour enfin être satisfait.

Pendant ce temps là, mon voisin avait envoyé sa dernière « bombe » dans le panier et avait rejoint les autres, profitant d’une rasade de la gnôle qui circulait pour la seconde fois.

Je perçus à ce moment-là un léger claudiquement dans sa démarche qui me rappela la vieille Wendya lorsqu’elle était fatiguée d’une longue journée à rester debout.
Je découvrais aussi, fugitivement, qu’une sorte de lame de bois dépassait de son pantalon là où normalement le pied gauche devait se trouver. L’homme était cul-de-jatte ou du moins il lui manquait une partie de son membre … Une petite tape sur la tête par Goël me rendit toute mon attention.

Bien, maintenant, vas-y, enroule le tout et balance la sauce … Souviens toi que c’est l’inclinaison de ton buste en avant ou en arrière et l’équilibre dans ta main qui détermineront la distance et la force et pour finir le moment où tu lâcheras qui donnera la direction qu’il prendra. Essaies …

Je respirais un coup, levais le bras, le harpon bien haut à l’horizontale sur ma paume et maintenu par mes doigts, je pivotais vers l’arrière en étendant l’avant bras, puis déroulais en sens inverse rapidement.

Mes articulations claquèrent un peu sous l’effort et la brusquerie du mouvement, mais le harpon quitta ma main presque en glissant et s’envola tout droit devant pour se ficher juste dans la partie basse de la cible, à la lisère , faisant se boursoufler la paille au point que je crus que les filins qui la retenaient assemblée allaient céder et laisser choir l’arme.

Mon œil glissa vers Goël et enregistra un hochement de tête que je ne pus déterminer s’il était déçu ou approbateur.

Suivant … C’est tout ce qu’il dit d’un ton égal qui ne me renseigna pas plus sur ses pensées.

Je m’exécutais donc, m’emparais d’un autre harpon et d’un même élan me balançais et l’envoyais vers la cible.
Cette fois, il se ficha dans le coin supérieur gauche, à deux doigts de la partie rouge.

C’est mieux, fais attention à la position de tes pieds, ils déterminent autant la trajectoire que le reste et surtout ton propre équilibre lorsque tu libères ton trait.
Trop en avant, tu tires trop bas, inversement, trop haut, en déséquilibre, c’est à droite ou à gauche …
Tu dois être le harpon et lui faire partie de toi au moins jusqu’au moment où il te quitte, après, il sera ce que tu lui auras donné de ta volonté en prenant en compte celles de la nature…
Recommence, toujours avec le même bras…


Il quitta mon côté et passa dans mon dos pour aller récupérer deux lances de la cible la plus éloignée de la mienne le temps que je me saisisse d’un autre harpon et que je l’envoie à son tour, décomposant bien mes gestes dans un premier temps en mimant à blanc mon jet tout en prenant conscience de la position de mes pieds et de l’équilibre précaire où je me trouvais, puis, après correction de mon assiette, en le propulsant véritablement.

Cette fois il perça le rouge. Pas au centre, mais pas non plus trop décentré. Une salve de vivas retenus accompagna la réussite de mon tir et j’entendis trinquer derrière moi et un « je te l’avais dit » victorieux fuser d’un des convives assis autour du brasero.

Goël passa derrière moi et me frappa l’épaule en forme de congratulation, puis tenant ses deux harpons, il se plaça à un pas de côté et me demanda de réitérer.

Je recommençais et cette fois le harpon alla se ficher juste à côté de l’autre, toujours dans le coin supérieur gauche alors que j’avais bien visé le centre … Je fis la moue, mais Goël me tendit un autre projectile en souriant :

C’est normal, juste une question de muscles et d’œil, tu t’amélioreras en te connaissant mieux toi-même et tu te corrigeras tout seul… Le mouvement est bon, du moins pour cette distance et ces conditions.
L’autre bras maintenant.


L’autre bras !?! Il en avait de bonnes lui. Avec un avant bras entamé et la peau du bide qui tiraillait à chaque mouvement, j’avais tous les doutes possible sur une quelconque réussite.
Pourtant, je prenais le harpon de la main gauche et me dé-latéralisais entièrement pour effectuer quelques essais à blanc.

Cela tirailla, me faisant un peu grimacer, je sentis presque la peau craquer sous l’effort, du moins eus cette sale impression de déchirure au niveau des tours de mes cicatrices, mais à première vue dans le faible éclairage qui régnait, ce devait être interne et bien moins important que je ne le percevais.

Au troisième essai, corrigé pour le maintien de la main par mon instructeur, je me décidais à tirer réellement.

Le harpon s’envola et s’enfonça exactement à l’aplomb du centre de la cible dans le sol et à un pas devant au moins.

Je me raclais la gorge d’insatisfaction et m’y recollais en arrachant nerveusement le dernier des mains de Goël.

Le mouvement fut parfait, du moins de mon point de vue, le tiraillement ne fut qu’un effet diffus et lointain qui titilla mon cerveau alors que je projetais la lance.

Cette fois, j’entendis avec satisfaction le choc dans la paille et je constatais avec une certaine déception que c’était hors du rouge en bas à droite …

Peut mieux faire mais c’est un bon début, ça suffit pour ce soir, viens te restaurer un peu avant la suite … Me dit Goël en me donnant deux petite tapes sur l’épaule, comme on le ferait à un animal ayant bien fait son travail , avant de m’entraîner vers les autres.

On me fit une place sur une des bûches devenues des bancs et on me mit dans la main une brochette de poisson. Dans l’autre atterrit miraculeusement un gobelet rempli d’un liquide non identifié qui laissait échapper un arôme de fermentation prononcé par-dessous celui de baies de différentes espèces.

LE FEU DE CAMP DES ÉCLOPÉS
(Intermédiaire 1630 mots)

En cour de rédaction, patientez …


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Message(#) Sujet: Re: UNE QUESTION D ENTRAINEMENT : LES BASES DE LA SOUFFRANCE

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UNE QUESTION D ENTRAINEMENT : LES BASES DE LA SOUFFRANCE
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